mercredi 18 novembre 2009

Afghanistan : Le pioupiou à une brique

Un soldat US en Afghanistan coûte 1 million de dollars par an.
68 000 soldats= 68 milliards
Si Obama décide de satisfaire a demande du Général MacCrystal d'envoyer des renforts :
40 000 soldats de plus = entre 40 et 54 milliards
Budget militaire US prévu en 2010 : 734 milliards de dollars
Déficit budgétaire US actuel : 1 400 milliards de dollars
À part ça, tout va bien


mardi 17 novembre 2009

Le "parler vrai" d'Hillary

"Nous n'avons pas d'illusions. Nous n'en sommes plus aux jours de jadis lorsque les gens venaient dans votre émission et parlaient de la façon dont nous allions aider les Afghans à construire une démocratie moderne, un État fonctionnant mieux et toutes ces choses formidables. Cela pourrait arriver, mais notre priorité est la sécurité des USA. Rester en Afghanistan ne nous intéresse pas. Nous n'y avons pas d'intérêts à long terme."
Hillary Clinton, secrétaire d'État, sur la chaîne ABC, 15 novembre 2009

L’Europe à 28 : Angie et Bibi fusionnent



par Ayman El Kayman, Coups de dent N°119, 17/11/2009


 « Israël, permettez-moi de le dire, est un membre de l'Union européenne sans être membre de ses institutions. Il est partie prenante à tous les programmes de l'Europe des 27, notamment dans les domaines de la recherche et de la technologie. Aucun pays hors du continent n'a le type de relations qu'Israël entretient avec l'Union européenne. Je ne vois pas le président de la Croatie ici. Mais je dois vous dire, puisqu'il n'est pas là - et il est pourtant candidat à l'entrée dans l'Union européenne -, que votre relation avec l'Union européenne est plus forte que celle de la Croatie. Ne le lui répétez-pas… »  
Pour illustrer ces phrases historiques prononcées le 21 octobre 2009 à Jérusalem par Javier Solana, « ministre » des Affaires étrangères de l’Union européenne, devant un parterre de personnalités israélienne, voici une information qui n’a pas fait la Une des médias :
À l’occasion du 20ème anniversaire de la délocalisation du Mur de Berlin, le gouvernement israélien et le gouvernement allemand tiendront une réunion commune de cabinet le 30 novembre à Berlin, dans l’enceinte du Reichstag, le Parlement du Reich allemand, dont l’incendie, dans la nuit du 27 au 28 février 1933, avait donné le signal de la répression massive contre la gauche allemande, communistes et socialistes en tête. Cette réunion des cabinets, présidée par Angela Merkel et Benjamin Netanyahou, fait suite à une première réunion, en mars 2008, à Jérusalem. Elle sera suivie de beaucoup d’autres.
La fusion est en marche !


Bonne semaine, quand même !
Que la Force de l’esprit soit avec vous !
...et à mardi prochain !


dimanche 15 novembre 2009

Conte carthaginois: L’impatiente Régente et le Docteur Folhumour


par Omar Khayyam, 13/11/2009

Le docteur Mohamed Gueddiche, médecin personnel de Haj Zaba, est dans son bureau à la Présidence de Carthage. Il est absorbé par la lecture d’un livre passionnant. Soudain, il entend quelqu’un frapper à la porte. Il panique, ouvre un tiroir au hasard et y cache le livre qu’il était en train de lire.
Dr. Gueddiche : Entrez, je suis là.
La Régente de Carthage :  Je vous dérange ?
Dr. G. : Non, non, pas du tout. Assoyez-vous, je vous en prie.
R. C. : Puis-je m’allonger sur le divan ?
Dr. G. : Je suis désolé, je n’ai pas de divan. Je ne suis ni psychanaliste ni psychothérapeute. Je suis cardiologue, Madame.
R. C. : Je viens de lire un livre qui m’a plongé dans un océan de tristesse. La pire dépression de ma vie…
Dr. G. : Vous parlez de ce livre innommable commis par deux journalistes néo-colonialistes français ?
R. C. : Mais non, docteur !  Je m’en fous de ce raconte ce livre. Je parle d’un autre, une biographie de Bourguiba.
Dr. G. : Je vois que le juriste du Palais vous suggère maintenant des lectures pour adultes. Vous faites des progrès. Bravo !
R. C. : Ne vous moquez pas de moi, docteur !
Dr. G. : Absolument pas, Madame. Comment oserais-je me moquer de la femme du patron ? Il n’ y a aucune honte à être autodidacte. Staline, Hilter et Ceaucescu étaient des autodidactes comme vous.
R. C. : Je vais vous lire le passage qui m’a déprimée et qui me prive de sommeil depuis des jours: " Mais elle [Wassila] sait aussi que le pouvoir qu’elle a progressivement acquis dans l’ombre, que ce rôle d’éminence grise qui la comble sans toutefois satisfaire complètement ses ambitions, dépendent de lui [Bourguiba] et de lui seul. Elle n’a d’autre légitimité que celle d’une épouse. Viendrait à disparaître celui dont elle porte le nom, elle ne serait plus rien, et a suffisamment d’ennemis pour craindre un sort un peu enviable." (1)
Dr. G. : Je crois que Bessis et Belhassen ont raison. Si, que Dieu ne veuille,  le patron disparaît, vous risquez de perdre tous vos privilèges et la majorité de vos biens.
R. C. :  Mais si je nomme un président fantoche, par exemple Abdelwahab Abdallah, je pourrais tirer les ficelles du pouvoir derrière les coulisses, non ?

Dr. G. : Vous devriez lire la tragique histoire du général Rafael Leonidas Trujillo pour comprendre l’insoutenable légèreté de de ce scénario.
R. C. : C’est qui ce général ?
Dr. G. : Ce général, ancien de l’école des Marines aux USA, a régné sans partage sur la République Dominicaine du 16 août 1930 au 30 mai 1961, date de son assassinat. La famille de Trujillo, qui s’est enrichie sur le dos du peuple, avait un candidat à la succession aussi effacé que Addelwahab Abdallah, Joaquín Balaguer. Mais lorsque celui-ci a pris le pouvoir, il a peu à peu tiré le tapis sous les pieds des Trujillo. Finalement le clan familial de l’ex-dictateur n’avait d’autre choix que l’exil.

R. C. : Vous êtes en train d’enfoncer le couteau dans la plaie, docteur !
Dr. G. : Je suis un adepte des thérapies de choc, Madame.
R. C. : Pourriez-vous me prescrire des calmants ?

Dr. G. : Pas de problème.

Le docteur prend son stylo et écrit quelque chose sur une feuille blanche. Lorsque la Régente de Carthage lit ce qui y est écrit, elle s’évanouit sur le champ: " Je vous suggère deux calmants, Madame:  l’achat d’un billet aller sans retour Tunis-Abu Dhabi et l’ouverture d’un petit salon de coiffure chic à Dubaï "

 —
1 - Sophie Bessis et Souhayr Belhassen - Bourguiba, tome II, Un si long règne 1957-1989. Editions Jeunes Afrique livres, 1989 ; page 103.

vendredi 13 novembre 2009

Du fleuve à la mer

par Gilad Atzmon, 11/11/2009. Traduit par Fausto Giudice




Cessons une bonne fois pour toutes de nous bourrer le mou sur l'Amérique augmentant-la-pression-sur-Israël-pour-qu’il-gèle-les-colonies-en-Cisjordanie. Toute la fascination pour ce sujet est un pur produit des labos des docteurs folimage sionistes. Elle a pour but de détourner l'attention de la cause profonde du conflit: le vol de la Palestine et des Palestiniens au nom d'un «retour des Juifs à la maison». L'appel à arrêter les constructions israéliennes en Cisjordanie ne vise qu’à nous donner la fausse impression que le vol de la Palestine a commencé en 1967. Les faits sont connus de beaucoup d'entre nous, mais pas de tous. C’est en 1948 que la grande majorité des Palestiniens ont été expulsés de leurs villes, villages, champs et vergers.

Ce qui se présente comme une initiative de paix usaméricaine mettant la pression sur Israël pour qu’il mette un terme à son expansion en Cisjordanie est en fait un agenda promu par les sionistes au sein de l'administration usaméricaine qui se rendent compte, tout comme Sharon vers la fin (de sa carrière), que la seule chance pour l'État juif de survivre à la prochaine décennie, est de rétrécir aux dimensions d’un petit shtetl (ghetto). La solution à deux États est en effet le dernier effort pour maintenir en vie le sionisme.

Netanyahu est loin d'être stupide. Il comprend tout ça. Il sait que le rêve de son père du révisionniste sioniste de père (Benzion Mileikowsky alias Netanyahou, secrétaire de Ze'ev Jabotinsky) d’un «grand Eretz Israel» est inaccessible.

Haaretz rapporte aujourd'hui que le Premier ministre israélien, à Washington, a admis qu'il était résolu à la solution de «deux États vivant côte à côte». Toutefois, il a souligné que «le droit des réfugiés palestiniens à retourner dans leurs foyers dont ils ont été expulsés, ne serait pas mis sur la table. » Apparemment, un Premier ministre faucon israélien affronte délibérément le péché originel d'Israël à savoir l'expulsion de la grande majorité des Palestiniens. Toutefois, le fait qu'il insiste pour dire qu'il ne sera pas « mis sur la table » ne peut signifier qu’une chose : qu’il est déjà sur la table. "Ils", poursuit M. Netanyahu, "doivent abandonner le fantasme d’une invasion d’Israël par des réfugiés, renoncer aux revendications irrédentistes * sur le Néguev et la Galilée, et de déclarer sans équivoque que le conflit est bel et bien terminé ".

De toute évidence, M. Netanyahou exprime ici le souhait qui est partagé par la plupart sinon par tous les Israéliens. Ils rêvent tous d'ouvrir leurs yeux un beau matin, pour découvrir que tous les Goyim, les Palestiniens, les Arabes et les Musulmans viennent de quitter la région.

Je tiens à signaler à Netanyahu et à tous les Israéliens qui veulent bien l'entendre que cela ne va pas se passer comme ça. Autant une invasion de «réfugiés» palestiniens est un cauchemar ancré chez les Israélien, il est loin d'être un fantasme palestinien. C’est plutôt une réalité qui attend son heure. Israël a perdu sa chance de se réconcilier avec ses voisins. Il a échoué à régler son conflit avec le peuple autochtone de cette terre. Le sort d'Israël sera déterminé par les «faits sur le terrain» à savoir la démographie. En termes de réconciliation, Israël a passé la zone non-retour. Son sort est scellé. Une Palestine du fleuve à la mer n'est plus une question de 'si', mais plutôt une question de 'quand'.
Contrairement à la plupart des Israéliens qui rejettent la cause palestinienne, M. Netanyahou a admis aujourd'hui que les Palestiniens ont effectivement été expulsés. Pour la première fois les « revendications irrédentistes» des Palestiniens sont évoquées par un Premier ministre israélien. Et pourtant, M. Netanyahu et ses gens devraient cesser de se faire des illusions. Ce n'est pas seulement du Néguev et de la Galilée qu’il s’agit. Il s’agit en effet de chaque bout de terre entre le fleuve et la mer: Tel Aviv, Jérusalem, Haïfa, Beer Sheva et chaque village, verger, terrain, rivière et arbre entre les deux. La seule question qui reste ouverte est : combien de temps faudra-t-il pour que le Shekel s’effondre ? Combien de temps faudra-t-il aux Israéliens pour saisir qu'ils habitent sur des terres volées? Combien de temps faudra-t-il avant que les Israéliens se rendent compte que la bataille est perdue? Combien de temps faudra-t-il pour que les Israéliens intériorisent le fait évident qu'ils ont une fois de plus réussi à se placer sur le mauvais côté de leurs voisins?

... ..............

* Irrédentiste: quelqu’un qui prône la récupération culturelle et historique de son territoire.

jeudi 12 novembre 2009

«Je ne crois pas que notre cause en Afghanistan soit juste ou bonne. Je vous conjure, Monsieur, de ramener nos soldats à la maison»

L'honneur du Caporal Joe



Le mouvement britannique contre l’intervention militaire en Afghanistan a enfin une figure de proue populaire et symbolique : le Caporal des Lanciers Joe Glenton, du Corps royal de logistique. Joe a écrit le 30 juillet dernier à Gordon Brown pour lui annoncer qu’il refusait de retourner en Afghanistan et pour lui demander de retirer les troupes royales d’Afghanistan. Et le 24 octobre, il a fait pire : il a pris la tête et a été l’orateur vedette d’une manifestation dans les rues de Londres pour demander le retrait d’Afghanistan. À son retour à sa caserne, il a été applaudi par ses camarades. Le 10 novembre, Joe a de nouveau été mis aux arrêts. Il risque en tout 14 ans de prison pour « désertion » et appel à la révolte. Le gouvernement Gordon Brown est bien emmerdé : 64% des Britanniques sondés sont favorables au retrait d’un bourbier qui a déjà coûté la vie à 232 soldats de Sa Majesté.
Ce jeudi 12 novembre, la Coalition Halte à la Guerre appelle à un rassemblement de 17 à 18 h pour demander la libération de Joe Glenton, devant le siège du Ministère de la Défense à Whitehall.
Voici la lettre du Caporal Joe à Gordon Brown.-
FG

Source : UK soldier to Gordon Brown: why I won't return to Afghanistan


Monsieur le Premier Ministre,

Je vous écris en tant que soldat servant dans l'armée britannique pour exprimer mes opinions et préoccupations sur le conflit actuel en Afghanistan.
Ma première préoccupation est que le courage et la ténacité de mes compagnons d'armes sont devenus un outil de la politique étrangère usaméricaine. Je crois que cette tromperie contraire à l'éthique à l’encontre de ces hommes et femmes si fiers a provoqué des souffrances incommensurables non seulement aux familles des militaires britanniques qui ont été tués et blessés, mais aussi pour le noble peuple de l'Afghanistan.
J'ai trouvé dans le peuple afghan des qualités qui ont également été pendant si longtemps apparentes et admirées chez le soldat britannique. Qualités de robustesse, d'humour, de détermination absolue et de réticence à faire marche arrière. Cependant ce sont ces qualités, des deux côtés, qui, je le crains, prolongeront une guerre d'usure. Cela ne fera que conduire à plus de chagrin dans nos deux sociétés.
Je ne suis pas un général ni un politicien et je ne peux pas prétendre avoir une quelconque maîtrise de la stratégie. Cependant, je suis un soldat qui a servi en Afghanistan, ce qui m'a donné un petit aperçu.
Je crois que lorsque des militaires britanniques se mettent au service de la nation et mettent leur vie en danger, le gouvernement qui les envoie au combat est tenu de veiller à ce que la cause qu’ils défendent soit juste et bonne, à savoir qu’il s’agisse de défendre la vie et la liberté .
La guerre en Afghanistan ne diminue pas le risque terroriste, et loin d'améliorer la vie des Afghans elle ne fait qu’apporter la mort et la dévastation dans leur pays. Grande-Bretagne n'a rien à faire là.
Je ne crois pas que notre cause en Afghanistan soit juste ou bonne. Je vous conjure, Monsieur, de ramener nos soldats à la maison.
Sincèrement votre,
Joe Glenton
Caporal des Lanciers, Corps royal de logistique
•         Messages de soutien à joeisinnocent[at]hotmail.co.uk
•         Téléchargez la pétition Defend Corporal Joe Glenton petition
•          Signez la pétition office[at]stopwar.org.uk

 

La manifestation du 24 octobre à Londres

“I do not believe that our cause in Afghanistan is just or right. I implore you, Sir, to bring our soldiers home"

Protest at arrest of Lance Corporal Joe Glenton

Lance Corporal Joe Glenton addresses thousands of people at a Stop the War demonstration in London, Britain, 24 October, 2009. Lance Corporal Joe Glenton faces a court martial after refusing to fight in Afghanistan. Lance Corporal Glenton denies the charge of desertion because he believes the conflict is unlawful. Thousands of people marched through London calling for an end the war in Afghanistan. EPA/ANDY RAIN


Protest called at arrest of Joe Glenton, the soldier who has spoken out against Afghan war
The Stop the War Coalition has called an emergency demonstration against the arrest of Joe Glenton from 5pm to 6pm on Thursday 12 November at Ministry of Defence, Whitehall, London SW1A 2HB.
Lance Corporal Joe Glenton faces desertion charges for refusing to return to Afghanistan. He has been arrested and charged with five further offences for speaking against the war.
He is charged with leading the Stop the War demonstration in London on 24 October and speaking to the media in defiance of orders. The new charges carry a maximum of ten years imprisonment. In addition, he faces three to four years if the desertion charge is upheld.
Army commanders are clearly worried by Joe’s determination to explain his opposition to the war. Following his presence on the demonstration many of his fellow soldiers told him they agreed with what he was doing.

Army arrests anti-war soldier Joe Glenton

by Siân Ruddick, Socialist Worker, 10 November 2009
Lance Corporal Joe Glenton—a soldier who is refusing to fight in Afghanistan—was arrested and held on Monday of this week after the British army brought new charges against him.
The charges are connected to Joe speaking out against the war.
Joe will be held in custody until 18 November when his case will be reviewed.
The army arrested Joe, charged him with five new offences in front of his legal team, and then released him.
But when Joe’s legal team left the barracks, Joe was rearrested on two further charges and remanded in custody.
The new charges carry a maximum of ten years imprisonment, along with the threat of three to four years for desertion.
The new charges relate to Joe helping to lead the Stop the War demonstration on 24 October and speaking at the protest after being told this would be breaking orders.
Joe’s legal caseworker John Tipple told Socialist Worker, “They’re trying to use draconian laws of ‘disobeying lawful command’ to keep Joe quiet. But this isn’t going to happen.”
Army top brass are trying scare soldiers into silence with the threat of prison sentences. But this will not change public opinion that this brutal war must end.

UK soldier to Gordon Brown: why I won't return to Afghanistan

Lance Corporal Joe Glenton, from the Royal Logistics Corps, is the first British soldier to speak out publicly against the war in Afghanistan.
He explains in the letter below, delivered to Gordon Brown at Downing Street on Thursday 30 July, why he will not return to fight in Afghanistan because he believes politicians must stop wasting soldiers' lives in an unjustified war.
Court martial proceedings for desertion against Joe, for his refusal to return to Afghanistan, begin on Monday 3 August.
Email messages of support to joeisinnocent@hotmail.co.uk This e-mail address is being protected from spam bots, you need JavaScript enabled to view it
Download the Defend Corporal Joe Glenton petition

Dear Prime Minister,

I am writing to you as a serving soldier in the British army to express my views and concerns on the current conflict in Afghanistan.
It is my primary concern that the courage and tenacity of my fellow soldiers has become a tool of American foreign policy. I believe this unethical short-changing of such proud men and women has caused immeasurable suffering not only to families of British service personnel who have been killed and injured, but also to the noble people of Afghanistan.
I have seen qualities in the Afghan people which have also been for so long apparent and admired in the British soldier. Qualities of robustness, humour, utter determination and unwillingness to take a step backwards. However it is these qualities, on both sides, which I fear will continue to cause a state of attrition. These will only lead to more heartbreak within both our societies.
I am not a general nor am I a politician and I cannot claim any mastery of strategy. However, I am a soldier who has served in Afghanistan, which has given me some small insight.
I believe that when British military personnel submit themselves to the service of the nation and put their bodies into harm’s way, the government that sends them into battle is obliged to ensure that the cause is just and right, i.e. for the protection of life and liberty.
The war in Afghanistan is not reducing the terrorist risk, far from improving Afghan lives it is bringing death and devastation to their country. Britain has no business there.
I do not believe that our cause in Afghanistan is just or right. I implore you, Sir, to bring our soldiers home.

Yours sincerely,
Joe Glenton Lance/Corporal, Royal Logistics Corps

• Email messages of support to joeisinnocent@hotmail.co.uk






Thousands of demonstrators march through London during a Stop the War demonstration in London, Britain, 24 October, 2009. Thousands of people called for an end to the war in Afghanistan and for the British government to bring British troops home. EPA/ANDY RAIN


Millions more turn against Gordon Brown's war
As Gordon Brown's Afghan strategy lies in tatters, millions more people want the troops brought home now, writes Siân Ruddick
Something has changed in British politics. Gordon Brown and Labour ministers now appear almost entirely isolated in their support for the brutal war in Afghanistan.
A growing number of military families are adding their voices to the anti-war movement and casualties are continuing to rise.
Brown’s strategy appears more threadbare than ever. Some 232 British soldiers have now been killed in Afghanistan, 95 this year alone. Public support for the war is at an all-time low.
The war has brought death, destruction and misery to Afghans and led to greater destabilisation in the region.
People are not convinced that the war is worth the blood of British forces or the Afghan people.
A recent BBC poll showed that 63 percent of British people want the troops brought home as quickly as possible.
And more and more people within the military are raising their doubts too. The chief of defence staff, Sir Jock Stirrup, described the situation in Afghanistan as “painful, slow and halting” last week.
Gordon Brown is desperately trying to argue that we need more troops and more years of bloody war to turn the situation around.
But since 2001 the war has lurched from one disaster to another. Meanwhile the stated aims of the war—to fight the “war on terror” and bring “democracy” to Afghanistan—have been lies.
On Tuesday of this week the bodies of five British soldiers killed by an Afghan police officer were flown home. The killings have added to the sense of chaos and lawlessness in Afghanistan.
Brown should listen to the majority of people in Britain and bring all the troops home now before more British and Afghan people die in this endless and futile conflict.

Thousands surge against the war

by Siân Ruddick, Socialist Worker, 27 October 2009
“Money for jobs and education, not for war and occupation”
So went the cry on the streets of London last Saturday as over 10,000 people turned out to protest against the bloody and illegal conflict in Afghanistan.
“Money for jobs and education, not for war and occupation!”
So went the cry on the streets of London last Saturday as over 10,000 people turned out to protest against the bloody and illegal conflict in Afghanistan.
The mood was defiant, as soldiers and their families, including serving soldier Joe Glenton—who was breaking orders by being on the march—led the demonstration.
Long-standing campaigners and first time demonstrators gathered in Hyde Park to begin the march.
Support for the war in Afghanistan is wearing thin.
A Channel 4/YouGov poll at the weekend showed that
62 percent of people in Britain want the troops home from Afghanistan within a year.
An overwhelming 84 percent of people think British troops are losing the war.
Rozina Ashraf and her daughter Haseena are from Shirley, Solihull. They came to the protest on the Birmingham Stop the War coach.
“We have to make a stand against this pointless war,” Rozina told Socialist Worker.
“It’s good to know that some soldiers are now speaking out—they are realising that the problem is not Muslims but the British government.
“These wars in the Middle East are all about oil.”
Haseena said that it was her first ever demonstration. “If I had one message for the government, it would be to stop following the US into these wars,” she said.
There were over 65 banners on the demonstration, many of them from local Stop the War and peace groups from across the country.
Some had travelled many miles. Kate Rutherford came overnight on a coach from Glasgow. She said, “Our leaders are drunk with power. It breaks my heart to see so many men, women and children killed in Afghanistan.
“Those who led us into this war should be brought to book. They are war criminals. It makes me ashamed to be British.
“I left school at the age of 15, but I know the difference between right and wrong.”
The presence of military families boosted people’s confidence.
Jayme from Brighton said, “People say that the anti-war movement is demoralising the troops, but today shows that that is a load of rubbish.
“We don’t want any more deaths from these wars.
“The more soldiers speak out, the more we see how let down and manipulated they are by the army.”
For many, the anti-war protest was the latest of several days of activity.
Lewie Morris and Alistair Holmes were part of a group of Sheffield students who had been at anti-fascist protests at the BBC on Thursday and post, bus and fire picket lines on the Friday.
They then came to London on the Saturday.
Lewie told Socialist Worker, “As time goes on, this war becomes more untenable.
“The idea that it was for liberation was always false.
“Now they are saying it could be going on another five years and that the government could send thousands more troops.”
Alistair added, “The idea that Western troops can bring liberation is patronising and racist. The only way is for people to liberate themselves.”




Troops give anti-war soldier Joe Glenton a 'fantastic' response

by Siân Ruddick, Socialist Worker, 27 October 2009
Joe Glenton, a British soldier who is refusing to return to fight in Afghanistan, received the backing of his fellow troops after he led more than 10,000 protesters on last Saturday’s Stop the War demonstration in London.
Joe hit the news last week after it was revealed that he was refusing to follow military orders not to attend the march.
Him coming could add to the case that the army is bringing against him for speaking out about the horror and illegality of the war.
But Joe told Socialist Worker, “It felt empowering to be on the demonstration. I was surrounded by like-minded people—from the military and ordinary walks of life.”
Joe is still stationed in barracks, and he lives with other soldiers during the week.
“I was slightly worried on Sunday night about going back in, but I thought I’ll just see what they thought.
“The response was fantastic. Soldiers shook my hand and patted me on the back.
“One guy said, ‘You’re saying what everyone else is thinking.’
“I think there has always been support for people speaking out, and it has raised a debate inside the army.”
Discontent over the intensifying war in Afghanistan has spread in the army over recent months—and it has had a deep effect in the ranks.
Joe said, “I feel like I’m strutting round, not tip-toeing, after hearing what the guys think.
“Talking to soldiers in other units, you get the impression that people are questioning why we’re in Afghanistan.”
In September, in addition to the original charge of desertion and intent to avoid active duty, the army wanted to charge Joe with bringing the army into disrepute by speaking out.
Joe and his legal team fought for this charge to be dropped—and they won.
Joe said, “I feel like we are in the ascendancy now. We’ve taken the initiative.
“We’ll have to see what happens in the coming weeks—if they bring more trumped up charges we’ll take them on.”
Joe is continuing to speak out and encourages others to do the same. “We have to start talking and demanding the details,” he said.
“Write to your MP for answers, get out on the streets, demonstrate and debate. Whatever people can do to stop this war, they should do it.”


Eyewitness from Kabul—disillusionment is growing
by Guy Smallman, Socialist Worker, 10 November 2009
Guy Smallman reports from outside Kabul’s secure ‘ring of steel’ on what’s really happening in Afghanistan—and what the Afghan people think about it





The deeply polarised city of Kabul has recently been unified by a new addition to Afghan life—the surgical mask.
It is being sported by everyone from the children selling phone cards by the roadside to government ministers being driven past in their bulletproof 4x4s.
The H1N1 virus—known here as “Mexican” rather than “swine” flu—has many people fearing for their lives.
But many Afghans are more than a bit suspicious that the government has hyped the threat of the virus since United Nation (UN) election monitors demanded a second poll.
The “outbreak” has been used as an excuse to close all the universities, schools and other large buildings, just as incumbent president Hamid Karzai is declared leader for another term.
His rival, former foreign affairs minister Abdullah Abdullah, had predicted Iran-style protests if Karzai was re-elected.
Now, with the colleges and public buildings all but empty and everyone scared of moving in large crowds, the chances of any post-election insurrection have all but vanished.
Abdullah has yet to explain why he pulled out of the run-off, though most people in Kabul seem way past caring.
Their disillusionment with the government has been festering for many years.
The other thing that has united all factions in Afghanistan is the belief that the first run of elections were riddled with corruption.
Fraudulent
The UN reported that around one third of all votes cast were almost certainly fraudulent.
The cancellation of the second round has plunged the entire process into farce. Outside the “ring of steel” that surrounds the ruling elite, ordinary Afghans are becoming increasingly separated from their government.
Maryam Quadir is highly educated and works in Kabul as an administrator for a specialised team of social workers.
She went to university in Pakistan, when her family fled the civil war, and she returned after the overthrow of the Taliban in 2001 with high hopes.
She is far from happy with the choices presented to the Afghan people. Like many, she believes the elections were little more than a meaningless Nato-sponsored PR exercise, designed to create an illusion of democracy.
She believes that Abdullah Abdullah should be banned from standing for public office due to his past connection to the civil war faction led by General Ahmad Shah Masoud.
“Abdullah’s hands are stained with the blood of the people,” she says. “He was the spokesman for Masoud in 1992 when a massacre took place in Kabul.
“It is painful for people to see the face of this man every­where—65,000 people died in Kabul during the civil war. Thousands of women and girls were raped.
“How would you feel if the killers of your children were in your government?”
The presence of so many former warlords in government positions remains a thorny issue for Afghans trying to draw a line under the past.
Maryam has also been unimpressed with Karzai since he was installed by the US after the 2001 invasion.
“He promised that no one would be above the law. Yet he gave power to the gangsters of the Northern Alliance.
“The crimes committed by them from 1992-96, including mass rape and murder, have been forgotten by no one except Karzai himself.
“We were promised reconstruction. Yet if you walk around Kabul the only reconstruction you will see is luxury high rise buildings and wedding halls.
“Nothing is being done for the ordinary people. Look at the state of the roads. Look at the five year old children who are working ten hours a day.
“We have the highest percentage of child labour in South Asia yet billions have been sent here in aid and donations. Where has all this money gone?
“Karzai has not helped the Afghan people at all. He is like a US puppet and cannot do anything without its permission. Our president is elected in the White House.”
By contrast, Aziz Khan, who runs a nearby internet cafe, is a staunch Karzai supporter.
However, he is equally disillusioned with recent events—despite his candidate being declared the winner.
He believes that, corruption aside, Karzai won the first round and the second election would have legitimised his return to office.
He now fears that his position has been weakened to being almost untenable.
“To cancel the second election was a big mistake,” he says.
“This I think was a decision made by the Americans and not the Afghan government. It undermines both our democracy and our independence.
“How can the president rule when everyone believes that the election was stolen?”
One person who is delighted by the cancellation is local police sergeant Mohammed.
His patch includes the notorious Kowtasangey district, where the local black market thrives and unemployed labourers are forced to rub shoulders with drug dealers and pickpockets.
Drained
The middle-aged, world-weary officer was a Communist activist in his youth.
But any hope or idealism he once fostered has all but drained away and he now has little but contempt for politics.
For him, another election would have meant another hellish day of seeing his men run the gauntlet of insurgent attacks while being tasked with running an event way beyond their capabilities.
This is something few Afghans can see the point of in the present circumstances.
“My constables do not receive enough equipment and training to do their basic job let alone tackle electoral corruption,” he says.
“Everywhere there were reports of ballot boxes arriving at polling stations already stuffed with papers. What are we supposed to do about this?
“This neighbourhood is notorious for the trafficking of children,” he says, indicating towards the sprawl of run down dwellings behind him.
“Such issues are a national disgrace. But we don’t even have the ability to control the traffic on the roads.”
Sources: Stop the War Coalition & Socialist Worker





mercredi 11 novembre 2009

Des enfants de Gaza se droguent pour supporter la douleur pendant qu’ils travaillent 12 heures par jour dans les tunnels


par Iqbal TAMIMI, Palestinian Mothers, 8/11/2009. Traduit par Esteban G. et édité par Fausto Giudice, Tlaxcala
Original : The Children of Gaza develop narcotic addiction to withstand the pain while working 12 hours a day in the tunnels
Español: Los niños de Gaza son adictos a los narcóticos que consumen para soportar el dolor mientras trabajan en los túneles doce horas al día
Les enfants juifs de l'État d'Israël qui a lancé des attaques contre les enfants de Gaza au mois de janvier dernier avec ses bombes et ses missiles, assiégeant leur ville à partir des airs, mer et terre sont en train de profiter de bons repas, d’éducation, de soins, de moyens de transport, de divertissement, d’eau pour se laver et pour nager. Mais qu’en est-il des enfants affamés de Gaza ?

Ceux qui connaissent le siège israélien de Gaza sont parfaitement au courant de la pénurie de nourriture, de médicaments, de matériaux de construction et d'autres biens de consommation, mais ce que beaucoup ne savent pas c’est que se sont les enfants de Gaza qui sont les premières victimes de ce siège, ils souffrent d’un nouveau type d’oppression et de douleurs mentales et physiques.
Les enfants de Gaza sont obligés de travailler dans les tunnels étroits et dangereux construits entre Gaza et l'Égypte, à travers lesquels ils passent des aliments et d'autres marchandises de contrebande. Outre la contrebande, ils sont tenus à d'autres tâches : ils creusent des tunnels, choisissent les passages appropriés, installent le système d’éclairage et posent des tuyauteries pour acheminer le carburant introduit depuis le côté égyptien.
En mars 2009, et pour la troisième fois en 2 mois, la police égyptienne dans le Sinaï, a arrêté un groupe d'enfants qui rampait dans les tunnels de la Bande de Gaza assiégée. Le plus âgé avait seulement 12 ans : Orabi Mohamed Abu-Saud (12 ans), Mohamed Zaidan Al Faramawy (12 ans), Hasan Eyad Zanoub (11 ans), et Nabil Ibrahim Abu-toyour (11 ans). Tous étaient passé furtivement de l'autre côté de la frontière pour acheter des bonbons et de la nourriture et les revendre dans les rues de Gaza.
L'Unité de recherche de terrain de la Société Nationale Nationale pour la Démocratie et le Droit (National Society for Democracy and Law) a publié un rapport sur le phénomène généralisé de la main d'œuvre infantile dans les tunnels et demande de l’aide et du soutien à la communauté internationale pour mettre fin à la misère des enfants.
La pauvreté toujours croissante à Gaza à cause du siège israélien et à la dernière agression de l’armée israélienne oblige les enfants à travailler 12 heures par jour dans les tunnels extrêmement dangereux. Les jeunes garçons transportent les marchandises dans des tunnels étroits qui s’étendent sur toute la frontière entre Gaza et l'Egypte ; Ils mesurent plus de 700 mètres de long, et sont creusés à 12 mètres de profondeur. Ils ne sont guidés que par de simples ampoules électriques espacées tous les 10 mètres. Les enfants travaillent de 7h du matin à 7h du soir et il y a aussi un roulement hebdomadaire pour le travail de nuit.
Les enfants ne peuvent se reposer qu’une heure seulement au cours des 12 heures de travail terminant, évidemment, épuisés, avec une très grande fatigue. Beaucoup d'enfants sont ainsi contraints de prendre une drogue stimulante connue localement sous le nom de « Tramal » (Tramadol). On dit que cette drogue est censée aider les enfants à oublier la douleur, à revitaliser leurs organes et à les maintenir au travail sans se plaindre davantage. Mais, en même temps, cette consommation illégale de drogues entraine de sérieuses complications de santé et des effets secondaires.
À travers les tunnels, les enfants doivent transférer toutes sortes de marchandises pour le commerce, tels que : nourriture, appareils électriques, médicaments, lait pour bébé, produits textiles, chaussures, et du bétail. Mais le plus dangereux de tout, est d’avoir recours à des produits aussi dangereux que les « diluants » et les solvants mélangés à certains types de peintures. Les solvants sont très dangereux puisque leurs émanations sont très piquantes et toxiques lorsqu’elles sont inhalées, et si le récipient vient à se percer dans le tunnel pendant le voyage infernal, cela aurait un effet désastreux pour les enfants dans l'obscurité qui se traînent sur leurs genoux en portant d'autres produits dangereux comme les produits chimiques pour le nettoyage, la soude caustique, et du gasoil. Ils doivent manipuler tous ces produits chimiques dans un espace confiné, où il n'y a ni ventilation ni sorties de secours.
Étant donné le pourcentage chaque fois plus grand de pauvreté à cause du siège israélien, beaucoup d’enfants ont cessé d'aller à l'école. Un petit nombre seulement est parvenu à organiser leur temps et travailler tout en étudiant. La majorité des enfants a commencé à travailler il y a 1 à 2 ans.
La majorité ne semblait pas avoir peur de travailler dans des conditions aussi dangereuses, tous étaient passés par les pires terreurs auxquelles tout enfant résisterait difficilement : les bombardements de leur maison par l'armée israélienne, la perte des membres de leur famille qui sont morts sous les décombres, l’expérience d’avoir à ramasser les lambeaux de leurs petits camarades qui ont été assassinés au cours des raids israéliens. Il semble qu'ils aient déjà été témoins de toute sortes d’horreurs qui les ont immunisés contre la peur, ou pire encore, ils ont été dépouillés de la volonté de vivre.
Bien que parmi eux, beaucoup aient du affronter des problèmes techniques, comme des coupures de courant, des fuites de gaz, l’effondrement de tunnels, en plus de leurs problèmes de bas salaires, et le fait que beaucoup des tunnels étaient bombardés par les forces israéliennes pendant qu’ils y travaillaient, ils n'ont d’autre option que travailler, affrontant la mort à chaque fois qu'ils se traînent dans ces pièges mortels.
Au cours d’un accident, 20 jeunes hommes palestiniens sont morts asphyxiés : les autorités égyptiennes avaient découvert certains tunnels dans lesquels elles ont ordonné de verser des produits toxiques puis de les refemer. Quatorze autres jeunes avaient été secourus, échappant ainsi à la mort.
Au cours de ces 3 dernières années depuis le début de la construction des tunnels, le nombre total de victimes mortes à cause de l'effondrement des tunnels seulement par les bombardements israéliens directs ou par la destruction des tunnels par les autorités égyptiennes s’est élevé à 117 personnes. D’après les données de l'Hôpital Abou Youssuf Annajar et de l'Hôpital Européen, 32 de ces victimes étaient des enfants.
Les enfants interviewés ont dit qu'ils avaient été choisis pour travailler dans les tunnels, puisque leur corps était plus petit, et qu’il leur était donc plus facile d’y circuler, en plus du fait que leur salaire était moindre que celui des adultes. Le salaire d'un enfant est entre 9 et 36 € par jour, mais la majorité gagne 18 € par jour. Ils ont abandonné l'école pour pouvoir manger et mettre un peu de pain sur la table familiale. La majorité des familles sont contre l'idée que leurs enfants travaillent, mais elles n’ont pas le choix, car elles sont obligés d'avoir au moins un membre qui travaille puisque les adultes ne trouvent plus rien à faire après la destruction de leur ville et de leurs entreprises en janvier dernier, de même que le siège israélien les empêche de rétablir quelque type d'activité que ce soit.
Ce qui est étrange c’est que les enfants qui travaillent conseillent aux autres enfants de ne pas abandonner l'école, pour quelque raison que ce soit. Étant donné ce qu’ils ont eu à subir, beaucoup d'entre eux ont même fait part de leurs conflits avec leurs employeurs aux  anciens de la ville et à la police. Ils ont porté plainte contre les propriétaires des tunnels.
Ce qui se passe là est un crime contre l'enfance, un abus et une discrimination contre les jeunes. Les propriétaires des tunnels profitent des jeunes qui ne peuvent pas affronter des adultes plus forts qu’eux ou se défendre contre eux.
Il y a de la négligence de la part des parents qui connaissent le danger qu’il y a à travailler dans ces tunnels, quelques parents encouragent même leurs enfants à travailler, bien qu'ils connaissent les risques qu’ils encourent.
Il y a un échec flagrant des autorités à la prévention de ce phénomène, qui est définie comme un délit par la loi palestinienne.
Les organisations de défense des droits humains ont échoué à se confronter à ce phénomène.
Le siège israélien doit être levé impérativement, nous lançons un appel à la communauté internationale à intervenir pour faire lever le siège imposé à la Bande de Gaza et ouvrir tous les points de passage afin de permettre que tous les marchandises puissent circuler, car c’est la seule action qui permettra la fermeture immédiate des tunnels.
Des enfants ne sont pas censés ramper sur les genoux dans des tunnels sombres et profonds, ils sont censés être assis à leurs pupitres et étudier à l’école, jouer et faire de l’exercice physique. Ces enfants ont besoin d'être réhabilités, puisqu'une grande partie d’entre eux ont développé des problèmes de comportement et psychologiques, et certains sont maintenant dépendants de certaines drogues.
Il faut sauver les enfants de Gaza, les sortir de l’ornière avant qu’ils ne grandissent animés par la colère et le ressentiment, et que nous ayons alors tous à faire face aux conséquences de leur oppression.


L'auteure

Journaliste et poétesse palestinienne originaire d'Al Khalil (Hebron). Actuellement elle travaille au Bureau de liberté de la presse (Press Freedom Desk) du Réseau de journalistes en exil (Exiled Journalists' Network) au Royaume-Uni. Elle est aussi la coordinatrice d'un réseau de militants, femmes et hommes, appelé Mères palestiniennes, et ouvert à toute personne éprise de paix et de justice.

Je suis le Sahara


Réponse d’une "fanfaronne" à un ministre
par Salka EMBAREK, 10/11/2009. Traduit par Esteban G. et édité par Fausto Giudice, Tlaxcala
Original : Soy el Sáhara
Voici comment l’auteure explique son poème : « (…) Je ne peux pas dire que ce soit de la POÉSIE, j’aimerais bien pourtant !!! J’ai seulement senti monter ma colère face aux paroles blessantes du ministre marocain de la Communication, quand il nous a appelés des « fanfarons » ou lorsqu’il a dit que nos avertissements d’un retour à la guerre étaient des « menaces puériles ». J’ai eu besoin d’être bien claire avec lui et avec tous les autres, qu’une fois déjà nous y sommes allés et nous nous sommes avancés, nous avons beaucoup perdu et il ne nous reste plus guère de portes ouvertes, alors n’ayez pas de doutes, mais vous pouvez avoir peur …Personnellement, j’espère que nous n’en arriverons pas là…Nous avons déjà trop perdu de frères. » (Salka Embarek, extrait d’une lettre à un ami)
Je serai la guerre
et quand ce sera nécessaire, je serai la paix.
je serai la paix de la guerre
et la limite entre les deux
c’est moi qui la tracerai.
Que plus jamais ils ne m’appellent fanfaronne,
qu’aucun ministre ne se risque plus jamais
à me provoquer,
car durant les années de ma tragédie,
j’ai déjà détruit quelques murs
et je suis parvenue à faire tomber vos faux étendards.
Il n’existe pas de gouvernement usurpateur,
ni cruel,
ni roi si souverain
qu’il puisse me regarder dans les yeux,
et nier qu’il est coupable.
Il ne pourra pas car il n’a pas oublié
le nombre de fois où je l’ai affronté,
mis à nu et gagné.
Regarde-moi bien,
car le timon est entre mes mains,
et le vent souffle en ma faveur,
ce n’est pas moi qui aurai peur,
ce n’est pas moi qui perdrai,
tu n’entendras pas mes paroles en vain.
Je suis déjà vieille,
trente-quatre ans sont passés,
piétinant mon corps,
enterré sous des mètres de terre.
Plus de trente ans ont laissé
dans ma bouche des saveurs amères,
il y en a certaines que je ne sens plus,
d’autres sont devenues des bras,
de leaders inconnus,
de femmes en espérance,
bras de martyrs qui reviennent
tendus à la surface,
répondant à mon appel,
à celui de cette vieille que je suis,
et qui aujourd’hui redevient jeune
et renouvelée.
Qu’ils ne m’appellent plus fanfaronne,
car mes enfants leur répondent,
que ma voix n’est pas seule et unique,
je suis le Sahara,
ÉCOUTE BIEN MON NOM.




L'auteure

Salka Embarek est une poétesse, engagée dans la défense des droits du peuple sahraoui. Elle vit à Ténérife (Canaries). Voici comment un quotidien de l’île la présente :
"C'est l'un des plus actives défenseures des droits des Saharouis qui existent dans l'Île (Ténérife). Une fille de tinerfeños installés à Laâyoune, Salka frissonne quand elle se souvient de l'invasion de cette ville et comment elle eut une demi-heure pour s’échapper avec sa mère et ses soeurs.
Son père, Mohamed Embarka, se vantait de connaître n'importe quel coin du Sahara et de savoir où il se trouvait rien qu’en respirant le sable. C'était un apprentissage acquis après des mois et des mois de voyager dans le désert avec une expédition de géologues et d’ingénieurs espagnols qui exploraient les richesses du sous-sol saharien. C’est ainsi qu’ils découvrirent les gisements de phosphates de Boukraa, les plus riches et purs du monde, où Embarka fut chargé de recruter la main-d'oeuvre.
Cependant, Mohamed Embarka, qui figure dans certaines annales comme l'un des fondateurs de Laâyoune, n'est pas né dans le désert, mais à Ténérife, comme son épouse. Dans les années cinquante, nouveau marié, il émigre au Venezuela mais ça se passe mal. Il retourne à Ténérife pour aussitôt s’embarquer dans une nouvelle aventure. à la recherche d'un avenir meilleur. Et c’est ainsi qu’il arrive au Sahara, où quelques Canariens et péninsulaires étaient déjà installés. Peu à peu, le tinerfeño est devenu sahraoui.
C’est là, à Laâyoune, qu’est née Salka, qui devait devenir l'une des plus actives défenseures des droits des Sahraouis qui existe dans l'Île. Salka se souvient avec effroi de la Marche Verte. « Mon père a alerté le Polisario : l'armée espagnole se retirait de certains points stratégiques en ouvrant la voie aux soldats marocains, qui sont entrés dans Laâyoune armés jusqu'aux dents. Ils ont tué des milliers de personnes et ont rasé toutes les maisons. Un jour, mon père est venu très nerveux à la maison et a dit à ma mère que nous devions partir immédiatement. La nourriture est restée dans la marmite. Nous n'avons pu prendre que nos documents d’identité parce qu'un petit avion postal plein de sacs de courrier à destination de Ténérife nous attendait. Et en effet, une demi-heure après que nous avions quitté la maison, les Marocains venaient nous chercher. »

Il y a seulement quelques mois, Salka est retournée à Laâyoune. Elle a été retenue dans un commissariat pendant cinq heures On l’a avertie: "Un de ces jours, tu disparaîtras dans le désert et nous, nous dirons qu’on regrette énormément », lui a murmuré un policier.
Source : La Opinión de Ténérife, 25 de noviembre de 2007

mardi 10 novembre 2009

Berlin, Bilin, Nilin : Ces onze murs murant le monde qui rendent le monde murmurant

par Ayman El Kayman, Coups de dent n°118, 10/11/2009



Le Mur de Berlin, la « barrière de protection antifasciste » qui était censée protéger le paradis socialiste de l’enfer capitaliste, rasé à Berlin même, se réincarne (ou plutôt se réinbétonne) aux quatre coins de la planète :

- En Palestine, où il est censé protéger « l’Unique Démocratie du Moyen-Orient » du « terrorisme » indigène

- Aux USA, le long du Rio Grande, où il est censé protéger la « bonne Amérique » de l’invasion latina

- À Ceuta et Melilla, où il est censé protéger l’Europe riche de l’invasion des Nègres affamés.

- Au Sahara occidental, où il est censé protéger l’occupant marocain des attaques menées par les indigènes, chassés par l’occupation en Algérie

- Au Pakistan, pour protéger le « pays des purs » des méchants Talibans

- Au Cachemire occupé par l’Inde, pour le protéger des « méchants-terroristes-cachemiris-manipulés-par-le-Pakistan »

- À Chypre, où il est censé éviter aux serviettes grecques de se mélanger avec les torchons turcs

- En Corée, où il est censé protéger le Sud démocratique du Nord totalitaire

- En Arabie saoudite, où il est censé protéger les pétro-princes des pouilleux yéménites

- À Bagdad, où il est censé protéger les « bons Chiites » des « mauvais Sunnites »

- À Belfast, où il est censé éviter aux bons et loyaux sujets protestants de Sa Majesté de se friter avec les papistes républicains

Cela fait onze murs à abattre, onze chaînes de dominos à faire basculer. De toute urgence. Du boulot en perspective pour Angela, Nicolas, Lech, Mikhaïl, Hillary et Barack.

À Nilin, ils ont déjà commencé les travaux de démolition :

« Marquant le 20e anniversaire de la chute du mur de Berlin, les Palestiniens ont démoli ce vendredi dans le village cisjordanien de Ni’lin, un pan de mur construit par Israël. Lors de la manifestation hebdomadaire contre le mur, qui traverse le centre du village situé dans la région de Ramallah et isole les habitants de 60% de leurs terres agricoles, quelque 300 manifestants ont méthodiquement démantelé une section en béton avant que les forces israéliennes n’ouvrent le feu. Ils ont brûlé des pneus et abattu une dalle de béton de huit mètres de haut en s’aidant d’un vérin mécanique pour voiture. «Il y a vingt ans, personne n’imaginait que la monstruosité d’un Berlin divisé en deux pourrait jamais être abattue, mais il n’a fallu que deux jours pour le faire», a déclaré Muhib Hawaja, un des manifestants, au journal israélien Yedioth Aharonot. «Aujourd’hui, nous avons prouvé que nous aussi pouvions l’imposer, ici et maintenant. Ce sont nos terres au-delà de ce mur, et nous n’avons pas l’intention d’accepter son existence. Nous triompherons car la justice est de notre côté.» (Ma’an News Agency/ info-palestine.net, 7 novembre 2009)
Ayman El Kayman, délégué général du SMDM (Syndicat mondial des démolisseurs de murs)


Bonne semaine, quand même !
Que la Force de l’esprit soit avec vous !
...et à mardi prochain !

lundi 9 novembre 2009

9 novembre


Le monde "libre", "démocratique" et "prospère" fête dans l'enthousiasme la chute du Mur de Berlin. Un enthousiasme unanimiste. Quand règne une apparence d'unanimité, il faut toujours se méfier. passons sur les aspects comico-grotesques de cette commémoration, dont la palme revient au Grand Nabot National, Sarkozy Ier, qui, sur Facebook, revendique, photo à l'appui, sa part dans les travaux de destruction du Mur le 9 Novembre. Sauf que ce qu'il ne nous dit pas, c'est qu'il n'est arrivé, avec Alain Juppé, que le 10 novembre 1989, quand le Mur était déjà tombé...

Des uniformes de l'Armée nationale populaire aux fameuses Trabant, l'Ostalgie ne s'est jamais si bien portée et est devenu un créneau commercial porteur. Exemple le plus comique de cette nostalgie, cette liqueur qui fait fureur, baptisée Erich's Rache, La Vengeance d'Erich (Honecker).
Il n'y a pas lieu d'éprouver de la nostalgie pour le socialisme prussien, qui n'a jamais su se déstaliniser. Mais le communisme authentique reste à inventer. Peu importe comment on l'appellera. Et il s'invente dans les luttes des peuples, au jour le jour, du Chiapas aux Andes, de Caracas à Cochabamba. Loin de l'Europe, qui a cessé d'être le centre du monde, où la gauche -italienne, française, allemande, espagnole - est devenue une Chose sans forme, sans nom, sans vertèbres, comme l'écrit si bien Barbara Spinelli dans l'article ci-dessous. Et puisqu'on commémore, revenons sur l'histoire de ce 9 novembre 1989, avec Chems Eddine CHITOUR. Et n'oublions pas cet autre 9 Novembre allemand, celui de 1918, quand la classe ouvrière tenta de monter à l'assaut du ciel, mais fut arrêtée net dans un bain de sang par la social-démocratie.


Ce mur qui est tombé sur la gauche 

par Barbara SPINELLI,  La Stampa, 8/11/2009. Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala
Original :
Quel muro che cadde sulla sinistra
Le Mur de Berlin est tombé sur la tête de la gauche italienne comme le jour du Seigneur dans la Première épître de Paul aux Thessaloniciens: «Vous savez bien que le jour du Seigneur viendra comme un voleur dans la nuit. Quand les hommes diront: " Paix et sûreté! " c'est alors qu'une ruine soudaine fondra sur eux comme la douleur sur la femme qui doit enfanter, et ils n'y échapperont point." Pour certains dans le Parti communiste italien il en fut vraiment ainsi, Alessandro Natta, qui avait dirigé  le PCI  jusqu'en 1988, confia à Claudio Petruccioli (on était le 10 novembre 10, quelques heures à peine après la nuit fatale) que «Hitler avait gagné."


 C’est à cette époque que son successeur, Achille Occhetto, a commencé à parler, à la Bolognina*, de la Chose: il ne pouvait pas encore lui donner un nom, mais il avait senti que pour s’en sortir il fallait  immédiatement inventer un parti nouveau, et surtout un nom qui fasse oublier le passé avec ses nombreuses idées fausses, ses doubles vérités, ses impuissances volontaires. Pour beaucoup de militants ce fut un choc, parce que le passé ne s’efface pas en une nuit à la manière dont Staline effaçait les traces des camarades et de leur histoire.
Parce qu’on ne peut pas appeler la nouveauté  une Chose, simplement parce qu’on a peur d'utiliser des mots tragiquement déshonorés comme projet, idéologie, objectif. Et pas seulement ça: si les dirigeants purent changer si facilement de route, cela voulait dire que pendant des dizaines d'années,  ils avaient caché la vérité à leur base: s’ils avaient parlé plus tôt, ils n'auraient pas permis que l'Italie se retrouve privée d'alternative pendant près d'un demi-siècle.
Vingt ans ont passé depuis, et les héritiers du Parti communiste souffrent encore de cet abandon précipité, de cette perte subite de sens du vocabulaire. Il ya des mots qui laissent une empreinte même s’ils sont nébuleux, et c’est ce qui s’est passé avec la Chose. Au lieu de l'idée du monde, apparut ce substantif qui est une annonce, une coquille que l’on promettait de remplir, «  un nom générique - écrit le dictionnaire Devoto - qui ne reçoit sa définition que dans le contexte du discours». Tout dès lors a été un futur  suspendu à un contexte indéterminé: même les primaires, auxquelles on avait appelé à adhérer sans savoir exactement à quoi on allait adhérer. Même l'espoir de combiner les deux forces fondatrices de la République: le socialisme et le catholicisme, oubliant (l'historien Giuseppe Galasso l’a rappelé le 30 août dans le Corriere della Sera) ce tiers importun qu’est la tradition laïque, libérale, radicale. Passant en revue les deux dernières décennies, Arturo Parisi parle du contrôle que la nomenclature de l'ancien Parti communiste, en est venue à acquérir sur l’Olivier (l’Ulivo), et du pacte scellé par elle avec les faux rénovateurs du même parti. Les candidats aux postes de secrétaires régionaux aux primaires provenaient à 75% des Démocrates de gauche (DS), faisant « coïncider la géographie électorale du Parti démocrate (Pd) avec les limites du vote communiste » et provoquant la défaite de l'Olivier (entretien avec Gianfranco Brunelli, Il Regno 16/2009) .
Force indispensable de la gauche, mais pas bien identifié, l'ancien Parti communiste encombre avec le poids, qui n’est pas léger, d’une histoire répudiée. Cela fait des années qu’il expie, jusqu’à à l'excès, un passé dont il ne veut  pourtant pas encore parler. Le centrisme, le profil bas, la trêve entre les pôles, la politique sans confrontations: nous sommes dans un pays où le principal parti de gauche, par  honte du passé, ne fait pas de véritable opposition, de peur de ressembler à ce qu’il a été. L'esprit de 89 lui a peu appris. La primauté du droit, l'honnêteté de l'élite, la découverte du conflit sort de la démocratie: la libération de 89, chez nous, a pris la forme des l’opération Mani Pulite  (Mains propres), sans égratigner la politique. Inutile de blâmer les juges, s’ils se sont retrouvés tout seuls à exprimer le désir de régénération. Bersani** a fait remarquer hier que le dialogue est devenu un «mot malade et ambigu. »
Le rapt de l'Olivier et du Pd ne crée pas l'identité. Le  socialisme italien a aussi été capturé ainsi: en l’usurpant, en ne l’intégrant pas et en cherchant à comprendre la débâcle des autres plutôt que la sienne propre. Pour le  socialisme italien aussi la chute du Mur est surgie comme un voleur dans la nuit. Les métamorphoses du PCI sont une histoire d’appropriation cruelle, mais le socialisme n'est pas moins coupable de ce vol de mots et d'identité. Il n’'a jamais réussi à devenir dominant, comme dans le reste de l'Europe. Et quand avec Craxi il voulut disputer la représentation de la gauche au PCI, il  a été incapable d’en tirer les conséquences: il a continué son double jeu, il a fait miroiter les perspectives d’une union de la gauche sans renoncer à répartir le pouvoir, il ne s’est pas renouvelé moralement, mais il s’est dégradé jusqu'à devenir le symbole de la corruption italienne.
Dans un essai lucide sur l'Italie, l'historien Perry Anderson décrit un parti socialiste qui génère le berlusconisme, en expliquant que ce dernier est l’héritier du PSI dans sa dernière période, plutôt que de la DC (Démocratie-chrétienne) (London Review of Books, 21-3-2002). Le manque de préjugés de Craxi est un trait spécial et unique de notre culture. Ailleurs l’homme sans préjugés est un personnage du XVIIIème siècle qui combat les préjugés, les dogmes : il ne coïncide pas avec l’homme sans scrupules. Chez nous, les deux se confondent, et l’absence de préjugés est une vertu digne d’éloges de ceux qui méprisent les règles, le droit et l'éthique, dans la certitude que le pouvoir rend tout licite, sinon légal. La classe dirigeante tout entière en est responsable, et il n’est pas étonnant que depuis des décennies l'ordre du jour politique soit  dicté par Berlusconi.
Occhetto espérait peut-être un véritable tournant. Il mettait ses espoirs dans une caravane qui sur sa route associerait diverses forces, et il craignait la caserne désirée par Massimo D'Alema. Une crainte qui s’est révélée justifiée, mais qui ne voit pas le seule D'Alema sur le banc des accusés. Cela au moins a été clair: l'Olivier ne lui a jamais plu. Les faux rénovateurs furent plus coupables, que promettaient sans tenir : ceux qui n'ont pas hésité, comme Veltroni, à détruire le dernier gouvernement Prodi. Néanmoins, M. D'Alema reste l'homme-clé de ces deux décennies. D'une certaine manière il est resté ce qu'il était, débarrassé de ses dogmes, mais avec une volonté de puissance inchangée. Des communistes il a gardé l’intolérance envers la dissidence, le même agacement froid devant la presse indépendante. Les phrases comme: « Les journaux? C'est un signe de civilisation de ne pas les lire. Il faut les laisser dans les kiosques », sont de lui et pas de Berlusconi. La mort temporaire de L’Unità, en 2000, en témoigne. Michele Serra parlò di delitto perfetto su la Repubblica: «La fine dell'Unità, forse più ancora della Bolognina, illumina lo sconquasso identitario della sinistra italiana. Michele Serra, dans  La Repubblica, parle de crime parfait : « La fin de L’Unità, peut-être plus encore plus que discours de la Bolognina, illumine le fracas identitaire de la gauche italienne. Elle en dit les incertitudes,  les complexes  d’infériorité, l’avancée incertaine et peu linéaire vers une modernité souvent vécue de manière pragmatique et opportuniste. »
Vivre la modernité de manière pragmatique et opportuniste, c’est abandonner l'idéologie au nom de l’anti-dogmatisme. Le fait que les idéologies totalitaires aient péri, ne signifie pas qu'un parti peut vivre seulement de volonté de puissance, et sur celle-ci  fabriquer des accords louches. Et qu’il peut continuer à recevoir sa couleur de discours éphémères. Se doter d’une idéologie signifie avoir un système cohérent d'images, des métaphores, de principes éthiques. Cela veut dire penser un rapport différent avec les étrangers, la nature, le travail qui change, l'imaginaire. Contrairement à la politique quotidienne, l'idéologie a une durée non pas courte, mais moyenne et la durée n'est pas un signe d’imperfection. C'est parce qu'elle n’avait pas d’idées sur l'information de masse et la société d’immigration que la gauche a été renversée par Berlusconi. Parce qu’elle n’a pas su adopter tout de suite une loi sur les conflits d'intérêt. Che giunse sino a chiamare la Lega una propria costola. Parce qu’elle en est même venue à appeler la Ligue [la Lega Nord d’Umberto Bossi, NdT) une de ses côtes.
Perry Anderson estime que notre gauche est invertébrée. Une Chose justement, sans squelette: un métamorphe, comme dans le film de Carpenter. Son rêve récurrent est celui d'un pays normal: une autre Chose - imprécise, camouflée – qui, depuis 1989,  capture les esprits. La gauche invertébré a été courtiser Clinton, Blair, Schröder, chantant les louanges de la modération et du centrisme. La vie normale pour la gauche, a signifié jusqu’à maintenant démobilisation idéologique et conformisme : le nouveau, nous l’attendons toujours. 
NdT
* Le 12 novembre 1989, lors d’une cérémonie de commémoration de la bataille de la Bolognina, Achille Occhetto, secrétaire général, annonce une perestroïka à l’italienne : il s’agit, dit-il, de « transformer le parti en une chose plus grande et aussi plus belle ».. En février 1991, lors du « congrès du tournant », le PCI est dissous. La majorité des délégués suit Occhetto dans la création du Parti démocratique de la gauche (PDS), tandis que la minorité de gauche créera le Mouvement de la refondation communiste, qui deviendra ensuite le Parti de la refondation communiste. En 2007, suite à leur 4ème congrès les « démocrates de gauche » transforment leur parti en « Parti démocrate », dont le premier secrétaire général sera Walter Veltroni. Le PD regroupe, aux côtés des anciens communistes, une nébuleuse allant d’ex-socialistes à des libéraux en passant par des chrétiens-sociaux et des réformistes de diverses nuances.

** Pier Luigi Bersani (* 1951), élu secrétaire général du Parti démocrate le 25 octobre 2009 (avec 53% des voix), ce philosophe originaire de Plaisance a été ministre dans les gouvernements Prodi, D’Alema et Amato.




Mythe du mur de Berlin et vrai mur de la Honte en Palestine
Pr Chems Eddine CHITOUR*, L'Expression Lundi 9 Novembre 2009
«Tout ce que les communistes vous ont dit du communisme était faux, mais tout ce qu’ils vous ont dit du capitalisme était vrai.»
Proverbe russe

«Ich bin in Berliner», «Je suis un Berlinois» s’exclamait J.F. Kennedy venu soutenir les Berlinois au plus fort du blocus: résonne encore dans nos oreilles de naïfs bercés par la doxa occidentale au point que l’on croyait tout ce qu’on nous disait -le «on» symbolisant les médias occidentaux. Nous avons comme pour le cinéma hollywoodien vibré et communié avec ceux que l’on nous présentait comme faible avec naturellement le «Zorro» redresseur de torts qui fait qu’on applaudissait à la fin des films. Je veux dans cette contribution «déconstruire» le mythe du mur de Berlin et parler d’un vrai mur, celui de la honte, celui de la force injuste contre le peuple opprimé de Palestine.

Pourquoi le mur a été construit?
William Blum nous explique pourquoi le mur a été construit: « (...) Pour commencer, rappelons qu’avant que le mur soit construit, des milliers d’Allemands de l’Est faisaient quotidiennement la navette entre Berlin Est et Berlin Ouest pour leur travail, c.-à-d. rentraient chez eux tous les soirs. Ils n’étaient donc aucunement retenus à l’Est contre leur volonté. Le mur a été construit principalement pour deux raisons:
1. L’Ouest était en train de harceler l’Est par une forte campagne de recrutement de professionnels et d’ouvriers hautement qualifiés, qui avaient été éduqués aux frais du gouvernement communiste. Cela finit par provoquer à l’Est une sérieuse crise de la production et de la main-d’œuvre. À titre indicatif, le New York Times notait, en 1963: «L’érection du mur a fait perdre à Berlin Ouest à peu près 60.000 ouvriers très qualifiés, qui se rendaient chaque jour de leurs domiciles de Berlin Est à leur lieu de travail de Berlin Ouest». New York Times, 27 juin 1963, p.12
2. Pendant les années 50, les «guerriers froids» américains de Berlin Ouest ont déclenché une brutale campagne de sabotages et de subversion contre l’Allemagne de l’Est, dont le but était de détraquer sa machine économique et administrative. La CIA et d’autres services militaires d’espionnage US ont recruté, équipé, entraîné et financé des activistes, individuellement ou par groupes, tant à l’Est qu’à l’Ouest, pour exécuter des actions qui, couvrant tout le spectre des possibilités, allèrent du terrorisme à la délinquance juvénile: n’importe quoi qui pût rendre la vie difficile aux citoyens d’Allemagne de l’Est, et affaiblir le soutien qu’ils apportaient à leur gouvernement, n’importe quoi qui pût donner des cocos une mauvaise image. (...) » (1)
Petit retour en arrière: Egon Krenz dernier président du Conseil d’État de la République démocratique allemande (RDA) évoque la chute du mur, le rôle de Gorbatchev, ses relations avec Kohl, ses propres erreurs, le socialisme.: L’histoire me libérera.(...) Mon sort personnel importe peu. En revanche, le calvaire vécu par de nombreux citoyens de la RDA relève de l’inadmissible. Je pense à tous ceux qui ont perdu leur travail alors qu’ il n’y avait pas de chômage en RDA. Je pense à tous ceux qui ont été marginalisés. Mais avez-vous remarqué que les dirigeants de la RFA ont tout mis en œuvre pour éviter la prison aux nazis? (..) Au bureau politique du SED, j’étais le plus jeune. Avec la disparition de la RDA, c’est une bonne partie de ma vie que j’ai enterrée.
Avec le chancelier Kohl, nous avions décidé d’ouvrir plusieurs points de passage. La date avait été fixée par mon gouvernement au 10 novembre 1989. Or, la veille, un membre du bureau politique, Schabowski, a annoncé publiquement, non pas l’ouverture de passages, mais la «destruction du mur». J’avais une grande confiance en Gorbatchev, une grande confiance dans la perestroïka comme tentative de renouvellement du socialisme. J’ai rencontré Gorbatchev, le 1er novembre 1989, à Moscou. Quatre heures d’entretien. Je lui ai dit: «Que comptez-vous faire de votre enfant?» II me regarde étonné et me répond: «Votre enfant? Qu ’entendez-vous par là?» J’ai poursuivi: «Que comptez-vous faire de la RDA?» II m’a dit: «Egon, l’unification n’est pas à l’ordre du jour.» Et il a ajouté: «Tu dois te méfier de Kohl.» Au même moment, Gorbatchev envoyait plusieurs émissaires à Bonn. Gorbatchev a joué un double jeu. Il nous a poignardés dans le dos. Egon Krenz, le «Gorbatchev allemand», disait-on à l’époque. En 1989, je l’aurais accepté comme un compliment car l’interprétant comme reconnaissant mon action visant à améliorer, à moderniser, à démocratiser le socialisme. Pas à l’abattre. Aujourd’hui, si certains me collaient cette étiquette, j’aurais honte. (...) L’idée socialiste, les valeurs socialistes vivent et vivront. Je reste persuadé que l’avenir sera le socialisme ou la barbarie. Le système ancien est définitivement mort. Je considère que j’ai failli. À d’autres de construire le socialisme moderne et démocratique. Un nouveau socialisme.(2)
Une autre version moins édulcorée lui attribue un rôle trouble. C’est Egon Krenz avec trois autres membres qui poussa Erich Honecker vers la sortie avec la bénédiction de Gorbatchev. Nous lisons: (...) Quant à la direction soviétique livrée au courant liquidateur de Gorbatchev et des traîtres qui l’entourent, elle encourage et favorise le mouvement. Le chef de l’Etat et du Parti communiste soviétique, Mikhaïl Gorbatchev, engagé lui-même dans le même processus liquidateur, leur a déjà souhaité «bonne chance», rapporte Harry Tisch, un des comploteurs, alors chef de la «Fédération libre des syndicats de RDA», parti à Moscou chercher du soutien. Le 17 octobre, la succession de Honecker est mise à l’ordre du jour de la réunion du bureau politique. Lors du tour de table, Honecker ne trouve pas de soutien, même chez ceux en qui il avait confiance. La trahison est complète et définitive. Egon Krenz est élu à la succession de Honecker le 18 octobre. Il ne parviendra pas à rester au pouvoir. Comme leur modèle Gorbatchev, les opportunistes ont ouvert la voie du malheur pour leur peuple. Quelques semaines après les premiers «McDo» ouvrent à Moscou. Quant à Erich Honecker, il est mort en mai 1994 il avait été emprisonné par le régime libéral de RFA. Réfugié à Moscou, il avait été livré par Eltsine.
La France a essayé d’empêcher la réunification. François Mitterrand a-t-il raté la réunification allemande?, s’interroge Pierre Haski. La polémique, d’abord historique mais pas seulement, a repris depuis la publication, à Londres, de documents déclassifiés par le Foreign Office, et en particulier des notes d’entretiens entre le président français et Margaret Thatcher, alors Premier ministre. Ce soupçon de loupé diplomatique majeur pèse sur François Mitterrand depuis des années. Pourtant, pour avoir suivi comme correspondant diplomatique de Libération à l’époque, toutes les étapes de cette page d’histoire, j’ai ressenti comme beaucoup d’autres l’immense flottement, le sentiment d’un homme qui était à contre-courant de l’histoire sans pour autant commettre de faute irréparable. On n’est pourtant pas passé loin si l’on en croit les documents britanniques, et en particulier cette conversation, début décembre, entre Mitterrand et Thatcher, dans laquelle ils font surenchère de références à la Seconde Guerre mondiale, et se renforcent mutuellement dans leur soupçon vis-à-vis du géant allemand qui renaît. Mitterrand redoute de voir Français et Britanniques se retrouver «dans la situation de leurs prédécesseurs dans les années 30, qui n’avaient pas su réagir» au désir d’hégémonie allemande. Et Maggie Thatcher sort de son célèbre sac à main une carte d’Europe découpée dans un journal d’avant-guerre...(3)
Dans ses mémoires récentes, Kohl a écrit avoir été très déçu par Mitterrand, qui en aparté se serait révélé très hostile à la réunification. Ce qui a le plus agacé Kohl, c’est que Mitterrand lui parle avec insistance de la ligne Oder Neisse, comme si on était avant guerre. Il en a été vexé dit-il, et n’a pas pardonné. La réunification a été le grand moment du chancelier Kohl, son heure de gloire et son titre incontestable pour la postérité. On est donc loin du main dans la main de la fameuse photo que, visiblement, Kohl a voulu gommer dans ses mémoires.

La chute du mur: pour le meilleur comme pour le pire
La suite est tristement connue. Ce sera la «réunification officielle», en fait une opération de colonisation de l’Est par l’Ouest, où l’ex-RDA sera livrée au capitalisme sauvage et au chômage. L’exemple de Leipzig, capitale industrielle de la RDA, qui rivalisait techniquement avec l’Occident dans les années 60-80, est significatif. «Leipzig ville fantôme» le Courrier International (Paris) «La municipalité incite les propriétaires à faire démolir leurs immeubles, car ils ne les loueront plus jamais», résume Der Spiegel. «Ensuite, ils sont invités à faire don des terrains à la ville.
Quant à ceux qui refusent, ils finiront par vendre leur bien, devenu inexploitable, à très bas prix, estiment les urbanistes
». http://www.pcn-ncp.com/dossier/ddr/ddr2.htm
On aurait pensé alors, propagande aidant, que la libération était synonyme de bonheur. Il n’en fut rien. En 1999, USA Today écrivait «Quand le Mur de Berlin est tombé, les Allemands de l’Est se sont imaginé une vie de liberté et d’abondance, où les difficultés auraient disparu. Dix ans plus tard, un remarquable 51% aux élections a fait savoir qu’ils étaient plus heureux sous le communisme». USA Today, 11 octobre 1999, p.1. Vingt ans plus tard, le capitalisme a pu envahir le monde, se propager à toute allure, matérialisé par des McDo, des parcs d’attractions, des jeans et des chewing-gums. Mais qu’ont-ils véritablement gagné? Pourquoi ne pas aussi parler d’une absence de chômage, d’une société sans SDF où chacun pouvait trouver sa place, ce que regrettent grandement aujourd’hui les populations d’Europe de l’Est. Sans compter que la pauvreté de la RDA s’explique par le fait qu’elle a du supporter seule les dommages de guerre dues par l’Allemagne à l’URSS, la RFA étant exonérée et bénéficiant au contraire d’un généreux plan Marshall...Les Allemands de l’Est en sont à redécouvrir l’Ost-algie d’avant...
Pourquoi ne pas parler du vrai mur de la honte de plusieurs kilomètres qui défigure la Jordanie, obligeant chaque matin des milliers de Palestiniens à faire d’énormes détours pour aller travailler chez les colons israéliens, ou pour rentrer le soir ne sachant pas s’ils peuvent ou non passer selon le bon vouloir et les humiliations au quotidien de la part des soldats. Il est vrai que la Cour Internationale de Justice a déclaré illégal ce mur et a demandé son démantèlement. Peine perdue. Le mur continue d’être peaufiné: les Palestiniens seront «comme des cafards dans un bocal» pour reprendre l’expression appropriée d’un général israélien...

Le vrai mur de la honte
Marquant le 20e anniversaire depuis la chute du mur de Berlin, les Palestiniens ont démoli ce vendredi dans le village cisjordanien de Ni’lin, un pan de mur [d’Apartheid] construit par Israël. Lors de la manifestation hebdomadaire contre le mur, qui traverse le centre du village situé dans la région de Ramallah et isole les habitants de 60% de leurs terres agricoles, quelque 300 manifestants ont méthodiquement démantelé une section en béton avant que les forces israéliennes n’ouvrent le feu. Ils ont brûlé des pneus et abattu une dalle de béton de huit mètres de haut en s’aidant d’un vérin mécanique pour voiture. «Il y a vingt ans, personne n’imaginait que la monstruosité d’un Berlin divisé en deux pourrait jamais être abattue, mais il n’a fallu que deux jours pour le faire», a déclaré Muhib Hawaja, un des manifestants, au journal israélien Yedioth Aharonot. «Aujourd’hui, nous avons prouvé que nous aussi pouvions l’imposer, ici et maintenant. Ce sont nos terres au-delà de ce mur, et nous n’avons pas l’intention d’accepter son existence. Nous triompherons car la justice est de notre côté.»(4)
Pour rappel. Commencé en juin 2002, le Mur de séparation devrait faire plus de 703 kilomètres de long, soit deux fois la longueur des frontières de 1967 avec la Cisjordanie et quatre fois plus long que le Mur de Berlin. Le Mur atteint à certains endroits 8 mètres de hauteur, plus de deux fois celle du Mur de Berlin. A d’autres endroits, le Mur est constitué d’une barrière métallique électrifiée entourée de tranchées de patrouilles, des fils barbelés et des détecteurs de mouvements. (Comme la ligne Morice en Algérie Ndlr). Le Mur s’enfonce profondément en Cisjordanie, divisant des villes, des villages et leurs périphéries, séparant les familles. Le Mur empêche les paysans palestiniens d’accéder à leurs terres; les étudiants de se rendre à leurs écoles; les malades, les personnes âgées et les femmes enceintes d’accéder aux soins de santé de base.
Pourtant, l’Avis consultatif de la CIJ édicté le 9 juillet 2004, est on ne peut plus clair: «L’édification du Mur qu’Israël, puissance occupante, est en train de construire en territoire palestinien occupé, y compris à l’intérieur et autour de Jérusalem-Est, et le régime qui lui est associé, sont contraires au Droit International» (paragraphe 163),; «Israël est dans l’obligation de mettre un terme aux violations du Droit International dont il est l’auteur; il est tenu de cesser immédiatement les travaux d’édification du mur qu’il est en train de construire dans le Territoire Palestinien Occupé, y compris à l’intérieur et autour de Jérusalem-Est, de démanteler immédiatement l’ouvrage situé dans ce territoire; Israël est dans l’obligation de réparer tous les dommages causés par la construction du Mur dans le Territoire Palestinien Occupé, y compris à l’intérieur et autour de Jérusalem-Est.» «Cette construction, s’ajoutant aux mesures prises antérieurement, dresse ainsi un obstacle grave à l’exercice par le peuple palestinien de son droit à l’autodétermination et viole de ce fait l’obligation incombant à Israël de respecter ce droit.» (paragraphe 121) (5). Tout est dit: nous attendons la justice des hommes.

(*) Ecole nationale polytechnique, Ecole d´ingénieurs Toulouse

1.William Blum: Le Mur de Berlin, un mythe de la guerre http://www.legrandsoir.info/Guerissons-le-monde-de-la-maladie-du-pacifisme.html
2.Egon Krenz: «L’avenir sera le socialisme ou la barbarie» José Fort L’Humanité 6 11 2009
3.Pierre Haski Quand Mitterrand tentait de ralentir la réunification allemande. Rue89 15/09/2009
4. 20 ans après la chute du mur de Berlin, les Palestiniens abattent un pan du Mur d’Apartheid. 7 novembre 2009 sur le site info-palestine.net Ma’an News Agency
5.http://www.oxfamsol.be/fr/Mur-de-separation-en-Palestine-l.html  10.11.2006

 

dimanche 8 novembre 2009

Relations dangereuses : le Roi et la Secrétaire d'État

par Atenea ACEVEDO, Tlaxcala, 6/11/2009. Traduit par Esteban G.. Édité par Fausto Giudice.
Original: Relaciones peligrosas

Rire ensemble est une des manières infaillibles de resserrer des liens d'amitié. Que ne donneraient ceux qui voient cette photo pour savoir quelle a été la blague de Mohamed VI qui a motivé l'élégant éclat de rire de Hillary Clinton ?
Lui aurait-il raconté que ce 6 novembre se déroule la commémoration du trente-quatrième anniversaire du début de la Marche Verte tandis que le Maroc reste impuni et l'ONU indifférente ? C’est impossible. Car il est difficile d’imaginer que les connaissances de la Secrétaire d'État soient au point lorsqu’il s'agit d’exactions anciennes de puissances plus petites.
Nous devons observer l'image avec attention pour pouvoir faire des hypothèses. Le mouchoir assorti dans la poche du roi et les insignes qui ornent la cravate et le revers de veste, l’index de la main droite qui pointe son interlocutrice. Les immanquables perles et le buste penché pour tenter de sympathiser avec discrétion dénotant ainsi la classe de Clinton. Le récepteur avec les oreillettes pour l’interprétation simultanée qui menacent de glisser, démontrent que lui, parle anglais, mais qu’elle ne comprend pas l’arabe.
Je me risque à dévoiler les possibles motifs du rire : le Prix Nobel de la Paix décerné à Barack Obama, la chatoyante politique étrangère d'un gouvernement incapable d'abandonner la realpolitik, les dérapages diplomatiques de Clinton, la poudre aux yeux de la dernière visite de l'UNHCR (Haut-commissariat aux réfugiés de l’ONU) aux camps de la population sahraouie réfugiée en Algérie, les mensonges de Felipe González sur le Sahara Occidental, la vulgaire complicité entre le sultanat alaouite et la monarchie espagnole ou les longs tentacules qui lient l'État espagnol avec l’État français et l’État israélien.
Rien de ceci ne serait de nature à provoquer le rire mais plutôt l'indignation de tout être humain ayant un minimum de conscience morale. L'agence presse espagnole EFE publie la photographie dans son contexte : dans le cadre du sommet international du Forum pour le Futur, le Maroc a présenté un projet pour la construction de cinq centrales solaires grâce à un accord stratégique passé avec l'Espagne et l'Allemagne. Le projet sera mis en chantier en novembre 2010 et deux de ces centrales seront construites au Sahara Occidental sous occupation militaire marocaine. Mohamed VI a certainement informé Hillary Clinton qu’une d'elles sera installée à Laâyoune, la Secrétaire d'État a du tenter sans succès de prononcer le nom d'une ville aussi exotique si bien que le roi a été obligé de se servir de son index pour l'aider à le formuler. Elle s’est mise à rire de sa propre ignorance, et lui, chevaleresque, il a souri.
Je suis soulagée : nous avons de la chance, ce ne sont que deux personnes confortablement installées dans l'opulence du pouvoir, réunies pour un acte officiel prévu pour faire des projets et des alliances communes. Heureusement.

The shoe must go on-Devenu philanthrope, Mountazer Al Zaïdi file en Suisse

par Michel PORCHERON, 8/11/2009
Sauf le respect que l’on doit à nos amis suisses et suissesses, entre faire la une de la presse mondiale,  à commencer par la presse panarabe pendant de nombreuses semaines et celle, très récente, de la presse cantonnée à la Suisse, deux jours seulement, il existe une très sensible gradation, plus clairement dit un effet de dégradé, nom commun, comme le dit notre dictionnaire usuel : « affaiblissement nettement progressif d’un éclairage ».
Mountazer  al Zaidi est le premier à savoir que jamais plus – à moins d’un nouvel exploit inespéré, mais c’est très improbable --  les projecteurs ne se braqueront sur lui comme ce jour du 14 décembre 2008, quand il lança ses chaussures  sur le président George W. Bush, dans un geste live aussi improvisé que désespéré.

A son arrivée à Genève
   

Mountazer est depuis déjà plus de trois semaines en Suisse, et on a failli ne pas le savoir. L’ex-journaliste irakien, contrairement à toute attente, est arrivé  incognito mardi matin 13 octobre 2009 à l'aéroport de Genève en provenance de Beyrouth, soit presque un mois jour pour jour après sa sortie de prison irakienne (après une détention de 90 jours, dont les premiers furent particulièrement musclés, selon son témoignage)  et 10 mois après son exploit qui n’est toujours pas à la veille de quitter son orbite planétaire. Si un jour, avec le temps,  il sortait du monde dit médiatique, entre web et youtube en passant par des blogs amis, ce sera pour entrer par la grande porte dans les livres d’Histoire mondialisés, à commencer par l’Encyclopaedia Universalis en vingt volumes et en vingt langues. Il devrait y faire son entrée dans la prochaine édition.    
Mountazer « a encore beaucoup à faire dans son pays »  
Accompagné de son frère Maytham, et muni d’un visa de touriste, il a été accueilli par son avocat genevois Me Mauro Poggia. Le visa accordé lui permettra de rester 90 jours en Suisse, où il souhaite créer une foundation qui aura pour objectif d'aider les civils victimes de la guerre en Irak. Il a par ailleurs retiré sa demande d'asile qu'il avait déposée en Suisse (il n'est en effet pas possible de demander un visa touristique et une demande d'asile simultanément. D’autre part, Mountazer aurait l’intention de rentrer dans son pays, « où il a encore beaucoup à faire »). Son visa est un visa Schengen à entrées multiples. Le journaliste irakien pourra donc se déplacer dans les autres pays européens de l'espace du même nom. Selon certaines sources généralement non autorisées, il pourrait passer la frontière avec la France en fin d’année pour un rendez-vous dont le lieu restera top secret jusqu’à l’ouverture des portes, le jour même.
Déjà fort d’une réputation de Guillaume Tell à l’irakienne, Mountazer  aurait pu plus mal choisir que la Suisse.
La Suisse est bien le meilleur choix : dans ce pays on y vit dans la discrétion, la retenue, le climat est clément,  on peut y prendre, selon son souhait, de la hauteur, son image demeure celle de la réussite économique et sociale, les étrangers (Turcs, Albanais, Bosniens, Croates, etc…) représentent environ 22 % de la population active (en comptant les saisonniers et les frontaliers), c’est la place forte de la finance internationale,   le plus petit pays sur l’échiquier planétaire des grandes puissances , place forte aussi de Conventions, Accords, Conférences, Traités  (généralement de Genève)  et des sièges d’institutions internationale d’ordre économique, social  et culturel, ainsi que d’ organisations humanitaires ou ONG mondiales ( la fondation de la Croix Rouge par H. Dunant ne date-t-elle pas de 1859).
Dans l’actualité, déjà attaquée dans les affaires UBS, Polanski et du secret bancaire, qui, on le sait, fait partie du patrimoine du pays au même titre que les montres, le chocolat au lait ou le fromage gras à pate dure, c’est une Suisse humiliée qui a manifesté plus que son inquiétude sur le sort réservé à deux de ses ressortissants, deux hommes d’affaires considérés comme « disparus » quelque part en Libye, après y avoir été déclarés « otages » en juillet 2008 probablement par des éléments non contrôlés. Depuis un mois, Genève n’a plus de nouvelles.  Genève est en effet en grande délicatesse avec le colonel libyen Muammar al Kadhafi. Certaines sources qui ont préféré garder l’anonymat, font le lien entre cette longue prise d’otages et le traitement réservé par les autorités helvètes à un de ses fils, Hannibal, l’été 2008, trop longuement, à son gré, détenu dans un poste de police genevois pour une simple histoire sur la voie publique.
Et tout ça quel rapport avec Mountazer et son visa touristique ? Aucun.  
Se sentant pour l’heure menacé en Irak,  craignant pour sa sécurité, selon ses déclarations, sans préciser d’où pourrait venir le danger, Mountazer  avait d’abord quitté l’Irak pour le Liban, sans passer par la Grèce comme il avait été annoncé peu après sa libération. « J'ai peur pour ma famille» à Bagdad, a-t-il souligné. Selon son avocat irakien, Me Dhiya al-Saadi, « même si de nombreux Irakiens soutiennent son acte, il est à la merci d'extrémistes de tout poil. Et d'autres fous qui voudraient faire de lui un martyr de la souffrance de tout un peuple». Icone
«Il ne pourra plus travailler comme journaliste sans subir désormais de terribles pressions. Profilé à gauche, il se montre très critique vis-à-vis du gouvernement actuel en Irak qu'il juge trop soumis aux Américains. Sa vie peut devenir un enfer dans son pays», a-t-il ajouté.
Dès avant son procès il avait manifesté son intention de demander l’asile politique chez les Helvètes. «Une fois installé à Genève, cet homme, célibataire et sans enfants, pourra très bien travailler comme journaliste aux Nations Unies», indiquait alors pour sa part l’avocat genevois Me Poggia…
Mountazer  aurait été en effet mal inspiré en débarquant à l’improviste (sauf le respect…) au Monténégro, en  Ouzbékistan, au Schleswig-Holstein, aux Iles Aléoutiennes,  en Alaska ou  dans le Carcassès, contrées qui malgré leur attrait intrinsèque indéniable, ne réunissent pas toutes ensemble, ne serait-ce que deux des qualités de la solution suisse.
Il ne pouvait pas en effet se tromper de point de chute et commettre la moindre erreur dans sa nouvelle vie d’ancien -lanceur-de-chaussures. Il devait, il devra être à la hauteur de ce que l’on a écrit sur lui, comment en effet décevoir ceux qui, par exemple, ont mis en ligne sur vous et sur un site prestigieux, des louanges comme : « Il manquait peut-être à l’université de Bagdad un Unamuno irakien. Mais chaque époque et chaque pays produisent ses propres héros. L’Espagne de 1936 n’est pas l’Irak de 2003 et Franco n’est pas Bush. Pourtant le 14 décembre 2008 à Bagdad, un homme, Mountazer al-Zaïdi, s’est levé et a osé lancer ses chaussures sur Bush le président des États-Unis ! En Irak, Mountazer al-Zaïdi est devenu le symbole de la résistance à l’occupant ».
« Depuis Genève, (...) je lance un appel en faveur de mon peuple et j'annonce le lancement d'une fondation humanitaire pour mon peuple »,  a expliqué le lundi 19 octobre lors d'une conférence de presse à Genève l'ancien correspondant à Al-Baghdadia TV, vêtu d’un costume noir et d’une chemise couleur lilas. «  Je pense aider les orphelins, les veuves avec des ateliers de couture et les déportés en priorité. Nous voulons construire des écoles, des hôpitaux, des centres médicaux, un centre pour remplacer les membres des personnes handicapées suite à cette guerre », a-t-il ajouté, lisant un court texte.






Cela s’apparente à des travaux d’Hercule, mais personne n’aurait le mauvais goût de dénigrer ces formidables projets humanitaires en faveur du peuple d’un pays où toutes les bonnes volontés sont les bienvenues.
Sa fondation qui s’appelle d’ores et déjà al Zaïdi Foundation possède déjà un site internet, www.alzaidifoundation.com, en anglais et en français (http://www.alzaidifoundation.com/?view=foundation&lang=fr), mais n'aurait pas encore été créée juridiquement. La version en arabe est en construction. La Fondation disposera au départ d'un capital de 50.000 francs suisses (33.000 euros) et sera de droit suisse, avec siège à Genève. Mountazer avait reçu de nombreuses promesses d’offres de donateurs, mais décida de ne rien accepter jusqu'à la création de sa fondation. Mountazer al-Zaïdi n’a pas donné de précisions sur la provenance des fonds qui financeront sa fondation, mais a indiqué vouloir  « faire appel à tous les esprits libres du monde », ce qui constitue d’emblée un colossal potentiel, tellement les « esprits libres » sont une denrée hyper-majoritaire sur la surface du globe. « J’accepte tous les cadeaux et les dons en argent», a-t-il expliqué
Une demande de permis de séjour n'est pas exclue à la fin de la validité de son visa. Mountazer al-Zaïdi va-t-il rester définitivement en Suisse? « C’est un homme profond et désintéressé», a affirmé l'avocat genevois, qui a renoncé à ses honoraires pour lui venir en aide. Plus tard Mountazer, à peine la trentaine, aimerait trouver du travail, sans que l’on sache aujourd’hui  quelle capitale aurait sa préférence, Genève ou Bagdad.
Sa notoriété, il faut le souligner, n'a pas facilité l'octroi du visa pour la Suisse, un visa si difficile à obtenir pour les ressortissants du tiers-monde. «Il devait abandonner sa demande d'asile pour obtenir un visa touristique», rappelle l’expert suisse  Jean-Philippe Jutzi, qui a affirmé que Mountazer al-Zaïdi n'a pas bénéficié d'un passe-droit. «Sa demande de visa touristique a pris près de trois semaines», selon le journaliste suisse Olivier Kohler. Pour Me Mauro Poggia, ce qui a été déterminant, c'est la solvabilité de son client. «J'ai réuni des sponsors qui vont l'aider financièrement et dans la mise sur pied de sa fondation ».
Dans une interview exclusive accordée à la TSR, dès sa sortie de prison, le journaliste répondait aux questions de l’envoyé spécial Olivier Kohler: «J'ai vraiment envie de venir en Suisse parce que c'est un pays neutre et parce que c'est un pays qui n'a pas soutenu l'occupation de l'Irak. La Suisse (…) qui a une grande tradition démocratique, c'est un exemple pour le monde», a-t-il poursuivi. Le journaliste Vincent Dozé du Matin suisse commentait à cette époque : « Le journaliste irakien aimerait vivre chez nous. Mais son statut de héros ne lui ouvre pas les frontières et la célébrité à elle seule ne peut le protéger ». Dans l’immédiat, un touriste en Suisse, comme ailleurs, serait mal inspiré de s’adonner à des activités politiques déplacées.  De l’humanitaire oui.
Et si Mountazer  devenait un Robinson suisse, personnage illustre, héros du roman éponyme (1812) de l’écrivain suisse de langue allemande Johann David Wyss (Berne, 1743-818) qui relate l’histoire d’une famille suisse certes naufragée sur une île déserte, mais que sauva courageusement le père, excellent homme et qui sut prodiguer à ses enfants de sages conseils et de « proposer à leur dévotieuse admiration, l’infinie  sagesse de la Providence », selon notre dictionnaire usuel.      
Le 15 octobre dernier, sur le site leMatin.ch (ch, de Condéfération Helvétique), Michel Jeanneret a publié (08h45) un entretien où l’émotion le dispute à la lucidité.
Nous en publions de très larges extraits car il s’agit de la première interview de sa nouvelle vie post lancer-de- chaussures. « Mountazer al-Zaïdi est une véritable star. De celles que l’on approche avec respect et admiration. Et pour cause, cet homme de 30 ans est celui qui a osé le geste devenu l’un des plus célèbres du monde. Un geste libératoire pour des millions de personnes, mais qui aurait pu lui coûter la vie. C’était le 14 décembre 2008.
Lorsque nous l’avons rencontré hier, le journaliste irakien a tout d’abord dû signer des autographes, serrer des mains, se faire prendre en photo par des passants. Exténué, le corps encore marqué par les violences subies dans la prison irakienne qu’il a quittée il y a exactement un mois, Mountazer al-Zaïdi se trouve aujourd’hui à Genève dans un seul but: promouvoir une fondation censée venir en aide à son peuple.
Vous semblez très marqué, vous marchez lentement. Comment vous portez-vous?
Tout mon corps me fait mal. Comme vous le voyez, les gardiens de la prison dans laquelle on m’a enfermé m’ont cassé une dent lorsqu’ils m’ont donné des coups de poing. On m’a également cassé le petit orteil avec une conduite en métal et je porte encore d’autres marques de mon séjour là-bas.
Avez-vous été torturé pendant les neuf mois que vous y avez passés?
 
Non, on m’a frappé et maltraité les trois premiers jours. Mais vous savez, je ne désire plus évoquer cet épisode pénible. J’aimerais essayer de l’oublier.
Et sinon, comment vous portez-vous moralement? Etes-vous soulagé d’être sorti de là et de vous retrouver à Genève?
Je vais vous dire: ma plus grande peur en me levant chaque matin, c’est que tout cela ne soit qu’un beau rêve et que je sois en fait encore en prison. Je suis toujours très marqué par tout cela.
La question que tout le monde se pose, c’est: qu’est-ce qu’on ressent au plus profond de soi quand on balance une chaussure sur George W. Bush?
 
Le sentiment d’envoyer un véritable message, un message très fort. Un message?: Oui, et c’est la raison pour laquelle beaucoup de monde me demande des autographes et me félicite aujourd’hui.

C’est-à-dire?
 
Pour ces gens, je suis la personne qui a dit non aux Etats-Unis. C’était un geste fort, alors que l’ensemble des dirigeants du monde arabe et ceux du monde entier d’ailleurs n’ont pas pu – ou pas osé – dire ce qu’ils pensaient réellement de Bush. Moi, un petit citoyen normal, j’exprimais de manière symbolique ce que tant de gens pensaient. Avez-vous eu le sentiment de venger le peuple irakien, à ce moment-là? Non. Les Irakiens ne sont pas un peuple qui appelle à se venger et j’aspire moi-même à la paix. Je vous l’ai dit, il s’agit d’un geste symbolique de mécontentement.
La question peut vous paraître cocasse, mais regrettez-vous que Bush ait pu esquiver vos deux jets de chaussures?
Au contraire. Je suis plutôt content de ne pas l’avoir touché, puisque je ne voulais pas commettre un acte violent. Ce que je regrette, par contre, c’est de ne pas avoir retrouvé mes chaussures (il rit).
Votre acte était-il prémédité ?
 
(Il ne répond pas.)
Vous étiez conscient de ce que vous risquiez, quand vous avez lancé ces chaussures ?
 
Oui, je savais que je commettais un acte qui pouvait mettre ma vie en danger. Mais c’était trop fort, je devais le faire.

Et pourquoi? Vous pensez vraiment que cela a servi à quelque chose?
Je ne sais pas, mais je m’y emploie aujourd’hui. Mon peuple s’est fait massacrer par George W. Bush! Et la souffrance se poursuit pour les survivants. L’Irak aujourd’hui, ce sont 5 millions d’orphelins, 1 million de veuves et 3 millions de handicapés. C’est pour eux que je crée une fondation. Pour leur venir en aide et traduire l’ancien président américain en justice.

Traduire George W. Bush en justice! ?
 O
ui. Il y a en Irak deux millions de personnes derrière moi qui sont prêtes à signer une pétition allant dans ce sens.
Sincèrement, n’avez-vous jamais regretté ce geste?
 
Jamais. Si c’était à refaire, je le referais. Au prix de ma vie.
Le 1er octobre, un disciple de Mountazer, un étudiant turc lui n’a pas risqué sa vie en lançant une basket blanche en direction du Directeur général du FMI, M. Dominique Strauss-Khan, qui s’exprimait à l’université d’Istanbul. Alors qu’il terminait de disserter sur l'économie mondiale devant un parterre d'étudiants de l'université Bilgi, M. Strauss-Kahn qui a évité de justesse la basket, s'est réjoui du fait que le lanceur de chaussure ait « attendu la fin » du débat pour l'interrompre. Il a fait savoir immédiatement qu'il n'allait  pas porter plainte.

Coup de pub ?

Le fait que l'«attentat» ait eu lieu en Turquie suggère peut-être une autre piste, moins politique. Serkan Türk, directeur turc des ventes de la marque Baydan, avait fait fortune en prétendant être le fabricant du modèle utilisé par al-Zaïdi. Une centaine d'ouvriers avaient du être embauchés pour répondre aux innombrables commandes reçues du monde entier. Dans la foulée de ce beau succès commercial, il est donc possible que l'habile entrepreneur ait décidé de réitérer son formidable coup marketing dans le secteur de la chaussure de sport. Il serait en outre assez logique qu'il ait choisi le directeur du FMI pour relancer sa croissance économique. Après tout, Istanbul, c'est Byzance.  Ah Internet, on y trouve de tout. En voilà un exemple, qui montre que tout peut être tourné en dérision.

Je répète ma question  : à qui appartient cette chaussure ?

Le lundi 18 octobre, un étudiant iranien a osé jeter une de ses chaussures à la face de Mohammad Hossein Saffar Harandi, ancien ministre de la Culture du gouvernement de Mahmoud Ahmadinejad, lors d’une manifestation  dans un amphithéâtre. « Assassin, dehors », « Mort à toi », ont scandé les étudiants, en voyant l’homme politique poursuivre son discours. 
Si le début du séjour de Mountazer à Genève a eu lieu sans tambour ni trompette, l’autre partenaire duettiste fameux du 12/14, ex président élu depuis maintenant près d’un an, ne manque pas une occasion de se faire remarquer. Il fait toujours recette. Si les blagues anti-Bush ne font plus rire personne, les blagues de Bush –dont il a le secret- n’ont pas pris leur retraite et il est vraisemblable que le recueil de ces blagues, de toutes ses blagues, les bonnes et les moins bonnes depuis plus de dix ans, constituera la pierre de touche de huit ans de présidence.  
Certes le 22 octobre, il fut ovationné par quelques centaines d’hommes et femmes d'affaires qui avaient payé jusqu'à 400 $ pour l'entendre parler, quelques blagues y compris, mais dans les rues de Montréal, il a reçu un tout autre accueil. Environ un millier de personnes s’était regroupé devant l'hôtel Reine Elizabeth afin de dénoncer, à coups de slogans et de lancers de chaussures, la première visite de George W. Bush, comme ex.
Mission accomplie«Bush terroriste, Chambre de Commerce complice», ont scandé les manifestants massés devant le chic hôtel où Deubeulyou prononçait ce qu’il est convenu d’appeler généralement un « discours » ou « conférence »,  organisée en l’occurrence par la firme privée Paiements optimal en collaboration avec la Chambre de Commerce de Montréal. Diverses associations avaient appelé à la manifestation, comme Québec solidaire,  la Ligue des droits et libertés, le collectif Échec à la guerre et la Fédération des femmes du Québec. Tous ont dénoncé hier la guerre en Irak et l'utilisation de la torture par les autorités américaines, deux initiatives de George W. Bush.
Bush sera toujours Bush. On n’y changera rien. Aujourd’hui encore, il ne fait aucun effort pour être lui-même  et reste en mesure même de surprendre. Tout nouveau faux pas ne peut lui être -- au point où il en est-- que « bénéfique ».
« Show me your shoe and I shall surely show no shame »
(Allitération intraduisible.Trad. littérale : Montrez-moi votre chaussure et je ne montrerai certainement pas de honte) aurait déclaré, parait-il, George W. Bush après l'incident des chaussures. Déclaration jamais confirmée. On ne prête qu’aux riches.
S’il n’y fait pas attention, à l’inverse, Mountazer est menacé d’être avalé par ce phénomène impitoyable qu’est l’anonymat. Etre désormais « l’ex-lanceur-de-chaussures » ne représente aucune garantie marketing durable. Et tout faux pas, demain, lui serait probablement fatal. A travers une seule déclaration mal contrôlée, une seule mauvaise fréquentation répétée, un seul rendez vous miné et accepté en toute innocence…Tenez par exemple chez les antisionistes (des gens biens) il n’y a pas que des gens biens. On pense notamment à un ancien comique qui a mal tourné en France…que l’on sait nettement moins sur scène que dans des salles d’audience, qui… …que…Sous la dictée de l’ex comique, un blogueur-ami vient d’annoncer : « Pour ce qui est des dates à venir, il ne faut pas oublier que … (gommé par nous) va bientôt donner à Paris son habituel spectacle de fin d'année qui promet d'être aussi intense que celui de l'année dernière avec notamment la venue de Mountazer al-Zaïdi, le courageux journaliste irakien qui, lui aussi, a marqué l'histoire en lançant ses chaussures à la tronche de la marionnette sanguinaire Bush. À ne pas manquer ! »
Et si le pire arrivait…On a connu dans le passé d’autres cas. Quand par exemple notre cher et bon Abbé Pierre, mondialement connu, franchement égaré, s’est fourvoyé – un temps - chez des révisionnistes.    
Certes ce n’est pas demain – on l’a vu et confirmé depuis dix mois- que le titre glorieux de Mountazer pourrait être remis en jeu. Dans une enquête intitulée « Que reste-t-il des années 2000 ? » où 18 artistes, designers, écrivains et sociologues de diverses nationalités, ont été invités à choisir un mot et un objet chacun pour symboliser la décennie, l’écrivain et chercheur français au CNRS, Christian Salmon a retenu comme « objet » « les chaussures de George W. Bush ».
Voici ce qu’il en dit : « Bush a terminé son mandat comme il l'avait commencé : sous le signe de la chaussure. Lors des cérémonies d'investiture, il avait exhibé une paire de bottes texanes brodées des initiales GWB. Le geste du journaliste qui a lancé ses chaussures au front présidentiel a donc tout d'un effet boomerang... C'est le retour du refoulé qui se manifeste, celui du « foulement » justement... Qui a vécu par la botte périra par la botte. A trop célébrer le signe martial du « foulement », on risque d'être humilié par la vertu carnavalesque de la semelle. Un geste qui restera dans les livres d'histoire comme le « vase de Soisson » ou « le coup d'éventail » du dey d'Alger ».
Quelques minables tentatives de remakes n’ont jamais terni le génial 12/14. On ne répètera jamais assez que ce jour là, un duo, un show dual, bicéphale, bidonnant, une relation binaire, bipolaire, un couplé gagnant, unique au monde, a fait une apparition foudroyante, fracassante et indélébile, est venu s’arrimer sans coup férir aux prestigieux, entre tant d’autres,  Paul et Virginie, Roux et Combaluzier, Laurel et Hardy, Tenon et Mortaise ou encore Lea and Perrins, Tom and Jerry…Indissociables, à jamais. Et avec happy end, tout est bien qui finit bien.
Il est sûr par ailleurs que si un jour Mountazer, plus jeune, avait eu une subite  poussée d’adrénaline, avec en face de lui non l’auguste (adj. et n.m.) G.W. Bush en fin de carrière, mais le vénérable Saddam Hussein, au sommet de sa forme, Al Zaïdi n’aurait jamais pu fouler aujourd’hui le tarmac de l’aéroport de Genève, pour prendre un exemple.
De toute façon, personne n’en aurait jamais rien su. A la rigueur, une paire de chaussures aurait été déposée aux Objets perdus.
Rappelons aussi que dix mois plus tard, personne n’a jamais pu ne serait-ce qu’imaginer, envisager, l’exploit qui pourrait détrôner le face à face Mountazer-Bush. Sauf si un jour très improbable Barack Obama parvenait à entarter Oussama Ben Laden. Existe-t-il d’autres face à face aussi inouïs, hors du commun ? Notre imagination là flanche.
Mais attention, dans un tout autre domaine, d’ores et déjà, un Irakien est en train de se tailler la part du lion, un fonds commercial, un franc succès, avec  ce même concept de « cible »…sauf  que Waafa Bilal l’Irakien est lui même la cible soit le « le méchant »  et sauf que le(s) tireur(s) sont des internautes de tous les coins du monde, et les chaussures …de la peinture jaune lancée au pistolet.
Un Irakien dans le rôle de la cible
La performance « Domestic Tension » qui lui a valu « le titre d’artiste de l’année » (Chicago Tribune) a duré un mois, 24 h x 24 : au total 65.000 tirs …virtuels.
Indigné à sa façon par la déshumanisation de la conduite de la guerre, l’artiste a raconté cette expérience dans un livre récent « Shoot and Iraqi. Art, life, and Resistance Under the Gun » publié chez City Light.  Certes, il est Irakien devenu citoyen US, il n’a pas attendu le 12/14 pour être célèbre, il a déjà exposé dans le monde entier, il enseigne à la New York University. Pour en  savoir un peu plus sur ce  méchant - Irakien-cible, il a fallu avoir entre les mains le quotidien italien Il Manifesto du 14 mars 2009. La journaliste Beatrice Cassina raconte.
Pendant un mois, Wafaa s’est enfermé dans une petite « cellule » placée dans une galerie de Chicago, la Flatfile. Wafaa était dans le collimateur d’internautes à travers une webcam, lui tirant dessus avec un pistolet de paint-ball chargé de peinture jaune, qui se déclenchait grâce aux impulsions provenant du site Internet créé à cet effet Vous suivez ? Les visiteurs pouvaient lui parler, dire ce qu’ils avaient sur le cœur et lui apporter quelques provisions de bouche, selon les vœux du performer.  
Beatrice Cassina précise : « Bilal n’entendait pas devenir une vedette du monde du spectacle, mais comprendre comment le monde allait entrer en relation avec un homme devenu, le temps de la performance, un « ennemi virtuel » irakien ».
Wafaa a l’âge d’avoir été un jeune Irakien sous Saddam Hussein, pendant la guerre Iran-Irak et la (première) guerre du Golfe 1990-1991, il a passé deux ans dans des camps de réfugiés au Koweït et en Arabie Saoudite, avant d’obtenir en 1992 l’asile politique aux USA. Bilal est donc aux USA quand George W. Bush attaque et occupe  sa terre natale (mars 2003).
Ainsi « Domestic Tension » est né d’une réaction à l’invasion US de l’Irak et à l’assassinat de son père et de son frère restés au pays. Mais ce n’est que 4 ans plus tard, que Wafaa se met à l’œuvre, quand il apprend qu’une militaire, une soldate US a pour mission de lancer des bombes en Irak via le clavier de son ordinateur…au Colorado… Comme jouant à un jeu vidéo de la mort… Dans son journal reproduit dans le livre, il évoque aussi ses rencontres avec le public réel, qui s’est déplacé pour lui rendre visite à la galerie, sans oublier les internautes qui n’ont pas voulu jouer « le jeu » et ont pris sa défense, prenant partie contre la guerre.
Pour le Chicago Tribune, « Domestic Tension » a été « une des œuvres d’art politique les plus fortes de ces dernières années ». Selon Wafaa « l’idée maîtresse de la performance  consistait à placer ceux qui jouaient face à leurs responsabilités » et pour la Cassina « Bilal souhaitait ainsi jeter les bases d’une réflexion sur les conflits  qui se déroulent loin de notre monde ».
Jews and Shoes
L’occasion est bonne (sans être forcément bienvenue pour tous) pour rappeler une autre histoire, toujours par le petit bout de la lorgnette qu’est une paire de chaussures: un groupe d’experts, de folkloristes et d’historiens de la culture a entrepris de raconter …l’histoire juive, eh oui juive, par …la chaussure. Qu’elle soit « biblique », « errante », « cinématographique »,  ou voire « israélienne ». 
C’est le magazine Books (juin2009) qui met l’accent, sur deux pages, sur « La chaussure du Juif errant ».  Selon sa façon habituelle de travailler, ce magazine français qui ne présente que des livres de l’actualité, non français et non traduits, reproduit, en l’occurrence, un texte paru dans le US Book Forum (février 2009) que signe Rhonda Lieberman, artiste et auteure newyorkaise, et portant sur le livre « Jews and Shoes » écrit sous la direction d’Edna Nahshon, chez Berg Publishers.
Une démarche pour le moins inattendue, qui n’a pourtant rien d’anecdotique, écrit Books qui ajoute : « Depuis que Dieu demanda à Moïse d’ôter ses chaussures pour fouler le sol de la Terre Sainte, il ne s’est guère passé d’évènement sans qu’une chaussure quelconque incarne un pan de l’histoire juive. Un récit insolite et édifiant, parfois drôle, souvent poignant ».
« De la Bible à Ben Gourion, en passant par Lubitsch, la chaussure a toujours été au centre de l’histoire juive. « Jews and Shoes », livre surprenant, le raconte ».
Pour Rhonda Lieberman, il ne faut pas s’en tenir, et de loin, à l’histoire, dès sa première apparition, de la première « Princesse juive américaine » (JAP) qui « communie chaussée d’une paire [d’escarpins] marque Manolo- Blahnik dans le saint du saint du luxe qu’est  Bergdorf Goodman, sur la 5 e Avenue ».  A savoir que l’expression JAP « désigne péjorativement le prototype de la jeune fille issue d’une riche famille juive.  Enfant gâtée, elle est matérialiste, égocentrique, superficielle ».

Bien avant, naguère, il y a vraiment très longtemps, « les Juifs goûtaient  déjà les subtilités métaphysiques et les raffinements théologiques de la chaussure », s’empresse d’ajouter l’auteure newyorkaise.
Auteure d’un texte de ce « curieux » et complexe recueil collectif,  Ora Horn Prouser considère que l’errance et la mobilité font « tellement partie de la pensée biblique que les chaussures en viennent à symboliser (…) la protection et le soutien nécessaire de Dieu en ces temps d’exode ». Pour R. Lieberman « loin de n’être qu’un élément de la tenue vestimentaire, les chaussures sont aussi le vecteur de l’exil hors de la présence divine ».  Goys, vous suivez ?
Pour sa part Rivka Parciak révèle de son côté, que des stèles de cimetières juifs d’Ukraine en 1840 ont la forme de souliers …Il est vrai que pour ceux qui en savent plus qu’un bout sur l‘histoire juive, l’année 1840 est celle où, dit-on, les Juifs seraient rachetés et marcheraient sur Sion en …mocassins.
Les chaussures ont par ailleurs une grande importance dans la Kabbale. Les Anges …Sandal, pourrait-on résumer, y sont décrits comme les souliers de Dieu, « car ils jouent le rôle de séparateurs et de filtres entre les mondes spirituel et matériel ». Un peu trop théologique ? Car c’est « à travers ces chaussures que l’intensité écrasante de la puissance divine est atténuée, l‘empêchant d’atteindre la révélation ».  Elémentaire non ?  Dans un tel contexte, le pied est la présence divine et la chaussure le protège du profane…
Plus clair : un mémorial hongrois le long du Danube offre une interminable procession de bottes et chaussures en bronze, là où ceux qui les portaient furent abattus et noyés.
Passons au mythe moyenâgeux du Juif errant : c’est en fait une pure histoire de chaussures. Cordonnier condamné à parcourir la Terre pieds nus, il incarne « l’existence irrésolue des Juifs » en Diaspora. La fabrication de souliers devint une métaphore de l’existence terrestre des Juifs…Ils représentent ainsi l’ancrage physique de l’Elu ou son absence d’ancrage, dans un monde « créé par l’exil ». Pour mieux saisir, il faut lire de Shelly Zer-Zion « La chaussure de l’errant ». Orna Ben-Meir dans « La chaussure israélienne », évoque les bonnes « chaussures métaphoriques pour ramener le peuple juif dans l’histoire des nations vivantes ». La chaussure  devient « égalisatrice » ou « partagée » dans l’étude de Ayala Raz.
Aussi étonnant, on apprend que dans les proverbes yiddish, les cordonniers et la fabrication de chaussures occupent une place majeure. Le proverbe préféré de R. Lieberman est le suivant: « Si tu veux oublier tous tes soucis mets une paire de chaussures trop petites ».
Une comédie (de Sammy Gronemann) est dédiée à la chaussure, « Le Roi Salomon et Shalmai le cordonnier », présentée comme la première comédie musicale israélienne.  A ce propos, Dorit Yerushalmi écrit que le cordonnier « étudie les empreintes de la vie sur les chaussures des gens et les répare ». Même si les cordonniers dans l’estime publique, se situent un cran au dessous des tailleurs et des aubergistes. Toutefois ils ont tout de même inventé plus de six cents mots yiddish liés au métier, rivalisant ainsi avec le nombre d’épithètes pour « perdant ».
Pour les cinéphiles, R. Lierberman rappelle que le premier succès (allemand) du cinéaste Ernst Lubitsch (1892-1947, ah To be or Not to Be, 1942) fut « Le Palais de la chaussure Pinkus » (Schuhpalast Pinkus, 1916). Fils d’un tailleur de la classe moyenne berlinoise, il commença sa carrière en caricaturant les immigrés de fraîche date d’Europe de l’Est. Dans « la chaussure de cinéma », l’auteure Jeanette Malkin note que ses premiers films –aujourd’hui perdus- seraient jugés comme « l’œuvre la plus antisémite jamais réalisée si …Ernst Lubitsch n’avait été juif lui-même ».
 
Schuhpalast Pinkus

 Le point d'orgue, selon R.Lierberman, du Palais de la chaus­sure Pinkus est un fabuleux défilé de mode du soulier (un des premiers exemples de publicité-produit au cinéma). Synopsis : Sally Pinkus, malicieux arriviste (inter­prété par Lubitsch), est mis à la porte de son premier petit boulot de vendeur pour avoir refusé de s'occuper d'un client aux chaussettes trouées.
Possédant le don inné de la publicité (bobards et flatterie), il propose ses services en décrivant ses propres traits, peu attrayants, comme « éblouissants » et déclare que « seuls les établissements de première classe seront pris en compte; toutes les autres propositions seront jetées à la poubelle ». Il séduit une cliente célèbre en faisant une évaluation de courtoisie de la taille de ses mules. Et elle soutient en retour son Palais de la chaussure haut de gamme, où il triomphe en imprésario, soudain affable,  d'un spectacle de souliers : Sally « vante chaque paire tandis que la caméra s'attarde sur le moindre talon et autre boutonnière aux formes tellement citadines, ornées de boucles et de lacets ». Dans le théâtre du petit commerce du XX e siècle, Lubitsch fait de la chaussure une vedette, et le moyen pour son Juif de baratiner pour se hisser au sommet.
« Écrire sur les sandales paraissait une activité universitaire marginale, songe Orna Ben-Meir, experte reconnue de la mode sioniste. Il est dans la nature paradoxale de ce type de parure d'être perçue comme minimale tout en étant hautement symbolique, et révélatrice de la psyché israélienne. » J'ai, moi aussi, été étonnée, conclut Rhonda L., de voir comment ce sujet, a priori digne d'une simple note de bas de page, a débouché sur une véritable étude d'un peuple. À suivre : les Juifs et le porte-monnaie? » Ce « A suivre : les Juifs et le porte-monnaie ? » est bien de Rhonda Lieberman. On dirait presque du Woody Allen. Dans notre dictionnaire usuel (édition 2010) au mot humour ( p. 1258) on renvoie à trois formes de cette « forme d’esprit », « l’humour noir », « l’humour anglais » et « l’humour juif ». L’humour n’est pas à confondre avec « histoires », qu’elles soient belges, marseillaises ou juives.
Sans vouloir faire le tour du sujet « la chaussure, ses œuvres et ses pompes » et sauf le respect du à Mountazer, même dans son statut d’ex-lanceur de chaussures, on ne peut, à ce stade de notre étude, éluder , escamoter  un (autre) …french paradox : le plus grand « espace chaussures «  de toute la planète -3200 mètres carrés—loin devant ceux de New York ou Londres  est à Paris, sur un des Grands Boulevards…On y achète une  nouvelle paire – pour femme et pour homme- toutes les 30 secondes…Avec six achats par an (en boutique ou sur le net avec spartoo.com, messouliers.com, shoes.fr ou encore labonnepointure.com ), les Français sont les plus gros consommateurs d’Europe ( les deuxièmes au monde, derrière les USA c’est vrai) Près de 17 % de Françaises et Français possèdent plus de vingt paires… Les Françaises n’hésitent pas à dépenser une moyenne de 50 euros pour un achat de paire de ville. On  dit qu’Amazon pourrait débarquer en 2010, avec ses cyber-souliers, en France où actuellement le site numéro un (sarenzo.com) a le vent en poupe (aux Us, le site Zappos  a dépassé le milliard de dollars de chiffre d’affaires). Non seulement la chaussure  ne connait pas la crise, mais est actuellement « l’accessoire » (féminin mais aussi masculin) le plus novateur : on y trouve  des clous, de la dentelle de cuir, de la résille, du tweed, du satin, du python, du vison, de l’imprimé à fleurs, du plastique transparent, du bleu pétrole, du fuchsia, des talons (pour dames) qui dépassent les 15 centimètres, etc…Pour le dire autrement,  un nouveau modèle est lancé tous les six jours.
Depuis un an, le modèle Al Zaidi a vieilli, il a pris au moins 50 ans. Elle restera probablement dans les mémoires aussi pour cela même, être le modèle  d’une époque, d’un style de vie, d’un budget. Jusque là plutôt noire ou plutôt marron (huit paires sur dix) depuis que la chaussure est la chaussure, celle d’aujourd’hui, du moins dans les pays où on n’est pas regardant sur le nombre de zéros sur l’étiquette, a « explosé ». Comme dit la journaliste-essayiste Nathalie Funès « aujourd’hui rien ne ressemble moins à un soulier qu’un autre soulier ». Là tout est dit. A fortiori quand on précisera qu’on attend toujours le lancer féminin. 
Certains sociologues ou experts es consommation avancent l’hypothèse  que les futures générations Mountazer,  qui ne sont pas à la veille de s’éteindre, réfléchiront à deux fois avant de choisir la paire qui  fera l’objet de leur lancer. Par ailleurs, selon les dernières statistiques, publiées par la FMCVS (la Fédération mondiale de la chaussure de ville et de sport), le lanceur, depuis le lancer du 14 décembre 2008, n’a jamais pu récupérer l’objet du délit, la paire ou l’unité (une de lancée deux de perdues) .
Nous ne saurions terminer notre exposé sans mentionner « la nouvelle chaussure qui fait fureur ». Chaussure vraiment ? Oui dans la mesure où elle couvre le pied (on le rappelle, 26 os, 33 articulations et plus de 100 muscles), même de manière bizarroïde. Pas tout à fait quand on apprend qu’il s’agit d’une simple semelle de caoutchouc qui s’enfile comme un gant pour cinq doigt de pied, nu… Pas des moufles, un gant… Son nom ? Les FiveFingers. Etonnant non ? Son designer ? Un jeune Italien, Robert Fliri, un passionné de la marche, de la randonnée, et pour la place qu’occupe le pied dans les cultures. Le lieu de lancement : Brooklin. Un essayiste ? « really cool, on ne marche plus, on flotte, on vole, on se prend pour Mercure avec ses sandales ailées ». Elle fait un malheur aux USA. Un malheur ne  vient  jamais seul.
  


vendredi 6 novembre 2009

« La Révolution russe a été la preuve tangible dont les damnés de la terre avaient besoin pour être sûrs que le rêve de Marx n'était pas irréel »

Interview de l’écrivain Manuel Talens à l’occasion du 92ème anniversaire de la Révolution d’Octobre
par Salvador LÓPEZ ARNAL, 6/11/2009

La Révolution d'octobre a été depuis ses tous débuts une référence pour le mouvement ouvrier international et internationaliste et les organisations socialistes qui n'ont pas cédé face au bellicisme et à l’avidité de conquête des puissants de la terre. Une référence qui est, de plus, chaque année célébrée. Les cérémonies organisées en hommage à cette glorieuse date du 7 novembre, sont dans la mémoire de beaucoup de combattants révolutionnaires. Depuis la désintégration de l'URSS, depuis le triomphe de la contre-révolution capitaliste (sauvage) sur la terre de Gorki et de Maïakovski, ici également, sur cette page rougie, s’est installé l’oubli, un oubli injuste et suicidaire. Aussi, afin que l’on se souvienne de cette date, que l’on apprenne la signification de cette révolution socialiste, nous avons discuté avec l'écrivain, scientifique, traducteur et militant Manuel Talens.

Un coup d'État se prépare-t-il au Paraguay ?

par Matilde SOSA, 3/11/2009

« En ce moment, un coup d'État politique et militaire est en préparation au Paraguay, fomenté par le Congrès d'extrême-droite, à travers une mise en accusation du président Fernando Lugo de violer la Constitution et d’entreprendre rien de plus que la bataille contre la pauvreté qu'ils interprètent comme étant une lutte de classes » : c’est ce qu’a déclaré Carolus Wimmer, vicePprésident du groupe vénézuélien au Parlement latino-américain, à l'Agencia Bolivariana de Noticias.

Selon certaines versions de la presse paraguayenne, le président de la Commission des Affaires Constitutionnelles du Sénat, Hugo Estigarribia, qualifie d’« irresponsables » ces déclarations faites par le député vénézuélien. Selon le sénateur paraguayen les appréciations du Vénézuélien sont « très loin de la réalité » car si l’on se réfère au jugement politique, « ce n’est pas un putsch militaire mais un moyen constitutionnel pour écarter Lugo de son poste ».

Ce dernier argument, dévoile, pour le moins, l’intention certaine de destituer Lugo et permet alors de donner raison à l'affirmation du député vénézuélien C. Wimmer.