vendredi 1 juillet 2011

Répression au Caire

29/6/2011
Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala

Plus de 1000 personnes ont été blessées mercredi 29 juin lorsque les forces de sécurité ont riposté aux manifestants sur la place Tahrir au Caire avec des jets de gaz lacrymogènes et des tirs de balles en caoutchouc. La répression a commencé dans la nuit de mardi à mercredi après que la police avait frappé et arrêté des membres des familles de personnes tuées durant le soulèvement de 18 jours qui avait renversé Hosni Moubarak, lors d’une commémoration des martyrs de la révolution. Dimanche dernier, des membres des familles avaient déclenché une manifestation de colère et jeté des pierres sur des véhicules de police après qu’une juge du Caire avait reporté à nouveau le procès de l’ancien ministre de l’Intérieur Habib Al Adly et six de ses subordonnés.
Al Adly, l’une des figures les plus détestées de l’ère Moubarak, a occupé son poste pendant 14 ans avant d’être forcé de le quitter dès les premiers jours de la révolte du 25 Janvier. Sous sa direction, le ministère de l’Intérieur avait agi commeune gigantesque milice hors-la-loi, espionnant, kidnappant, menaçant, humiliant et torturant des citoyens égyptiens. La Sécurité d’Etat employait au moins 100 000 personnes et entretenait un vaste réseau d’informateurs, dans le seul but de maintenir le régime en place.
En mai, Al Adly a été condamné à 12 ans de prison et à une amende d’environ 15 millions de livres (1,7 million €, 2,5 millions $) pour blanchiment d’argent et détournements de fonds. Il doit maintenant répondre à l’accusation d’avoir donné l’ordre de tuer des manifestants pour al démocratie en janvier dernier. S’il est reconnu coupable, il pourrait être condamné à mort. Moubarak lui-même doit répondre des mêmes accusations le 3 août prochain.
Plus de 845 personnes ont été tuées pendant la révolution égyptienne, d’après les chiffres officiels et plus de 6 000 ont été blessées. Mais beaucoup de gens estiment que le nombre de morts et blessés réel est beaucoup plus élevé. Lundi dernier, la liste des morts s’est allongée avec la mort de Mahmoud Khaled, un protestataire de 24 ans, des suites de blessures infligées le 28 janvier. Il avait été dans le coma depuis 5 mois après avoir reçu dans l’œil une balle tirée par la police, puis avoir été écrasé par une voiture dans le centre du Caire durant les manifestations de masse du « Jour de colère ».
Depuis la semaine dernière, des douzaines de membres de familles de telles victimes tiennent un sit-in permanent devant le siège de la radio-télévision d’Etat. « Ils n’arrêtent pas de reporter et de reporter. Nous attendons depuis cinq mois que soit rendue une justice quelconque », dit Naima (qui a refusé de diore son nom), qui tient un portrait de son fils de 19 ans, Adel, victime d’un tir mortel le 28 janvier. « Je ne veux ni travail ni argent. Je veux la justice et que les responsables rendent des comptes ».
Le juge chargé de cette affaire, Adel Abdessalam Gomaa, a repoussé le procès dimanche sans fournir d’explication. C’est la deuxième fois que le procès d’El Adly et de ses subordonnés a été reporté. En mai, le juge Gomaa avait ordonné un premier report après que des bagarres avaient éclaté dans la salle d’audience. La police avait pris position en rangs serrés devant la cage des sept inculpés, empêchant qu’on les voie, ce qui avait provoqué le protestations des avocats des parties civiles, qui se sont affrontés aux militaires et policiers qui gardaient le tribunal.
Les défenseurs des droits humains ont aussi critiqué l’exclusion du public – y compris les victimes et leurs familles – de la salle d’audience durant le procès. De telles circonstances militent en faveur de l’argument selon lequel le juge Gomaa n’a pas la justice en tête. « Les critiques allèguent que Gomaa avait des liens avec l’ancien régime », écrivait le journal Al Masry Al Youm le 26 juin. « Durant sa carrière, il a émis des sentences contre des opposants à Moubarak comme l’avocat égypto-usaméricain des droits humains Saadeddine Ibrahim et l’opposant libéral Ayman Nour ». Le 30 juin, la Cour d’Appel doit décider si Gomaa doit continuer à présider le procès d’El Adly.
Ironie du calendrier, le report du procès d’El Adly a eu lieu à l’occasion de la Journée internationale de soutien aux victimes de la torture. Des dizaines de personnes ont afflué au siège du syndicat des journalistes au centre du Caire dimanche soir pour écouter le témoignages de personnes torturées par la police et la sécurité d’Etat agissant sous les ordres d’El Adly.
« Je ne pense pas qu’ils ont fait le lien, sinon ils n’auraient pas fixé la date du procès ce jour-là », dit Aïda Seif El Daoula, une militant des droits humains qui anime le Centre El Nedim de réhabilitation des victimes de la violence. « Ce procès est une farce, avec des reports en chaîne. C’est la même chose qu’avant, sous Moubarak : il n’y a pas de justice ». El Daoula montre des photos d’anciens caciques du régime, soulignant qu’il n’a été demandé de comptes pour leur responsabilité dans la torture à aucun des hauts responsables du régime Moubarak, à commencer par l’ex-chef des services de renseignement Omar Souleymane (lequel a joué un rôle clé dans le programme US de transferts extraordinaires au cours duquel la CIA a kidnappé des suspects de terrorisme aux quatre coins du monde et les a envoyés en Egypte pour y être interrogés et torturés).
Avec le report du procès El Adly, tous les yeux se tournent désormais vers un autre dossier judiciaire important : le procès des deux policiers inculpés pour la mort de Khaled Saïd, peut-être la victime de brutalités policières la plus célèbre d’Egypte. Saïd, un homme d’affaires de 28 ans, avait été battu à mort par deux policiers en civil devant un cybercafé d’Alexandrie. Après que la police avait dans un premier temps tenté de maquiller sa mort, des photos de son visage gravement défiguré avaient commencé à circuler sur la Toile, suscitant des protestations et ouvrant la voie à la révolution du 25 Janvier. Alors que l’administration Obama n’avait pas fait de déclaration condamnant le meurtre de Saïd à l’époque, le président Obama a reçu sa sœur Zahra à la Maison blanche la semaine dernière et à publié un communiqué saluant le sacrifice de dizaines de citoyens dans toute la région.
La dernière audience du procès, en septembre 2010, avait été entachée par la présence massive de policiers brandissant des bâtons et criant des insultes contre Khaled Saïd et sa famille. Le procès reprend le 30 juin, mais on ne s’attend pas à une manifestation similaire de culot policier, vu que la police a perdu son vernis de pouvoir et d’impunité après avoir été forcée à faire une retraite massive face au soulèvement de masse de janvier. On attend un verdict dans le procès de l’affaire Khaled Saïd pour jeudi. Les Egyptiens attendent de voir si justice sera rendue.

NdT : le verdict a été repoussé au mois de septembre

Vidéo de Mostafa Sheshtawy, montrant clairement la collusion entre les policiers en tenue de combat et les baltaguiyas (repris de justice utilisés comme supplétifs et provocateurs) le 29 juin
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