samedi 8 janvier 2011

Algérie: l'État trabendiste se lave les mains : "On n'y est pour rien". Bref il prend son peuple pour une bande de crétins

Quand les États ne sont plus que des bandes de voleurs sans foi ni loi, une seule solution : l'auto-organisation !

Pour tenter d'enrayer la contestation, le gouvernement algérien annonce des mesurettes économiques


Devant l’ampleur de la contestation sociale et des émeutes qui secouent depuis mercredi dernier plusieurs localités du pays, les autorités algériennes ont annoncé samedi soir une série de mesures pour faire face à la hausse des produits de premières nécessités. Les émeutes ont officiellement fait trois morts. Le communiqué du gouvernement.

Le gouvernement a rendu public samedi 8 janvier le communiqué suivant :
« Sur instruction de M. le président de la République, un Conseil interministériel s'est tenu ce jour samedi 8 janvier, pour examiner les mesures à mettre en œuvre en vue de faire face à la hausse subite des prix de certains produits alimentaires de base.
A ce sujet, les constats ci-après ont d'abord été établis. En premier lieu, s'agissant du lait et de ses dérivés ainsi que des céréales et de leurs dérivés, les matières premières sont fournies aux laiteries et aux minoteries sur la base d'un prix fixe et fortement subventionné par l'Etat.
De ce fait, rien ne saurait fonder les rumeurs sur une hausse des prix de ces produits aux consommateurs, tout comme les rumeurs de risque de pénuries sont infondées.
En second lieu, en ce qui concerne les huiles et le sucre, la hausse des prix de leurs matières premières sur le marché international, ne saurait à elle seule expliquer la brusque augmentation des prix de ces produits au détail survenue durant les dix derniers jours.
A ce titre, les procédures nouvelles, imposées par certains pour l'approvisionnement des grossistes en sucre et huile alimentaire sont des mesures injustifiées, qui de surcroît relèvent du domaine de compétence de la puissance publique.
En troisième lieu enfin, nul ne peut mettre en doute la volonté résolue de l'Etat sous la direction de M. président de la République, d'intervenir chaque fois que nécessaire pour préserver le pouvoir d'achat des citoyens, face à toute hausse de prix découlant des fluctuations sur le marché international ou des coûts de revient localement.
Il suffit de rappeler les importantes subventions directes ou indirectes prises en charge par le Trésor public, pour garantir les prix du lait et du blé ou maintenir inchangés les prix de l'eau, du gaz ou de l'électricité.
Après avoir dégagé ces constats, le Conseil interministériel, agissant au nom du gouvernement, a, avec l'accord du chef de l'Etat, arrêté les mesures suivantes :
1- Une suspension des droits de douanes est instaurée du 1er janvier 2011 au 31 août 2011, à l'importation du sucre roux et des matières de base entrant dans la fabrication des huiles alimentaires. Ces droits de douanes sont de l'ordre de 5%.
2- Une suspension de la TVA est instaurée du 1er janvier 2011 au 31 août 2011, sur le sucre roux et sur les matières premières entrant dans la production des huiles alimentaires. Cette TVA est de 17%.
3- Une exonération de l'IBS est instaurée du 1er janvier 2011 au 31 août 2011, l'IBS sur l'activité de production, de traitement et de distribution des huiles alimentaires et du sucre. Cet impôt est de 19% pour les activités de production et de 25% pour les activités de distribution.
4- Ces exonérations temporaires et exceptionnelles de droits de douanes, de TVA et d'IBS, sur le sucre roux et sur les huiles alimentaires représentent un total de charge de 41% qui vient en déduction des prix de revient.
Le gouvernement attend des producteurs et des distributeurs d'en répercuter en urgence les effets sur les prix de vente aux consommateurs. Une réunion se tiendra à cet effet dans les prochaines heures entre le ministre du Commerce et les opérateurs concernés.
5- Durant la période allant de janvier à août 2011, le gouvernement définira en concertation avec les opérateurs concernés un système de stabilisation permanente des prix du sucre et des huiles alimentaires pour faire face à l'avenir et de façon durable à toute fluctuation des cours sur le marché international.
6- En vue de mettre un terme à la situation actuelle de quasi monopole sur le marché local du sucre, le gouvernement instaure à partir du 1er janvier 2011 jusqu'au 31 août 2011, une exonération temporaire exceptionnelle des droits de douanes et de la TVA exigibles à l'importation du sucre blanc.
7- Le gouvernement rappelle qu'il est interdit à quelque opérateur économique que ce soit de se substituer aux pouvoirs publics dans l'imposition de procédures ou de délais excessifs pour fournir les grossistes distributeurs, notamment lorsqu'il s'agit de produits de base.
C'est ainsi que les grossistes sont informés qu'ils n'ont nullement à présenter au producteur de sucre ou d'huile alimentaire ni une documentation nouvelle ni à procéder au règlement de leurs commandes par chèque, cette dernière mesure ne devenant obligatoire qu'à la fin du mois de mars prochain.
8- Le gouvernement confirme que les prix du blé fourni aux minoteries sont subventionnés par l'Etat et demeureront inchangés. En outre, et pour contenir les spéculations apparues sur la farine, le quota de blé tendre fourni à chaque minoterie est porté de 50% à 60% de leur capacité de trituration. L'Office interprofessionnel des céréales (OAIC) est chargé de mettre en œuvre cette mesure à partir du dimanche 9 janvier courant.
En conclusion, le Conseil interministériel appelle les différents opérateurs, grossistes et détaillants ainsi que les associations professionnelles concernées à se mobiliser pour traduire rapidement et concrètement ces mesures sur le terrain au bénéfice des consommateurs ».
Ci-dessous les analyses de deux experts

Les quatre raisons de l’inflation algérienne
par
Abderrahmane Mebtoul, Maghreb émergent,     8/1/ 2011
La hausse des prix importante des derniers mois est considérée comme une des raisons les plus directes à la transformation du malaise latent en émeutes urbaines. Le professeur Abderrahmane Mebtoul va dans cet article au-delà des péripéties de la tentative d’encadrer la commercialisation du sucre et de l’huile, désignée trop hâtivement comme principale cause du dérapage de ces derniers jours. Il voit quatre raisons a l’inflation en Algérie, et les expose.
L'inflation est plus profonde que les variations saisonnières

La hausse des prix importante des derniers mois est considérée comme une des raisons les plus directes à la transformation du malaise latent en émeutes urbaines. Le professeur Abderrahmane Mebtoul va dans cet article au-delà des péripéties de la tentative d’encadrer la commercialisation du sucre et de l’huile, désignée trop hâtivement comme principale cause du dérapage de ces derniers jours. Il voit quatre raisons a l’inflation en Algérie, et les exposent de sa plume.
La première raison de l’inflation est la non proportionnalité entre la dépense publique   et les impacts économiques et sociaux :  200 milliards de dollars annoncés entre 2004/2009 ( pas de bilan à ce jour) et 286 milliards de dollars (Mds) entre 2010/2014 dont 130  Mds de restes à réaliser des projets de 2004//2009 pour  un  taux de croissance ne dépassant pas 2/3 % moyenne 2004/2010 (donc  plus de 400 milliards de dollars  soit presque  le programme de relance  US et chinois). Cela a, évidemment,  un impact autant sur le taux d’inflation  que sur le taux de chômage réel qui  sont   largement  supérieurs au taux  officiels. Une récente étude de l’OCDE montre clairement, parmi certains pays du pourtour méditerranéen, que  l’Algérie dépense deux fois plus pour deux fois moins de résultats : projets mal ciblés, les infrastructures ne constituant qu’un moyen,  une  gouvernance mitigée, l’entreprise et le savoir dévalorisés, mauvaise  gestion et surtout la  corruption qui s’est socialisée.

2. La deuxième raison, liée à la première,  est la faiblesse d’une politique salariale cohérente privilégiant les créateurs de valeur ajoutée, le travail et l’intelligence au profit d’emplois rente ce qui fait que la productivité globale est une des plus faible au niveau de la région. Pour preuve le ratio masse salariale  sur le PIB pour 2009/2010 est inférieur à 20% contre plus de 45% à la fin des années 1976/1979  contre une moyenne mondiale supérieure à 60%  démontrant que les augmentations de salaires pour les secteurs à valeur ajoutée (inclus la santé et l’enseignement)  ne  sont pas la cause  essentielle de l’inflation mais que celle-ci réside plus dans les emplois improductifs.

3.-La troisième raison  est l’extension de la sphère informelle qui contrôle quatre segments celui des fruits et légumes, de la viande rouge et blanche ; du poisson et du textile /cuir, ce dernier à travers les importations  de valises  avec plus   de 40% de la masse monétaire en circulation.  L’allongement des circuits  de commercialisation à travers leur désorganisation entre le producteur et le consommateur  favorise les rentes   de monopoles. Ce qui  fait que le chèque obligatoire  (qui vient implicitement d’être abrogé) pour toute transaction supérieure à 500.000 dinars et le contrôle des prix  sur essentiellement le détaillant sont – ou seront - de peu d’efficacité,  car ils ne s’attaquent pas à l’essence à des phénomènes. C’est que la sphère  informelle favorisant les actions spéculatives  est le produit de la bureaucratie et des  dysfonctionnements  des appareils de l’État qui nourrissent des liens dialectiques  entre la sphère informelle et la logique rentière. Il en résulte   l’absence  d’une régulation  produit d’une incohérence et  du  manque de visibilité dans la politique économique et sociale et en cas de remous  sociaux, une mentalité bureaucratique qui laisse croire que des lois et des commissions résoudront les problèmes.

4. La quatrième raison est l’inflation importée. Mais la question qui se pose est de savoir pourquoi lorsque le taux d’inflation mondial  allait vers  zéro en 2009 cela n’a profité ni  aux producteurs ni aux consommateurs algériens. Le dérapage à la baisse du dinar, a gonflé artificiellement les recettes fiscales (voilant l’importance du déficit budgétaire). Le fonds de régulation des recettes calculés en dinars algériens, les taxes exorbitantes au niveau des douanes qui  s’appliquent à un dinar dévalué  pour entretenir notamment les couches rentières  ont largement contribué à la hausse des prix. Cela renvoie à une économie totalement rentière où 98% des exportations sont le fait d’hydrocarbures   et 75% des importations (équipement, matières premières où plus de 80% des entreprises privées et publiques fonctionnent avec des inputs importés) et les biens finaux  représentent entre 2009/2010 environ 70/75% de nos besoins.

Entretien réalisé par Said Mekki, Maghreb émergent 

Ghazi Hidouci, économiste algérien, est ancien ministre de l’économie du gouvernement « réformateur » entre septembre 1989 et juin 1991. Il est l’un des architectes du programme de réformes politiques et économiques interrompu en juin 1991. Après avoir exercé au sein de l’administration centrale du Plan dans les années 1970, il a été conseiller économique du président Chadli Bendjedid entre 1984 et 1989. Auteur de nombreux articles et contributions, Ghazi Hidouci est notamment l’auteur de « Algérie, la libération inachevée » publié en 1995 aux Editions « La Découverte ». Consultant, il vit en exil à Paris depuis 1991 où il est engagé dans le mouvement associatif. Ghazi Hidouci répond dans cet entretien vidéo aux questions d’un de nos correspondants et apporte un éclairage sur les troubles qui secouent la Tunisie et l’Algérie.

1. Que vous inspirent les émeutes en Tunisie et en Algérie?

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2. Les émeutes en Tunisie s'expliqueraient par le sous-emploi et par la mauvaise redistribution. En Algérie elles auraient été déclenchées par la hausse des prix de produits de large consommation. Quelle est votre opinion?

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3. Quid des satisfecits internationaux - du FMI notamment- - décernés à la gouvernance économique de la Tunisie et dans une mesure moindre à celle de l'Algérie?

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4. Quelles sont, selon vous, les particularités des orientations économiques de la Tunisie et de l'Algérie?

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5. Les politiques économiques mises en œuvre au Maghreb semblent incapables de répondre aux attentes de leurs populations. Des alternatives plus efficaces sont elles possibles?

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