Au petit matin du vendredi 14 août, le Parlement grec a adopté le 3ème
Mémorandum, autrement dit le "plan de sauvetage", qui impose à la Grèce
une série de "réformes" meurtrières en échange d'un nouveau prêt de 85
milliards d'euros. Au total, 222 élus ont voté pour, 64 se sont
prononcés contre – dont une trentaine membres de Syriza, y compris
l’ex-ministre des Finances Varoufakis –, 11 se sont abstenus (3 députés
étaient absents). Le texte a donc été validé à la majorité grâce au
soutien des trois grands partis d’opposition, Nouvelle Démocratie
(conservateur), le Pasok ("socialiste") et To Potami ("centre gauche").
Christine Cooreman nous raconte comment elle a vécu ces heures
noires.-Tlaxcala
D'habitude, je traduis (c'est ce que je fais pour gagner mon pain
quotidien). Je ne dis pas ce que moi je pense. Mais, ce coup-ci, ce sera
différent. Quoique, dans un sens, il s'agira de nouveau de traduire.
Mais, ce sera traduire en mots tout un vécu. Celui de la journée du 13
et de la nuit du 13 au 14 août : le coup de grâce...
Cela fait plus de cinq ans maintenant que je lis, j'écoute, je
discute et me dispute, pour comprendre ce qui nous est tombé sur la
tête, ici, en Grèce et, là, en « Europe ». Je n'ai jamais été
conservatrice (sauf en 1e primaire où je passais tous les matins saluer
la directrice de l'école...) et ce que j'avais connu de plus « à
gauche » était le parti communiste grec de la fin des années 70 et du
début 80. La dictature des colonels m'avait très peu touchée (j'avais 11
ans et des poussières quand ils ont dû quitter le pouvoir) mais j'avais
vécu une certaine mentalité (celui du caporal ou du contrôleur de bus
qui se croit investi du pouvoir suprême et sorti de la cuisse de
Jupiter....).
J'étais absente de Grèce entre 1982 et septembre 1990. Donc,
certaines choses bien importantes, je ne les ai pas vécues de première
main. Mais, j'ai eu le temps de vivre LE « changement », avec l'arrivée
d'Andréas Papandréou au pouvoir. « La Grèce appartient aux Grecs » (et
« la mer Égée appartient à ses poissons », comme on pouvait lire sur
certains murs...). Je suis partie alors que le mouvement de
l'antipsychiatrie grandissait... je suis allée étudier la psychologie
clinique. Après la première année, le mouvement avait déjà dégonflé...
mais, moi j'ai poursuivi.
Tout ça, pour planter le décor et dire que je ne parlerai pas en expert...
Ainsi, les mesures d'austérité ont commencé à pleuvoir depuis cinq
ans. Des mesures « inévitables », « méritées » selon d'aucuns... Nous
avons appris des termes nouveaux : service de la dette publique, FSM,
BCE, EFSF, créanciers, mémorandum, souveraineté nationale, solidarité...
des commissaires aux noms étrangers nous « expliquaient » que nous
avions mal vécu dans un État qui n'en n'était pas un et qu'ils allaient
nous fournir toute « l'assistance » nécessaire pour que nous devenions
finalement un État digne de ce nom ! Certains Grecs -des politiciens,
des industriels, des « intellectuels », surtout – considéraient que le
« mémorandum » était une bénédiction...
Les mémorandums ont « avalé » un nombre non négligeable de
gouvernements élus ou plantés par les bons soins de nos « partenaires »
européens.
Entre-temps, nous avons fait plus ample connaissance avec
l'extrême-droite, le chômage croissant, l'injustice profonde des
mesures, les suicides, les dispensaires sociaux gérés par des médecins
bénévoles qui voulaient suppléer aux lacunes de l’État qui ne faisait
que se réduire au fil du temps et des mesures.
Non, les Grecs n'ont pas accepté leur sort. Ils se sont soulevés. Ce
premier été-là, les places furent occupées par des milliers
d'indignés... ils réclamaient haut et fort la chute du gouvernement, le
respect de la Constitution, la dignité, enfin ! Ils se sont battus au
point d'être battus (par les « forces de l'ordre » et par ce que
d'aucuns appellent « les pompiers », ceux qui disaient « attendez un
peu, nous viendrons au pouvoir et vous verrez... », mais nous y
reviendrons...)
La guerre psychologique fut menée (et l'est toujours) de manière
magistrale. Le coup du fouet et de la carotte, la torture de la goutte,
la culpabilisation, la flatterie, tout y passe... et surtout le
terrorisme, sous toutes ses formes...infligé par les chaînes de TV
privées et les journalistes dont certains seraient à la solde de divers
employeurs plutôt louches…Ne PAS suivre les JT et émissions d’info en
tout genre relève de la survie psychologique…
Comprends-moi bien. Des gens comme toi et moi, qui s'en sortaient
tant bien que mal jusque-là, se sont soudain retrouvés en train de
devoir à tout le monde : banques, fisc, sécurité sociale... tout... On
finit par se demander si on ne va pas taxer l’air qu’on respire…
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