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dimanche 8 juillet 2012

Chili: manifeste pour la souveraineté - Journée nationale de mobilisation sociale le 11 juillet 2012

"Quelle époque que celle que nous vivons, où il faut se battre pour ce qui est évident!"
Pour adhérer à l’appel, écrire à acciondirecta5@yahoo.com 
Il y a exactement 41 ans, le 11 Juillet 1971, l’ensemble du peuple chilien décida de faire usage de sa souveraineté réelle et à travers les mécanismes juridiques de l'époque, de nationaliser le cuivre, notre principale ressource naturelle, pierre angulaire de notre le développement, "le salaire du Chili". Cet acte capital, a établi les bases matérielles pour exercer saut qualitatif sur tous les plans de la vie social. Cette décision courageuse affectait les intérêts des USA, de l'ensemble de l'impérialisme, qui n'a pas hésité une seconde, en conjonction avec la réaction interne, à infliger une punition brutale à ceux qui avaient fait preuve d’une telle audace. En outre, ils avaient besoin d’arrêter les avancées concrètes réalisées dans la santé, l'éducation, le logement, la réforme agraire et d'autres domaines, par un mouvement populaire et social en marche.



11 juillet 1971: discours de Salvador Allende annonçant la nationalisation du cuivre sur la Place des Héros de Rancagua
Aujourd'hui, le règne pendant 39 ans d'un modèle imposé par le sang et le feu, qui ne profite qu'à une poignée de familles, alors que toutes les conquêtes obtenues après des luttes héroïques ont été arrachées, enterrées, éteintes ou atténuées, alors que l’ensemble des droits n’ existe que comme ornement d’une constitution politique bidon, illégale, alors que nous vivons dans une démocratie de faible intensité, de contre-insurrection, excluante et au service de la protection des privilèges de quelques-uns, alors que nous voyons comment on nous vole nos ressources naturelles, dans une escalade vorace, soumise à l’appétit insatiable des transnationales, alors que nous subissons les effets d’une dénationalisation de l’économie, sans aucun respect pour l'environnement, la sécurité d'emploi et les droits des travailleurs, alors que nous mesurons les effets de la "grande panne culturelle" où l'éducation et la culture sont des éléments comptables du profit,  alors que nous nous rendons compte que la santé, la prévoyance sociale et le logement ne sont plus qu’un facteur d’augmentation des profits de quelques-uns, il ne nous reste qu’une issue: unir nos luttes, nos forces, nos rêves , nos revendications, en quête d'un projet partagé. Nous savons comment nous ne voulons pas vivre, nous devons donc choisir la manière dont nous articulons notre présent et l'avenir, dès maintenant.
Il y a exactement 41 ans, a été effectuée une action particulière, qui doit nous pousser à l’action, à l'unité, pour faire avancer l'exigence de construire notre souveraineté. Ceci est un appel aux Sans-orga, aux organisations syndicales, politiques, étudiantes, de quartiers, de diversité sexuelle, de retraités, de frères et sœurs migrants, bref toutes celles et ceux qui souffrent au quotidien du poids de ce modèle économico-politico-social prédateur, facteur d’exclusion et de marginalité. C’ est une invitation aux Sans-orga, aux organisations petites, moyennes et grandes, à démontrer, à manifester notre décision inébranlable de construire notre SOUVERAINETÉ à tous les niveaux et de prendre des mesures concrètes de convergence pour atteindre cet objectif.
Nous appelons à une mobilisation ce 11 Juillet 2012 pour : renationaliser le cuivre, l'eau, le lithium, toutes les ressources naturelle. Plus d'AFP (Administradoras de Fondos de Pensiones : sociétés privées d’administration des fonds de pension, crées en 1980, NdT] et d’ISAPRES [Instituciones de Salud Previsional, système privé d’assurance-santé créé en 1981, NdT]. Santé et éducation gratuites. Pour un salaire minimum de 350.000 pesos. Plus de hausses des prix.
11 juillet 2012: 12 HEURES: FUNAS* devant les lieux symbolisant les systèmes de prédation
12 HEURES: SANTIAGO, FUNA* devant le siège de CODELCO [Corporación Nacional del Cobre de Chile, Société nationale de cuivre du Chili], PASEO HUÉRFANOS 1270.
19 HEURES: Manifestations sur toutes les places d’armes du Chili ou dans des lieux symboliques de chaque localité.
Cette initiative dépend de toutes et de tous, elle appartient à celles et ceux qui veulent la prendre. Nous devons exprimer notre indignation, en manifestant de manière transversale et coordonnée, à l’échelle nationale, que nous voulons plus de cette mal-vie. Nous t‘invitons à y adhérer, avec ton organisation, à t’engage, à diffuser, à organiser, à  préparer et à participer activement.
Seule la lutte et l’unité nous rendront libres !
*La funa : mot mapudungun  (langue des Mapuches) désignant une forme de manifestation chilienne qui consiste à "rendre visite"  aux criminels et tortionnaires chez eux ou sur leur lieu de travail, en faisant beaucoup de bruit, avec des affiches, des banderoles et des tracts sur lesquels figurent le parcours du "funado". Les participants expliquent alors aux voisins ou aux camarades de travail ce qu'a fait cet individu. La funa existe pour vaincre l'oubli, dépasser l'indifférence sociale, en finir avec l'impunité et contribuer à la vérité, la justice et la vraie démocratie. [NdT]
Ont adhéré fraternellement, à ce jour (nouvelles adhésions bienvenues):
Asamblea Nacional por los Derechos Humanos Chile.
Comisión Ética Contra la Tortura V Región. Coordinadora por la Lucha de los Pueblos.
Agrupación Ex PP V Región. Coordinadora por la Lucha de los Pueblos.
Mancomunal del Pensamiento Crítico. Coordinadora por la Lucha de los Pueblos.
Radio Placeres de Valparaíso. Coordinadora por la Lucha de los Pueblos.
Carlos Lemus. Coordinador del Partido de los Trabajadores Viña del Mar-Valparaíso. Coordinadora por la Lucha de los Pueblos.
Coordinadora Anti imperialista V Región. Coordinadora por la Lucha de los Pueblos.
Viña-Valparaíso V Región Convergencia.
Frente Patriótico Manuel Rodríguez V Región. Integrante de la Coordinadora de la Lucha de los Pueblos.
MODATIMA. Movimiento por la Defensa del Acceso al Agua, la Tierra y el Medio Ambiente.
Partido Humanista Araucanía Novena Región.
Jorge Figueroa Zapata. Presidente de la FENATS OCTAVA REGIÓN DEL BIO BIO.
Movimiento por la Asamblea Constituyente Provincia de Curicó.
Egidio Masías Herrera. Director del Sindicato Número 06 de Codelco Chile División El Salvador. Concejal de la Comuna Diego de Almagro.
Luis Mesina Marín. Secretario General de la Confederación Sindicatos Bancarios de Chile.
Patricia Coñoman. Presidenta de la Confederación Nacional Textil.
Aurora Araos Cabezas. Presidenta de la Federación Regional Metropolitana de Salud Municipalizada (FREMESAM).
CUT Zonal Sur Oriente La Florida.
UCT. Unión Clasista de Trabajadores.
Patricio Torres. Sindicalistas del Mundo.
CODESOPO. Comando por los Derechos Sociales y Populares.
Víctor Raúl Paiba Cossíos. Comité de Refugiados Peruanos en Chile.
Pedro Marín Mansilla. Ex Presidente Federación Minera de Chile.
Nelson Aquiles Soto Aguilera. Ex-Consejero Nacional Federación de Trabajadores del Cobre Codelco Chile División Andina.
Mario Osses. Ex Asesor Presidencial de Salvador Allende.
Jorge Lavandero Illanes. Promotor de la Renacionalización del Cobre.
Alejandro Díaz. Académico de la Universidad Central.
Nilda Correa Vives. Directora de Revista “La Palabra”, Socia N° 1525 de la SECH. Coordinadora en la RM, Rancagua y Curicó de POETAP Poetas de la Tierra y Amigos de la Poesía, en Chile.
Coordinadora de Organizaciones Populares COP.
Rebeca Godoy. Trovadora. Artista del Campo Popular.
Francisco Villa. Músico-Trovador.
Jean Gutiérrez E, El Gato. Cantor y Musiquero.
Prensa Grafica Callejera.
Miguel Edwards Rosas. Poeta.
Renato Villar. Ciudadano de a pie.
Revista “Vamos a Andar”. Patricio Morales.
Diana Cordero y Equipo de Redacción de Insurrectas y Punto.
Raúl Blanchet. Consejo Nacional de Comités Comunistas.
Danilo Monteverde Reyes. Partido Humanista de Chile.
Eduardo Artés. Primer Secretario del Partido Comunista Chileno (Acción Proletaria) PC (AP). Partido Comunista Chileno (Acción Proletaria) PC (AP).
Brigada Salvador Allende BRISA.
Patricio Cid. Movimiento Asamblea del Pueblo (MAP)
Estudiantes Socialistas Revolucionarios.
Inquietando Desde el Margen.
Revolución Proletaria.
Movimiento Patriótico Manuel Rodríguez.
Socialismo Revolucionario.
Comité de Unidad Revolucionaria.
Movimiento de los Pueblos y los Trabajadores MPT (ARCO-PT-MAPU).
Víctor Toro Ramírez. Dirigente Social en el Bronx. Militante Histórico del MIR.
Nieves Ayres. Bronx.
Colectivo Miguel Enríquez. NY EEUU.
Movimiento de la Peña del Bronx.
Coalición 1ero de Mayo.
Colectivo Acción Directa.

vendredi 6 juillet 2012

Réflexions amicales dans la crise actuelle-Texte pédagogique



par Antonio Negri. Traduit par  Francesca Martinez Tagliavia, édité par  Fausto Giudice , Tlaxcala 

Leçon donnée à l'Université d’Oxford, Ashmolean Museum, le 12 mai 2012.
1.     Les hommes pour lesquels je ressens une certaine sympathie se sont battus, en Europe, au XXème siècle, autour de trois objectifs : pour le socialisme contre le fascisme ; pour une Europe unie contre l’État-nation ; pour la paix contre la guerre. Les deux premiers objectifs, dans la crise actuelle, semblent avoir été fortement ternis, et les luttes qui se développent maintenant autour d'eux semblent avoir un résultat incertain – et les résultats de celles qui se sont déjà développées, sont soit oubliés, soit dans une crise solide. Quant à la paix, elle est encore là, mais oh combien incertaine !
2.     Le socialisme s'est affirmé en Russie en 1917. Sa victoire locale et son expansion idéologique induisent à l'encerclement des Soviets de la part des puissances occidentales et provoquent d'abord les fascismes (en Italie, en Allemagne, en Espagne, etc.) puis la guerre froide, pour maintenir l'isolement de l'URSS. Même la grande crise de 29 n’arrive pas à affaiblir cette politique conduite par les élites capitalistes et libérales. Celles-ci doivent, au contraire, accepter le keynésianisme comme une politique de confinement « réformiste » des luttes et de l'expansion politique du socialisme. Mais dès la fin des années 30, puis de nouveau dans les années 70, à chaque fois que le « réformisme » s'affirme et atteint des objectifs importants, les élites capitalistes se répètent en expérimentations réactionnaires, optant selon les cas pour la répression ou pour la guerre (chaude ou froide). Après la deuxième -guerre mondiale, les gouvernements européens, contraints à  abandonner les empires coloniaux, à transférer la souveraineté impériale aux States, combinent à diverses sauces leur politiques intérieures, en sens réactionnaire ou réformiste : le but est de toute manière toujours celui de gagner la guerre froide. Leur haine antisocialiste dépasse et excède tout autre objectif. Tout comme les Églises de la fin de la Renaissance contre les révoltes des paysans et contre les anabaptistes, les États capitalistes se sont agités férocement contre les ouvriers et le socialisme – en cédant, en même temps, leur pouvoir à l'empire usaméricain. 
3.     Nous savons désormais que le socialisme soviétique ne perd pas sa bataille sous les coups de l'adversaire libéral, mais parce que, dés le début, il n'a pas réussi à susciter un mouvement victorieux en Europe et parce que, à la fin, il n'a pas été en mesure de produire une transformation sociale et politique continue, à la mesure de la puissance productive qu'ilavait exprimé. Ce n'est pas la première fois que Hercule est étouffé dans le berceau par le serpent qui l'isole encore enfant, et l'enserre, et le suffoque dans son enfance. Mais revenons à nous. Après 17, soviétiques et libéraux européens avaient compris qu'ici en Europe, à l'intérieur du tissu social qui l'avait généré, se développait la bataille pour le succès du socialisme. Ici alors, en Europe, dans les années 20 et 30, le fascisme et les expressions exaspérées des divers nationalismes furent opposés au socialisme. Après la deuxième guerre mondiale, la bourgeoisie européenne va feindre de recueillir les drapeaux de la paix et de l'Union qu'on avait fait tomber jusqu'alors dans la boue. On agite l'idéal d'une Europe unie contre les Soviets. La puissance impériale usaméricaine sollicite le processus d'unification européenne exclusivement en fonction antisoviétique. 

Mais quand l'Europe, après 1989, commence à se constituer indépendamment, développe une économie puissante et un modèle social autonome, impose sa propre monnaie et se présente donc comme concurrente et alternative aux USA sur le marché mondial, alors les Usaméricains se rangent contre l'unité européenne. Se rouvre ainsi, sur le terrain européen, la lutte entre la classe capitaliste recomposée au niveau global et les multitudes européennes : une lutte froide mais décisive, qui suffit pour lancer l'actuelle et profonde crise économique et sociale. Cette crise, l'actuelle, celle qui surgit de la relative solution de la précédente en 2008-2009, est construite et dirigée contre l'union politique de l'Europe. Flagellée par cette crise, l'Europe ne trouve pas, et ne peut trouver de solutions ou d'alternatives dans l'ordre néolibéral. Les USA l'écrasent, pour ne pas être – ayant perdu l'ancienne hégémonie – eux-même emportés par de nouveaux antagonismes impériaux. 


General Intellect, d'Elio Copetti
4.     Au-delà des Etats-nation, dans la crise la classe capitaliste s'était donc recomposée au niveau mondial. Et c'est en effet au niveau mondial qu'on met en acte, en exploitant les nouvelles technologies, un nouveau processus d' « accumulation originaire » sur la base de la transformation postindustrielle du travail, devenu de plus en plus « travail cognitif ». Cette accumulation se produit donc à partir de la privatisation et de l'organisation productive du General Intellect. J'entends par General Intellect l'ensemble de la force de travail cognitive qui s’est substituée, dans la production de la plus-value, à la classe ouvrière industrielle et qui est maintenant exploitée sur l'ensemble du terrain social. Le capitalisme même se modifie d'une manière fondamentale : c'est la finance qui, au niveau mondial, recompose maintenant le commandement du capital. Le banquier et le financier dominent désormais sur l'entrepreneur et sur l'innovateur industriel : la rente se substitue au profit. Les processus productifs sont ainsi transformés, et à la production fordiste, dans l'usine, se superposent l'organisation postfordiste de l'exploitation sur la société et la captation de la plus-value (produite socialement) à travers des mécanismes financiers. 

Sur cette profonde transformation de l'accumulation capitaliste se forme, bien sûr, une nouvelle praxis politique : la gouvernance néolibérale. Par celle-ci, les élites capitalistes veulent, d'un côté, détruire le Welfare State de la classe ouvrière industrielle, qu'elles considèrent désormais comme un corps étranger, le résidu d'un soviet chez elles ; de l'autre, le capital veut organiser l'exploitation entière de la société, assujettir à sa domination la vie des sujets et, en tant que « biopouvoir », il veut dominer tout mouvement biopolitique. Ainsi, à travers des crises fiscales successives, on démolit les rapports de force entre les classes sociales qui caractérisaient encore les sociétés fordistes, et on attaque le progrès économique relatif et les structures constitutionnelles qui, à l'intérieur de chaque État-nation européen avaient, au cours de la deuxième après-guerre, garanti la paix sociale et un certain réformisme politique. Dans ces conditions, à l'intérieur de la crise, l'unité européenne – dont l'idéal et dont les premières concrétisations avaient créé du bien-être et conservé un certain équilibre continental – est non seulement violemment attaquée, mais complètement surdéterminée par une volonté de pouvoir capitaliste réorganisée au niveau global, qui ne supporte plus les résistances qui s'organisaient encore dans les vieux Etats souverains. 
5.     Il convient de reconnaître que la résistance ne peut se déployer que sur un niveau global, mondial. Mais c'est ici, maintenant, que la paix est en danger. L'intérêt capitaliste vis en effet à empêcher tout flux d'initiatives subversives qui puisse, de quelque manière, s'étendre sur de grandes aires géographiques continentales. L'intérêt des opprimés est par contre d'organiser la résistance et les antagonismes au niveau global. La défaite subie par les USA en Amérique Latine s'est révélée importante mais non décisive. En Asie et en Extrême-Orient les tensions sociales et politiques semblent, pour le moment, être contenues par les énormes retards du développement et des équilibres économiques. L'Afrique n’en est encore qu’au début du nouvel affrontement d’envergure qui s'ouvrira bientôt - mais on ne sait pas encore quand - pour l'exploitation de ses territoires. La grande zone de crise est en revanche celle qui va de l'Atlantique aux pays arabes à travers la Méditerranée : c'est, surtout là que la paix est en péril. Et c'est ici que la spécificité de la culture et du développement européens est entrée dans une crise probablement définitive. La succession des efforts et des défaites militaires dans les guerres globales, l'extinction inutile des cris à la Croisade, qui ont tant résonné à partir des années 90, ont simplement montré la misère et l'impuissance des politiques mises en œuvre par la classe politique capitaliste euro-américaine. 

Seule une transformation radicale des élites, seule la généralisation et l'adhésion au projet de l'unité européenne des multitudes européennes auraient permis de modifier cette situation, et peut-être de donner aux classes travailleuses européennes la possibilité de renouveler un projet socialiste puissant – en Europe, donc, où le socialisme est né. Rien ne s'est encore produit : du côté capitaliste, tout mouvement a été suffoqué. Et toutefois – dans ces dernières années – les nouvelles générations ont commencé à bouger, à lutter contre les nouvelles formes d'appauvrissement, de précarité, de pauvreté auxquelles elles sont soumises. Indignées, les nouvelles générations se soulèvent, en pratiquant de nouvelles figures d'insubordination et de lutte. Cette fois-ci, le jeune Hercule peut tuer le serpent.
6.     En relançant le projet européen de la part des gauches, nous insistons sur le fait que, pour maintenir la paix, il faut de nouveau créer et assurer du bien-être. Si nous nous demandons ici : les capitalistes peuvent-ils encore le faire ?, la réponse ne peut être que négative. En effet, à l'entrepreneur s'est désormais substitué le capitaliste financier, au profit la rente, et à l'usine s'est substituée la banque : des fonctions et des comportements parasitaires se multiplient. Les crises se succèdent car il n'y a plus une mesure de la valorisation et parce que, par conséquent, la spéculation devient la seule forme de l'accumulation.
Mais si le capitaliste est désormais étranger à l'organisation de la société, s'il a perdu cette dignité qui consistait à organiser le travail, à anticiper le capital constant et à rendre les marchés intelligents sous son commandement – comment pourra-t-il créer et garantir du bien-être et du progrès ? Il nous semble que cette synthèse de bien-être et de progrès ne pourra se constituer, désormais, qu'à partir de la « nouvelle » force de travail, de cette force de travail qui, en tant que cognitive, peut de manière autonome prendre dans ses propres mains la production même. Elle travaille à travers les langages, les connaissances, les affects – elle produit en mettant en commun le savoir et en agrégeant des éléments singuliers de la communication. Ainsi, elle produit désormais cette excédnce, cette richesse, qu'on appelait, autrefois, plus-value. Mais demandons-nous donc : n'appellerons-nous pas plus vraisemblablement « commun », ce produire « ensemble » des connaissances, des codes, des informations, des affects ? Quand on parle de « commun », on ne parle pas, en effet, seulement de ces richesses déjà disponibles dans la nature (comme l'air, l'eau, les fruits de la terre et tous les autres dons de la nature même), mais on parle surtout des nouvelles formes de production de richesse, de la composition sociale et politique actuelle des forces immatérielles du travail et de la puissance vivante de la subjectivation. C'est à cette puissance que le capital cherche maintenant d'appliquer son instinct vampirique. Aux puissances du commun, sans lesquelles il n'y a plus, à notre époque, de richesse. 
7.     Que peut signifier aujourd'hui, construire un soviet, c'est-à-dire porter la lutte, la force subversive, la multitude, le « commun » dans (et contre) la nouvelle réalité et les nouvelles organisations totalitaires de l'argent et de la finance ? Pour répondre à cette question, il faut avant tout garder toujours à l'esprit que le capital n'est pas un Moloch, mais bien un « rapport de force » entre qui commande et qui résiste, entre qui exploite et qui produit. La multitude n'est pas simplement exploitée, elle propose au niveau social son autonomie et sa résistance. C'est ici, sur cette relation, que la crise se détermine, c'est-à-dire l'affaiblissement et/ou la rupture du rapport capitaliste.

La crise actuelle s'est en effet produite à la suite de la nécessité capitaliste d'empêcher que la pression sur le revenu ne rompe les rapports de domination, de maintenir l'ordre, en multipliant d'abord sans aucune mesure les quantités d'argent à dépenser dans le seul but de garder les prolétaires de la connaissance tranquilles, puis (dès que la situation est devenue dure et la concurrence insupportable), en leur demandant de restituer ce qu'ils avaient justement gagné, mieux, de « payer la dette » - sous la menace de la misère et du déshonneur. Ceci dit pour que l'on puisse reconnaître que la financiarisation n'est pas une déviation improductive et parasitaire de quotas croissants de plus-value et d'épargne collective, mais bien la forme même de l'accumulation, c'est-à-dire de l'exploitation, opérée par le capital à l'intérieur des nouveaux processus de production cognitive et sociale de la valeur. C'est sur ce terrain que les coûts de la reproduction de la force de travail, du travail nécessaire (et c'est-à-dire de son instruction, de ses formes de vie, de la nouvelle organisation sociale) et bien sûr des luttes ouvrières, ont produit une accumulation manquée de capital et donc la rupture du rapport d'exploitation au niveau social. 

Ceci s'est réalisé car les conditions de valorisation du travail sur base cognitive et biopolitique sont désormais, comme on l’a dit, « communes », tandis que l'accumulation n'est pas seulement « privée » mais elle insiste sur des technologies et des politiques administratives qui, ne réussissant pas à détruire la « puissance commune » de la production, l'oppriment – en en ignorant les droits et la puissance. Comment sort-on d'une crise de ce type ? Seulement à travers une révolution sociale. Tout New Deal envisageable peut seulement consister dans la construction de nouveaux droits de « propriété sociale » des « biens communs ». Un droit qui, de toute évidence, est en train de s'opposer au droit de propriété privée et à ses garanties publiques. 

En d'autres mots, si jusqu'à présent l'accès à un « bien commun » a pris la forme de la « dette privée », à partir d'aujourd'hui il est légitime de revendiquer le même droit sous la forme de la « rente sociale », du « commun ». Faire reconnaître ces droits communs est la seule et juste voie pour sortir de la crise. Pour reconstruire – à travers le travail de la société entière – le progrès et donc, l'espérance de paix. La révolution en Europe est le passage nécessaire pour y affirmer l'hégémonie du commun, et construire ainsi l'unité du pays le plus beau et le plus intelligent que l'histoire humaine ait connu.

 

mercredi 10 février 2010

Cuba, matière à réflexion

par Santiago Alba Rico, Carlos Fernández Liria, Belén  Gopegui, Pascual Serrano, 30/1/2010. Traduit par  Armando García, édité par Fausto Giudice, Tlaxcala

Les temps sont propices à la réflexion en matière économique. Après quelques décennies de prédominance néolibérale parrainée par l'École de Chicago, l'économie mondiale se trouve face à une crise aux conséquences imprévisibles, mais en tout cas très graves. Le moins que l'on puisse demander à l'esprit scientifique est de changer les paradigmes, renverser les preuves, réagir, en somme, devant cette faillite intellectuelle qui a empêché de diagnostiquer et de prévoir la catastrophe qui s'approchait. Est-ce que c’est ce qu’on est en train de faire ?
Nous avons connu différentes versions plus ou moins destructives du capitalisme -comme du socialisme. Mais il y a quelque chose, en ce qui concerne la logique interne qui distingue l'une de l'autre, qui devrait aujourd'hui nous intéresser vivement. Le socialisme peut cesser de croître, le capitalisme non. Le socialisme peut ralentir sa marche, le capitalisme non.
Prenons l'exemple de Cuba. Avec l'effondrement de l'URSS, Cuba a soudain perdu 85% de son commerce extérieur. Son produit intérieur brut a diminué rien moins que de 33% en chiffres absolus. On peut se faire une idée de la catastrophe si on pense qu'en Europe nous nous mettons à trembler à la perspective de perdre un point de la croissance prévue. Et à cela s'est joint un durcissement du blocus usaméricain. Pourtant à Cuba les gens ne sont pas morts de faim, ne sont pas devenus misérables, n'ont perdu ni leur éducation, ni leur sécurité sociale, ni non plus leur dignité. Ils ont certes galéré, mais ils n'ont pas été confrontés à la fin du monde comme cela serait produit avec de semblables indicateurs dans les pays capitalistes.

Au milieu de la secousse actuelle, alors que le capitalisme sème des cadavres en Afrique et détruit des postes de travail en Espagne, qu'il érode irrémédiablement les conditions d'habitabilité du foyer humain, que pour cela il doit en même temps recourir au lubrifiant des maffias, à la stimulation des intégrismes religieux, à la restriction des droits du travail et à la réduction des libertés, en ce moment tous les regards sont en effet dirigés vers Cuba… mais pour la condamner et la harceler. Pourquoi ? Que s'y passe-t-il ? Le record de morts par jour ? Au Mexique. Celui des assassinats de syndicalistes et de journalistes ? En Colombie. Celui des pogroms racistes contre des immigrants ? En Italie. Homophobie ? En Pologne. Xénophobie institutionnalisée et lois raciales ? En Israël. Fanatisme religieux et machisme criminel ? En Arabie Saoudite. Contrôle des communications, suspension de l'habeas corpus[1], torture, kidnappings, meurtres de civils ? Aux USA. Mauvais traitement des prisonniers, journalistes et intellectuels inculpés, journaux censurés, corruption galopante, immigrants en centres d'internement ? En Espagne.
Bon, admettons que, dans ce tableau dantesque, Cuba est à peine un « moindre mal ». Celui qui prête autant d'attention, depuis l'Europe et l'Espagne, au pays avec le moins de problèmes de la planète - comme l'a fait le député Luis Yáñez (Publico, 9-1-10) - démontre largement qu'en tout cas  ce n'est pas ce qui est mauvais à Cuba qui est censuré, mais plutôt ce qui, à Cuba, s'oppose à cette logique dantesque et ses effets -c'est-à-dire, ce qu'il y a précisément de bon.
Les économistes Jacques Bidet et Gérard Duménil rappellent que ce qui a sauvé le capitalisme dans les premières décennies du siècle passé, ce fut l'organisation ; c'est-à-dire, la même planification que les libéraux identifient, horrifiés, au socialisme. Des gouvernements et des institutions ont planifié sans arrêt, comme ils continuent à le faire maintenant -bien qu'ils l'aient fait pour conserver et augmenter les bénéfices, et non pour préserver la vie et augmenter le bien-être humain. Mais la planification est déjà, comme voulait Marx, un fait. Il suffit seulement de la changer de signe. Durant les 60 dernières années, la minorité organisée qui gère le capitalisme mondial s'est vue soutenue, à une échelle sans précédent, par toute une série d'institutions internationales (le FMI, la Banque Mondiale, l'OMC, le G-8, le G-20 etc.) qui ont conçu en toute liberté et appliqué, malgré  tous les obstacles, des politiques de libéralisation et de privatisation de l'économie mondiale. Le résultat saute aux yeux.

Et si nous planifiions à l'inverse ? Et si nous prêtions un peu d'attention positive à Cuba ? Cela, nous ne l'avons pas encore essayé, mais ce que nous devinons actuellement est plutôt porteur d’espérance : à partir d'un passé similaire de colonialisme et de sous-développement, le socialisme a fait beaucoup plus pour Cuba que le capitalisme pour Haïti ou le Congo. Que se passerait-il si l'ONU décidait d'appliquer sa charte des Droits de l'Homme et des Droits Sociaux ? Si la FAO était dirigée par un socialiste cubain ? Si le modèle d'échange commercial était l'ALBA[2] et non l'OMC ? Si la Banque du Sud était aussi puissante que le FMI ? Si toutes les institutions internationales imposaient aux capitalistes rebelles des programmes d'ajustement structurel orientés vers l’augmentation des dépenses publiques, la nationalisation des ressources de base et la protection des droits sociaux et du travail ? Si six banques centrales d'États puissants intervenaient massivement pour garantir les avantages du socialisme menacés par un cyclone ?

Nous pouvons dire que la minorité organisée qui gère le capitalisme ne le permettra pas, mais nous ne pouvons pas dire que cela ne fonctionnerait pas. Selon une récente enquête de GlobeSpan, la majorité qui en souffre (jusqu'à 74%) mise déjà sur autre chose.

Dans son article, le député Yáñez disait aimer Cuba. C'est pourquoi il lui souhaitait le meilleur : s'intégrer au capitalisme, juste quand celui-ci a démontré son échec et son incompatibilité, à la fois avec le bien-être humain, la démocratie, la dignité matérielle et le droit. Nous, nous n'aimons  pas Cuba : nous respectons ses hommes et ses femmes pour ce qu'ils ont fait et continuent à faire. Peut-être que cela rassure-t-il Yáñez de penser à la Colombie ou à l'Arabie Saoudite. Nous, cela nous rassure de penser à Cuba, cette île où même les limites, les problèmes et les erreurs de la Révolution soulignent de manière inflexible, depuis 51 années, la possibilité historique d'un dépassement du capitalisme et d'une alternative à la barbarie.


[1]    L’ordonnance, bref ou mandat d'habeas corpus (en anglais writ of habeas corpus), plus exactement habeas corpus ad subjiciendum et recipiendum, énonce une liberté fondamentale, celle de ne pas être emprisonné sans jugement. En vertu de cette loi, toute personne arrêtée a le droit de savoir pourquoi elle est arrêtée et de quoi elle est accusée. Ensuite, elle doit être libérée sous caution, puis amenée dans les trois jours qui suivent devant un juge. (Wikipedia)
[2]               L'Alliance Bolivarienne pour les peuples de notre Amérique - Traité de commerce des Peuples (ALBA - TCP) (« Alianza Bolivariana para los Pueblos de Nuestra América - Tratado de Comercio de los Pueblos » en espagnol) est une organisation politique, sociale et économique pour promouvoir la coopération dans ces domaines entre les pays socialistes d'Amérique latine et des Caraïbes : Cuba, Venezuela, Bolivie, Nicaragua, Equateur, Dominique, Saint Vincent et les Grenadines, Antigua-et-Barbuda. Le Honduras, qui en faisait partie, en est sortie en janvier 2010 suite au coup d'Etat militaire. (Wikipedia)

Illustration de Mikel Casal

lundi 9 novembre 2009

9 novembre


Le monde "libre", "démocratique" et "prospère" fête dans l'enthousiasme la chute du Mur de Berlin. Un enthousiasme unanimiste. Quand règne une apparence d'unanimité, il faut toujours se méfier. passons sur les aspects comico-grotesques de cette commémoration, dont la palme revient au Grand Nabot National, Sarkozy Ier, qui, sur Facebook, revendique, photo à l'appui, sa part dans les travaux de destruction du Mur le 9 Novembre. Sauf que ce qu'il ne nous dit pas, c'est qu'il n'est arrivé, avec Alain Juppé, que le 10 novembre 1989, quand le Mur était déjà tombé...

Des uniformes de l'Armée nationale populaire aux fameuses Trabant, l'Ostalgie ne s'est jamais si bien portée et est devenu un créneau commercial porteur. Exemple le plus comique de cette nostalgie, cette liqueur qui fait fureur, baptisée Erich's Rache, La Vengeance d'Erich (Honecker).
Il n'y a pas lieu d'éprouver de la nostalgie pour le socialisme prussien, qui n'a jamais su se déstaliniser. Mais le communisme authentique reste à inventer. Peu importe comment on l'appellera. Et il s'invente dans les luttes des peuples, au jour le jour, du Chiapas aux Andes, de Caracas à Cochabamba. Loin de l'Europe, qui a cessé d'être le centre du monde, où la gauche -italienne, française, allemande, espagnole - est devenue une Chose sans forme, sans nom, sans vertèbres, comme l'écrit si bien Barbara Spinelli dans l'article ci-dessous. Et puisqu'on commémore, revenons sur l'histoire de ce 9 novembre 1989, avec Chems Eddine CHITOUR. Et n'oublions pas cet autre 9 Novembre allemand, celui de 1918, quand la classe ouvrière tenta de monter à l'assaut du ciel, mais fut arrêtée net dans un bain de sang par la social-démocratie.


Ce mur qui est tombé sur la gauche 

par Barbara SPINELLI,  La Stampa, 8/11/2009. Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala
Original :
Quel muro che cadde sulla sinistra
Le Mur de Berlin est tombé sur la tête de la gauche italienne comme le jour du Seigneur dans la Première épître de Paul aux Thessaloniciens: «Vous savez bien que le jour du Seigneur viendra comme un voleur dans la nuit. Quand les hommes diront: " Paix et sûreté! " c'est alors qu'une ruine soudaine fondra sur eux comme la douleur sur la femme qui doit enfanter, et ils n'y échapperont point." Pour certains dans le Parti communiste italien il en fut vraiment ainsi, Alessandro Natta, qui avait dirigé  le PCI  jusqu'en 1988, confia à Claudio Petruccioli (on était le 10 novembre 10, quelques heures à peine après la nuit fatale) que «Hitler avait gagné."


 C’est à cette époque que son successeur, Achille Occhetto, a commencé à parler, à la Bolognina*, de la Chose: il ne pouvait pas encore lui donner un nom, mais il avait senti que pour s’en sortir il fallait  immédiatement inventer un parti nouveau, et surtout un nom qui fasse oublier le passé avec ses nombreuses idées fausses, ses doubles vérités, ses impuissances volontaires. Pour beaucoup de militants ce fut un choc, parce que le passé ne s’efface pas en une nuit à la manière dont Staline effaçait les traces des camarades et de leur histoire.
Parce qu’on ne peut pas appeler la nouveauté  une Chose, simplement parce qu’on a peur d'utiliser des mots tragiquement déshonorés comme projet, idéologie, objectif. Et pas seulement ça: si les dirigeants purent changer si facilement de route, cela voulait dire que pendant des dizaines d'années,  ils avaient caché la vérité à leur base: s’ils avaient parlé plus tôt, ils n'auraient pas permis que l'Italie se retrouve privée d'alternative pendant près d'un demi-siècle.
Vingt ans ont passé depuis, et les héritiers du Parti communiste souffrent encore de cet abandon précipité, de cette perte subite de sens du vocabulaire. Il ya des mots qui laissent une empreinte même s’ils sont nébuleux, et c’est ce qui s’est passé avec la Chose. Au lieu de l'idée du monde, apparut ce substantif qui est une annonce, une coquille que l’on promettait de remplir, «  un nom générique - écrit le dictionnaire Devoto - qui ne reçoit sa définition que dans le contexte du discours». Tout dès lors a été un futur  suspendu à un contexte indéterminé: même les primaires, auxquelles on avait appelé à adhérer sans savoir exactement à quoi on allait adhérer. Même l'espoir de combiner les deux forces fondatrices de la République: le socialisme et le catholicisme, oubliant (l'historien Giuseppe Galasso l’a rappelé le 30 août dans le Corriere della Sera) ce tiers importun qu’est la tradition laïque, libérale, radicale. Passant en revue les deux dernières décennies, Arturo Parisi parle du contrôle que la nomenclature de l'ancien Parti communiste, en est venue à acquérir sur l’Olivier (l’Ulivo), et du pacte scellé par elle avec les faux rénovateurs du même parti. Les candidats aux postes de secrétaires régionaux aux primaires provenaient à 75% des Démocrates de gauche (DS), faisant « coïncider la géographie électorale du Parti démocrate (Pd) avec les limites du vote communiste » et provoquant la défaite de l'Olivier (entretien avec Gianfranco Brunelli, Il Regno 16/2009) .
Force indispensable de la gauche, mais pas bien identifié, l'ancien Parti communiste encombre avec le poids, qui n’est pas léger, d’une histoire répudiée. Cela fait des années qu’il expie, jusqu’à à l'excès, un passé dont il ne veut  pourtant pas encore parler. Le centrisme, le profil bas, la trêve entre les pôles, la politique sans confrontations: nous sommes dans un pays où le principal parti de gauche, par  honte du passé, ne fait pas de véritable opposition, de peur de ressembler à ce qu’il a été. L'esprit de 89 lui a peu appris. La primauté du droit, l'honnêteté de l'élite, la découverte du conflit sort de la démocratie: la libération de 89, chez nous, a pris la forme des l’opération Mani Pulite  (Mains propres), sans égratigner la politique. Inutile de blâmer les juges, s’ils se sont retrouvés tout seuls à exprimer le désir de régénération. Bersani** a fait remarquer hier que le dialogue est devenu un «mot malade et ambigu. »
Le rapt de l'Olivier et du Pd ne crée pas l'identité. Le  socialisme italien a aussi été capturé ainsi: en l’usurpant, en ne l’intégrant pas et en cherchant à comprendre la débâcle des autres plutôt que la sienne propre. Pour le  socialisme italien aussi la chute du Mur est surgie comme un voleur dans la nuit. Les métamorphoses du PCI sont une histoire d’appropriation cruelle, mais le socialisme n'est pas moins coupable de ce vol de mots et d'identité. Il n’'a jamais réussi à devenir dominant, comme dans le reste de l'Europe. Et quand avec Craxi il voulut disputer la représentation de la gauche au PCI, il  a été incapable d’en tirer les conséquences: il a continué son double jeu, il a fait miroiter les perspectives d’une union de la gauche sans renoncer à répartir le pouvoir, il ne s’est pas renouvelé moralement, mais il s’est dégradé jusqu'à devenir le symbole de la corruption italienne.
Dans un essai lucide sur l'Italie, l'historien Perry Anderson décrit un parti socialiste qui génère le berlusconisme, en expliquant que ce dernier est l’héritier du PSI dans sa dernière période, plutôt que de la DC (Démocratie-chrétienne) (London Review of Books, 21-3-2002). Le manque de préjugés de Craxi est un trait spécial et unique de notre culture. Ailleurs l’homme sans préjugés est un personnage du XVIIIème siècle qui combat les préjugés, les dogmes : il ne coïncide pas avec l’homme sans scrupules. Chez nous, les deux se confondent, et l’absence de préjugés est une vertu digne d’éloges de ceux qui méprisent les règles, le droit et l'éthique, dans la certitude que le pouvoir rend tout licite, sinon légal. La classe dirigeante tout entière en est responsable, et il n’est pas étonnant que depuis des décennies l'ordre du jour politique soit  dicté par Berlusconi.
Occhetto espérait peut-être un véritable tournant. Il mettait ses espoirs dans une caravane qui sur sa route associerait diverses forces, et il craignait la caserne désirée par Massimo D'Alema. Une crainte qui s’est révélée justifiée, mais qui ne voit pas le seule D'Alema sur le banc des accusés. Cela au moins a été clair: l'Olivier ne lui a jamais plu. Les faux rénovateurs furent plus coupables, que promettaient sans tenir : ceux qui n'ont pas hésité, comme Veltroni, à détruire le dernier gouvernement Prodi. Néanmoins, M. D'Alema reste l'homme-clé de ces deux décennies. D'une certaine manière il est resté ce qu'il était, débarrassé de ses dogmes, mais avec une volonté de puissance inchangée. Des communistes il a gardé l’intolérance envers la dissidence, le même agacement froid devant la presse indépendante. Les phrases comme: « Les journaux? C'est un signe de civilisation de ne pas les lire. Il faut les laisser dans les kiosques », sont de lui et pas de Berlusconi. La mort temporaire de L’Unità, en 2000, en témoigne. Michele Serra parlò di delitto perfetto su la Repubblica: «La fine dell'Unità, forse più ancora della Bolognina, illumina lo sconquasso identitario della sinistra italiana. Michele Serra, dans  La Repubblica, parle de crime parfait : « La fin de L’Unità, peut-être plus encore plus que discours de la Bolognina, illumine le fracas identitaire de la gauche italienne. Elle en dit les incertitudes,  les complexes  d’infériorité, l’avancée incertaine et peu linéaire vers une modernité souvent vécue de manière pragmatique et opportuniste. »
Vivre la modernité de manière pragmatique et opportuniste, c’est abandonner l'idéologie au nom de l’anti-dogmatisme. Le fait que les idéologies totalitaires aient péri, ne signifie pas qu'un parti peut vivre seulement de volonté de puissance, et sur celle-ci  fabriquer des accords louches. Et qu’il peut continuer à recevoir sa couleur de discours éphémères. Se doter d’une idéologie signifie avoir un système cohérent d'images, des métaphores, de principes éthiques. Cela veut dire penser un rapport différent avec les étrangers, la nature, le travail qui change, l'imaginaire. Contrairement à la politique quotidienne, l'idéologie a une durée non pas courte, mais moyenne et la durée n'est pas un signe d’imperfection. C'est parce qu'elle n’avait pas d’idées sur l'information de masse et la société d’immigration que la gauche a été renversée par Berlusconi. Parce qu’elle n’a pas su adopter tout de suite une loi sur les conflits d'intérêt. Che giunse sino a chiamare la Lega una propria costola. Parce qu’elle en est même venue à appeler la Ligue [la Lega Nord d’Umberto Bossi, NdT) une de ses côtes.
Perry Anderson estime que notre gauche est invertébrée. Une Chose justement, sans squelette: un métamorphe, comme dans le film de Carpenter. Son rêve récurrent est celui d'un pays normal: une autre Chose - imprécise, camouflée – qui, depuis 1989,  capture les esprits. La gauche invertébré a été courtiser Clinton, Blair, Schröder, chantant les louanges de la modération et du centrisme. La vie normale pour la gauche, a signifié jusqu’à maintenant démobilisation idéologique et conformisme : le nouveau, nous l’attendons toujours. 
NdT
* Le 12 novembre 1989, lors d’une cérémonie de commémoration de la bataille de la Bolognina, Achille Occhetto, secrétaire général, annonce une perestroïka à l’italienne : il s’agit, dit-il, de « transformer le parti en une chose plus grande et aussi plus belle ».. En février 1991, lors du « congrès du tournant », le PCI est dissous. La majorité des délégués suit Occhetto dans la création du Parti démocratique de la gauche (PDS), tandis que la minorité de gauche créera le Mouvement de la refondation communiste, qui deviendra ensuite le Parti de la refondation communiste. En 2007, suite à leur 4ème congrès les « démocrates de gauche » transforment leur parti en « Parti démocrate », dont le premier secrétaire général sera Walter Veltroni. Le PD regroupe, aux côtés des anciens communistes, une nébuleuse allant d’ex-socialistes à des libéraux en passant par des chrétiens-sociaux et des réformistes de diverses nuances.

** Pier Luigi Bersani (* 1951), élu secrétaire général du Parti démocrate le 25 octobre 2009 (avec 53% des voix), ce philosophe originaire de Plaisance a été ministre dans les gouvernements Prodi, D’Alema et Amato.




Mythe du mur de Berlin et vrai mur de la Honte en Palestine
Pr Chems Eddine CHITOUR*, L'Expression Lundi 9 Novembre 2009
«Tout ce que les communistes vous ont dit du communisme était faux, mais tout ce qu’ils vous ont dit du capitalisme était vrai.»
Proverbe russe

«Ich bin in Berliner», «Je suis un Berlinois» s’exclamait J.F. Kennedy venu soutenir les Berlinois au plus fort du blocus: résonne encore dans nos oreilles de naïfs bercés par la doxa occidentale au point que l’on croyait tout ce qu’on nous disait -le «on» symbolisant les médias occidentaux. Nous avons comme pour le cinéma hollywoodien vibré et communié avec ceux que l’on nous présentait comme faible avec naturellement le «Zorro» redresseur de torts qui fait qu’on applaudissait à la fin des films. Je veux dans cette contribution «déconstruire» le mythe du mur de Berlin et parler d’un vrai mur, celui de la honte, celui de la force injuste contre le peuple opprimé de Palestine.

Pourquoi le mur a été construit?
William Blum nous explique pourquoi le mur a été construit: « (...) Pour commencer, rappelons qu’avant que le mur soit construit, des milliers d’Allemands de l’Est faisaient quotidiennement la navette entre Berlin Est et Berlin Ouest pour leur travail, c.-à-d. rentraient chez eux tous les soirs. Ils n’étaient donc aucunement retenus à l’Est contre leur volonté. Le mur a été construit principalement pour deux raisons:
1. L’Ouest était en train de harceler l’Est par une forte campagne de recrutement de professionnels et d’ouvriers hautement qualifiés, qui avaient été éduqués aux frais du gouvernement communiste. Cela finit par provoquer à l’Est une sérieuse crise de la production et de la main-d’œuvre. À titre indicatif, le New York Times notait, en 1963: «L’érection du mur a fait perdre à Berlin Ouest à peu près 60.000 ouvriers très qualifiés, qui se rendaient chaque jour de leurs domiciles de Berlin Est à leur lieu de travail de Berlin Ouest». New York Times, 27 juin 1963, p.12
2. Pendant les années 50, les «guerriers froids» américains de Berlin Ouest ont déclenché une brutale campagne de sabotages et de subversion contre l’Allemagne de l’Est, dont le but était de détraquer sa machine économique et administrative. La CIA et d’autres services militaires d’espionnage US ont recruté, équipé, entraîné et financé des activistes, individuellement ou par groupes, tant à l’Est qu’à l’Ouest, pour exécuter des actions qui, couvrant tout le spectre des possibilités, allèrent du terrorisme à la délinquance juvénile: n’importe quoi qui pût rendre la vie difficile aux citoyens d’Allemagne de l’Est, et affaiblir le soutien qu’ils apportaient à leur gouvernement, n’importe quoi qui pût donner des cocos une mauvaise image. (...) » (1)
Petit retour en arrière: Egon Krenz dernier président du Conseil d’État de la République démocratique allemande (RDA) évoque la chute du mur, le rôle de Gorbatchev, ses relations avec Kohl, ses propres erreurs, le socialisme.: L’histoire me libérera.(...) Mon sort personnel importe peu. En revanche, le calvaire vécu par de nombreux citoyens de la RDA relève de l’inadmissible. Je pense à tous ceux qui ont perdu leur travail alors qu’ il n’y avait pas de chômage en RDA. Je pense à tous ceux qui ont été marginalisés. Mais avez-vous remarqué que les dirigeants de la RFA ont tout mis en œuvre pour éviter la prison aux nazis? (..) Au bureau politique du SED, j’étais le plus jeune. Avec la disparition de la RDA, c’est une bonne partie de ma vie que j’ai enterrée.
Avec le chancelier Kohl, nous avions décidé d’ouvrir plusieurs points de passage. La date avait été fixée par mon gouvernement au 10 novembre 1989. Or, la veille, un membre du bureau politique, Schabowski, a annoncé publiquement, non pas l’ouverture de passages, mais la «destruction du mur». J’avais une grande confiance en Gorbatchev, une grande confiance dans la perestroïka comme tentative de renouvellement du socialisme. J’ai rencontré Gorbatchev, le 1er novembre 1989, à Moscou. Quatre heures d’entretien. Je lui ai dit: «Que comptez-vous faire de votre enfant?» II me regarde étonné et me répond: «Votre enfant? Qu ’entendez-vous par là?» J’ai poursuivi: «Que comptez-vous faire de la RDA?» II m’a dit: «Egon, l’unification n’est pas à l’ordre du jour.» Et il a ajouté: «Tu dois te méfier de Kohl.» Au même moment, Gorbatchev envoyait plusieurs émissaires à Bonn. Gorbatchev a joué un double jeu. Il nous a poignardés dans le dos. Egon Krenz, le «Gorbatchev allemand», disait-on à l’époque. En 1989, je l’aurais accepté comme un compliment car l’interprétant comme reconnaissant mon action visant à améliorer, à moderniser, à démocratiser le socialisme. Pas à l’abattre. Aujourd’hui, si certains me collaient cette étiquette, j’aurais honte. (...) L’idée socialiste, les valeurs socialistes vivent et vivront. Je reste persuadé que l’avenir sera le socialisme ou la barbarie. Le système ancien est définitivement mort. Je considère que j’ai failli. À d’autres de construire le socialisme moderne et démocratique. Un nouveau socialisme.(2)
Une autre version moins édulcorée lui attribue un rôle trouble. C’est Egon Krenz avec trois autres membres qui poussa Erich Honecker vers la sortie avec la bénédiction de Gorbatchev. Nous lisons: (...) Quant à la direction soviétique livrée au courant liquidateur de Gorbatchev et des traîtres qui l’entourent, elle encourage et favorise le mouvement. Le chef de l’Etat et du Parti communiste soviétique, Mikhaïl Gorbatchev, engagé lui-même dans le même processus liquidateur, leur a déjà souhaité «bonne chance», rapporte Harry Tisch, un des comploteurs, alors chef de la «Fédération libre des syndicats de RDA», parti à Moscou chercher du soutien. Le 17 octobre, la succession de Honecker est mise à l’ordre du jour de la réunion du bureau politique. Lors du tour de table, Honecker ne trouve pas de soutien, même chez ceux en qui il avait confiance. La trahison est complète et définitive. Egon Krenz est élu à la succession de Honecker le 18 octobre. Il ne parviendra pas à rester au pouvoir. Comme leur modèle Gorbatchev, les opportunistes ont ouvert la voie du malheur pour leur peuple. Quelques semaines après les premiers «McDo» ouvrent à Moscou. Quant à Erich Honecker, il est mort en mai 1994 il avait été emprisonné par le régime libéral de RFA. Réfugié à Moscou, il avait été livré par Eltsine.
La France a essayé d’empêcher la réunification. François Mitterrand a-t-il raté la réunification allemande?, s’interroge Pierre Haski. La polémique, d’abord historique mais pas seulement, a repris depuis la publication, à Londres, de documents déclassifiés par le Foreign Office, et en particulier des notes d’entretiens entre le président français et Margaret Thatcher, alors Premier ministre. Ce soupçon de loupé diplomatique majeur pèse sur François Mitterrand depuis des années. Pourtant, pour avoir suivi comme correspondant diplomatique de Libération à l’époque, toutes les étapes de cette page d’histoire, j’ai ressenti comme beaucoup d’autres l’immense flottement, le sentiment d’un homme qui était à contre-courant de l’histoire sans pour autant commettre de faute irréparable. On n’est pourtant pas passé loin si l’on en croit les documents britanniques, et en particulier cette conversation, début décembre, entre Mitterrand et Thatcher, dans laquelle ils font surenchère de références à la Seconde Guerre mondiale, et se renforcent mutuellement dans leur soupçon vis-à-vis du géant allemand qui renaît. Mitterrand redoute de voir Français et Britanniques se retrouver «dans la situation de leurs prédécesseurs dans les années 30, qui n’avaient pas su réagir» au désir d’hégémonie allemande. Et Maggie Thatcher sort de son célèbre sac à main une carte d’Europe découpée dans un journal d’avant-guerre...(3)
Dans ses mémoires récentes, Kohl a écrit avoir été très déçu par Mitterrand, qui en aparté se serait révélé très hostile à la réunification. Ce qui a le plus agacé Kohl, c’est que Mitterrand lui parle avec insistance de la ligne Oder Neisse, comme si on était avant guerre. Il en a été vexé dit-il, et n’a pas pardonné. La réunification a été le grand moment du chancelier Kohl, son heure de gloire et son titre incontestable pour la postérité. On est donc loin du main dans la main de la fameuse photo que, visiblement, Kohl a voulu gommer dans ses mémoires.

La chute du mur: pour le meilleur comme pour le pire
La suite est tristement connue. Ce sera la «réunification officielle», en fait une opération de colonisation de l’Est par l’Ouest, où l’ex-RDA sera livrée au capitalisme sauvage et au chômage. L’exemple de Leipzig, capitale industrielle de la RDA, qui rivalisait techniquement avec l’Occident dans les années 60-80, est significatif. «Leipzig ville fantôme» le Courrier International (Paris) «La municipalité incite les propriétaires à faire démolir leurs immeubles, car ils ne les loueront plus jamais», résume Der Spiegel. «Ensuite, ils sont invités à faire don des terrains à la ville.
Quant à ceux qui refusent, ils finiront par vendre leur bien, devenu inexploitable, à très bas prix, estiment les urbanistes
». http://www.pcn-ncp.com/dossier/ddr/ddr2.htm
On aurait pensé alors, propagande aidant, que la libération était synonyme de bonheur. Il n’en fut rien. En 1999, USA Today écrivait «Quand le Mur de Berlin est tombé, les Allemands de l’Est se sont imaginé une vie de liberté et d’abondance, où les difficultés auraient disparu. Dix ans plus tard, un remarquable 51% aux élections a fait savoir qu’ils étaient plus heureux sous le communisme». USA Today, 11 octobre 1999, p.1. Vingt ans plus tard, le capitalisme a pu envahir le monde, se propager à toute allure, matérialisé par des McDo, des parcs d’attractions, des jeans et des chewing-gums. Mais qu’ont-ils véritablement gagné? Pourquoi ne pas aussi parler d’une absence de chômage, d’une société sans SDF où chacun pouvait trouver sa place, ce que regrettent grandement aujourd’hui les populations d’Europe de l’Est. Sans compter que la pauvreté de la RDA s’explique par le fait qu’elle a du supporter seule les dommages de guerre dues par l’Allemagne à l’URSS, la RFA étant exonérée et bénéficiant au contraire d’un généreux plan Marshall...Les Allemands de l’Est en sont à redécouvrir l’Ost-algie d’avant...
Pourquoi ne pas parler du vrai mur de la honte de plusieurs kilomètres qui défigure la Jordanie, obligeant chaque matin des milliers de Palestiniens à faire d’énormes détours pour aller travailler chez les colons israéliens, ou pour rentrer le soir ne sachant pas s’ils peuvent ou non passer selon le bon vouloir et les humiliations au quotidien de la part des soldats. Il est vrai que la Cour Internationale de Justice a déclaré illégal ce mur et a demandé son démantèlement. Peine perdue. Le mur continue d’être peaufiné: les Palestiniens seront «comme des cafards dans un bocal» pour reprendre l’expression appropriée d’un général israélien...

Le vrai mur de la honte
Marquant le 20e anniversaire depuis la chute du mur de Berlin, les Palestiniens ont démoli ce vendredi dans le village cisjordanien de Ni’lin, un pan de mur [d’Apartheid] construit par Israël. Lors de la manifestation hebdomadaire contre le mur, qui traverse le centre du village situé dans la région de Ramallah et isole les habitants de 60% de leurs terres agricoles, quelque 300 manifestants ont méthodiquement démantelé une section en béton avant que les forces israéliennes n’ouvrent le feu. Ils ont brûlé des pneus et abattu une dalle de béton de huit mètres de haut en s’aidant d’un vérin mécanique pour voiture. «Il y a vingt ans, personne n’imaginait que la monstruosité d’un Berlin divisé en deux pourrait jamais être abattue, mais il n’a fallu que deux jours pour le faire», a déclaré Muhib Hawaja, un des manifestants, au journal israélien Yedioth Aharonot. «Aujourd’hui, nous avons prouvé que nous aussi pouvions l’imposer, ici et maintenant. Ce sont nos terres au-delà de ce mur, et nous n’avons pas l’intention d’accepter son existence. Nous triompherons car la justice est de notre côté.»(4)
Pour rappel. Commencé en juin 2002, le Mur de séparation devrait faire plus de 703 kilomètres de long, soit deux fois la longueur des frontières de 1967 avec la Cisjordanie et quatre fois plus long que le Mur de Berlin. Le Mur atteint à certains endroits 8 mètres de hauteur, plus de deux fois celle du Mur de Berlin. A d’autres endroits, le Mur est constitué d’une barrière métallique électrifiée entourée de tranchées de patrouilles, des fils barbelés et des détecteurs de mouvements. (Comme la ligne Morice en Algérie Ndlr). Le Mur s’enfonce profondément en Cisjordanie, divisant des villes, des villages et leurs périphéries, séparant les familles. Le Mur empêche les paysans palestiniens d’accéder à leurs terres; les étudiants de se rendre à leurs écoles; les malades, les personnes âgées et les femmes enceintes d’accéder aux soins de santé de base.
Pourtant, l’Avis consultatif de la CIJ édicté le 9 juillet 2004, est on ne peut plus clair: «L’édification du Mur qu’Israël, puissance occupante, est en train de construire en territoire palestinien occupé, y compris à l’intérieur et autour de Jérusalem-Est, et le régime qui lui est associé, sont contraires au Droit International» (paragraphe 163),; «Israël est dans l’obligation de mettre un terme aux violations du Droit International dont il est l’auteur; il est tenu de cesser immédiatement les travaux d’édification du mur qu’il est en train de construire dans le Territoire Palestinien Occupé, y compris à l’intérieur et autour de Jérusalem-Est, de démanteler immédiatement l’ouvrage situé dans ce territoire; Israël est dans l’obligation de réparer tous les dommages causés par la construction du Mur dans le Territoire Palestinien Occupé, y compris à l’intérieur et autour de Jérusalem-Est.» «Cette construction, s’ajoutant aux mesures prises antérieurement, dresse ainsi un obstacle grave à l’exercice par le peuple palestinien de son droit à l’autodétermination et viole de ce fait l’obligation incombant à Israël de respecter ce droit.» (paragraphe 121) (5). Tout est dit: nous attendons la justice des hommes.

(*) Ecole nationale polytechnique, Ecole d´ingénieurs Toulouse

1.William Blum: Le Mur de Berlin, un mythe de la guerre http://www.legrandsoir.info/Guerissons-le-monde-de-la-maladie-du-pacifisme.html
2.Egon Krenz: «L’avenir sera le socialisme ou la barbarie» José Fort L’Humanité 6 11 2009
3.Pierre Haski Quand Mitterrand tentait de ralentir la réunification allemande. Rue89 15/09/2009
4. 20 ans après la chute du mur de Berlin, les Palestiniens abattent un pan du Mur d’Apartheid. 7 novembre 2009 sur le site info-palestine.net Ma’an News Agency
5.http://www.oxfamsol.be/fr/Mur-de-separation-en-Palestine-l.html  10.11.2006