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vendredi 19 février 2016

Les YPG : nous n'avons rien à voir avec l'attentat d'Ankara, la Turquie prépare le terrain pour une attaque contre le Rojava

People's Protection Units Yekîneyên Parastina Gel YPG
وحدات حماية الشعب ‎ یگان‌های مدافع خلق یگان‌های مدافع خلق
Traduit par Eve Harguindey, Tlaxcala
Original:
YPG: Ankara saldırısı ile ilişkimiz yok
Traductions disponibles : فارسی  English  

Le Commandement général des Unités de defense/protection du peuple (YPG) a publié le 18 février une déclaration en réponse au Premier ministre turc Ahmet Davutoğlu qui les a accusées de l'attentat  d'hier au coeur de la capitale turque Ankara, qui a fait 28 morts et 64 blessés.
Le Commandement général des YPG dit que celles-ci n' ont aucun lien avec l'attentat, remarquant que Davutoğlu a présenté cette accusation pour ouvrir la voie à une offensive contre le Rojava (Kurdistan syrien) et la Syrie. Le Commandement général a souligné que les YPG ne sont engagées à ce jour dans aucun type d'activité militaire contre l'État turc, en dépit de toutes lesattaques et provocations de celui-ci.
Nous publions ci-après le texte intégral de la déclaration rendue publique par le Commandement général des YPG :

"Comme notre peuple et l'opinion publique le savent, la révolution du Rojava est entrée dans sa quatrième année. En tant que forces YPG, nous protégeons notre peuple dans la région du Rojava depuis le premier jour. Dans des conditions difficiles, nous protégeons notre peuple des gangs barbares comme Daesh et Al-Nusra. D'innombrables États et médias ont rapporté de manière répétée le soutien fourni par la Turquie à ces groupes terroristes. À part la défense contre les groupes terroristes qui nous attaquent, nous, en tant qu'YPG, ne sommes engagées dans aucune activité militaire contre des États voisins ou d'autres forces. En dépit de toutes ses provocations et attaques à la frontière du Rojava, nous avons agi avec responsabilité historique et n'avons jamais exercé de représailles contre la Turquie. Au cours des 4 dernières années, le Rojava a été la zone la plus sûre de la frontière entre la Turquie et la Syrie, et il n'y a eu aucune action militaire (contre la Turquie) de notre part pendant cette période. Cette vérité est parfaitement connue de l'armée turque et du gouvernement AKP. Ils sont en train de distordre délibérément la vérité en disant nous tenir pour responsables de l'explosion à Ankara.

mercredi 13 janvier 2016

Sultanahmet, Istanbul, 12 janvier 2016 : la réponse du berger à la bergère

La bergère, c'est Angela Merkel, le berger, c'est le Calife autoproclamé. La bombe de Sultanahmet, qui a tué une dizaine de touristes allemands hier à Istanbul, était prévisible, attendue, "logique". Il a fallu moins d'une semaine pour que les partisans de Daech donnent leur première réponse à l'engagement militaire allemand aux côtés des USA, de la France, du Royaume-Uni contre l’État islamique. Cet engagement est certes modeste, mais stratégique. Il consiste principalement en 2 Jets Tornado basés en Turquie, qui photographient les cibles à bombarder et en un Airbus de ravitaillement en vol. Mme Merkel, vous avez du sang sur les mains, du sang arabe et du sang allemand !-FG
À  lire

dimanche 1 mars 2015

Yaşar Kemal, un souffle millénaire

par Mustafa Can, Aftonbladet, 28/2/2015. Traduit par  Fausto Giudice, Tlaxcala

L'extraordinaire écrivain Yaşar  Kemal vient de s'éteindre à Istanbul à l'âge de 91 ans. il nous laisse une œuvre épique inégalée, aux profondes racines populaires. Précurseur méconnu de ce qu'on appellera le "réalisme magique", Yaşar  Kemal n'aura pas eu les honneurs du Prix Nobel. Pourtant la Suède est sans doute le pays où il a été le plus lu en dehors de Turquie et c'est là qu'il trouva refuge dans les années 1970, quand la dictature militaire voulait le mettre à l'ombre pour l'éternité. Un représentant de la nouvelle génération d'écrivains suédois, lui aussi d'origine kurde, évoque l'auteur de l'épopée de Mèmed.-FG

Mustafa Can évoque un Yaşar  Kemal triste dans un restaurant chinois à Fridhemsplan à Stockholm
   



Yaşar  Kemal (1923 - 2015)
En apprenant  la mort de Yaşar  Kemal, je pense à une nuit deux jours avant le réveillon du Nouvel An 2006 , à La Havane.

Gabriel García Márquez était assis, entouré de belles femmes et d'hommes graves en costumes, aux larges épaules, sur les divans, au fond de la boîte de nuit "Le chat borgne", aux pieds du légendaire Hôtel Nacional où des mafieux, des espions, des stars de cinéma, des politiciens, des écrivains et d'autres célébrités se côtoyaient en d'autres temps.

Encouragé par mon ami Lars Asklund , je suis allé vers l'écrivain et l'ai remercié pour de magnifiques expériences de lecture. Márquez a hoché la tête et a demandé prudemment d'où je venais.
- Suède. Mais je suis originaire du Kurdistan turc.
- Oh, du même pays que Yaşar  Kemal, s'est-il  exclamé, ravi et a levé son verre.  Bien que je n'ai pas mentionné que je rencontrais parfois Yaşar  Kemal, Márquez a continué :
- C'est très bon confrère et un inspirateur. Salue-le bien de ma part quand tu le rencontres.
Cinq mois plus tard, nous étions quelques personnes attablées avec un Yaşar  Kemal attristé dans un restaurant chinois à Fridhemsplan à Stockholm. Pour lui remonter le moral - il était venu rendre visite à son ami confrère à l'agonie Mehmet Uzun - je lui ai parlé de la rencontre avec Márquez.
- Il a donc dit : «collègue inspirateur»?, a ri Kemal. C'est peut-être une manière pour le bon Márquez de reconnaître que j'ai précédé les Latino-Américains dans le réalisme magique.

Non, à la différence de son collègue colombien le Kurde Yaşar  Kemal, qui écrivait en turc, n'a jamais eu le prix Nobel de littérature. Un prix dont il voulait rarement parler - même s'il y fut candidat pendant de longues années.

- Si vous avez reçu les récits avec le lait maternel, vous ne devez pas passer votre temps à penser aux prix, vous devez simplement raconter, avait-il lancé dans un bistrot d'Istanbul après un séminaire littéraire au consulat suédois en 2004.

Kemal racontait avec verve comment ses parents kurdes avaient fui de la région du Lac de Van pour échapper aux armées russes en 1915. Comment le fait de grandir dans la seule famille kurde d'un village turkmène pauvre, Hemite, dans la plaine entre les monts Taurus et la Méditerranée, l'avait  conduit à maîtriser mieux la langue turque que sa langue maternelle .

Yaşar  Kemal baissait la voix quand il évoquait la perte de son père, qui lui manqua toute sa vie, qui fut abattu dans une mosquée par son frère adoptif quand il avait à peine cinq ans. Et il haussait de nouveau le ton et retrouvait sa bonne humeur quand il disait que c'était les bardes, les conteurs oraux qui, avant même qu'il eût appris à écrire, qui  l'avaient inspiré à aller de village en village pour recueillir des histoires plus ou moins vraies, les  mémoriser et les restituer sous une forme dramatisée. Des récits qui pouvaient durer des jours.  Et le travail de tri des livres dans la bibliothèque déserte d'Adana, la ville de la région, et la rencontre avec Homère, Cervantès, Stendhal, Tchekhov ...

- La littérature occidentale m'a offert un nouveau monde. Ces auteurs m'ont fait réaliser plus tard que "ma" La littérature devait jaillir de l'histoire de ma famille et de mon peuple avec son trésor de contes, de chansons populaires et de mythes.

Dès son premier roman Mèmed le Mince ("İnce Memed", 1955), il est devenu la figure de proue  de la littérature turque. L'inspiration pour les œuvres sur le petit orphelin maigre et rebelle Mehmed, expliquait Kemal, est venue des hommes dans la famille de sa mère. Tous étaient des hors-la-loi révolutionnaires, aucun d'eux ne mourut de vieillesse.

Son paysage d'enfance dans la plaine fertile de Çukurova était son propre Macondo. Yaşar  Kemal dépeint dans son épopée les conditions de vie des opprimés et ce qui arrive à la fois à l'homme et à  la société dans des temps de bouleversement. Lorsque la société paysanne rencontre la modernité, que la pauvreté se confronte au capitalisme, le désir de libération rencontre encore un système politique brutal.

Bien que l'œuvre de Kemal se déroule principalement durant le 20ème siècle,  elle est traversée par un souffle millénaire où chaque objet a son histoire secrète et diverses époques s'interpénètrent. Sur  la plaine de Çukurova les sites préhistoriques du Néolithique et de l'ancienne Cilicie ont laissé leurs traces. Avec des temples, des inscriptions lapidaires et des villages troglodytes prophétiques. Hittites et Babyloniens, Perses, Arméniens et Kurdes, Romains, Grecs, Arabes et Turcs. Une cohorte de souverains et d'esclaves, de paysans et de seigneurs féodaux qui tous se meuvent entre des paysages d'ombres nocturnes et des mondes féériques éblouissants .

Les romans résonnent simultanément de nombreuses voix différentes. Il y a des ruptures, des exodes de masse et des colons. La haine, la vengeance, la suspicion et la violence sont toujours présentes. Mais aussi la révolte, l'amour, la beauté, l'imagination débridée et la quête irrépressible de l'homme qui,  même en des temps chaotiques, rêve de lumière et de paix.

Pour l'athée Yaşar  Kemal, l'homme était la mesure de toute chose. Mais sans la nature, l'homme n'est qu'une coquille vide. À la question de savoir pourquoi il commence presque tous ses romans avec de longues descriptions lyriques de la nature, il répondait :
-Je suis un athée avec une angoisse de mort  parfois paralysante. La nature ne est ni bonne ni mauvaise, elle est juste grandiose, et sa beauté est peut-être mon principal argument contre la mort.

Enfant, il pouvait passer des heures, des journées à observer le vol d'un papillon, le vol des oiseaux, les abeilles sauvages aux reflets bleutés  montant et descendant en nuages ​​étincelants au-dessus la plaine, les formations nuageuses, les changements de nuances des monts Taurus, les têtes épineuses des chardons, les pêchers et abricotiers en fleurs, les amandiers sauvages explosant en rose et pourpre. Il respirait le parfum du thym sauvage et fermait les yeux en écoutant le vent, le chant des ruisseaux et des perdrix au plumage brun-roux.

Le vieux paysan, le tractoriste, le cueilleur de coton, le gardien de nuit, l'écrivain public, l'instit intérimaire, le rebelle et socialiste, fut pendant de longues années l'une des rares consciences publiques de la nation turque. À contrecœur, comme son ami Orhan Pamuk.

Yaşar  Kemal détestait parler de politique, mais ne pouvait nénamoins pas rester à l'écart de la politique. Surtout lorsqu'il s'agissait de la liberté d'expression et de la répression systématique des Kurdes.
- Je suis un écrivain, pas un commentateur politique. Ma tâche est d'écrire aussi bien que possible, mais quel choix ai-je lorsque des gens assoiffés de liberté qui descendent dans la rue sont persécutés et même condamnés à plusieurs siècles de prison, sont torturés, assassinés?
Monument à Mèmed le Mince dans le village natal de Yaşar  Kemal, Hemite, nommé aujourd'hui Gökçedam
C'était à ses yeux immoral d'être politiquement neutre, de s'enfermer et ne s'adonner qu'à la littérature, quand le monde autour brûlait. Particulièrement dans les dictatures et les démocraties fragiles où tout le monde ne sait pas lire écrire, il était du devoir de l'intellectuel de mettre l'éthique avant l'esthétique, de mettre en lumière  l'inflation de la valeur civilisationnelle de la société et perturber l'ordre social.

Les médias turcs ont mené pendant de longues années des campagnes de diffamation et de haine contre Kemal. Au fil des ans il a été souvent condamné ou menacé de procès et d'emprisonnement pour soutien au terrorisme et pour propagande séparatiste. Je me souviens de la mine triste de Yaşar  Kemal quand une jeune femme, au cours d'une rencontre d'écrivains dans une librairie, lui a demandé quel effet ça lui faisait d'être désormais plus connu comme militant des droits de l'homme que comme écrivain:

- Je ne suis qu'un homme parmi les hommes. Être humain implique peut-être avant tout de se sentir responsable de tout ce qui se passe dans le monde et de se confronter à la fois au présent et au passé. Surtout maintenant dans l'hystérie marchande du pluralisme libéral.
Chaque fois que je rencontrais Yaşar  Kemal, il me demandait toujours des nouvelles de la Suède - "ma seconde patrie" - et évoquait la rue où il a vécu durant son exil pendant quelques années à la fin des années 70. Årstavägen 29.

Il décrivait le froid, l'obscurité, les rues désertes et la solitude. Et ce que  l'absence de langue pour communiquer  fait de l'homme, l'isolant du reste de la société, le faisant se sentir une victime impuissante. Car ce qui en fin de compte sauve l'homme est sa capacité de communiquer. Mais ...

- Je n'ai jamais été aussi productif que durant l'exil en Suède, j'ai écrit plusieurs livres en quelques années. Le silence et le calme que j'ai rencontrés là-bas, je ne les ai jamais rencontrés avant ou après. Malgré ma nostalgie du pays, j'ai été très heureux en Suède.

Il y a deux ans, lors d'une brève rencontre dans  une galerie à Istanbul, j'ai demandé Yaşar  Kemal s' il savait qu'il avait été dans les années 70 l'écrivain étranger le plus emprunté dans les bibliothèques suédoises.

Son rire bruyant a résonné entre les murs:
- En tout cas, ce n'est pas ça qui donne le prix Nobel.
 

mardi 11 juin 2013

Parc Gezi, Istanbul : Les 10 premiers jours de résistance


Infographie sur le mouvement des Chapulleurs en Turquie 
par Emrah Cengiz, Infografik. Traduit par Arnaud Castaignet Original: Gezi Parkı Direnişi'nin 10 Günü
Traductions disponibles : English  Español 

 

vendredi 10 août 2012

Peut-on vraiment comparer les conflits syrien et libyen ?

par François Burgat, Atlantico, 10/8/2012
Nicolas Sarkozy s'est entretenu mardi par téléphone avec le chef de l'opposition syrienne Abdel Basset Sayda*. Tous deux ont convenu dans un communiqué commun "qu'il y a de grandes similitudes avec la crise libyenne".
Il est instructif de comparer les crises libyenne et syrienne. Il serait dangereux de les assimiler. Si le socle du mécontentement populaire devant un autoritarisme au long cours est commun, si la lente militarisation de l’opposition et la violence de la répression d’un Etat faisant usage de l’aviation et des armes lourdes ont suivi un cours identique, les forces en présence, à l’intérieur et plus encore sur la scène internationale, sont profondément différentes.

Ces différences devraient interdire en tout état de cause à ceux qui seraient tentés de le faire de prôner aujourd’hui pour la crise syrienne une porte de sortie « à la libyenne ».

Demi-spécificité syrienne, le régime baasiste est tout d’abord ancré à un socle ethnique et religieux certes comparable  à l’assise clanique et tribale du pouvoir de Kadhafi, mais manifestement plus large. La vraie spécificité syrienne est en effet la capacité dont jouit Bachar el Assad, et dont il a largement fait usage, de diviser ses opposants en manipulant les appartenances ethniques et confessionnelles.
En gagnant le soutien des Alaouites, cette minorité chiite hétérodoxe mais également d’une majorité des communautés chrétienne et druze, il a réussi à ralentir la montée en cohésion de ses opposants. Outre ce “potentiel” de divisions, Bachar el Assad, relativement jeune, et qui n’est au pouvoir “que” depuis une dizaine d’années, était moins « usé » que ne l’était Kadhafi.

Mais l’essentiel n’est sans doute plus là : la différence majeure entre la crise libyenne et la crise syrienne vient des conditions de son internationalisation et de l’ampleur des soutiens étrangers dont (contrairement à la Libye, qui ne pouvait plus compter que sur de peu influents voisins africains,) Damas continue à bénéficier. Secondaire dans les cas tunisien et égyptien, le soutien de la communauté internationale toute entière à l’opposition libyenne (du Conseil de sécurité à la Ligue arabe en passant par l’OTAN) a été décisif. A l’inverse, le régime syrien reste protégé par un véritable rempart international qui interdit à ceux qui pourraient y être favorables – ce qui est un débat en tant que tel - d’envisager une identique solution militaire.
Ces soutiens à Damas prennent paradoxalement appui sur des motivations très diverses, dont certaines ne sont que « réactives ». Peu ont en réalité à voir avec les vertus du régime, et notamment la « laïcité » proclamée du parti Baas, très relative quand on sait qu’il a construit en fait son pouvoir sur la promotion privilégiée des seuls Alaouites. Pour la Russie et pour la Chine, les motivations vont de la peur de voir d’identiques rébellions recevoir chez eux un quelconque soutien international jusqu’à une vieille et banale volonté d’affirmation à l’encontre des Etats-Unis. Le Brésil semble prosaïquement suivre les orientations de son importante communauté syrienne, majoritairement chrétienne.
Dans l’environnement régional, hormis la Turquie, on est très loin d’avoir, comme ce fut le cas de l’Egypte et de la Tunisie, un consensus en faveur de l’opposition et d’une intervention étrangère destinée à la soutenir : ni le Hezbollah au pouvoir au Liban, allié indéfectible de la Syrie qui le soutient dans sa longue confrontation avec l’Etat hébreu, ni l’Iran qui s’oppose « logiquement » à ses ennemis traditionnels que sont les Etats-Unis et leurs alliés dans le Golfe, ni même l’Irak majoritairement chiite ne resteraient insensibles à une incursion étrangère.

Dès lors, l’appui accordé à l’opposition par la Turquie, le Qatar, l’Arabie Saoudite, l’Europe et les Etats-Unis est loin d’avoir le poids de celui qui a rendu politiquement possible l’intervention de l’OTAN.

C’est donc bien cette différence du rapport de force international qui devrait interdire (à ceux qui sont tentés de la considérer) de se lancer dans l’aventure d’une très hasardeuse intervention militaire.


* Ce chercheur kurde d'origine de 55 ans a pris en juin dernier la tête du Conseil national syrien, suite à la démission de Bourhane Ghalioun. Il vit à Uppsala, en Suède depuis 1994 et n'a pas beaucoup d'expérience politique. Il est présenté comme un démocrate et un "modéré"(NDLR Basta)
De gauche à droite: Sayda, Ghalioun et Mohamed Farouk Tayfur

mercredi 21 mars 2012

De Turquie : méfiez-vous du génie du discours islamiste

Türkçe Türkiye: İslamcı Söylemin Cinine Dikkat


Ces jours-ci, en suivant ce qui se passe en Tunisie, avec le parti islamiste modéré Ennahdha au pouvoir, on a une sensation de déjà vu, comme si on revoyait un film ennuyeux..

 
Rachid Ghannouchi salue Erdoğan  à son arrivée à Tunis le 14 septembre 2011. Photo: Fethi Belaid/AFP
Rachid Ghannouchi, le leader d’Ennahdha, a l’air de considérer que son parti a été le déclencheur du printemps arabe, pas seulement en Tunisie mais dans tout le monde arabe,  sans oublier qu’ils pensent être le seul exemple d’une transition démocratique réussie. Ajoutez cette rhétorique  aux déclarations antérieures du parti : « C’est nous qui avons le plus souffert sous le règne de Ben Ali , pas les gauchistes. »

Tout cela me rappelle les premières années au gouvernement du parti AKP. Pas étonnant que le parti Ennahdha ait répété qu’il adoptait le « modèle turc » durant la campagne électorale pour l’Assemblée constituante. Il est évident qu’Ennahdha a emprunté le « génie du discours » de l’AKP, qui a longtemps paralysé l’opposition turque en établissant son hégémonie discursive  dans les débats publics et dans les cercles intellectuels.
Cet habile « génie du discours », comme nous nous avons pu nous en rendre compte en Turquie,  ne sert pas seulement les objectifs de son maitre. Il légitime aussi automatiquement toute politique contre la démocratie et l’égalité sociale et s’oppose même parfois au bon sens. Un véritable couteau suisse !

Ma participation à une table ronde sur le “Printemps arabe" à Paris m’a amenée à penser que les révolutionnaires tunisiens aussi bien qu’égyptiens devraient être mis en garde contre les merveilles de ce génie discursif. Ce n’est pas parce que le conservatisme sunnite est en train de voler leurs révolutions. Il est plutôt nécessaire de les mettre en garde contre le genre d’atmosphère politique schizophrène auquel ils vont être soumis.

Quand l’AKP est arrivé au pouvoir, il a commencé à utiliser la rhétorique des opprimés à chaque occasion. Et comme l’humiliation des gens à sensibilité religieuse par l’élite modernisée et occidentalisée de l’Etat est une réalité dans l’historie de la Turquie moderne, cette rhétorique n’était pas entièrement sans fondements.

En outre le Premier ministre Recep Tayyip Erdoğan  venait de sortir de prison. Il avait été condamné pour avoir cité un poème considéré comme une atteinte à la laïcité du pays : « Les mosquées seront nos boucliers et les minarets nos lances. ». Au fil du temps nous avons vu les opprimés devenir des oppresseurs, naturellement avec un peu d’aide du génie du discours !

Ennahdha a emprunté le « génie du discours »  de l’AKP  qui a longtemps paralysé les opposants turcs. A chaque fois qu’on l’interrogeait sur les prisonniers politiques, Erdoğan  parlait de son propre emprisonnement, laissant entendre que ceux qui ne l’avaient pas soutenu alors n’avaient pas de droit à la parole maintenant. A chaque fois que l’opposition abordait le thème du recul des libertés individuelles, Erdoğan  et ses experts en brosse à reluire évoquaient les années de restriction de la liberté de culte pour la frange conservative religieuse de la population.

Finalement, lorsqu’ on critiquait la transformation des droits sociaux en bienfaisance et charité religieuses, Erdoğan  utilisait la rhétorique banale selon laquelle « la justice a pour source la religion. »

C’est pourquoi il est devenu fameux par ses remarques décisives pour clore tout débat qui va à l’encontre de ses intérêts. Cela a été particulièrement vrai pendant les premières années de son mandat. L’opposition, à savoir les classes moyennes et supérieures laïques, modernes et occidentalisées étaient horrifiées à chaque discours à référence religieuse. Les Kémalistes qui rêvaient d’un État laïc et occidentalisé, étaient scandalisés à chaque fois qu’on évoquait  le hijab ou les cours de religion à l’école.
Certes, le Premier ministre n’a jamais commis l’erreur de son prédécesseur en disant ouvertement « nous sommes le parti de Dieu », mais, la plupart du temps, ses discours avaient une connotation religieuse.

Dans un premier temps, l’opposition a este choquée. Elle ne savait pas comment réagir face à toutes ces références religieuses dans divers débats politiques. On peut conclure que dans un pays à majorité sunnite, tout débat entre laïcs et religieux s’avère être stérile, vu que seuls les musulmans sunnites ont raison.

C’est ce qui s’est passé : l’opposition qui avait construit son discours sur la laïcité, n’était pas seulement écrasée par le « génie du discours », mais aussi ridiculisée  et humiliée..

Le « génie du discours » était assez malin pour se servir de Dieu et de la démocratie d’une façon cohérente. C’est pourquoi, Tunisiens et Égyptiens, vous devez faire attention.

Aujourd’hui, les Tunisiens, en particulier ceux qui ont combattu pour la démocratie à la Kasbah, et les Égyptiens de la Place Tahrir qui ont formé un ensemble homogène malgré leurs différences, sont traumatisés par les discours d’Ennahdha et du Parti Liberté et Justice  sur la Charia.

En Tunisie, après le dernier discours de Ghanouchi sur la fermeture des bars et la loi islamique comme source d’inspiration de la nouvelle Constitution, la réaction des jeunes me rappelle celle d’un cerf, paralysé par les phares des voitures au milieu de l’autoroute. Je me souviens d’avoir vu les mêmes visages il ya dix ans en Turquie.

Comme leurs homologues turcs, ils sont restés paralysés au lieu de s’engager dans le processus politique du moment. Car dans un pays conservateur à majorité musulmane, il est presque impossible que l’opposition construise un contrepoids laïque, sans apparaitre comme le porte-parole du diable aux yeux des gens simples, ou comme des bourgeois insouciants qui ne se préoccupent que de leurs plaisirs hédonistes .

C’est ce qui a été et est encore le cas de la Turquie. Quand Erdoğan  a annoncé son intention de créer une « génération religieuse », sa déclaration a été fortement critiquée. Il a répliqué : «  Voulez-vous que nos enfants deviennent des toxicomanes ? » Ce qui a laissé ses opposants sans voix. Et il a ajouté : « Je veux une génération religieuse et vindicative. »
Je crois avoir dit qu’il était reconnu par ses remarques décisives.

Il faut reconnaitre que dans les pays à majorité musulmane, il est presque impossible de débattre avec un gouvernement islamique au look moderniste qui s’engage dans le néo -libéralisme. Ce n’est pas seulement que les citoyens de votre propre pays peuvent être facilement montés contre vous, c’est aussi que toute la planète qui, ayant adopté la démocratie made in USA, vous laissera seuls à votre sort désespéré. Le danger réel ne vient pas des partis politiques annonçant ou pensant être le parti de Dieu sauf lorsque, d’une manière ou d’une autre, ils se proclament représentants de la démocratie.

En Turquie ceci signifie que si vous êtes contre l’AKP, vous êtes forcément partisans des coups d’État militaire et de l’intervention des militaires dans la vie politique.

On verra ça prochainement en Tunisie : si vous êtes contre Ennahdha, vous êtes des suppôts de l’ancien régime. Je pense qu’en Egypte le « génie du discours » trouvera quelque chose d’approprié qui s’adaptera aux besoins locaux.

Une autre remarque importante : le « génie du discours » a le don de réécrire l’histoire d’une manière impitoyable. J’attends une rafale rhétorique, sur le mode turc, en Tunisie tout comme en Egypte de : «  Nous sommes le vrai peuple  de ce pays, vous êtes l’élite, taisez-vous. »

Ces  partis politiques créent une impasse, moyennant le « génie du discours » pour affirmer qu’ils sont les vrais citoyens opprimés, représentants de  la démocratie.

Argument imbattable, non ? Les jeunes Tunisiens et Égyptiens dont le sang a coulé pour défendre la liberté et l’égalité, sont-ils donc dans une situation complètement désespérée ? Je ne crois pas.

En observant la politique de l’AKP durant une décennie, j ai vu trois actions d’opposition qui n’ont pas abouti à sa liquidation .Ces groupes ont utilisé à leur tour le « génie du discours » pour déclarer qu’ils étaient les citoyens opprimés et qu’ ils représentaient le peuple et la démocratie.


Halkevleri dans la rue...
Un de ces groupes est le Halkevleri (maison du Peuple ),  un mouvement de base agissant pour les droits sociaux. Il est parti en guerre contre la politique de l’AKP, consistant à transformer les droits sociaux en objet de charité. Leur argument principal était que la distribution de pain et de charbon par des organisations religieuses était humiliante et que la nourriture et le logement étaient des droits constitutionnels fondamentaux.


...et la réponse policière
La seconde action émanait des Collectifs étudiants (Öğrenci Kollektifleri), qui ont lancé des actions sur des questions relativement mineures comme le prix des tickets des bus et les frais d’inscription à l’université.
Les deux groupes étaient de gauche, sans aucune connotation religieuse. Le gouvernement les a étiquetés « organisations terroristes », ce qui a montré le vrai visage de l’AKP comme oppresseur des étudiants et des classes démunies.
La troisième action était un « Iftar » qui a  rassemblé ledess gauchistes et des islamistes politiques qui ont l’égalité sociale à leur programme.
Durant le mois de Ramadan, ils ont effectué la rupture du jeûne en face d’un hôtel 5 étoiles, connu pour être un endroit branché par les nouveaux riches de l’AKP.

Ce qui montre qu’on peut sortir de l’impasse créée par le « génie du discours ». La solution est de construire une opposition qui défend les droits sociaux ;y mélanger ou non des connotations religieuses dépend naturellement de l’attitude de chacun.
Ceci dit, ce n’est pas tant une nouvelle génération religieuse que l’AKP veut qu'une génération obéissante.. Sinon, il aurait été content de voir les jeunes faire la fête durant le Ramadan, sans se soucier du fait qu’ils le fassent dans la rue.
Assurément, adopter cette stratégie ne vous rendra pas moins seuls dans le monde. Les politiques européennes et usaméricaines qui ont déjà étiqueté ces pays démocraties islamiques modérées tamponnées « bon pour l’Orient » ne vont pas se réjouir de voir une opposition fondée sur les problèmes de justice sociale.
Personnellement, je pense que les Occidentaux qui glorifient la démocratie dans ces pays ont la trouille quand ils entendent parler de « justice sociale ». Qu’à Dieu ne plaise ! Cela pourrait finir en guerre de classes !
Ceux qui, dans les médias internationaux, applaudissent les jeunes de la place Tahrir "sans idéologie" n’aimeraient pas être ramenés à reconnaître que les discours gauchistes ont survécu malgré les "compagnes de lutte contre le communisme", lancées dans les années soixante du siècle dernier.
Mais au moins, une opposition basée sur les droits et l’égalité sociale fera, pour changer, du « génie du discours » et non de l’opposition le cerf paralysé par les feux d’une voiture.
 

dimanche 13 juin 2010

Erdogan, le nouveau héros du monde islamique

par Kourosh ZIABARI, 8/6/2010. Traduit par  Isabelle Rousselot et édité par Chloé Meier, TlaxcalaOriginal : Erdogan, the new hero of Islamic world
Recep Tayyip Erdoğan, le Premier ministre turc, a suscité l'admiration internationale après avoir courageusement fulminé contre les dirigeants de Tel Aviv, leur reprochant le massacre des militants pacifistes à bord de la Flottille de la Liberté. Ce convoi d'aide humanitaire se dirigeait vers la bande de Gaza afin de briser le blocus qui dure depuis trois ans dans cette enclave dévastée par la guerre.

Assiégée, la bande de Gaza se bat depuis trois ans contre une situation sociale et économique qui se détériore, et elle a besoin de toute urgence d'une aide humanitaire pour se sortir de la crise à laquelle elle doit faire face. Plus de 80 % de sa population, qui compte 1,5 millions de personnes, vit en dessous du seuil de pauvreté. Le taux de chômage y atteignait 41,3 % en 2008. Selon le World Food Program (le Programme alimentaire mondial) des Nations Unies, environ 70 % des Gazaouis vivent dans une précarité alimentaire et la grande majorité d'entre eux est dépendante de l'assistance des Nations Unies pour couvrir ses besoins élémentaires.

Dessin d'Ali Kahlil, Bahreïn
Selon l'Organisation Mondiale de la Santé, 98 % des activités industrielles à Gaza ont été stoppées et le blocus de l'enclave imposé par Israël depuis 2007 a donné lieu à une grave pénurie de carburant, d'argent, de gaz destiné à la cuisine et d'autres approvisionnements fondamentaux.

L'opération militaire menée par Israël à Gaza fin 2008 et début 2009 a provoqué la destruction de plus de 7 500 maisons palestiniennes et le déplacement de plus de 3 500 familles. Comme Tel Aviv empêche l'entrée de matériel d'infrastructure et de construction, les maisons détruites n'ont pas pu être reconstruites et ces 3 500 familles sont toujours sans toit et sans protection. Selon Sameh Habeeb, journaliste et photographe indépendant qui vit à Gaza, les forces israéliennes ont lancé une attaque massive contre les infrastructures de Gaza en juin 2006, après l'emprisonnement d'un soldat israélien, Gilad Shalit, par le Hamas. Shalit est le seul prisonnier israélien incarcéré dans les prisons des autorités palestiniennes, alors que le régime d'Israël détient 7 383 prisonniers palestiniens, dont 340 enfants.

Habeeb rapporte que le pont principal qui relie les zones sud et nord de Gaza a été entièrement détruit lors de l'assaut israélien, de même que l'unique centrale électrique de la bande de Gaza, prise pour cible par un escadron de F16 lors d'un raid sur la ville. Autre construction vitale pour Gaza que les forces israéliennes ont totalement détruite: salah El-Din, la seule autoroute importante de la région. Bien que le gouvernement japonais ait proposé un plan pour la reconstruire, Israël ne n'a jamais donné son feu vert.

Jusqu'à présent, Tel Aviv a bloqué tous les efforts internationaux pour rebâtir Gaza et rénover ses infrastructures en ruine. La majorité des Gazaouis sont privés d'installations sanitaires, d'électricité, d'une éducation correcte, d'eau potable et de denrées alimentaires suffisantes.

Le Premier ministre turc avait déjà déploré précédemment qu'Israël ne permette pas l'entrée dans la bande de Gaza de matériels de construction. « Israël n'autorise toujours pas la reconstruction. La Turquie n'est pas autorisée à construire des écoles, des maisons, des hôpitaux. Les Israéliens laissent entrer de la nourriture et des médicament, mais c'est tout » a-t-il déclaré au Philadelphia Inquirer en 2009.

Précurseur des transformations politiques et de la révolution idéologique en Turquie, Recep Tayyip Erdoğan qui a accédé au pouvoir en raison des origines musulmanes du parti AKP, a engagé de sérieux efforts ces dernières années pour défendre la cause du peuple palestinien. Il est devenu un franc détracteur du régime israélien et a fustigé Tel Aviv à de multiples occasions. En 2009, il a inspiré une admiration mondiale en quittant le débat télévisé organisé dans le cadre du Forum Economique Mondial de Davos (Suisse) et auquel participait également Shimon Peres. Faisant référence au massacre des citoyens palestiniens dans la guerre de Gaza, Erdoğan a accusé le Président israélien de « tuer des gens », puis il est sorti de la pièce furieux, sous les yeux du secrétaire des Nations Unies, le Général Ban Ki Moon, reprochant au modérateur du débat de ne pas l'avoir autorisé à répondre aux fausses déclarations de Shimon Pérès.

Annulant sa visite en Amérique Latine suite aux récents événements qui se sont produits dans la bande de Gaza, Erdoğan a déclaré devant le parlement de Turquie qu'Israël devrait être sévèrement puni pour le meurtre des militants pacifistes dans les eaux internationales : « Le massacre perpétré par Israël sur les bateaux amenant une aide humanitaire à Gaza mérite la réprobation et la condamnation. »

  Ô Khalid des Turcs, redonne vie au Khalid des Arabes*!
Recep Tayyip Erdoğan
Dessin d'
Emad Hajjaj, alias Mahjoob, Jordanie
Tentant d'interpeller la minorité juive de Turquie, Erdoğan a laissé entendre que la réponse de son pays à de tels actes serait ferme et sans complaisance: « L'amitié de la Turquie est solide, mais d'un autre côté, son inimitié est violente. Personne ne doit tester la patience de la Turquie. La nation turque entretient une relation historique d'amitié et de collaboration avec le peuple juif. Ici, en Turquie, les juifs comprennent qui est le véritable responsable de ces évènements.»

Quant au message adressé par Erdoğan à Israël, il est sans ambiguïté: « Le régime sanglant, aujourd'hui au pouvoir en Israël, doit absolument être puni. Même les pirates et les bandits ne touchent pas aux gens non armés, ni aux enfants, ni aux personnes âgés. Eux l'ont fait. Qui plus est, ils tentent, sans aucune honte, de se justifier." La Turquie, qui a annulé ses exercices militaires conjoints avec Israël, est le seul État musulman à maintenir tous ses liens diplomatiques avec Tel Aviv. Les parlementaires ont appelé le gouvernement à prendre des mesures concrètes pour réduire les liens avec le régime sioniste; le gouvernement paraît favorable à de telles mesures. Il semble que seuls le tourisme et les transactions financières avec Israël - qui profitent à la Turquie - retiennent Ankara de se détacher de Tel Aviv. Selon le Ministre turc de la culture et du tourisme, les citoyens israéliens représentent plus de 2,1 % des 20 millions de touristes qui visitent le pays annuellement.

Erdoğan , qui a avertit fermement Israël que celui-ci risquait de perdre l'un de ses meilleurs amis du Moyen Orient, est en train de gagner une popularité croissante dans le monde musulman grâce à ses récentes déclarations au sujet du régime israélien. Le 2 juin 2010, Reuters a publié un article intitulé « La tension en Israël stimule la popularité de la Turquie auprès des Arabes », consacré à l'estime grandissante pour le Premier ministre turc. On peut y lire : « Déjà populaire pour sa défense de la cause palestinienne, le Premier ministre turc, Tayyip Erdoğan, a suscité une nouvelle vague de sympathie en appelant à ce que l'État juif soit puni pour le raid en mer. Le Conseil de Sécurité de l'ONU a condamné la tuerie. »En fin de compte, en tant que régime globalement haï, Israël semble apporter la popularité et la renommée à ceux qui contestent sa politique et ses actions unilatérales, hypocrites et épouvantables.

* Ghazi Khalid ibn al-Walid (592-642), aussi connu sous le nom de Sayfu al-Läh al-Masiül (l'épée brandie de Dieu), était un Sahabi - un compagnon du Prophète Mohammed - d'une grande intelligence dans l'art de la guerre et l'un des commandants les plus brillants de l'histoire. Il a été particulièrement remarqué pour ses tactiques et ses prouesses militaires lorsqu'il était à la tête des forces du Prophète Mohamed, puis  de celles de ses successeurs immédiats, les premiers Califes  Rashidun (bien-guidés), Abou Bakr et Omar. C'est sous son commandement que l'Arabie, pour la première fois dans l'histoire, a été unie sous une seule entité politique, le califat.


  Baker Alhashki, Jordanie
 

vendredi 21 août 2009

Kurdistan :La paix possible ? Interview du responsable du PKK en Europe

En attendant la yol hartasi, la feuille de route d'Öcalan
par Orsola Casagrande, il manifesto, 13/8/2009

Orsola Casagrande, journaliste italienne d’Il Manifesto, qui couvre la réalité socio-politique de Turquie et du Kurdistan, a interrogé le responsable du PKK en Europe qui, pour des raisons de sécurité, conserve l’anonymat. Il est prévu que le président du PKK, Abdullah Öcalan, condamné à la prison à perpétuité, présentera demain (15 août) sa « yol haritasi », sa feuille de route, par laquelle il cherche à initier une nouvelle étape politique avec l’État turc. Dans l’entretien, que Gara reproduit, le membre du PKK évalue la situation actuelle.
Quel est le contexte dans lequel naît la yol haritasi ?
Le XXIe siècle est caractérisé par la démocratie, la paix, la liberté, les droits humains, la vie en commun pacifique et la nature comme valeurs communes de l’humanité. C’est donc une époque dans laquelle en de nombreux endroits les questions nationales et ethniques ont été résolues, ou sont en voie de solution, avec des méthodes pacifiques et démocratiques. Par contre, au Kurdistan et en Turquie, depuis 35 ou 40 ans, il y a une guerre entre le peuple kurde avec son avant-garde, le PKK, et le colonialisme de la Turquie. Les deux parties ont essayé d’atteindre leur objectif par la guerre et la violence.
Mais le contentieux demeure irrésolu. Parce qu’une solution n’a pas pu être atteinte par les méthodes de toujours et l’attitude de l’Etat turc refusant de reconnaître l’identité et l’existence d’un peuple comme le kurde. La lutte contre cette dénégation a atteint un certain niveau. En d’autres termes, la guerre et la violence ont joué leur rôle. Le président Abdullah Öcalan a tenté d’aborder de plusieurs manières la question kurde, par l’intermédiaire du dialogue et de la paix. Il s’est toujours senti responsable du peuple kurde.

jeudi 30 avril 2009

Sous faux pavillon : Qui est Louai Sakra ?

ou Comment un agent triple a organisé en 2003 en Turquie des attentats terroristes imputés à Al Qaïda
par Jürgen Elsässer, Traduit par Michèle Mialane, révisé par Fausto Giudice,
Tlaxcala

Source : Unter falscher Flagge: Wer ist Louai Sakra?
Ce texte est une adaptation par la revue autrichienne International Nr. 1/2009 de Terrorziel Europa. Das gefährliche Doppelspiel der Geheimdienste, par Jürgen Elsässer, Residenz Verlag, St. Pölten 2008, 344 S., 21,90 €
Sur l’auteur

Le fondamentalisme islamique est certes une réalité, mais son potentiel terroriste est avant tout une invention des services secrets usaméricains et britanniques, destinée à impliquer l’Europe de plus en plus profondément dans la guerre qu’ils mènent à l’échelon mondial.
La menace que représente Al Qaïda sert à justifier de attaques de plus en plus marquées contre les droits démocratiques. Un État entièrement sous surveillance, comme celui que décrit George Orwell dans « 1984 » n’est plus un cauchemar de science-fiction, mais un programme de gouvernement - au moins en Grande-Bretagne et en Allemagne.


Beyoglu est peut-être le quartier le plus européen d’Istanbul ; sur la promenade Istiklal Caddesi (Rue de l’Indépendance), les femmes en talons hauts et jupes courtes flânent dans les boutiques de luxe et les passages commerçants, nulle part de foulard, sans parler de voile. Des agences bancaires internationales et de compagnies aériennes, des hôtels select, des agences et des galeries d’art moderne donnent le ton : ici on est cosmopolite. Le quartier offre nombre d’attractions touristiques, dont la place Taksim avec l’opéra, la Tour Galata avec son panorama époustouflant, le palais Dolmabahce de l’époque du sultanat. À l’époque de l’Empire ottoman les minorités non-musulmanes et les résidents étrangers habitaient déjà ce quartier, et ce n’est guère étonnant qu’aujourd’hui encore presque toutes les représentations diplomatiques occidentales y soient concentrées.


Le jardin du consulat britannique après l'attentat



La banque HSBC après l'attentat


Les bombes d’Aladin

C’est non loin de là que les auteurs de l’attentat du 20 novembre ont frappé : une camionnette a pénétré à 11 heures (heure locale) dans le bâtiment du consulat britannique, puis une très forte détonation a retenti. Une partie de l’énorme bâtiment n’était plus que décombres. Les murs extérieurs se sont renversés sur la route et des masses de décombres ont endommagé les autos. Même le portail d’entrée, lourd de plusieurs tonnes, n’a pas résisté à l’explosion. Dans les rues environnantes les vitres ont volé en éclats. « J’ai cru que c’était un tremblement de terre, tout le bâtiment vacillait », raconte un membre du personnel turc qui se trouvait alors à l’office(1). Cet attentat a fait au moins 27 morts, dont le consul général britannique, Roger Short.

L’agence centrale de la banque britannique HSBC en Turquie, un bâtiment de 20 étages situé sur une artère principale à plusieurs voies, était au même moment victime d’un autre attentat. Un spectacle terrifiant: « Devant le bâtiment gisaient trois personnes, une autre devant l’entrée latérale, une cinquième sur le trottoir, tous méconnaissables, le visage noirci », raconte un passant au Stern. « Des bras et des mains arrachés parsemaient le sol » (2). Cinq jours plus tôt une auto transportant une bombe avait déjà explosé devant Neve Shalom, la plus grande synagogue d’Istanbul, et une autre devant celle de Beth Israel, dans le quartier de Bebiktab. Le 15 novembre était jour de sabbat, les édifices religieux étaient emplis de fidèles. 24 personnes ont été déchiquetées, en majorité des musulmans qui se trouvaient dans les mosquées voisines ou au travail dans les commerces des alentours. Ce furent les premiers attentats imputés à Al Qaïda en Turquie. Par la suite la justice devait inculper 173 islamistes. Le premier procès se solda par 7 condamnations à la perpétuité. Le plus connu des condamnés était un certain Louai Sakra.


La synagogue Neve Shalom après l’attentat


L’itinéraire d’un Frère musulman

Sakra a été arrêté fin juillet 2005 à Diyarbakir, dans l’Est de la Turquie. Plus tard les enquêteurs l’ont accusé d’avoir pris part à la planification des attentats de 2003. Des poseurs de bombes avaient déclaré lors des interrogatoires qu’un Syrien du nom d’«Aladin »avait financé les attentats. L’identification dudit Syrien n’a pas été trop difficile : Sakra est Syrien et l’un de ses noms de code était «Dr Alaa » ou encore « Ala al Din »(3) Il est censé avoir « proposé » les attentats et les avoir financés avec « 160 000 dollars provenant du trésor de guerre d’Al Qaida ». On avait réussi à arrêter Sakra après un incendie survenu dans son appartement de vacances à Antalya, où il aurait manipulé des explosifs. « J’avais préparé une bombe d’une tonne et j’avais aussi attaqué des navires israéliens », aurait écrit Sakra selon certains journaux turcs, lorsque les policiers l’emmenèrent. À l’automne 2007, alors qu’il était au quartier de haute sécurité de la prison de Kandira, 100 km à l’Est d’Istanbul, il accorda au journal londonien le Times plusieurs interviews où il esquissait sa biographie. Selon la rédaction, « il a dévoilé son rôle prétendu dans quelques-uns des principaux complots et peut-être répondu à quelques-unes des questions non résolues qui s’y rattachent. » (6)

Selon cette source, Sakra a grandi en Syrie. Il a été politisé dès sa prime jeunesse : en 1982, - il avait alors neuf ans- Hafez el Assad réprima un soulèvement de la confrérie fondamentaliste des Frères musulmans. Lors du nettoyage de la ville de Hama les forces de sécurité massacrèrent des dizaines de milliers de croyants. « Comme tous les autres jeunes garçons musulmans j’ai été profondément marqué par cet événement » se souvient Sakra.(7) L’éclatement de la guerre civile en Bosnie, en 1992, galvanisa Sakra – il voulait absolument aider ses frères dans la foi. Il commença par ouvrir en Turquie un bureau de recrutement pour moudjahiddines, qui organisait aussi l’aide médicale. Puis il s’entraîna au combat avec des volontaires dans les montagnes de Sylva, aux environs d’Istanbul. De là, les combattants partaient pour les Balkans, et aussi en Tchétchénie. Ce faisant il entra aussi en contact avec Abou Zoubaïdah, un proche de Ben Laden. Il aurait préparé avec lui un attentat en Jordanie à l’occasion du changement de millénaire ; mais cet attentat a été déjoué. Après l’invasion de l’Irak par les troupes US, Sakra dit avoir combattu les occupants, aux côtés du terroriste de choc Moussaq Al Zarqaoui. Au vu de ce catalogue, rien d’étonnant à ce que les publications US placent le Syrien au 5e rang dans la hiérarchie d’Al Qaida . Son avocat, Osman Karahan, propose un rang encore plus élevé : Sakra serait le « Numéro 1 » du réseau d’Al Qaida, du moins pour l’Europe, l’Iran et la Syrie(8). C’est peut-être un peu exagéré. En Turquie des sources policières considèreraient plutôt Sakra comme un cas psychiatrique, ou peut-être un égotiste qui surestime son rôle. » (9)

Sakra et le 11 septembre

Mais on ne devrait pas prendre trop vite le Syrien pour un mégalomane. Car il se trouve qu’un point central de son histoire est confirmé précisément par ceux d’en face : son rôle dans la préparation des attentats du 11 septembre. « J’étais de ceux qui connaissaient les auteurs du 11 septembre et à l’avance le lieu et l’heure des attentats. J’ai aussi participé à la préparation des attaques contre le World Trade Center et le Pentagone. J ‘ai fourni de l’argent et des passeports.» (10) Selon les indications de Sakra, 6 hommes sont arrivés en 1999 dans son camp d’entraînement des montagnes de Yalova ; quatre d’entre eux voulaient aller combattre en Tchétchénie. Mais la frontière géorgienne étant fermée, tous les six, avec l’aide de Sakra, qui leur donna de l’argent et des passeports et falsifia les visas (11), s’envolèrent pour l’Afghanistan. Là-bas ils furent reçus par l’ami de Sakra, Abou Zoubaïdah, et initiés à la tâche prétendument la plus importante de leur vie – et la dernière : la participation aux attentats du 11 septembre. Effectivement les six noms figurent sur la liste des pirates morts dans les attentats que le gouvernement US publia ensuite : Ahmed et Hamza Al Ghamdi (dont les corps auraient brûlé dans la tour Sud du World Trade Center), Satam Al Sugami (mort dans la tour Nord), Saïd Al Ghamdi (mort dans l’avion qui s’est écrasé en Pennsylvanie) ainsi que Majed Moqued et Nawaf al Hazmi (qui se seraient trouvés dans l’avion qui s’est crashé sur le Pentagone ) (12).


Satam Al Sugami & Saïd Al Ghamdi


Majed Moqued &
Nawaf al Hazmi


Les témoignages relatifs au 11 septembre fournis par Sakra au Times ont été partiellement confirmés par la Commission du 11 septembre du Congrès US. Celle-ci a également réuni des renseignements selon lesquels neuf des 19 pirates présumés, dont les quatre désignés par Sakra, auraient eu au départ l’intention de gagner la Tchétchénie via la Turquie et la Géorgie. La mise en garde que Sakra a effectuée en amont prouve aussi qu’il était bien au courant des préparatifs de l’attentat. Le Spiegel écrit : « Le 10 septembre 2001, veille des attentats, Sakra aurait informé les services secrets syriens qu’Al Qaïda préparait dans un avenir proche des attentats en Amérique. Ni les villes ni les bâtiments visés n’ont été révélés, mais Sakra dévoila la veille des attaques des détails de l’ « Opération Mardi Saint », entre autres l’utilisation d’avions et le choix de tours pour cibles. Les services secrets occidentaux en déduisent qu’il était évidemment dans le secret des dieux. » (14) Parmi les sources occidentales auxquelles se réfère le Spiegel figure entre autres Georges Tenet, à l’époque chef de la CIA.

Il préfère le whisky à Allah

Stupéfiant : l’homme impliqué dans tant d’horreurs de la prétendue Guerre Sainte n’était lui-même rien moins que religieux. Lorsqu’en prison, au cours de ses interrogatoires on lui proposa de faire une pause pour prier, il répondit : « Je ne prie pas. Je n’aime pas prier. Je préfère l’alcool, surtout le vin et le whisky. »(15) À Antalya, à l’époque où selon ses dires il préparait un attentat contre un navire de croisière israélien, on l’a vu flemmasser au bord de la piscine du centre de vacances, boire de la bière et admirer les charmes d’une beauté aux longs cheveux. La police déclara qu’un tel comportement à l’étage suprême d’Al Qaïda était « troublant ».(17)

En présence de telles contradictions, rien d’étonnant à ce que le quotidien turc Zaman titre l’un de ses premiers articles après l’arrestation de Sakra : « Al Qaida : une opération de services secrets ? (18) Concernant le dossier de la police turque relatant les interrogatoires de Sakra, le journal écrit que la CIA avait offert à Sakra, avant le 9 septembre, puisque c’était en l’an 2000, un job et une importante somme d’argent. Cette année-là, les Usaméricains auraient eu deux entretiens avec lui. Suite à ces entretiens, la CIA lui offrit un poste. « Plus tard la Sécurité nationale syrienne l’a arrêté, interrogé et visiblement lui a offert un travail. Et les services secrets turcs l’auraient courtisé eux aussi dès 2000 sur demande des Usaméricains. » (18) »Sakra serait ainsi devenu un agent triple des services secrets » résume Zaman. Que Sakra ait été, au moins pour un temps, l’homme de Washington, a été confirmé indirectement par Tenet, le chef de la CIA alors en poste, comme nous l’avons déjà dit. Dans son livre publié en 2007 « At the Center of the Storm » il parle de la mise en garde pour le 11 septembre reçue le 10 et écrit qu’un « informateur que nous avons utilisé en commun avec un pays du Moyen-Orient a rencontré son chef étranger et lui a dit en substance « qu’il se préparait une grosse affaire. »(20) Le nom de l’informateur n’apparaît certes pas ici de manière explicite, mais les détails fournis par Tenet correspondent bien à la mise en garde de Sakra telle que la rapporte le Spiegel à la veille du massacre. Aucun autre agent travaillant AUSSI pour la CIA ne dit avoir informé avant le 11 septembre un gouvernement du Moyen-Orient de la catastrophe imminente.

Le rôle douteux du BND (Bundesnachrichtendienst, Services de renseignement allemands, NdT)

Sakra affirme avoir été en contact également avec le suspect du 11 septembre, Mohammed Atta, de Hambourg - sans donner de détails toutefois. (21) Une chose est certaine : il a fait en Allemagne deux séjours assez longs. De septembre 2000 au 24 juillet 2001 il était inscrit comme demandeur d’asile sous le nom de « Louai Sakka » à Schramberg, une paisible petite ville de Forêt Noire. Il habitait au foyer d’accueil de Majolika avec sa femme, alors âgée de 18 ans, et leurs deux enfants. « Si le Syrien avait choisi le Sud de l’Allemagne, c’est sans doute parce qu’il avait fait en 1997 la connaissance de deux convertis, les frères Christian et Matthias K., deux jeunes Allemands passés à l’Islam et entichés de Tchétchénie et de moudjahidisme. Une entente parfaite régnait entre les deux familles : les deux Allemands ne tardèrent pas à épouser des sœurs de Sakra et à s’installer près de Schramberg. « (22) Il est possible qu’il ait eu des contacts avec les deux frères par l’intermédiaire du prédicateur de la Guerre Sainte Yehia Youssef, qui connaissait les deux frères depuis l’époque où il vivait à Fribourg. Lorsque Sakra arriva à Schramberg, Youssef, devenu un indicateur de la Protection de la Constitution (Verfassungsschutz, équivalent allemand des RG, NdR) en Bade-Wurttemberg était en train de déménager à Ulm, où se créa par la suite l’un des centres du fondamentalisme violent.

De fin juillet à début octobre 2001 - donc juste avant et juste après le 11 septembre- on ne trouve pas trace de Sakra en Allemagne. Et puis le revoilà. Cette fois-ci il atterrit à Holzgerlingen, une petite ville près de Stuttgart. Et là la police criminelle fédérale (BKA) le prend dans son collimateur. « À la fin de l’année 2001, Sakra, c’est une grosse prise pour les enquêteurs allemands » résume Panorama, le magazine d’ARD ( le plus gros multimédia audiovisuel allemand, NdT) .(23) « Il avait pu contribuer à découvrir, voire détruire les cellules d’Al Qaïda encore présentes sur notre sol ; il avait pu contribuer à empêcher d’autres attentats », a dit à Panorama un fonctionnaire de police. Mais la PJ ne parvient pas à se saisir de Sakra, qui s’enfuit toujours à temps, visiblement avec l’aide du BND. « Le grave soupçon des fonctionnaires de la PJ, selon un document interne : les Services secrets, la BND, se sont aussi intéressés à Sakra. À la suite de quoi ils auraient empêché toute mesure policière à l’encontre du terroriste. Et ramené Sakra en Syrie. » (24) Le BND opposa un énergique démenti.

Après l’arrestation de Sakra en août 2005 la Commission de contrôle parlementaire [Parlamentarisches Kontrollgremium,PKG, nouveau nom donné en 1999 à la commission du Bundestag chargée de superviser l’activité des services de renseignement, dont le nom, datant de 1978, s’abrégeait en PKK, ce qui faisait mauvais genre, le PKK étant un parti kurde considéré comme terroriste, NdR] se pencha sur cette affaire, interrogea des chargés de mission du gouvernement fédéral ainsi que des membres des Services secrets et examina les dossiers internes. À l’issue du processus, la commission, composée de représentants de tous les partis déclara à l’unanimité que « Les accusations portées contre le BND sont, d’après les constatations de la Commission de contrôle, dépourvues de tout fondement ».(25) Toutefois des doutes persistent, car le PKG a été régulièrement induit en erreur par le gouvernement au cours des dernières années, précisément en ce qui concerne la coopération germano-usaméricaine dans la lutte contre le terrorisme. En outre deux députés particulièrement doués pour l’investigation, Max Stadler (FDP, libéraux) et Wolfgang Neskovic (Die Linke, la Gauche), qui devaient dévoiler plusieurs cas de dissimulation au cours de la législature suivante, ne faisaient pas encore partie de la commission. Hans-Christian Ströbele, le troisième empêcheur de tourner en rond [avocat, député des Verts, NdR], ne se souvient absolument pas de la séance de la Commission relative au cas de Sakra. N’a pas non plus été tiré au clair par le PKG un autre grave soupçon concernant Sakra. Ce dernier, durant sa détention en Turquie, aurait été approché par deux hommes de langue anglaise qui lui auraient offert 10 millions de dollars pour désigner Asif Chaoukat, le chef des Services secrets syriens, comme le commanditaire du meurtre du Premier ministre libanais Rafik Hariri en 2005. S’il acceptait, le Procureur général allemand Detlev Mehli, chargé par l’ONU de l’enquête sur le meurtre de Hariri, lui rendrait visite en prison et « il aurait la vie sauve. » (26)

L’homme aux multiples visages

Les déclarations faites par Sakra à Zaman et au Times sont-elles exactes ? On n’en sera sans doute jamais tout à fait sûr. En effet, personne ne sait si l’homme ne qui a comparu devant le tribunal et se trouve actuellement en prison est bien celui qu’on cherchait. Lors de son arrestation à Antalya il était déjà différent de celui qui figurait sur les avis de recherche après l’attentat d’Istanbul- il avait subi une opération de chirurgie du visage. (27). Plus tard, au début du procès, en mars 2006, il avait à nouveau changé d’aspect ; il avait pris du poids et portait une barbe. Le Washington Post déclare : « Plus de 20 journalistes présents ne sont pas parvenus à reconnaître Sakra à son entrée dans la salle ; même son propre avocat met en doute la prétendueidentité de son mandant. » (28)

Notes


1 Ingo Bierschwale: Blankes Entsetzen nach dem Blutbad, Stem Online, 20.11.2003.


2 Cf. Ingo Bierschwale


3 Dominik Cziesche (et al.): Aladin aus dem Schwarzwald, Spiegel, 15.8.2005.


4 Karl Vick: A Bomb Builder, >Out of the Shadows<, Washington Post, 20.2.2006.


5 dpa: Turkei erlässt Haftbefehl gegen Syrer, Berliner Morgenpost, 12.8.2005.


6 Chris Gourlay/Jonathan Calvert: Al Kaida kingpin: I trained 9/11 hijqckers, Sunday Times, 25.11.2007.


7 Cf. Chris Gourlay /Jonathan Calvert.


8 Cf. Chris Gourlay/Jonathan Calvert.


9 Cf. Chris Gourlay/Jonathan Calvert.


lO Ercan Gun: Al-Qaeâa, A Secret Service Operation?, Zaman, 14.8.2005.


11 Ercan Gun: Interesting Confessions: IProvided 9/11 Attackers with Passports, Zaman, 14.8.2005.


12 Cf. Chris Gourlay/Jonathan Calvert.


13 9/11 Commission, version anglaise,p. 233.


14 Cf. Dominik Cziesche/et al.


15 Cf. Ercan Gun, Note 11.


16 Cf. Karl Vick.


17 Cf. Ercan Gun, Note 11.


18 Cf. Ercan Gun, Note 10.


19 Cf. Ercan Gun, Note 10.


20 George Tenet: At the Center of the Storm. My Years at the CIA, New York 2007, S. 160.


21 Cf. Ercan Gun, Note 11.


22 Cf. Dominik Cziesche /et al.


23 Thomas Bernât, Ahmet Senyurt: Sakra - Fluchthilfe fur einen Terroristen?, ARD-Panorama, 27.10.2005.


24 Cf. Thomas Berndt, Ahmet Senyurt.


25 Communiqué du Bundestag, Vorwürfe von »Panorama« ge­genüber BND nicht bestätigt, 30.11.2005.


26 Nick Brauns: Komplott aufgeflogen, junge welt, 15.11.2005; Sakra avait décrit l’épisode dans une lettre au quotidien arabe Al Hayat.


27 Cf. Karl Vick.


28 Karl Vick: Suspect in Al-Qaeda Bombings Disrupts Trial in Turkey, WP, 21.3.2006.