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lundi 14 mars 2016

Putsch im Luxushotel: Libysche »Einheitsregierung« inthronisiert
Putsch depuis des hôtels de luxe : le "gouvernement d'union nationale" libyen intronisé

Knut Mellenthin
Putsch im Luxushotel: Libysche »Einheitsregierung« inthronisiert
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Martin Kobler et Khalifa Haftar


 


vendredi 28 décembre 2012

Discours de Roger Waters sur la Palestine à l'AG de l'ONU

Le 29 novembre, Roger Waters (Pink Floyd) s'est adressé à l'Assemblée générale des Nations Unies à New York pour exposer les conclusions du 4ème Tribunal Russell sur la Palestine

  
Monsieur le Président, vos Excellences, Mesdames et Messieurs
Je vous suis très reconnaissant de me recevoir en ce moment de solidarité et de crise. Je suis musicien, pas diplomate, aussi je ne vais pas gaspiller cette précieuse occasion avec des subtilités de protocoles. Cependant, j’ai pensé que vous deviez tous, dans une certaine mesure, être las à force d’écouter, aussi alors que j’étais là, assis à écouter, j’ai revu mon discours, assez long, pour en faire un discours plus court, toutefois je crois que le texte intégral sera disponible pour tous ceux qui seront intéressés, à la fin de cette réunion.
Je me présente devant vous en tant que représentant du quatrième Tribunal Russel sur la Palestine, et à ce titre, je représente la société civile du monde. En guise de préambule, je me dois de vous dire que mon intervention ici, aujourd’hui, n’est ni personnelle ni guidée par des préjugés ou la vindicte, je voudrais seulement jeter quelque lumière sur la situation difficile d’un peuple assiégé. Le Tribunal Russel sur la Palestine a été créé pour faire cette lumière, pour demander des comptes sur les violations du droit international et sur le manque de détermination des Nations Unies qui empêchent le peuple palestinien de réaliser ses droits inaliénables, particulièrement celui à son autodétermination. Ce qui surtout nous a poussés à nous réunir, c’est l’incapacité inquiétante de la communauté internationale à appliquer et faire respecter la décision de la Cour de Justice internationale de 2004, inscrite dans son avis consultatif sur le Mur israélien, et comme demandé par les Nations Unies.
Nous nous sommes réunis ici, à New York, il y a six semaines, les 6 et 7 octobre, après avoir envoyé des invitations à toutes les parties intéressées. Après avoir écouté le témoignage exhaustif de nombreux témoins experts, et après une délibération approfondie, nous sommes arrivés aux conclusions suivantes.
Nous avons constaté que l’État d’Israël est coupable d’un certain nombre de crimes internationaux.
1 – Celui d’apartheid. La Convention internationale de l’ONU sur l’élimination et la répression du crime d’apartheid définit ce crime comme les actes inhumains d’un gouvernement, « commis dans le but d’instituer ou d’entretenir la domination d’un groupe racial d’êtres humains sur n’importe quel autre groupe racial d’êtres humains et d’opprimer systématiquement celui-ci  ». Comme vous le savez tous, les actes prohibés incluent les arrestations arbitraires, les mesures législatives qui discriminent dans les domaines politiques, sociaux, économiques et culturels ; les mesures qui divisent la population sur des critères raciaux, et la persécution de ceux qui s’opposent au système d’apartheid. Comme vous le savez, cette conclusion du tribunal a été approuvée plus tôt cette année par le Comité de l’élimination de la discrimination raciale à Genève, à la suite de la soumission des propositions du Tribunal, tant orales qu’écrites.
2 – Celui de nettoyage ethnique. Dans ce cas, ce crime inclut l’éviction systématique, par la force, d’une grande partie de la population palestinienne native depuis 1947-48.
3 – Celui de punition collective d’une population civile, explicitement prohibée par la Quatrième Convention de Genève en son article 33. Israël a failli à son obligation, en tant que puissance occupante des Territoires palestiniens occupés, incluant la Cisjordanie, la bande de Gaza et Jérusalem-Est. Ses violations les plus graves ont lieu actuellement à Gaza avec le blocus et l’enfermement de fait de toute la population, elles ont eu lieu avec les massacres aveugles de Palestiniens durant l’offensive israélienne « Opération Plomb durci » en 2008/2009, et récemment, la dévastation par la plus récente des agressions, ironiquement baptisée, « Opération Pilier de la défense ».
Au moment où je vous parle, je peux percevoir la réprobation, dans les propos des gouvernements et des médias, débitant ce mantra bien connu des apologistes, mais « c’est le Hamas qui a commencé avec ses attaques à la roquette, Israël ne fait que se défendre  ».
Examinons cet argument. Est-ce le Hamas qui « l’ » a commencé ? Quand « l’ » a-t-il commencé ? La façon dont nous comprenons les faits dépend du moment où nous faisons partir le chrono. Si nous démarrons le chrono au moment où les roquettes sont tirées depuis Gaza sur Israël, un certain après-midi, c’est une version. Si nous démarrons le chrono, plus tôt le matin du même jour, quand un garçon palestinien de 13 ans, a été abattu par des soldats israéliens alors qu’il jouait au football sur un terrain à Gaza, alors l’histoire commence à paraitre un peu différente. Et si on remonte plus loin encore, nous voyons que depuis l’ « Opération Plomb durci », d’après l’organisation israélienne des droits de l’homme, B’Tselem, 271 Palestiniens ont été tués par les bombes, roquettes, drones et avions israéliens, et que dans la même période, pas un seul Israélien n’a été tué. On peut savoir « qui » a commencé, en 1967, avec l’occupation de Gaza et de la Cisjordanie. L’histoire nous enseigne que l’invasion et l’occupation d’une terre et l’asservissement de sa population provoquent presque toujours une résistance. Demandez aux Français ou aux Hollandais, ou aux Polonais, ou aux Tchèques, la liste est longue.
Cette crise à Gaza est une crise ancrée dans l’occupation.
Israël et ses alliés soutiennent que Gaza n’est plus occupée. Vraiment ? Le retrait des soldats et des colons en 2005 a changé la nature, pas l’existence, de l’occupation. Israël contrôle toujours l’espace aérien de Gaza, ses eaux côtières, ses frontières, son territoire, son économie et la vie de Gaza. Gaza est toujours occupée. La population de Gaza, un million six cent mille Palestiniens dont la moitié sont des enfants de moins de 16 ans, vit dans une prison à ciel ouvert. C’est la réalité qui sous-tend la crise actuelle. Et jusqu’à ce que nous, ce qui veut dire vous aussi, Excellences, vous les gouvernements, et vous l’Assemblée générale, jusqu’à ce que nous prenions la responsabilité de mettre fin à l’occupation, nous ne pouvons même pas espérer que la crise actuelle s’achève. En octobre, les jurés de la dernière séance du Tribunal Russel se sont adressés à ce Comité, il nous a été assuré que nos représentations et rapports seraient portés au niveau de l’Assemblée générale pour le débat général. Si tout se passe bien aujourd’hui, nous pouvons espérer que vous répondrez, Excellences, à cette assurance.
Je me suis écarté brièvement de mon propos, permettez-moi de revenir aux violations israéliennes, que le Tribunal Russel a relevées.
4 – De la violation de l’interdiction de colonies stipulée dans la Quatrième Convention de Genève, particulièrement en son article 49. Les colonies, TOUTES les colonies, ne sont pas simplement qu’un obstacle à la paix, elles sont illégales. Quelle que soit la période. Point. Toutes. Vous, à l’Assemblée générale, et même au Conseil de Sécurité, vous les avez tout au long des années qualifiées d’illégales. Et pourtant elles sont là, une réalité quotidienne où maintenant plus de 600 000 colons israéliens, en Cisjordanie et à Jérusalem-Est occupée, violent le droit, tous les matins, simplement en se réveillant, parce que leurs maisons se trouvent sur une terre illégalement expropriée. Il ne suffit pas d’appeler, comme le font certains gouvernements, à mettre fin à l’expansion des colonies ; si nous voulons vivre dans le respect de la loi, c’est à l’entreprise coloniale tout entière qu’il doit être mis fin.
5 – Du crime d’utilisation d’armes illégales. Au cours de l’opération Plomb durci d’Israël il y a quatre ans, des organisations internationales des droits de l’homme ont documenté sur l’utilisation par Tel Aviv de phosphore blanc dans ses agressions contre Gaza. Human Rights Watch constate, et je cite, « Les tirs répétés d’Israël d’obus au phosphore blanc sur des zones densément habitées de Gaza durant sa récente campagne militaire étaient indiscriminés et constituent une preuve de crimes de guerre ». Le phosphore blanc dégage plus de 1500 degrés Fahrenheit. Imaginez ce qui se passe lorsqu’il entre en contact avec la peau d’un enfant. Humain Rights Watch a demandé que les «  commandants au plus haut niveau » d’Israël en soient tenus pour responsables. Mais jusqu’à présent, aucun n’en a été accusé. Aucun gouvernement, ni même vous, Assemblée générale des Nations Unies, n’a tenté de tenir ces commandants israéliens pour responsables. Nous entendons beaucoup dire que les Nations Unies sont engagées dans « la responsabilité à protéger » les populations vulnérables. Cette « responsabilité à protéger » des Nations Unies ne doit-elle pas s’étendre à cette population la plus vulnérable, les Palestiniens, emprisonnés dans une prison surpeuplée, assiégée, à ciel ouvert ?
Il y a bien d’autres violations, vos Excellences, mais vous le savez. Vos résolutions tracent l’histoire des violations israéliennes. Vous regrettez, vous déplorez, vous condamnez même ces violations. Mais quand vos résolutions ont-elles été mises en application ? Il ne suffit pas de déplorer et de condamner. Ce dont nous avons besoin, venant des Nations Unies – de vous, Excellences, de vos gouvernements et de l’Assemblée générale dans laquelle vous siégez – c’est que vous preniez sérieusement votre responsabilité à protéger les Palestiniens qui vivent sous l’occupation et qui sont confrontés chaque jour à la violation de leurs droits inaliénables à l’autodétermination et à l’égalité.
Notre volonté, à « nous, peuples de ces Nations Unies », c’est que tous nos frères et sœurs doivent être libres de vivre dans l’autodétermination, que les opprimés doivent être libérés de leur fardeau, qu’ils puissent avoir recours à la loi, et qu’il soit exigé des oppresseurs de rendre des compte de par cette même loi.
En 1981, j’ai écrit une chanson qui s’appelle The Gunner’s Dream et qui a été diffusée sur un album des Pink Floyd, The Final Cut , la chanson prétend exprimer le rêve mourant d’un mitrailleur de la RAF alors qu’il chute vers sa mort avec son avion endommagé sur un coin de terre étrangère. Il rêve d’un avenir pour lequel il est en train de donner sa vie. Je cite :
Un endroit où vivre
Suffisamment à manger
Quelque part où les vieux héros traînent sans danger dans les rues
Où tu peux clamer haut et fort
Tes doutes et tes peurs
Et encore mieux, personne ne disparaît jamais
Tu n’entends jamais leurs sujets bateaux frapper à ta porte.
Tu peux te détendre des deux côtés de la piste
Et les maniaques ne tuent pas les membres d’un groupe par télécommande
Et tout le monde a recours à la loi
Et plus personne ne tue d’enfants,
Et plus personne ne tue d’enfants.
En 1982, et encore en 1983, l’Assemblée générale a voté des résolutions tenant Israël pour responsable de ses violations. Ces résolutions appelaient à un embargo total sur les armes à Israël et à la cessation de l’aide militaire et du commerce avec Israël. Ces résolutions n’ont jamais été appliquées. Nous ne nous attendions pas à ce que les États-Unis, ou mon propre gouvernement, je suis du Royaume-Uni soit dit en passant, mettent en œuvre ces résolutions de l’AG ; les USA donnent à Israël 4,1 milliards de dollars chaque année pour renforcer une armée déjà pléthorique. Selon le FMI, Israël est le 26e pays le plus riche au monde, et Israël est le seul État doté d’armes nucléaires au Moyen-Orient ; pourquoi des gouvernements doivent-ils lui donner de l’argent pour d’autres d’armes. Ça me dépasse. Mais qu’ils le fassent ne libèrent pas les autres gouvernements de leurs obligations d’appliquer ces résolutions sur les embargos sur les armes.
Jamais un tel embargo n’a été imposé. Alors, c’est la société civile qui a pris les devants. Suite à l’appel de la société civile palestinienne de 2005, des mouvements sociaux, des militants, et de plus en plus d’institutions religieuses, et même certaines autorités gouvernementales locales à travers le monde, ont créé la Campagne pour le Boycott, le Désinvestissement et les Sanctions. Cette campagne vise, comme beaucoup d’entre vous le savent, à effectuer une pression économique non violente sur Israël pour l’obliger à mettre fin à ses violations, fin à l’occupation et à l’apartheid, fin à son déni du droit au retour des Palestiniens, et fin à la situation des Palestiniens d’Israël, obligés de vivre comme des citoyens de seconde zone, discriminés sur des critères raciaux et soumis à des lois différentes de celles de leurs compatriotes juifs. Le mouvement BDS gagne du terrain et à grands pas. Juste la semaine dernière, j’ai eu le plaisir d’adresser une lettre de soutien au gouvernement des étudiants de l’université de Californie, à Irvine, pour les féliciter d’avoir exigé de leur université qu’elle se désinvestisse des sociétés qui tirent profit de l’occupation israélienne. De plus, l’été dernier, je suis allé à Pittsburg pour assister à l’assemblée générale des Églises presbytériennes des États-Unis, laquelle assemblée a voté une résolution de désinvestissements de chez Motorola, Caterpillar et Hewlet Packard, ce qui aurait été impensable il y a dix ans. Pour citer le grand Bob Dylan, « les temps changent ».
Revenons à aujourd’hui.
Vous, les membres de l’Assemblée générale, vous allez avoir bientôt l’occasion de voter pour élever le statut de la Palestine à l’ONU à celui d’État non membre.
Bien que n’accordant pas une adhésion pleine et entière à l’ONU, cela permettra la reconnaissance par l’ONU de la Palestine en tant qu’État, qui aurait alors le droit de signer des traités ; et, fait décisif, notamment le Traité de Rome en tant que signataire de la Cour pénale internationale.
Il s’agit là d’une occasion capitale, qui s’est préparée ici depuis treize mois. C’est l’un des rares cas où vous, Excellences, pouvez changer le cours et l’image de l’histoire et, en même temps, conforter l’un des principes fondateurs des Nations Unies, le droit à l’autodétermination. La candidature inclut implicitement les frontières d’avant 1967, l’intégrité de Jérusalem-Est, une Gaza autonome et la diaspora des réfugiés.
Elle est capitale parce qu’il y a déjà plus de 132 membres qui ont reconnu la Palestine en tant qu’État et que d’autres membres se dévoilent de jour en jour. Et, maintenant, juste cette semaine, le Hamas lui apporte son soutien.
Je vous invite à considérer deux points. Tout d’abord, je vous prie de résister aux pressions que de puissants gouvernements exerceraient sur vous afin de faire échouer ou reporter cette question ; malheureusement, ce lieu vénéré où nous sommes a une histoire de coercition. Aucun gouvernement, riche ou puissant, ne devrait être autorisé à utiliser son poids financier ou militaire pour mettre de côté la politique des Nations Unies en achetant d’autres États, sur cette question comme sur toute autre question.
Deuxièmement, ne pas prendre le vote pour un statut d’État comme le dernier respect de vos obligations ; la responsabilité de l’Assemblée générale dépasse de loin les technicités des Nations Unies, elle doit inclure une protection véritable pour les Palestiniens sous occupation et une réelle responsabilisation pour les violations du droit. Vous avez des pouvoirs dont vous ne vous servez pas. Vous ne devez pas à vous en remettre au Conseil de Sécurité ou à l’attendre.
Dans quelques mois, nous allons commémorer le dixième anniversaire de la mort de Rachel Corrie, cette jeune militante tuée (le 16 mars 2003 - ndp) par un soldat israélien aux commandes d’un bulldozer blindé de chez Caterpillar, alors qu’elle essayait de protéger la maison d’un pharmacien palestinien et sa famille à Rafah, à la frontière de Gaza. Les militants internationaux comme Rachel Corrie, Tom Hurndall et James Miller ont pris des risques, ils l’ont fait, et eux, avec leurs familles, en ont payé et en paient le prix suprême, et ce, parce que la communauté internationale – vos gouvernements et les Nations Unies elles-mêmes – a failli dans la protection de la population palestinienne vulnérable vivant sous cette occupation prolongée. Nous sommes fiers, même si les larmes nous brûlent les yeux, de l’action de ces jeunes militants et profondément émus par leur sacrifice. Mais nous sommes en colère aussi, de voir nos gouvernements et nos institutions internationales, dont votre Assemblée générale, être incapables d’assurer une protection, ce qui rend nécessaires les sacrifices comme celui de Rachel Corrie. N’oublions pas non plus les milliers de courageux Palestiniens anonymes et leurs frères et sœurs d’armes israéliens (ceux du boycott de l’intérieur) qui manifestent dans la non-violence chaque semaine pour le simple droit à une vie humaine ordinaire. Le droit de vivre dans la dignité et la paix, d’élever leurs familles, de labourer leurs terres, de construire une société juste, de voyager à l’étranger, d’être libéré de toute occupation, d’aspirer aux buts de tout un chacun, tout comme nous tous.
En parlant de nous justement, je vis ici, dans la ville de New York. Nous formons un groupe quelque peu paroissial, nous les New-Yorkais, dans une large mesure coupés par la propagande et le privilège des réalités de la situation désespérée des Palestiniens. Peu d’entre nous comprennent que le gouvernement des États-Unis d’Amérique, en particulier avec son droit de veto au Conseil de Sécurité, protègent Israël de la condamnation de la société civile mondiale que j’ai l’honneur de représenter ici aujourd’hui.
Même pendant que les bombes pleuvaient sur les un million six cent mille personnes de la bande de Gaza, le Président des États-Unis d’Amérique réaffirmait sa position en disant, « Israël a le droit de se défendre ».
Nous connaissons tous la portée et la puissance de la capacité militaire d’Israël et les effets meurtriers de ses actions. Alors, qu’a donc voulu dire le Président Obama ? A-t-il voulu dire qu’Israël a le droit d’occuper indéfiniment toute la région, qu’Israël a le droit d’expulser par la force les populations des territoires qu’il occupe, maison par maison, village par village ? A-t-il voulu dire que dans ce cas précis, Israël a le droit de mener des campagnes de nettoyage ethnique et d’apartheid, et que les U.S.A. protégeront le droit d’Israël à faire ainsi ? A-t-il voulu dire qu’Israël a le droit de construire des routes en territoire occupé, protégées par des barbelés, des murs en béton, des caméras de vidéo-surveillance et des mitrailleuses pour protéger les résidents des colonies juives et eux seuls ? A-t-il voulu dire que les bombardements aveugles et meurtriers, utilisant notamment le phosphore blanc, sur la population civile de Gaza, par une force militaire d’une supériorité écrasante, se justifiaient par des motifs de défense ?
Les Palestiniens sont un peuple antique, intelligent, cultivé, hospitalier et généreux. Et naturellement, ils ont la fierté, et ils résisteront à l’occupation de leur terre et défendront leurs épouses et enfants, et leurs biens au mieux de leurs moyens. Qui ne le voudrait pas ? Vous le voudriez, vous ? Et moi, le voudrais-je ? Le Président Obama le voudrait-il ? On ose l’espérer. Ce serait son devoir. Imaginez le district de Washington, emmuré, devenu une prison et surtout un tas de décombres sous les attaques répétées. Nul n’est autorisé à y entrer ou à en sortir. Des coupures d’électricité incessantes, des canonnières étrangères sur le Potomac tuant les pêcheurs, des avions de combat lançant des frappes aériennes chirurgicales du haut de leur impunité, éliminant tout aussi bien des membres de la résistance que des femmes et des enfants.
Il y a plus d’une génération, l’Assemblée générale a voté la résolution 2625 qui traite du principe de l’égalité de droits des peuples et de leur droit à disposer d’eux-mêmes. Elle reconnait que quand un peuple est confronté « à toute mesure coercitive » qui les prive de ces droits, ils ont le droit « d’agir contre et de résister  » à un tel usage de la force. Si la communauté internationale n’assume pas sa «  responsabilité à protéger  », les Palestiniens doivent endosser eux-mêmes cette responsabilité.
Cela ne veut pas dire que je soutiens les tirs de missiles sur Israël. Par droit légal internationalement reconnu à la résistance, on entend l’attaque sur toute cible militaire engagée dans l’occupation illégale. Mais soyons clairs, nous croyons dans Le Droit comme indispensable et rendu de façon juste. Le lancement de roquettes non guidées sur Israël, où la plupart des cibles probablement seront des civils, n’est pas une forme légale de résistance.
De nombreux militants de la société civile, dont beaucoup de Palestiniens et Israéliens, sont engagés dans la résistance non violente. Le mouvement BDS, qui s’est propagé depuis la société civile palestinienne à des militants du monde entier, fait partie de cette résistance non violente et je le soutiens de tout cœur, mais précisons bien que la disparité des forces, la réalité de l’occupation et la réaction de l’occupé, sont la réalité à laquelle nous sommes confrontés, à moins que de trouver un recours dans le droit international et d’y assujettir toutes les parties. En attendant, permettez-moi de rappeler un peu la rhétorique, et de répondre à « Israël a le droit de se défendre » d’un point de vue juridique et historique.
Ex injuria jus non oritur
« Un droit légal ou un titre légal ne peuvent résulter d’une injustice ».
Si nous voulons nous opposer à toutes les formes de violence, tant par l’occupant que par la résistance violente de l’occupé, nous devons chercher à mettre fin aux causes profondes de la violence. Dans ce conflit, cela signifie mettre un terme à l’occupation, à la colonisation, au nettoyage ethnique par Israël et à son déni du droit à l’autodétermination comme des autres droits inaliénables du peuple palestinien de par la Charte des Nations Unies et les autres principes du droit international.
Ainsi pour l’avenir
Le Hamas, après avoir abandonné son exigence initiale de démantèlement d’Israël dans la perspective des élections, a été élu démocratiquement en janvier 2006, dans des élections jugées libres et honnêtes par les observateurs internationaux présents, et parmi eux, l’ancien Président des U.S.A., Jimmy Carter. Les dirigeants du Hamas ont fait connaître leur position maintes et maintes fois. Elle est la suivante : le Hamas est ouvert à une paix permanente avec Israël s’il y a un retrait total sur les frontières de 1967 (22 % de la Palestine historique), accord à confirmer par un référendum auprès de tous les Palestiniens vivant sous l’occupation. Je sais bien que vous tous, vous savez cela, mais là où je vis, ils ne le savent pas, ils ne savent pas ce qu’est la position du Hamas. Alors, je suis en train de leur dire.
Monsieur le Président, Excellences, amis. Nous sommes tous ici pour la même raison. Nous sommes tous attachés aux droits humains, au droit international, au caractère central des Nations-Unis et à l’égalité pour tous, y compris pour les Palestiniens. Nous participons tous à cette réunion du 29 novembre qui marque la Journée internationale de la solidarité de l’ONU avec le peuple palestinien.
Mais il me semble à moi, que notre commémoration d’aujourd’hui ne peut suffire.
Alors que faire d’autre ? Le champ de bataille est ici, au siège des Nations Unies, et en même temps en plein milieu de New York, avec l’accès aux médias. La bataille est sur deux fronts :
1 – Continuer le travail d’information de la population américaine sur la réalité du conflit israélo-palestinien, et plus spécialement sur le rôle de son gouvernement, pays d’accueil des Nations Unies, qui utilise les impôts des contribuables pour financer et rendre possibles les violations d’Israël. Pour lui rappeler les milliards de dollars d’aides militaires annuelles, la protection absolue d’Israël aux Nations Unies, à la Cour pénale internationale et ailleurs pour assurer son impunité dans ses crimes de guerre et ses possibles crimes contre l’humanité, pour bien faire comprendre au « peuple des États-Unis d’Amérique » que ces attachements contestables restent la pièce centrale de la politique de son gouvernement au Moyen-Orient.
2 – Tout aussi important, nous devons traiter, au bout du compte, d’une sérieuse réforme des Nations Unies Les Nations Unies doivent s’engager dans une nouvelle démocratie. Le droit de veto doit être repensé, ou alors les Nations Unies vont disparaître. L’utilisation du veto comme outil stratégique par l’un ou l’autre des membres permanents du Conseil de Sécurité est maintenant dépassé. Le droit de veto détenu simplement par cinq nations tourne en dérision la prétention de démocratie, de l’idée que « la volonté des peuples » est représentée ici. Le système est trop ouvert aux abus. La protection générale accordée à Israël par l’utilisation états-unienne du droit de veto, est un cas de ce type d’abus. Par exemple, en 1973, cela a bloqué une résolution réaffirmant les droits de Palestiniens et exigeant le retrait des territoires occupés, et une autre en 1976, appelant au droit à l’autodétermination pour les Palestiniens et encore deux en 1997, appelant à la cessation des constructions dans les colonies de Jérusalem-Est et les autres territoires occupés. Et il y en a beaucoup d’autres.
Je vous exhorte, vous, Assemblée générale, à agir collectivement pour arracher le retour du pouvoir au peuple afin d’aider à progresser vers un organisme plus démocratique, à mieux être en mesure de répondre aux hautes aspirations de cette grande institution, à mieux représenter la volonté des peuples de ces grandes Nations Unies.
Vous, Assemblée générale, vous représentez la composante la plus large, la plus démocratique des Nations Unies. Ni les États-Unis, ni la Chine, ni la France, ni la Russie et ni le Royaume-Uni n’ont de droit de veto ici. Ce qu’il faut, c’est la volonté politique. Vous pouvez prendre les décisions, et décider des actions, celles que le Conseil de Sécurité ne peut pas, ou ne veut pas prendre et décider. La Charte des Nations Unies commence par ces mots, « Nous, peuples des nations unies ». Et non par, « Nous, gouvernements ». Je vous exhorte, au nom des peuples de vos pays, au nom des peuples de tous les pays, en fait au nom de tous les peuples de cette terre, de notre terre commune, je vous exhorte à agir.
Saisissez-vous de ce moment historique.
Soutenez le vote d’aujourd’hui pour le statut amélioré d’État observateur palestinien en tant qu’étape vers une adhésion pleine et entière. Et affirmez que le maintien d’Israël comme membre des Nations Unies dépend de la réforme de son régime illégal d’apartheid.
Je vous remercie
Traduction JPP, Info-Palestine

dimanche 25 novembre 2012

Le dernier voyage d'Abou Mazette

Avant de s'envoler pour New York où il va mendier à l'ONU le statut d'Etat observateur pour son "Autorité" fantôme d'un Etat-croupion, le sinistre Abou Mazette a péniblement rassemblé quelques centaines de supporters portant autant de posters du chef pour se faire acclamer. Il a déclaré : "Nous allons à l'ONU totalement confiants dans notre démarche. Nous aurons nos droits parce que vous nous soutenez". Lamentable. Les photos cruelles de Fadi Arouri pour l'agence chinoise Xinhua en disent plus long sur le pantin Abbas que bien des discours.










vendredi 28 septembre 2012

La pitrerie de Bibi en mondovision

Souvenez-vous: c'était le Le 5 février 2003, devant le Conseil de Sécurité de l'ONU. Colin Powell  projetait en mondivision sur grand écran les "preuves" sur l'existence d'armes de destruction massive en Irak. Preuves qui devaient s'avérer être des mensonges. Le bon général, après avoir demandé des explications à la CIA, qui l'aurait manipulé (sic...), a disparu des écrans du monde et sera rapidement oublié.

Comparez maintenant la performance de Powell, qui, au moins, avait de la gueule, avec la grotesque pitrerie de Bibi, qui a confondu l'Assemblée générale des Nations unies, censée représenter l'ensemble de l'espèce humaine, avec une salle de classe d'école maternelle sioniste. Illustration éclatante du mépris qu'ont les sionistes pour l'humanité.

Une telle pitrerie a de quoi rendre sympathique le petit Mahmoud, qui est vraiment d'un autre calibre.




jeudi 21 juin 2012

Rio+20 : Quand l’économie et le capitalisme se peignent en vert


Esther Vivas إستر فيفاس

Le vert fait vendre. De la « révolution verte » en passant par la « technologie verte » et la « croissance verte » aux « pousses vertes », censées nous faire sortir de la crise. Dernière trouvaille en date ; l’« économie verte ». Une économie qui, contrairement à ce que son nom indique, n’a rien de « vert », mis à part la couleur des dollars qu’espèrent gagner ceux-là même qui en font la promotion.
Il faut dire que la nouvelle offensive du capitalisme global, visant à privatiser et à transformer massivement en marchandises les biens communs, trouve dans l’économie verte sa plus haute expression. Dans un contexte de crise économique comme celui d’aujourd’hui, il s’agit précisément d’une des stratégies du capital pour récupérer des taux de profits élevés, en privatisant les écosystèmes et en transformant le « vivant » en marchandise.
 
L’économie verte constituera, justement, le thème central à l’agenda du prochain Sommet des Nations Unies sur le Développement Durable, Rio+20. Il aura lieu du 20 au 22 juin à Rio de Janeiro, vingt ans après le Sommet de la Terre de l’ONU qui s’était déroulé en 1992 dans cette même ville.
 
Deux décennies plus tard, où en sommes-nous ? Que sont devenus des concepts tel que le «développement durable », qui est accolé à ce sommet ? Où en est la ratification de la Convention sur le Changement Climatique qui avait jeté les bases du Protocole de Kyoto ? Ou encore la Convention sur la Diversité Biologique qui fut élaborée à l’époque ? Ce ne sont plus que des chiffons de papier, ni plus ni moins. La situation aujourd’hui est pire qu’à l’époque.


Un participant au Sommet des Peuples pour la Justice sociale et environnementale en défense des biens communs, qui se tient parallèlement au sommet officiel, Rio de Janeiro, 15 juin 2012. Photo Silvia Izquierdo/AP
 
Au cours de toutes ces années, non seulement on n’est pas parvenus à freiner le changement climatique, la perte de biodiversité, la déforestation, etc., mais ces processus n’ont fait, au contraire, que s’aggraver et s’intensifier. Nous assistons ainsi à une crise écologique sans précédent qui menace l’avenir de l’espèce humaine et de la vie sur cette planète. Une crise qui joue un rôle central dans la crise de civilisation que nous traversons.
 
Cette crise environnementale met en évidence l’incapacité du système capitaliste à nous sortir de l'impasse dans laquelle nous a conduit sa logique de croissance illimitée, de profit à court terme et de consumérisme compulsif. Cette incapacité à offrir une issue réelle, nous avons clairement pu la constater lors des échecs des sommets sur le climat à Copenhague (2009), Cancún (2010), Durban (2011), ou lors du sommet sur la biodiversité à Nagoya au Japon (2010). A chaque occasion ce sont des intérêts politiques et économiques particuliers qui se sont imposés sur les besoins collectifs de l’humanité et sur l’avenir de la planète.
 
Dans ces sommets, on a adopté des fausses solutions face au changement climatique ; des solutions technologiques comme le nucléaire et les agro-carburants, ou encore la capture et le stockage sous terre des émissions de CO2. Autant de mesures destinées à masquer les causes structurelles qui nous ont conduites à la crise écologique actuelle. Ces fausses solutions ne cherchent qu’à faire du profit avec cette crise et elles ne feront rien d’autre que l’aggraver.
 
Les liens étroits entre ceux qui possèdent le pouvoir politique et le pouvoir économique expliquent cette absence de volonté à adopter des réponses efficaces. Les politiques ne sont pas neutres. Une solution réelle implique un changement radical du mode de production, de distribution et de consommation actuel, une confrontation ouverte avec la logique productiviste du capital. Autrement dit : toucher au noyau dur du système capitaliste. Ceux qui détiennent le pouvoir politique et économique ne sont pas disposés à faire une telle chose car ils ne veulent pas « tuer la poule aux œufs d’or ».
 
Aujourd’hui, vingt ans plus tard, ils veulent nous vendre leur « économie verte » comme une solution à la crise économique et écologique. C’est un autre grand mensonge. L’économie verte ne cherche qu’à faire du profit avec la nature et avec la vie. Il s’agit d’un processus d’appropriation néo-colonial des ressources naturelles – du moins celles qui ne sont pas encore privatisées – afin de les transformer en marchandises que l’on achète et que l’on vend.
 
Ses promoteurs sont, précisément, ceux qui nous ont conduit à la situation de crise dans laquelle nous nous trouvons : les grandes entreprises multinationales, avec le soutien actif de gouvernements et d’institutions internationales. Ces mêmes compagnies qui monopolisent le marché de l’énergie (Exxon, BP, Chevron, Shell, Total), de l’agro-industrie (Unilever, Cargill, DuPont, Monsanto, Procter&Gamble), des pharmaceutiques (Roche, Merck), de la chimie (Dow, DuPont, BASF), sont les principales à impulser l’économie verte.
 
Nous assistons à une nouvelle attaque contre les biens communs et les perdants seront les 99% de notre planète. Et tout particulièrement les communautés indigènes et paysannes du Sud, celles qui protègent et vivent de ces écosystèmes. Elles seront expropriées et expulsées de leurs territoires au profit des entreprises multinationales qui veulent tirer profit de ces écosystèmes.
 
Le Sommet Rio+20 est destiné à garantir ce que l’on pourrait appeler « une nouvelle gouvernance environnementale internationale », qui consolide la marchandisation de la nature et permette un plus grand contrôle oligopolistique sur les ressources naturelles. En définitive, il s’agit de déblayer le terrain pour les entreprises multinationales afin qu’elles s’approprient les ressources naturelles en légitimant des pratiques de pillage et d’usurpation. La réponse est entre nos mains ; dire « non » et démasquer un capitalisme et une économie qui ne font que se peindre en vert.

jeudi 22 septembre 2011

Obama, l'État palestinien et la schizophrénie sioniste

par Gilad Atzmon, 20/9/2011. Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala


Ceux qui suivent la presse hébraïque et comprennent  l'État juif peuvent être quelque peu intrigués de découvrir que, alors que la presse en hébreu n’accorde que peu d'attention, lui donnant une place insignifiante, à la campagne actuelle des dirigeants actuels palestiniens en faveur de la reconnaissance de leur  État, les médias israéliens de langue anglaise sont saturés d’informations sur la perspective d'une résolution pro-palestinienne à l'ONU la semaine prochaine.
 
Si vous voulez comprendre ce décalage évident entre la presse juive en hébreu et en anglais prises, il reflète clairement une scission dans la psyché collective juive.
 
Je suppose que certains peuvent être surpris d'apprendre qu’ Israël et les Israéliens veulent réellement que l'initiative palestinienne aille de l'avant et soit couronnée de succès. Ils veulent un État palestinien, car c'est la seule solution qui permettrait de sauver “l'État  des seuls Juifs” d'un effondrement démographique.
 
De récents sondages en Israël prouvent que la majorité des Israéliens sont très excités au sujet de la «solution à deux États». Non seulement les Israéliens ne se sentent  pas menacée par l'idée d'un  État palestinien, mais ils l’aiment réellement, car cela permettrait d’installer leur réalité dans le cadre du droit international. Il faut aussi se rappeler que le parti Kadima, qui a remporté les deux dernières élections en Israël, a été et est encore attaché au «désengagement», une séparation claire entre les «Juifs» et les Palestiniens par le biais d’un retrait  unilatéral israélien. En d'autres termes, un  État palestinien atteint exactement le même  objectif :  il exonère les Israéliens de toute responsabilité quant aux territoires qu’ils ont autrefois occupés  et détruits. Il est évident que certains éléments en Israël s'opposent à l'initiative palestinienne à  l'ONU: Je suppose que le ministre des Affaires étrangères Avigdor Lieberman n'est pas trop heureux à ce sujet. Les colons de Cisjordanie peuvent également être très en colère, mais pour quelque raison, même eux sont relativement calmes ces jours-ci.
 
Et pourtant, le lobby juif dans le monde entier s'oppose totalement à l'initiative palestinienne à l'ONU: il s’en tient clairement à l’ image très simpliste d'un État juif expansionniste du «fleuve [le Jourdain, NdT] à la mer». Et à ce qu’ il semble, il ne va pas renoncer à son rêve de sitôt.
 
Ce que nous voyons ici en pratique, c’est une crise d'identité claire ou même un clivage schizophrénique entre les aspirations des sionistes israéliens et de  ceux de diaspora. Alors que les Israéliens sont en train de revenir à la vieille attitude du ghetto juif, préférant se serrer, rester ensemble et s'entourer de vastes et impénétrables murailles de béton, le discours de la diaspora juive sioniste récit est axé sur la confrontation, belliqueux, va-t-en guerre militant et expansionniste. Ils veulent  le tout, avec ou sans les Palestiniens.
 
Une fois encore, nous remarquons qu’Israël et le sionisme ont évolué en deux discours séparés et opposés. Alors qu'Israël cherche à maintenir son identité racialement orientée par une politique de ségrégation, le discours sioniste en diaspora continue d’insister sur une résolution de la question juive par les moyens d'un conflit sans fin.
 
Mais jetons un regard sur  l'Amérique; essayons de comprendre comment  l’ “unique superpuissance” mondiale traite ce dispositif judéocentrique schizophrène.
 
Le président Obama et son administration sont évidemment très confus. D'une part, ils sont soumis à certaines pressions incessantes infligées par le lobby juif. Le Lobby ne laisse pas une grande marge de manœuvre à l'administration US. Mais d'autre part, aussi bien l'administration US que le gouvernement israélien se rendent compte que, en ce qui concerne Israël et sa “sécurité”, l'initiative palestinienne à  l'ONU n'est pas une si mauvaise idée. De fait, Israël ne peut pas rêver mieux.
 
Il est clair maintenant que le président Obama ne va pas être sauvé par l'un des soi-disant "meilleurs amis de l'Amérique». Pour l'AIPAC [American Israel Public Affairs Committee] et le Lobby, Obama est un instrument. À ce jour le lobby a l’habitude de considérer les politiciens US comme des marionnettes serviles. Israël, d'autre part, ne va pas sauver l'Amérique non plus. Il est trop suspicieux vis-à-vis de l'administration US actuelle. Israël en a même carrément  assez de l'actuelle administration US. Il serait heureux de voir Obama battu.
 
En conséquence, l'administration US se dirige tout droit vers une humiliation inévitable à l'ONU. Elle aura à opposer son veto  à une décision votée par de nombreux alliés des USA. Ceci est clairement un désastre pour Obama. Et pourtant, un seul homme peut sauver l'Amérique de son destin funeste. Cet homme n'est autre que le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas. Seuls Abbas et l'Autorité palestinienne peuvent sauver la mise aux USA.
 
Mais le sens de tout cela est aussi très embarrassant. Cela signifie que le président palestinien Mahmoud Abbas (qui est une figure relativement faible dans la politique palestinienne tout comme dans la diplomatie internationale) est la seule personne qui peut sauver notre “unique superpuissance” mondiale d'un fiasco diplomatique.
 
Je n’arrive pas à décider si c'est drôle ou triste, mais laissez-moi vous dire que c’ est certainement volatile.
 
Le temps est sans aucun doute  venu pour les USA, la Grande-Bretagne et l’Occident de trouver la force de s'opposer au lobbying sioniste et au pouvoir de Jérusalem.

À l'Onu, ça sera l'enterrement de la "solution à deux Etats"

par  Ilan Pappé, 12/9/2011. Traduit par  Marcel Charbonnier
Original: Palestine: At the UN, the funeral of the two-state solution
Traductions disponibles : Português 
Nous allons tous être invités à l’enterrement de la solution à deux Etats si et lorsque l’Assemblée générale de l’Onu annoncera l’admission de la Palestine comme Etat membre.
Le soutien de l’immense majorité des membres de cette organisation ne ferait que compléter un cycle initié en 1967 qui a valu à la calamiteuse « solution à deux États » le soutien de tous les acteurs, puissants comme moins puissants, des arènes tant internationale que régionales.

La Palestine enterrera-t-elle une bonne fois pour toutes la « solution à deux Etats », à l’Onu ?
Photo
Mohamad Torokman/MaanImages
Même en Israël, ce soutien a fini par englober la droite, à l’instar de la gauche et du centre de l’éventail politique sioniste. Et pourtant, en dépit de ce soutien passé et à venir, tout le monde (en Palestine comme en dehors de la Palestine) semble reconnaître que l’occupation se poursuivra et que, même dans le meilleur des scénarios possibles, il y aura un grand Israël raciste à côté d’un bantoustan morcelé et inutile.
L’incertitude prendra fin en septembre ou en octobre, quand l’Autorité Palestinienne soumettra, comme elle prévoit de le faire, sa demande d’admission en qualité de membre à part entière de l’Onu et, cela, de deux manières.
Soit cela douloureux et violent, si Israël continue à jouir de l’impunité internationale et s’il continue à être autorisé à parachever par la pure force brutale son remodelage de la Palestine post-Oslo, soit cela se terminera d’une manière révolutionnaire et beaucoup plus pacifique par le remplacement des vieilles usines à gaz par de nouvelles réalités solides concernant la paix et la réconciliation en Palestine. Mais le premier scénario est peut-être une condition préalable malheureuse du second ? L’avenir nous le dira.
Un dictionnaire alternatif pour le sionisme
Autrefois, on enterrait les morts avec des (voire avec les) objets qu’ils aimaient. Les funérailles annoncées observeront probablement ce rituel. La chose la plus importante destinée à être mise en terre, ce sera le dictionnaire des illusions et des tromperies avec ses célèbres rubriques comme les soi-disant « processus de paix », « seule démocratie au Moyen-Orient », « pays amoureux de la paix », « parité et réciprocité » et autre « solution humaine au problème des réfugiés ».
Le dictionnaire de remplacement est en cours de rédaction depuis bien des années, il décrit le sionisme comme du colonialisme, Israël comme un pays d’apartheid et la Nakba comme une opération d’épuration ethnique. Il sera bien plus facile de faire en sorte que tout le monde s’en serve, après le mois de septembre.
Les cartes de la « solution » mort-née seront elles aussi pieusement déposées auprès du corps de la « solution à deux Etats » arrachée à notre affection (J). La cartographie qui a réduit la Palestine à un dixième de sa superficie historique et qui nous avait été présentée comme une carte pour la paix sera, espérons-le, oubliée à jamais.
Inutile de préparer une carte de remplacement : depuis 1967, la géographie du conflit n’a jamais changé, en réalité, tandis qu’elle ne cessait de se transformer en paroles verbales dans le discours des politiciens, des journalistes et des universitaires sionistes (qui continuent à jouir encore aujourd’hui d’un très large soutien international).
La Palestine a toujours été ce pays qui s’étend entre le Jourdain et la Méditerranée. C’est toujours le cas. Ses fortunes fluctuantes au cours du XIXème siècle expliquent qu’aujourd’hui une moitié de la population contrôle l’autre moitié au travers d’une matrice d’idéologies racistes et de politique d’apartheid.
La paix, ça n’est ni changement dans la démographie ni un remodelage de cartes ; c’est l’élimination de ces idéologies et de cette politique. Qui sait ? Cela sera peut-être plus facile à réaliser que cela n’avait encore jamais été le cas par le passé ?
La mise à nu du mouvement de protestation en Israël
L’enterrement mettra à nu le caractère fallacieux du mouvement actuel de protestation populaire en Israël, tout en soulignant ses potentialités positives. Depuis sept semaines, des juifs israéliens appartenant pour la plupart aux classes moyennes manifestent en masse contre la politique économique et sociale de leur gouvernement. Afin de conserver à ces manifestations de protestation toute leur ampleur, leurs leaders et leurs coordonnateurs n’osent faire mention de l’occupation, de la colonisation ou de l’apartheid. La source de tous les maux, clament-ils, serait la politique capitaliste brutale du gouvernement israélien.
Sur un certain plan, ils n’ont pas tort. Ces politiques ont fini par empêcher la race des seigneurs d’Israël de jouir pleinement et également des fruits de la colonisation et de la confiscation de la Palestine. Mais un partage plus équitable du butin ne garantirait en rien une vie normale ni pour les juifs ni pour les Palestiniens : seule la fin de la mise à sac et du pillage sera en mesure de le faire.
Toutefois, ces manifestants ont aussi montré leur scepticisme et leur incrédulité face à ce que leurs disent leurs médias et leurs hommes politiques au sujet de la réalité socio-économique. Cela pourrait ouvrir la voie vers une meilleure compréhension des mensonges dont ils ont été gavés depuis tant d’années au sujet du « conflit » et de leur « sécurité nationale ».
L’enterrement devrait nous redonner de l’énergie pour conserver la même répartition des tâches qu’auparavant : les Palestiniens doivent résoudre de toute urgence la question de leur représentation et les forces juives progressistes, dans le monde entier, doivent être recrutées plus intensivement pour la campagne BDS (boycott, désinvestissement et sanctions) et pour les autres campagnes de solidarité avec les Palestiniens.

L’Intifada s’invite aux Proms *
Récemment, l’interruption du concert donné par l’Israel Philharmonic Orchestra dans le cadre des prestigieux Proms de la BBC à Londres a choqué les gentils Israéliens bien plus que n’importe lequel des génocides dont leur propre histoire n’est pas avare.
Mais ce qui les a le plus estomaqués, comme en ont fait état les grands ténors du journalisme israélien qui étaient présents, c’est la présence de très nombreux juifs parmi les protestataires interrupteurs. Oui, vous avez bien lu : ces mêmes journalistes qui ne cessaient par le passé de qualifier les militants de la campagne de solidarité avec la Palestine et les militants de la campagne BDS de groupes terroristes et extrémistes de la pire espèce. Ce qui est terrible, c’est qu’ils croyaient ce qu’ils écrivaient ; alors mettons au crédit de la mini-Intifada du Royal Albert Hall le fait qu’elle les a au moins amenés à se poser des questions…
Faire entrer la solution à un seul Etat dans l’action politique
En Palestine-même, le temps est venu de faire entrer le discours sur l’Etat unique dans l’action politique, et sans doute, aussi, d’adopter le nouveau dico. La dépossession est partout, par conséquent, la repossession et la réconciliation devront se produire partout aussi.
Si la relation entre les juifs et les Palestiniens doit être reformulée sur une base juste et démocratique, personne ne peut accepter ni la vieille carte inhumée de la (soi-disant) « solution à deux Etats » ni sa logique de partition. Cela signifie aussi que la distinction sacrée qui était faite entre les colonies juives autour de Haïfa et les colonies juives autour de Naplouse doit être enterrée elle aussi.
La distinction à opérer doit être faite entre les juifs disposés à débattre d’une reformulation de cette relation, d’un changement de régime et d’un statut égalitaire et ceux qui ne sont pas disposés à le faire, sans aucune considération pour l’endroit où ils vivent actuellement. Un phénomène surprenant à signaler, à cet égard : si l’on étudie bien le tissu humain et politique de la Palestine historique en 2011, gouvernée comme elle l’est par le régime israélien, l’on constate une volonté de dialogue qui est parfois plus évidente au-delà de la frontière de 1967 qu’en-deçà.
Le dialogue, de l’intérieur, pour un changement de régime, la question de la représentation (des Palestiniens, ndt) et le mouvement BDS font tous partie intégrante d’un même effort visant à amener la justice et la paix en Palestine.
Ce que nous enterrerons – croisons les doigts – au mois de septembre était un des obstacles majeurs sur la voie de la réalisation de cette vision (politique).
* il s’agit des « concerts-promenades » créés par le chef d’orchestre Henry Wood et organisés, à Londres, par la BBC.

lundi 19 septembre 2011

La droite sioniste s’arme pour attaquer les Palestiniens


par Baby Siqueira Abrão Traduit par  Gabrielle Yriarte, édité par  Fausto Giudice, Tlaxcala

Original: A direita sionista se arma para atacar os palestinos
Les rapports des services secrets israéliens affirmaient, au début du mois d’août, que les manifestations prévues à Gaza et en Cisjordanie pour septembre (quand l’ONU votera la reconnaissance de l’État de Palestine) seraient pacifiques, et réalisées loin des colonies juives et des checkpoints. Un rapport parlementaire diffusé également début août, et s’appuyant sur les informations des agences de renseignement israéliennes, prévoyait une faible probabilité d’éruption de mouvements violents, ceux-ci étant considérés par les Palestiniens comme « contreproductifs » à leur cause.
Plus tard, certains officiers des Forces armées israéliennes tinrent en public un tout autre discours. Ils affirmèrent qu’une fois que l’État serait reconnu dans les frontières antérieures à juin 1967 et avec Jérusalem-Est pour capitale, des hordes de Palestiniens marcheraient sur les colonies pour récupérer les terres qui leur appartiennent. À noter que beaucoup de ces officiers sont des colons et parlent pour leur propre défense. Ils ne cachent pas qu’ils aimeraient attaquer des Palestiniens, comme on le verra plus loin.
Le 7 août, le ministre des Affaires Étrangères, Avigdor Lieberman s’est montré encore plus catégorique. À la Knesset, le Parlement israélien, entouré de reporters, il a annoncé un septembre « violent et sanglant, à une échelle encore jamais vue ». Les médias, dont le rôle est de traquer les nouvelles, se firent l’écho de déclarations telles que: « Plus l’Autorité Palestinienne dit qu’elle va œuvrer dans le champ démocratique, plus je vois, moi, de préparatifs de violence et d’effusion de sang. » Sans présenter la moindre preuve tangible de ses affirmations, Lieberman a demandé au gouvernement sioniste de couper ses relations avec l’Autorité Nationale Palestinienne (ANP).
Ce fut Tizahi Moshe, le porte-parole du ministre, qui se chargea d’expliquer que ce dernier avait tiré ces conclusions d’informations officielles et de déclarations « d’autorités palestiniennes ». Cependant, la seule déclaration sur laquelle il s’appuie est celle de Hassan Youssef, le leader du Hamas en Cisjordanie sur Canal 2, en cette même journée du 7 août. Interrogé au sujet de la probabilité pour que les manifestations de septembre dégénèrent dans la violence, il avait répondu que le peuple palestinien pourrait « exploser à tout moment », vu son haut niveau de frustration.
Cependant, cette analyse n’est pas fiable, et Lieberman le sait. Youssef n’est sorti de la prison où il a passé six ans, qu’une semaine avant d’accorder cette interview à Canal 2. Pendant sa réclusion, les protestations non-violentes ont gagné tous les villages palestiniens, et se sont affirmées comme moyen de lutte pour la justice et la liberté.
« En septembre, à l’ONU, nous allons solliciter de la communauté internationale qu’elle nous aide à mettre fin à l’occupation israélienne. Nous avons toujours agi en accord avec la loi. Ce qui est illégal c’est l’occupation, et non les tentatives d’en finir avec elle », réagit Ghassan Khatib, porte-parole de l’ANP. « Israël est en train d’alimenter l’illusion d’un faux scénario pour septembre », ajouta-t-il.


Colons armés en action en Cisjordanie
Bien que les paroles de Lieberman, leader et fondateur du parti d’extrême droite Israel Beytenouv(Israël est notre maison) aient paru hors de propos à l’époque, elles commencent à avoir du sens aujourd’hui. Les actes de violence des colons contre les Palestiniens ont beaucoup augmenté depuis août. La destruction des ressources des agriculteurs (comme la dévastation par le feu des plantations et des oliviers, et les attaques de bergers et de troupeaux) sont devenus courantes. L’invasion de terres palestiniennes, la persécution d’habitants et de militants internationaux, les incendies de mosquées, la lapidation d’enfants, les tirs de mitraillettes dans les campagnes sont des pratiques d’intimidation constantes. Sans parler du récent bombardement de Gaza, crime encore plus grave car il implique des armes chimiques, pour lesquelles les habitants de Gaza servent de cobayes.
Selon un rapport de l’International Solidarity Foundation for Human Rights [Fondation Internationale de Solidarité pour les Droits de l’Homme], au cours du mois d’août 30 personnes sont mortes et 400 ont été faites prisonnières pendant les opérations israéliennes en Palestine. Parmi les prisonniers, 44 enfants, trois journalistes et trois parlementaires. Outre Gaza, les régions qui ont le plus souffert sont Hébron, Bethléem, Silwan (district de Jérusalem), Tulkarem, Salfit, Ramallah et Al Bireh.
Un autre rapport, diffusé le 12 septembre par l’organisation israélienne de droits humains B’Tselem, montre que l’armée israélienne ne respecte pas le « droit fondamental » à la protestation des Palestiniens. Les réactions aux manifestations pacifiques présentent toujours, selon ce document, une « utilisation excessive d’armes de contrôle des foules », comme les grenades lacrymogènes jetées directement sur les manifestants. La soussignée, habituée à couvrir les marches du vendredi peut témoigner que le rapport est fidèle aux faits.
De plus, il y a quelques semaines on a appris que depuis sept mois l’armée israélienne entrainait et armait les colons avec des grenades assourdissantes et à gaz, des grenades lacrymogènes et des balles de métal recouvertes de caoutchouc. Cet équipement s’ajoute aux mitraillettes, que les colons portent sur eux, et aux chiens de garde entrainés à l’attaque, mis à disposition par le gouvernement sioniste.
Mercredi 7 septembre, une réunion à laquelle participaient des membres de l’extrême droite israélienne, des leaders des colons, et des parlementaires a commencé à se préparer à de « possibles confrontations », au cas où l’État palestinien serait reconnu par l’ONU dans les frontières d’avant 1967. Les colons savent que tôt ou tard ils devront rendre les terres qu’ils occupent à leurs propriétaires légitimes, les Palestiniens, mais promettent de résister.
Les critiques acerbes à l’égard de la direction de l’armée n’ont pas manqué. Celle-ci est accusée par le parlementaire Zeev Elkin, du Likoud, de s’être transformée en « plus grand champion de l’ANP, adoptant le concept des deux États ». La critique de la solution à deux États est courante dans la droite israélienne, qui ne prend pas en compte le partage décidé par l’ONU en 1947, et qui établit la création de deux États : la Palestine et Israël. Pour les membres de ce courant politique, la Palestine entière, ainsi que des parties du Liban, de la Syrie, de la Jordanie et de l’Irak appartiennent à Israël, selon un « droit historique » qui n’existe que dans le discours sioniste et dans celui de ses alliés, comme le montre Keith W. Whitelam, professeur et directeur du département d’études religieuses de l’université de Stirling, dans le livre The Invention of Ancient Israel ; the Silencing of Palestinian History [L’Invention de l’ancien Israël : comment l’histoire palestinienne fut passée sous silence].
La critique d’Elkin est liée au fait que l’armée israélienne a « préféré » céder aux forces de sécurité de l’ANP la responsabilité de s’occuper des incidents impliquant des Palestiniens. Encore une fois, le parlementaire se montre mal informé. Cette responsabilité fut négociée aux accords d’Oslo, selon lesquels l’ANP doit s’occuper de la sécurité des zones A, qui correspondent aux villes – là où auront lieu les manifestations. Les secteurs B, situés entre les villes et les villages, sont confiés aux Palestiniens et aux Israéliens en commun ; les zones C, proches du mur de l’apartheid, sont surveillées par les Israéliens. L’armée ne fait donc que respecter les accords.
Pour résoudre le problème, Yaakov Katz, de l’Union Nationale, alliance des partis nationalistes d’Israël, a proposé que les colons organisent des marches dans des points stratégiques de la Palestine, pour aller à la rencontre des marches pacifiques que les Palestiniens feraient en direction des colonies (ce qu’imagine la droite sioniste). Selon Katz, ceci obligera l’armée à agir afin d’empêcher les colons d’entrer dans les villes.
Yoni Youssef, porte-parole des colons de Sheik Jarrah à Jérusalem-Est, va plus loin : il invoque la Loi Dromi, qui permet à des propriétaires de tuer ceux qui entrent dans leurs maisons. Pour lui, il serait ainsi possible de tirer sur les Palestiniens qui tenteraient d’approcher les résidences juives. Le problème, c’est qu’à Sheik Jarrah, les colonies israéliennes et les habitations palestiniennes sont très proches les unes des autres, parfois face à face. Des colons peuvent assassiner des Palestiniens qui étaient seulement sortis dans la rue, et alléguer ensuite qu’ils se dirigeaient vers leurs maisons.
Dans cette tâche, ils seront aidés par les volontaires mobilisés par La Ligue de Défense Juive (LDJ) dont le siège est en France : ceux-ci, du 19 au 25 septembre, promettent de défendre leurs « frères » de Cisjordanie – c’est-à-dire, les colons – face aux « agressions des occupants palestiniens et, donc, de renforcer les dispositifs de sécurité des village juifs de Judée et Samarie ». Remarquez que les « occupants » sont les Palestiniens, et non les colons, et que la Cisjordanie est appelée « Judée et Samarie », deux noms bibliques de pays où les Juifs sont censés avoir vécu. Le voyage est réservé « aux militants ayant une expérience militaire ».
Ce que les représentants de l’extrême droite ne savent pas, c’est que ce n’est pas l’armée qui va s’occuper de la sécurité durant les manifestations, mais la police. Dans une interview à Brasil de Fato, la porte-parole des forces armées, Avital Leibovitch, a affirmé que l’armée se contenterait « d’observer » les manifestations pacifiques. « Si les manifestations sont vraiment pacifiques, l’IDF n’a pas de raison d’intervenir », a-t-elle dit.
Si les colons entrent dans les villages pour les attaquer, ou s’ils décident de marcher contre les villes, ce sera la police israélienne qui les arrêtera. Et, d’après Avital Leibovitch, elle aura carte blanche pour agir en vue d’éviter les excès. De plus, des escadrons d’alerte composés de réservistes seront dans les zones les plus sensibles et « chercheront à éviter les heurts ». L’IDF n’entrera en scène que si nous perdons le contrôle de la situation, a déclaré la porte-parole. « Nous ne voulons pas d’effusion de sang. Nous avons appris avec la Nabka. Nous n’utiliserons que des armes non létales, comme les camions à eau “skunk“ (mouffette) et les gaz lacrymogènes » dit-elle. Et elle garantit que l’eau fétide lancée sur les manifestants par les “skunk“ ne contient pas de produits chimiques : « Ce sont des substances organiques ».


Un camion skunk
Et qu’en est-il des « lignes rouges » qui indiquent jusqu’où les Palestiniens peuvent aller sans se faire tirer dessus par les colons ? « Ah, ils savent très bien où sont les lignes », répond Avital Leibovitch. « Nous sommes en communication régulière avec eux », ajoute-t-elle. En vérifiant l’information auprès de leaders populaires, Brasil de Fato a découvert qu’ils n’ont jamais entendu parler de ces lignes. Il est probable que seules les autorités palestiniennes les connaissent. Pourquoi ne préviennent-elles pas tout le monde, si elles ne veulent pas déclencher de tragédies ? Mahmoud Abbas, président de l’ANP a demandé au cours d’une réunion avec les coordinateurs de la campagne Palestine : 194ème État (déjà en cours dans tout le pays) à ce que personne ne s’approche des colonies ni n’affronte leurs habitants. Il semblerait donc que cette autorité se réserve le « sale travail ».
L’extrême droite israélienne n’hésite pas non plus à recourir aux « travaux internes », c’est-à-dire à faire commettre à des personnes des actes de provocation pour déclencher des réactions violentes de la part d’Israël. Le ministre Avigdor Lieberman a déjà prévenu qu’il allait envoyer de l’argent et des armes au PKK, le Parti des Travailleurs du Kurdistan, qui depuis des années lutte contre la Turquie, et qui récemment a essuyé d’importantes attaques de l’armée turque. Il s’agit là de représailles contre le gouvernement du premier ministre R.T. Erdogan, qui a coupé les relations diplomatiques avec Israël et promis une série d’actions en Méditerranée (« pour qu’Israël n’y navigue plus à son gré»), après la diffusion du Rapport Palmer. Parrainé par le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-Moon, ce rapport affirme que le blocus maritime de Gaza n’est pas illégal et qu’Israël a le droit d’empêcher des navires étrangers d’accoster sur le littoral palestinien. Cela a exempté le pays de sanctions pour l’assassinat, le 31 mai 2010, de neuf pacifistes turcs, et pour l’attaque du Mavi Marmara, navire battant pavillon turc qui participait à la première Flottille de la Liberté.
Si Lieberman peut agir ainsi contre la Turquie, pour quelle raison agirait-il autrement à l’égard de la Palestine ? Les mercenaires ne manquent pas sur le marché. Il suffit de les recruter pour avoir un mois de septembre « violent et sanglant, à une échelle encore jamais vue ». Exactement comme le souhaite Lieberman.