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dimanche 11 septembre 2016

Petite histoire d'un mot qui répand la terreur

Cet article de 2010 retrouve aujourd'hui toute son actualité
par FG, 11/9/2010

« Un terrorista no es sólo alguien con un revólver o una bomba, sino también aquel que propaga ideas contrarias a la civilización occidental y cristiana : un terroriste n’est pas seulement quelqu’un avec un revolver ou une bombe, mais aussi celui qui propage des idées contraires à la civilisation occidentale et chrétienne »
Général Videla, chef de la junte militaire argentine, responsable de la disparition forcé de 30 000 “terroristes”, 1978
En ce 11 septembre, où tous les médias de la planète nous abreuvent d’images et de discours sur l’horrible attentat de 2001, il m’a semblé utile d’apporter une modeste contribution à l’analyse du phénomène qualifié de terrorisme, en commençant par l’histoire même de ce mot. Il n’est en effet pas inutile, pour comprendre une réalité complexe et surtout obscure, de déconstruire les mots utilisés pour la désigner et la décrire.
Dans un rapport d’étude publié en 1988, l’armée US constatait qu’il existait plus de 100 définitions du terrorisme. Et l’ONU elle-même n’est pas parvenue à ce jour à établir une définition universellement acceptable. Ce n’est pas étonnant : les combattants de liberté des uns sont les terroristes des autres. Les éphémères maîtres nazis de l’Europe occupée qualifiaient les résistants qui , de la Norvège au Danemark, leur tiraient dessus ou posaient des bombes pour faire dérailler leurs trains militaires, de terroristes. Idem pour les occupants sionistes de la Palestine, qui ont eux-mêmes été les premiers, dès 1936, à utiliser l’arme de l’attentat aveugle contre des civils pour parvenir à leurs fins.
Terroristes d’hier et d’avant-hier
Aujourd’hui, et depuis le 11 septembre 2001, terroriste est synonyme d’islamiste. Il n’en a pas toujours été ainsi : dans l’Europe des années 1970, terroriste désignait les clandestins des Brigades rouges italiennes, de la Fraction armée rouge, des Cellules révolutionnaires et du Mouvement du 2 Juin en Allemagne fédérale, de la Angry Brigade anglaise, d’Action directe en France, des Cellules communistes combattantes (Belgique), du Mouvement du 17 Novembre et Rigas Feraios (Grèce), sans oublier, bien sûr, l’ETA basque et l’IRA irlandaise. Ailleurs dans le monde, des Tupamaros uruguayens et des Weathermen usaméricains au FPLP palestinien, les « terroristes » étaient généralement des gens d’extrême-gauche, issus de diverses scissions du mouvement communiste international.
Le sens actuel du mot terroriste - combattant clandestin utilisant des méthodes de lutte armée non-conventionnelles pour déstabiliser l’ennemi – est relativement récent : il remonte à la fin du XIXème siècle.

dimanche 10 avril 2016

Nous sommes tous l’État islamique

La vengeance est le moteur psychologique de la guerre. Les victimes en sont la monnaie de sang. Leurs corps servent à sanctifier des actes de meurtre indiscriminés. Ceux définis comme l’ennemi et ciblés pour être massacrés sont déshumanisés. Ils ne sont pas dignes d’empathie ou de justice. La pitié et la peine sont l’apanage des nôtres. Nous faisons vœu d’éradiquer une masse déshumanisée incarnant le mal absolu. Les estropiés et les morts de Bruxelles ou de Paris et les estropiés et les morts de Raqqa ou de Syrte perpétuent les mêmes convoitises sinistres. Nous sommes tous l’État islamique.
“La violence n’engendre que de la violence”, écrit Primo Levi, “dans un mouvement pendulaire qui grandit avec le temps au lieu de s’amortir ».
Le jeu du je-te-tue-tu-me-tues ne cessera qu'après épuisement, lorsque cette culture de mort nous aura brisés émotionnellement et physiquement. Nous utilisons nos drones, nos avions de chasse, nos missiles et notre artillerie pour éventrer des murs et des plafonds, exploser des fenêtres et tuer ou blesser ceux qui sont dedans. Nos ennemis portent des explosifs au peroxyde dans des valises ou des gilets explosifs et pénètrent dans des terminaux d’aéroports, des salles de concert, des cafés ou des stations de métro pour nous faire exploser, et bien souvent eux avec. S’ils possédaient notre niveau de technologie de mort, ils seraient bien plus efficaces. Mais ce n’est pas le cas. Leurs tactiques sont plus brutes, mais nous ne sommes pas moralement différents. T.E. Lawrence a appelé ce cycle de violence : « les anneaux de la tristesse ».
"Cher Jésus, protège-nous de cet insensé culte musulman de la mort"
Michael Leunig

La religion chrétienne épouse la notion de “guerre sainte”, avec autant de fanatisme que l’Islam. Nos croisades valent le concept du jihad. Lorsque la religion sert à sanctifier le meurtre, il n’y a aucune règle. C’est une lutte entre la lumière et l’obscurité, le bien et le mal, Satan et Dieu. Le discours rationnel est banni. Et « le sommeil de la raison », comme dit Goya, « engendre des monstres »

mercredi 23 mars 2016

Après le Mardi noir de Bruxelles

par Milena Rampoldi 
Original: Nach dem Schwarzen Dienstag in Brüssel
Le Mardi noir de Bruxelles a naturellement suscité une grande émotion dans toute l'Europe. Mais nous devons essayer de maîtriser les émotions, pour pouvoir continuer à penser. Voici une contribution à la réflexion, d'une musulmane.
Terreur au cœur de l'Europe. Aux infos on ne parle que de contrôle, de la nécessité de prévenir e terrorisme, de l'échange de données entre les services de renseignement européens et de la manière d'empêcher la mise en œuvre des plans d'un réseau terroriste, qu'il faut dépister, coûte que coûte. Il faut plus de contrôle, créer plus de sécurité à partir du néant. Mais il est impossible de tout protéger, conclut-on  à la fin de cette discussion absurde.

Quand on ne sait pas comment poursuivre, on montre les réfugiés d'Idomeni avec leurs bouts de papiers où ils ont écrit "Sorry". Les réfugiés s'excusent pour les attentats, des attentats qu'ils n'ont pas commis et avec lesquels ils n'ont rien à voir, car  ils sont les victimes des guerres et des attaques occidentales. Dans le même temps tous les musulmans, et donc tous les réfugiés sont soupçonnés. Et les médias jouent ce jeu indirectement, quand des quartiers entiers, les soi-disant "quartiers à la dérive", sont criminalisés, soumis à des razzias indiscriminées. Des gens sont arrêtés et relâchés, seulement parce qu'ils sont de Bruxelles et musulmans.
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mercredi 13 janvier 2016

Sultanahmet, Istanbul, 12 janvier 2016 : la réponse du berger à la bergère

La bergère, c'est Angela Merkel, le berger, c'est le Calife autoproclamé. La bombe de Sultanahmet, qui a tué une dizaine de touristes allemands hier à Istanbul, était prévisible, attendue, "logique". Il a fallu moins d'une semaine pour que les partisans de Daech donnent leur première réponse à l'engagement militaire allemand aux côtés des USA, de la France, du Royaume-Uni contre l’État islamique. Cet engagement est certes modeste, mais stratégique. Il consiste principalement en 2 Jets Tornado basés en Turquie, qui photographient les cibles à bombarder et en un Airbus de ravitaillement en vol. Mme Merkel, vous avez du sang sur les mains, du sang arabe et du sang allemand !-FG
À  lire

vendredi 9 janvier 2015

Je ne suis pas Charlie

par José Antonio Gutiérrez D., 7-1-2015. Traduit par Santiago Perales, édité par Fausto Giudice, Tlaxcala
Original:
Je ne suis pas Charlie (Yo no soy Charlie)

José Antonio Gutiérrez D.  est un militant libertaire colombien résidant en Irlande où il participe à des mouvements de solidarité avec l'Amérique latine et la Colombie, il collabore à la revue CEPA (Colombie) et à El Ciudadano (Le Citoyen, Chili) ,il collabore également au site web international www.anarkismo.net et au site La Pluma. Auteur de "Problèmes et possibilités de l'anarchisme" (en portugais, Faisca ed, 2011) et coordinateur du libre "Origines libertaires du Premier mai en Amérique latine"(Quimantu ed 2010).
Je tiens à clarifier d'emblée que je considère l'attentat contre les bureaux du journal satirique Charlie-Hebdo à Paris comme une horreur et que je ne crois pas qu'il soit justifiable en quelque circonstance que ce soit, de convertir un journaliste, si douteuse que soit sa qualité professionnelle, en objectif militaire. Cela vaut en France, comme en Colombie ou en Palestine.
Je ne m'identifie non plus avec aucun fondamentalisme, ni chrétien, ni juif, ni musulman, ni non plus avec le laïcisme bébête francisé, qui érige la "République" sacrée en déesse. J'apporte ces précisions, qui sont nécessaires puisque les gourous de la haute politique en Europe nous assurent que nous vivons dans une "démocratie exemplaire" avec des "grandes libertés", même si nous savons bien que  Big Brother  nous surveille et que n'importe quel discours hors cadre toléré se voit durement puni. Mais je ne crois pas qu'une condamnation de l'attentat contre Charlie Hebdo doive entraîner automatiquement qu'on porte aux nues une publication qui est, fondamentalement, un monument d'intolérance, de racisme et d'arrogance coloniale.

jeudi 8 janvier 2015

Coup de dent n° 152-Les Pieds Nickelés chez Charlie-Hebdo

par Ayman El Kayman, 8/1/2015
À l'horreur légitime, la réponse proposée est, comme d'habitude, l'union nationale, de Mélenchon à Le Pen, en passant par Sarkozy et Hollande. Les bouffeurs de curés envoyés mercredi dans un autre monde par les frères Kouachi ont bien du se marrer en entendant le glas sonner depuis les tours de Notre-Dame et d'autres cathédrales de la douce France, fille aînée de l’Église. Le Papa Francisco n'a plus qu'à engager le processus de béatification.
 


Restons sérieux et posons quelques questions de bon sens sur l'horrible massacre de Charlie-Hebdo. On nous dit qu'il a été commis par deux terroristes professionnels, qui se sont comportés de manière techniquement impeccable. Première question : vous êtes un terroriste professionnel, vous vous embarquez dans une opération de commando avec armes, cagoules et gilet pare-balles. Et vous emportez avec vous votre carte d'identité ? Vous quittez la première voiture que vous avez utilisée pour continuer votre fuite. Et vous "oubliez" votre carte d'identité dans cette voiture ? On croit rêver, ou avoir affaire à un scénario de Pieds Nickelés, version 2015, revue par Luz et ses copains. Ça ne vous rappelle rien ? Moi, si : les fameux passeports de certains terroristes du 11 Septembre retrouvés intacts dans les décombres de Ground Zero. Ou encore la voiture louée par les hommes censés avoir commis les attentats du 7 juillet 2005 à Londres, et payée avec une vraie carte de crédit permettant de les identifier immédiatement.
Chérif Kouachi, le "petit" des deux frères, était plus que "connu des services de police" : il avait été emprisonné, jugé, condamné, de nouveau arrêté, détenu, jugé, bénéficié d'un non-lieu. Bref, il était dans les petits papiers des services de renseignement depuis 10 ans. Pourquoi a-t-on cessé de le surveiller, et quand ? Manuel Valls a eu une phrase pour le moins étonnante jeudi matin : «Ces individus étaient sans doute suivis mais il n’y a pas de risque zéro». Deux autres questions viennent à l'esprit : où est passé le chauffeur de la voiture qui a conduit les deux tueurs sur le lieu du crime, pour ensuite repartir sur un scooter ? Comme apparemment, l'opération n'était pas conçue comme une opération-suicide - un "aller-simple" sans retour -, le chauffeur aurait du logiquement attendre le retour de ses acolytes pour repartir avec eux.
Et enfin : et si la carte d'identité de Saïd Kouachi retrouvée dans la voiture n'était qu'un leurre destiné à mettre les chasseurs sur une fausse piste ?

Ces questions en appelleraient beaucoup d'autres, mais chaque chose en son temps. Attendons l'issue de la chasse à l'homme lancée tout azimut. De deux choses l'une : ou bien les frères Kouachi sont pris vivants, ou bien ils sont abattus au bout de la traque. Dans ce dernier cas, ils emporteront leur secret dans la tombe, comme tant d'autres avant eux, de Khaled Kelkal à Mohamed Merah. Dans le premier cas, on finira, peut-être, par connaître les dessous de cette affaire. Je dis bien "peut-être", car, comme le montrent d'autres affaires, les procès de terroristes survivants permettent rarement d'établir la vérité sur les agissements de ceux qui tirent les ficelles du terrorisme.
En attendant, il serait peut-être bon que ceux et celles qui, en France, ont exprimé leur émotion interpellent le ministre de l'Intérieur sur ce qui s'apparente à de la négligence criminelle dans la "protection" de Charlie-Hebdo.

Bonne semaine, quand même !
Que la Force de l’Esprit soit avec vous !

…et à la prochaine !

jeudi 15 mai 2014

Un, deux, cent Buenaventura à travers toute la Colombie ...

Un portrait des vandales au pouvoir
par  José Antonio Gutiérrez D.. Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala
 
"Ceux-ci découvraient une série de corps défigurés dispersés dans la localité , vestiges d'un antagonisme social aveugle et éradicateur. Cette scène aurait pu correspondre à quelque chose d'absolument chaotique et désordonné, dans la mesure où les corps avaient été démembrés, dispersés et empilés un peu partout. Mais il était également possible de trouver des scènes où il y avait un ordre intentionnel, une véritable mise en scène. (... ) Cette procédure visait principalement à terroriser les habitants du village, qui prenaient la fuite en abandonnant tout ".
María Victoria Uribe Alarcón , "Anthropologie de l'inhumanité " , 2004, p.92
Dès qu'on arrive à Buenaventura, on éprouve un certain sentiment de malaise. Il semble que tous les bâtiments sont sur ​​le point de tomber, en proie à la moisissure et à la pourriture. Contrairement à d'autres régions de la Colombie, on respire méfiance et peur ... un sentiment d'abandon est d'emblée évident. Il est incroyable que la plupart des échanges internationaux de la Colombie passent par ce port, ce qui indique le caractère contradictoire du capitalisme dans lequel l'investissement et la dépossession sont des termes inséparables. La misère est un concept relatif et devient d'autant plus odieuse qu'elle est entourée de richesse.
Ce qui se passe à Buenaventura, où apparaissent tous les jours des corps humains démembrés flottant parmi les mangroves ou dispersés dans les rues,  n'est pas quelque chose d'inconnu pour la grande majorité. Soudain, tout le monde s'est mis à parler de Buenaventura en Colombie. Des compte-rendus journalistiques et des programmes télévisés plein d'indignation décrivent la situation désespérée de cette ville aux prises avec le fléau paramilitaire (opérant maintenant sous les noms d'Urabeños, Rastrojos ou Empresa). Un tollé d'horreur a été suscité par les "casas de pique" (maisons d'abattage), véritables boucheries pour humains, que tout le monde – sauf la police, l'armée et les autorités – connaît et voit. Mais le traitement donné à ces informations, comme toujours, est très pauvre, sensationnaliste, décontextualisé. Il ne diffère en rien du traitement que reçoivent périodiquement d'autres scandales humanitaires en Colombie. Un jour, les médias sont outrés par les faux positifs, un autre par les personnes déplacées de force, puis c'est au tour des féminicides, ils trépignent, accusent, sont scandalisés et puis rien ne se passe . C'est comme si à travers la couverture bas de gamme de ces faits on voulait exorciser l'horreur et calmer les consciences, en banalisant du même coup la terreur. Maintenant c'est au tour de Buenaventura.
C'est comme si ces vagues médiatiques spasmodiques cherchaient à concentrer toute la terreur qui existe en Colombie sur un seul point, convertissant le conflit qui consume le pays en un seul événement ponctuel, isolé, identifiable sur la carte. Mais la réalité est que les dépeçages, qui portent la marque incontestable des paramilitaires – tolérés par tout le monde, sauf ceux qui en souffrent -, se produisent dans de nombreuses régions du pays, partout où les intérêts économiques coexistent avec la (para)militarisation. Ce qui est vraiment pénible, c'est que, en dépit de son caractère apparemment exceptionnel, la situation de Buenaventura ne l'est pas tant. Il suffit de penser à Soacha ou aux Altos de Cazuca, pour ne pas trop s'éloigner de la capitale. Ou de voir les photos des massacres de Medellín. Les paramilitaires ont œuvré à créer un, deux, cent Buenaventura sur l'ensemble du territoire colombien. Et ils l'ont fait à coups de tronçonneuse, de machette et de hache, toujours sous le regard complaisant des forces  dites de sécurité.
On pourrait penser que la tragédie de Buenaventura est récente, mais elle en fait elle remonte à longtemps : il y a près de 10 ans qu'il n'y a plus de guérilléros dans les quartiers de Bajamar [litt. "Marée basse", zone de l'île de Cascajal gagnée sur la mer par la population afro-colombienne, qui y vit dans des maisons sur pilotis; 3500 familles y sont menacées d'expulsion par un projet d'extension du port et de création d'un "malecón", un boulevard front de mer,  NdT] et la mainmise totale des paramilitaires a coïncidé avec l'aggravation des cruautés. Des paramilitaires qui, selon tous les rapports officiels  n'existent pas, mais qui sont bien là. Buenaventura dément le mensonge répété ad nauseam que les paramilitaires sont une réponse à la soi-disant " horreur " de la guérilla et que, en l'absence de guérilléros, ils disparaîtront faute de raison d'être. Ce n'est pas un hasard si un garçon m'a confessé nerveusement, quand je lui ai demandé, durant un voyage en bus vers Buenaventura, à quel moment les choses avaient mal tourné : " C'est quand ils ont viré la guérilla, alors là  le boxon a commencé".
Le répertoire des moyens de semer la terreur est aussi une vieille histoire : la profanation du corps de la victime est quelque chose qui vient de l'époque de la «Violence» dans les années 40. C'est de cette époque qu'existe un lexique riche pour désigner les modalités de l'horreur :   bocachiquiar (préparer à la mode du poisson "bocachico"), picar pa’ tamal (découper pour un tamal), matar la semilla (tuer la semence), corte de corbata (coupe-cravate), de franela (coupe-flanelle), de mica (décapitation), de florero (sabrer le pot de fleurs) etc.

Symboliquement, en disloquant le corps de la victime, on disloque la communauté. Il ne s'agit pas seulement de tuer, mais de parachever la mort, comme si on craignait par superstition la vengeance du mort, comme l'indique Uribe Alarcón dans son "Anthropologie de l'inhumanité ". Selon elle, la victime est animalisée pour créer la distance spirituelle permettant le déchiquetage physique et un espace de sacrifice rituel ad hoc est créé. Mais même si dans la "casa de pique" on reproduit le modèle de la boucherie, on va encore plus loin, car dans les véritables boucheries, l'animal n'est pas torturé à mort, on n'utilise ni haches ni tronçonneuses,  on ne l'attache pas vivant sur une table de bois pour le dépecer au milieu de cris d'agonie.

Ici les paramilitaires ne font disparaître les gens que partiellement. Parfois, on retrouve le torse ou la tête, mais on trouve toujours quelque chose, même si ce ne sont que les doigts. Le message horrible est transmis par des preuves physiques de la torture en même temps que le processus rituel de vengeance décrit par Alfredo Molano est empêché : " Le corps est préparé en lui mettant l'un des vêtements dans lesquels il a été tué ; on lui attache les gros orteils avec un lacet d'une paire de chaussures noires récemment achetées et dans sa bouche on met un morceau de papier avec les noms des meurtriers. Quelques jours après les auteurs sont assassinés ou meurent de frayeur » [1]. Les médias qui reproduisent l'événement de manière sensationnaliste, morbide et décontextualisée, diffusent et amplifient la terreur, transmettant ainsi la peur paralysante de façon entièrement fonctionnelle par rapport à l'objectif des paramilitaires.


Image de l'intérieur d'une "casa de pique" diffusée sur les réseaux sociaux en mars dernier
Quel est le but des dépeçages à Buenaventura? Exactement ce que les dépeçages visaient durant le premier cycle de la Violence : que les gens fuient, abandonnant tout. Des militants du Processus des communautés noires (PCN), nous ont expliqué lors d'une visite dans la ville portuaire, dans le cadre de la 10ème délégation asturienne-irlandaise des droits humains, que le but de tout cela était de virer la population locale pour ouvrir la voie à un grand projet de remodelage caressé par les autorités locales et nationales . Pour faire place à l'aéroport et aux méga- ports modernes qui soient à la hauteur des exigences des accords de libre-échange et de l'Alliance du Pacifique, il faudrait évacuer du territoire un bon nombre de Noirs pauvres. Il est plus facile de déplacer que de réinstaller les gens ou de parvenir à un accord satisfaisant pour eux, surtout lorsque le «progrès» n'est pas destiné à leur profiter.
Cette violence n'est ni chaotique ni gratuite, mais répond à un modèle trop familier de terreur généralisée pour déplacer les gens et gagner du terrain au nom du progrès. C'est une violence très ritualisée: "La technique de la terreur exige que les gens se rendent compte, mais ne parlent pas. Qu'ils voient la capture des victimes dans le quartier, comment elles sont attrapées, qu'ils entendent les appels à l'aide, les cris de miséricorde et de clémence et enfin les hurlements de douleur. Puis le silence : un vide terrible. Les cris continuent à résonner dans la tête des gens. Tous craignent d'être le suivant sur une liste que personne n'établit. Les voisins entendent, le quartier entend, la zone sait, la ville est au courant. Les autorités n'entendent pas, ne voient pas , ne savent pas »[2 ] . Malgré tout, il y a encore de la résistance. Les habitants de Nayero Puente, à La Playita , ont décrété leur quartier "Espace de vie et humanitaire", défiant ouvertement les paramilitaires [3]. Depuis février dernier, on assiste à des protestations populaires massives contre les paramilitaires, auxquelles se sont joints même les commerçants, généralement méprisés parce qu'on se souvient que ce sont eux qui ont financé l'arrivée des paramilitaires en 2000, mais que maintenant "ils en ont marre de se faire taxer". Les autorités locales, la police, les militaires, les commerçants, tous ont alimenté ce monstre dépeceur. Le crayon avec lequel le peuple écrit son histoire n'a pas de gomme. Et ainsi se construisent des barrières de confinement de la machine de mort.


Les enquêteurs judiciaires retirent un corps de la scène d'un crime dans le quartier Comfamar de Buenaventura,
novembre 2013 ( Stephen Ferry / HRW.org.es)
C'est maintenant que les gens sont en train de vaincre leur peur que le gouvernement réagit en militarisant la ville portuaire. Cette militarisation ne vise bien sûr pas à bénéficier aux pauvres de toujours, mais à accélérer le projet portuaire et  industriel de Buenaventura. Buenaventura semble être l'endroit le plus désolé de la terre, et pourtant, même là, le peuple colombien fait la preuve qu'il a des réserves morales pour construire un avenir meilleur : il va créer un, deux, cents points de résistance à partir desquels reprendre Buenaventura aux marchands de mort. Ils ne passeront pas : ni leurs paramilitaires ni leurs méga-ports ni leur modèle antisocial  de développement.

Notes
 

mercredi 6 février 2013

Chokri Belaïd assassiné à Tunis

L'avocat Chokri Belaïd, coordinateur général du Parti des Patriotes Démocrates unifié et leader du Front populaire tunisien, a été victime ce mercredi matin 6 février d'un attentat en sortant de son domicile à El Menzah. Atteint de quatre balles, il a succombé à ses blessures à la clinique Ennasr. Selon ses proches, il était sous surveillance policière depuis 3 mois. L'assassin a néanmoins pu commettre son crime en toute tranquillité. Plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées devant la clinique, scandant : "Ministère de l'Intérieur, ministère du terrorisme" : 
Rassemblement devant la clinique : http://www.facebook.com/video/video.php?v=476145915778080
Streaming de Tunis, où des milliers de personnes sont rassemblées devant le ministère de l'Intérieur, avenue Bourguiba: http://www.ustream.tv/channel/tuniscope


Lundi, Chokri Belaïd avait dénoncé la décision de prolonger l'état d'urgence jusqu'au 3 mars. Il est difficile de ne pas établir un lien entre cette déclaration et l'assassinat.
Le Premier ministre Hamadi Jebali a déjà annoncé que les enquêteurs disposent de certains éléments pouvant identifier l’assassin.





Intervenant sur Shems FM, Mongi Khadhraoui, secrétaire général du Syndicat National des Journalistes Tunisiens, a déclaré que Chokri Belaid avait reçu plusieurs menaces de mort et avait déjà été victime d’une tentative d’assassinat dans un café à Tunis.
 


Le
frère et la femme de Chokri Belaïd ont accusé Ennahdha et Rachid Ghannouchi d'avoir ordonné le meurtre.
Le Premier ministre Jebali a de son côté dénoncé un «acte de terrorisme» contre la Tunisie, promettant de tout faire pour que le tueur soit arrêté rapidement. «Le meurtre de Belaïd est un assassinat politique et l'assassinat de la révolution tunisienne. En le tuant, ils ont voulu le faire taire», a ajouté Jebali.

Le président Moncef Marzouki a écourté une visite en France, où il s'était rendu pour une réunion au Parlement européen, et annulé sa présence au sommet de l'Organisation de la coopération islamique (OCI) jeudi dans la capitale égyptienne pour rentrer d'urgence à Tunis.

jeudi 8 juillet 2010

Francisco Chávez Abarca, le bras droit de Posada Carriles, arrêté au Venezuela


CUBADEBATE, 2/7/201. Traduit par Esteban G. et édité par Fausto Giudice, Tlaxcala
Original : Capturan en Venezuela a Francisco Chávez Abarca, mano derecha de Posada Carriles

Le Président vénézuélien Hugo Chávez a annoncé ce vendredi 2 juillet l’arrestation du Salvadorien Francisco Chávez Abarca, accusé d’être le bras droit du terroriste Luis Posada Carriles et l’auteur de plusieurs attentats à l’explosif à Cuba. L’arrestation a eu lieu suite à une opération des services secrets dans la nuit de jeudi alors qu’il tentait d’entrer au Venezuela.
 
Dans un discours depuis le Palais de Miraflores (siège du gouvernement), le président a expliqué qu’Abarca avait été arrêté à l’aéroport de Maiquetía (nord) et transféré au siège des Services Secrets Bolivariens (Sebin) pour y être interrogé.
 
Surnommé “El Panzón” [Gros Bide], l’homme est également inscrit sur la liste rouge des terroristes recherchés par Interpol pour son implication dans plusieurs attentats à l’explosif à Cuba dans les années 90.
 
Suite à cette arrestation, le Président vénézuélien s’est demandé pour quelle raison le Salvadorien a voulu entrer dans le pays et il a ordonné d’enquêter sur qui devait l’accueillir.
 
« Que cherchait Chávez Abarca au Venezuela ? Qui devait l’accueillir ? », s’est demandé le Président, avant d’informer que le détenu serait remis à Interpol pour qu’il soit transféré à Cuba, pays qui avait sollicité son arrestation.
 
Il était certain que « ce monsieur était venu, ici, pour me tuer (…) c’est mon cœur qui me le dit », et il lui a demandé de parler pour expliquer la « mission spéciale qu’il était venu accomplir au Venezuela ».
 
Il a dit qu’à mi-chemin de la révolution et à l’approche des élections parlementaires en septembre « il était bizarre qu’un terroriste de ce calibre vienne sur le territoire ».
 
« Posada Carriles doit être très nerveux car nous avons attrapé un des siens », a-t-il ajouté.
 
Chávez Abarca a été détenu pendant deux ans au Salvador pour avoir été le chef d’un réseau spécialisé dans le vol de voitures dans ce pays, mais la justice ne s’est pas embarrassée de le juger pour les autres crimes internationaux dont il était accusé.
 
Abarca et 21 autres membres de sa bande avaient été arrêtés pour vol de voitures et escroquerie. Les autorités avaient alors assuré qu’il s’agissait « d’une des filières principales du crime organisé, spécialisée dans le vol de voitures et l’escroquerie au niveau national et en Amérique centrale ».
 
Le 28 octobre 2007, un juge complaisant libérait Chávez Abarca malgré ses activités délictueuses. Sans qu’il ait jamais eu à répondre sur son rôle de principal complice de Luis Posada Carriles pour une campagne de terreur qui n’a jamais été mentionnée devant les tribunaux salvadoriens malgré les plaintes répétées.
 
Dans les années 90, il a été signalé comme narcotrafiquant ainsi que comme trafiquant d’armes et de fausse monnaie au Guatemala.
 
Il a usé des alias Manuel González, Roberto Solórzano et William González, et a effectué trois brefs séjours à Cuba, en avril et mai 97 pour commettre plusieurs attentats.
 
Le 12 avril 1997, il avait armé une bombe chargée de 600 grammes de C-4 causant d’importants dégâts matériels dans la piscine de la discothèque Aché de l’Hôtel Meliá Cohíba,.
 
Le 30 du même mois, un engin explosif de 401 grammes de C-4 était désactivé. C’était le Salvadorien qui l’avait placé dans un vase d’ornement dans la chambre 15 du même hôtel.
 
Le 24 mai de la même année, alors que Chávez Abarca se trouve au Mexique, une bombe explose à l’entrée des bureaux de la compagnie Cubanacán située dans la capitale.
 
Le président vénézuélien a rappelé que cela fait cinq ans que son gouvernement réitère sa demande officielle à Washington pour l’extradition de Posada Carriles, 82 ans, ex-agent de la CIA, responsable, parmi d’autres crimes, de l’attentat du 6 octobre 1976 contre le vol 455 de la compagnie Cubana de Aviación, faisant exploser l’avion et tuant la totalité des 73 passagers.
 
Posada Carriles se déplace librement aux USA, gêné seulement par les autorités d’immigration qui lui reprochent d’être entré illégalement sur le territoire usaméricain. Ce pays n’a jamais répondu aux sollicitations du Venezuela.
 
Sa recrue a posé la bombe qui a tué Fabio di Celmo
 
En 1997, sur directives de Posada Carriles, c’est « Panzón » Chávez Abarca qui a passé un contrat avec le mercenaire Ernesto Cruz León pour que celui-ci exécute des missions terroristes à Cuba, en lui disant que lui-même l’avait déjà fait, et en l’instruisant rapidement sur le maniement et la confection d’engins explosifs.
 
C’est ainsi que Cruz León a réalisé deux voyages à Cuba, au cours desquels il a posé des bombes dans des hôtels de la Havane, dont une a tué le jeune touriste italien Fabio di Celmo, le 4 septembre 1997 ; ce fut le moment le plus tragique de la campagne criminelle de terreur que Posada avait lancé pour le compte d’une création de la CIA, la Fondation Nationale Cubano-Américaine.
 
(avec des informations de Telesur)

lundi 7 juin 2010

Un nouveau drapeau pour Israël/A new flag for Israel/דגל חדש לישראל/ علم جديد لإسرائيل /İsrail'in yeni bayrağı

Una nueva bandera para Israel/Eine neue Fahne für Israel/Una nuova bandiera per Israele/پرچم جدیدی برای اسرائیل


Juan Kalvellido, Espagne  جوان كلبييدو، إسبانيا

Emad Hajjaj, alias Mahjoob, Jordanie عماد حجاج (محجوب)، الأردن

Luis Sánchez Verdeguer, Espagne



Nedal Hashem, Palestine  
نضال هاشم ، فلسطين

Mohamed Alafia, Maroc محمد العافية، المغرب


Abdul Aziz Al Adwan, Saudi Arabia عبد العزيز العدوان، السعودية

Mohamed Abo Afefa, Palestine


Nabeel Al Hasanat, Jordan الاردن نبيل الحسنات،



Amer Shomali, Palestine عامر شومالي، فلسطين
 Osama bo Seba, Soudan/Égypte أسامة بو صبا، السودان/مص

Netanyahu Bloodthirsty Pirate, Netanyahou, le pirate assoiffé de sang
Carlos Latuff
, Brasil/Brésil 
نتنياهو القرصان المتعطش للدماء،
كارلوس لطوف ،البرازيل



Baker Alhashki, Jordan  بـكر الحشــكـي، الاردن

Tamer Youssef, USA تامر يوسف، الولايات المتحدة


   هناء حجار،المملكة العربية السعوديةHana Hajjar, Arabie saoudite   

 Fuad Ayyach,  Palestine/Syrie فؤاد عياش،  فلسطين/سوريا



El doblez de la bandera/Le pli du drapeau/ حظيرة العلم
Raúl Sánchez, España  راؤول سانشيز ، اسبانيا

 احمد نعيم، مصرAhmed Naeem, Egypt  


Moussa Ajawi, Palestine/Jordan موسى عجاوي،  فلسطين/ الاردن



Kamal Sharf
, Yemen  كمال شرف، اليمن

Hamza Abou Ayyash, Palestine حمزة أبوعياش، فلسطين

Hussein Al Farra, Palestine  حسين الفرا، فلسطين
 
Abdellah Derkaoui, Maroc   عبدالله درقاوي، المغرب       

 
Naji Benaji, Maroc  ناجي بناجي، المغرب


"Non aux pirates sionistes!"
Ali Khalil,
Bahrain علي خليل ، البحرين


عفت، مصر Effat, Egypt


أمية جحا،  فلسطين Omayya Joha, Palestine  



Source : http://www.tlaxcala.es/detail_artistes.asp?lg=es&reference=421