Affichage des articles dont le libellé est Eleftherotypia Ελευθεροτυπία. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Eleftherotypia Ελευθεροτυπία. Afficher tous les articles

mercredi 29 février 2012

Chronique grecque de l’autogestion courante

 par Patrick Silberstein, 28/2/2012
http://www.autogestion.asso.fr/?p=1168#more-1168

Éleftherotypia, « Liberté d’expression », l’un des plus prestigieux journaux grecs, est en cessation de paiement depuis août 2011 (voir Un journal grec en autogestion !).). En grève illimitée depuis le 22 décembre 2001, les 800 salariés n’ont pas reçu le moindre salaire depuis sept mois. Plus de salaire, plus de boulot, plus de journal… Journalistes, techniciens, imprimeurs… sont sur le pavé. Il y a déjà plusieurs mois que l’Union européenne des journalistes, avertie de la situation, a exigé des propriétaires (X. K. Tegopoulos Inc.) qu’ils « prennent leurs responsabilités pour sauver ce journal historique ». La réponse a été celle de tous les propriétaires absentéistes… Cependant, la société, comme la nature, ayant horreur du vide, le vide a été rempli par l’initiative autogestionnaire des travailleurs du journal.
La société éditrice invoquant la loi sur les faillites pour ne pas payer les salaires dus, les salariés confrontés au mur de la « légalité » (se confondant ici totalement avec celui de l’argent) ont donc décidé de prendre les rênes du journal. Le premier numéro est paru le 15 février, le second le 25. Plus de 30000 exemplaires ont été vendus dans les kiosques. C’est, selon Marie Aphrodite Politi, journaliste « sans salaire » d’Elefitheropia, la « revanche des travailleurs » qui sont de retour sur la scène publique avec leur journal, malgré les embûches et les chausse-trappes semées par les propriétaires.
Les biens vacants appartiennent à la société
Pour Moisis Litsis, l’un des rédacteurs du journal, il était clair, dès le mois de novembre que les banques ne prêteraient pas le moindre euro aux propriétaires pour renflouer un journal mal réputé pour avoir critiqué de manière virulente le gouvernement. Cependant, si le positionnement politique de Éleftherotypia a pu jouer un rôle dans la décision de lui couper les vivres, la cause principale est ailleurs, plus grave, plus fondamentale : les banques n’accordent plus aucun crédit aux entreprises par peur du défaut de paiement. La direction n’avait donc pas d’autre proposition que de mettre la clé sous la porte et d’attendre des jours meilleurs. Et ils seront sans aucun doute nombreux les « chefs » d’entreprises à attendre une « embellie » en privant les travailleurs de ressources et en abandonnant les outils industriels et de service.
Si la situation du pays appelle des réponses sociales et politiques appropriées, Moisis Litsis regrette que « les syndicats dominants pensent encore la situation selon des schémas traditionnels (grèves, manifs, propagande, appels à des changements de politique économique et sociale…). Il n’y a, dit-il, ni coordination véritable ni réflexion sur le redémarrage de la production (ce qui est d’ailleurs difficile car en fait de production, beaucoup des entreprises grecques étaient des entreprises de commerce). Par exemple, les métallos de la Chaliburgia sont en grève depuis pratiquement trois mois contre les baisses de salaires et les licenciements 1. Ils contrôlent leur usine, mais ils se contentent d’organiser des manifestations et le mouvement de  solidarité mais n’envisagent pas de reprendre le travail pour le bien des travailleurs et de la société tout entière. »
Toujours selon Moisis Litsis, « l’autogestion est la seule solution ». Il n’y a pas d’alternative : « Étant donné la situation économique et financière du pays qui va de mal en pis, je n’entrevois pour notre journal aucune possibilité de retourner à une quelconque normalité. Je crois que de plus en plus de propriétaires vont abandonner leurs entreprises. Ils ne veulent pas y mettre le moindre sou de leur poche et préfèrent attendre de voir comment la crise grecque va évoluer. »



Un comité de rédaction du quotidien. Photo: Ek Prosopos, Eleftherotypias
L’autogestion c’est pas de la tarte !
Les travailleurs Éleftherotypia ont donc été confrontés à un dilemme : soit attendre une « solution industrielle » s’apparentant à l’arlésienne, soit se saisir de leur outil de travail  pour le « remettre en marche » afin que le peuple grec en lutte puisse disposer d’un journal « différent, critique, radical ». Éleftherotypia est donc réapparu dans les kiosques sous le titre de « Liberté d’expression des travailleurs ».
Si les salarié-es ne sont pas tous convaincus qu’il soit possible de trouver des « solutions en dehors de l’économie de marché », en prenant la décision de faire leur journal, les hommes et les femmes d’Éleftherotypia, ainsi que l’explique Moisis Litsis, ne se sont pas pour autant lancés dans une « expérimentation sociale ». Marie Aphrodite Politi parle, quant à elle d’une « sorte d’autogestion ». Ce qui est certain, c’est que dans la situation concrète qu’ils vivent, les travailleurs tentent tout simplement de répondre à une double nécessité : travailler et gagner (un peu) leur vie et agir pour préserver leur collectif de travail, leur outil de travail et peser sur la situation.
Financé par des participations militantes de toutes sortes et vendu 1 euro, le journal a été conçu et imprimé en dehors des installations d’Éleftherotypia car les lieux de travail ne sont pas occupés. Marie Aphrodite Politi indique ainsi que les ouvriers du livre de l’imprimerie du journal – qui est la propriété de la même société – « hésitent à occuper leurs ateliers et à s’engager dans la production du journal ». La situation s’est quelque peu modifiée depuis que Liberté d’expression des travailleurs est paru, les patrons ayant bloqué les accès et coupé l’électricité, le téléphone et Internet…
Au cours des semaines qui ont précédé la sortie du premier numéro, outre les assemblées générales, des groupes de travail séparés ont réuni journalistes, employés de bureau et imprimeurs afin de mieux réfléchir sur « les moyens de publier » Éleftherotypia, sur la « popularisation de la lutte » mais aussi pour que « ceux qui veulent continuer à travailler “normalement” puissent le faire ». Un problème des plus difficiles à résoudre, estime Moisis Litsis, est celui de l’implication d’autres métiers dans le processus de publication du journal. Les discussions portent aussi sur le type de journal à produire. Certains sont partisans de faire un journal de grève, voire un journal militant, d’autres, telle Marie Aphrodite Politi, veulent publier un journal engagé, mais un «  véritable journal avec ses rubriques habituelles : informations, politiques, sportives, culturelles, télé ». On trouve ainsi au sommaire du numéro 2 de Liberté d’expression des travailleurs un dossier consacré à la situation en Europe « Quo Vadis Europa », un entretien avec l’eurodéputé Daniel Cohn-Bendit, un autre avec Eric Olin Wright sur le Occupy Movement américain et de nombreux articles sur les événements courants en Grèce et dans le monde.
Quand Éric Toussaint, le président du CADTM évoque la situation générale du pays, il ne manque pas de souligner que si la résistance aux mesures de paupérisation imposées au peuple grec passe par de multiples canaux : «grèves générales, occupation des places publiques, manifestations de rue, résistance aux augmentations de tarif des services et des transports », il ne faut pas oublier « la relance de l’activité de certains services comme celui de l’hôpital de Kilkis en Macédoine ou le redémarrage […] du quotidien Eleftherotypia sous conduite des travailleurs ».

mercredi 15 février 2012

Les travailleurs d’Eleftherotypia sont de retour avec leur propre journal ! Οι Εργαζόμενοι στην Ελευθεροτυπία επιστρέφουν με τη δική τους εφημερίδα

Traduit par  Giorgos Mitralias, édité par  Fausto Giudice 

Ça y est ! C’est fait! Les travailleurs d’Eleftherotypia, un des plus grands et plus prestigieux quotidiens grecs, vont de l’avant dans la grande entreprise de l’édition de leur propre journal, “Les Travailleurs à Eleftherotypia” !



L'affichette annonçant la sortie du journal chez les marchands de journaux : "Les travailleurs d'Eleftherotypia sont de retour - Le journal des rédacteurs est ici ! Mercredi 15 février 2012"
Depuis le mercredi 15 février, les kiosques dans tout le pays affichent à côté des journaux habituels un journal de plus, écrit par ses propres salariés. Un journal qui ne cherche pas seulement à mettre en évidence la lutte des travailleurs d’Eleftherotypia, mais qui veut aussi être un journal d’information complète, spécialement en cette période si critique pour la Grèce.
Les 800 travailleurs et travailleuses à l’entreprise X. K. Tegopoulos, qui édite le journal Eleftherotypia, des journalistes aux techniciens,  des nettoyeuses aux employés et aux concierges, sont en grève reconductible  depuis le 22 décembre 2011 puisque le patron ne leur  verse plus leurs salaires depuis août dernier !
Les travailleurs d’Eleftherotypia, voyant que le patron demande l’application de l’article 99 du code  des mises en faillite, en vue de se protéger de ses créanciers, en réalité ses salariés auxquels il doit un total d’environ 7 millions d’euros en salaires impayés (!), ont décidé parallèlement aux mobilisations et aux actions en justice de faire paraitre leur propre journal.  Un journal distribué  par les diffuseurs de presse dans tout le pays, au prix d’un euro (contre le 1,30 euro qui est le prix habituel des autres journaux), avec comme objectif de soutenir la caisse de grève.
Étant impayés depuis sept mois, les travailleurs et travailleuses d’Eleftherotypia sont soutenus par un mouvement de solidarité des diverses collectivités ou même des citoyens isolés qui font des dons en argent ou en espèces (nourriture, couvertures, etc.).  Avec l’édition de leur propre journal et l’argent de sa vente, ils pourront soutenir financièrement leur grève sans qu’il y ait la moindre médiation de personne : En somme, ils avancent vers une sorte d’autogestion.
Le journal a été confectionné  dans un atelier ami, dans une ambiance qui rappelait l’édition d’un journal clandestin, puisque la direction, dès qu’elle a appris que les journalistes vont de l’avant dans leur entreprise d’édition, a coupé d’abord le chauffage, ensuite le système employé par les rédacteurs pour écrire leurs articles et enfin, elle a fermé l’atelier lui-même, bien que pour l’instant l’accès aux bureaux du journal reste libre. Eleftherotypia des Travailleurs a été imprimé dans une imprimerie étrangère à l’entreprise avec l’appui des syndicats des salariés de la presse,  parce que les travailleurs de sa propre imprimerie hésitaient à occuper leur lieu de travail.
La direction, qui a peur de l’impact de l’édition autogestionnaire du journal, menace de recourir à des actions en justice, elle intimide en menaçant de licencier les membres du comité de rédaction qui ont été élus tout a fait démocratiquement par l’assemblée générale des grévistes. Cependant, le public grec, et pas seulement les lecteurs d’Eleftherotypia, attendait avec grand intérêt sa parution – on a été submergé par les messages encourageant les journalistes à éditer seuls le journal- puisque la dictature des marchés est couplée avec la dictature des medias qui  rendent opaque la réalité grecque. S’il n’y avait pas le climat consensuel cultivé par la plupart des medias en 2010, avec l’argument qu’il n’y avait pas d’alternative quand le gouvernement Papandreou signait le premier Mémorandum dont l’échec patent est reconnu maintenant par tout le monde,  on aurait peut être vu le peuple grec se révolter plus tôt pour renverser une politique catastrophique pour toute l’Europe. 
Le cas d’Eleftherotypia n’est pas unique.  Des dizaines d’entreprises du secteur privé ont cessé depuis longtemps de payer leurs salariés, et leurs actionnaires les ont virtuellement abandonnées en attendant des jours meilleurs…Dans la presse, la situation est même pire. A cause de la crise, les banques ne prêtent plus aux entreprises tandis que les patrons ne veulent pas payer de leur poche, préférant avoir recours à l’article 99 –il y au moins 100 sociétés cotées en bourse qui l’ont déjà fait- afin de gagner du temps en vue de l’éventuelle faillite grecque et de sa probable sortie de la zone euro.
Elefthrotypia a été créée en 1975 comme un “journal de ses rédacteurs” dans la période de radicalisation qui a suivi la chute de la dictature en 1974.  Aujourd’hui, dans une époque marquée par la nouvelle “dictature  des créanciers” internationaux, les travailleurs et les travailleuses d’Eleftherotypia ont l’ambition de devenir l’exemple lumineux d’une information totalement différente,  en résistant  à la « terreur » tant du patronat que des barons des médias, qui ne voudraient absolument pas voir les travailleurs prendre en main le sort de l’information.
La Une du nouveau journal

samedi 31 décembre 2011

La vie des travailleurs est plus importante que la soif de profits des entreprises Οι ζωές των εργαζομένων είναι πιο σημαντικές από την απληστία των εταιρειών

Appel du Comité d'Initiative des Travailleurs du quotidien grec Eleftherotypia
Πρωτότυπος: Οι ζωές των εργαζομένων είναι πιο σημαντικές από την απληστία των εταιρειών
Traductions disponibles :

ELEFTHEROTYPIA (ce qui signifie en grec : liberté d'expression) est un des grands quotidiens grecs, fondé au milieu des années 70, immédiatement après la chute de la dictature des colonels(1967-1973), en tant que ''journal conçu par les rédacteurs eux-mêmes''. L'expérience d'autogestion n’a pas duré longtemps et le titre ainsi que les travailleurs ont été rachetés par un entrepreneur aux vues progressistes, Christos Tegopoulos. Pendant trois décennies, jusqu'à la mort de son propriétaire, ce journal s'est distingué comme une des voix les plus indépendantes de la presse grecque, dévoilant des scandales et restant libre de toute influence des grandes entreprises ou de l’État.
Son introduction en bourse rapporta beaucoup d'argent à son propriétaire, jusqu'à la chute de la bourse en 2000. Mais son propriétaire, qui donnait de somptueux salaires à ses cadres, a fait de grands emprunts et a réalisé des investissements qu'on peut qualifier d'optimistes, et qui n'ont pas donné de fruits. Après sa mort en 2006, ses filles ont pris la direction du journal, mais sans réorienter l'entreprise vers les nouvelles exigences du 21ème siècle. Parallèlement, l'emprunt a continué et de grandes sommes ont été engrangées au profit des actionnaires, ce qui a privé l'entreprise des capitaux nécessaires à son fonctionnement. Et cela jusqu'en juillet 2011, où brusquement, les salaires ont cessé d'être versés, au nom de difficultés de trésorerie.

Affiche de la grève des 1-2-3 décembre: "L'âme d'un journal, ce sont ses travailleurs"

Depuis lors, les travailleurs -environ 850 journalistes, techniciens et administratifs - continuent à publier le journal, percevant de manière sporadique quelques maigres émoluments et acquittant ainsi par leur travail non rémunéré les dettes accumulées par les propriétaires. La société ne cesse d'annoncer qu'elle va faire d'autres emprunts pour ''assainir'' l'entreprise … en licenciant jusqu'à 50 % du personnel , mais dans le même temps, elle refuse de rendre compte aux travailleurs du bilan économique et de leur permettre un contrôle de ses finances.

 

Comme l'a déclaré la Fédération Internationale des Journalistes (International Federation of Journalists), ''il ne peut y avoir de liberté de la presse lorsque les rédacteurs vivent dans des conditions de pauvreté, de démoralisation et de peur.'' C'est précisément cela qui se produit aujourd'hui à ELEFTHEROTYPIA ainsi que dans de nombreux autres médias grecs, avec charrettes de licenciements, grosses diminutions de salaires, travail non rémunéré. Cette situation est l'un des aspects de l'attaque globale contre les droits des travailleurs, la liberté de la presse, la démocratie, la société. Cette attaque a été orchestrée par le Mémorandum d'oppression économique et politique imposé par la Troïka (FMI – UE – BCE) et matérialisée par le gouvernement de collaboration des deux grands partis PASOK et Nouvelle Démocratie, alliés au parti d'extrême-droite LAOS.

  •  LA COMÉDIE A DÉPASSÉ TOUTES LES LIMITES !
  • LES 850 TRAVAILLEURS D'ELEFTHEROTYPIA DOIVENT RECEVOIR LEUR DÛ, IMMÉDIATEMENT !
  • NOTRE DIGNITÉ PASSE AVANT LEURS PROFITS !

Dessin de Stathis publié sur Eleftherotypia