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vendredi 27 janvier 2012

L'internationalisation de la question palestinienne commence par celle des prisonniers

par Amir Makhoul, 26/12/2011. Traduit par Najib Aloui نجيب علوي
Traductions disponibles : English  

La réussite dans l’internationalisation d’une question se mesure à la capacité à transformer celle-ci en  préoccupation d’ordre mondial. Elle signifie la création sur le terrain d’une situation où il devient impossible au système international de continuer à fuir ses responsabilités ou à entretenir la collusion avec les puissants au détriment des victimes spoliées de leurs droits. Il devient alors possible d’actionner les mécanismes internationaux allant dans le sens de la  restauration des droits des victimes, ce qui implique contraindre ceux qui violent ces droits à se soumettre aux décisions internationales.
Dans une telle situation, la justice devient pour la victime une arme puissante, capable  de faire pencher le rapport de force en sa faveur face à la puissance  répressive de la partie dominante- dans notre cas, face au régime colonialiste et raciste d’Israël.

Il y’a cependant une règle incontournable et que connaissent toute révolution populaire et tout mouvement de libération : il ne suffit pas d’être victime d’injustice pour gagner la solidarité mondiale. Pour que celle-ci naisse et se développe en leur faveur, il faut que les victimes soient non seulement conscientes mais aussi et surtout activement engagées dans la lutte pour la restauration de leurs droits, dans la résistance contre leurs oppresseurs. C’est dans la ténacité de cette  lutte, sa capacité  à toujours faire face aux nouveaux défis que se trouve l’ingrédient capable de transformer la sympathie internationale en solidarité agissante et efficace, c'est-à-dire  en action politique douée de vision stratégique.
 
Woman holds sign in front of Israeli prison gates
Libérez-les maintenant !
(Issam Rimawi / APA images)

L’internationalisation consiste essentiellement à mobiliser et à entretenir la solidarité populaire mondiale ainsi qu’à agir en vue d’encourager les organismes internationaux à assumer leurs responsabilités.

Un mouvement de solidarité mondial actif et en pleine expansion peut puissamment influer sur les gouvernements, les instances législatives ainsi que les médias dans différentes sociétés et pays à travers le monde ; il peut aussi agir sur les instances officielles et internationales, tout cela en vue d’amener des changements de politiques sur deux fronts : soutenir et renforcer les victimes de l’injustice, d’une part, donner davantage de vigueur à leur espoir de voir leur juste combat aboutir grâce à leur lutte et grâce à la légalité internationale et, d’autre part, affaiblir et isoler l’oppresseur colonial raciste en le soumettant à des sanctions et en le privant de sa légitimité, le but ultime étant le démantèlement de ses structures répressives.
Libérez-les maintenant !
Pourtant, la position officielle palestinienne sur la question des détenus palestiniens dans les prisons israéliennes compromet gravement cette cause centrale dans le combat de notre peuple. (Voir Palestinian prisoners in Israeli jails).

La position officielle, en substance, est qu’aucun accord de paix avec Israël ne sera signé tant que tous les prisonniers n’auront pas été libérés. En pratique, cela revient non seulement à pérenniser  leur détention en remettant  la question de leur libération à un avenir indéterminé mais à la réduire à un statut mineur dans l’agenda national palestinien. Libérer les prisonniers doit signifier les libérer maintenant.

Israël s’est acharné à transformer le cas d’un de ses soldats d’occupation capturé par la résistance palestinienne en question humanitaire de dimension internationale alors que dans le même temps elle a exigé que les 7000 prisonniers palestiniens de la liberté soient considérés comme des  « terroristes ».

Pourquoi la position officielle palestinienne manifeste- t’elle autant de déférence à l’égard de cette curieuse logique ? Pourquoi la victime, la partie qui a la justice de son côté doit-elle présenter des excuses, présenter des excuses au nom des Palestiniens qui ne font que défendre leurs droits? Pourquoi adopter la posture de celui qui demande pardon ? Quand avons-nous entendu pour la dernière fois une voix palestinienne officielle s’élever aux Nations Unies ou à l’Union Européenne  ou même à Ligue Arabe pour défendre le droit et le devoir des Palestiniens de résister par tous les moyens à l’occupation, à la colonisation et à l’exode forcé ?

Cette étrange mentalité a récemment conduit un officiel de haut rang de l’Autorité Palestinienne à soulever la question de « l’incitation mutuelle » (à la violence) et à demander que soit réactivée la commission mixte supposée la gérer. Quelle tournure d’esprit a pu conduire un représentant supposé d’un peuple qui est soumis dans son intégralité à la colonisation, à la dépossession, à l’exode forcé et au blocus à accepter l’idée même d’une « symétrie » entre l’oppresseur colonial occupant et sa victime ?

Nous touchons là directement à la question des prisonniers. La position palestinienne officielle sur la scène internationale est, d’une part, de «condamner la violence » et donc tout acte de résistance contre l’occupant et, d’autre part, de coopérer étroitement avec l’establishment sécuritaire israélien. Quel message une telle position envoie- t’elle  aux prisonniers palestiniens dont certains sont détenus depuis des dizaines d’années pour avoir participé à la lutte de libération? La position officielle palestinienne n’est-elle pas négation de leur statut de prisonniers de la liberté, de la libération nationale, de la conscience et de la justice ?

Si nous voulons qu’un message gagne en popularité internationale, il faut qu’il soit clair et cohérent. Clarté et cohérence sont  absolument cruciales dans tout effort d’internationalisation. Les discours et les actes des instances officielles palestiniennes doivent être en accord avec ceux du peuple- la société civile, les mouvements populaires- et ceux des mouvements internationaux de solidarité.
La direction palestinienne ne doit pas saper la solidarité
La fidélité à un tel principe est vitale si nous ne voulons pas que se répète l’expérience amère que nous a fait vivre l’Autorité palestinienne  dans le sillage de la campagne de boycott des universités israéliennes menée au Royaume-Uni, campagne qui s’insère dans le cadre plus vaste du boycott académique et culturel d’Israël. Cette action, de par son ampleur et son efficacité inédites,  a permis aux mouvements de solidarité de faire une avancée de portée stratégique mais voici ce qui est arrivé : quelques semaines à peine après le lancement de la campagne, l’université Al Qods de l’Autorité Palestinienne conclut un accord avec la Hebrew University israélienne. Cette décision n’est rien d’autre qu’un coup de poignard dans le dos,  porté aux mouvements  de solidarité avec le peuple palestinien.

Nous devons aussi nous poser la question de savoir l’importance qu’accordent l’A.P et l’OLP à la question des prisonniers dans leur diplomatie internationale, à l’ONU et dans leurs réunions avec les Israéliens. La considèrent-ils comme une question nationale prioritaire? Il semble que non, car rien ne peut justifier leur incapacité à lui donner, durant les pourparlers qui ont eu lieu ces dernières années, statut de question centrale dont la solution conditionne à l’avance tout progrès.

Les accords d’échange de prisonniers ne peuvent en eux-mêmes prendre en charge la question des prisonniers dans son ensemble. De même, se confiner dans l’attente d’un accord de paix doté de pouvoirs magiques est s’égarer dans la futilité. On ne peut, non plus, porter cette question devant  l’appareil judiciaire israélien puisque cet appareil est dans son essence organe du dispositif répressif de l’Etat raciste occupant, organe destiné à  légitimer les crimes de celui-ci en leur donnant « couverture légale ».

La question des prisonniers pourtant reste un élément essentiel du conflit et nul ne peut ignorer que son issue dépend des rapports de force. Il est certain que les révolutions arabes auront un effet décisif sur le rapport de force à l’échelle régionale et sur la gestion du conflit. Dans ce contexte, l’internationalisation offre la possibilité  de se libérer des règles du jeu qui ont prévalu jusqu’à présent et d’en imposer de nouvelles.

En dehors de cette voie, le renoncement de la direction officielle palestinienne à son rôle et le déclin de la lutte populaire qui s’en est ensuivi, offrent aux prisonniers peu d’options dans la lutte autres que la grève de la faim. Et il n’est pas toujours assuré que celle-ci permette des gains mineurs ou du court-terme, sans parler de sa capacité à faire avancer la cause de leur libération. De nouvelles formes de lutte s’imposent. Elles doivent être élaborées dans les prisons et être liées à la lutte d’ensemble et à ses objectifs stratégiques.
Engager la société civile
Il y’a dans le monde un gisement immense et varié d’organisations palestiniennes, arabes et internationales qui sont crédibles et compétentes,  qui possèdent un parcours de lutte en faveur des droits palestiniens incluant, bien sûr, la lutte en faveur des prisonniers. Les organisations palestiniennes peuvent entretenir des relations plus denses avec elles, tisser des réseaux avec leurs homologues dans le monde afin d’amener des changements de politiques en faveur des droits palestiniens.

Les bureaux de représentation officielle palestinienne doivent  se montrer plus disposés à faciliter un tel travail, à encourager les mouvements populaires et à leur donner un soutien officiel. La décentralisation et la complémentarité sont indispensables dans ce contexte. Nous constatons malheureusement que trop souvent, les politiques et pratiques quotidiennes des instances palestiniennes officielles entravent ou entrent en conflit avec le militantisme pro-palestinien non-officiel. Ce fait s’est manifesté de façon flagrante dans le cas du mouvement palestinien et international BDS (Boycott, Désinvestissement et Sanctions) lancé contre Israël. Les instances officielles supérieures palestiniennes s’y sont opposés sous le prétexte des négociations en cours avec le gouvernement de Ehud Olmert.

La tâche de l’internationalisation doit être confiée à un Comité National de Coordination comprenant des représentants des organisations populaires et de la société civile ainsi que des représentants des instances officielles, tous provenant aussi bien de la Palestine historique que de la diaspora. Les missions confiées à chacun des groupes en son sein doivent être coordonnées et se fonder sur la vision que la cause palestinienne est une et indivisible et que, d’autre part,  Israël constitue un bloc oppresseur dont la nature reste toujours la même par delà ses diverses politiques. En d’autres termes, l’occupation de la Cisjordanie et de Gaza, la spoliation des terres, le régime raciste à l’intérieur de la Ligne Verte  ainsi que l’épuration ethnique subie par les réfugiés et les déplacés procèdent tous de la nature coloniale et raciste de l’Etat israélien.
Revoir la stratégie et les priorités
Dans le processus de gestion du conflit, il ya des questions essentielles qui ne peuvent ni être gelées ni remises à plus tard. Aucun officiel palestinien n’a mandat pour les mettre de côté au profit d’autres tâches, même s’il est vrai que les résultats ne peuvent être obtenus simultanément pour toutes les questions.

Il faut, à l’échelle arabe et palestinienne, faire une réévaluation d’ensemble de la stratégie consistant à négocier afin d’obtenir des solutions transitoires. Cette réévaluation doit inclure les effets de cette stratégie sur les droits palestiniens  ainsi que sur la lutte en vue de les réaliser. A cet égard, les conséquences désastreuses des accords d’Oslo durant les deux dernières décennies sont devenues claires. En morcelant les droits palestiniens fondamentaux, on en a fait des fragments otages les uns des autres, de la monnaie d’échange par le biais de  laquelle obtenir un droit signifie en concéder un autre.

Au niveau international, il peut parfois sembler que des gains diplomatiques peuvent être obtenus en donnant la priorité à une série de droits fondamentaux –ou à une question, telle que la colonisation de la Cisjordanie et de Jérusalem- et en ignorant les autres. Mais il y a un risque, aussi bien à l’intérieur que sur le plan international, que ces droits soient indéfiniment  laissés à l’abandon parce qu’ils ne sont pas considérés comme prioritaires par la direction palestinienne actuelle. Par exemple, la campagne palestinienne officielle tentant d’attirer l’attention internationale sur la colonisation porte, à dessein ou non, le message implicite que la libération des prisonniers n’est pas une grande priorité.
Nous n’avons jamais entendu un négociateur official palestinien menacer d’arrêter les pourparlers ou de porter la question devant le Conseil de Sécurité tant  que les prisonniers n’ont pas été libérés ou que, au moins, un calendrier pour leur libération soit discuté. Nous avons là affaire à une décision politique palestinienne marquée par l’indécision et le refus d’assumer une position claire étant donnés les rapports de force à l’échelle régionale et internationale. Nous avons là, en d’autres termes, affaire aux conséquences désastreuses des accords d’Oslo qui ont induit une impuissance qui touche aussi bien à la substance qu’à l’application.

Toutes les questions liées aux droits des Palestiniens qui ont été « remises à plus tard » sous les accords d’Oslo restent encore « remises à plus tard » et semblent condamnées à rester ainsi indéfiniment. Ce sort s’applique à la question des réfugiés et des déplacés ainsi qu’à celle de Jérusalem. Cela, sans parler de l’acceptation tacite par la direction palestinienne de l’idée que les Palestiniens de 1948 constituent une affaire interne israélienne- une notion que ces mêmes Palestiniens rejettent de toutes leurs forces.

A propos des prisonniers, l’expérience nous a montré qu’Israël n’est pas fidèle à son principe déclaré de ne pas libérer les prisonniers impliqués dans des actions où des Israéliens ont été tués. La même chose s’applique à son refus de libérer des prisonniers provenant de Jérusalem ou des territoires de 48. Ce qui compte, ce sont les rapports de force et les rapports de force ne sont pas statiques, ils changent avec le niveau de la lutte populaire palestinienne, avec la  politique officielle palestinienne et avec la volonté libératrice palestinienne dans son ensemble.

La cause de la libération des prisonniers exige que la lutte soit menée sur deux fronts qui se complètent l’un l’autre, à l’intérieur et à l’extérieur des murs des prisons.

vendredi 23 décembre 2011

Histoire de la Pastèque et des Quarante Prisonniers

par Ameer Makhoul. Traduit par  Najib Aloui , Tlaxcala

Le vendredi 24 juin à midi quarante-six, l’administration des prisons israéliennes offre pour la première fois en 2011 de la pastèque aux prisonniers palestiniens de Gilboa, raconte Amir Makhoul : Le règlement officiel fixe la quantité de fruits à laquelle a droit chaque prisonnier à 180 grammes par jour. C’est un de nos droits fondamentaux. Quelques jours auparavant cependant, les fruits étaient absents et pour les remplacer, chaque prisonnier recevait un oignon.
Portées par les vagues d’émotion primaire soulevées par les déclarations de leur Premier ministre Netanyahou, des clameurs se sont élevées en Israël pour exiger la vengeance. Contre qui ? Contre les 7000 prisonniers palestiniens et arabes de la liberté détenus dans les prisons israéliennes.

Netanyahou a parlé lors de la conférence de Shimon Perès qui s’est tenue le 23 juin 2011, la veille du cinquième anniversaire de la capture par le Mouvement de la Résistance Islamique (Hamas) d’un soldat de l’occupation israélienne et dans un climat marqué par l’amplification de la campagne populaire réclamant un accord d’échange de prisonniers en vue du retour du dit soldat. Netanyahou a annoncé la fin de « l’ère des privilèges » pour les 7000 prisonniers, la fin des  « festins gras » et la fin de l’autorisation donnée à quelques centaines d’entre eux de poursuivre leurs études par correspondance avec l’université ouverte israélienne, études que ces prisonniers, il faut le rappeler, paient de leurs poches. Pour encore assouvir le désir de vengeance, ce Premier ministre a annoncé qu’il avait donné des instructions précises aux administrations des prisons pour que les conditions de détention dans ces prisons colonialistes et racistes soient rendues encore plus dures.  
Pour leur part, les médias israéliens les plus en vue, fidèles à leur rôle de médias aux ordres que n’embarrassent ni la déontologie ni la simple pudeur, n’ont pas pu s’empêcher d’étaler la jouissance que leur procure à l’avance l’idée de voir les conditions de vie des prisonniers encore empirer. Ainsi en est-il de Ayala Hasson, journaliste bien connue et présentatrice-vedette de l’émission hebdomadaire Yoman, qui n’a pas trouvé mieux, lors de l’émission du vendredi 24 juin, que de dire le « sentiment de révolte » que suscite en elle cette « chose abominable », ce « gâchis intolérable » que constituent les « festins de poulet » que prennent les prisonniers. Il est peut-être bon de dire ici que ces festins consistent en un seul poulet- payé de la poche des prisonniers afin de pallier l’insuffisance de nourriture- partagé entre huit prisonniers entassés dans une cellule où chacun a droit à moins de deux mètres carrés d’espace. Ajoutons encore que ce poulet est accompagné d’un piment fort dont la brûlure est pour le prisonnier jouissance incomparable en ce lieu de misère carcérale israélienne.
 
A travers la performance télévisuelle d'Ayala Hasson, nous touchons du doigt le fond de la « civilisation » colonialiste israélienne, un fond qui n’est fait de rien d’autre que d’arrogance et de vilénie. C’est la civilisation officielle des médias israéliens pour lesquels le mensonge éhonté n’est qu’instrument pour d’abord légitimer ensuite amplifier la jouissance qu’offre le spectacle de la souffrance palestinienne.
Mushir Abdelrahman/MaanImages

Le vendredi 24 juin à midi quarante-six, l’administration des prisons offre pour la première fois en 2011 de la pastèque aux prisonniers. Le règlement officiel fixe la quantité de fruits à laquelle a droit chaque prisonnier à 180 grammes par jour. C’est un de nos droits fondamentaux. Quelques jours auparavant cependant, les fruits étaient absents et pour les remplacer, chaque prisonnier recevait un oignon.
Mais aujourd’hui, à notre grand étonnement, on nous a donné à savourer de la pastèque et chacun a eu sa part. Les sept sections de la prison comptent chacune 120 prisonniers et chaque section a reçu son lot, à savoir trois pastèques. 
 
Il faut dire qu’ici, les prisonniers sont regroupés, selon l’origine géographique, en sections séparées et isolées les unes des autres. Ainsi, les prisonniers du Golan, d’al Qods et de l’intérieur sont ensemble et à part, ceux de la Cisjordanie également, de même que ceux de Gaza. Dans les prisons du Sud, les prisonniers sont séparés selon l’appartenance aux différents mouvements de la résistance palestinienne  avec comme impératif spécial, la séparation des prisonniers du Fatah de ceux du Hamas. Il faut encore préciser ici que les détenus des prisons israéliennes du sud sont interdits de visite familiale ou autre depuis quatre ans.
 
Pour revenir à nos pastèques, trois pastèques de taille moyenne à diviser entre 120 prisonniers, soit une pastèque à découper en 40 tranches égales, que faire ? Une tâche extrêmement difficile que les membres de l’ équipe de prisonniers affectés à la distribution de nourriture se sont employés à accomplir de leur mieux en allouant à chacun un triangle isocèle dont les deux côtés égaux délimitent une pellicule translucide de chair rouge alors que la base est faite d’écorce verte qui pèse plus lourd que le reste et s’impose d’office dans les 180 grammes quotidiens réglementaires. Nonobstant, chaque triangle s’est acquitté de son rôle d’émettre son arôme, de faire sa mensongère promesse de saveur rafraîchissante et de chatouiller le palais avant de disparaître.
 
Netanyahou a tenté de détourner les regards vers autre chose que la crise qu’il vit en tant que dirigeant, crise qui le dépasse car elle est crise de son gouvernement et de son Etat. Cette manœuvre lui a permis dans le même temps d’orienter la pression populaire demandant la conclusion d’un accord d’échange de prisonniers avec Hamas, non pas vers son échec mais vers des cibles faciles toutes trouvées : les 7000 prisonniers de la liberté palestiniens et arabes qui croupissent dans les prisons israéliennes. Là, Netanyahou a réussi parce qu’il a trouvé une opinion publique israélienne –y compris la famille du dit prisonnier- disposée à se laisser détourner des tares de son Etat et de ses dirigeants pour embrasser l’instinct de vengeance et la poursuite illusoire du sentiment de puissance.
 
Dans un studio médiatique qu’ils ont baptisé « Cellule », il se sont affublés du rôle de la victime. Les grands de leur peuple , leurs élites ont fait cela pour se donner le sentiment qu’ils éprouvent ce qu’éprouve le soldat occupant prisonnier de la résistance palestinienne. Dans une cellule virtuelle faite pour l’exhibition, ils ont fabriqué le mensonge et se sont efforcés de lui donner statut de vérité afin de le reproduire à leur guise et d’en faire moyen de déterger la conscience des occupants. Dans leur soif de conquête totale, ils ont inventé un monde de mots où ils deviennent eux-mêmes les occupants de la cellule dans laquelle ils ont jeté le prisonnier palestinien, afin qu’ils puissent, eux les bourreaux, se dire et dire au monde « c’est nous qui sommes prisonniers dans cette cellule, c’est nous qui endurons de grandes souffrances ». Pour ce faire, ils se sont acharnés et s’acharnent encore à effacer les visages, les noms , les histoires personnelles, l’appartenance à leurs proches et à leur peuple , la souffrance et la lutte des 7000 prisonniers palestiniens afin d’en faire des séries de matricules aptes , selon eux, à n’être qu’oubli devant le nom du soldat de l’occupation israélienne.
 
L’histoire de la pastèque et des quarante prisonniers m’a rappelé celle d’Ali Baba et des Quarante Voleurs. Mais alors que dans le conte populaire , les quarante bandits se sont enfermés dans des jarres pour échapper à la justice, dans la vie réelle que nous vivons, il y a un seul bandit qui évolue dans un monde qui reste encore ouvert mais qui ne cesse de se rétrécir autour de lui. Ce bandit a volé et encore volé, commis crime sur crime, volé la liberté et la patrie, les prisonniers et le peuple et n’a hésité devant le crime que dans la mesure où il se heurtait à notre résistance. 
 
Mais voici la différence entre lui et nous : il se nourrit de mensonge et d’illusion pour simplement être, pas nous. Quant au « festin » des prisonniers, en dépit du fait que nous le prenons sur la table de l’oppression, il a pour nous cette saveur que seule notre volonté de vivre et de lutter peut lui donner, car nous ne sommes pas des orphelins oubliés, nous appartenons à un peuple et à une lutte qui nous libérera. La question de savoir quand viendra cette libération se pose mais la réponse nous appartient, à nous les prisonniers, à nous le peuple. 
Amir Makhoul est prisonnier politique dans l’Etat d’Israël. Directeur d'Ittijah, l'Union des associations communautaires arabes d'Israël et membre dirigeant de la communauté palestinienne d'Haïfa, il a été condamné en janvier 2011 à 9 ans de prison ferme plus 1 an avec sursis pour "espionnage" et "contact avec un agent étranger" du Hezbollah libanais, sur la base d' "aveux" arrachés par la torture physique et morale. Il a été détenu dans la prison militaire israélienne de haute sécurité de Gilboa, dans la Vallée de Beït Shéan. Il n’a cessé de proclamer que sa condamnation est politique et vise à décapiter la direction politique et civile des Palestiniens vivant dans les territoires occupés en 1948, généralement appelés Israël.
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    vendredi 22 mai 2009

    De Guantánamo à ADX, l’Alcatraz des Rocheuses

    Par Fausto Giudice, 22 mai 2009

    Ainsi donc, Barack Obama va tenir sa promesse de fermer la prison illégale de Guantánamo, mais il ne va pas pour autant ordonner la libération de tous les détenus de la « guerre contre le terrorisme » déclenchée par son prédécesseur. Si environ 50 prisonniers devraient être libérés, les environ 200 détenus restants devraient être transférés vers le continent usaméricain, vraisemblablement vers la prison de « sécurité maximale » réputée être la plus performante de l’Empire, ADX, à Florence, dans le Colorado. Ces détenus vont-ils être jugés ? Pour le moment, Obama n’a pas répondu clairement à la question.
    ADX, qui va succéder à Guantánamo, mérite d’être connue. Située à 145 km au sud de Denver et à 72 km au sud de Colorado Springs, elle fait partie d’un complexe de trois prisons fédérales, de moyenne, haute et très haute sécurité, achevé en 1994 dans une région totalement polluée par une mine d’uranium qui a fermé il y a quelques années et où seule la construction de quelques prisons était susceptible de procurer du travail à la population jeune de la région.

    ADX est un véritable cauchemar climatisé et électronique, avec ses 1400 portes d’acier dont »jamais deux ne son ouvertes en même temps », ses caméras, ses rayons laser, ses barbelés et ses cellules de 2 m sur 3,5, tout en ciment et acier, sans lumière naturelle, où les détenus sont enfermés 23 heures sur 24, ne disposant que de 9 heures par semaine pour être hors de leurs cellules, dans des cours où ils ne peuvent jamais se rencontrer.Dans les cellules, ils disposent , s’ils sont jugés les mériter, de téléviseurs noir et blanc et de radios, sur lesquels ils ne peuvent accéder qu’à des émissions éducatives et de télé-réalité. Les journaux leur arrivent avec 30 jours de retard, après être passés sous les ciseaux de la censure.Sécurité maximale ? Trois prisonniers y ont tout de même trouvé une mort violente en 15 ans.
    Fin 2007, 463 des 490 cellules individuelles d’ADX étaient occupées par des détenus. Il faudra donc que l’administration procède à des transferts si elle veut faire de la place pour les détenus de Guantánamo. Ce qui ne sera pas sans poser des problèmes. En effet, les hommes détenus à ADX sont considérés comme les plus dangereux de tout l’archipel du goulag impérial. Parmi eux se trouvent ou se trouvaient :
    Barry Byron Mills (Fraternité aryenne), emprisonné pour divers crimes depuis 40 ans.
    Charles Harrelson (1928-2007) père de l'acteur Woody Harrelson, emprisonné pour avoir tué le juge John H. Wood, Jr." le 29 mai 1979. En 1982 il a prétendu avoir participé à l'assassinat de John F. Kennedy.
    David Lane, meurtrier d'Alan Berg, un animateur juif libéral de talk-show)
    Eric Robert Rudolph, poseur de la bombe de l'Olympic Park à Atlanta
    Francisco Javier Arellano Félix (Chef mexicain du Cartel de Tijuana).
    Howard "Pappy" Mason, trafiquant dedrogue emprisonné pour avoir tué le policier Eddie Byrne).
    José Padilla (Abdullah al-Muhajir), condamné comme « terroriste islamiste,» en 2008.
    Larry Hoover, leader de la Black Gangster Disciples Nation, de Chicago.
    Matthew F. Hale, suprématiste blanc condamné pour avoir ordonné l'assassinat d'un juge fédéral.
    Michael Swango, le docteur tueur en série arrêté en 1997 pour avoir tué jusqu'à 60 personnes)
    Omar Abdel-Rahman , le Cheikh aveugle impliqué dans l'attentat à la bombe contre le World Trade Center en 1993)
    Ramzi Yousef ,neveu de Khaid Cheikh Mohamed, impliqué dans l'attentat à la bombe contre le World Trade Center en 1993
    Ahmed Ajaj , lui aussi impliqué dans l'attentat à la bombe contre le World Trade Center en 1993
    Richard Reid, l’homme qui avait une bombe dans le talon d’une de ses chaussures, alias "Shoe bomber"
    Robert Hanssen, agent du FBI condamné pour espionnage au profit de l'Union soviétique et de la Russie)
    Terry Nichols, conspirateur de l'attentat d'Oklahoma City
    Theodore Kaczynski, dit "Unabomber"
    Timothy McVeigh (1968-2001), responsable de l'attentat d'Oklahoma City, exécuté le 11 juin 2001.
    Zacarias Moussaoui, condamné pour conspiration dans les attentats du 11 septembre 2001
    Dandenis Muñoz Mosquera, alias Dandenes Munoz-Mosquera, alias Luis Fernandez, alias Hernandez-Hernandez, alias Esteban Restrepo Echavarria, alias La Quinca, alias Luis Fernando, tueur à gages du cartel de Medellín, accusé de plusieurs meurtres et d’un attentat contre un avion de ligne.
    Mutulu Shakur, beau-père du rappeur Tupac Shakur, condamné pour un hold-up sanglant contre un transport de la Brink’s, commis en 1981 par un commando conjoint de la Black Liberation Army et du Weather Underground. Sa complice Kathy Boudin, a été libérée sur parole en 2003 et lui-même doit sortir de prison en 2016.


    Mais le détenu le plus isolé est Thomas Silverstein, un ancien membre de la Fraternité aryenne (une organisation née en prison parmi les détenus blancs qui éprouvaient le besoin de s’organiser face aux organisations de détenus noirs comme les Black Muslims, qui furent à l’origine de la naissance de gangs politico-ethniques dans les prisons. Sans être particulièrement progressiste, la Fraternité aryenne n’avait rien de nazi et se spécialisa dans le trafic interne de drogue), à laquelle il a adhéré durant son séjour à la prison de Leavenworth.

    C’est qu’il a commencé jeune sa carrière de détenu à l’âge de 19 ans, en 1971, échouant à San Quentin pour un vol à main armée. Il a ensuite été condamné pour le meurtre d’un détenu, puis pour celui de 4 gardiens de prison, dont le dernier à Marion en 1983. Silverstein , qui n’a reconnu que 2 de ces meurtres, est à l’isolement total depuis 26 ans, ce qui semble être un record inégalé.

    Dessin de Tom Silverstein

    Ce sont les meurtres de gardiens à Marion qui ont été à l’origine du concept de prison « supermax » et de la construction d’ADX. Silverstein est emprisonné depuis 34 ans et a connu l’un des pires traitements qu’un détenu ait connu aux USA, même pire que le fameux Birdman, Richard Stroud, qui fut à l’isolement à Alcatraz pendant 17 ans, et peut-être à égalité avec les trois Panthères Noires du bagne d’Angola en Louisiane, accusés à tort du meurtre d’un gardien et isolés dans des minuscules baraques en bois pendant plus de 20 ans. D’après Paul Wright, rédacteur de Prison Legal News, le sort de Silverstein ne peut être comparé qu’à celui des espions nord-coréens emprisonnés en Corée du Sud.

    La prison de Marion a ouvert en 1963, l’année où celle d’Alcatraz, The Rock, a fermé. À la fin des années 1970, elle était devenue la prison la plus violente des USA Entre 1979 et 1983, la prison a vécu 81 attaques de détenus contre d’autres détenus et 44 contre des gardiens. 13 détenus ont é té tués. Les années de Silverstein à Marion sont une longue suite de meurtres et de vengeances entraînant d ‘autres meurtres, entre détenus blancs et noirs, encouragés à s’entretuer par les gardiens.
    Le 22 octobre 1983, Silverstein, avec l’aide d’un détenu, parvient à se libérer de ses chaînes au cours d’un transfert à l’intérieur de la prison et, armé d’un couteau bricolé, en assène 40 coups au gardien Merle Clutts, dont il était devenu le souffre-douleur. Quelques heures plus tard, utilisant la même tactique, le détenu Clayton Fountain, un ami de Silverstein, tue le gardien Robert Hoffman. La justice rejettera toute circonstance atténuante pour ces meurtres, justifiés par leurs auteurs par les violences exercées sur eux par ces gardiens.

    C’est cette affaire qui sera à l’origine de la construction d’ADX, où Silverstein a été transféré en 2005. Et ce n’est pas à ADX qu’il risque de revivre ce qu’il a vécu au pénitencier fédéral d’Atlanta, où il connut une semaine de liberté au cours d’une révolte des détenus cubains en 1987, jusqu’à ce que ceux-ci lui remettent ses chaînes et le livrent à la direction de la prison, dont c’était une des premières exigences dans les négociations avec les mutins.
    Entretemps, Silverstein est devenu doux comme un agneau, se tournant vers le yoga et le bouddhisme pour calmer sa colère. Et du fond de sa cellule insonorisée dans l’unité Z, il continue de réclamer que l’on mette un terme à son isolement. Il a tout son temps : condamné à trois fois la prison à vie + 45 ans, sa date de libération possible la plus proche est en …2095.

    Tout comme Jamil Abdullah Al-Amin, qui, lui , croupit, au fond de ce qu’on appelle « le trou » (the hole), l’unité A. Jamil Al-Amin n’est autre que Rap Brown, le révolutionnaire noir célèbre dans les années 70 – il fut président du Student Nonviolent Coordinating Committee puis ministre de la Justice du Parti des Panthères Noires. Sa phrase la plus célèbre de l’époque : « la violence est aussi américaine que la tarte aux cerises ».
    Emprisonné à la prison d’Attica de 1971 à 1976 pour vol à main armée, il s’y convertit à ‘l’Islam. Installé dans le West End d’Atlanta, il y gérait une épicerie et animait la National Ummah, prêchant contre le trafic de drogue et les jeux de hasard, les deux plaies de la communauté noire. Jusqu’à cette soirée de l’an 2000 où un shérif-adjoint venu l’arrêter fut tué par un inconnu. Jamil Abdullah Al-Amin fut condamné à la prison à vie. Malgré les aveux d’un certain Otis Jackson, qui se dit l’auteur du crime, la Cour suprême a confirmé la condamnation en 2004. Le 21 octobre 2007, Jamil a été transféré à ADX où il a été mis au « trou », le bien-nommé « hole ». Si vous voulez en savoir plus sur lui,
    http://www.imamjamil.com/,
    D’autres détenus politiques ont séjourné à ADX, comme Oscar López Rivera, le vétéran du
    Vietnam et combattant pour l’indépendance de Porto-Rico, condamné à 70 ans de prison, qui a refusé une clémence conditionnelle proposée par le président Clinton, dans la logique de sa position de non-coopération avec les autorités judiciaires, puisqu’il se considère comme un prisonnier de guerre, ce qui l’a aussi amené à refuser de travailler en prison, puisque UNICOR, l’entreprise pénitentiaire qui fait travailler les détenus, est une sous-traitante du département de la Défense.


    Ray Luc Levasseur


    Tom Manning

    Ou encore ces autres vétérans du Vietnam, qui se sont politisés en prison, le Farnco-Canadien du Maine Raymond Luc Levasseur et Tom Manning, les deux principaux membres du groupe United Freedom Front, condamnés en 1986 pour une série d’attentats contre le Capitole, le consulat sud-africain de New York ou le siège d’Union Carbide, la multinationale responsable de la catastrophe de Bhopal en Inde. Levasseur est aujourd’hui de nouveau en liberté mais Manning reste en prison. Il a en tout été condamné à …135 ans de prison. C’est qu’en plus des attentats anti-impérialistes commis par son groupe, qui n’ont fait aucune victime, car le groupe envoyait toujours des avertissements, il a été condamné pour avoir tué un membre de la Garde nationale à un barrage routier. Il a plaidé la légitime défense, arguant que le militaire avait voulu le tuer.

    Tout ce petit monde se retrouve donc enterré vivant à ADX, où la lumière du jour ne pénètre pas, et dont le directeur, Ron Wiley, nommé en 2005 - il a 25 ans de carrière derrière lui et c’est son cinquième poste - fait sa tournée hebdomadaire, avec sa matraque (électrique, évidemment) anti-émeutes à la main, pour s’assurer que « tout va bien ».
    Étant donné ce qu’on le sait d’ADX, les 200 détenus qui y seront transférés en arriveront à regretter Guantánamo.