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mercredi 4 juillet 2012

COLOMBIE - Miguel Ángel Beltrán : "Il faut raconter la vérité”



par Miriam Valero, The Prisma, 24/6/2012. Traduit par  Cédric Rutter, édité par  Fausto Giudice, Tlaxcala
Son cas a fait le tour du monde. Victime d’un montage et accusé d'être l'un des leaders de la guérilla des FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie), Miguel Ángel Beltrán a été emprisonné pendant deux ans. Aujourd'hui innocenté et libre, il nous parle de la persécution qu'il a vécu pour avoir exprimé des critiques sur  le gouvernement et le conflit en Colombie.
Miguel Ángel Beltrán semble avoir le moral, mais ses yeux ne cachent pas la souffrance vécue.
Sociologue et professeur d'université de 48 ans, ce Colombien qui a enseigné à l'Université nationale de Colombie a été arrêté et emprisonné en mai 2009 après avoir été accusé d'être, sous le pseudonyme « Jaime Cienfuegos », l'un des plus hauts dirigeants des FARC. Après avoir passé deux ans dans la prison de La Picota, à Bogota, accusé de rébellion et de conspiration, il est sorti innocenté.
Les éléments de preuves l'incriminant avaient été manipulés. Selon le gouvernement, elles se trouvaient dans l'un des ordinateurs du chef de la guérilla, Raul Reyes, tué à la frontière avec l’Équateur dans le cadre de l'opération Phoenix, à l'époque de la présidence d'Alvaro Uribe.
Les informations contenues dans l'ordinateur ont servi à incriminer des Colombiens qui auraient menacé la sécurité nationale. Parmi eux des personnages bien connus – et tout aussi innocents : l'ex-sénatrice Piedad Cordoba, les membres du Congrès Wilson Borja et Carlos Lozano, mais aussi les présidents du Venezuela et de l’Équateur, Hugo Chavez et Rafael Correa.
Beltrán a été accusé d'entretenir des communications avec Reyes. Cependant, les preuves avancées étaient des documents Word (donc facile à manipuler) et la Cour suprême colombienne ne les a pas acceptées comme valables.
Le professeur a dénoncé les violations des droits humains et les agressions sur sa personne durant sa réclusion. Il affirme que l'ensemble du processus est le résultat de la persécution de ceux qui expriment une pensée critique face à la position du gouvernement dans le conflit colombien.
Lors d'une visite en Grande-Bretagne, il s'est entretenu en exclusivité avec The Prisma pour expliquer son affaire, ainsi que la situation colombienne après plus de 60 années de conflit.
Quelle est actuellement votre situation juridique et personnelle ?La décision du juge après le procès a été de déclarer mon innocence. Mais le bureau du procureur général a ouvert une procédure disciplinaire destinée à m'éloigner de  l'université et à m'interdire toute fonction publique. Un moyen de me faire taire. Je crains qu'ils réussissent car c'est un organe politisé qui a déjà rendu des décisions visant à réduire au silence l'opposition.
D'autre part, après ma sortie de prison, j'ai reçu des menaces et j'ai été harcelé par les médias officiels de Colombie. Cela m'a forcé à quitter le pays en septembre car il n'y a rien qui est fait pour assurer ma sécurité. Je suis loin de mes enfants et de ma femme.
Comment se sont passées les retrouvailles avec votre famille et vos collègues ?
C'était très touchant et encourageant de sentir le soutien et l'appui de ma famille, de mes étudiants, de mes collègues et de toute la communauté nationale et internationale. C’est toujours ça de gagné malgré ce que j'ai vécu et même si cela a été douloureux : cette campagne de solidarité a été si vaste qu'elle s'est étendue à d'autres prisonniers qui sont encore dans les prisons colombiennes.
Comment faire pour récupérer son image lorsque dans le monde entier on a été montré du doigt comme un leader des FARC ?
Il reste encore une stigmatisation. Ce qui est recherché quand on persécute quelqu'un, c'est de l'isoler. Personnellement, c'est très négatif. Mais je pense que dans mon cas, l'intention s'est inversée parce que mon innocence et le coup monté ont pu être démontrés.
Comment avez-vous ressenti le moment où vous avez été emprisonné au Mexique ?Pour moi, c'était une surprise. Je suis allé à un rendez-vous avec un fonctionnaire, j'étais accompagné de ma femme et d'un avocat. Ils m'attendaient à l'extérieur et ils n'ont jamais été informés de quoi que ce soit. C'est par les médias qu'ils ont vu que j'étais présenté comme un terroriste.
Comment s'est passé votre séjour dans la prison de La Picota ?J'ai été mélangé avec des personnes déjà condamnées, dont certaines étaient même accusées d'être des paramilitaires. Ce qui était une menace pour ma vie parce que dans mes écrits,  j'avais dénoncé les liens entre les paramilitaires et l’État. Ma condition de fonctionnaire public n'a pas été reconnue. J'aurais eu droit à être emprisonné dans d'autres pavillons que ceux de haute sécurité. Il y a 10.000 personnes dans la situation que j'ai vécue. Le droit à la défense est violé, leurs familles ne peuvent pas venir les voir, ils vivent dans des conditions de surpeuplement, sans soins médicaux et la nourriture est de très mauvaise qualité.
Qu'est-ce qui vous a fait tenir ?En premier lieux mes convictions. Penser que notre lutte était juste et qu'un abus avait été commis. Et aussi toute la solidarité internationale et celle de l'université. J'ai donc décidé de continuer mon enquête sur la situation des prisonniers colombiens et celle d'autres acteurs du conflit comme les guérilleros et les paramilitaires.
Y a t-il eu des irrégularités dans votre procès ?Dès le début, tout était illégal. Je me trouvais au Mexique pour présenter une thèse au Centre d'études latino-américaines de l'UNAM. Je n'ai pas été arrêté parce qu'il n'avait pas de mandat, tel que démontré par ma défense, mais c'était un enlèvement et une disparition forcée : pendant sept heures j'ai été détenu secrètement et torturé jusqu'à ce que je sois remis aux autorités colombiennes.
Ensuite, les preuves qu'ils ont utilisées au cours de la procédure provenaient du « fameux » ordinateur de l'ancien chef de la guérilla Raul Reyes. Mais cette preuve n'a jamais été présentée. Ils avaient soi-disant des e-mails censés me relier à lui, mais il s'agissait de documents Word. Comme l'ont reconnu un rapport d'Interpol et les témoins de l'accusation : il n'y avait pas de « traçabilité » de l'origine de ses messages. Il y a eu manipulation par des personnes qui avaient saisi l'ordinateur. Les documents ont été modifiés et l'information a été manipulée.
Selon vous, qui voulait vous accuser et vous voir en prison ?Cela s'est passé au plus haut niveau de l’État, avec le président Alvaro Uribe. C'était très clair. Le lendemain de mon arrestation, il a déclaré lors d'un événement public qu'un enseignant qui était dans « le vice du terrorisme » et qui était le terroriste international le plus dangereux des FARC avait été arrêté. Il a également remercié le gouvernement mexicain et son président Felipe Calderón pour ce travail. Il y avait donc un accord bilatéral entre les deux gouvernements pour créer cette situation. Quant à l'enquêtele général Oscar Naranjo, ancien chef de la police nationale de Colombie,  a  participé directement à ce processus. Il a également été démontré que l'État colombien avait payé des fonctionnaires mexicains pour me filer.Vous étiez un universitaire. Quelle partie de votre travail pouvait gêner ?Cela s'est déroulé dans le contexte de la politique dite de « sécurité démocratique ». Dans cette perspective, la plupart des universitaires qui ont critiqué cette politique ont été repérés, puisque, par décision présidentielle, il était établi qu'en Colombie il n'y avait pas de conflit armé, il était même interdit de le dénoncer. Pour le gouvernement, il y avait une démocratie et une menace terroriste. Nous, par nos écrits, avons dénoncé les violations flagrantes des droits humains en Colombie et cela allait à l'encontre de l'image qu'ils voulaient présenter au niveau international. Au cours du procès, beaucoup de mes textes ont été utilisés comme s'ils avaient été commandés par la direction des FARC.Quel est le but ultime de cette persécution ?Je ne pense pas que ce soit tant le procès de Miguel Ángel Beltrán, mais de ce qu'il représente en tant que pensée critique face aux politiques gouvernementales et à l'activité syndicale. Une façon de délégitimer notre réflexion et nos travaux est de vouloir faire croire que les guérilleros se seraient infiltrés à l'université.L'actuel président de la Colombie, Juan Manuel Santos, a reconnu l'existence d'un conflit armé.
Je reste très méfiant quand je regarde la trajectoire de Santos car il était le ministre de la Défense d'Uribe. Il est indéniable que son discours agressif du passé a changé, mais les mots sont restés. La proclamation sur la Loi des Victimes a été importante parce que c'est une façon de reconnaître le conflit, mais il y a des conséquences que Santos ne veut pas assumer comme le fait qu'il existe des prisonniers politiques. Le gouvernement a déclaré qu'il n'y avait pas de prisonniers de ce type, alors qu'il suffit juste de se rendre dans une prison pour se rendre compte que ce n'est pas vrai.
Il y a des choses sur lesquelles il faut enfin dialoguer. Je pense que nous sommes à un moment important, qu'il y a une pression internationale et un sentiment largement répandu dans le peuple colombien en faveur de la paix. Si Santos veut vraiment s'y engager, il devrait déjà initier des actions en ce sens.
Vous pensez qu'il est possible d'engager un dialogue avec les FARC ?

Je crois en la nécessité de ce dialogue et je pense qu'il peut avoir lieu dans la mesure où il y a une pression internationale. En ce moment, des secteurs de la société colombienne sont en train de mener des campagnes pour chercher une issue politique et « dialoguée » du conflit. Mais ce processus doit être accompagné d'une réelle volonté du gouvernement d'initier des transformations, des changements structurels nécessaires en Colombie. Il ne s'agit pas seulement de s'asseoir. Ce dont la Colombie a besoin, c'est, par exemple, d'une réforme agraire et d’une solution pour un large segment de la population vivant dans la pauvreté absolue.
Le conflit colombien semble sans fin ...

Mon séjour à Londres m'a permis de connaître l'expérience irlandaise. Il y a vingt ou trente ans, il était impensable qu'un tel processus se mette en marche, et je pense que s'il y a une volonté et une décision politique, c'est possible. Bien qu'actuellement, il n’y ait pas de perspectives optimistes, je sens que c'est possible en Colombie. Rappelez-vous cette phrase : « L'heure la plus sombre est celle qui précède l'aube ».
Considérez-vous les FARC comme un groupe terroriste ?

Non. Et il est important qu'en Colombie l'opinion change parce que quand vous dites à l'échelle internationale que les FARC ne sont pas un groupe terroriste, cela fait immédiatement de vous un ami de la guérilla. Alors qu'il ne s'agit pas de ça. Je considère qu'ils sont un acteur politique, qu’ils font partie de l'histoire colombienne, qu’ils sont une réponse à la violence de l'État.
Comment les médias se sont-ils comportés avec vous ?
Les médias officiels ont essayé de gagner ce qu'ils n'avaient pas obtenu au procès. Des articles et des éditoriaux ont été écrits pour dire qu'un terroriste était libre par la faute de la justice. En Colombie, cela équivaut à vous clouer au pilori et à faire de vous une cible des groupes paramilitaires. La relation entre les médias et le pouvoir économique est très étroite, ils sont utilisés comme un outil pour faire taire ceux qui ont une pensée critique face au gouvernement. Par exemple, le quotidien El Tiempo, a longtemps été détenu par la famille Santos, l'actuel président. Cependant, je voudrais distinguer deux types de médias. Les officiels, qui ne garantissent pas mon droit à la présomption d'innocence, et les médias alternatifs nationaux et internationaux qui ont été un soutien très important pour faire connaître la réalité de cette affaire.
Comment lutter contre les tentatives de réduire au silence ?
Dans mon cas, par exemple, la vérité s'impose. Maintenant que je suis sorti de prison, je pense que je peux pas rester silencieux. Si quelque chose est resté chez moi, c'est bien la conviction que nous taire ne va pas changer cette réalité. Je suis profondément attaché aux prisonniers que j'ai rencontrés et je vais continuer à lutter pour la défense de la pensée critique, pour qu'en Colombie les idées puissent librement s'exprimer et pourqu'existe un pluralisme.

mardi 6 juillet 2010

Colombie : La victoire de Santos est le triomphe illégitime des partisans de la continuité de régime

par les FARC-EP, 21/6/2010. Traduit par  Esteban G., édité par  Michèle Mialane  et  Fausto Giudice, Tlaxcala
Original : Colombia: la victoria de Santos es el triunfo ilegítimo del continuismo

 Avec le triomphe illégitime du continuisme rejeté par l’abstention citoyenne, le pays est entré dans un processus de radicalisation de la lutte politique, dans lequel le peuple sera protagoniste en première ligne.
Toute la machinerie étatique, toutes les ressources mafieuses du gouvernement, ses manœuvres délictueuses de fraude et de corruption, de chantage et d’intimidation, ont été mises au service de la victoire du continuisme cherchant ainsi désespérément à créer un  bouclier pour éviter à Uribe d’avoir à répondre devant le peuple et de la justice d’une accusation imminente de gestion criminelle et de haute trahison.

Le régime d’Uribe a été la plus importante tentative d’imposer par la violence un projet politique ultralibéral d’extrême-droite fondé sur le para-militarisme. Son gouvernement restera dans l’histoire comme l’un des plus honteux de ces dernières décennies, le pire assassin de sa population civile, le plus à la botte des USA, et de ce fait, le plus grand générateur d’instabilité dans les relations avec les pays voisins.
Pendant ces huit années, c’est le mensonge et l’imposture, la manipulation et la tromperie qui ont gouverné. Uribe et les partisans de la continuité de son régime ont fait croire que sa politique garantissait la sécurité de tous les citoyens, alors qu’en réalité elle protégeait, par la répression, les profits des secteurs d’investissements privilégiés, qui ont accru le chômage et la pauvreté. Ils ont fait croire que défendre la souveraineté voulait dire remettre les clés de la nation au gouvernement de Washington et transformer la Colombie en un pays occupé par l’armée d’une puissance étrangère. Ils se sont débrouillés pour annoncer qu’ils mèneraient avec acharnement la lutte contre le narcotrafic alors que le président Uribe lui-même, le DAS [Département administratif de sécurité, service de renseignement, NdE] et le général Naranjo, ont un long passé de liens avec la mafia du narcotrafic. Ils disent au pays qu’il n’y a pas de guerre ni de conflit armé, mais il y a le Plan Patriote et l’invasion yankee…

La réalité de la  sécurité démocratique, ce sont les faux positifs et l’impunité. Elle est ce qui permet d’élire un Président qui a été le ministre de la Défense le plus actif à promouvoir ces crimes contre l’humanité, et de distribuer les terres à l’agro-industrie paramilitaire, car celle-ci, bien sûr, a financièrement les reins solides, ce qui n’est pas le cas des paysans pauvres. La sécurité démocratique, c’est aussi allouer l’argent public -ou être assuré d’en faire cadeau  - aux chefs d’entreprises de l’agro-industrie qui ont financé les campagnes électorales. La sécurité démocratique, ce sont les fosses communes contenant plus de 2000 cadavres, comme celle qui se trouve près de la base militaire de la Macarena, ainsi que les 4 millions de paysans déplacés par la violence de l’État. C’est le mensonge qui proclame la fin de la guérilla bolivarienne des FARC-EP alors que la vitalité de cette organisation l’inquiète et qu’elle mène un farouche combat pour une Colombie nouvelle comme elle l’a bien dit dans ses communiqués militaires du mois de mai. La sécurité démocratique, c’est modifier la Constitution pour l’adapter à des intérêts particuliers lorsque c’est nécessaire, c’est disposer d’une majorité factice dans le Congrès et fragiliser l’autorité du Parlement grâce à la claque des inconditionnels. C’est aussi distribuer des postes, des charges et des contrats, et profiter de son passage au gouvernement pour s’enrichir sans aucun état d’âme.

Ambition sans frontières, par Vladdo: Juan Manuel Santos, debout sur une montagne de  cercueils de victimes d'exécutions extrajudiciaires: "Pour arriver à la présidence, je suis prêt à tout"

La défense abjecte du militarisme à laquelle s’est livré Uribe et son appel à créer de nouvelles lois qui garantiraient l’impunité aux militaires, annoncent ce que va être la présidence de Juan Manuel Santos. Ses lamentations cyniques et ses gémissements hypocrites en faveur d’un tortionnaire-assassin comme Plazas Vega, des grands chefs militaires et de l’ex-président Belisario Betancur, tous responsables du massacre du Palais de Justice, prouvent avec une évidence pathétique qu’il cherche dès maintenant à se protéger contre de futures accusations portées contre lui. Et c’est évidemment une façon d’arrimer le narco-paramilitarisme à la tête de l’État, avec les garanties légales de pouvoir continuer à faire disparaître, torturer et assassiner les opposants au régime. Le « code militaire » réclamé par Uribe est une patente à l’impunité des criminels comme le démontre l’histoire récente de la Colombie.

Le Président, en prenant ardemment la défense de l’ex-directeur de la DIAN [Direction Nationale des Impôts et des Douanes] et de « l’UIAF » [Unité d’Information et d’Analyse financière], M. Mario Aranguren, qui avait commis des délits en faveur d’Uribe et certainement sur ses ordres, montre bien la nature de celui qui tient toujours à occulter, non seulement son passé criminel, mais aussi les bassesses honteuses auxquelles il s’est livré en tant que gouvernant.

Nous entamons une nouvelle période de quatre ans dans laquelle va se poursuivre une offensive oligarchique tous azimuts  contre le peuple, drapée dans de douces mais trompeuses promesses officielles de victoire militaire [contre la guérilla], sans cesse répétées pendant 46 ans, sans se soucier des causes qui génèrent le conflit et encore moins s’engager à les combattre.

La profonde crise structurelle dont souffre la Colombie n’a pas de solution dans le continuisme. L’extrême-droite néolibérale, qui croit encore qu’elle peut la résoudre d’en haut, a réalisé une union nationale sans peuple, où seules règnent les ambitions des mêmes personnes, celles qui s’enrichissent grâce à l’investissement garanti : les groupes financiers, le secteur patronal, les éleveurs et latifundiaires, les paramilitaires, les partis politiques qui se battent comme des chiens pour se disputer les prébendes du pouvoir, les grands médias qui applaudissent les succès, mesurés en litres de sang, de la politique guerrière… Là, le peuple est oublié car la prospérité de tous ceux-là se nourrit de la misère et de l’exploitation de ceux d’en bas, des exclus.

Ce bicentenaire du cri de l’indépendance doit ouvrir la voie à la lutte du peuple pour ses droits, pour la patrie, pour la souveraineté, la justice sociale et la paix. Il est possible de changer les structures injustes si tout le peuple se mobilise et lutte pour sa dignité. On ne peut rien attendre des assassins incrustés à la tête de l’État. Seule la lutte unitaire peut nous conduire à une Colombie nouvelle. Comme nous l’avons dit depuis Marquetalia en 1964, nous sommes toujours disposés à chercher des issues au conflit, en rappelant en même temps, que notre décision de tout donner pour le changement et l’intérêt du peuple est inébranlable, quelles que soient les circonstances, les obstacles et les difficultés qui nous seront imposés. La justice sociale triomphera grâce à la mobilisation du peuple.

Secrétariat de l’État-major central des FARC-EP

Montagnes de Colombie, le 21 juin 2010

samedi 17 octobre 2009

La double morale des libéraux : les cas du Honduras et de la Colombie

par Vicenç Navarro, 28/9/2009
Original : La doble moral de los liberales: los casos de Honduras y Colombia

La pensée libérale a toujours recouru à un discours qui met l’accent, en théorie, sur la défense des droits individuels comme raison de sa propre existence. Dans sa version économique, cette philosophie politique utilise ce cadre idéologique pour promouvoir la suprématie du marché, dans lequel l’individu consommateur est supposé définir les priorités de la société à travers sa consommation. De là découle –selon le credo libéral - la suprématie du marché sur l’Etat. Il n’est donc pas surprenant que ce soit le monde patronal qui ait fait la promotion la plus intense du libéralisme, présenté lui-même comme le grand défenseur des libertés individuelles.

L’expérience historique, néanmoins, montre que cette tradition libérale a rarement respecté ses postulats idéologiques de respect et de défense des libertés individuelles. Il est bien connu qu’une des principales sources de référence du libéralisme, l’économiste Milton Friedman, appuya la dictature du général Pinochet(voir Navarro, “La prensa liberal y Milton Friedman”, danswww.vnavarro.org, section économie politique). En Espagne nous connaissons bien cette incohérence libérale. Ce fut précisément un porte-parole très visible du libéralisme espagnol, le banquier Juan March qui, quand il vit que ses intérêts patronaux étaient affectés par les politiques publiques du gouvernement républicain démocratiquement élu, appuya le coup militaire de 1936 qui instaura une des dictatures les plus cruelles et sanglantes qu’a connu l’Europe au XXe siècle. Selon le professeur Edward Malefakis de l’Université Columbia à New York, pour chaque assassinat politique commis par Mussolini, le dictateur Franco en commit 30.000. En réalité, la Banque (qui était le pouvoir de fait promoteur du libéralisme en Espagne, fait qui continue aujourd’hui), fut le groupe de fait, dirigé par la Banque March, qui finança ledit coup d’Etat militaire. Il en alla de même en Catalogne avec un grand patron libéral de l’industrie catalane, Francesc Cambó, lequel appuya aussi fortement le coup militaire quand il vit que ses intérêts de classe étaient affectés par les politiques publiques du gouvernement républicain démocratiquement élu.
Une situation similaire est à l’origine du récent coup d’État militaire au Honduras qui a renversé un gouvernement démocratiquement élu. Les médias libéraux espagnols ont expliqué le putsch militaire en utilisant le même argument que celui des putschistes au Honduras pour le justifier, à savoir la nécessité d’empêcher que le président Zelaya modifie la Constitution pour se maintenir au pouvoir. Une voix proéminente de ce chœur libéral a été celle de Mario Vargas Llosa qui comme prévu, dans un article dans El Pais (El golpe de la burlas, 12.07.09), tout en étant critique quant aux formes, a défendu la destitution du président Zelaya, avec les mêmes arguments. Selon lui, il n’était pas permis que Zelaya se perpétue au pouvoir. Mario Vargas Llosa, tout comme la majorité des médias libéraux, ajouta que la destitution du mandataire était aussi une conséquence logique du manque d’appui au président Zelaya et de son impopularité élevée, citant des enquêtes dont j’ai montré dans un autre article qu’elles étaient clairement manipulées (Las falsedades sobre Honduras, Publico, 23.07.09).
Le putsch militaire au Honduras a entraîné une énorme répression contre les forces politiques qui appuyaient le président Zelaya, répression qui a impliqué la diminution substantielle des droits politiques et civils de la population hondurienne, avec la fermeture des médias opposés au nouveau gouvernement putschiste et la persécution de journalistes critiques du nouveau régime. Parmi les autres mesures répressives citons l’interruption de la fourniture d’électricité à des médias non favorables au nouveau gouvernement putschiste, la violente suppression de manifestations en faveur du président Zelaya, des assassinats et arrestations de leaders hostiles au gouvernement putschiste, des restrictions de mouvements de la population et de nombreuses autres mesures répressives qui sont à peine évoquées dans ces médias libéraux. Aucun d’ eux (je répète, pas un seul) n’a dénoncé cette répression. Et Mario Vargas Llosa, qui se présente comme un grand défenseur des droits individuels, s’est cantonné dans un silence assourdissant.



mardi 25 août 2009

Colombie endolorie et amère

par le Collectif de Réfugiés Colombiens dans les Asturies « Luciano Romero Molina », 18/8/2009
Extrait:

"Nous sommes persuadés que le gouvernement d'Obama connaît les atrocités commises par Uribe, mais qu'il les tolère en échange de pouvoir installer immédiatement sept bases militaires de l'armée US sur le territoire de la Colombie, menaçant la paix, les démocraties et la stabilité militaire d'une Amérique du Sud lasse de néocolonialisme.
Mais… et l'Europe et l'Espagne ? Pourquoi gardent-elles le silence face à tant de crimes ? Nous ne voulons pas penser que c’est par intérêt économique. Nous ne trouvons toutefois pas d’autre explication à tant d’affection et collaboration politique, policière et militaire de l'Espagne avec la satrapie colombienne."

Lire l'article dans son intégralité ici

mercredi 15 avril 2009

Quatre ans après le massacre de San José de Apartadó : Terreur et mort de la part d'un État colombien complice

par Adriana PETRO, 14/4/2009
Cuatro años de la masacre de San José de Apartadó: Terror y muerte de un estado colombiano cumplice
En février 2005, peu après la réélection du président colombien Alvaro Uribe Vélez, a eu lieu le massacre de San José de Apartadó. Comme aucun autre acte de terreur commis par les paramilitaires, celui-ci a permis d'établir clairement la complicité de l'armée colombienne avec les groupes paramilitaires, qui appliquent le principe ténébreux dominant que «la fin justifie les moyens» en matière de lutte contre la subversion, invoqué par l'administration Uribe, qui, au cours des dix dernières années, a semé la mort et la terreur dans tout le pays.

vendredi 20 mars 2009

Les crimes d'État d’Álvaro Uribe Vélez

par Gilberto LÓPEZ Y RIVAS , 20/3/2009. Traduit par Esteban G. Revisé par Fausto Giudice, Tlaxcala


Sur l’auteur

Entre le 24 février et le 11 mars 2009, la Commission Éthique Contre les Crimes d'État en Colombie a effectué sa sixième visite. Cette Commission est une initiative pour sauvegarder la mémoire collective des victimes et accompagner leurs processus de récupération de leur dignité, de dénonciation et de résistance, à partir de la société civile internationale et en ayant à l’esprit que « les voix de ceux qui ont été réduits au silence seront écoutées ».

À cette occasion, outre l'accompagnement du peuple indigène Embera et des Afro-descendants du bassin du fleuve Jiguamiandó lors de la Première Consultation des Peuples et les visites dans les départements de Sucre et du Putumayo, la Commission Éthique a assisté à la Rencontre des parents de victimes d'exécutions extrajudiciaires en Colombie qui a eu lieu les 5 et 6 mars, écoutant de multiples témoignages d'exécutions extrajudiciaires, les malnommés « Mouvement de Victimes de Crimes d'État. De nombreuses familles provenant des différentes régions du pays étaient présentes, ce qui présentait un éventail hautement représentatif d'une situation nationale.

Dans tout le pays il a été commis des centaines d’assassinats qui suivent le modèle des disparitions forcées et des exécutions extrajudiciaires, deux crimes considérés comme crimes contre l’humanité commis par l'État, principalement par des membres des forces armées colombiennes - et/ou ses paramilitaires-- de manière systématique et généralisée. Cette grave violation a de longs antécédents et s’est développée de manière exponentielle sous les mandats du président Álvaro Uribe Vélez, dans la mise en pratique de la politique nommée « Sécurité Démocratique » et à partir de la mise en oeuvre du Plan Colombie, dont les victimes sont présentées comme des « tombées au combat » afin de percevoir les récompenses financières et recevoir les reconnaissances et les promotions que le Commandant Général lui-même des Forces Militaires offre de manière répétée.

Ces pratiques insensées sont présentées comme les « résultats » de la guerre contre-insurrectionnelle afin de justifier les aides obtenues par le biais du Plan Colombie et elles violent clairement le droit pénal colombien, les Conventions de Genève, le Droit International des Droits de l’Homme et, spécialement, la Convention Américaine de Droits Humains.

Les victimes des exécutions extrajudiciaires ont un profil précis : des hommes jeunes de moins de 35 ans, faisant partie des secteurs populaires et les plus exclus, avec un nombre important de jeunes paysans, ou de jeunes des banlieues et des zones urbaines qui sont considérés comme « superflus ». Dans ce modèle sont inclus des handicapés ou des jeunes qui sont considérés comme de potentiels ou de réels opposants au régime, si bien que nous trouvons des éléments pour qualifier ces crimes contre l’ humanité de politique de « nettoyage social », seulement comparable avec celle pratiquée par les exécrables régimes fascistes du siècle dernier. On peut affirmer, sans aucune rhétorique et devant l’ampleur de la tragédie du peuple colombien, que le gouvernement d'Uribe a fait du crime d'État, sa politique d'État.

L'impunité est une caractéristique commune de ces crimes en ce que leurs exécutants ne sont pas poursuivis et encore moins jugés et sanctionnés. Les autorités colombiennes des trois pouvoirs et les organismes de contrôle étatique comme les services du Procureur, ainsi que des organismes qui soi-disant défendent et préservent les droits humains, ont agi par omission ou commission comme complices de ces derniers, tandis que les médias de masse se font l'écho, en grande partie, des versions officielles des faits dénoncés, quand ils ne dissimulent ou ne cachent totalement ces graves transgressions et, principalement, la responsabilité de l'État colombien.

On est surpris par le courage des familles des victimes qui sont descendues dans la rue le 6 mars, accompagnées par des secteurs de la société civile et observées par la Commission Éthique, pour manifester leur profonde indignation face au Ministère de la Défense et au Ministère public, tout cela malgré les menaces et les dangers réels qu’elles encourent dans un pays où il n'existe pas d’État de droit et où les institutions sont au service du terrorisme d'État.


Bogotá, 6 mars 2009. Voir d'autres photos de la marche


La Commission Éthique s'est jointe à l'exigence du Mouvement des Victimes de Crimes d'État pour que dans le cas des exécutions extrajudiciaires, une équipe spéciale soit constituée au sein l'Unité de Droits de l’Homme du Ministère public à Bogota, afin d’éviter d’éventuelles interférences qui, vu le statut et l'influence de ceux qui l’objet d’enquêtes - dans les lieux où se sont produits les faits -, peuvent affecter l'impartialité des démarches judiciaires.

La Commission souligne également une vaste militarisation, visible et évidente dans les départements où elle s’exprime par d’innombrables piquets de soldats, des contrôles répétés d'identité, des obstacles mis à la libre circulation des personnes, des survols d'hélicoptères, des casernes et des installations militaires dans des localités, le recrutement forcé et expéditif (une levée dans tout le sens du terme), la prostitution des fillettes et des jeunes, les virées constantes des troupes sur les routes et les hameaux, la présence militaire quotidienne au milieu de la population civile (magasins, maisons, propriétés, etc…), la continuité et la reconversion des paramilitaires : tout cela affecte la normalité et la sécurité des personnes et constitue une infraction claire au Droit International Humanitaire. Ceci est la réalité dantesque de la Colombie qu’Álvaro Uribe Vélez se targue de présenter comme un modèle à suivre et que les extrêmes droites prétendent imposer à tout prix dans le reste de l'Amérique Latine, avec l'aide de leurs mentors usaméricains.
* Ce que l'on nomme « faux positifs » en Colombie sont des civils assassinés par des militaires qui touchent des primes pour cela, et dont les cadavres sont ensuite habillés en tenues de combat afin d’être présentés comme des guérilléros morts au combat. Leurs membres de famille sont opposés à une telle dénomination et exigent qu’on les reconnaisse comme victimes d’exécutions extrajudiciaires.



jeudi 11 décembre 2008

COLOMBIE :"Échange humanitaire" et "Accord humanitaire" ne sont pas la même chose

Par Adriana Petro, APCAL (Agence de presse Canada-Amérique latine), 10 décembre 2008

«Le président de la Colombie, Álvaro Uribe, a déclaré aujourd'hui en France que même les rebelles qui ont commis d'atroces délits pourront jouir de la liberté et recevoir des récompenses s'ils acceptent la politique de délation, qui pourra être mise en oeuvre au moyen d'un échange humanitaire de détenus.»

Il serait intéressant de savoir qui sont les géniaux conseillers du président Uribe qui lui suggèrent maintenant de comparer un "accord humanitaire" avec la délation, c'est-à-dire de vendre au plus offrant des personnes enlevées. Par cette déclaration, le président Uribe Vélez a montré le genre de société qu'il est en train de construire pour les Colombiens dans son mandat. Une récompense d'un milliard de pesos, soit environ un demi million de dollars, serait aujourd'hui pour tout Colombien vivant dans la pauvreté équivaudrait à vivre au paradis. Un visa pour s'installer à l'extérieur semble être la seule option pour la majorité des Colombiens qui n'ont pas de travail. Et si, en plus, on leur donne de l'argent pour se maintenir dans un pays étranger sans dépenser la fortune avec laquelle on les envoie, en puisant dans les fonds des contribuables colombiens appauvris, qui ne serait pas prêt à vendre y compris sa propre mère?

Il en est de même pour le prétendu processus de démobilisation des paramilitaires, auxquels le gouvernement a offert toutes sortes de bénéfices, sans tenir compte ni de l'atrocité des crimes qu'ils ont commis, ni du vol des terres aux paysans, ni des millions de personnes déplacées par leur terreur, ni les personnes portées disparues, ni les assassinats, ni la vente de votes y compris ceux de la réélection présidentielle, ni l'argent des transnationales, qui ont collaboré pour tuer, ni l'argent du narcotrafic ou le blanchiment d'argent par le biais des DMG, auquel s'est livré son fils, Jerónimo Uribe, qui, par sa présence, a appuyé la crédibilité de ce que l'on nomme les "Pyramides". Rien ne les a arrêté pour mettre sur pied la "sécurité démocratique", si mal nommée, qui, derrière une façade de paix simulée, cache la vérité d'une société qui se débat aujourd'hui dans le pire genre de guerre, la guerre sale.

Le conflit de la délation, de la morale des deux poids deux mesures, d'une société basée sur des principes relatifs où tout est négociable, y compris la vie elle-même. Tel est l'un des pires fléaux que nous devrons affronter, car il n'existe aucune arme pour mener cette guerre

Les blessures de la guerre sale cause ne peuvent guérir qu'au moyen de l'application des méthodes que la société humaine a instaurées comme étant viables pour que nous ne nous détruisions pas les uns les autres, et la principale d'entre elles est la Justice. Mais il ne peut y avoir de justice sans vérité, et c'est dans ce jeu sale que nous sommes plongés, nous les Colombines, depuis l'arrivée au pouvoir du gouvernement Uribe.

La vérité qu'expriment aujourd'hui à l'unisson tous les organismes de défense des droits de la personne mais qui semble se convertir en mensonges lorsque depuis les porte-parole du gouvernement, le président lui-même, ses ministres, ses conseillers et ses amis, continuent de justifier les actions des criminels selon les convenances de l'actuel gouvernement.

samedi 12 juillet 2008

Vladdo n’aime pas Uribe

Michel PORCHERON, 10 Juillet 2008

Il n’aime pas Uribe. Ni avant, ni après. Ni depuis.
Depuis la libération des 11 militaires colombiens, des trois Américains et d’Ingrid Betancourt, qui n’a plus besoin d’être présentée.

« Si les choses sont comme les ont décrites Ingrid Betancourt et le ministre de la Défense, Juan Manuel Santos, on ne peut qu’applaudir cette opération impeccable qu’ont menée à bien les militaires colombiens, sur le territoire colombien, sans blesser personne et sans offenser aucun pays voisin ». C’est le moins que pouvait écrire, avec gravité, Vladdo, antiuribiste notoire et acide qui le restera. Il n’a aucune raison de ne plus l’être. L’histrion, le pacifiste ne changera pas son fusil d’épaule. Dans le vocabulaire colombien, un partisan d’Uribe est un « furibista » (de furia), mais Vladdo fait partie des « antiuribistas ».


En conclusion de son papier, publié dans semana.com , ne commence-t-il pas ses deux paragraphes par un explicite “Ahora bien, estos sonoros éxitos militares no deben hacer perder de vista …” et par un très clair : « Así que esta oportuna operación militar, ejecutada en el momento más crítico de los últimos meses que ha vivido Uribe, no debe servir para echarle tierra a esos otros temitas…” . La traduction va de soi.

Et Vladdo d’énumérer quelques-uns de ces “temitas”.

Vladdo n’est pas exactement un homme politique. Il n’est pas surtout connu en Colombie et ailleurs pour ses écrits. C’est par ses dessins, eux politiques, que Vladimir Florez, 44 ans, a toujours manifesté son antiuribisme.

Vladdo est un des plus grands dessinateurs de presse actuels. Il est publié dans plusieurs journaux et publications colombiens, comme Semana, le principal hebdomadaire colombien. Il a même lancé son propre mensuel gratuit, Un Pasquín, mot qui existe en français, découvre-t-on. Selon le dictionnaire Le Petit Robert, « pasquin » vient de l’italien pasquino, « nom d’une statue antique sur laquelle on affichait à Rome des écrits satiriques. Ecrit satirique »

Une « pasquinade » (vieilli et littéraire) est « une raillerie bouffonne ».


En Colombie aujourd’hui, le Pasquín est dans l’esprit même de Vladdo, seul promoteur et seul colporteur, « une feuille de chou », vendue donc à la criée. « Pa’joder » (les francophones hispanophones comprendront) dit-il, lui qui a dans son métier deux références capitales : Saul Steinberg et Paul Flora.

Vladdo n’est pas pour autant absent du net ! (http://www.vladdo.com/) ...et de igoogle. www.google.com/ig


En réponse à une journaliste du journal colombien El Espectador (avant l’opération Jaque) voici un court extrait vladdien (1) : - Votre pire canaillerie dans la presse colombienne...Vladdo : Mon incapacité à rester muet face à certains sujets

Qui est l’homme politique le plus « Pinocchio » du Gouvernemen ?. V : Uribe, parce qu’avec sa tête de moi-je n’ai-jamais-été trompe encore plus de gens

Qui devrait être candidat pour la présidentielle en 2010 ? Je ne sais qui devrait l’être, mais je sais qui NE devrait pas l’être.
Un livre pervers…V: Plus qu’un libre, une collection. Les idées politiques d’Uribe.

Vladdo n’est donc pas hors jeu, puisque la libération des otages ne se situe pas exactement dans le domaine des idées politiques. Mieux, les Colombiens eux-mêmes – qui logiquement via des sondages ont fait monter de manière circonstancielle la cote de popularité du président Alvaro Uribe (elle est passée de 80 % d'opinions favorables avant l'opération à 90 % aujour­d'hui...) - sembleraient déjà penser à l’après-libération. En effet, comme le relève la correspondante du quotidien français, Le Monde, Marie Delcas, « la surprise de cette enquête d'opi­nions réside dans le fait que la moitié des Colombiens placent « la lutte contre la pauvreté » en tête des priorités qui devraient être celles du prochain gouvernement, et 22 % prônent la relan­ce économique. Concernant la sécurité démocratique, Alvaro Uribe n'arrive qu'en troisième position, avec un petit 19 %. Paradoxalement, les succès remportés en matière de sécurité ont fait perdre à celle-ci de son importance aux yeux des électeurs ».


- Grâce à Dieu
- De rien !...

D’accord, pour l’heure, l’ambiance est à l’euphorie. Une preuve ? Le texte suivant est écrit sur fond rouge : « Merci, Président, pour insister, persister, résister et ne jamais renoncer. Merci au président Alvaro Uribe, au ministre de la défense, aux forces armées et à l'ingéniosité des Colombiens déployée pour la libération d'Ingrid Betancourt et de nos militaires. » Un texte signé par un ou des uribistes ? Cela serait évident. En bas et à gauche de ce texte, un logo en forme de tête de vache : « ce vibrant hommage politique est une publicité pour la mar­que de produits laitiers Alque­ria, partenaire de Danone en Colombie » (Marie Delcas).

Dans l’euphorie, il n’est pas étonnant de lire dans un sondage publié par l’hebdomadaire Semana, qu’Uribe recueille –aujourd’hui- 72 % des intentions de vote dans la perspective (2) de la prochaine présidentielle de 2010...Et « Ingrid » ( qui a estimé le sujet prématuré) ? Aujourd’hui, elle obtient, en deuxième position, un petit 9 % des intentions, alors qu’elle bénéficie de 79 % d'opinions favorables, après trois « jours de battage médiatique sans précédent. C'est beaucoup pour une candidate hors jeu et réduite au silence depuis six ans et quatre mois » (M.Delcas).

Et si Uribe prend sa retraite ? Pour le coup « Ingrid » (si elle était candidate) a les faveurs des sondés, avec 31 % des voix...

Pour l’anecdote, aujourd’hui, selon le même sondage, le chef d’orchestre affiché de l’opération Jaque, le ministre de la défense, Juan Manuel Santos, n’obtiendrait que 15 %.

Mais revenons à Vladdo, après tout notre « héros » de cette modeste contribution.

Son succès, sa popularité, ses « coups » médiatiques, et ses dessins n’ont pas traversé l’Atlantique, à l’exception de quelques grandes signatures de dessins de presse, comme en France, Plantu. « « Vladdo est tout à fait dans l'esprit de Cartonning for Peace/Dessins pour la paix, la fondation que nous avons formée à la demande des Nations unies », a assuré l’éditorialiste du quotidien Le Monde, « séduit par l'éclectisme de son collègue colombien ».

C’est d’ailleurs, dans le monde francophone, Le Monde qui a été le seul à donner un sérieux coup de pouce de popularité au Colombien, el lui accordant le 21 mars dernier la totalité de « la trois », la troisième page qui héberge, dans l’esprit du journal, les grands sujets de société, avec pour titre : « Vladdo, une plume sans tabou ». C’est un Paulo A. Paranagua (PAP) inspiré qui présentait le dessinateur. Envoyé sur place pour le rencontrer, il pose en ouverture de son papier deux questions essentielles pour celui, ceux qui sont chargés avec leurs dessins de commenter l’actualité : « Peut-on rire des déchirements du conflit armé en Colombie ? Peut-on faire de l'humour avec le drame des otages ? La réponse dépend sans doute à la fois du comment et du positionnement ».


« A Semana je jouis d'une liberté totale », lui confie Vladdo qui y dispose d'une double page. Sa rubrique « Vladdomania », selon l’envoyé spécial, « distille son ironie tous azimuts, sans se soucier de la ligne éditoriale ». « Vladdoma­nia n'est pas responsable du contenu des pages éditoriales de ce journal », a-t-il écrit il y a plusieurs années.



Pour assurer au mieux son indépendance et l’intendance, il a un boulot de directeur artistique de beaux livres ou de nouvelles publica­tions. Et son Pasquín, sa feuille de chou ? «Je savais qu'on le désignerait de manière dépréciative - ce torchon ! -, alors autant assumer d'emblée l'épithète », explique-t-il. D'un côté et de l'autre du titre, précise Paranagua, on peut lire, à gauche (du titre) « Opposition en noir et blanc » et à droite « Politiquement incorrect ». « Des tribunes libres avec des commentaires sur l'actualité occupent la plupart des pages » (PAP).


Mais comme on est en Colombie, lui, comme d’autres, assurent leurs arrières. On ne sait jamais. Comme il cogne tous azimuts, sur Uribe mais aussi sur d’autres « acteurs » de la vie colombienne, « sans se soucier des convenances », il a pris « un pied à terre », un refuge à Miami, quand il sent que la tension monte un peu trop dans son pays, puis il rentre vite, car les sujets de mécontentement dans l’actualité colombienne « qui le scandalise et le mobilise sans cesse », ne peuvent pas attendre.


Pour avoir une idée de la production de Vladdo (certes avant le 2 juillet 2008), on peut consulter : http://tertulia-vespertina.blogspot.com/2008/03/las-mejores-caricaturas-de-vladdo.html


Voilà 20 ans que Vladimir Flórez dessine. Il a son actif trois livres et plus de 5000 dessins. Alors que des dessinateurs de presse, comme Vladdo, ont été harcelés et menacés « par des fronts de toutes parts», comme l’a écrit un critique colombien, par quel miracle, heureuse initiative a –t-il pu exposer 35 œuvres en 2006 au Museo Nacional de Colombia ?




Il ya 30 ans, des faits comme le sanglant coup d'État au Chili, n'étaient pas catalogués par les USA comme "terrorisme", mais comme politique...


« La Colombie est un pays où il se passe beaucoup de choses graves, mais rien de sérieux ne s’y passe. Nous vivons de massacre en massacre, de scandale en scandale et de pauvreté en misère, thèmes répétitifs qui, parfois, changent seulement de personnage » a eu l’occasion de dire Vladdo.


Les présidents passent, ils ont pour nom Barco, Samper, Pastrana ou aujourd’hui Uribe, la corruption, l’implication du trafic de drogue, les violations des droits de l’homme, la guerilla, les paramilitaires demeurent. Egal à lui-même, Vladdo n’a jamais cessé de s’indigner. Il a beaucoup de travail devant lui.

Notes


(1)- Su peor travesura en la prensa colombiana…V-Mi incapacidad de quedarme callado frente a ciertos temas.
¿Quién es el político más ‘pinocho’ del Gobierno? V-Uribe, porque con esa carita de yo-no-fui engaña a más gente.
¿Quién debería ser el candidato para Presidencia en 2010?V- No sé quién debería ser, pero sí sé quién NO debería serlo
Un libro perverso. V- Más que un libro, una colección: Las ideas políticas de Uribe.


(2)- Arrivé au pouvoir en 2002, en promettant de paci­fier le pays, ce chef d'Etat à poigne s'est fait brillamment réélire en 2006, après avoir fait modifier la Constitution du pays qui interdisait la réélection présiden­tielle. Pour briguer un troisième mandat, M. Uribe se doit de changer encore la loi.
Mais il garde le silence sur ses intentions, laissant ses amis faire campagne pour une nouvelle réforme constitutionnelle (à laquelle certains membres de sa majorité se sont publiquement opposés).



Sur l’auteur
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Fidel Castro et les FARC - Huit thèses erronées de Fidel Castro

James PETRAS, 8 juillet 2008

Je suis un supporter de la Révolution cubaine depuis exactement cinquante ans et je reconnais Fidel Castro comme l'un des grands dirigeants révolutionnaires de notre temps. Mais je n'ai jamais été un béni oui-oui: à plusieurs reprises, j'ai exprimé mes désaccords par écrit, en public et dans mes discussions avec les dirigeants, les écrivains et les militants cubains. Les articles et les commentaires de Fidel Castro sur les récents événements survenus en Colombie, à savoir son analyse sur la libération par le régime colombien de plusieurs prisonniers des FARC (dont trois agents de la CIA et Ingrid Betancourt) et ses commentaires critiques sur la politique, la structure, les pratiques, la tactique et la stratégie des FARC et de leur dirigeant de renommée mondiale Manuel Marulanda, méritent un examen sérieux.

Les remarques de Castro exigent une analyse et doivent être réfutées, non seulement parce que ses opinions sont largement lues et influencent des millions de militants et d'admirateurs dans le monde, en particulier à Cuba et en Amérique latine, mais parce qu'il se propose de fournir une base "morale" à l'opposition contre l'impérialisme aujourd'hui. Tout aussi important est le fait que la regrettable diatribe critique de Castro contre les FARC, contre Marulanda et contre l'ensemble du mouvement de guérilla constitué principalement de paysans, a été bien accueillie, publiée et diffusée par l'ensemble médias pro-impérialistes sur les cinq continents. Fidel Castro, sans rencontrer beaucoup d’opposition, a rejoint sans esprit critique le choeur condamnant les FARC et, comme je le vais le démontrer, sans raison ni logique.


Huit thèses erronées de Fidel Castro


1 - Castro affirme que la "libération" des prisonniers politiques des FARC «ouvre un chapitre pour la paix en Colombie, processus que Cuba soutient depuis 20 ans comme le plus approprié pour l'unité et la libération des peuples de notre Amérique, en utilisant de nouvelles approches dans les circonstances actuelles particulières et complexes après l'effondrement de l'URSS» (Réflexions de Fidel Castro, 4 Juillet 2008). Ce qui est étonnant dans cette thèse (et dans tout le texte) est le fait que Castro ait totalement omis de faire état de la terreur de masse déclenchée par Uribe, le président de la Colombie, contre les syndicalistes, les critiques politiques, les communautés paysannes, qui est documentée par tous les groupes de défenses des droits de la personne en Colombie et ailleurs. En fait, Castro disculpe le régime d'Uribe, le plus meurtrier des régimes, et fait porter toute la faute à «l'impérialisme US». Depuis l'"effondrement de l'Union soviétique" et suite à l'offensive militaire dirigée par les USA, une multitude de mouvements révolutionnaires armés ont vu le jour au Liban, en Palestine, en Iraq, en Afghanistan, au Népal et d'autres groupes armés qui existaient déjà en Colombie et aux Philippines, ont continué à mener la lutte armée. En Amérique latine, les "nouvelles approches" de la révolution ont été tout sauf pacifiques : des soulèvements populaires massifs ont renversé des hommes politiques électoralistes corrompus en Argentine, en Bolivie, en Équateur, au Venezuela, au prix de plusieurs centaines de vies. La "libération" de Betancourt a renforcé la poigne de fer du régime Uribe, a augmenté la militarisation des zones ruales et a donné une couverture aux assassinats de syndicalistes et de paysans actuellement perpétrés par les escadrons de la mort. Contrairement à ce que dit Fidel Castro, les USA et le président de la Colombie lié aux escadrons de la mort ont utilisé leurs "succès" pour étayer leurs arguments en faveur d'une action militaire conjointe des USA et de la Colombie. Les éloges de Fidel envers le régime colombien pour son action permettant une "ouverture vers la paix" servent à détourner l'attention de la décision de la Cour suprême colombienne selon laquelle la réélection de Uribe était illégale parce que le tyran a corrompu des membres du Congrès afin de modifier la Constitution dans le but de l'autoriser à briguer et obtenir un second mandat.



Marulanda, alias "Tirofijo" (assis) en 1964 : 5 ans d'école primaire, 60 ans de résistance

2 - Fidel Castro a récemment dénigré le défunt dirigeant des FARC, Manuel Marulanda, "paysan, militant communiste, principal dirigeant de la guérilla "(Réflexions). Dans son texte du 5 juillet 2008 (Réflexions II), Castro se réfère avec condescendance à Marulanda, «(...) doté d'une intelligence et de qualités naturelles de leader remarquables, [mais qui], d'autre part, n'a jamais eu la possibilité de faire des études dans son adolescence. On dit qu'il n'a fait que cinq ans d’école. Il a conçu (la révolution) comme une lutte longue et prolongée, point de vue que je n'ai jamais partagé.» Castro était le fils d'un propriétaire de plantation, il a reçu une éducation dans des collèges privés jésuites et a eu une formation d'avocat. En fait ses propos impliquent que l'enseignement supérieur et un statut supérieur préparent les leaders révolutionnaires à diriger des paysans manquant d'éducation formelle mais que les «qualités naturelles de leader» suffisent juste à permettre de suivre les intellectuels et les professionnels mieux adaptés à diriger la révolution. Or l’épreuve de l'histoire réfute les allégations de Castro. Marulanda a construit, pendant une période de plus de 40 ans, une armée de guérilla avec une base de masse plus large que toute force de guérilla inspirée par Castro depuis les années 1960 jusqu'aux années 2000. Castro a répandu la théorie des «foyers de guérilla» entre 1963 et 1980, selon laquelle de petits groupes d'intellectuels organiseraient un noyau armé à la campagne, mèneraient la lutte et attireraient ainsi l'appui des masses paysannes. Chaque foyer de guérilla castriste a été rapidement anéanti - au Pérou, au Venezuela, au Brésil, en Uruguay (foyers urbains), en Bolivie et en Argentine. Contrairement à cela, Marulanda a choisi la stratégie de la guerre de guérilla prolongée, fondée sur une organisation des masses à la base impliquant des liens étroits des paysans avec la guérilla, en se fondant sur les liens de solidarité communautaires, familiaux et de classe, en construisant lentement et méthodiquement une armée politico-militaire populaire et nationale. En fait, un réexamen profond de la révolution cubaine montre que les guérilleros de Castro étaient recrutés dans les organisations de masse des zones urbaines, qui étaient méthodiquement organisées avant et pendant la formation des foyers de guérilla de 1956 à 1958. Bien que des données fiables existent sur les FARC, Castro a sous-estimé de moitié le nombre de guérilleros des FARC, se fiant à la propagande des médias uribistes.

3 - Castro condamne la « cruauté » de la tactique des FARC consistant à « capturer et retenir des otages dans la jungle ». Selon cette logique, Castro devrait condamner chaque mouvement révolutionnaire du XXème siècle, à commencer par les révolutions russe, chinoise et vietnamienne. Les révolutions sont cruelles mais Castro oublie que les contre-révolutions sont encore plus cruelles. Uribe a établi des réseaux locaux d’espionnage impliquant des fonctionnaires locaux, comme cela avait été fait au Vietnam durant la guerre. Et les révolutionnaires vietnamiens éliminaient les collaborateurs parce qu’ils étaient responsables de l’exécution de dizaines de milliers de militants villageois. . Castro omet de commenter le fait que Mme Betancourt, après sa “libération” tant célébrée, a embrassé et remercié le général Mario Montoya. Selon un document déclassifié de l’ambassade US, Montoya a organise une unité terroriste clandestine, l’Alliance américaine anticommuniste, qui a assassiné des milliers de dissidents colombiens, pour la plupart atrocement torturés au préalable. La cruauté de la captivité chez les FARC n’est pas apparue lors de l’examen médical de Betancourt : elle était en bonne santé !



4 - Fidel proclame : "Cuba est pour la paix en Colombie, mais pas pour une intervention militaire US ". C'est l'oligarchie colombienne et le régime Uribe qui a invité les USA à intervenir militairement et a collaboré avec eux. Castro sous-entend que l'intervention militaire US est imposée de l'extérieur, au lieu de la voir dans le cadre de la lutte des classes en Colombie, dans laquelle les gouvernants, les propriétaires terriens et les narco-trafiquants jouent un rôle prépondérant dans le financement et l’entraînement des escadrons de la mort. Dans les 6 premiers mois de 2008, 24 dirigeants syndicaux ont été assassinés par le régime Uribe, plus de 2562 ont été tués au cours des vingt dernières années, dans ce que Castro décrit comme les «nouveaux chemins de circonstances complexes et particulières. » Fidel ignore totalement la suite ininterrompue de meurtres par les escadrons de la mort de militants non armés des mouvements sociaux, et le manque de solidarité de Cuba avec tous les mouvements colombiens depuis que La Havane a développé des liens diplomatiques et commerciaux avec le régime Uribe.Est-ce que l’équilibrisme entre les intérêts d’État cubains dans les liens diplomatiques et économiques avec la Colombie et la revendication de lettres de créance révolutionnaires fait partie des « complexités » de la politique étrangère cubaine ?

5 - Castro appelle à la libération immédiate de tous les prisonniers détenus par les FARC, sans prendre aucunement en considération les 500 guérilleros torturés et déshumanisés dans les horribles “prisons spéciales” de haute sécurité d’Uribe et Bush. Castro se vante que Cuba avait libéré les prisonniers faits pendant la lutte contre Batista et appelle les FARC à suivre l’exemple cubain, plutôt que celui, révolutionnaire, des Vietnamiens et des Chinois.La tentative de Castro d’imposer universellement à la Colombie sa tactique, fondée sur l’expérience cubaine, dénote l’absence du moindre effort pour comprendre, ou au moins analyser, les spécificités de la Colombie, de son armée, le contexte politique de la lutte des classes, le contexte social et politique des négociations humanitaires qui s’y déroulent.

6- Castro déclare que les FARC devraient mettre fin à la guérilla mais ne pas rendre leurs armes, car dans le passé les guérilleros qui avaient été désarmés avaient été massacrés par le régime. Au lieu de cela, il suggère qu’ils devraient accepter l’offre française d’abandonner leur pays ou accepter la proposition de Chávez (le “frère” et “ami » d’Uribe) de négocier et d’assurer la mise en place d’une commission faite de notables latinoaméricains qui superviseraient leur intégration dans la politique colombienne. Que devraient faire des guérilleros “armés” quand des soldats et des escadrons de la mort d’Uribe ravagent par milliers les zones rurales ? Se réfugier dans les montagnes et faire la chasse aux sangliers ? Aller en France signifierait abandonner des millions de paysans affamés et vulnérables qui sont leurs partisans, cela voudrait dire abandonner la lutte de classe.




7 - Fidel Castro omet totalement dans sa discussion la manière dont chacun des leaders politiques impliqués dans la “mission humanitaire” a utilisé la célébration de la “libération” de Betancourt pour couvrir et détourner l’attention de ses propres difficultés politiques sérieuses. Avant tout, la réélection d’Uribe a été jugée illégale par la Cour suprême colombienne car il a été accuse et condamné pour avoir corrompu des membres du Congrès afin qu’ils votent l’amendement à la Constitution lui permettant de se présenter pour un second mandat. La présidence d’Uribe est illégale de facto. La remise en liberté de Betancourt et ses accolades délirantes avec Uribe sabotent le verdict judiciaire et éliminent l’ordonnance de la Cour en faveur d’un nouveau vote du Congrès ou d’une nouvelle élection présidentielle. La popularité de Sarkozy était en chute libre en France, son intervention dans les négociations avec les FARC, qui avait fait l’objet d’une énorme publicité, avait été une faillite totale, sa politique militariste au Moyen-Orient et sa politique antiimmigrés virulente lui avait aliéné d’importants secteurs de l’opinion française (tout comme l’augmentation du coût de la vie et la stagnation économique).La remise en liberté de Betancourt, ses effusions et ses éloges de Sarkozy ont ravivé l’image ternie de celui-ci et lui ont donné un répit provisoire face au mécontentement politique et économique bouillonnant devant sa politique intérieure et étrangère. Chávez a utilisé la remise en liberté de Betancourt pour embrasser son “ennemi” Uribe, et pour prendre encore plus de distances avec les FARC, en particulier et les mouvements populaires colombiens en général, ainsi que pour lancer des ponts vers celui qui succèdera à Bush. Chávez a ainsi retrouvé les bonnes grâces de l’ensemble des medias pro-impérialistes et a eu droit à des commentaires favorables du candidat de droite à la présidentielle US, John McCain, qui a dit « espérer que les FARC suivent la demande de Chávez qu’elles désarment ».Cuba, ou du moins Fidel Castro, a utilisé la 'libération' de Betancourt pour exposer son hostilité aux FARC, qui ne date pas d’hier (elle remonte au moins à 1990), car celles-ci sont un obstacle à sa politique de réconciliation avec le régime colombien.


8 - Adoptant une posture humanitaire et quasi-électorale en célébrant la remise en liberté de Betancourt, Castro a vilipendé les FARC pour leur « cruauté » et leur résistance armée au régime Uribe. Castro a attaqué la “structure autoritaire et la direction dogmatique” des FARC, oubliant que celles-ci avaient accepté d’entrer dans le jeu électoral entre 1984 et 1990 (ce qui coûta la vie à 5000 militants désarmés et candidats politiques) et avaient mené un débat libre et ouvert avec tous les secteurs de la société colombienne sur une alternative politique, dans la zone démilitarisée de 1999 à 2002. En revanche, Castro n’a jamais permis de débat et d’élections libres et ouverts, même entre candidats communistes, dans aucun processus législatif – du moins jusqu’à son remplacement par Raúl Castro.
Les leaders politiques susmentionnés n’ont fait que servir leurs propres intérêts politiques en dénigrant les FARC et en célébrant Betancourt aux dépens du peuple colombien.




Conclusion
Castro a-t-il bien réfléchi aux conséquences désastreuses (de ses propos, NdT) pour des millions de Colombiens réduits à la pauvreté ou bien n’a-t-il en tête que la possibilité d’une amélioration des relations entre Cuba et la Colombie, une fois liquidées les FARC ?Les articles de Castro contre les FARC ont eu pour effet de fournir des munitions aux mass médias impériaux afin de discréditer les FARC et toute résistance armée à la tyrannie et d’améliorer l’image du président des escadrons de la mort Uribe.En dénigrant l’histoire révolutionnaire et la pratique d’un mouvement populaire en cours et de son brillant dirigeant, qui a construit ce mouvement, le premier leader révolutionnaire du monde prive les mouvements à venir d’un riche héritage de résistance et de construction réussies. L’histoire ne l’absoudra pas.


Source : http://www.informationclearinghouse.info/article20251.htm
Sur l’auteur
Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala