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jeudi 30 août 2012

Colombie : Accord général pour mettre un terme au conflit et construire une paix stable et durable



 
Voici le texte de l'accord initial conclu entre le gouvernement de Juan Manuel Santos et les FARC-EP, qui conclut la phase exploratoire et établit les bases du dialogue et de la négociation d'un règlement.

Les délégués du gouvernement de la République de Colombie (gouvernement national) et des Forces armées révolutionnaires de Colombie-Armée populaire (FARC-EP):
Suite à la réunion exploratoire qui s'est tenue à La Havane, Cuba, du 23 Février 2012 au (xxx), avec la participation du gouvernement de la République de Cuba et du gouvernement de la Norvège en tant que garants, et avec le soutien du gouvernement de la République bolivarienne du Venezuela comme facilitateur logistique et accompagnateur :
 
Avec la décision commune de mettre fin au conflit comme condition essentielle pour la construction d'une paix stable et durable; attentifs à la revendication de paix de la population, et reconnaissant que:
Construire la paix est une affaire de la société tout entière qui nécessite la participation de tous, sans discrimination ; le respect des droits de l'homme sur toute l’étendue du territoire national est un but de l’État qui doit être promu ; le développement économique avec justice sociale et en harmonie avec l'environnement est une garantie de paix et de progrès.
Un développement social équitable et de bien-être, incluant les grandes majorités, permet de se développer comme pays ; une Colombie pacifiée jouera un rôle actif et souverain dans la paix et le développement régional et mondial ; il est important d'élargir la démocratie comme condition pour asseoir la paix sur des bases solides ; le gouvernement national et les FARC-EP sont totalement disposés à parvenir à un accord, et invitent l'ensemble de la société colombienne, ainsi que les organismes d'intégration régionale et la communauté internationale, à accompagner ce processus;
 
Ont convenu:
I. D’engager des pourparlers directs et ininterrompus sur les points de l’ordre du jour établi ici, afin de parvenir à un accord définitif pour mettre un terme au conflit, qui contribue à la construction d'une paix stable et durable.
 
II. D’établir une table de conversations qui sera installée publiquement (un mois après l'annonce publique) à Oslo, en Norvège, et dont le siège principal sera à La Havane, Cuba. La table pourra tenir des réunions dans d'autres pays.
 
III. D’assurer l'efficacité du processus et d’achever les travaux sur l'ordre du jour avec célérité et dans les plus brefs délais, afin de répondre aux attentes de la société sur un accord rapide. En tout état de cause, la durée sera soumise à des évaluations régulières des progrès.
 
IV. De développer des pourparlers avec le soutien des gouvernements de Cuba et de Norvège comme garants et les gouvernements du Venezuela et du Chili comme accompagnateurs. Selon les besoins du processus, d'autres partenaires pourront être invités d’un commun accord.
 
V. L'ordre du jour suivant:
1. Politique de développement agricole intégral
- Le développement agricole intégral est essentiel pour promouvoir l'intégration des régions et le développement social  et économique équitable du pays.
- Accès et usage des terres. Terres improductives. Formalisation de la propriété. Frontalières agricoles et protection des réserves.
- Programmes de développement avec une approche territoriale.
- Infrastructure et adéquation des terres.
- Développement social: santé, éducation, logement, éradication de la pauvreté.
- Encouragement de la production agro-pastorale et de l'économie solidaire et coopérative. Assistance technique. Subventions. Crédit. Génération de revenus. Marketing. Formalisation du travail [= sortie du secteur informel, NdT].
- Système de sécurité alimentaire.
2. Participation politique
- Droits et garanties pour l'exercice de l'opposition politique en général et en particulier pour les nouveaux mouvements surgis  après la signature de l'accord final. Accès des médias.
- Mécanismes démocratique de participation des citoyens, y compris y compris directe , aux différents niveaux et sur différents sujets.
- Entrée en vigueur de mesures visant à promouvoir une plus grande participation à la vie politique nationale, régionale et locale de tous les secteurs, y compris la population la plus vulnérable, à conditions égales et avec des garanties de sécurité.
 
3. Fin du conflit
Processus global et simultané impliquant:
- Cessez-le-feu et des hostilités bilatéral et définitif.
- Déposition des armes. Réintégration des FARC-EP dans la vie civile - économique, sociale et politique - en fonction de leurs intérêts.
- Le gouvernement national coordonnera l'examen de la situation des personnes privées, poursuivies ou condamnées pour appartenance ou collaboration avec les FARC-EP.
- Parallèlement le gouvernement national intensifiera la lutte pour éliminer les organisations criminelles et leurs réseaux d’appui, ce qui incluera la lutte contre la corruption et l'impunité, en particulier contre toute organisation responsable de meurtres et de massacres, ou qui attente à des défenseurs des droits humains, des mouvements sociaux ou des mouvements politiques.
- Le gouvernement passera en revue et fera les  réformes et ajustements institutionnels nécessaires pour faire face aux défis de la consolidation de la paix.
- Garanties de sécurité .
- En vertu des dispositions de l'article 5 (victimes) de cet accord sera clarifié, entre autres, le phénomène paramilitaire.
- La signature de l'accord définitif initie ce processus, qui devrait se développer dans un délai raisonnable convenu par les parties.
 
4. Solution au problème des drogues illicites
- Programmes de substitution des cultures illicites. Plans de développement globaux avec la participation des communautés dans la conception, la mise en œuvre et l'évaluation des programmes de substitution et remise en état environnementale des zones affectées par les cultures illicites.
- Programmes de prévention de la consommation et de santé publique.
- Résoudre la question de production de la consommation et de la santé publique.
 
5. Victimes
- L’indemnisation des victimes est au centre de l'accord gouvernement national - FARC-EP. En ce sens seront traités:
- les droits humains des victimes.
- La vérité.
 
6. Mise en œuvre, vérification et approbation
La signature de l'accord final donne le signal de l’application de tous les points convenus.
- Mécanismes de mise en œuvre et de vérification:
a. Système de mise en œuvre, en accordant une importance particulière aux régions.
b. Commissions de suivi et de vérification.
c. Mécanismes de règlement des différends.
Ces mécanismes auront une capacité et un pouvoir exécutifs seront confirmés par des représentants des parties et de la société, le cas échéant.
- Accompagnement international.
- Calendrier.
- Budget.
- Outils de diffusion et de communication.
- Mécanisme d’approbation des accords.

Les règles de fonctionnement suivantes:
1. Lors des réunions de la table de négociations participeront jusqu'à 10 personnes par délégation, dont un maximum de 5 plénipotentiaires qui seront porte-parole respectifs. Chaque délégation sera composée de 30 représentants.
 
2. Pour aider à développer le processus on pourra consulter des experts sur les thèmes de l'ordre du jour, une fois accomplies les formalités nécessaires.
 
3. Pour assurer la transparence du processus, la table réalisera des rapports réguliers.
 
4. Un mécanisme visant à faire connaître les progrès de la négociation sera établi. Les discussions ne seront pas rendues publiques.
 
5. Une stratégie de diffusion efficace sera mise en place.
 
6. Pour assurer la participation la plus large possible, un mécanisme sera mis en place pour la réception de propositions sur les points de l'ordre du jour de la part de citoyens et d’organisations, par des moyens physiques ou électroniques. D’un commun accord et à un moment donné, la table pourra procéder à des consultations directes et recevoir des propositions sur ces points, ou déléguer à une tierce partie l'organisation d’espaces de participation.
 
7. Le gouvernement national assurera les ressources nécessaires pour le fonctionnement de la table, qui seront gérés de manière efficace et transparente.
 
8. La table disposera de la technologie nécessaire au déroulement du processus.
 
9. Les discussions commenceront par le point Politique de développement agricole global et se poursuivront dans l’ordre convenu par les participants.
10. Les pourparlers suivront le principe que rien n'est convenu tant que tout n'est pas convenu.

mercredi 4 juillet 2012

COLOMBIE - Miguel Ángel Beltrán : "Il faut raconter la vérité”



par Miriam Valero, The Prisma, 24/6/2012. Traduit par  Cédric Rutter, édité par  Fausto Giudice, Tlaxcala
Son cas a fait le tour du monde. Victime d’un montage et accusé d'être l'un des leaders de la guérilla des FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie), Miguel Ángel Beltrán a été emprisonné pendant deux ans. Aujourd'hui innocenté et libre, il nous parle de la persécution qu'il a vécu pour avoir exprimé des critiques sur  le gouvernement et le conflit en Colombie.
Miguel Ángel Beltrán semble avoir le moral, mais ses yeux ne cachent pas la souffrance vécue.
Sociologue et professeur d'université de 48 ans, ce Colombien qui a enseigné à l'Université nationale de Colombie a été arrêté et emprisonné en mai 2009 après avoir été accusé d'être, sous le pseudonyme « Jaime Cienfuegos », l'un des plus hauts dirigeants des FARC. Après avoir passé deux ans dans la prison de La Picota, à Bogota, accusé de rébellion et de conspiration, il est sorti innocenté.
Les éléments de preuves l'incriminant avaient été manipulés. Selon le gouvernement, elles se trouvaient dans l'un des ordinateurs du chef de la guérilla, Raul Reyes, tué à la frontière avec l’Équateur dans le cadre de l'opération Phoenix, à l'époque de la présidence d'Alvaro Uribe.
Les informations contenues dans l'ordinateur ont servi à incriminer des Colombiens qui auraient menacé la sécurité nationale. Parmi eux des personnages bien connus – et tout aussi innocents : l'ex-sénatrice Piedad Cordoba, les membres du Congrès Wilson Borja et Carlos Lozano, mais aussi les présidents du Venezuela et de l’Équateur, Hugo Chavez et Rafael Correa.
Beltrán a été accusé d'entretenir des communications avec Reyes. Cependant, les preuves avancées étaient des documents Word (donc facile à manipuler) et la Cour suprême colombienne ne les a pas acceptées comme valables.
Le professeur a dénoncé les violations des droits humains et les agressions sur sa personne durant sa réclusion. Il affirme que l'ensemble du processus est le résultat de la persécution de ceux qui expriment une pensée critique face à la position du gouvernement dans le conflit colombien.
Lors d'une visite en Grande-Bretagne, il s'est entretenu en exclusivité avec The Prisma pour expliquer son affaire, ainsi que la situation colombienne après plus de 60 années de conflit.
Quelle est actuellement votre situation juridique et personnelle ?La décision du juge après le procès a été de déclarer mon innocence. Mais le bureau du procureur général a ouvert une procédure disciplinaire destinée à m'éloigner de  l'université et à m'interdire toute fonction publique. Un moyen de me faire taire. Je crains qu'ils réussissent car c'est un organe politisé qui a déjà rendu des décisions visant à réduire au silence l'opposition.
D'autre part, après ma sortie de prison, j'ai reçu des menaces et j'ai été harcelé par les médias officiels de Colombie. Cela m'a forcé à quitter le pays en septembre car il n'y a rien qui est fait pour assurer ma sécurité. Je suis loin de mes enfants et de ma femme.
Comment se sont passées les retrouvailles avec votre famille et vos collègues ?
C'était très touchant et encourageant de sentir le soutien et l'appui de ma famille, de mes étudiants, de mes collègues et de toute la communauté nationale et internationale. C’est toujours ça de gagné malgré ce que j'ai vécu et même si cela a été douloureux : cette campagne de solidarité a été si vaste qu'elle s'est étendue à d'autres prisonniers qui sont encore dans les prisons colombiennes.
Comment faire pour récupérer son image lorsque dans le monde entier on a été montré du doigt comme un leader des FARC ?
Il reste encore une stigmatisation. Ce qui est recherché quand on persécute quelqu'un, c'est de l'isoler. Personnellement, c'est très négatif. Mais je pense que dans mon cas, l'intention s'est inversée parce que mon innocence et le coup monté ont pu être démontrés.
Comment avez-vous ressenti le moment où vous avez été emprisonné au Mexique ?Pour moi, c'était une surprise. Je suis allé à un rendez-vous avec un fonctionnaire, j'étais accompagné de ma femme et d'un avocat. Ils m'attendaient à l'extérieur et ils n'ont jamais été informés de quoi que ce soit. C'est par les médias qu'ils ont vu que j'étais présenté comme un terroriste.
Comment s'est passé votre séjour dans la prison de La Picota ?J'ai été mélangé avec des personnes déjà condamnées, dont certaines étaient même accusées d'être des paramilitaires. Ce qui était une menace pour ma vie parce que dans mes écrits,  j'avais dénoncé les liens entre les paramilitaires et l’État. Ma condition de fonctionnaire public n'a pas été reconnue. J'aurais eu droit à être emprisonné dans d'autres pavillons que ceux de haute sécurité. Il y a 10.000 personnes dans la situation que j'ai vécue. Le droit à la défense est violé, leurs familles ne peuvent pas venir les voir, ils vivent dans des conditions de surpeuplement, sans soins médicaux et la nourriture est de très mauvaise qualité.
Qu'est-ce qui vous a fait tenir ?En premier lieux mes convictions. Penser que notre lutte était juste et qu'un abus avait été commis. Et aussi toute la solidarité internationale et celle de l'université. J'ai donc décidé de continuer mon enquête sur la situation des prisonniers colombiens et celle d'autres acteurs du conflit comme les guérilleros et les paramilitaires.
Y a t-il eu des irrégularités dans votre procès ?Dès le début, tout était illégal. Je me trouvais au Mexique pour présenter une thèse au Centre d'études latino-américaines de l'UNAM. Je n'ai pas été arrêté parce qu'il n'avait pas de mandat, tel que démontré par ma défense, mais c'était un enlèvement et une disparition forcée : pendant sept heures j'ai été détenu secrètement et torturé jusqu'à ce que je sois remis aux autorités colombiennes.
Ensuite, les preuves qu'ils ont utilisées au cours de la procédure provenaient du « fameux » ordinateur de l'ancien chef de la guérilla Raul Reyes. Mais cette preuve n'a jamais été présentée. Ils avaient soi-disant des e-mails censés me relier à lui, mais il s'agissait de documents Word. Comme l'ont reconnu un rapport d'Interpol et les témoins de l'accusation : il n'y avait pas de « traçabilité » de l'origine de ses messages. Il y a eu manipulation par des personnes qui avaient saisi l'ordinateur. Les documents ont été modifiés et l'information a été manipulée.
Selon vous, qui voulait vous accuser et vous voir en prison ?Cela s'est passé au plus haut niveau de l’État, avec le président Alvaro Uribe. C'était très clair. Le lendemain de mon arrestation, il a déclaré lors d'un événement public qu'un enseignant qui était dans « le vice du terrorisme » et qui était le terroriste international le plus dangereux des FARC avait été arrêté. Il a également remercié le gouvernement mexicain et son président Felipe Calderón pour ce travail. Il y avait donc un accord bilatéral entre les deux gouvernements pour créer cette situation. Quant à l'enquêtele général Oscar Naranjo, ancien chef de la police nationale de Colombie,  a  participé directement à ce processus. Il a également été démontré que l'État colombien avait payé des fonctionnaires mexicains pour me filer.Vous étiez un universitaire. Quelle partie de votre travail pouvait gêner ?Cela s'est déroulé dans le contexte de la politique dite de « sécurité démocratique ». Dans cette perspective, la plupart des universitaires qui ont critiqué cette politique ont été repérés, puisque, par décision présidentielle, il était établi qu'en Colombie il n'y avait pas de conflit armé, il était même interdit de le dénoncer. Pour le gouvernement, il y avait une démocratie et une menace terroriste. Nous, par nos écrits, avons dénoncé les violations flagrantes des droits humains en Colombie et cela allait à l'encontre de l'image qu'ils voulaient présenter au niveau international. Au cours du procès, beaucoup de mes textes ont été utilisés comme s'ils avaient été commandés par la direction des FARC.Quel est le but ultime de cette persécution ?Je ne pense pas que ce soit tant le procès de Miguel Ángel Beltrán, mais de ce qu'il représente en tant que pensée critique face aux politiques gouvernementales et à l'activité syndicale. Une façon de délégitimer notre réflexion et nos travaux est de vouloir faire croire que les guérilleros se seraient infiltrés à l'université.L'actuel président de la Colombie, Juan Manuel Santos, a reconnu l'existence d'un conflit armé.
Je reste très méfiant quand je regarde la trajectoire de Santos car il était le ministre de la Défense d'Uribe. Il est indéniable que son discours agressif du passé a changé, mais les mots sont restés. La proclamation sur la Loi des Victimes a été importante parce que c'est une façon de reconnaître le conflit, mais il y a des conséquences que Santos ne veut pas assumer comme le fait qu'il existe des prisonniers politiques. Le gouvernement a déclaré qu'il n'y avait pas de prisonniers de ce type, alors qu'il suffit juste de se rendre dans une prison pour se rendre compte que ce n'est pas vrai.
Il y a des choses sur lesquelles il faut enfin dialoguer. Je pense que nous sommes à un moment important, qu'il y a une pression internationale et un sentiment largement répandu dans le peuple colombien en faveur de la paix. Si Santos veut vraiment s'y engager, il devrait déjà initier des actions en ce sens.
Vous pensez qu'il est possible d'engager un dialogue avec les FARC ?

Je crois en la nécessité de ce dialogue et je pense qu'il peut avoir lieu dans la mesure où il y a une pression internationale. En ce moment, des secteurs de la société colombienne sont en train de mener des campagnes pour chercher une issue politique et « dialoguée » du conflit. Mais ce processus doit être accompagné d'une réelle volonté du gouvernement d'initier des transformations, des changements structurels nécessaires en Colombie. Il ne s'agit pas seulement de s'asseoir. Ce dont la Colombie a besoin, c'est, par exemple, d'une réforme agraire et d’une solution pour un large segment de la population vivant dans la pauvreté absolue.
Le conflit colombien semble sans fin ...

Mon séjour à Londres m'a permis de connaître l'expérience irlandaise. Il y a vingt ou trente ans, il était impensable qu'un tel processus se mette en marche, et je pense que s'il y a une volonté et une décision politique, c'est possible. Bien qu'actuellement, il n’y ait pas de perspectives optimistes, je sens que c'est possible en Colombie. Rappelez-vous cette phrase : « L'heure la plus sombre est celle qui précède l'aube ».
Considérez-vous les FARC comme un groupe terroriste ?

Non. Et il est important qu'en Colombie l'opinion change parce que quand vous dites à l'échelle internationale que les FARC ne sont pas un groupe terroriste, cela fait immédiatement de vous un ami de la guérilla. Alors qu'il ne s'agit pas de ça. Je considère qu'ils sont un acteur politique, qu’ils font partie de l'histoire colombienne, qu’ils sont une réponse à la violence de l'État.
Comment les médias se sont-ils comportés avec vous ?
Les médias officiels ont essayé de gagner ce qu'ils n'avaient pas obtenu au procès. Des articles et des éditoriaux ont été écrits pour dire qu'un terroriste était libre par la faute de la justice. En Colombie, cela équivaut à vous clouer au pilori et à faire de vous une cible des groupes paramilitaires. La relation entre les médias et le pouvoir économique est très étroite, ils sont utilisés comme un outil pour faire taire ceux qui ont une pensée critique face au gouvernement. Par exemple, le quotidien El Tiempo, a longtemps été détenu par la famille Santos, l'actuel président. Cependant, je voudrais distinguer deux types de médias. Les officiels, qui ne garantissent pas mon droit à la présomption d'innocence, et les médias alternatifs nationaux et internationaux qui ont été un soutien très important pour faire connaître la réalité de cette affaire.
Comment lutter contre les tentatives de réduire au silence ?
Dans mon cas, par exemple, la vérité s'impose. Maintenant que je suis sorti de prison, je pense que je peux pas rester silencieux. Si quelque chose est resté chez moi, c'est bien la conviction que nous taire ne va pas changer cette réalité. Je suis profondément attaché aux prisonniers que j'ai rencontrés et je vais continuer à lutter pour la défense de la pensée critique, pour qu'en Colombie les idées puissent librement s'exprimer et pourqu'existe un pluralisme.