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jeudi 17 mars 2016

La (re)colonisation du Mexique
La colonización de México

par John Aackerman, 14/3/2016
Original: La colonización de México
Ce vendredi 18 mars nous célèbrerons le 78ème anniversaire de l'expropriation pétrolière par le président Lazaro Cardenas del Rio, dans un contexte de trahison absolue des principes de la souveraineté nationale, de la démocratie et du bien-être social incarnés par ce grand général révolutionnaire. Autrefois, l'énorme force de l'État mexicain était utilisée pour défendre les intérêts et le bien-être du peuple mexicain. Aujourd'hui, ce même État a été mis au service des intérêts internationaux les plus vils et travaille à démanteler le pays et à anéantir la résistance populaire.
Le 22 février dernier, le président Enrique Peña Nieto Enrique est allé à Houston, au Texas, pour participer au congrès annuel IHS Energy CERAWeek. Dans sa tentative désespérée de brader notre or noir, le président mexicain s'est abaissé au niveau des bureaucrates de second ordre et des dirigeants de compagnies pétrolières internationales qui se réunissent là chaque année. Il a été le seul chef d'État à participer à l'événement (voir la liste des participants ici). De manière scandaleuse, Peña Nieto a également profité de son voyage pour rencontrer le gouverneur du Texas, Greg Abbott, réduisant ainsi l'État mexicain au rang d'entité fédérative des USA.

mercredi 30 décembre 2015

Minqi Li, économiste chinois : “Dans les 10 ans qui viennent, un grand soulèvement de la classe ouvrière est très probable en Chine”

par Pablo Ampuero Ruiz 巴梓诺, China Files, 23/8/2012; Traduit par  Fausto Giudice, Tlaxcala

Original: “Dentro de diez años es muy probable que haya un levantamiento a gran escala de la clase trabajadora en China”: economista chino Minqi Li


Le professeur et militant Minqi  Li (李 民 骐) est actuellement  la figure intellectuelle  la plus importante de la Nouvelle Gauche chinoise. Licencié en économie de l'Université de Beijing et docteur en économie de l'Université de Masachussetts à Amherst, Minqi Li est maintenant largement reconnu pour son travail sur l'économie politique et son livre The Rise of China and the Demise of the Capitalist System ( L'essor de la Chine et l'effondrement du système capitaliste). Chine Files a conversé avec lui sur sa vie, sa pensée économique et sa vision de la Chine d'aujourd'hui.
En 1989, il a participé aux protestations de la place Tiananmen menées par les étudiants et les intellectuels libéraux exigeant davantage de droits politiques et économiques. Pour son opposition à la politique du Parti communiste, un an plus tard il a été arrêté et détenu pendant deux ans, accusé de "propagande contre-révolutionnaire". Il a profité de son séjour en prison pour réfléchir sur la situation de la Chine et les possibilités de changement; c'est ainsi qu'il a découvert les textes de Marx, Engels et Lénine.

Minqi Li est connu pour son engagement militant en faveur de la lutte des travailleurs et de la cause du socialisme. Il est l'un des principaux dirigeants de la Nouvelle Gauche chinoise, qui a une vision critique plutôt positive sur la période maoïste et ne voit pas d'un bon œil le tournant néolibéral pris par le pays avec la politique de "réforme et ouverture». Parler avec Minqi Li, c'est entrer en contact avec une Chine qui n'apparaît pas dans la presse, et cela permet, grâce à une argumentation solide, de dévoiler le paradoxe entre la réussite économique actuelle du géant asiatique et le moment historique que vit le monde.

Vous avez étudié la gestion économique à l'Université de Beijing, où vous êtes devenu un adepte convaincu de l' "École de Chicago" (le néolibéralisme). Mais aujourd'hui, vous êtes un leader de la Nouvelle Gauche chinoise. Comment un tel changement a-t-il été possible?
J'étais étudiant de premier cycle en économie à l'Université de Beijing entre 1987 et 1990. Dans les années quatre-vingt, l'économie néolibérale s'était déjà emparée des principales universités en Chine. Nous avons été formés à croire que la propriété publique des moyens de production et la planification économique étaient intrinsèquement inefficaces et étaient responsables de l'arriération économique de la Chine. En particulier, les économistes faisaient valoir que le socialisme encourageait la paresse des travailleurs, qui vivaient de l'aide sociale et de la protection de l'État. Les entreprises publiques devaient être privatisées et les travailleurs feignants licenciés. Beaucoup d'étudiants, à cette époque en Chine, ont été attirés par le modèle capitaliste occidental, croyant que dans une économie capitaliste de marché libre, la liberté politique et la démocratie allaient fleurir.
http://tlaxcala-int.org/upload/gal_12580.jpg
Un gréviste de la faim sur la place Tiananmen en mai 1989. Photo : Stuart Franklin / Magnum
Ironiquement, ce sont les travailleurs qui ont soutenu les étudiants pendant le mouvement pour la démocratie de 1989. Les travailleurs n'avaient pas réalisé que si les étudiants et les intellectuels libéraux avaient gagné, ils auraient mis en œuvre des programmes de privatisation style "thérapie de choc" et détruit des dizaines de millions d'emplois. D'autre part, les étudiants et les intellectuels libéraux avaient des doutes sur la mobilisation des travailleurs au moment critique du mouvement démocratique, en raison de leur méfiance instinctive vis-à-vis de la classe ouvrière. J'ai participé au mouvement démocratique de 1989.

En réfléchissant sur l'échec du mouvement, je suis parvenu à la conclusion que le mouvement démocratique ne pourrait pas réussir sans une mobilisation totale de la classe ouvrière. Mais une mobilisation des travailleurs aurait à tenir compte de leurs propres intérêts économiques et sociaux. Il semblait y avoir là une contradiction évidente entre les exigences de la démocratie et celles de l'économie capitaliste néolibérale. Je commençais à penser qu'il pourrait y avoir quelque chose d'utile dans la théorie marxiste et j'ai commencé à lire certains livres. Au début, j'ai lu principalement des écrits marxistes occidentaux modernes (GA Cohen, Paul Sweezy, Ernest Mandel). Pendant que j étais en prison (1990-1992), j'ai lu de nombreux textes de Marx, Engels, Lénine et Mao. À cette poque, je suis devenu un socialiste, marxiste et marxiste-léniniste. Aujourd'hui, je me considère comme un marxiste-léniniste-maoïste.

lundi 30 novembre 2015

Rencontre du 4ème type à Moscou
Arundhati Roy, John Cusack, Daniel Ellsberg et Edward Snowden



I
Les choses qui peuvent et qui ne peuvent être dites: une conversation entre John Cusack et Arundhati Roy
par John  Cusack   

"Tout État-nation tend à devenir impérial — c'est là le problème. A travers les banques, les armées, les polices secrètes, la propagande, les tribunaux et les prisons, les traités, les taxes, les lois et l'ordre, les mythes de l'obéissance civile, les postulats de vertu civique au sommet de la hiérarchie. Cependant, il faut le dire, de la gauche politique, nous attendons mieux. Et à juste titre. Nous plaçons plus aisément notre confiance dans ceux qui font preuve de compassion, qui dénoncent ces arrangements sociaux horribles qui rendent la guerre inévitable et le désir humain omniprésent, qui alimentent l'égoïsme capitaliste, flattent les appétits et le désordre et ravagent la terre".                                                                                                                       Daniel Berrigan, poète, prêtre jésuite



John Cusack: Un matin alors que je parcourais les infos -  horreur au Moyen-Orient, affrontement de la Russie et de l'Amérique en Ukraine -, j'ai pensé à Edward Snowden et me suis demandé comment il tenait le coup à Moscou. J'ai commencé à imaginer une conversation entre lui et Daniel Ellsberg (qui a fait fuiter les Papiers du Pentagone durant la guerre du Vietnam). Et puis, étonnamment, mon imagination a fait entrer une troisième personne dans la pièce,  l'écrivaine Arundhati Roy. Il m'a semblé intéressant de parvenir à réunir ces trois personnes.
J'avais entendu Roy parler à Chicago et l'ai rencontrée plusieurs fois.[...] J'ai enregistré nombre de nos conversations - pour la simple raison qu'elles étaient si intenses j'ai eu l'impression qu'il me faudrait les réécouter plusieurs fois pour être sûr que nous avions bien compris  ce que nous nous étions dit. Elle n'a pas semblé y faire attention, ou bien ne semblait pas s'en soucier. Lorsque je lui ai demandé si je pouvais utiliser les transcriptions, elle a dit "OK, mais assure-toi d'ôter les idioties. Au moins les miennes."
Voici donc:
Arundhati Roy : Je dis seulement : que signifie ce drapeau US pour ceux qui ne vivent pas aux USA ? Quelle est sa signification en Afghanistan, en Irak, en Palestine, au Pakistan - même en Inde, votre nouvel allié naturel?
JC : Dans sa situation (Snowden), il a une marge d'erreur très réduite lorsqu'il s'agit de contrôler son image, son message, et il a fait un boulot extraordinaire jusqu'ici. Mais cette imagerie de son isolement te  dérange?
AR : Oublions le génocide des Indiens d'Amérique, oublions l'esclavage, oublions Hiroshima, oublions le Cambodge, oublions le Vietnam, tu sais...
JC : Pourquoi devons-nous oublier?
(Rires)
AR: Je dis seulement que d'un côté, je suis contente - impressionnée - qu'il y ait des gens dotés d'une telle intelligence, d'une telle compassion et qui ont fait défection de l'État. Ils sont héroïques. Totalement. Ils ont risqué leur vie, leur liberté...et puis il y a une partie de moi qui pense...comment ont-ils jamais pu y croire? Par quoi se sentent-ils trahis? Un État moral peut-il exister? Une superpuissance morale? Je n'arrive pas à comprendre ces gens qui croient que les excès ne sont que des aberrations...Bien sûr, je le comprends intellectuellement, mais...une partie de moi-même veut conserver cette incompréhension...Parfois ma colère se met en travers de leur souffrance.
JC : D'accord, mais tu ne crois pas que tu es un peu sévère?
AR : Peut-être (rires). Mais alors, en ayant râlé comme je l'ai fait, je dis toujours que ce qu'il y a de formidable aux USA c'est qu'il y a eu une vraie résistance de l'intérieur. Il y a eu des soldats qui ont refusé de se battre, qui ont brûlé leurs médailles, qui se sont faits objecteurs de conscience. Je ne crois pas qu'on ait jamais eu un objecteur de conscience dans l'armée indienne. Pas un seul. Aux USA, vous avez cette fière histoire, tu sais ? Et Snowden en fait partie.
JC : Mon instinct me dit que Snowden est plus radical qu'il ne le prétend. Il doit faire preuve de tellement de tactique...
AR : Seulement depuis le 11 septembre...nous sommes censés avoir oublié tout ce qui a eu lieu dans le passé parce que c'est le 11 septembre que commence l'histoire. Bon, depuis 2001, combien de guerres ont été déclenchées, combien de pays ont été détruits ? Donc maintenant l'ISIS est le nouveau fléau - mais comment ce fléau a-t-il commencé ? Est-ce pire de faire ce que fait l'ISIS, c'est-à-dire de passer son temps à massacrer des gens - principalement des chiites, mais pas seulement - à trancher des gorges ? Au fait, les milices soutenues par les US font des choses du même genre, sauf qu'elles ne montrent pas des décapitations de blancs à la télé. Ou bien est-ce pire de contaminer l'approvisionnement en eau, de bombarder un lieu avec de l'uranium appauvri, de couper l'approvisionnement en médicaments, de dire qu'un demi-million d'enfants qui meurent à cause des sanctions économiques est un "dur prix" à payer, mais qui "en vaut la peine"?
JC : Madeleine Albright a dit ça - au sujet de l'Irak.
AR : Oui. L'Irak. Est-ce que c'est bien de contraindre un pays au désarmement pour le bombarder ensuite? De continuer à semer la pagaille dans la région ? De prétendre que vous combattez l'islamisme radical, alors qu'en réalité vous renversez tous les régimes qui ne sont pas des régimes islamistes radicaux? Quels qu'aient pu être leurs autres défauts, ce n'était pas des États islamistes radicaux - l'Irak ne l'était pas, la Syrie ne l'est pas, la Libye ne l'était pas. L'État islamiste le plus radical et le plus intégriste est, bien sûr, votre alliée l'Arabie Saoudite. En Syrie, vous êtes du côté de ceux qui veulent destituer Assad, n'est-ce pas? Et puis tout d'un coup, vous êtes avec Assad, en voulant combattre l'ISIS. On dirait une sorte de géant riche, fou et désorienté divaguant  dans une région pauvre, les poches pleines d'argent, et d'une grande quantité d'armes - se contentant de balancer des trucs à droite à gauche. Vous ne savez même pas à qui vous les donnez - quelle faction meurtrière vous armez contre quelle autre - vous croyant à votre place alors qu'en réalité...Toute cette destruction qui  a suivi le 11 septembre, tous les pays qui ont été bombardés...cela rallume et amplifie les anciens antagonismes. Ils ne sont pas forcément en lien avec les USA. ils précèdent l'existence des USA de plusieurs siècles. Mais les USA ne sont pas capables de comprendre à quel point tout cela est hors de propos, en fait. Et à quel point c'est diabolique...Vos gains à court terme sont les désastres à long terme du reste du monde - pour tout le monde, y compris vous-mêmes. Et je suis désolée, je disais vous et les USA ou l'Amérique, alors qu'en fait je voulais dire le gouvernement US. Il y a une différence. De taille.
JC : ça c'est sûr
AR : Associer les deux comme je viens de le faire est stupide...c'est tomber dans un piège - cela permet aux gens de dire : "Oh, elle est anti-américaine, il est anti-américain", alors que nous ne le sommes pas. Bien sûr que non. Il y a des choses que j'aime aux USA. De toute façon, qu'est-ce qu'un pays ? Quand les gens disent : "Parlez-moi de l'Inde", je réponds : "Quelle Inde?... Le pays de la poésie et de la révolte ? Celui qui produit une musique envoûtante et des tissus raffinés ? Celui qui a inventé le système des castes et prône le génocide des Musulmans et des Sikhs ainsi que le lynchage des Dalits ? Le pays des milliardaires en dollars ? Ou celui dans lequel 800 millions de personnes vivent avec moins d'un demi-dollar par jour ? Quelle Inde ? " Lorsque les gens disent "USA", de quel pays parlent-ils ? Celui de Bob Dylan ou celui de Barack Obama ? Ils parlent de la Nouvelle Orléans ou de New York ? Il y a seulement quelques années de cela, l'Inde, le Pakistan et le Bangladesh formaient un seul et même pays. En réalité, nous étions constitués de nombreux pays si on prend en compte les États princiers.... Puis les Britanniques ont tracé un trait et nous voici devenus trois pays dont deux se menacent mutuellement avec l'arme nucléaire - la bombe des Hindous radicaux et la bombe des Musulmans radicaux.
JC : L'islam radical et l'exceptionnalisme US partagent le même lit. Comme des amants, ce me semble.
AR : C'est un lit pivotant dans un motel bas de gamme... L'hindouisme radical s'y est blotti aussi. Ce n'est pas évident de pister les partenaires, ils changent si vite. Leurs progénitures sont autant d'instruments destinés à livrer une guerre éternelle.
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jeudi 17 avril 2014

Mario Soares : le nouvel “indignéˮ anti-libéral ?

par Pedro da Nóbrega, 17/4/2014 
Je dois dire que je reste pour le moins perplexe lorsque je vois, venant de différents médias de sensibilité communiste ou au moins anti-libérale, la promotion sans le moindre recul critique qui est faite d’un personnage aussi controversé que Mario Soares, ancien Premier Secrétaire du PS portugais, ancien Premier ministre et Président de la République, par ailleurs membre éminent de l’Internationale Socialiste*.


Mario Soares vu par Augusto Cid en 1997
Que l’individu, face aux ravages sociaux des politiques d’austérité dans les pays de l’Union Européenne en général et au Portugal en particulier, ait fait son aggiornamento pour émettre un discours aujourd’hui critique sur l’orientation néo-libérale de l’Union Européenne n’en fait pas pour autant la nouvelle figure de proue de la lutte anti-capitaliste dans l’Union Européenne.

D’autant plus que dans son tout nouveau regard critique, il est loin de brûler ce qu’il vénérait il n’y a pas si longtemps et surtout de porter une analyse autocritique sur propre son rôle historique.
Car, au moment où nous nous apprêtons à commémorer le 40ème anniversaire de la Révolution des Œillets, il n’est pas inutile de revenir sur le rôle décisif qui a été le sien pour faire échouer cette révolution inédite en Europe et ne pas le laisser réécrire l’histoire à sa guise, toujours en essayant de se donner le beau rôle. Car si ses talents de girouette sont depuis bien longtemps notoires au Portugal, il semble qu’il arrive encore à faire illusion dans d’autres contrées en tenant des discours à géométrie variable en fonction de son auditoire.
Zé (diminutif de José), déjà très détendu : "Voyons voir ce que tu nous rapportes de Paris". Sur les valises de Mário Soares: "vêtements" et "programmes". Dessin de João Abel Manta datant d'après le retour d'exil de Soares le 1er mai 1974, quelques jours après la Révolution des œillets.
Dans une entrevue accordée au I-Jornal du 17 avril dernier, il n’hésite pas à présenter le Général Spínola, premier chef de la Junte de Salut National - mise en place le 25 avril 1974 pour remplacer le pouvoir fasciste - comme un grand chef militaire opposé au dernier Président du Conseil fasciste, Marcelo Caetano, le successeur de Salazar, et comme un homme du 25 avril.
Or Spínola, hobereau haut gradé, membre par le passé de la « Division Azul » ayant combattu aux côtés des nazis sur le front soviétique, ancien Commandant du corps expéditionnaire de l’armée coloniale portugaise en Guinée, n’a jamais été lié au Mouvement des Capitaines, le MFA, ni un opposant aux guerres coloniales. Il avait acquis un certain prestige pour avoir publié pendant la dictature un livre « Le Portugal et son avenir », où il osait critiquer la gestion du conflit colonial par le pouvoir fasciste. Non pas qu’il y professât un quelconque droit à l’indépendance des colonies, mais, féru des méthodes de « guerre psychologique » auxquelles il s’était familiarisé auprès des armées françaises qui les avaient développées en Indochine et en Algérie mais aussi US avec le conflit au Vietnam, il critiquait les méthodes « archaïques », selon lui, du pouvoir fasciste portugais pour mener les conflits coloniaux. Nous voilà donc bien loin d’un anti-colonialiste !
D’ailleurs, s’il est devenu chef de la Junte de Salut National, c’est par le biais d’un compromis entre le Mouvement des Forces Armées, auteur du mouvement militaire ayant mis fin au fascisme et les dirigeants de la dictature qui refusaient de négocier avec des officiers « subalternes » pour ne pas que le « pouvoir soit à la rue », Spínola ayant intrigué pour se présenter comme le seul recours, alors que les capitaines du MFA lui préféraient le Général Costa Gomes. Mais ils ont accepté pour éviter un bain de sang dans une ville de Lisbonne où des milliers de Portugais se pressaient dans les rues, contrairement là encore à ce qu’affirme Soares dans cette interview.
Quand le journaliste lui rappelle néanmoins les liens de Spínola avec l’extrême-droite et ses tentatives de coup d’État contre la Révolution des Œillets, notamment le 11 mars 1975, Soares a le culot de répondre « qu’il ne sait pas s’il a tenté ou non un coup d’État et encore moins s’il avait des relations avec l’extrême-droite », alors que ces faits sont avérés et ne prêtent même pas à contestation.
Tactique identique lorsque le journaliste l’interroge sur ses liens privilégiés avec Frank Carlucci, ambassadeur des USA nommé à Lisbonne juste après le 25 avril 1974 et qui deviendra directeur adjoint de la CIA en 1978. Soares répond qu’il n’en sait rien et que cela ne l’intéresse pas et pourtant cela ne l’a pas empêché de réaliser de juteuses affaires avec le dit ambassadeur, qu’il ne dément même pas.
Lisbonne, 1975: rencontre entre Mario Soares et Frank Carlucci pour mettre au point la mise à l'écart du MFA et du PCP
Lisbonne, 9 juin 2011 : retrouvailles au même endroit - une mansarde - des deux vieux complices. Soares :"On se réunissait une fois par semaine. Ici, on était sûr qu'il n'y avait pas de micros du KGB"
C’est d’ailleurs Soares, alors ministre des Affaires Étrangères, qui, sur injonction des USA, impose la présence de l’UNITA à la conférence d’Alvor au Portugal en janvier 1975 sur l’accession à l’indépendance de l’Angola, alors que ce mouvement, qui est né de la collaboration avec l’armée coloniale portugaise pendant le conflit contre le MPLA, mouvement historique de libération, n’est même pas reconnu comme mouvement de libération par l’OUA (Organisation de l'unité africaine), avec le résultat tragique pour le peuple angolais qui en résultera.
Mais il n’hésite pas pourtant à justifier ses excellentes relations avec Carlucci par l’accusation aussi grotesque que ridicule de la volonté d'Alvaro Cunhal, l’historique Secrétaire Général du Parti Communiste Portugais, de faire du Portugal un « Cuba de l’Occident » (sic). Quiconque a vécu cette période sait combien cette fable est inepte et n’a rien à voir avec ce qu’a été la Révolution des Œillets.
Mais l’immodestie du personnage est telle qu’il va dans ce même entretien jusqu’à se vanter des excellentes relations qu’il entretenait avec Manuel Fraga Iribarne, franquiste notoire, allant même attribuer au dictateur Franco le mérite de s’être prétendument opposé au passage de troupes de marines US pour aller attaquer le Portugal de la Révolution des Œillets ! C’est dire le crédit à accorder aux déclarations de ce monsieur.

Lequel se loue aussi des très cordiales relations qu’il avait avec Adolfo Suárez, autre néo-franquiste notoire, et Soares ose même s’attribuer en passant un rôle essentiel dans la « transition » espagnole, excusez du peu.
Pour en revenir à l’Union Européenne, face au journaliste qui lui rappelle qu’il a été le maître d’œuvre de l’entrée du Portugal dans l’Union Européenne et lui demande quel regard il porte sur cette Union Européenne dont les politiques d’austérité empêchent la mise en œuvre de toute politique sociale, il nous livre cette analyse de « haute volée » :
La crise est un facteur dynamique et populiste dans toute l’Europe. La solidarité européenne, élément fondamental de l’Union, a disparu. Les deux partis politiques qui ont construit l’Europe ont été les sociaux-démocrates, socialistes et travaillistes ainsi que les démocrates-chrétiens. Aujourd’hui il ne reste plus que des populistes. Même s’ils se proclament sociaux-démocrates et démocrates-chrétiens. Le populisme a gagné, détruisant les États au profit des marchés.”
Fermez le ban !
Pas un mot sur la soumission des forces politiques qu’il a conduit, avec d’autres, aux logiques de marché du capital, pas un mot sur la responsabilité des dirigeants politiques, dont lui-même, dans cet asservissement, il a déniche l’épouvantail idéal pour faire peur dans les chaumières de la bien-pensance et de la bonne conscience, le populisme, ce vilain avatar qui nous rappelle que le peuple est toujours quelque chose de « peu recommandable » et de « suspect ».
Et cerise sur le gâteau, lorsqu’il est interrogé sur la situation en France, la lourde défaite électorale du PS aux municipales et la montée de l’extrême-droite, il nous gratifie de ce diagnostic « lumineux » :
La situation en France est très difficile et a été créée par Sarkozy. La défaite de Hollande est grave. Mais je crois qu’il en a tiré la leçon et je fonde quelque espoir sur le nouveau gouvernement de Manuel Valls. »
Tant de « clairvoyance » a de quoi en « éblouir » plus d’un assurément !
Alors STOP ou ENCORE !
Je ne comprends vraiment pas comment on peut continuer à faire la promotion d’un personnage de cet acabit en le présentant comme le nouveau « Robin des Bois » anti-libéral ou le nouvel « indigné » du moment. Il y a des limites à la confusion idéologique et historique.
*Voir notamment Mario Soares : « Le néolibéralisme est une tragédie », Denis Sieffert, Politis, 21/11/2013; "L'austérité conduit l'Europe à la dictature", Grand entretien avec l'ancien président portugais Mario Soares, L'Humanité-Dimanche, 30/1/2014
Mario Soares Roi, terre cuite peinte à l'acrylique dans le style traditionnel de Caldas da Rainha 
 

lundi 4 novembre 2013

«Les Jours Heureux» de Gilles Perret, en salles le 6 novembre. A voir !



Le 6 novembre prochain sort en salles le nouveau film de Gilles Perret, «Les Jours Heureux».

«Les Jours Heureux», c'est le nom que les Résistants ont donné au programme politique qu'ils ont élaboré collectivement dans la clandestinité au sein du Conseil national de la Résistance ; c'est ce programme qui a servi de base aux grandes mesures sociales de la Libération : nationalisations, Sécurité sociale, retraites généralisées, lois de séparation de la presse et de l'argent, etc. 

Grâce à des entretiens avec plusieurs figures historiques de la Résistance, et l'aide d'images d'archives, Gilles Perret reconstitue la genèse de cet ambitieux programme, pensé par des gens qui ne se sont pas contentés d'actes de bravoure contre l'envahisseur nazi, mais ont souhaité définir un avenir solidaire pour le pays libéré.

Or, cet héritage politique, au lieu d'être prolongé et approfondi, a été peu à peu démembré par la contre-révolution néolibérale débutée dans les années 80 et encore poursuivie aujourd'hui. C'est ce que le journal Fakir a appelé «la revanche des collabos»...
Nous vous invitons à ce propos à lire, imprimer et diffuser ces deux appels, qui constituent un bon résumé du glissement politique que nous avons vécu ces 30 dernières années...

Plus d'information sur le film ici :