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mercredi 10 juin 2015

Message du Président grec sur les indemnisations allemandes lors de la commémoration du massacre de Distomo

par Προκόπης Παυλόπουλος Prokópis Pavlópoulos, 10/6/2015.
Traduit par  Christine Cooreman, Tlaxcala
Original: Μήνυμα του Πρ. Παυλόπουλου από το Δίστομο για τις γερμανικές αποζημιώσεις
Deutsch: Erklärung des Präsidenten Griechenlands über deutsche Entschädigungen anlässlich der Gedenkfeier an das Massaker in Distomo

"Nos réclamations concernant les crimes de la sauvagerie nazie contre les gens de Distomo seront résolues devant les forums judiciaires compétents, comme il sied à des pays civilisés et amis, notamment par ces temps critiques", a souligné le Président de la République hellénique depuis Distomo où il a été proclamé citoyen d’honneur de la commune martyr. Après avoir participé à la cérémonie religieuse en la mémoire des gens massacrés de Distomo, M. Pavlopoulos a relevé que le fait que le processus des réclamations est dorénavant lancé, de manière organisée, par le Parlement hellénique et, donc, au niveau institutionnel, montre que cela est bien vrai.


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L’intégralité du discours du Président de la République hellénique :

mercredi 26 décembre 2012

La Grèce et l'Allemagne : un compte qui n’est toujours pas réglé

par  Norman Paech , 23/12/2012. Traduit par Michèle Mialane, édité par Fausto Giudice, Tlaxcala
Original: Griechenland – eine offene Rechnung
La Grèce est le berceau de la culture européenne, un archipel colonisé par les vacanciers allemands, l’ultime aboutissement de la crise financière et le protectorat de l’Union européenne - mais pour comprendre la fureur de ses habitants, il faut ajouter à tout cela un compte que le gouvernement allemand s’obstine à refuser de régler.
Lorsqu’en 1997 le tribunal de Livadiá a accordé aux survivants du massacre de Distomo (juin 1944) des dédommagements s’élevant à 37,5 millions d’euros, le gouvernement allemand avait ignoré le déroulement du procès auquel il n’avait pas assisté. Mais ensuite il s’est ravisé et a fait appel auprès de l’Aréopage d’Athènes. Il avait de toute évidence sous-estimé la gravité de la situation, car à travers le pays des milliers de personnes avaient porté plainte à la suite de cette sentence. Le 4 mai 2000, l’Aréopage, la Cour suprême de Grèce, avait fini par confirmer le jugement en faveur des plaignants de Distomo et rejeter l’appel déposé par le gouvernement allemand.
Distomo après le massacre

L’histoire est cruelle et révoltante. Voilà le résumé qu’en a fait le tribunal régional de Bonn le 23 juin 1997 : «Dans la matinée du 10 juin 1944 les troupes venant de Livadiá se sont arrêtées plusieurs heures à Distomo où elles ont interrogé le maire et le pope au sujet de partisans qui y auraient séjourné et/ou y seraient passés. La veille, environ 30 partisans venant de Disfina et se rendant à Steiri avaient traversé le village. C’est pourquoi une colonne motorisée s’était mise en marche vers Disfina. Celle-ci avait été attaquée peu avant Stiri et avait battu en retraite, car elle avait subi des pertes. Revenue à Distomo, elle avait d’abord fait douze prisonniers puis massacré la totalité de la population restée au village, sans distinction d’âge ni de sexe, perquisitionné systématiquement toutes les maisons qui avaient ensuite été brûlées. Au total 300 personnes ont été assassinées. »
"Les massacres de Distomo", xylographie d'Alexandros Korogiannakis
Mais la vérité tout entière englobe aussi les constats de l’Aréopage relatifs à ce massacre : « Après avoir assassiné les douze otages, les officiers, sous-officiers et soldats ont formé des groupes, pénétré dans les maisons et s’en sont pris sauvagement aux malheureux habitants de Distomo, les ont massacrés, assassinés, ont violé les femmes et les jeunes filles et éventré les femmes enceintes. Des vieillards, des jeunes, des femmes, des fillettes et garçonnets et même des bébés ont été les victimes de leur folie meurtrière.... »


Maria Pantiska, une survivante du massacre de Distomo. Elle avait alors 19 ans. Elle est morte en 2009 à 84 ans

 Distomo n’est pas la seule localité où les SS et la Wehrmacht ont commis de semblables crimes, mais ce nom est symbolique pour les innombrables massacres perpétrés à l’encontre de la population grecque. De Nikos Kazantzakis, on connaît « Zorba le Grec », mais qui connaît aussi le rapport qu’il a remis en 1946 au gouvernement grec sur la résistance grecque et les horreurs de l’occupation allemande ? Plus de 1000 localités grecques ont été pillées et brûlées, un million de personnes ont perdu leur toit et 300 000 sont mortes de faim sous l’occupation. Les exécutions d’otages et « représailles » ont coûté la vie à plus de 20 000 civils et plus de 60 000 Juifs ont été déportés vers les camps d’extermination. Jusqu’en mars 2000, où le Président Rau est passé aussi à Kalavryta à l’occasion de son voyage en Grèce, la majorité des Allemands ignorait qu’en décembre 1943 bien plus de 700 personnes y avaient été massacrées. C’était la première fois qu’un homme d’État allemand reconnaissait officiellement les horreurs commises par les troupes d’occupation nazies. Et jusque-là le grand public avait aussi ignoré qu’il reste une addition à régler.
Car les survivants n’ont jamais été dédommagés. À la Conférence de Paris (1946) les puissances victorieuses ont estimé les réparations dues à la Grèce à 7,5 milliards de dollars US. Au total la somme due s’élève à l’heure actuelle, en y incluant les intérêts qui ont couru depuis, à 30 milliards d’euros environ. Les 115 millions de marks versés en 1960 par le gouvernement de la RFA au gouvernement grec concernaient expressément ceux que les nazis avaient persécutés en raison de leur race, de leur religion ou de leurs opinions politiques et laissaient tous les autres de côté. À ce jour, tous les gouvernements fédéraux se sont refusés à discuter de ces exigences avec les gouvernements grecs.
Ceux-ci ne sont pas tout à fait innocents de l’attitude brutale des Allemands. Préoccupés d’abord d’autres choses- l’anticommunisme à la suite de la guerre civile -, ils n’ont pas osé ensuite poser des exigences à un partenaire en position de force en Europe, car on avait besoin de son soutien. Un seul criminel a été condamné, le général Andrae, l’un des commandants en poste en Crète pendant la guerre, mais il a été libéré dès 1951. En 1958 Athènes a mis un terme aux poursuites contre les criminels de guerre allemand- alors qu’elles n’avaient pas encore vraiment commencé. Les dossiers ont été remis aux autorités allemandes, qui n’en ont rien fait non plus. En 1965 le Chancelier Ludwig Erhard a assuré au Ministre de la Coordination grec, Andreas Papandreou qu’après la réunification, on rembourserait l’emprunt d’un montant de 500 millions de Reichsmark imposé aux Grecs en 1942 par les occupants. La somme due atteint aujourd’hui quelques milliards d’euros.
Lorsque, sous la pression d’un véritable déluge de procès intentés par les victimes grecques, le gouvernement grec a fini par demander au gouvernement allemand l’ouverture d’un dialogue au sujet des remboursements et dommages de guerre, celui-ci a refusé catégoriquement. Il pensait trouver de bonnes raisons juridiques pour étayer ses mauvais arguments.
L’entêtement a payé- mais pas pour les victimes grecques. Tous les tribunaux allemands jusqu’à la Cour constitutionnelle ont dénié toute responsabilité à la République fédérale. Mais ce ne sont pas non seulement les tribunaux nationaux qui ont rejeté les plaintes. La Cour européenne des droits de l’homme en a fait autant. Toutes les tentatives de prendre en gage des avoirs allemands en Grèce et en Allemagne pour suivre la sentence de l’Aréopage ont échoué. Pour finir, la Cour internationale de Justice de La Haye a retiré aux tribunaux italiens tout moyen de déclarer applicable la sentence de l’Aréopage en utilisant les avoirs allemands en Italie. Une telle décision reviendrait à violer l’immunité de la République fédérale allemande. Que cela permette de ne payer aucune réparation pour les pires crimes de guerre alourdit les diktats cyniques des « austéritaires » d’une charge supplémentaire que les Grecs n’oublieront pas.

Mémorial de Distomo



jeudi 22 mars 2012

Que les Allemands paient d’abord: relevé des dettes de guerre allemandes envers la Grèce

Traductions disponibles : English  Deutsch   
«  Que les Allemands paient d’abord leurs dettes de guerre à la Grèce avant d’exiger quoi que ce soit de nous. » Une demande qui se fait de plus en plus entendre en Grèce - et elle est justifiée.
Au début des années 40 les nazis ont imposé à la Grèce occupée une énorme contribution financière pour financer l’occupation allemande ainsi que ses objectifs stratégiques et militaires dans les Balkans, la zone méditerranéenne et la Libye. En outre la production vivrière grecque a été affectée au ravitaillement des troupes allemandes sur le front libyen.
Les Allemands avaient jeté leur dévolu sur le pétrole libyen et proche-oriental ainsi que les minerais des Balkans: ces derniers couvraient 20% des besoins de l’industrie de l’armement en antimoine, 50% de ses besoins en pétrole, 60% de la bauxite et la totalité du nickel. Parallèlement la Grèce était la seule zone à partir de laquelle les Alliés pouvaient contrer les Allemands dans l’espace balkanique.
Pour cette raison, les exigences allemandes d’une participation grecque aux frais de guerre étaient raides et entraînèrent des réactions du régime collaborationniste de Georgios Tsolakoglou lui-même, qui menaça de se retirer. Même Mussolini et le plénipotentiaire du Reich en Grèce, Günther Altenburg, pressèrent Berlin de baisser les frais d’occupation imposés à la Grèce.
La réquisition de tous les biens par la Wehrmacht a encore aggravé les charges liées à l’occupation allemande. Il en résulta la famine qu’Altenburg avait redoutée. Durant l’hiver 41-42 le nonce apostolique Angelo Roncalli (futur pape Jean XXIII) rapporta que le nombre des personnes mortes de faim dans la zone d’Athènes-Le Pirée avait triplé. Dans son journal Goebbels notait : « La faim est devenue une maladie endémique. Dans les rues d’Athènes, les gens meurent d’épuisement par milliers.» Le gouvernement britannique aggrava encore la situation en coupant les vivres à la Grèce pour pousser la population à se révolter contre les occupants.
La triple occupation de la Grèce (par l’Allemagne, l’Italie et la Bulgarie)
Les Allemands ne pouvaient ignorer plus longtemps l’aggravation de la famine, l’anarchie régnante et la sympathie croissante pour les Anglais. La famine induisit des révoltes populaires et attira de plus en plus de gens vers la résistance. À Rome, lors de la Conférence financière germano-italienne de janvier à mars 1962, le sujet figurait tout en haut de l’ordre du jour. Les Allemands ne voulaient pas renoncer à tirer de la Grèce des fonds substantiels et la Conférence s’acheva par une impasse. Alors le banquier italien d’Agostino, plénipotentiaire en Grèce pour l’économie, proposa un emprunt obligatoire : les fonds exigés par les Allemands au-delà des frais directs de l’occupation prendraient la forme d’un crédit accordé à l’Allemagne et à l’Italie.
 Un « accord de crédit » fut signé le 14 mars 1942 par Altenburg et Gidzi, respectivement plénipotentiaires allemand et italien pour la Grèce. La Grèce elle-même n’était pas présente, n’ayant pas été invitée. Selon cet accord
  • le gouvernement grec devait acquitter 1,5 milliards de drachmes par mois pour couvrir le frais d’occupation ;
  • les fonds exigés de la Banque nationale de Grèce au-delà de ce montant étaient considérés comme un emprunt à 0% accordé aux gouvernements italien et allemand, en drachmes;
  • l’emprunt serait remboursé plus tard;
  • cet accord était rétroactif jusqu’au 1er janvier 1942.
Aucune date n’a été fixée pour le début du remboursement. Le Ministre grec des finances a chargé le directeur de la Banque centrale d’exécuter cet accord.
À la suite de trois modifications, cet accord imposé a été transformé en emprunt normal, donc portant intérêt, et exprimé dans une devise stable.
Selon la Banque de Grèce, le montant de l’emprunt (sans les intérêts) s’élevait à 227.940.201 dollars US (valeur de 1944),  selon Altenburg à 400 millions de DM d’après-guerre. Avec les intérêts et au cours actuel, l’emprunt se monte à plusieurs dizaines de milliards d’euros.
L’emprunt grec est distinct de la question des réparations. Il ne tombe donc pas sous le coup de l’accord du 27 février 1953 sur les dettes extérieures allemandes, à Londres, qui exonère l’Allemagne de toutes réparations et compensations.
La Grèce a constamment fait valoir à toutes les Conférences internationales en rapport avec ce sujet que cet emprunt et la demande de réparations sont deux choses distinctes - notamment à la Conférence sur les réparations de 1945, à la Conférence de Paris en 1946 et à la Conférence des Ministres des Affaires étrangères à Londres en 1947. La Grèce a constamment réclamé la restitution des dettes d’occupation allemandes. En 1967, la partie allemande a fait état, à l’occasion d’un entretien germano-grec, d’un écrit de Constantin Caramanlis par lequel il aurait renoncé à au remboursement de l’emprunt. Plus tard cette affirmation a été corrigée: il s’agissait d’un renoncement verbal. Caramanlis a démenti cette affirmation. Dans une note diplomatique datée du 31 mars 1967, l’Allemagne a fini par reconnaître que Caramanlis n’avait jamais renoncé à cette exigence.
L’Allemagne l’a toujours rejetée au prétexte que cet emprunt tombait sous le coup de l’Accord sure les dettes allemandes de 1953 ; que Constantin Caramanlis y avait renoncé ; que de telles demandes sont prescrites au bout de 50 ans. (Or la Grèce la formule depuis 1945).
La position allemande ne repose sur aucune base légale. Depuis la chute du Mur, l’Allemagne ne peut même plus faire valoir qu’on ne peut pas adresser une telle demande à un pays coupé en deux. Elle doit désormais être satisfaite, le gouvernement grec peut le réclamer, ou la Banque de Grèce ainsi qu’un de ses actionnaires, ou encore le peuple grec par l’intermédiaire de ses institutions. Il existe des précédents, pour la Pologne et la Yougoslavie, que l’Allemagne nazie avait obligées à lui octroyer de tels emprunts, que l’Allemagne (de l’Ouest) a remboursés respectivement en 1956 et 1971.