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jeudi 16 janvier 2014

Adios compañero Adieu, camarade Juan Gelman

Original: Adios compañero Juan Gelman


Le poète et journaliste argentin Juan Gelman vient de mourir à Mexico à l'âge de 83 ans. Figure centrale des lettres ibéro-américaines, il avait publié une chronique dans le quotidien de Buenos Aires Página/12 dès son premier numéro, paru le 26 mai 1987. La présidente argentine a décrété un deuil national de 3 jours pour lui rendre hommage.


Un oiseau vivait en moi.
Une fleur voyageait dans mon sang.
Mon cœur était un violon.

J'ai aimé ou pas. Mais parfois
on m'a aimé. Moi aussi
je me réjouissais : du printemps,
des mains jointes, de ce qui rend heureux.

Je dis que l'homme se doit de l'être !

(Ci-gît un oiseau.
Une fleur.
Un violon.)

Épitaphe, premier poème de son premier livre, Violon et autres questions
Allan McDonald, Honduras
JUAN
par Eduardo Galeano

Il y a quelques jours, parlant du Gros Soriano* et du Nègre Fontanarrosa*, j'ai dit, ou plutôt confirmé : -Parfois, le mort ment.
Et je le redis ici : la mort ment quand elle dit que juan gelman n'est plus.
Il continue à vivre dans tout ce que nous avons aimé, dans tout ce que nous avons lu, dans tout ce que nous avons entendu dans sa voix du plus profond de nos êtres.
Nous ne trouverons jamais de mots pour exprimer notre gratitude à l'homme qui fut multitude, celui qui fut nous-mêmes et continuera de l'être dans les paroles qu'il nous a laissées.
* NdT
Roberto el Negro Fontanarrosa (Rosario, 26  nov. 1944 – ibídem, 19 juil. 2007), humoriste graphique et écrivain argentin.
Osvaldo Soriano (6 janv. 1943 – 29 janv. 1997), écrivain et journaliste argentin.
Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala

Juan Gelman
Considéré comme l’un des majeurs poètes contemporains d’Amérique latine, Juan Gelman était né en 1930 à Villa Crespo, un quartier de Buenos Aires, troisième enfant de José et Paulina, deux immigrants juifs de Russie. Il apprend à lire à l’âge de trois ans et passe son enfance à faire du vélo, jouer au foot et à lire. Dans sa jeunesse il fait partie de divers groupes et mouvements littéraires, dont „El pan duro“ (le Pain dur), qui édite son premier livre, “Violín y otras cuestiones”.

Adhérent du parti communiste à l’âge de 15 ans, il se rapprochera plus tard des péronistes de gauche, devenant membre du mouvement des Montoneros (qu’il quittera pour désaccords avec la direction). Il est obligé sous la dictature militaire (1976-1983), de s’exiler en Europe puis au Mexique, où il vivra jusqu'à sa disparition le 14 janvier 2014.

Maria Claudia et Marcelo ArielSous la dictature son fils Marcelo Ariel et sa belle-fille María Claudia García Irureta Goyena de Gelman sont enlevés par les forces de répression. Marcelo meurt sous la torture et María Claudia  est exécutée en Uruguay après avoir accouché de sa fille, par un groupe de tortionnaires dirigés par l’Uruguayen Ricardo José Medina Blanco, alias Le Lapin. Une des nombreuses pages sombres de l’Opération Condor montée par la CIA contre tous ceux qui furent identifiés comme ennemis par les dictatures du Cône Sud (Argentine, Chili, Uruguay, Paraguay, Bolivie).
C’est seulement en avril 2000 que Juan Gelman a pu, après de longues recherches, retrouver sa petite-fille Maria Macarena, adoptée de manière illégale par un policier uruguayen et sa femme.Maria Macarena

Le colonel en retraite uruguayen Manuel Cordero est incarcéré (et sous traitement médical) à Porto Alegre, au Brésil, pour sa participation à l’enlèvement, au transfert en Uruguay et l’exécution de María Claudia. Cordero est aussi accusé de l’assassinat du sénateur uruguayen Zelmal Michelini et de participation à l’assassinat de l’ex-président de la Chambre des députés uruguayenne Hector Gutierrez Ruiz. Il attend son extradition vers l’Argentine, décidée par le Tribunal suprême brésilien en 2009.

Juan Gelman a obtenu le Premio Nacional de Literatura argentin en 1997 et le Prix Juan Rulfo en 2000. Récemment, il a obtenu le prix Lezama Lima, en 2004 le prix Ramón López Velarde et en 2005 le prix Iberoamericano de Poesía Reina Sofía.
Créateur aux multiples facettes, de poésie mais aussi de prose, d’une pièce de théâtre, La junta luz (1982), et de deux opéras.

Gelman est aussi journaliste. Il publie régulièrement de nombreux articles dans Página/12, le quotidien de Buenos Aires et publiés sous le titre Prosa de prensa et Nueva prosa de prensa.
Il croit à la poesía casada con la poesía (poésie mariée avec la poésie) mais n'est pas indifférent au monde qui l'entoure et aux engagements nécessaires qu'il suscite. Il s'inspire autant des grands ancêtres latino-américains que des mystiques espagnols, de la tradition judéo-espagnole ou des poètes nord-américains. Ses thèmes sont, comme il dit, el amor, la revolución, el otoño, la muerte, la infancia y la poesía(l’amour, la révolution, l’automne, la mort, l’enfance et la poésie). Thèmes auxquels il faut ajouter celui de la mémoire.

L'intertextualité - et au sens large la transtextualité - est une des caractéristiques de son œuvre multiforme.Il écrit une poésie profondément humaniste et généreuse. Son dernier recueil País que fue será (2004) témoigne d'une espérance nouvelle en l'Argentine et le futur.
Livres parus en français
Obscur ouvert, éditions PHI, 1997
 Les poèmes de Sydney West, Editions Créaphis, 1997
 Lettres à ma mère, Editions Myriam Solal, 2002
 Salaires de l'impie et autres poèmes, Editions Ecrits des Forges, Graphiti, 2002
 L’Opération d'amour, NRF Gallimard, 2006
Philippe Friolet a consacré une étude à La poétique de Juan Gelman : une écriture à trois visages (L’Harmattan, 2006)
Bibliographie en espagnol
“Violín y otras cuestiones”, Gleizer, Buenos Aires, 1956. “El juego en que andamos”, Nueva Expresión, Buenos Aires, 1959. “Velorio del solo”, Nueva Expresión, Buenos Aires, 1961. “Gotán” (1956-1962), La Rosa Blindada, Buenos Aires, 1962. (Reeditado en 1996) “Cólera Buey”, La Tertulia, La Habana, 1965. (Reeditado en 1994) “Los poemas de Sidney West”, Galerna, Buenos Aires, 1969. (Reeditado en 1995) “Fábulas”, La Rosa Blindada, Buenos Aires, 1971. “Relaciones”, La Rosa Blindada, Buenos Aires, 1973. “Hechos y Relaciones”, Lumen, Barcelona, 1980. “Si dulcemente”, Lumen, Barcelona, 1980. “Citas y Comentarios”, Madrid, Visor 1982. “Hacia el Sur”, Marcha, México, 1982. “Com/posiciones” (1983-1984), Ediciones del Mall, Barcelona, 1986. “Interrupciones I”, Libros de Tierra Firme, Buenos Aires, 1986. “Interrupciones II”, Libros de Tierra Firme, Buenos Aires, 1988. “Anunciaciones”, Visor, Madrid, 1988. “Carta a mi madre”, Libros de Tierra Firme, Buenos Aires, 1989. “Dibaxu”, Seix Barral, Buenos Aires, 1994. “Salarios del impío”, Libros de Tierra Firme, Buenos Aires, 1993. “Incompletamente”, Seix Barral, Buenos Aires, 1997. “Valer la pena”, Seix Barral, Buenos Aires, 2001. “País que fue será”, Seix Barral, Buenos Aires, 2004. Juan Gelman, esperanza, utopía y resistencia. Pablo Montanaro. Ediciones Lea. 2006.
Anthologies poétiques
“Poemas”, Casa de las Américas, La Habana, 1960. (Al cuidado de Mario Benedetti y Jorge Timossi) “Obra poética”, Corregidor, Buenos Aires, 1975. “Poesía”, Casa de las Américas, La Habana, 1985. (Prólogo y selección de Víctor Casaus) “Antología poética”, Vintén, Montevideo, (1993). (Selección, prólogo y bibliografía completa de Lilián Uribe) “Antología personal”, Desde la Gente, Instituto Movilizador de Fondos Cooperativos, Buenos Aires, 1993. “En abierta oscuridad”, Siglo XXI, México, 1993. “Antología poética”, Espasa Calpe, Buenos Aires, 1994. (Selección y prólogo de Jorge Fondebrider) “De palabra” (1971-1987). Prólogo de Julio Cortázar, Visor, Madrid, 1994.
Prose
“Prosa de prensa”, Ediciones B, España, 1997. “Ni el flaco perdón de Dios/Hijos de desaparecidos” (En coautoría con Mara La Madrid), Planeta, Buenos Aires, 1997. “Nueva prosa de prensa”, Ediciones B Argentina, Buenos Aires, 1999. “Miradas”, Seix Barral, Buenos Aires 2005.
(Source : notice bio-bibliographique publiée sur Tlaxcala en 2007)

mardi 25 août 2009

Afghanistan : Une bombe silencieuse

par Juan GELMAN, 23/8/2009. Traduit par Gérard Jugant, édité par Fausto Giudice , Tlaxcala

Peu d’entre vous se souviennent sans doute que Laura Bush joua à la féministe extrême quand elle plaida pour la guerre en Afghanistan pour en terminer avec “l’oppression des femmes” sous les talibans. Il y eut toute une campagne internationale préalable en faveur des droits bafoués des femmes afghanes et leur “libération” a été un des arguments avancés par les USA et leurs alliés pour envahir l’Afghanistan le 7 octobre 2001. Comme on le sait, le régime taliban fut renversé en novembre, et en décembre fut mis en place un gouvernement de transition dirigé par Hamid Karzaï, élu président par le vote populaire en 2004 et peut-être réélu aux élections de jeudi dernier.

Le statut des femmes était plus que dur et humiliant sous le régime taliban. Dès l’âge de 8 ans il leur était interdit d’entrer en contact avec un homme qui ne soit pas de leur famille. Les femmes ne devaient pas marcher seules dans la ruesni parler à voix haute en public ni ne pouvaient se pencher au balcon de leur maison, ni étudier, ni travailler, ni aller en bicyclette ou en motocyclette ou dans un taxi à visage découvert, elles devaient porter la burqa et de fait vivaient aux arrêts domiciliaires. Le châtiment pour celles qui violaient ces normes était public et cruel. Presque huit ans après le renversement du système, les choses ne se sont pas beaucoup améliorées.

Bien sûr quelques femmes occupent des sièges au Parlement afghan et des millions de filles vont maintenant à l’école primaire. Mais les restrictions augmentent pour les études secondaires : seulement 4 pour cent d’entre elles les terminent. “La violence contre les femmes est endémique, elles sont menacées en public et plusieurs ont été assassinées” (The Washington Post, 18.8.09). Le “démocrate” Karzaï a aggravé cette situation.


Sitara Achakzai, assassinée à en Kandahar en avril 2009


Le 27 juillet dernier, profitant peut-être du fracas de la guerre, il a placé une bombe silencieuse : la loi du statut personnel chiite, qui permet aux hommes chiites de priver leur femme de nourriture et de soutien si elles se refusent à leurs exigences sexuelles quand ils les manifestent. Les droits de garde des enfants restent aux mains des pères et des grands-parents et elles doivent demander la permission à leurs maris pour travailler. Cette loi est en vigueur pour la minorité chiite du pays et viole l’article 22 de la nouvelle Constitution afghane qui stipule qu’hommes et femmes “ont les mêmes droits et obligations devant la loi”. Elle transgresse aussi la Convention des Nations Unies sur l’élimination de toutes les formes de discrimination contre les femmes, dont l’Afghanistan est signataire. Et plus, en clair : elle réimpose un régime familial que les talibans applaudiraient.

Karzaï avait fait une première tentative de promulguer ces règlements début avril de cette année, mais la protestation internationale l’obligea à promettre des modifications et quelques corrections furent effectivement introduites. Plutôt dans sa rédaction : “Des experts de la loi islamique et des militants des droits humains déclarent que, bien que le texte de la loi ait été changé, bien des dispositions qui avaient alarmé les groupes pour les droits des femmes sont conservées ” (The Guardian, 15.8.09). Par exemple, celle du tamkin-signalée plus haut-qui qualifie de “désobéissante” la femme qui ne montre pas de promptitude à satisfaire le désir sexuel de son mari et qui reçoit en conséquence la pénalité suivante : pas de sexe, pas de nourriture.

Le président afghan a pris cette mesure dans le but de gagner l’appui électoral des chiites face à l’augmentation alarmante de la popularité de son principal adversaire, Abdullah Abdullah, qui est passé en deux mois de 7 à 26 pour cent des intentions de vote. En dépit de ses promesses d’améliorer la situation des Afghanes, Karzaï a choisi de satisfaire ceux qui pensent encore que la femme est un objet jetable. Durant la campagne électorale il a courtisé l’ayatollah Mohseni qui se considère lui-même comme le leader des chiites du pays, et d’autres dirigeants musulmans de ligne dure. La conséquence serait cette loi.

« Karzaï a conclu le traité impensable de vente des femmes afghanes en échange de l’appui des fondamentalistes aux élections du 20 août », souligne Brad Adams, directeur pour l’Asie de Human Rights Watch (Reuters, 14.8.09). « On supposait que ce genre de loi barbare », ajoute t-il, « avait été reléguée au passé avec le renversement des talibans en 2001. » Beaucoup de détracteurs de la loi ont reçu des menaces de mort, qui ont été exécutées dans le cas de Sitara Achakzai, une éminente défenseuse des droits de la femme qui a été assassinée par balles à Kandahar (www.hrw.org, 15.4.09). Mais l’Occident n’a pas encore réagi devant les nouvelles dispositions. Peut-être parce qu’Obama a souligné que la guerre en Afghanistan est non seulement juste, mais encore nécessaire.

vendredi 21 août 2009

USA/Honduras, après

par Juan Gelman, 30/7/2009
Le premier coup d’Etat en Amérique latine depuis l’accession au pouvoir d’Obama a posé un problème complexe à La Maison Blanche : elle ne peut appuyer publiquement le coup, mais ne veut pas non plus que Zelaya se rapproche encore plus du Venezuela. Ainsi, elle procède à diverses manœuvres pour concilier les deux desseins : la première était de confier à l’OEA la responsabilité de négocier entre le déposé Zelaya et l’usurpateur Micheletti. La réponse, la condamnation unanime du coup et l’expulsion du Honduras de l’organisation, a bouleversé le Département d’Etat, qui déjà menace la possiable réélection de son secrétaire général, le Chilien Insulza. Le second scénario a consisté à confier la tâche à Oscar Arias (le président du Costa Rica, NdT), qui est extrêmement ami de tout ce qui est usaméricain à commencer par leurs gouvernements, quels qu’ils soient.
La proposition d’Arias, supervisée par le Département d’Etat, inclut le rétablissement de Zelaya, mais avec des conditions qui affaiblissent son mandat, fixées par les putschistes : aucun plébiscite sur la réforme de la Constitution, bien que le référendum envisagé par Zelaya n’était que consultatif, intégration des opposants à des postes-clés du cabinet, et au revoir au “communiste” Chávez. En d’autres termes, faire du déposé reposé une marionnette jusqu’aux élections de janvier prochain. Un communiqué des militaires putschistes a exprimé dimanche 26 juillet un appui au plan d'Arias, mais leur commandant en chef, le général Romeo Vásquez Velásquez, a déclaré à la BBC le lendemain qu’il ne permettrait pas la réinstallation de Zelaya.

samedi 18 juillet 2009

HONDURAS : Ils étaient au courant et ils ont donné un petit coup de main

par Juan GELMAN, 16/7/2009. Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala
Original : Sabían y ayudaron un poquito



La Maison Blanche savait depuis des mois qu’un coup d’État se préparait au Honduras, mais aujourd’hui les porte-parole du Département d'Etat feignent une innocence surprise. L'actuel ambassadeur des USA à Tegucigalpa, Hugo Llorens, le sait très bien: le 12 Septembre 2008 , il est arrivé dans le pays, et neuf jours plus tard, le général aujourd’hui putschiste Romeo Vásquez déclarait à la station de radio HRN qu’on était venu lui demander de « virer le gouvernement du président Manuel Zelaya Rosales » (www.proceso.hn, 21-9-08). Il ajoutait : « Nous sommes une institution sérieuse et respectueuse, nous respectons donc M. le Président comme notre Commandant en chef et nous lui obéissons comme l’ordonne la loi. » Igualito Tout comme Pinochet avant de se soulever contre Salvador Allende. Toute ressemblance avec la réalité est à imputer à cette dernière.

Le 2 juin de cette année, Hillary Clinton est allée au Honduras pour participer à une réunion de l'OEA. Elle s’est entretenue avec Zelaya et lui a dit son désaccord avec le référendum que le président envisageait de mener en même temps que la prochaine élection présidentielle. Des fonctionnaires US ont indiqué qu’ils "ne pensaient pas que ce référendum soit constitutionnel " (The New York Times, 30-6-09). Six jours avant le coup, le journal La Prensa du Honduras a indiqué que l'ambassadeur Llorens a rencontré des politiciens influents et des dirigeants militaires « pour trouver une solution à la crise provoquée par le référendum » (www.laprensahn.com, 22-6-09 ). La "solution" trouvée est connue.

Il est difficile de supposer que les commandants militaires du Honduras, que le Pentagone a armés et formés à l'École des Amériques, qui a enseigné à de nombreux dictateurs d'Amérique latine comment s’y prendre, aient agi sans l'accord de leur mentor. En outre, les putschistes n’ont pas caché les raisons de leur acte : Zelaya était en train de trop se rapprocher de ce "communiste" de Chávez, le Vénézuélien le plus détesté par la Maison-Blanche : en juillet 2008, sous son mandat, le Honduras a adhéré à l'Alliance bolivarienne pour les Amériques (ALBA), le nouvel «axe du mal» en Amérique latine. C’est trop, non?


Gervasio Umpiérrez,
Juventud Rebelde


Trop, oui, parce que le Honduras est un territoire stratégique pour le Pentagone, qui, à partir de la base de Soto Cano, où sont stationnés des effectifs de l'armée de l'air et de l'infanterie US, non seulement domine l'Amérique centrale, mais cette véritable enclave est fondamentale dans le schéma militaire US pour une région riche en ressources naturelles. Bien qu’il n’ait jamais touché aux intérêts des sociétés étrangères ou des maîtres locaux du pouvoir économique, Zelaya constituait un risque de "déstabilisation". Il convient de noter que le référendum sur l'opportunité ou non de convoquer une Assemblée constituante qui permettrait la réélection de Zelaya n'était pas contraignant. Personne n’a été gêné à Washington par la réforme constitutionnelle qui a permis en Colombie la réélection d' Álvaro Uribe, un grand allié des USA, qui n'a même pas été plébiscitée. Il ne faut mélanger les torchons et les serviettes.

Les putschistes honduriens sont ne sont pas présentables. Le Général Romero Vásquez Velasquez, démis par Zelaya, revenu pour faire un putsch en enlevant et en déportant le président, a été enfermé au pénitencier national en 1993 avec dix autres membres d'un gang accusé d'avoir volé 200 voitures de luxe (www. elheraldo.hn, 2-2-93). Il était alors major ; une fois général, c’est au vol d’un gouvernement élu dans les urnes qu’il se consacre. Un autre personnage tout aussi peu présentable est le ministre conseiller Billy Joya, qui ne fait pas honneur à son nom (ou peut-être que oui, c’est une question de point de vue) [joya=bijou en esp., NdT], a été chef de la division tactique du bataillon B3-16, l'escadron de la mort hondurien qui a torturé et fait «disparaître» de nombreuses personnes dans les années 80. « Le Licencié Arrazola » - l'un de ses surnoms -, est un expert en la matière : il a étudié les méthodes des dictatures au Chili et en Argentine (www.michelcollon.info, 7-7-09). Ses antécédents sont connus, et malgré cela – ou justement, à cause de cela -, il a été choisi pour faire partie du régime putschiste, tellement démocratique.

La répression continue au Honduras. Jeudi dernier a été arrêté le père d'Isis Murillo Obeid, 19 ans, tué par l'armée à l'aéroport de Tegucigalpa [le 5 juillet, NdT]: il avait eu idée saugrenue de réclamer publiquement justice pour son fils (www.wsws.org, 11 -7-09). Les sauveteurs de la démocratie ont expulsé les journalistes de l'Associated Press, fait disparaître des écrans la chaîne Canal 21 et des troupes armées ont occupé la chaîne Canal 36 (Miami Herald, 1-7-09). Il s'agit de la conception de la liberté de la presse qui caractérise les putschistes.


Liberté de la presse, Luiso, Artistas Gráficos contra el Golpe en Honduras © Luis María Ligarribay

La Maison Blanche réagit mollement à ce qu’elle a qualifié d’«acte illégal». Hillary refuse d'appeler cela un "coup d'Etat" parce que cela impliquerait automatiquement la fin de l'aide économique et militaire US au Honduras. Les pourparlers pour un règlement pacifique qui ont lieu au Costa Rica, où le président Oscar Arias fait office de médiateur à la demande d'Obama, sont une farce. Mais ils ont un aspect important : ils impliquent une reconnaissance officieuse du régime imposé par le putsch. Arias a déjà annoncé qu'il appellera "M. le Président" aussi bien le putschiste Micheletti que le président élu et destitué. Ça, c’est vraiment de l’impartialité.


Rolando Guerrero,
Juventud Rebelde