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mardi 1 septembre 2015

“Les jeunes doivent prendre le relais”
Marie-Jo Fressard, animatrice de SOLIDMAR

Marie-Jo Fressard, une enseignante retraitée française qui vit à Gap, dans les
Hautes-Alpes, anime l'association SOLIDMAR 05 de solidarité avec les peuples du Maroc et du Sahara occidental  et le blog solidmar. Créé en mars 2009, ce blog a publié en 6  ans et demi, 10 800 articles et a reçu 3,2 millions de visites. Il est donc devenu un outil indispensable d'information sur le Maroc et le Sahara occidental. Marie-Jo vient en outre de publier un livre relatant son expérience de marraine des deux plus anciens prisonniers politiques marocains. Elle a bien voulu répondre à nos questions.

Quels sont les objectifs principaux de votre initiative ?
J’étais enseignante. Est-ce pour cette raison que j’ai toujours éprouvé le besoin de “transmettre” ce que moi-même je découvrais ? Des travaux artistiques pour les enfants, des itinéraires de randonnée, et la dénonciation des violations des droits de l’Homme, que ce soit journellement à travers le blog solidmar, ou à travers mon témoignage de parrainage “Marraine des deux plus anciens prisonniers politiques du Maroc”...
http://solidmar.blogspot.com/
Une thématique qu'à ProMosaik nous considérons comme très importante est celle-ci : Maroc : Demande de poursuites contre les Juifs qui vont s’entraîner dans l’armée israélienne
J’ai toujours trouvé anormal que les jeunes, inconscients d’avoir été manipulés, qui s’engagent, en Syrie par exemple, soient culpabilisés et/ou réprimés, même s’ils s’étaient engagés, sincèrement, voire naïvement, par idéalisme pour aider un peuple en souffrance;  alors que de toute évidence, un jeune, marocain ou non, juif ou non, sait pertinemment que ce n’est pas pour aider le peuple palestinien qu’on l’ encourage à rejoindre l’armée israélienne. Celui-ci n’est même pas critiqué. J’estime qu’il est très important  de diffuser ce genre d’information.

mardi 15 mai 2012

Cauchemar raciste à Taourirt

The Moroccan Association of Human Rights
( MAHRs )
TAOURIRT BRANCH
On Tuesday 24th April 2012, Taourirt ـ a city in the region of the East of Morocco - has known violent and inhuman arrestations among a number of Subsaharian immigrants and refugees .
Indeed, early in the morning while these immigrants were still sleeping in "the open-air "
next to the railway station , they were surprised and attacked by different types of police.
Hence, sixteen (16) immigrants were arrested while some others ran away. This
intervention which was observed by some members of the MAHRs has known a lot of
human right violations . The immigrants were humiliated, insulted and even beaten by the police. Worse than these, all the immigrants' properties (clothes, blankets, bags ,etc....) were burned, which is against all the national laws. The authorities even took some mobiles from these Subsaharians by force. All these violations and mistreatments were condemned by the people who were watching the "scene".

Late in the evening, 25 more immigrants were arrested and the whole 41 were transported to the frontier city Oujda from where they are usually deported to Algeria.
We have to mention here that usually the authorities try to make people believe that these immigrants are criminals, thieves, killers, ..... so as to legitimate their "hostile acts".
The MAHRs has tried to get official answers from the local responsibles about the reasons of the detentions, but in vain.

In the following day, the MAHRs -- Taourirt interviewed some immigrants who gave
shocking information about their daily life and the hostile treatments they endure.

To know more about it, please check these videos

ASSOCIATION MAROCAINE
DES DROITS HUMAINS
SECTION DE TAOURIRT

Le 24 Avril 2012, un bon matin pas comme les autres, prés de la gare de la ville de Taourirt, a vu des interventions sévères contre des réfugiés subsahariens. . Il y avait un grand nombre d'agents de la force publique, des policiers, et les auxiliaires d'autorités, ils ont surpris les Africains qui dormaient encore.
16 Subsahariens ont été arrêtés, par contre les autres ont pu s'enfuir pour un moment. Cette féroce intervention était d'une manière inhumaine et illégale, elle a violé toutes sortes de droits et de mœurs concernant les réfugiés. Les forces publiques en pleine rue et devant les passagers ont confisqué tous les bagages de ces réfugiés africains, ce qui a causé un état hystérique pour une victime qui criait pour avoir son téléphone portable qui lui a été pris de force.

La violence était une réponse pour n'importe qui voulait discuter ou négocier, et pour terminer les forces de l'ordre ont mis feu et brûlé les bagages des réfugiés devant les passagers témoins de cette sauvage intervention. La poursuite derrière ces Subsahariens a duré toute la journée et le soir 25 autres réfugiés ont été arrêtés .

Il faut signaler dans ce rapport que les autorités publiques essayent toujours de publier de fausses infos entre les citoyens pour donner la légalité à leurs interventions, comme dire que ce n'est qu'une bande de criminels et de voleurs et que si quelqu'un les aide il va être poursuivi en justice, ce qui provoque le racisme et la haine.

Et pour avoir plus de détails en ce qui concerne l'âge de ces réfugiés, le sexe, la nationalité, les membres de l'Association Marocaine des Droits Humaines ont contacté la police locale, mais elle était très discrète à  ce sujet. Ce n'est pas la première fois que les autorités emmènent ces Subsahariens et sans aucun jugement vers la frontière marocco-algériénne.
D'autre part, l'AMDH section de Taourirt à contacté des victimes et fait des interviews, qui montrent leurs souffrances du fait des autorités marocaines et la maltraitance puisqu'ils vivent en plein air.
Pour en savoir plus, regardez les vidéos de témoignages.




 
   
 

samedi 11 février 2012

Pas de pitié pour les Bédouins ! De Napoléon III à Franco : les “Rouges”, des “Arabes du nord”

Je viens de découvrir, en lisant l’excellent article de John Brown sur Baltasar Garzón et le piège de la transition démocratique en Espagne (lire ci-dessous) que les officiers franquistes de l’armée d’Afrique qui écrasa la République espagnole appelaient les Républicains “los moros del norte”, les Arabes du nord. Ce qui amène l’auteur cité par Brown, Gustau Nerín, dans son livre La guerra que vino de África (La guerre venue d’Afrique), à qualifier l’extermination des “Rouges“ par les fascistes de “tuerie coloniale”. J’ai immédiatement pensé à un parallèle historique saisissant d’analogie.
En février 1848, le peuple de Paris se soulevait contre la monarchie instaurée en juillet 1830 et proclamait la Seconde République. La bourgeoisie terrorisée fit appel aux troupes d’Afrique qui avaient effectué la conquête sanglante de l’Algérie de 1830 à 1847, quand l’émir Abdelkader, chef de l’insurrection algérienne, se rendit aux troupes françaises d’occupation, commandées par le général Bugeaud, massacreur d’ouvriers parisiens en 1834.
Gouverneur de l’Algérie depuis 1840, Bugeaud est rappelé à Paris pour faire face à la Révolution. Nommé commandant militaire de Paris, il déclare : “J'aurai le plaisir de tuer beaucoup de cette canaille.” L’homme chargé du commandement opérationnel des troupes est le général de Saint-Arnaud, auquel François Maspéro a consacré un livre remarquable, L'honneur de Saint-Arnaud (éd. Seuil, coll. Points, 1997, 448 p.) Saint-Arnaud, prototype du conquérant colonial, mettra tout le savoir-faire acquis dans la conquête de l’Algérie – dont les fameuses enfumades de populations civiles réfugiées dans des grottes – au service de la contre-révolution en métropole. L’homme qui écrivait en Algérie “On ravage, on brûle, on pille, on détruit les moissons et les arbres” était haï par le peuple de Paris, qui l’avait conspué et jeté à bas de son cheval au cours des journées de février. Il prendra sa revanche, et celle-ci sera sanglante.


La cavalerie dans les rues de Paris le 2 décembre 1851 (Auteur inconnu)
Après le bain de sang de juin 1848,  Louis-Napoléon Bonaparte prépare son coup d'Etat. Il nomme Saint-Arnaud général de division puis ministre de la Guerre. Dans les jours qui suivent le coup de force du 2 décembre 1851 (le fameux 18 brumaire de Louis-Napoléon Bonaparte, pour citer le titre de la brochure de Karl Marx) les troupes de Saint-Arnaud, qui deviendra ministre de l’Intérieur, s'attaquent aux quartiers ouvriers parisiens au cri de : « Pas de pitié pour les Bédouins ! »
40 000 Républicains seront arrêtés et condamnés par des “commissions mixtes” mises en place par Saint-Arnaud et son collègue à la Justice Abbatucci. Une partie d’entre eux seront déportés dans les deux bagnes de Lambèze, en Algérie, et de Cayenne, en Guyane. Ces Républicains, bien qu’ils eussent été traités comme des “Bédouins”, n’en restèrent pas moins de bons et vrais Français. La plupart d’entre eux, une fois libérés du bagne de Lambèze, devinrent des colons dans l’Algérie désormais française (un condamné au bagne ne pouvait pas retourner en métropole une fois sa peine purgée) et, au printemps 1871, ils proclamèrent la Commune d’Alger, encore plus éphémère que la Commune de Paris. Détail troublant : cette “Commune” était interdite aux “indigènes” juifs et musulmans…

Comme quoi, on est toujours l’Arabe de quelqu’un.

Ernest Dargent, Illustration pour "Histoire d'un crime" - Quatrième journée : La victoire. © Photo RMN – Bulloz

mardi 20 septembre 2011

La Libye, le chaos et nous

par Santiago Alba Rico, 20/9/2011. Traduit par Fausto Giudice
La dernière semaine d'août, après l'entrée des rebelles à Tripoli, un cri de soulagement et de joie a éclaté dans le monde arabe. Au Yémen et en  Syrie les manifestations populaire contre les dictatures d'Ali Saleh et Bachar Al Assad se sont multipliées et intensifiées à la lumière de cette victoire que tous les peuples de la région vivaient comme la  leur. En Tunisie,  les 22 et 23 août, des réfugiés libyens et des citoyens  tunisiens ont  célébré la chute de Kadhafi  dans les rues de la capitale, mais aussi à Sfax, Gabès et Djerba. Même les partis de gauche se sont joints à la célébration. Ainsi, le Parti communiste des ouvriers de Tunisie, d’ Hamma Hammami, un des opposants les plus persécutés par le régime de Ben Ali, a diffusé le 24 août une déclaration félicitant "le peuple frère de Libye pour sa victoire sur le régime despotique et corrompu de Kadhafi, en espérant que désormais le peuple libyen pourra décider de son propre destin, récupérer ses libertés et ses droits et construire un système politique fondé sur la souveraineté qui lui permet te de reconstruire son pays, de mobiliser ses richesses  au profit de tous les citoyens et d'établir des profondes relations fraternelles avec les peuples voisins. " Au cours des six derniers mois, dans toutes les capitales arabes où les gens protestaient contre les dictateurs locaux, souvent au péril de leur vie, on a organisé des manifestations de solidarité avec le peuple libyen ; que cela nous plaise ou non, alors qu’il s’agit de l'une des régions les plus anti-impérialistes du monde, il n'y a eu aucune protestation contre l'intervention de l'OTAN.

Ces derniers mois, j'ai parfois eu l'impression que tandis que la droite colonise et bombarde le monde arabe, la gauche (une partie de la gauche européenne et latino-américaine) lui explique quand, comment et de qui il doit se libérer. Je ne vais pas entrer dans la polémique très vive  qui a fracturé le camp anti-impérialiste ;  je veux juste remarquer que le seul endroit où cette polémique n’a pas eu lieu  a été curieusement celui où les événements sont survenus. Alors que la gauche occidentale échangeait des gnons à propos de d'intervention de l'OTAN, les peuples arabes, accompagnés par une gauche régionale que  ni l'Europe ou l'Amérique latine n’ont écoutée, se sont consacrés à lutter contre les dictatures avec des moyens et dans des conditions qu’aucune analyse marxiste n’aurait prévu ni même souhaité. Le fait est que les puissances occidentales ne s’étaient  pas non plus attendues à ce qui s’est passé ni ne l’avaient souhaité  et le résultat de leur improvisation bâclée, aussi hypocrite que diligente, est encore une inconnue.

Une des erreurs dans l'analyse schématique d'un secteur de la gauche occidentale (aussi occidentale en cela que le sont les bombes de l’Alliance atlantique) a consisté à attirer l'attention sur les intérêts euro-usaméricains en Libye, comme si ces intérêts n’avaient pas été assurés sous Kadhafi et comme si, de toute manière, une intervention était la conséquence nécessaire d’une énumération d’intérêts. On n’intervient pas où et quand on veut, mais où et quand on peut. Les intérêts motivent sans doute une intervention militaire, mais ne la rendent pas forcément possible. Dans le cas de la Libye, à mon avis, ce sont deux facteurs qui l’ont rendue possible.

La première est qu'il s’agissait, comme l'ont immédiatement  reconnu les peuples et les gauches  arabes, d’une cause juste. La révolte populaire qui a commencé à Benghazi et a avorté dans le quartier de Fachloum  à Tripoli le 17 Février, était le prolongement, avec une égale légitimité et spontanéité, des révolutions en Tunisie et en Égypte. Jean-Paul Sartre a écrit en 1972 que " le pouvoir utilise la vérité quand il n’y a  pas de meilleur mensonge." Dans ce cas, aucun mensonge n’était mieux que la vérité elle-même:  le "tyran monstrueux" était un monstrueux tyran et les "rebelles libyens" étaient réellement des rebelles libyens. L’Occident utilisant la vérité pour sa propagande, la gauche schématique - très loin ou avec peu de connaissance de la région -, est tombée  dans le piège et s’est mise à répéter candidement face à celle-ci, un tas de mensonges et de demi-vérités, offrant à ceux qui bombardaient une cause juste et assumant l’ignominie  de défendre une injustice.

Le deuxième facteur a trait à l'isolement du régime Kadhafi. Mis à part le Nicaragua et le Venezuela, très éloignés de la scène, les seuls amis qu’avait Kadhafi dans le monde étaient quelques dictateurs africains et quelques impérialistes occidentaux. Une fois qu’il eut été abandonnée par ces derniers, aucun État  ayant un poids géostratégique - ni la Ligue arabe, ni la Chine ni la Russie – n’allait opposer de résistance à l'intervention de l'OTAN. Contrairement à ce qui se passe pour la Syrie, un nœud d’équilibres très sensibles dans lequel Bachar Al Assad vend la «stabilité» tous azimuts tout en tuant impunément des milliers de révolutionnaires, Kadhafi et son régime ne représentaient rien dans la région. Au contraire, tous les intérêts, y compris politiques, le rendaient vulnérable: plus que le pétrole, il faut compter parmi les facteurs déclencheurs de l’ intervention de l'OTAN les pressions de l'Arabie Saoudite sur les USA, très réticents à une intervention, et l' occasion pour la France de retrouver du prestige dans son  " arrière-cour " naturelle, l'Afrique du Nord, après la claque prise en Tunisie et en Egypte, où le soutien à Ben Ali et Moubarak (avec le scandale des vacances payées de ses ministres) avait mis Sarkozy complètement hors jeu.

L'autre erreur commises par certains secteurs de la gauche a à voir précisément avec leur schématisme ou plutôt, leur monisme. Les peuples et les  gauches arabes, risquant leur vie sur le terrain, ont compris d’emblée l'impossibilité d'échapper à l'inconfort d'analyse s’ils voulaient renverser leurs dictateurs. Ils ont su qu’il fallait affirmer de nombreux faits en même temps, dont certains contradictoires entre eux.  Dans le cas de la Libye, ces cinq ou six faits sont les suivants: Kadhafi est un dictateur, la révolte libyenne  est populaire,  légitime et spontanée ; elle  est immédiatement infiltrée par des opportunistes, des libéraux pro-occidentaux et des islamistes ;  l'intervention de l’OTAN n’a jamais eu d’objectif humanitaire, l'intervention de l'OTAN a sauvé des vies ; l'intervention de l'OTAN a provoqué  la mort de civils ; l'intervention de l'OTAN menace de transformer la Libye en un protectorat occidental. Que faisons-nous de tout  ça? Nous pouvons laisser de côté la realpolitik pour  aller au réalisme et  tenter d'analyser les nouveaux rapports de forces dans le contexte d'un monde arabe en plein  processus de transformation. Ou bien nous pouvons affirmer Un Seul Fait – monisme - et soumettre tous les autres à la cravache négationniste.  Ainsi, si nous parlons seulement de l'intervention de l'OTAN, avec ses crimes et ses menaces, nous sommes immédiatement contraints par une logique symétrique qui nous éloigne toujours plus de la réalité, de nier le caractère dictatorial de Kadhafi et d’affirmer, au contraire, son potentiel émancipateur et anti-impérialiste ; à nier le droit et la spontanéité de la révolte libyenne et affirmer, par ailleurs, sa dépendance mercenaire d'une conspiration occidentale. L'inconvénient de cet exercice de monisme est qu’il  laisse de côté précisément les données qui comptent le plus pour les peuples et les gauches arabes et devraient être le plus importantes pour les  anti-impérialistes du monde : l'injustice d'un tyran et la revendication de  justice du peuple libyen.
Le  monisme simplifie les choses là où elles sont très-très-compliquées. L’OTAN elle-même est consciente de cette complexité, comme en témoigne le fait que, comme l’a rappelé Gilbert Achcar,  elle a bombardé très peu la Libye, en vue de prolonger la guerre et d’essayer de gérer une défaite du régime sans vraiment rompre avec lui ; c’est-à-dire le contraire de ce que demandait  le peuple libyen. Le conflit entre l'OTAN et une partie des rebelles est manifeste, comme il l’est entre les rebelles et le groupe dirigeant  du CNT. Nous avons entendu ces derniers jours les dénonciations très agressives, visant à la fois les USA et l’ Angleterre, Mustafa Abdoul-Jalil et Jibril Mahmoud, et émanant d’ Abdelhakim Belhaj et Ismaïl  Salabi, les commandants rebelles liés à l'islamisme militant. Comme en Tunisie et en Égypte, les islamistes sont bien organisés et ont une  force, mais ce ne sont pas eux qui ont initié les révoltes. Il est très triste de voir tout d'un coup certains secteurs de la gauche rejoindre le chœur de la «guerre contre le terrorisme» et de la «menace d'Al Qaïda », alors que les révolutions arabes ont révélé que ce courant avait une influence très faible  sur la jeunesse arabe. Quelles que soient ou qu’aient été les relation entre Al Qaïda et le Groupe combattant islamique libyen, les déclarations publiques de ses dirigeants en faveur d’ un "État civil" et d’une "véritable démocratie",  très peu crédibles,  démontrent une grande connaissance du courant principal à l’œuvre  dans la région aujourd'hui. Les gens de gauche devront peut-être se faire à l’idée  que le monde arabe va inévitablement être gouverné par l'Islamisme dans les années à venir  - si on l’avait laissé gouverner il y a 20 ans, aujourd’hui il s’en serait libéré - mais la visite triomphale d’ Erdogan en Égypte, Tunisie et Libye indique que l'Islamisme ne sera  plus celui du djihad et des attentats-suicide,  comme on le voulait dans l'UE et aux USA, mais un «islamisme démocratique», dont les  limite, de toute manière, se révéleront aussi rapidement aux yeux d'un population excédentaire de jeunes de plus en plus intégrée dans les  réseaux d'information mondiaux.

Quoiqu’il en soit, la gauche, qui n’a ni armes ni argent,  devrait oser parler seulement après avoir imaginé ce qu’elle en aurait fait, si elle en avait eu – des armes et de l’argent.  Les aurait-elles donnés à Kadhafi ? Ou bien aux rebelles, anticipant ce qu’a fait l'OTAN? Ce que la gauche occidentale doit savoir, c’est qu’en soutenant  Kadhafi, elle ne soutient pas Chávez (contrepoint démocratique du tyran  libyen, malgré ses déclarations absurdes), mais Aznar et Berlusconi, et, pire encore, Ben Ali et Moubarak. La gauche arabe, très réaliste, sait ce qu’aurait signifié une victoire de Kadhafi pour le printemps arabe toujours en cours. N'oublions pas que Kadhafi a soutenu le dictateur tunisien après son départ, a menacé son peuple et a cherché à déstabiliser ses  nouvelles institutions pour remettre la famille Trabelsi au pouvoir jusqu'à ce que, justement, la révolte  populaire libyenne du 17 Février fasse échouer tous ses plans. L'étouffement par le sang et le feu de la révolte libyenne aurait mis en péril les acquis révolutionnaires de la Tunisie et de l'Égypte,  encouragé une répression encore plus grande au Yémen et en Syrie et congelé toutes les protestations qui refleurissent  au Maroc, en Jordanie et à Bahreïn. On ne peut pas –vraiment pas – être en même temps en faveur des révolutions arabes et de Kadhafi. Paradoxalement, ceux qui soutiennent Kadhafi  appuient sans s’en rendre compte l’offensive contre-révolutionnaire de l'OTAN en Afrique du Nord.

Peut-être faut-il préférer un ordre mauvais, pourvu qu’il soit invincible, à un désordre ambigu dans lequel il existe une possibilité de vaincre, même si c’est à long terme ; peut-être eût-il été préférable que ce lourdaud de Mohamed Bouazizi  ne s’immole pas, mettant le feu à toute la région, nous qui étions si tranquilles ; peut-être aurions-nous préféré que les peuples arabes ne se soulèvent pas s’ils ne sont pas  capables d’être marxistes et si à la fin, cela ne sert à rien ou seulement à ce que l’Islam règne ou qu’une poignée d’humiliés et d’offensés respirent un peu. Mais ce n’est pas nous qui décidons. Ce qui est sûr, c’ est que les peuples arabes, y compris celui de Libye, ont décidé de se débarrasser des dictatures les plus longues sur la planète, "dégelant" une région du monde pétrifiée depuis la Première Guerre mondiale et condamnée encore et toujours à servir des intérêts étrangers ; et en  décidant cela, ils l’ont remise dans le « courant central de l’histoire ». Bien sûr, on peut se laisser aller à éprouver des nostalgies de la guerre froide ; on peut se rassurer en voyant des conspirations des méchants habituels de toujours,  en s’épargnant ainsi l’effort de se rapprocher de nos semblables sur le terrain et d’analyser soigneusement les nouveaux acteurs qui interviennent sur la scène du monde. On peut faire des discours au lieu de faire de la politique, et faire des remontrances aux Arabes au lieu d’apprendre d’eux.  Ou bien alors on peut essayer d’être solidaires des peuples qui en ce moment essaient d’en finir avec une histoire ou d’en commencer une nouvelle ; avec ceux qui, comme en Syrie, au Yémen, à Bahreïn, essaient de secouer le joug de leurs dictateurs et avec ceux qui, comme en Tunisie, en Égypte et en Libye, doivent tenter de se libérer, dès maintenant, de diverses formes d’intervention étrangère.

mardi 23 novembre 2010

Le conflit du Sahara occidental : petit diaporama à l'usage des ignorants en français, espagnol, allemand

Brève histoire depuis 1936 en 25 pages (présentation en PowerPoint). De l'occupation espagnole à l'occupation marocaine. Jusqu'à quand ?
Pour voir la présentation, cliquer sur l'image



El conflicto del Sáhara Occidental
Breve historia desde 1936 en 25 páginas (presentación en PowerPoint). De la ocupación española a la ocupación marroquí. ¿Hasta cuándo?
Para ver la presentación, pinche en la imagen









Der Westsahara-Konflikt
Kurze Geschichte seit 1936 in 25 Seiten (PowerPoint Präsentation). Von der spanischen Besatzung bis zur marokkanischen Besatzung. Bis wann?
Auf das Bild klicken, um die Präsentation zu sehen.

jeudi 11 novembre 2010

Sahara occidental occupé : « Fuera Marruecos ! » - Une intifada au fin fond du monde

par FG, 11/11/2010
Il suffit de regarder les vidéos qui arrivent à franchir le mur d’acier élevé par les forces d’occupation pour s’en convaincre : au Sahara occidental occupé par le Maroc, une véritable intifada est en cours. Comme en Palestine en 1987, les protagonistes en sont les chebeb – les jeunes,  y compris les très jeunes – et les femmes. Un seul cri retentit sur les barricades bricolées par les insurgés : « Fuera Marruecos ! », Dehors le Maroc. Et s’ils le crient en espagnol, c’est parce que l’espagnol est leur langue de communication principale avec le monde extérieur, le monde tout court, autrement dit nous.
Il y a quelques jours, les salopards qu’on désigne sous le terme de « makhzen », autrement dit le pouvoir du roitelet M6, ont fait preuve d’un culot et d’un cynisme qui n’ont d’égal que la chutzpah de leurs amis, alliés et complices de Tel Aviv : ils ont profité de l’ouverture du énième round de négociations avec le Front Polisario à New York pour célébrer à leur manière le 35ème anniversaire de la sinistre Marche verte, qu’il faudrait plutôt appeler la Marche noire. Avant même le lever du soleil, ils ont donné l’assaut au campement de Gdeim Izik, où des dizaines de milliers de Sahraouis s’étaient rassemblés au fil des jours pour exprimer leur ras-le-bol de l’occupation. Les forces de répression ont fait preuve de la sauvagerie que permet l’assurance de jouir d’une impunité totale. En effet, l’ensemble des gouvernements des démocraties occidentales, USA, Espagne et France en tête soutiennent inconditionnellement l’occupation illégale du Sahara occidental, qui ressemble de plus en plus à une autre occupation, celle de la Palestine.
Là-bas, les sionistes de Ben Gourion avaient pris la relève de la puissance occupante, l’Empire britannique, au nom de droits historiques inscrits dans la Bible. Ici, le Maroc de Hassan II a pris la relève de l’Espagne dès la mort du Caudillo, au nom de la « marocanité » historique du territoire. Là-bas, les sionistes avaient instrumentalisé la souffrance endurée par les juifs en Europe et la mauvaise conscience des Alliés. Ici, le makhzen a exploité la déshérence des masses marocaines, entraînées dans une aventure qui leur promettait du pain et des roses et abandonnées par une gauche, à ce point terrorisée par le pouvoir royal qu’elle avalisa toutes ses saloperies, condition pour elle pour accéder au « pouvoir », aux honneurs et aux Mercedes noires.
L’intifada palestinienne de 1987 était partie de la base, sur le terrain, loin de Tunis, où siégeaient l’OLP et son chef Arafat, après leur fuite de Beyrouth en 1982. Par la suite, les « représentants » du peuple palestinien avaient tenté de prendre le contrôle et de canaliser ce soulèvement autogéré. Et surtout de l’utiliser pour négocier le bout de gras avec les sionistes. On connait le résultat : il n’est pas glorieux pour les « représentants » du peuple palestinien.

Le Front Polisario, sans avoir atteint le degré de corruption et de dégénérescence atteint par l’OLP de Mahmoud Abbas, est lui aussi loin du terrain de l’occupation et de la lutte, cantonné qu’il est entre Tindouf, Alger et New York. Il n’a pas les moyens d’aider pratiquement la population actuellement soulevée dans les territoires occupés du Sahara. Celle-ci en est donc réduite à « compter sur ses propres forces tout en recherchant l’aide internationale », pour reprendre une expression utilisée par les Vietnamiens durant la guerre contre l’occupant yankee.

Que peut-on faire pour les Sahraouis soulevés ?
Au moins, s’informer et informer autour de soi, car les médias planétaires semblent dans leur écrasante majorité s’être pliés à l’interdiction émise par le makhzen d’informer en direct depuis le Sahara occidental occupé.
Au plus, interpeller nos dirigeants et « représentants » sur leur appui explicite ou tacite à un régime odieux.

mardi 31 août 2010

Le Maroc et l'Espagne : Des voisins plus éloignés aujourd'hui/Marruecos y España: Vecinos hoy más alejados

Par Juan Manuel Pardellas , 29/08/2010
L'auteur est chef des informations et des programmes de la chaîne de télévision espagnole SER à Tenerife, correspondant de EL PAÍS et d'Associated Press aux Canaries. Auteur de Héroes de ébano, un livre de chroniques sur l'immigration récompensé par le Prix de journalisme Ernesto Salcedo, récemment traduit en français et  wolof sous le titre  Héros d’Afrique/ Jàmbaar yu Ñuul yi (éditions Idea). Il commente ici le tabassage récent par des policiers marocains au Sahara occidental de la militante espagnole Carmen Roger (voir photo ci-dessous).
Ignacio Cembrero
Des voisins éloignés. Les secrets de la crise entre l'Espagne et le Maroc [VECINOS ALEJADOS: LOS SECRETOS DE LA CRISIS ENTRE ESPAÑA Y MARRUECOS, Barcelona 2006] est le titre de l'essai magnifique du journaliste Ignacio Cembrero, le correspondant du El Pais au Maroc et au Sahel que j'ai toujours sur ma table de chevet. Elles sont là, les clés de l'équilibre difficile dans les relations Espagne - Maroc, avec des interférences multiples (appelons-les intérêts de multinationales ou de la France, des États-Unis et du Maghreb). Imaginez-vous dans sa propre communauté de voisins.
Il n'est pas facile de s'entendre avec quelqu'un de totalement différent, avec des langues différentes, sans qu'aucun ne parle celle de l'autre, avec des religions différentes, des aliments différents, des traditions différentes et des mondes presque opposés. Le Sahara est l'un des conflits non résolus dans les 40 dernières années, le territoire que l'Espagne a abandonné sans lui donner une solution, que le Maroc a envahi et que l'ONU ne sait pas, jusqu'à présent, résoudre, en le laissant devenir une poudrière de plus parmi les nombreuses qui existent sur la planète. Des milliers d'entreprises européennes travaillent à forfait au Maroc, des tonnes de ses tomates, de piments et poissons traversent le Détroit pour être vendus sur tout le vieux continent.
En échange, le Maroc est la porte d'entrée au marché immense de consommateurs africains, sa gendarmerie contrôle la sortie de pateras à sa convenance (il utilise les pauvres immigrants pour ouvrir ou fermer encore un point de tension dans ses relations bilatérales) et le royaume de Mohamed VI s'est arrogé le rôle de bouchon contre l'islamisme radical. Quel prix les Sahraouis doivent-ils payer dans ce scénario, soumis constamment à des tabassages sur lesquels on fait silence dans le monde entier ? 

Est-il possible que les intérêts si importants en jeu valent quelques passages à tabac?
Le Maroc a promis une autonomie avec un ample catalogue de compétences pour ce qu'il appelle ses territoires du sud, comme sortie d'échappement pour esquiver le référendum sur l'indépendance du Sahara. Seulement cela, il l'a promis, depuis plus de dix ans, mais il ne l'a pas accompli et personne ne peut vérifier jusqu'à quel point ces citoyens pourraient s'autogouverner. Ce n'est pas le seul élément de tension, comme prouvé la semaine passée avec la crise de Ceuta et Melilla, comme lors des assauts contre la clôture (un autre mur de la honte, comme celui entre les États-Unis et le Mexique ou celui qui sépare Israël de la Palestine), et il ne sera pas le dernier.
Je vous parle de l'épisode d'hier, parce que je suis sûr qu'aujourd'hui un autre chapitre a été écrit à El Ayoune, à Smara, à Tarfaya à coups de matraque que, d'ailleurs, les attaquants filment toujours, allez savoir avec quelle intention. Carmen Roger est l'une des activistes espagnoles agressées ce week-end parce qu'elle a fréquenté des foyers et des réunions de défenseurs sahraouis des droits de ce peuple. Ses blessures se marient difficilement avec la photographie montrant les ministres espagnol et marocain, amicaux et relax, il y a quelques jours.
Source: http://diasporasaharaui.blogspot.com/2010/09/des-voisins-plus-eloignes-aujourdhui-un.html, traduction révisée par Fausto Giudice, Tlaxcala

Original

Vecinos hoy más alejados

Escrito por: jmpardellas el 29 Ago 2010 - URL Permanente
EL AUTOR-Juan Manuel Pardellas: Jefe de los Informativos y de Programas de la Cadena SER en Tenerife, corresponsal de EL PAÍS y de Associated Press para Canarias. Autor de Héroes de ébano, un volumen de crónicas sobre inmigración galardonado con el Premio de Periodismo Ernesto Salcedo, que ha sido recientemente traducido al francés y wolof bajo el título Héros d’Afrique/ Jàmbaar yu Ñuul yi (Ediciones Idea). 
Carmen Roger
Vecinos alejados. Los secretos de la crisis entre España y Marruecos es el título del magnífico ensayo del periodista Ignacio Cembrero, el corresponsal de El País para Marruecos y el Shahel, que tengo siempre en la cabecera. Ahí están las claves del difícil equilibrio en las relaciones España-Marruecos, con múltiples interferencias (llámense intereses de multinacionales o de Francia, Estados Unidos y el Magreb). Imagínense en su propia comunidad de vecinos. No es fácil llevarse con alguien totalmente distinto, con idiomas distintos, sin que ninguno hable el del otro, con religiones distintas, alimentos distintos, tradiciones distintas y mundos casi opuestos. Uno de los conflictos no resueltos en los últimos 40 años es el del Sahara, el territorio que abandonó España sin darle una solución, que invadió Marruecos y sobre al que hasta hoy ni la ONU ha sabido resolver, convirtiéndolo en un polvorín más de los muchos que hay en el planeta. Miles de empresas europeas trabajan a destajo en Marruecos, toneladas de sus tomates, pimientos y pescados cruzan el Estrecho para venderse en todo el viejo continente. A cambio, Marruecos es la puerta de entrada al inmenso mercado de consumidores africanos, su gendarmería controla la salida de pateras a conveniencia (utiliza a los pobres inmigrantes para abrir o cerrar un punto más tensión en sus relaciones bilaterales) y el reino de Mohamed VI se ha arrogado el papel de tapón contra el islamismo radical. ¿Qué precio deben pagar en ese escenario los saharauis, sometidos constantemente a palizas silenciadas en todo el mundo? ¿Es posible que los intereses tan importantes en juego valgan unas cuantas palizas? Marruecos ha prometido una autonomía con un amplio catálogo de competencias para lo que denomina sus territorios del sur, como salida de escape para burlar el referéndum sobre la independencia del Sahara. Sólo eso, lo ha prometido, desde hace más de diez años, pero no lo ha ejecutado ni nadie puede comprobar hasta qué punto podrían autogobernarse estos ciudadanos. No es el único elemento de tensión, como se demostró la semana pasada en la crisis de Ceuta y Melilla, como cuando ocurren asaltos a la valla (otro muro de la vergüenza, como el de Estados Unidos y México o el que separa Israel de Palestina), ni será el último. Les traigo el episodio de ayer, porque estoy seguro que hoy ya se ha escrito un capítulo más en Aaiún, Smara, Tarfaya a golpe de porra que, por cierto, siempre filman los atacantes, vayan ustedes a saber con qué intención. Carmen Roger es una de las activistas españolas atacadas este fin de semana por acudir a hogares y reuniones de defensores sharauis de los derechos de este pueblo. Sus lesiones difícilmente casan con la fotografía de los relajados y amistosos ministros español y marroquí de Interior de hace unos días.

mardi 6 janvier 2009

Abderrazak El Gadiri, martyr marocain de la cause palestinienne/mártir marroquí de la causa palestina

عبد الرزاق الكاديري
الشهيد المغربي للقضية الفلسطينية
español debajo
Il avait 21 ans, il était étudiant en deuxième année de droit à Marrakech et militait au sein du groupe Voie démocratique. Il a participé à l’une des premières manifestations de soutien à la Palestine qui ont eu lieu dans tout le Maroc à la suite de l’Opération « Plomb lancé» sur Gaza. Dans la nuit du 27 au 28 décembre 2008, il est mort des suites du tabassage par les forces de police de Sa Majesté, qui avait provoqué une hémorragie cérébrale. La police a subtilisé son corps à l’hôpital Ibn Tofaïl pour essayer d’étouffer l’affaire.
La manifestation, partie de la Cité universitaire, avait aussi pour but de dénoncer la vague d’arrestations de militants de divers mouvements d’opposition qui ont lieu au Maroc depuis plusieurs semaines. Des habitants des quartiers populaires environnants l’avaient rejointe. Les Compagnies mobiles d’intervention sont intervenues avec une brutalité inouïe. 40 étudiants ont été gravement blessés. Un étudiant, Taoufik Chouïni, dont 2 frères sont déjà détenus dans le groupe autour de l’étudiante Zohra Bodkor, a été maintenu en détention. La famille El Gadiri a exigé une autopsie et l’Association marocaine des droits humains a pris le dossier en charge.


« Le martyr Abderrazak Al Gadiri, militant de la Voie démocratique – Basistes »

Tenía 21 años, era estudiante en el segundo año de derecho a Marrakech y militaba en el seno del grupo Via democrática. Participó en una de las primeras manifestaciones de sostén de Palestina que se efectuaron en todo el Marruecos en consecuencia de la Operación " Plomo lanzado" sobre la franja de Gaza. En la noche del 27 al 28 de diciembre de 2008, murió como consecuencia de los golpes recibidos por las fuerzas de policía de Su Majestad, que había causado una hemorragia cerebral. La policía le sutilizó su cuerpo al hospital Ibn Tofaïl para tratar de sofocar el caso. La manifestación, partida de la Ciudad universitaria, tenía por objeto también denunciar la ola de detenciones de militantes de movimientos diversos de oposición que se efectuan en Marruecos desde hace varias semanas. Habitantes de los barrios populares cercanos se habían sumado a ella. Las Compañías móviles de intervención intervinieron con una brutalidad inaudita. 40 estudiantes resultaron gravemente heridos. Un estudiante, Taoufik Chouïni, que tiene 2 hermanos ya detenidos en el grupo alrededor de la estudiante Zohra Bodkor, ha sido detenido. La familia El Gadiri exigió una autopsia y la Asociación marroquí de los derechos humanos se hizo cargo el expediente.

mercredi 17 décembre 2008

Hassan Id Abdellah est mort - Il a lutté jusqu'au bout pour le droits des paysans pauvres

Hassan Id Abdellah, fondateur du mouvement des paysans pauvres atour du barrage d’Aoulouz, dans la province de Taroudant , est mort le 16 décembre 2008 des suites d'une longue maladie. Nous proposons de lire ou de relire une interview qu’il avait donnée à son camarade de combat Amal Lahoucine en novembre 2006.

« Je suis prêt à militer jusqu'à la mort pour les biens publics » : Entretien avec le paysan pauvre militant Hassan Id Abdallah (village de Tasdermt, province de Taroudant, région du Souss Massa Drâa, Maroc)
Propos recueillis par Amal Lahoucine, novembre 2006

Hassan Id Abdallah est un paysan pauvre militant. Il habitait au douar Tasdermt (mot amazigh signifiant Porte), situé à l’entrée de la vallée d'Ouzioua. Il est parmi les fondateurs de l'association Ifghelen (signifiant espace réservé aux troupeaux du village) constituée en 1997. Ifghelen est aussi le nom de l’endroit où le barrage Aoulouz est construit.
Hassan est aussi membre fondateur du syndicat des paysans pauvres d'Aoulouz. Il vit aujourd'hui dans le nouveau village, Tisrass, créé après la destruction de Tasdermt, où il s’est installé avec sa famille, après l'évacuation par le barrage.
Dans son ancien village, la famille Id Abdallah avait une belle maison située au pied d'une montagne dominant la vallée d'Ouzioua. Aujourd'hui, seuls demeurent les souvenirs de cette ancienne et belle Tasdermt. Voici ce que m’a déclaré Hassan.


Il nous parle tout d’abord de sa maison dans l'ancienne Tasdermt.
« Je suis prêt à militer jusqu'à la mort pour les biens publics d'Ouzioua malgré ma maladie qui m'oblige à être hospitalisé à l'hôpital Mokhtar Soussi à Taroudant depuis mercredi dernier. Tasdermt, mon village natal, fait désormais partie du passé passé, mais son souvenir ne peut pas me quitter, je me rappelle tous les détails, comme si c’était aujourd'hui. Notre belle maison au pied de la montagne, à la porte de la vallée d'Ouzioua Tasdermt (qui signifié aussi, la place et le rôle social d'un homme dans la société) au bord de la rivière d'Ouzioua, qui coule sans arrêt pendant les quatre saisons.
Notre nouvelle maison, dont les travaux se sont terminés en 1986, a une superficie de 360 mètres carrés, elle est construite en pierres et béton, elle est constituée de deux étages et comprend 12 pièces avec cuisine traditionnelle, toilettes et cour plus un espace pour nos animaux. Le remboursement de tous ces biens plus 70 arbres fruitiers divers est de 7777 Euro. Au moment de l'évacuation obligatoire, j'avais refusé de quitter notre maison sans ouvrir un dossier juridique pour justifier de la valeur exacte d'un remboursement légal. C’était la seule maison qui restait debout à Tasdermt face au bulldozer qui avait tous détruit dans notre village. Les champs et récoltes avaient été rasés par ce bulldozer, pour détruire les traces du vol commis au moment du recensement des biens des paysans pauvres.
J'avais envoyé des lettres de protestation aux responsables locaux et nationaux en demandant une expertise de nos biens. Un expert de la province était enfin arrivé, pour faire son travail. Cela se passait dans les années de plomb, c'était en 1988. Mais rien n'a été réglé.
Tout le fruit de mes activités agricoles à Tasdermt et de celles de mon frère, ouvrier émigré en France depuis les années soixante, a été perdu, massacré pour bâtir le capitalisme. » Puis Hassan nous parle des inondations au moment du recensement des terres des paysans évacués. « La deuxième chose qui reste choquante dans ma mémoire est le rasage des terres près de la rivière par les inondations de 1987, avant le recensement de nos champs. La rivière avait rasé une quantité importante des champs des paysans pauvres, sans aucun secours de la part du régime marocain.
Ce qui est important à signaler ici, c’est que la carte topographique qui va être utilisée pour le recensement des champs avait été déjà faite avant les inondations. La question que posaient les paysans pauvres était : ‘au compte de qui ces terres perdues par les inondations sont-elles recensées ?’
Il faut savoir à ce niveau qu'il y avait une liste de personnes qui avaient de relations directes ou indirectes avec le régime marocain et qui ont été bénéficiares, alors que, légalement, elles ne possédaient aucun bien dans la région. Il faut aussi savoir que des paysans pauvres sont spoliés de leurs biens sans obtenir aucun remboursement et que certains attendent toujours l'exécution des décisions du tribunal administratif d'Agadir. Je suis parmi ceux qui attendent l'ouverture de dossiers de violations graves des droits économiques. »

Hassan aborde ensuite la lutte des paysans pour conserver ce qui leur restait de terres bours (terme amazigh désignant les terres irriguées uniquement par les pluies), et la situation du nouveau village.
« Cette question est apparue après l'évacuation pour cause de barrage, qui a été suivie par un faible remboursement, trois fois rien. Nous avions un bour très important à un kilomètre du barrage, c’était le seul espace qui restait pour s'installer au début des années 1990. On a recommencé à zéro, il fallait bâtir une maison qui n'est plus comme celle qu'on avait perdu au barrage, il fallait creuser un puits pour avoir l'eau pour la construction de la maison, l'eau potable et l'irrigation du potager à côté de la maison.
Nous avons du alors affronter les agent des Eaux et Forêts qui venaient planter des eucalyptus, pour bien obliger les paysans pauvres à quitter le lieu. C’était un vrai combat contre les responsables des Eaux et Forêts, qui voulaient limiter notre territoire et massacrer notre forêt d'arganiers. À chaque fois qu'ils plantaient des eucalyptus, je venais les couper et détruire les bornages qu'ils avaient tracés.
Tout cela était un combat solitaire, nous étions dépourvus d'organisation, dans un monde de paysans pauvres déracinés de leur terre natale, dans la torture des années noires. Enfin, on a posé la première pierre d'un nouvelle commune qui a été baptisée appelée Tisrass (mot amazigh signifie les positions). Alors s’est ouverte une nouvelle page de lutte, cette fois-ci contre le président de la nouvelle commune, fils d’un comprador et agent des autorités coloniales. Après ma rencontre avec le camarade Amal Lahoucine en 1995, j’ai pris la voie du militantisme : nous avons déposé notre dossier auprès de l'AMDH (Association marocaine des droits de l’homme) à Taroudant, puis nous avons constitué l'association Ifghelen en 1997 et le syndicat des paysans en 2001. »

La constitution de l'association Ifghelen
« Après nous être installés dans notre nouvelle Tasdermt et avoir déposé notre dossier au bureau de l'AMDH à Taroudant, deux choses restaient à régler. La première était de s'organiser dans une association paysanne. Une assemblée d'un nombre limité de paysans pauvres, qui avaient une expérience de lutte pour leurs droits, a été organisée dans la maison de Lhaj Mohamed en avril 1997 sous la présidence du camarade Amal Lahoucine. Nous avions lutté au niveau local et national, envoyé des lettres de protestation au gouverneur de Taroudant et aux ministres de l'Intérieur et de l'Équipement, des lettres de demande de soutien aux partis politiques et députés de la province et enfin nous avions déposé un recours judiciaire au tribunal administratif à Agadir.
Une association paysanne était donc constituée le 27 avril 1997, sur la suggestion des militants de l'AMDH (Association marocaine des droits de l’homme) à Taroudant. Les autorités à Aoulouz ont refusé de la reconnaître et nous donner le reçu de dépôt du dossier. À l'époque, créer une association de paysans pauvres dans la zone du barrage d’Aoulouz n'était pas possible. La politique des barrages était une chose sacrée sous Hassan II, ce qui explique l'impossibilité de l'intervention des partis politiques parlementaires dans ce dossier. Nous avons donc engagé une autre lutte pour le droit de nous organiser après avoir déposé le dossier de l'association auprès du procureur de Taroudant.
Le reçu de dépôt du tribunal permis de gérer les affaires administratives internes sans avoir la possibilité d'organiser des activités publiques. Cette situation a duré trois ans ; en mars 2000 nous avons enfin eu le reçu de dépôt du dossier de l'association des autorités d’Aoulouz.Notre première activité publique a eu lieu en avril 2000 : nous avons organisé une rencontre du militant marxiste marocain Abraham Serfaty avec la société civile d'Aoulouz sur le thème « militantisme est développement des paysans pauvres à Taroudant.
Au cours de cette rencontre, quatre points de repère pour le militantisme dans le Souss ont été donnés par le camarade Abraham. Le premier était la lutte pour le droit à la terre, contre la violation des terres collectives des paysans pauvres par les grands propriétaires. Le deuxième était la lutte pour le droit à l'eau, contre le massacre de la nappe phréatique au Souss par le surpompage dans les domaines des grands propriétaires. Le troisième était la protection de l'arganier, mis en en danger par l'implantation des agrumes dans le Souss. Le quatrième était le développement de la culture et de la langue amazigh, marginalisées par le régime marocain. Pour cela, le militant Abraham proposait de travailler sur deux fronts pour bien s'organiser, le premier était l'association Ifghelen et le deuxième devait être un syndicat des paysans. Après cette rencontre, l'association a continué la lutte pour le droit des paysans pauvres d'Ouzioua à leurs biens. Le premier travail concernait les dossiers déposés au tribunal administratif d’Agadir, pour l'exécution de ses décisions qui a traîné trois ans ; en 2004, les indemnisations ont commencé à être versées. Malgré le montant très faible de ces indemnités, beaucoup de dossiers sont encore en souffrance. Parmi ces dossiers, celui de notre maison, sur lequel le tribunal n’a toujours pas pris de décision à ce jour. Je ne comprends pas pourquoi le pouvoir marocain parle de démocratie et droits de l'homme, alors qu’il n’a pas le courage de régler les problèmes des paysans pauvres d'Ouzioua ? »

La constitution du syndicat des paysans
« Il fallait accélérer la lutte, à chaque période qui passait les problèmes se multipliaient et la création d'un syndicat paysan devenait nécessaire. Nous avons déclenché une nouvelle lutte pour le reste des terres des paysans des sept douars évacués à cause du barrage. En 2001, le président de la commune de Tisrass avait essayé d'occuper 121 hectares de terres de paysans pauvres, en falsifiant des documents avec l'aide des autorités et des Eaux et Forêts de Taroudant. Nous avons détecté le problème et quand les responsables du Cadastre de Taroudant ont essayé de borner ces terres, ils ont été arrêtés par les paysans pauvres. Il y a eu une alerte générale : une assemblé a été organisée à la salle communale d'Aoulouz avec l'appui des militants de la Voie démocratique de Taroudant. À la fin de la réunion, le bureau syndical des paysans était constitué, son premier dossier était l'organisation de la lutte contre le président de la commune de Tisrass. Une plainte était déposée chez le procureur et le chef du Cadastre à Taroudant pour arrêter le bornage de ces terres. »

Pourquoi le président de la commune avait-il décidé d'occuper ces terres ?
« C'est très simple : le régime marocain était convaincu que, devant notre lutte pour le reste de nos terres, il n'avait que ce moyen pour mobiliser ses alliés afin de réaliser le reste de son programme d'évacuation. L’idée générale derrière cette affaire était d'ouvrir la voie à une occupation de ces terres par les grands propriétaires qui avaient des visées sur les vastes forêts d'Ouzioua. Un ex-responsable à la Province de Taroudant , responsable de toutes les violations graves des droits des paysans au barrage d’Aoulouz, a ainsi occupé 20 hectares près du barrage de la même façon : en falsifiant des documents sur lesquels il a mis le nom de son fils. Aujourd'hui, il lance un avis de vente pour trouver un acheteur pour cette terre, qui se trouve à côté de la ferme du président (=maire) de la commune de Tisrass.Le 26 janvier 2003 le syndicat, l'association Ifghelen et association ATTAC de Taroudant avaient organisé un sit-in devant le siège de la commune de Tisrass. Les paysans pauvres étaient bien organisés. Aux élections de 2003, les paysans pauvres ils mis en échec Monsieur le Président en choisissant une équipe constituée de certains membres actifs de l'association et du syndicat. M. le président a été mis hors jeu. Mais il n’a pas arrêté ses manœuvres pour autant cette année, : il vient de sortir un autre document falsifié pour essayer d'occupé le village tout entier. Cet homme a passé ses deux mandats à la tête de la commune à falsifier des documents. Son rôle dans le conseil communal est de compléter la mission du régime marocain, qui vise l'exploitation exclusive sans limites des ressources naturelles du Souss. Pour cela, après la construction du barrage d’Aoulouz et l'évacuation des paysans pauvres de sept douars, le régime avait divisé la commune d’Ouzioua et créé celle de Tisrass, pour diviser encore plus la communauté d'Ouzioua, pour ouvrir encore une nouvelle page de souffrance des paysans pauvres autour du barrage Mokhtar Soussi. »

mercredi 26 novembre 2008

Lettre de la prison d'Inezgane des détenus politico-sociaux de Sidi Ifni

De la prison d’Inezgane, nous vous adressons nos salutations militantes,

Notre maintien en prison est la preuve flagrante de la démagogie qui se cache derrière le nouveau concept du pouvoir et le slogan de « l’ère nouvelle ». Tout le bavardage et les applaudissements qui célèbrent la soi-disant amélioration des institutions pénitentiaires et de leur rôle éducatif et correctif ne sont que discours creux et mensonges, au regard de ce que vivent les détenus politiques et de droit commun dans la prison d’Inezgane.

En ce qui concerne les cellules, il y en a de deux sortes :

- les cellules de l’ancien quartier appelé « caserne ». Au nombre de 7, elles ont une surface de 6mx8m avec à l’intérieur une latrine et une douche d’1m² chacune et un bat-flanc près de la porte que nous utilisons comme cuisine où nous posons un réchaud électrique sur lequel les prisonniers préparent leur repas. Cela signifie qu’il ne reste pour les prisonniers –dont le nombre atteint 86 par cellule- que 40m². Les prisonniers sont donc obligés de rester recroquevillés toute la journée (20h/24) ce qui provoque des douleurs dans les articulations, surtout celles des genoux. La sortie dans la cour ne dure que 2 heures le matin de 9h à 11h et 2 heures l’après-midi de 14h30 à 16h30, sauf les samedis, dimanches et jours de fête, jours où les gardiens ne travaillent pas et les prisonniers restent enfermés toute la journée dans la cellule.
- Les cellules du nouveau quartier appelé « quartier »* ont une surface de 7mx5m avec une latrine d’1m². 68 prisonniers y sont entassés.
- Il y a aussi une autre cellule qui n’a d’infirmerie que le nom, où 16 lits superposés sont alignés sur 24m²… et où sont regroupés 28 prisonniers, diabétiques, asthmatiques, tuberculeux, sous dialyse, atteints de rhumatisme ou de sida.
- Le quartier des mineurs, appelé « Pipi » comprend 6 cellules de moins de 35m² où sont entassés plus de 400 prisonniers de 5 à 17 ans !!
- Une cellule est réservée aux homosexuels, fermée par une porte en fer et disposant d’une petite fenêtre grillagée : elle ressemble à un cachot et se trouve effectivement près de 3 autres cachots qui sont des cellules sans ouvertures où l’on enferme les prisonniers que l’administration punit parce qu’ils n’ont pas obéi ou selon l’humeur du personnel administratif ou son désir de vengeance. C’est ce qui est arrivé au détenu politique Mohamed Hafid Iazza. Les pensionnaires de ces trois cachots et de la cellule pour homosexuels sont perpétuellement en bute à des insultes, des provocations, des moqueries et des humiliations de la part des gardiens et des autres détenus.
- Il y a aussi une autre cellule pour les fous et les malades mentaux qui se trouve elle aussi près des cachots. Ils sont au nombre de 40.
- Enfin il y a le quartier des femmes qui seraient au nombre de 45 réparties en deux cellules plus une autre réservée aux femmes enceintes.
- Il y a 4 blocs de douches d’eau froide, disposant chacun de 6 pommeaux, ce qui est totalement insuffisant, ce qui pousse les détenus soit à prendre la douche froide dans les cellules soit à ne pas en prendre du tout. Il y a donc environ 1400 prisonniers pour les 4 blocs de douches qui ne sont utilisables que pendant une heure de temps lors de la sortie à la cour. La majorité des prisonniers souffre de maladies de la peau, conséquence de la transpiration, du manque de douche et d’hygiène et des infections.

La prison d’Inezgane est connue pour être l’une des pires du Maroc. Il n’y a pas un seul médecin malgré la situation sanitaire déplorable des détenus. Ainsi Hassan Talbi est parvenu à une situation critique du fait de la négligence de l’administration pénitentiaire. Un médecin, rattaché à la prison d’Aït Melloul * vient une fois par semaine, bénévolement, le mercredi.

Cette situation remet en question les propos du Ministre de la Santé, Yasmina Baddou, qui prétend que son ministère a déployé des efforts en faveur de la santé pénitentiaire alors qu’une prison de 1400 détenus ne dispose même pas d’un médecin !!

Face à la propagation des maladies et à l’absence de soins, l’hospitalisation est affaire de relations et de corruption. Il en est de même pour les visites, l’accès aux cuisines ou à l’économat. Il n’y a pas de bibliothèque ni de terrain de sport ni d’activités de loisir. La vie des prisonniers se limite à manger et à dormir et à la consommation de drogues qui sont vendues librement et en quantité sous les yeux des responsables, du fait de la présence d’un baron de la drogue qui monopolise ce commerce dans la prison. Comme on dit, créer le besoin crée l’offre et la demande et le sureffectif des prisonniers constitue un marché propice à toutes sortes de commerces qui commencent avec le « chef de chambre »* et finit par l’administration : les prix de la place dans une cellule varient selon le quartier et l’emplacement dans la cellule.

Le quotidien de la vie du prisonnier c’est la répression, l’injustice, les pires formes de discrimination, La loi qui règne à la prison d’Inezgane est la loi du plus fort et du plus violent.

C’est dans cet enfer de la prison d’Inezgane que sont placés les prisonniers politiques. D’autres rapports détaillés suivront qui concerneront les différents « services » de la prison pour dévoiler l’ampleur de la sauvagerie qui règne dans la prison et illustre ce qu’est « la nouvelle ère ». Cette sinistre réalité nous pousse à lutter davantage. Nos bourreaux oublient que le fait de nous éloigner de nos camarades et de nos familles ne fait que renforcer davantage notre amour pour notre terre et pour nos familles, davantage notre conviction de la justesse de notre cause et de la légitimité de nos idées et de nos principes.

Nos salutations à tous les camarades et militants dans le combat, malgré la répression et les souffrances

Venceremos Nous vaincrons سننتصـر

Signataires N° d’écrou
Bara Brahim 81101
Zakaria Rifi 82034
Hassan Agharbi 81934
Ouahadani Med 80932

Liste des détenus de la prison d’Inezgane, inculpés auprès de la Cour d’appel d’Agadir (20) :

Brahim Bara (Attac), Hassan Agharbi (Attac), Mohamed El Ouahadani (CMDH) , Ahmed Boufim (CMDH), Zinelabidin Radi (ANDCM), Abdelkader Atbib, Brahim Harbili (élève, condamné à 1 an de prison) , Abderrahmane Dahbi, Souljane Haouari, Khader Bouri, Omar Aarab condamné à 1 an), Karim Chara, Miloud Boutakat, Abdelmalek Idrissi (conseiller municipal), Zakarya Rifi (ANDCM), Khadija Zyane (CMDH), Mohamed Aissam, HusseinTizgarine, Ahmed Ahgoun, Hussein Boumzough, Mustapha Elkasbi, Mohamed Lamrani

D’autres ont été inculpés et sont en liberté provisoire (9)

Fayçal Moukhilif, Khalil Ezzin, Mounir Zakarya, Abderrahmane Ben Ahmed, Abdellatif Makiza, Bouchaib El Ghati, Khalid Bouchra (Attac), Brahim Boumrah (Attac), Hassan Moumni (Attac), Ahmed Elhallaoui

Liste des détenus de la prison deTiznit (4)

Redouane Mliouih(condamné à deux mois de prison. Actuellement libéré), Abdelwahed Elhamraoui, Azeddine Amahil condamné à 6 mois), Hassan Tizgarine (2 d’entre eux sont déjà condamnés à 6 mois et un an de prison)

Prison de Salé

Brahim Sebaalil (CMDH) a été condamné à 6 mois de prison et est détenu à la prison de Salé.

A signaler que l’arrestation de ces personnes s’échelonne à des dates différentes depuis le 7 juin. D’autres personnes sont encore recherchées.

Liste des chefs d’inculpation (variables selon les inculpés)

- Constitution et direction d’une bande criminelle
- Insultes à fonctionnaires
- Destruction d’installations industrielles
- Entrave à la circulation
-Rassemblement armé
-Participation à une manifestation non autorisée
-Destruction d’installations portuaires et des voies d’accès
- Troubles à l’ordre public par la diffusion malveillante de fausses informations

Le Secrétariat National d'ATTAC Maroc a reçu, depuis la prison d’Inezgane une lettre signée de prisonniers politiques –dont certains sont membres d’Attac- , arrêtés à la suite de la vague de répression qui s’est abattue sur Sidi Ifni à compter du 7 juin dernier. Certains d’entre eux sont là depuis la mi-juin, d’autres les ont rejoint quelques jours ou quelques semaines plus tard.

Cette lettre relate les conditions de détention dans lesquelles vivent donc, depuis maintenant 5 moi nos camarades prisonniers politiques et droits communs, adultes et mineurs. Ces conditions sont à peine imaginables : chaque prisonnier dispose d’un espace vital de 80 ou 85 cm², c’est-à-dire qu’il ne peut s’allonger et reste donc en permanence recroquevillé, 20 heures sur 24 les jours de semaine, 24 heures sur 24 les week-end et jours de fête.

Les conditions sanitaires lamentables entraînent de nombreuses maladies, notamment de la peau et la promiscuité –jusque dans la cellule dite « infirmerie » favorise la propagation des maladies contagieuses. Et il n’y a pour 1400 prisonniers aucun médecin affecté à la prison !

C’est la raison pour laquelle, le jeudi 13 novembre, 32 prisonniers politiques de la prison d’Inezgane auxquels s’est joint Brahim Sebaalil, détenu à la prison de Salé, ont observé une grève de la faim d’avertissement de 24 heures. Il est encore temps que des mesures soient prises avant qu’ils ne soient amenés à entreprendre des actions plus dures.

Le Secrétariat National d’Attac Maroc appelle à ce que les enfants soient immédiatement soustraits à cet environnement malsain et préjudiciable à leur santé mentale et physique et soient remis à leurs familles ou accueillis dans des centres adaptés à leur âge et leur offrant les conditions de vie, de scolarité et de santé auxquelles tout enfant est en droit de prétendre.

Le Secrétariat National d’Attac dénonce la condamnation inique de sept prisonniers de Sidi Ifni à des peines d’un an, 8 mois et 6 mois de prison ferme, confirmées en appel le 4 novembre dernier. Il demande la mise en liberté immédiate de l’ensemble des prisonniers politiques qui , rappelons-le, sont incarcérés pour avoir défendu les droits des citoyens de Sidi Ifni à des services publics gratuits et de qualité et à un développement local à même de leur permettre de trouver un emploi et de jouir des ressources de la région et l’arrêt de toute poursuite à leur égard.

Le Secrétariat National d’Attac Maroc vous prie de bien vouloir relayer par tous les moyens à votre disposition l’information sur les conditions inacceptables qui prévalent à la prison d’Inezgane afin que soient alertés l’opinion et les pouvoirs publics.Il appelle toutes les organisations de droits humains à se mobiliser pour faire cesser cette torture quotidienne et exiger de l’administration pénitentiaire et de son ministère de tutelle le Ministère de la Justice que des mesures immédiates soient prises afin que les prisonniers de cette prison puissent vivre dans des conditions décentes, salubres et respectueuses des droits fondamentaux de la personne humaine.

Attac Maroc- 140 rue Cadi Bribri. Rabat (Akkari) Maroc.

http://www.maroc.attac.org/

attac.maroc@gmail.com

Tel : 070 18 60 72 ou 060 84 07 61

vendredi 17 octobre 2008

Lettre d’adieux à Van Walsum

par Salka Embarek

Début septembre, le diplomate néerlandais Peter Van Walsum a démissionné de son poste d'envoyé personnel du Secrétaire général des Nations Unies pour le Sahara occidental, qu’il occupait depuis 3 ans. Il a été remplacé par Warren Christopher. Voici une lettre que lui a écrit la poétesse et militante sahraouie Salka Embarek.


L’ingénue franchise et le présumé soulagement de conscience politique de l’ancien représentant personnel du Secrétaire Général des Nations Unies pour le Sahara Occidental, Peter Van Walsum, même s’il l’a plutôt été pour le Maroc, position qu’il a décidé d’adopter trois ans après avoir pris son poste– car, d’après lui, «si le Conseil [de Sécurité] avait été prêt à imposer une solution (…)» son analyse aurait été toute autre -, l’ont poussé à exprimer des pensées aussi subjectives que contradictoires auxquelles nous nous sommes vus obligés de répondre tout en lui demandant des explications. L’imbroglio et les inepties sont d’une telle ampleur que l’on en vient à se demander si son intention n’était pas de semer la confusion, de tromper ceux qui lui faisaient confiance et de discréditer encore plus, si cela est possible, l’ONU en critiquant la passivité de cette organisation dans la non-application ses propres résolutions en ce qui concerne le droit inaliénable du peuple sahraoui à l’autodétermination.


C’est qu’arrivé à ce moment de sa vie, après s’être discrédité lui-même et après avoir souillé son prestige publiquement avec une incohérence propre à un novice nouveau facilement manipulable, il ne peut pas justifier son travail dans lequel il a nagé à contre-courant tout en reconnaissant que la légalité est du côté du POLISARIO, c’est-à-dire du peuple sahraoui, alors que le Maroc se montre plus implacable, se comportant comme un chien de manchon de certains membres du Conseil de Sécurité.


Pourquoi ne dites-vous pas les choses comme elles sont? Pourquoi ne cessez-vous pas de faire du remplissage dans vos discours et ne vous concentrez-vous pas sur la vérité? C’est simple, M. Walsum, il suffit de se concentrer sur l’idée principale, de ne pas déséquilibrer la vérité, de faire preuve de courage pour reconnaître ce qui est juste, et sinon, de démissionner honorablement plutôt que de se vendre au plus offrant. Vous pourrez y parvenir, M. Walsum, en peu de mots, sans avoir besoin de donner des explications à contretemps, et évidemment de la manière la plus cohérente et la plus claire qui soit.


Le «problème du Sahara» n’est pas complexe, M. Walsum, mais dure depuis trop longtemps, surtout pour le peuple sahraoui, qui pendant ces derniers 33 ans d’exil a vu mourir nombre de ses enfants, en vu naître d’autres dans des pays qui ne sont pas les leurs et qui est fatigué d’entendre des personnes comme vous affirmer que «rien ne changera». Car les choses changent, il suffit de le vouloir, et le peuple sahraoui le veut. Il veut revenir chez lui, il veut rentrer et grandir dans le pays de ses ancêtres, il veut vivre en liberté dans un État souverain et démocratique, il veut décider de son avenir, que ses droits comme êtres humains et comme peuple ayant une identité nationale propre soient respectés. Et lorsqu’un peuple veut cela et se sait dans son droit légitime, M. Walsum, je vous assure que rien ne le fera reculer. Insinuer que «si le POLISARIO renonçait à l’indépendance totale, il compterait sur un grand soutien international» constitue une offense et une marque de mépris à l’égard de notre peuple. Que n’avez-vous pas compris de tout ce que vous avez vu pendant ces trois dernières années? Car jusqu’à aujourd’hui plus de 80 pays reconnaissent la RASD (République Arabe Sahraouie Démocratique) ainsi que des centaines d’associations en Espagne et dans le reste du monde. Le peuple sahraoui et par conséquent le POLISARIO compte sur un grand soutien international dans sa lutte pacifique pour l’indépendance totale. Aucun pays du monde n’a accepté de reconnaître la souveraineté du Maroc sur le Sahara Occidental.


Le conflit du Sahara n’est pas insoluble, Mr Walsum; ce qui se passe, c’est qu’il faut du courage pour admettre que le Maroc se moque de la Communauté Internationale, des résolutions de l’ONU et que sa proposition d’autonomie, outre le fait qu’elle est inadmissible, n’est qu’une couverture pour détourner l’attention de la grave violation des droits de l’homme que subit le peuple sahraoui dans les Territoires Occupés depuis l’invasion marocaine, qui a provoqué la création de campements de réfugiés et des milliers de personnes déplacées sahraouies dans le monde.


Si les instances internationales manquent de force exécutive dans l’application des résolutions, comme vous le déclarez, il s’agit d’un problème de plus qui touche le peuple sahraoui et tous les peuples du monde; en plus de l’extrême gravité que cela implique, du fait de l’incapacité à nous défendre à laquelle nous sommes exposés et la frustration face au travail que ne font pas ces instances –et qu’elles devraient faire - pour mettre en pratique ce qu’elles disent. La faiblesse des Nations Unies est épuisante, mais cela n’est pas une raison pour céder à l’envahisseur génocidaire et pour renoncer à notre droit à la libre détermination.


Le Maroc s’y connaît peu en diplomatie mais beaucoup en prostitution politique, ou ce qui revient au même, en «Realpolitik». Si vous espérez que le peuple sahraoui plie devant ce gouvernement envahisseur et criminel, c’est que vous avez perdu la raison ou bien que vous êtes prêt à prendre votre retraite dans la demeure qui vous attend à Tanger, dans la même rue où se trouve celle de M. Pérez de Cuellar.


Le Peuple Sahraoui a déjà trop perdu, il a renoncé a beaucoup d’autres choses et pourtant il continue sa lutte avec les meilleures armes dont il puisse disposer: la vérité, la légalité et son souhait inébranlable d’être un peuple indépendant et libre.


Il est certain que les choses doivent changer: l’agresseur doit arrêter d’agresser, l’envahisseur doit rendre ce qui ne lui appartient pas et la loi doit faire régner la justice. Nous nous chargerons que ce qui adviendra soit bien fait.


Pour un Sahara libre,


Salka Embarek



"L’indépendance du Sahara occidental n’est pas une option réaliste"
Peter Van Walsum, devant le Conseil de Sécurité, 21 Avril 2008
Cette déclaration a suscité une vive protestation des responsables sahraouis. Le représentant du Front Polisario auprès de l’ONU, Ahmed Boukhari, a ainsi affirmé que l’envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU « a miné le principe de neutralité et de l’impartialité ».


Source : Carta de despedida a Van Walsum

Article original publié en Septembre 2008

Sur l’auteure

Traduit par Mohamed X. , révisé par Fausto Giudice,
Tlaxcala

Englis version : Farewell letter to Van Walsum