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vendredi 28 novembre 2008

Victoire des socialistes vénézuéliens aux élections décisives du 23 novembre

par James Petras, 26/11/2008
Victory for Venezuela’s Socialists in Crucial Elections – November 2008


Le Parti Socialiste Uni du Venezuela (PSPV) – le parti de Chávez - a conquis 72% des postes de gouverneurs qui étaient en jeu aux élections du 23 novembre et a obtenu 58 % du vote populaire, contredisant ainsi la majorité des sondages pro-capitalistes et la quasi-totalité des médias, qui avaient donné l'opposition favorite.
Les candidats du PSUV ont mis en échec les gouverneurs sortants de l'opposition dans trois États (Guaro, Sucre et Aragua) et en ont perdu deux (Mirador et Tachira). L'opposition conserve le pouvoir dans un centre touristique (Nueva Esparta) et a gagné à Tachira, un état frontalier avec la Colombie, Carabobo et dans l'État pétrolier de Zulia, en plus d'obtenir des victoires inattendues dans le populeux Miranda et a enlevé la mairie de Caracas. La victoire socialiste a une signification spéciale, car le pourcentage total de votes atteint - 65 % électeur sinscrits - représente le record de participation citoyenne à toutes les élections jusqu’ici, présidentielles non comprises. Les prévisions propagandistes des sondages, selon lesquelles un nombre important d'électeurs allaient favoriser l'opposition, n'étaient que des illusions sans fondement.
L'importance de la victoire socialiste est évidente si on la situe dans un contexte historique comparatif :
1. Peu de partis en Europe, en Amérique du Nord ou du Sud – si tant est qu’il y en ait - ont pu conserver un degré de soutien populaire aussi élevé dans des élections libres et ouvertes.
2. Le soutien massif au PSUV a eu lieu au moment des prises de mesures économiques radicales, y compris la nationalisation d'importants monopoles capitalistes privés : du ciment, de l'acier, des finances et de plusieurs autres.
3. Les socialistes ont gagné malgré la chute de 70% (de 140 à 52 dollars le baril) des prix du pétrole, source principale des recettes du pays, et s'ils l'ont fait c’est parce que le gouvernement a maintenu la plupart de ses subventions aux programmes sociaux.
4. L'électorat a été plus sélectif au moment d’élire les candidats chavistes - il a récompensé ceux qui ont géré a bon escient les services gouvernementaux et a sanctionné ceux qui ont ignoré ou n'ont pas répondu aux exigences populaires. Même si le président Chávez a fait campagne pour tous les candidats, les électeurs n'ont pas suivi ses consignes là où existait un ressentiment contre les sortants chavistes, comme cela s’est passé à Miranda avec le gouverneur Diosdado Cabello et avec le maire de la capitale du District de Caracas. Les victoires socialistes sont dues à un vote de classe délibéré et non simplement un réflexe d'identification avec le président Chávez.
5. La victoire décisive du PSUV offre les bases nécessaires pour faire face, avec des mesures socialistes, à l'effondrement profond du capitalisme mondial, sans devoir purger les fonds de l'État pour sauver de la banqueroute des banques et des entreprises capitalistes. La débâcle du capitalisme facilitera la socialisation de la majorité des secteurs clé économiques. Une grande partie des entreprises vénézuéliennes est lourdement endettée auprès de l'État et des banques locales. Le gouvernement de Chávez peut maintenant exiger qu'elles remboursent leurs dettes ou qu’elles rendent les clés, ce qui constituerait une transition indolore et éminemment légale au socialisme.
Les résultats des élections indiquent la polarisation profonde qui existe entre la droite dure et la gauche socialiste. Les gouverneurs ex-chavistes sociaux-démocrates centristes ont été pratiquement rayés de la carte politique. Le gagnant de droite dans l'état de Miranda, Henrique Capriles Radonsky, avait tenté de brûler l'ambassade de Cuba pendant le coup d’État militaire manqué en avril 2002 et le gouverneur élu de Zulia, Pablo Pérez, a été désigné par le gouverneur d'extrême-droite Rosales.
Même si les gouverneurs des États et les maires des communes de l'opposition peuvent servir de plate-forme pour attaquer le gouvernement national, la crise économique limitera en grande mesure la quantité de ressources disponibles pour maintenir les services et augmentera leur dépendance du gouvernement fédéral. Une attaque frontale contre les dépenses étatiques et locales du gouvernement de Chávez dans une guerre partisane pourrait conduire à la diminution des subventions fédérales et provoquerait le mécontentement de la base. La droite a progressé grâce à ses promesses d'améliorer les services nationaux et locaux et d’en finir avec la corruption et le favoritisme. Si elle usait à nouveau de sa précédente politique de copinage et d’extrême obstruction, elle perdrait l’appui populaire et de cette façon limiterait ses espoirs de transformer ces avancées locales en pouvoir national. Les gouverneurs et les maires de l'opposition qui viennent d’être élus ont besoin de la coopération et de l'aide du gouvernement fédéral, surtout dans le contexte de crise profonde actuelle, sous peine de perdre appui populaire et la crédibilité.
Conclusion
Il ne faut pas espérer que les médias de masse reconnaissent la victoire socialiste. Leur effort pour magnifier le sens de ce 40% de votes d’opposition et sa victoire dans 20% des États était prévisible. Après ces élections les socialistes vont sans aucun doute procéder à une évaluation critique des résultats, et il y a lieu lieu d'espérer qu'ils reconsidèrent leurs choix des futurs candidats, en privilégiant leur action dans les affaires locales sur leur loyauté proclamée au président Chávez et au « socialisme ». La tâche la plus immédiate et urgente à laquelle doivent s’atteler le PSUV, le président Chávez, les législateurs et les nouveaux fonctionnaires élus, consiste à mettre en marche un plan stratégique socio-économique d'ensemble pour affronter l'effondrement global du capitalisme, entreprise difficile à mener à bien face à la chute abrupte du prix du pétrole et des recettes fédérales et donc àla baisse inévitable des dépenses gouvernementales. Chávez a promis de maintenir tous les programmes sociaux, même si les prix du pétrole restent autour des 50 dollars le baril. Il s'agit clairement d'une position positive et défendable si le gouvernement réduit les subventions importantes au secteur privé et qu’il ne s'embarque pas dans le sauvetage d’entreprises privées en faillite ou en voie de faillite. Bien que les réserves étatiques de 40 milliards de dollars puissent servir temporairement à amortir le coup, ce qui est certain est que le gouvernement, avec l'appui de ses majorités au niveau fédéral et des États, a besoin de prendre des décisions difficiles et pas simplement d’imprimer des billets, aggraver le déficit, dévaluer la monnaie et augmenter les taux d'inflation annuels déjà importants (31% au mois de novembre).
La seule stratégie raisonnable consiste à prendre le contrôle du commerce extérieur et à superviser directement les staffs dirigeants des secteurs de la production e de la distribution, ainsi qu'à établir des priorités pour préserver le niveau de vie des masses. Afin de compenser l'ineptie bureaucratique et neutraliser les fonctionnaires paresseux, le pouvoir réel et le contrôle doivent être transférés aux travailleurs organisés et aux conseils autonomes de consommateurs et de quartier. Le passé récent révèle que le simple fait d’élire des maires ou des gouverneurs socialistes ne suffit pas pour assurer la mise en place de politiques progressistes et la gestion des services de base. Un gouvernement représentatif libéral (même avec des socialistes élus) demande un minimum de contrôle et de pression populaires pour prendre des décisions difficiles et établir des priorités au milieu d’une crise économique prolongée qui ne fait que s’aggraver.
Traduit par Esteban G. et révisé par Fausto Giudice,
Tlaxcala

samedi 12 juillet 2008

Fidel Castro et les FARC - Huit thèses erronées de Fidel Castro

James PETRAS, 8 juillet 2008

Je suis un supporter de la Révolution cubaine depuis exactement cinquante ans et je reconnais Fidel Castro comme l'un des grands dirigeants révolutionnaires de notre temps. Mais je n'ai jamais été un béni oui-oui: à plusieurs reprises, j'ai exprimé mes désaccords par écrit, en public et dans mes discussions avec les dirigeants, les écrivains et les militants cubains. Les articles et les commentaires de Fidel Castro sur les récents événements survenus en Colombie, à savoir son analyse sur la libération par le régime colombien de plusieurs prisonniers des FARC (dont trois agents de la CIA et Ingrid Betancourt) et ses commentaires critiques sur la politique, la structure, les pratiques, la tactique et la stratégie des FARC et de leur dirigeant de renommée mondiale Manuel Marulanda, méritent un examen sérieux.

Les remarques de Castro exigent une analyse et doivent être réfutées, non seulement parce que ses opinions sont largement lues et influencent des millions de militants et d'admirateurs dans le monde, en particulier à Cuba et en Amérique latine, mais parce qu'il se propose de fournir une base "morale" à l'opposition contre l'impérialisme aujourd'hui. Tout aussi important est le fait que la regrettable diatribe critique de Castro contre les FARC, contre Marulanda et contre l'ensemble du mouvement de guérilla constitué principalement de paysans, a été bien accueillie, publiée et diffusée par l'ensemble médias pro-impérialistes sur les cinq continents. Fidel Castro, sans rencontrer beaucoup d’opposition, a rejoint sans esprit critique le choeur condamnant les FARC et, comme je le vais le démontrer, sans raison ni logique.


Huit thèses erronées de Fidel Castro


1 - Castro affirme que la "libération" des prisonniers politiques des FARC «ouvre un chapitre pour la paix en Colombie, processus que Cuba soutient depuis 20 ans comme le plus approprié pour l'unité et la libération des peuples de notre Amérique, en utilisant de nouvelles approches dans les circonstances actuelles particulières et complexes après l'effondrement de l'URSS» (Réflexions de Fidel Castro, 4 Juillet 2008). Ce qui est étonnant dans cette thèse (et dans tout le texte) est le fait que Castro ait totalement omis de faire état de la terreur de masse déclenchée par Uribe, le président de la Colombie, contre les syndicalistes, les critiques politiques, les communautés paysannes, qui est documentée par tous les groupes de défenses des droits de la personne en Colombie et ailleurs. En fait, Castro disculpe le régime d'Uribe, le plus meurtrier des régimes, et fait porter toute la faute à «l'impérialisme US». Depuis l'"effondrement de l'Union soviétique" et suite à l'offensive militaire dirigée par les USA, une multitude de mouvements révolutionnaires armés ont vu le jour au Liban, en Palestine, en Iraq, en Afghanistan, au Népal et d'autres groupes armés qui existaient déjà en Colombie et aux Philippines, ont continué à mener la lutte armée. En Amérique latine, les "nouvelles approches" de la révolution ont été tout sauf pacifiques : des soulèvements populaires massifs ont renversé des hommes politiques électoralistes corrompus en Argentine, en Bolivie, en Équateur, au Venezuela, au prix de plusieurs centaines de vies. La "libération" de Betancourt a renforcé la poigne de fer du régime Uribe, a augmenté la militarisation des zones ruales et a donné une couverture aux assassinats de syndicalistes et de paysans actuellement perpétrés par les escadrons de la mort. Contrairement à ce que dit Fidel Castro, les USA et le président de la Colombie lié aux escadrons de la mort ont utilisé leurs "succès" pour étayer leurs arguments en faveur d'une action militaire conjointe des USA et de la Colombie. Les éloges de Fidel envers le régime colombien pour son action permettant une "ouverture vers la paix" servent à détourner l'attention de la décision de la Cour suprême colombienne selon laquelle la réélection de Uribe était illégale parce que le tyran a corrompu des membres du Congrès afin de modifier la Constitution dans le but de l'autoriser à briguer et obtenir un second mandat.



Marulanda, alias "Tirofijo" (assis) en 1964 : 5 ans d'école primaire, 60 ans de résistance

2 - Fidel Castro a récemment dénigré le défunt dirigeant des FARC, Manuel Marulanda, "paysan, militant communiste, principal dirigeant de la guérilla "(Réflexions). Dans son texte du 5 juillet 2008 (Réflexions II), Castro se réfère avec condescendance à Marulanda, «(...) doté d'une intelligence et de qualités naturelles de leader remarquables, [mais qui], d'autre part, n'a jamais eu la possibilité de faire des études dans son adolescence. On dit qu'il n'a fait que cinq ans d’école. Il a conçu (la révolution) comme une lutte longue et prolongée, point de vue que je n'ai jamais partagé.» Castro était le fils d'un propriétaire de plantation, il a reçu une éducation dans des collèges privés jésuites et a eu une formation d'avocat. En fait ses propos impliquent que l'enseignement supérieur et un statut supérieur préparent les leaders révolutionnaires à diriger des paysans manquant d'éducation formelle mais que les «qualités naturelles de leader» suffisent juste à permettre de suivre les intellectuels et les professionnels mieux adaptés à diriger la révolution. Or l’épreuve de l'histoire réfute les allégations de Castro. Marulanda a construit, pendant une période de plus de 40 ans, une armée de guérilla avec une base de masse plus large que toute force de guérilla inspirée par Castro depuis les années 1960 jusqu'aux années 2000. Castro a répandu la théorie des «foyers de guérilla» entre 1963 et 1980, selon laquelle de petits groupes d'intellectuels organiseraient un noyau armé à la campagne, mèneraient la lutte et attireraient ainsi l'appui des masses paysannes. Chaque foyer de guérilla castriste a été rapidement anéanti - au Pérou, au Venezuela, au Brésil, en Uruguay (foyers urbains), en Bolivie et en Argentine. Contrairement à cela, Marulanda a choisi la stratégie de la guerre de guérilla prolongée, fondée sur une organisation des masses à la base impliquant des liens étroits des paysans avec la guérilla, en se fondant sur les liens de solidarité communautaires, familiaux et de classe, en construisant lentement et méthodiquement une armée politico-militaire populaire et nationale. En fait, un réexamen profond de la révolution cubaine montre que les guérilleros de Castro étaient recrutés dans les organisations de masse des zones urbaines, qui étaient méthodiquement organisées avant et pendant la formation des foyers de guérilla de 1956 à 1958. Bien que des données fiables existent sur les FARC, Castro a sous-estimé de moitié le nombre de guérilleros des FARC, se fiant à la propagande des médias uribistes.

3 - Castro condamne la « cruauté » de la tactique des FARC consistant à « capturer et retenir des otages dans la jungle ». Selon cette logique, Castro devrait condamner chaque mouvement révolutionnaire du XXème siècle, à commencer par les révolutions russe, chinoise et vietnamienne. Les révolutions sont cruelles mais Castro oublie que les contre-révolutions sont encore plus cruelles. Uribe a établi des réseaux locaux d’espionnage impliquant des fonctionnaires locaux, comme cela avait été fait au Vietnam durant la guerre. Et les révolutionnaires vietnamiens éliminaient les collaborateurs parce qu’ils étaient responsables de l’exécution de dizaines de milliers de militants villageois. . Castro omet de commenter le fait que Mme Betancourt, après sa “libération” tant célébrée, a embrassé et remercié le général Mario Montoya. Selon un document déclassifié de l’ambassade US, Montoya a organise une unité terroriste clandestine, l’Alliance américaine anticommuniste, qui a assassiné des milliers de dissidents colombiens, pour la plupart atrocement torturés au préalable. La cruauté de la captivité chez les FARC n’est pas apparue lors de l’examen médical de Betancourt : elle était en bonne santé !



4 - Fidel proclame : "Cuba est pour la paix en Colombie, mais pas pour une intervention militaire US ". C'est l'oligarchie colombienne et le régime Uribe qui a invité les USA à intervenir militairement et a collaboré avec eux. Castro sous-entend que l'intervention militaire US est imposée de l'extérieur, au lieu de la voir dans le cadre de la lutte des classes en Colombie, dans laquelle les gouvernants, les propriétaires terriens et les narco-trafiquants jouent un rôle prépondérant dans le financement et l’entraînement des escadrons de la mort. Dans les 6 premiers mois de 2008, 24 dirigeants syndicaux ont été assassinés par le régime Uribe, plus de 2562 ont été tués au cours des vingt dernières années, dans ce que Castro décrit comme les «nouveaux chemins de circonstances complexes et particulières. » Fidel ignore totalement la suite ininterrompue de meurtres par les escadrons de la mort de militants non armés des mouvements sociaux, et le manque de solidarité de Cuba avec tous les mouvements colombiens depuis que La Havane a développé des liens diplomatiques et commerciaux avec le régime Uribe.Est-ce que l’équilibrisme entre les intérêts d’État cubains dans les liens diplomatiques et économiques avec la Colombie et la revendication de lettres de créance révolutionnaires fait partie des « complexités » de la politique étrangère cubaine ?

5 - Castro appelle à la libération immédiate de tous les prisonniers détenus par les FARC, sans prendre aucunement en considération les 500 guérilleros torturés et déshumanisés dans les horribles “prisons spéciales” de haute sécurité d’Uribe et Bush. Castro se vante que Cuba avait libéré les prisonniers faits pendant la lutte contre Batista et appelle les FARC à suivre l’exemple cubain, plutôt que celui, révolutionnaire, des Vietnamiens et des Chinois.La tentative de Castro d’imposer universellement à la Colombie sa tactique, fondée sur l’expérience cubaine, dénote l’absence du moindre effort pour comprendre, ou au moins analyser, les spécificités de la Colombie, de son armée, le contexte politique de la lutte des classes, le contexte social et politique des négociations humanitaires qui s’y déroulent.

6- Castro déclare que les FARC devraient mettre fin à la guérilla mais ne pas rendre leurs armes, car dans le passé les guérilleros qui avaient été désarmés avaient été massacrés par le régime. Au lieu de cela, il suggère qu’ils devraient accepter l’offre française d’abandonner leur pays ou accepter la proposition de Chávez (le “frère” et “ami » d’Uribe) de négocier et d’assurer la mise en place d’une commission faite de notables latinoaméricains qui superviseraient leur intégration dans la politique colombienne. Que devraient faire des guérilleros “armés” quand des soldats et des escadrons de la mort d’Uribe ravagent par milliers les zones rurales ? Se réfugier dans les montagnes et faire la chasse aux sangliers ? Aller en France signifierait abandonner des millions de paysans affamés et vulnérables qui sont leurs partisans, cela voudrait dire abandonner la lutte de classe.




7 - Fidel Castro omet totalement dans sa discussion la manière dont chacun des leaders politiques impliqués dans la “mission humanitaire” a utilisé la célébration de la “libération” de Betancourt pour couvrir et détourner l’attention de ses propres difficultés politiques sérieuses. Avant tout, la réélection d’Uribe a été jugée illégale par la Cour suprême colombienne car il a été accuse et condamné pour avoir corrompu des membres du Congrès afin qu’ils votent l’amendement à la Constitution lui permettant de se présenter pour un second mandat. La présidence d’Uribe est illégale de facto. La remise en liberté de Betancourt et ses accolades délirantes avec Uribe sabotent le verdict judiciaire et éliminent l’ordonnance de la Cour en faveur d’un nouveau vote du Congrès ou d’une nouvelle élection présidentielle. La popularité de Sarkozy était en chute libre en France, son intervention dans les négociations avec les FARC, qui avait fait l’objet d’une énorme publicité, avait été une faillite totale, sa politique militariste au Moyen-Orient et sa politique antiimmigrés virulente lui avait aliéné d’importants secteurs de l’opinion française (tout comme l’augmentation du coût de la vie et la stagnation économique).La remise en liberté de Betancourt, ses effusions et ses éloges de Sarkozy ont ravivé l’image ternie de celui-ci et lui ont donné un répit provisoire face au mécontentement politique et économique bouillonnant devant sa politique intérieure et étrangère. Chávez a utilisé la remise en liberté de Betancourt pour embrasser son “ennemi” Uribe, et pour prendre encore plus de distances avec les FARC, en particulier et les mouvements populaires colombiens en général, ainsi que pour lancer des ponts vers celui qui succèdera à Bush. Chávez a ainsi retrouvé les bonnes grâces de l’ensemble des medias pro-impérialistes et a eu droit à des commentaires favorables du candidat de droite à la présidentielle US, John McCain, qui a dit « espérer que les FARC suivent la demande de Chávez qu’elles désarment ».Cuba, ou du moins Fidel Castro, a utilisé la 'libération' de Betancourt pour exposer son hostilité aux FARC, qui ne date pas d’hier (elle remonte au moins à 1990), car celles-ci sont un obstacle à sa politique de réconciliation avec le régime colombien.


8 - Adoptant une posture humanitaire et quasi-électorale en célébrant la remise en liberté de Betancourt, Castro a vilipendé les FARC pour leur « cruauté » et leur résistance armée au régime Uribe. Castro a attaqué la “structure autoritaire et la direction dogmatique” des FARC, oubliant que celles-ci avaient accepté d’entrer dans le jeu électoral entre 1984 et 1990 (ce qui coûta la vie à 5000 militants désarmés et candidats politiques) et avaient mené un débat libre et ouvert avec tous les secteurs de la société colombienne sur une alternative politique, dans la zone démilitarisée de 1999 à 2002. En revanche, Castro n’a jamais permis de débat et d’élections libres et ouverts, même entre candidats communistes, dans aucun processus législatif – du moins jusqu’à son remplacement par Raúl Castro.
Les leaders politiques susmentionnés n’ont fait que servir leurs propres intérêts politiques en dénigrant les FARC et en célébrant Betancourt aux dépens du peuple colombien.




Conclusion
Castro a-t-il bien réfléchi aux conséquences désastreuses (de ses propos, NdT) pour des millions de Colombiens réduits à la pauvreté ou bien n’a-t-il en tête que la possibilité d’une amélioration des relations entre Cuba et la Colombie, une fois liquidées les FARC ?Les articles de Castro contre les FARC ont eu pour effet de fournir des munitions aux mass médias impériaux afin de discréditer les FARC et toute résistance armée à la tyrannie et d’améliorer l’image du président des escadrons de la mort Uribe.En dénigrant l’histoire révolutionnaire et la pratique d’un mouvement populaire en cours et de son brillant dirigeant, qui a construit ce mouvement, le premier leader révolutionnaire du monde prive les mouvements à venir d’un riche héritage de résistance et de construction réussies. L’histoire ne l’absoudra pas.


Source : http://www.informationclearinghouse.info/article20251.htm
Sur l’auteur
Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala

Le «one man show» colombien du président Sarkozy: une saison très courte

James PETRAS, 7 Juin 2008

Il nous a paru utile de publier cet article, écrit en mai 2008 et publié en juin 2008, un mois environ avant la libération ultra-médiatisée d’Ingrid Betancourt, à laquelle Nicolas Sarkozy et son gouvernement ont été totalement étrangers, afin de rafraîchir certaines mémoires défaillantes. Lire aussi du même auteur la lettre ouverte à Nicolas Sarkozy sur le même thème (décembre 2007).

Le président français Sarkozy a été propulsé à deux reprises à l’avant scène des mass médias internationaux en annonçant sa détermination à libérer la franco-colombienne, Ingrid Betancourt, captive du mouvement colombien de guérilla, les Forces armées révolutionnaires de Colombie - Armée populaire (FARC-EP). Emboîtant le pas à Hugo Chávez, dont les négociations réussies fin décembre 2007 - début janvier 2008, ont conduit à la libération unilatérale par les FARC de quatre captifs, Sarkozy déclarait qu’il s’impliquerait directement pour libérer Ingrid, même s’il devait risquer un voyage dans la jungle colombienne et gravir ses montagnes.1



Une fois les caméras de télévision éteintes, Sarkozy chargeait son ministre des Affaires étrangères, Bernie [diminutif pour Bernard en anglais - NdlT] Kouchner de négocier avec les FARC par téléphone mobile à longue distance. Les antécédents de Kouchner, ardent soutien de la guerre US contre l'Irak (son premier voyage officiel après sa nomination aux Affaires étrangères a été d'aller en Irak annoncer son soutien aux troupes étasuniennes), inconditionnel soutien depuis toujours de la guerre d'Israël contre les Palestiniens, y compris la guerre génocidaire contre la bande Gaza palestinienne, Administrateur civil et Haut représentant de l'ONU pour le Kosovo lors du nettoyage ethnique de 200.000 Serbes du Kosovo à la fin des années 1990, le discréditaient pourtant d'office comme interlocuteur des FARC. Kouchner établissait le contact par téléphone avec le dirigeant et négociateur des FARC, Raul Reyes, et joignait le président Chávez et le président Correa de l'équateur… La CIA et les services secrets colombiens épiaient les conversations téléphoniques de Kouchner avec Reyes, à l'insu ou non de Bernie2. Reyes (inconscient peut-être du rôle de Kouchner) négociait en toute bonne foi, promettait de relâcher Ingrid Betancourt et d'autres prisonniers contre la promesse de libération réciproque par le gouvernement Colombien de 500 membres et sympathisants des FARC emprisonnés. Entre temps le gouvernement colombien continuait ses opérations militaires brutales dans la campagne où des centaines de villageois suspectés de sympathie pour les FARC étaient massacrés. Le but déclaré du président colombien étant de «libérer» militairement les prisonniers3. L'impossibilité pour Sarkozy de convaincre Uribe de négocier et la réticence de Kouchner à mettre la pression sur ce dernier, ont causé l'échec de la mission humanitaire.


Un mois plus tard, Sarkozy convoquait une fois de plus les médias internationaux et lisait une lettre adressée au dirigeant Manuel Marulanda exigeant qu’il libère immédiatement Ingrid, faisant sinon l’objet de l’opprobre de la communauté internationale et risquant la mise à l’index de l’opinion mondiale pour crime contre l’humanité4. Une fois de plus les médias couvraient sa déclaration, accompagnée de photos retransmises partout dans le monde. Inutile de dire que tel un chef d'orchestre menant seul la représentation «humanitaire» de la libération d'Ingrid Bétancourt, Sarkozy a considéré gênant de mentionner les exigences des FARC, qui demandaient un échange de prisonniers, ainsi que l'instauration d'une zone démilitarisée pour engager les négociations. Le silence du Maestro Sarkozy sur la campagne de bombardements poursuivie par le président colombien Uribe (et du président US George Bush) dans la campagne colombienne et leur refus de négocier, n'a jamais été mentionné ni pendant ni après cette extravagance médiatique. Ignoré par les FARC, ainsi que par Uribe et Bush, Sarkozy s'est tourné vers Chávez, lui demandant d'exiger que les FARC fournissent des nouvelles preuves concernant le sort des otages, notamment des photos récentes des captifs5.


Les FARC notifièrent à Chávez et à Sarkozy qu’ils s’y conformeraient en envoyant deux émissaires. Ceux-ci ont été promptement capturés par les militaires colombiens, torturés et emprisonnés. De toute évidence les lignes de communications entre Kouchner et Chávez étaient activement surveillées. Tout le long du «processus de négociation», le régime colombien soutenu par les USA n’a pas reçu un seul message - ne parlons pas d’exigences – de la part de Sarkozy insistant pour qu’il réagisse positivement aux gestes de bonne volonté des FARC qui avaient libéré certains de leurs prisonniers politiques. La nuit du 1er mars 2008 les USA ont localisé par satellite le lieu où était Reyes, de l'autre côté de la frontière avec l'équateur. Uribe a ordonné aux forces armées colombiennes de bombarder le camp des négociateurs des FARC, attaque qui a tué Reyes, le chef des négociateurs des FARC, 18 autres guérilléros, 4 étudiants d’université mexicains et un civil équatorien6.


Non seulement l’attaque transfrontalière colombienne était une agression flagrante de la souveraineté équatorienne, mais elle a anéanti le processus de négociation en cours. Uribe a délibérément tué le principal négociateur de FARC alors qu’il travaillait pour Sarkozy, Chávez et Correa7. La concession humanitaire unilatérale des FARC s'est avérée extrêmement coûteuse en termes de perte de dirigeants, d'augmentation de leur vulnérabilité quant aux attaques des militaires colombiens. À aucun moment ni Sarkozy ni Kouchner n'ont critiqué Uribe. En fait Kouchner a même applaudi les attaques «anti-terroristes» d’Uribe.


Sarkozy, tel ces acteurs dont les blagues usées ne font plus rire, a une fois de plus convoqué les media internationaux pour informer les FARC qu’ils devaient permettre à la Croix rouge internationale de rencontrer Ingrid. Il a annoncé qu’il enverrait un avion en Colombie avec un personnel médical français et que les FARC devraient préparer un comité d’accueil pour escorter Ingrid Betancourt, souffrante, à la délégation française pour qu’elle y soit soignée. Reléguant les FARC au rang de second violon, le chef d’orchestre Sarkozy assuma qu’ils n’avaient pas le choix, que leur refus révélerait leur «inhumanité», celle de ne pas avoir permis à une captive en «maladie terminale» de recevoir les soins médicaux élémentaires8.


Comme tous les maîtres chanteurs, Sarkozy a fait grimper les enchères après un premier paiement. S’étant assuré des «preuves» de l’existence des captifs, il a de nouveau exigé des concessions unilatérales. Début avril il a monté un nouveau spectacle à Paris en organisant une manifestation «Libérez Ingrid». L’avion transportant le personnel médical français a atterri en Colombie et comme d’habitude Sarkozy a fait un grand «show» en proposant d’aller, si nécessaire, dans la jungle.


Cette fois-ci, cependant il n’y avait pas de Latinoaméricains pour «étayer» son spectacle médiatique. La présidente de l’Argentine, Cristina Kirchner, qui était à Paris en visite officielle, a déclaré aux médias que la libération de Betancourt devrait faire partie d’un échange réciproque de prisonniers. C’était une note discordante dans le spectacle Sarkozy9. Le président Chávez a été encore plus direct. Il a dit à Sarkozy qu'il devrait adresser son message humanitaire au président Bush et à Uribe, étant donné qu'ils constituaient les principaux obstacles à tout échange réciproque de prisonniers10.


L’avion de Sarkozy est resté sur le tarmac de l’aérodrome en Colombie. La Croix-rouge internationale n’a reçu aucun message. Les FARC n’ont fait aucune réponse, sachant que toute communication ou mission humanitaire faciliterait une fois de plus une attaque militaire contre les négociateurs des FARC.


Les exigences et les diktats de Sarkozy aux FARC sont restés sans réponse. Le spectacle n’a pas réussi à capter l’attention des mass médias.


Les FARC, comme il était prévisible, sont restés silencieuses, sachant que toute communication avec Bernie Kouchner serait espionnée par la CIA. Pas d'échanges, pas de consultations, pas de sécurité, pas de réponses. Les présidents latinoaméricains qui avaient assisté aux spectacles médiatiques humanitaires précédents de Sarkozy, n'ont pas envoyé d'officiels pour accompagner le personnel médical et médiatique français qui s'ennuyait dans un aéroport infesté de moustiques.


Plusieurs jours plus tard, les FARC ont envoyé par e-mail un communiqué public (4 avril 2008) à Sarkozy et à destination de l’opinion publique internationale qui clarifiait la situation. Pourquoi le «one man show» de Sarkozy était voué à l'échec? Le communiqué des FARC a souligné quatre points11. Il affirmait que la précédente libération unilatérale de six prisonniers était une décision «souveraine» des FARC, qui n'était due ni à leur faiblesse ni à la pression – sous-entendant que rien ne les obligeait à faire d'autres concessions. Deuxièmement ils ont souligné la priorité de la libération de 500 camarades incarcérés en Colombie et aux USA comme partie d'un accord réciproque. Ils ont déclaré qu’Uribe n'avait satisfait aucune des conditions essentielles pour les négociations, à savoir l'établissement d'une zone démilitarisée où l'échange pourrait se faire. C'était un rappel à Sarkozy dont la prétention tordue et bancale à une nouvelle libération unilatérale de prisonniers par les FARC n'était pas envisageable. Les FARC ont aussi rappelé à l'opinion publique et à Sarkozy que la militarisation de la campagne par Uribe et l'administration Bush présentent une menace mortelle pour toute équipe de négociation des FARC.


La troisième partie du communiqué pointait directement Sarkozy concernant le meurtre de la précédente équipe de négociation par le gouvernement Uribe, y compris le meurtre de Reyes, ce qui rendait impossible tout échange humanitaire. Sarkozy, en ignorant totalement l’assassinat de Reyes et ceux de ses collègues, et ne condamnant pas la politique délibérée d’Uribe d’assassiner les négociateurs, a mis un terme à toute possibilité de procéder à une autre mission humanitaire.


Dans la dernière partie du communiqué, les FARC ont été tout à fait clairs. Dans ces conditions ils ne pouvaient pas coopérer avec la mission médicale. Et concernant Sarkozy et ses exigences arrogantes à prétentions humanitaires «d’envergure internationale», les FARC ont déclaré : «Nous n’agissons pas en réponse au chantage et aux campagnes médiatiques. Si au début de l’année, le président Uribe avait démilitarisé les municipalités de Pradera et de Florida [superficie totale approximativement 80 0km² - NdlR] pendant 45 jours, Ingrid Betancourt, aussi bien que les prisonniers militaires auraient retrouvé leur liberté contre celle des prisonniers guérilléros, et cela aurait été une victoire pour tous».


Le rideau tombe


L’avion et l’entourage médico-médiatique s’est envolé vers Paris. Il n’y a pas eu de médias pour les accueillir sur la sombre piste désertée. Une fois de plus, Sarkozy, chef d’orchestre et seul acteur de son «one man show», a démontré sa virtuosité d'acteur raté et de politicien médiocre.


Épilogue


Deux mois plus tard Bernard Kouchner a applaudi la mort du dirigeant des FARC, Manuel Marulanda, et le meurtre d’autres dirigeants des FARC comme ouvrant la voie pour la libération de Betancourt – se faisant ainsi l’écho du régime Uribe. Cela a effectivement mis un terme au rôle de la France dans le processus et restait dans la logique de la longue affinité de Kouchner avec des régimes gangsters.


Notes


1 BBC, 6 décembre, 2007 et AFP, 28 février, 2008


2 «Le dernier entretien de Reyes» , 28 février, 2008, par Anibal Gurgon et Ingrid Storgen, voir KAOSENLARED.NET


3 «Uribe ordonne à l'armée de 'localiser' ceux qui ont été enlevés par les FARC», La Jornada, 30 mars, 2008


4 La Jornada, 26 mars 26, 2008


5 La Jornada, 30 mars, 2008


6 Miami Herald, 6 mars, 2008. Sur la collaboration des É-U, voir Expresso/Guayaquil «Les


pilotes colombiens ont opéré depuis la base US de Manta»


7 Richard Goff, «L'attaque transfrontalière illégale de Uribe», Counterpunch, 3 mars, 2008


8 La Jornada, 3 avril, 2008. Le 8 avril juste 5 jours plus tard Kouchner admettait que la santé d'Ingrid Betancourt était meilleure que celle qui avait été décrite par Sarkozy.


9 La Jornada, 7 et 8 avril, 2008


10 La Jornada, 4 avril, 2008.


11 Communiqué des FARC, avril. Agencia Bolivariana de Prensa

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Source : http://axisoflogic.com/artman/publish/article_26977.shtml

Traduit par Alexandre MOUMBARIS, Tlaxcala