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vendredi 15 février 2013

Jean-Luc Mélenchon à Alger : lapsus et questions en attente de réponses

Il a animé mardi une conférence à l’Institut français d’Alger
Jean-Luc Mélenchon : “La repentance ? Une belle perte de temps”
 

 par Arab Chih, Liberté, 14/2/2013


Il a qualifié la Révolution algérienne de “guerre civile”. Une de ces formules à l’emporte-pièce, à la Mélenchon, qui n’a pas manqué de susciter quelques grincements de dents.

S’il n’a pas été aussi prolifique en coups de gueule que d’habitude, et s’il semblait avoir mis, lors de son passage mardi à l’Institut français d’Alger (IFA), de l’eau dans son vin en troquant son verbe tranchant et critique contre un langage diplomatique lisse et sans saillies, le leader du Front de gauche, Jean-Luc Mélenchon, n’a néanmoins pas démenti sa réputation de parleur à l’emporte-pièce. “Vous êtes assez subtils pour deviner qu’étant de passage à Alger, je n’ai naturellement pas l’intention de m’exprimer sur la situation en Algérie”, a-t-il souligné tout au début de sa conférence.
S’il s’est gardé de critiquer ouvertement le gouvernement algérien et encore moins les autorités de son pays, M. Mélenchon a distillé, subtilement il est vrai,  quelques piques. Au cours de sa conférence comme pendant le point de presse, le leader du Front de gauche a répété à l’envi qu’il est un patriote français qui aime son pays. Une manière, peut-être, de suggérer qu’il n’y a pas lieu de trop espérer une quelconque critique de sa part à l’égard du gouvernement Hollande.
La repentance de la France pour  les crimes coloniaux commis en Algérie ? Il ne veut pas en entendre parler, allant même jusqu’à qualifier la focalisation sur cette question de “belle perte de temps”.
“Je pense que ça serait une belle perte de temps. La France, c’est aussi moi, et moi je n’ai martyrisé personne, ni mes ancêtres (…) Je pense que c’est une perte de temps totale et un subterfuge pour ne pas parler d’autre chose, des problèmes auxquels nous sommes confrontés”, a-t-il soutenu. “Je ne me laisse pas entraîner dans des machins pareils”, a-t-il ajouté. Mais là où le grand tribun de gauche à titillé son monde, c’est quand il a qualifié la Révolution algérienne de simple “guerre civile”.
Une de ces formules à l’emporte-pièce, à la Mélenchon, qui n’a pas manqué de susciter quelques grincements de dents. Sans plus.

“Optimiste pour la Tunisie”

N’est-il pas gêné par le fait que les relations algéro-françaises se résument presque aux seuls gros contrats pour les entreprises de l’Hexagone ? “C’est qu’il doit y avoir un manque des deux côtés, non ? La vie des nations est faite aussi de contrats”, a-t-il rétorqué, avant de renouer, un petit moment, avec son style cassant : “Si les Algériens ne sont pas contents des contrats, ils n’ont qu’à en signer d’autres avec d’autres pays.” Du pur Mélenchon. M. Mélenchon ne comprend pas les reproches faits par l’opposition algérienne au président français qui, lors de sa visite en Algérie, s’était contenté de discussions avec les officiels. “Qu’est-ce qu’elle veut ? Que nous intervenions ? Ce n’est pas sérieux, je trouve que c’est une critique qui n’a pas de sens. Si les gens ne sont pas contents, ils doivent aller voter. Vous avez des libertés civiques, il faut en profiter”, a-t-il conseillé.
Autres conseils donnés aux Algériens : s’opposer à l’exploitation du gaz de schiste et à l’accord de libre-échange qui rentrera en vigueur en 2020.
Décidé à ne planter à partir d’Alger la moindre hallebarde dans le dos du gouvernement français, M. Mélenchon a refusé de qualifier d’“erreur” la guerre française au Mali, même s’il n’a pas caché son scepticisme devant l’argumentaire déroulé par les autorités de son pays pour soutenir cette décision.
“Je pense que c’est une position discutable, j’ai posé des questions, j’attends les réponses et quand je les aurai, je vous dirai si c’était une erreur ou pas”, a-t-il répondu à une question d’un journaliste.
“Il y a des questions qu’un citoyen responsable doit poser. La première, c’est au nom de quoi agit-on ? Les motifs ont changé à plusieurs reprises, tantôt c’était une résolution de l’ONU, tantôt c’est une demande du gouvernement malien qui n’avait lui-même aucune légitimité”, a-t-il expliqué.
Pour ce qui est de la révolution tunisienne, le leader du Front de gauche a refusé de parler d’“échec” et s’est dit optimiste pour l’avenir du pays du jasmin. “La révolution est un processus, les Tunisiens n’en ont pas fini avec leur Constituante. Ils font preuve d’un sang-froid extraordinaire alors qu’on vient de leur tuer un de leurs leaders”, a-t-il soutenu. “Je suis un optimiste pour la révolution tunisienne, et je juge très sévèrement les donneurs de leçons, ceux qui écrivent que la Tunisie sombre dans le chaos”, a-t-il encore asséné.

***
L'agenda de Mélenchon ce vendredi à Rabat:
  • Rabat - rencontre avec la Voie Démocratique
    vendredi 15 février 2013
    10h30
  • Rabat - Rencontre avec l'Union Socialiste des Forces Populaires
    vendredi 15 février 2013
    12h30
  • Conférence sur l'écosocialisme à Rabat
    vendredi 15 février 2013
    18h30


mardi 11 octobre 2011

Algérie : les désespérés


Isabelle Mandraud| LEMONDE | 10.10.11 

Alger Envoyée spéciale - A l'heure de la récréation, vers 10 heures, ce lundi 3 octobre, Mohamed S., 19 ans, a escaladé le mur du lycée Souiyah El Houari, à Oran. Il s'est placé face à la salle des professeurs, puis s'est aspergé d'essence et a allumé un briquet. Horrifiés, des jeunes témoins de la scène se sont évanouis, rapporte Le Quotidien d'Oran, avant de se révolter et de saccager du mobilier scolaire. Le lendemain, mardi, à Telagh, dans la wilaya (préfecture) de Sidi Bel Abbès, dans le nord-ouest du pays, un autre lycéen de 19 ans, Fillali Messaoud, a tenté de mettre fin à ses jours de la même façon. L'un et l'autre réclamaient de réintégrer leur lycée après un échec au bac, en vain.
A Batna, dans les Aurès, début octobre, un père de famille, Yahia Moussa, a été empêché de s'immoler par le feu après avoir laissé une lettre à des amis dans laquelle il confiait : "Je déteste tout. (...) J'ai vécu seul et je veux mourir seul. Ils ont voulu que je vive pauvre." Le 7 octobre, un homme de 35 ans, marié et père d'un enfant, a mis le feu à son corps après avoir perdu son emploi précaire de standardiste à l'hôpital d'Aïn Temouchent. Il a été transféré aux soins intensifs à Oran. Le même jour, une jeune femme, âgée de 30 ans, mère de deux enfants, divorcée et sans emploi, a succombé à ses blessures au service des grands brûlés du CHU d'Oran après s'être aspergée d'essence. Elle avait appris, la veille, qu'elle allait être expulsée de son logement.
Chaque semaine, ou presque, les tentatives de suicide se poursuivent en Algérie. Depuis la mort, le 17 décembre 2010, de Mohamed Bouazizi, à l'origine du soulèvement en Tunisie, l'Algérie, comme d'autres pays, a connu une explosion de ces actes désespérés. Au plus fort de ces tentatives, en janvier, les islamistes s'en étaient mêlés. Sous le titre "Est-ce que ceux qui se suicident sont des héros ?", la revue islamiste El Islah, éditée par la maison Darelfadiha, avait ainsi tranché : "Le suicide est interdit, c'est l'enfer pour l'éternité." L'article sur deux pages conseillait de "patienter face à l'oppression des dirigeants et des gouvernants. Les personnes prêtes à patienter et à endurer les épreuves, Dieu les récompensera un jour ou l'autre". Mais ici, ce phénomène perdure dans l'indifférence. Aucune statistique n'a été rendue publique sur ces tentatives d'immolation par le feu, inédites jusque-là en Algérie. Et les journaux n'y consacrent plus que des brèves.
"En Tunisie, il y a eu toute la société derrière Bouazizi, ici, ça reste des actes isolés", constate Hassiba Cherabta, psychologue, présidente de l'Association pour l'aide psychologique, la recherche et la formation (SARP) installée à Alger. Nulle trace de revendications politiques derrière ces gestes de désespoir. Malgré des manifestations de violence éparses, et des émeutes quasi quotidiennes dans les quartiers, l'Algérie se tient prudemment à l'écart des mouvements du "printemps arabe". Trop de violence, trop de morts. La guerre civile des années 1990-2000 a laissé un profond traumatisme dans la société. "Elle n'est pas suffisamment structurée pour un mouvement collectif de protestation, par exemple contre la hausse injustifiée des prix", relève Larbi Icheboudene, sociologue à l'université Alger-1 et directeur de recherche au Centre de recherche en économie appliquée au développement (CREAD), qui établit un parallèle avec les harragas - terme qui désigne littéralement ceux qui "brûlent", qui transgressent, et qui tentent chaque jour de rejoindre clandestinement l'Europe par la mer, au péril de leur vie.
"Ce sont, aussi, des situations de non-espoir, observe le sociologue. Et, comme le disait Durkheim, il n'y a pas plus grave que le sentiment d'inutilité.""Les pays arabes sont devenus depuis plusieurs décennies des immenses incubateurs de désespoir. L'accroissement vertigineux des conduites sacrificielles dans leurs populations n'est pas pensable si l'on n'a pas en vue cette donnée cruciale, souvent déniée", rappelle Fethi Benslam, psychanalyste et professeur d'université à Paris, dans son livre Soudain, la révolution (Denoël, 128 p., 10 €).
En Algérie, le phénomène des immolations par le feu est avant tout utilisé comme un geste pour témoigner, une arme ultime de revendications individuelles, mais il ne touche pas seulement des jeunes ou des chômeurs. Des femmes, des jeunes filles ou des pères de famille passent à l'acte, après avoir épuisé tous les recours, pour un logement, ou un emploi, parfois même pour protester contre une mesure jugée injuste, une mutation, ou une brimade administrative
"C'est le résultat d'une absence de la société civile, de syndicats, explique Nourredine Hakiki, sociologue à l'université Alger-2 et directeur du laboratoire de changement social. Le citoyen algérien ne trouve pas d'intermédiaires, il est livré à lui-même." Parfois, ajoute-t-il, "c'est une forme de chantage. Il veut, parce qu'il se sent lésé". Depuis le mois de janvier, les milliards de dinars prélevés sur la rente pétrolière par le gouvernement algérien et distribués pour des augmentations de salaire, accélérer la construction de logements, ou bâtir des plans emploi massifs pour les jeunes, ont décuplé les impatiences.
Lakhdar Malki, 43 ans, a tenté de s'immoler par le feu en janvier sur son lieu de travail avec l'une de ses filles, puis a récidivé en septembre en voulant ingurgiter de l'acide devant la daïra (sous-préfecture) de Zéralda. Père de quatre filles âgées de 1 mois, 2 ans, 10 ans et 14 ans, dont une handicapée, il vit à Staouali, à une quinzaine de kilomètres d'Alger, avec sa femme, dans une modeste masure : une pièce, attenante à un petit réduit qui sert de débarras et de cuisine. "J'habite là depuis vingt ans, on dort serrés les uns contre les autres, on mange par terre, nous avons l'eau courante depuis trois ans et voyez, l'électricité, c'est toujours un branchement sauvage", lâche-t-il, en faisant visiter les lieux, situés, comme il le souligne, "à 800 mètres d'une résidence d'Etat du président".
De loin, on aperçoit la cime de beaux arbres. "Ma vie est derrière moi, cette pièce deviendra ma tombe", poursuit cet homme employé depuis dix-huit ans comme veilleur de nuit dans une banque à quelques kilomètres de là, à Ouled Fayet. Son salaire a été rehaussé après sa première tentative de suicide, pour atteindre 38 000 dinars (environ 271 euros au marché noir), soit deux fois le salaire minimum en Algérie. Malgré cela, Lakhdar Malki ne s'en sort pas. "Dans le coin, le loyer le moins cher est de 28 000 dinars et pour acheter des couches pour mes filles, je dépense 5 000 dinars par mois."
Le regard noir, il dit avoir sonné à toutes les portes, écrit à toutes les autorités, jusqu'au premier ministre, Ahmed Ouyahia, et s'être heurté partout à la même réponse : "Il faut patienter." A bout de nerfs, en janvier, il a emmené avec lui à la banque sa fille de 10 ans, Maria, handicapée en chaise roulante, pour s'immoler, avec elle, avant d'en être empêché. "J'ai ressenti la même chose que les Tunisiens, on est du même côté, oppressés...", raconte-t-il. Mais la proximité s'arrête là. Car Lakhdar Malki le dit tout net : "Si ce n'est pas sous le mandat de Bouteflika (Abdelaziz, le président algérien en exercice) que j'obtiens un logement, on ne m'en donnera jamais. C'est lui qui a fait le plus sur le plan social et qui a donné un peu d'espoir au peuple. On le voit à la télé, il y a des projets, les choses s'arrangent..."
Nulle volonté, ici, de vouloir bousculer le régime, mais plutôt une farouche détermination à obtenir ce qu'il ne supporte plus d'attendre, un logement, et la prise en charge de sa fille handicapée. "Ma fille aînée est obligée de se coucher tôt à cause des bébés, ses résultats scolaires en pâtissent, et pour Maria, on m'a donné un déambulateur, mais ça ne sert à rien !", s'énerve-t-il en dépliant l'appareil coincé dans le réduit. "Maintenant, je suis prêt à tout !"
Malgré les programmes colossaux de construction qui transforment les banlieues de villes algériennes en gigantesques chantiers, le logement reste la première cause de révolte. A Diar Echems, un bidonville au coeur d'Alger, une jeune fille a tenté de s'immoler par le feu en septembre. "Ces cités sont devenues des endroits intenables, des lieux de dissidence où les relations avec l'Etat sont des relations d'émeutes et de non-négociation", commente Larbi Icheboudene. La cité, construite pendant la colonisation, devait accueillir des fonctionnaires et des militaires célibataires. Les appartements, des F1, sont aujourd'hui occupés par des familles entières. Mais ce sont les opérations de relogement, dans des appartements plus vastes mais en périphérie d'Alger, qui provoquent le plus de réactions. "Leurs parents, déracinés, venaient de la campagne parce qu'ils fuyaient la guerre d'indépendance, et cinquante ans plus tard, on vient dire à leurs enfants qu'il faut partir en dehors de la ville", décrypte Larbi Icheboudene.
Aux difficultés sociales s'ajoute la montée de l'individualisme. "L'immolation survient surtout quand la personne est lâchée par sa famille et qu'elle est confrontée à elle-même, explique le sociologue Nourredine Hakiki. Avant, si on avait besoin d'emprunter de l'argent, on demandait au frère et il donnait. Maintenant, ce n'est plus le cas."
Sans projection sur l'avenir, isolés, des Algériens ont importé la "méthode" tunisienne, sans autres conséquences que l'existence de drames à huis clos. "Il y a beaucoup de formes de protestation, celle-ci en est une nouvelle parce qu'elle a donné des résultats ailleurs, mais ce n'est pas réfléchi, analyse la psychologue Hassiba Cherabta. C'est le désespoir qui les a poussés à copier."
A Souk El Tenine, à environ 50 kilomètres de Béjaïa, en Kabylie, un jeune de 26 ans au chômage a tenté de s'immoler par le feu début octobre avant d'être maîtrisé. Marié, il avait ouvert un petit commerce de fortune pour survivre et lorsque des policiers sont venus lui demander de démonter son installation ; hors de lui, il a commencé à barrer la route. Puis il s'est aspergé d'essence. Comme Mohamed Bouazizi, vendeur ambulant tunisien, mais élevé, depuis, au statut de chahid (martyr) de la révolution.

jeudi 18 août 2011

Algérie : Révélation explosive sur l’assassinat des moines de Tibhirine - L’enquête qui implique le DRS

par Y.B, KalimaDZ, 18 août 2011
L’enquête du journaliste et réalisateur, Jean Baptiste Rivoire, va relancer l’affaire de l’assassinat des sept moines de Tibhirine. A force de patience et de persévérance, le journaliste a réussi à obtenir des témoignages qui impliquent directement les services de renseignements algériens ( DRS).
Cette enquête sera déclinée sur deux supports. “Le crime de Tibhirine”, un documentaire qui sera diffusé dans l’émission « spécial investigation » sur canal fin septembre et un livre « Le crime de Tibhirine, révélations sur les responsables » qui paraitra le 22 septembre 2011, aux éditions la Découverte.

Des agents du DRS reconnaissent leur participation
Le journaliste réalisateur a réussit à contacter trois anciens agents du DRS qui confirment la version de Abdelkader Tigha. L’un d’entre eux à communiqué les noms d’agents du DRS qui ont participé à l’opération. Un deuxième, qui était affecté au Centre Territorial de Recherche et d’investigation ( CTRI) a raconté dans les détails, la préparation, les repérages et même le ratissage effectué par l’armé pour éviter une « malencontreuse rencontre » avec les hommes de Benhadjar. Le troisième, enfin, qui s’est présenté comme le commandant « Reda », a reconnu, après plusieurs conversations téléphoniques avoir participé aux assassinats en menaçant de mort ces interlocuteurs au téléphone.

Le silence des autorités algériennes
Avant de boucler son enquête, Jean Baptiste Rivoire, a tenté à plusieurs reprises d’obtenir le point de vue des autorités algériennes en passant, soit par l’ambassade d’Algérie à Paris, soit par l’intermédiaire de nombreux responsables politiques français, dont presque aucun n’a accepté de parler. Il a envoyé, par fax, la liste des noms des personnes identifiées qui interviennent dans son enquête et a demandé aux autorités algérienne d’apporter leurs versions des faits, ou leur réactions. Il n’a obtenu aucune réponse. Dans tous les cas, les révélations contenues dans le documentaire et le livre, pourront relancer l’enquête judiciaire et mettre les autorités algériennes dans l’obligation d’apporter des réponses.
Auteur de nombreux documentaires, Jean-Baptiste Rivoire est rédacteur en chef adjoint à “Spécial investigation” de Canal +. Enquêteurs chevronné, spécialiste de l’Algérie, il a réalisé de nombreux documentaires sur ce pays ainsi que sur les relations algéro-française, comme « Benthala, autopsie d’un massacre » en 1999, « Algérie : la grande manipulation » en 2000, et « Attentats de Paris, enquête sur les commanditaires » en 2002. En 2004, Jean-Baptiste Rivoire, en collaboration avec Lounis Aggoun, publie le livre « Françalgérie, crimes et mensonges d’états », qui traite de la situation désastreuse de l’Algérie et des intérêts menacés de la France.

Bendir Man expulsé d'Algérie pour "exportation de révolution"

15 août 2011
    Programmé pour deux concerts d’affilée, jeudi et vendredi derniers, à Alger et à Bejaia, Bendir Man accompagné de Baaziz a été invité à quitter la scène au beau milieu du deuxième concert, prétextant un problème de sono.
    Nous avons contacté Bendir Man pour avoir plus de détails. Voici son récit.
    Tout a commencé la veille, lors du premier concert à Alger, quand Bendir Man a chanté “99% chabaa dimokratia” (99% plein de démocratie), une parodie sur les élections pipées. Quand les spectateurs en liesse ont reclamé des noms, Bendir Man a tout simplement répondu « les dirigeants arabes, comme celui que nous avions en Tunisie, et que vous avez présentement ». Ce qui n’a pas manqué d’enflammer la foule de spectateurs, au point qu’à la fin du concert, certains ont crié “Baaziz président, pouvoir assassin !”.
    Des propos qui n’ont pas tardé à réveiller certains dirigeants algériens en garde contre toute tentative de contamination par la révolution tunisienne. Vendredi, l’organisateur a été, alors, sommé d’arrêter le deuxième concert à Bejaia, chose qu’il a refusée et le « show must go on », mais au milieu du concert, la sono, sabotée, a tout simplement explosé.
    Le concert a été arrêté. Les spectateurs sont restés sur leur faim. Une fois à l’aéroport, dimanche, le vol de Bendir Man a été retardé d’une heure et quart, tout cela pour les beaux yeux du chanteur tunisien. Lequel a été questionné durant tout ce temps. Son bagage a été fouillé, et pour finir on lui a montré une feuille officielle mentionnant qu’il était désormais interdit de séjour en Algérie.
    Les policiers l’ont “accusé” d’exporter la révolution. Propos auquel, l’artiste a répondu que ce n’était pas des “conserves de tomates”.
    «L’Algérie est un très beau pays, l’accueil et les gens sont très hospitaliers, mais sans être donneur de leçons, c’est dommage qu’avec autant de ressources et de richesses, ce pays se retrouve avec un taux de chômage élevé et un système aussi corrompu que le nôtre», a ajouté Bendir Man.
    Rappelons que le 9 juillet, Bendir Man a donné un concert à l’Acropolium de Carthage, en duo avec le chanteur algérien Baaziz. Les deux chanteurs engagés n’ont pas manqué à leur réputation.
    Source : http://www.webdo.tn

    La chanson qui a valu à Bendir Man son expulsion d’Algérie



    mercredi 22 juin 2011

    Un jeune marchand algérien s'immole par le feu الجزائر: وفاة بائع فواكه وخضار أحرق نفسه ياشير


    par RFI, 21/6/2011 
    Une jeune vendeur de fruits et légumes s'est immolé par le feu, ce dimanche 19 juin, à Béchar, une ville algérienne située près de la frontière marocaine. Il a succombé à ses blessures lors de son transfert à l'hôpital d'Oran. Les habitants de la ville ont organisé un grand rassemblement devant le siège de la wilaya, selon la Ligue algérienne de défense des droits de l'homme.   Abdelmoumène Khellil, secrétaire général de la Ligue algérienne de défense des droits de l'homme:

    21/06/2011 par Constance de Bonnaventure
    Le jeune homme, âgé de 32 ans, Yachir Boumèdiene avait l'habitude de s'installer à proximité du marché de Bouhlel situé au centre‑ville. Dans la matinée, la police, présente sur les lieux dans le cadre d'une opération de délocalisation des marchands informels, lui ordonne de déplacer sa marchandise pour ne pas occuper la voie publique. Il s'en va, abandonnant sa table et revient quelques minutes plus tard pour s'asperger d'un bidon d'essence. Et il s'immole devant la foule.
    Yachir Boumèdiene, brûlé au troisième degré, a succombé à ses blessures lors de son transfert à l'hôpital d'Oran. Choqués par cette nouvelle, les habitants de la ville ont organisé un grand rassemblement devant le siège de la wilaya, selon la Ligue algérienne de défense des droits de l'homme (Laddh).
    NDLR Basta! - RFI oublie de dire que les jeunes de Béchar ont attaqué le commissariat de police pour protester contre ce nouvel épisode de la hogra

    الجزائر: وفاة بائع فواكه وخضار أحرق نفسه ياشير


    توفي شاب يبيع الفواكه والخضار متأثرا بجروحه بعد أن ألهب النار في جسده يوم الأحد 19 جوان، ببشار جنوب غرب الجزائر العاصمة.
     
    ويدعى هذا الشاب ياشير بومدين، ويبلغ من العمر 32 سنة، وقد اعتاد هذا البائع عرض سلعته في سوق بوهلال الواقع في مركز المدينة.
     
    وفي الصباح حضرت الشرطة إلى المكان في إطار عملية منع التجار غير الشرعيين، حيث طلبوا من الشاب بومدين نقل بضائعه وإخلاء المكان العمومي، لكن الشاب غادر المكان تاركا وراءه طاولته، ليعود بعد دقائق وهو يحمل قارورة بنزين، وأضرم النار في جسده أمام الجميع.
     
    وقد أصيب الشاب بحروق من الدرجة الثالثة، نقل على إثرها على جناح السرعة إلى مستشفى وهران، وقبله تلقى الإسعافات الأولية في مستشفى مشرية، ليلفظ أنفاسه الأخيرة، وهو ما أحدث صدمة لدى السكان الذين نظموا تجمعا أمام مقر الولاية، وفقا لما نقلته للرابطة الجزائرية للدفاع عن حقوق الإنسان في اتصال مع احد السكان، الشباب قاموا بمهاجمة مقر الشرطة، "وحسب المعلومات الأولية التي تحصلنا عليها، فان الشاب تعرض للإهانة من طرف الشرطة، لهذا السبب قام بالتضحية بنفسه، ثم عانق الشرطي الذي أصيب هو الآخر بحروق من الدرجة الثانية"، يقول الناشط في مجال الحقوق.
     
    وفي يوم 17 ديسمبر الماضي، قام الشاب التونسي محمد البوعزيزي الذي كان هو الآخر بائع للفواكه والخضار بإضرام النار في جسده، أمام محافظة الشرطة بسيدي بوزيد، وهي المنطقة التي دمرتها البطالة، وتأتي هذه الحادثة اليائسة في سلسلة من الحالات المشابهة والتي سجل بعضها في الجنوب، وهي المنطقة التي تحوي على ثورات كبيرة لكن يعيش أهلها في الفقر والحرمان. 

    samedi 12 février 2011

    Après Moubarak

    Le 11 février 2011, le peuple égyptien a écrit une nouvelle page de son histoire millénaire en obtenant enfin le départ de l'invraisemblable dinosaure autiste qui lui tenait lieu de Raïs. La Révolution égyptienne n'est pas finie pour autant. Il lui reste maintenant à continuer le travail de nettoyage en se débarrassant du système mis en place par la mafia militaro-burocratique. Il lui faudra mobiliser toutes ses ressources d'intelligence, de courage et de clairvoyance. La Longue Marche continue, et elle est semée d'embûches .
    En attendant, les regards sont tournés aujourd'hui vers Alger, où les apprentis-sorciers du RCD ont mis en route un processus qui risque fort de leur échapper et de les dépasser. Nous ne sommes pas au bout de nos surprises.

    samedi 22 janvier 2011

    Le dessin du jour كاريكاتير اليوم

    HiC, El Watan, Algérie

    Algérie : Trop de morts ou pas assez ?

    par Adlène Meddi, éditorial, El Watan, Algérie, 21/1/2010

    En un an et demi, plus d’une trentaine de suicides ou de tentatives pour des raisons sociales ont été rapportées par la presse. L’émeute s’individualise, le corps social affiche ses injustices dans les corps tout court. Cela peut se graduer à partir d’une brûlure de cigarette sur le bras ou la main, la fameuse kiyya – chez les plus jeunes mais aussi les prisonniers – jusqu’à l’extrême : le suicide, sous toutes ses formes. Mais avant, il y a des formules transitoires de dénonciation en passant par son propre corps. Il y a par exemple cette incroyable réaction relayée par les journaux l’année dernière : dans deux cas à l’est du pays, et en pleine audience de tribunal, un homme s’est intégralement déshabillé, dernier recours pour prouver son désarroi face à la hogra ! Ou encore ces cas de prisonniers algériens en Ukraine ou en Libye qui se sont cousus les lèvres pour protester contre leur abandon par leur consulat en 2009 ! Il y a aussi les automutilations sur les lieux publics, comme ce fut le cas d’un chômeur à l’APC de Sidi M’hamed à Alger l’année dernière.

    Des hommes, mais aussi des femmes – exclues des listes du logement social ou d’embauche – passent à l’acte, beaucoup plus en avalant des médicaments ou en sautant du balcon. L’autre donne est le «suicide en groupe» : on l’a vu la semaine écoulée avec ces harraga à Annaba qui ont tenté d’incendier leur embarcation à la vue des gardes-côtes ou, plus fréquemment, des tentatives d’immolation par le feu du père avec ses enfants (Chlef en octobre 2009, Alger en juillet 2010...). Les psychiatres consultés par El Watan Week-end évoquent l’effritement du lien social, mais surtout la remontée des traumatismes non-dits des années 1990. La douleur nationale éclate en autant de scarifications sur les individus qui n’ont pu verbaliser l’horreur, la hogra. Les années 1990 ne sont pas encore digérées. Alors nous y voilà : noyés harraga, victimes des manifestations en Kabylie, suicidés, immolés, sacrifiés… trop de morts ou pas assez ?

    vendredi 21 janvier 2011

    L’Algérie va importer 30 millions d’extincteurs

    par Chawki Amari, Chronique Point Zéro, El Watan, 19/1/2011

    Comme une traînée de feu, les immolations se poursuivent à un rythme stupéfiant, comme si les Algériens découvraient l’efficacité de cette spectaculaire forme de contestation et l’utilisaient naturellement, comme on utilise une barque pour partir. A tel point que les autorités ont ouvert des enquêtes et que même le président de la République aurait demandé un rapport détaillé sur ce phénomène. Hier, c’est une femme, la première, qui a tenté de s’immoler par le feu pour un logement, à Sidi Bel Abbès. Comment peut-on en arriver là ? En Tunisie, il y a eu un cas, en Mauritanie, un cas, deux cas en Égypte, et en Algérie, on en est déjà à 8 cas, individuels, 28 si l’on ajoute la tentative collective de ces harraga interceptés par les gardes-côtes à Annaba, qui ont préféré s’asperger de mazout et s’allumer plutôt que d’être attrapés.

    Phénomène de mode médiatique ou parce que l’essence n’est pas chère, comme l’a cruellement souligné un farouche opposant aux sacrifices sans lendemain, il faut s’interroger sur cette extraordinaire vitesse de propagation de la méthode, comme si tout le monde s’était donné le mot. Si dans la majeure partie des cas, les tentatives ne se sont pas soldées par la mort, il faudra bien se pencher sur cet étrange peuple, ces Algériens et Algériennes, avec leur rapport avec la mort si particulier et ce sens du panache si déroutant, qui ont font toujours plus que les autres ; pour le nombre de morts dans une guerre d’indépendance, ils sont premiers. Pour le nombre de morts dus au terrorisme, ils sont premiers. Pour le nombre d’émeutes, ils sont premiers et pour le nombre d’immolations par le feu, ils sont d’ores et déjà premiers, avec une bonne longueur d’avance sur tous les autres. On imagine déjà la réponse du gouvernement. Après l’obligation d’avoir un extincteur dans sa voiture, il va obliger tous les piétons à en porter un sur le dos.
    http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2008/07/12/caricature.jpg

    lundi 17 janvier 2011

    Je rêve d'être tunisien

    par Kamel Daoud, Le Quotidien d'Oran, 15/1/2011
    Ah, être tunisien aujourd'hui ! Car c'est le seul moyen de se sentir algérien en fin de compte. Et si le chroniqueur a toujours évité de parler à la première personne, aujourd'hui, je le fais : j'en rêve. Allumer la télé et voir le président du moment balbutiant des excuses, cherchant le compromis comme une souris dans une mâchoire de dinosaure, proposer la liberté de la presse, d'Internet, de se rassembler, de parler, de disposer de son propre pays. Larguant épouse et proches corrompus, jetant par la fenêtre son ministre de l'Intérieur favori. Écouter un président répéter «je vous ai compris (Ô la rime gaulliste !), je m'étais trompé, on m'a induit en erreur». Voir le Zinochet de chaque pays «arabe» expliquer qu'il ne va pas se présenter aux prochaines, ni lui, ni son frère, ni sa femme, ni son beau-frère, ni son Premier ministre, tout en préparant un avion privé vers les émirats pour s'y cacher en cas où. J'en rêve oui : voir le pays entier prendre ses chaussures, sortir au matin et se diriger vers la capitale pour lui exiger de choisir un époux et un seul : le Zinochet du moment ou le peuple de toujours.
    Car ce qui se passe en Tunisie fait rêver partout dans le monde «arabe». On peut jurer que hier, les quarante voleurs dictateurs du monde arabe (si on compte les rois, présidents, leurs épouses, fils ou frères) ont mal dormi, ont passé la nuit à surveiller la rue par la fenêtre du palais, à téléphoner et à sursauter au moindre bruit d'assiette dans les cuisines : un peuple s'est éveillé, un Zinochet s'est excusé, l'effet dominos est possible.
    Car au fait, les Tunisiens sont partout, bien qu'on essaye de les réduire à des intestins, de la semoule et du sucre. Comme les Algériens, les Marocains, les Libyens ou les Jordaniens ou les Égyptiens. Tous subissent le même sort, le même dictateur, les mêmes fils ou parents de dictateurs et les mêmes discours et les mêmes polices. Les Tunisiens, ce peuple que nous enfermons dans le souvenir des films de l'inspecteur Tahar et dans le préjugé d'un voisin qui vole nos dattes, vient de prouver, après des décennies de soumission, que la dictature ne gagne pas. Même si elle dure deux siècles : il faut une armée pour qu'un Zinochet se maintienne au Pouvoir, une simple gifle peut réveiller un peuple. C'est vous dire qu'il n'y a qu'un seul moyen de changer de pays : il faut se réapproprier le sien propre. Entièrement et par le muscle et la mobilisation. La mort et l'abnégation.
    Je rêve donc d'être tunisien, chez moi, dans ma rue, avec mon pays derrière le dos et les quarante voleurs en face de moi et de les encercler et de les obliger de baisser les prix, puis les yeux, puis la tête, puis les bras puis et de les entendre me dire qu'il vont partir, redonner le pays à ses martyrs et me laisser moi et mes enfants vivre ici, même si je dois manger mes chaussures en guise de repas et mes ancêtres pour recharger mon courage. J'en rêve. C'est la meilleure formule offerte par la Tunisie depuis des décennies : révolte quatre étoiles, marches et matraques comprises, pour sept jours et une nuit. A la fin, on vous offre un Zinochet en coton. J'en rêve : être tunisien en Algérie !