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mercredi 13 janvier 2016

Sultanahmet, Istanbul, 12 janvier 2016 : la réponse du berger à la bergère

La bergère, c'est Angela Merkel, le berger, c'est le Calife autoproclamé. La bombe de Sultanahmet, qui a tué une dizaine de touristes allemands hier à Istanbul, était prévisible, attendue, "logique". Il a fallu moins d'une semaine pour que les partisans de Daech donnent leur première réponse à l'engagement militaire allemand aux côtés des USA, de la France, du Royaume-Uni contre l’État islamique. Cet engagement est certes modeste, mais stratégique. Il consiste principalement en 2 Jets Tornado basés en Turquie, qui photographient les cibles à bombarder et en un Airbus de ravitaillement en vol. Mme Merkel, vous avez du sang sur les mains, du sang arabe et du sang allemand !-FG
À  lire

dimanche 6 décembre 2015

L’Allemagne refuse de dédommager les Grecs victimes de la Wehrmacht mais verse des pensions aux fascistes espagnols de cette même Wehrmacht !!!

Yorgos Mitralias Γιώργος Μητραλιάς, 4/12/2015
Original :  Η Γερμανία που αρνείται να αποζημιώσει Έλληνες θύματα της Βέρμαχτ, αποζημιώνει Ισπανούς θύτες της ίδιας Βέρμαχτ!!! 
Español ¡ Alemania rechaza indemnizar a los griegos víctimas de la Wehrmacht pero paga pensiones a los fascistas españoles de la misma Wehrmacht!  



La nouvelle est tombée en Espagne comme une bombe dans la deuxième semaine d’octobre : L’Allemagne paye -encore aujourd’hui ( !)- des pensions aux fascistes espagnols qui ont combattu aux côtés de la Wehrmacht à Stalingrad! A la suite de cette révélation,  l’un après l’autre presque tous les journaux espagnols ont déterré des semaines durant le passé douloureux et consacré nombre d’articles  à l’infâme División Azul (Division Bleue)  et ses 37.000 volontaires qui, avec la bénédiction du dictateur Franco, se sont trouvés il y a 73-74 ans en Union soviétique pour prêter main forte à l’Allemagne nazie et à sa tentative d’écraser le…bolchevisme !

Le protagoniste mais aussi le responsable de ce retour inattendu à un passé qu’on croyait 2015-12-04 01 Andrej-Hunkodéfinitivement exorcisé, est Andrej Hunko, le député de  Die Linke, qui a révélé le scandale par son initiative de demander des explications à la Chancelière Merkel.   Connaissant les combats de l’ami Andrej pour la défense des droits du peuple grec, nous osons dire que la motivation première de ses questions parlementaires au gouvernement allemand était de faire découvrir au grand public non pas un, mais deux scandales : celui bien visible du paiement par l’État allemand des pensions aux fascistes espagnols et l'autre, moins visible : celui du refus permanent de l’État allemand de dédommager les citoyens grecs victimes des atrocités nazies !
Malheureusement, la nouvelle que le gouvernement allemand paie les fascistes espagnols qui se sont battus aux cotés de l’armée nazie (1) en même temps qu’il refuse obstinément de payer des dédommagements  aux victimes grecques de la même armée nazie, ne semble pas avoir provoqué l’émoi ni des autorités  ni des éedias grecs.  Aucune réaction, et pire, absolument rien pour informer l’opinion publique grecque. Seulement un silence total et assourdissant….
Pourtant, ce scandale des scandales ne peut pas rester sans suite. Alors, puisqu’il concentre et combine en lui tous les problèmes de notre temps, le passé cauchemardesque avec un présent et un avenir non moins menaçants, c’est à tous ceux, citoyens grecs, allemands et espagnols qui se sentent directement intéressés, de lui donner la suite qu’il mérite. Et le premier pas vers cette direction est l’interview qui suit. En donnant la parole à Andrej Hunko nous espérons que, cette fois, le mur du silence sera brisé et que les réactions seront à la hauteur de circonstances si critiques…-YM


Interview de Andrej Hunko, député de Die Linke,
qui a révélé ce scandale

Yorgos Mitralias: Quelles ont été les questions parlementaires que tu as adressé au gouvernement allemand concernant les pensions qu’il continue de payer aux vétérans espagnols de la División Azul et quelle a été la réponse officielle de ce gouvernement?
2015-12-04 02 Division AzulAndrej Hunko : Nos questions au gouvernement allemand sur les paiements à des anciens membres de la División Azul concernaient la somme versée et le nombre des gens qui en ont bénéficié.  Nous voulions savoir la somme d’argent que l’Allemagne paye à ces collaborateurs des nazis et quelle a été l’évolution de cette somme depuis que l’accord bilatéral relatif à cette affaire a été signé en 1962 et ratifié en 1965.
Les réponses ont mis en lumière le fait que l’Allemagne continue jusqu’à aujourd’hui à payer plus de 100.000 euros par an  a 41 anciens membres de la División Azul ainsi qu’à neuf survivants de leurs familles.  Il est très probable que cette somme a été plus bien plus importante dans le passé, puisque la División Azul a existé il y a plus de 70 ans et beaucoup de ces combattants sont morts depuis. Pourtant, le gouvernement ne nous a pas donné les sommes précises pour toute cette période. Il va falloir faire des recherches dans les archives publiques pour pouvoir connaître les sommes exactes.
Le gouvernement allemand nous a dit aussi qu’il ne compte pas mettre fin à ces paiements.

jeudi 1 octobre 2015

L'impitoyable humanisme de l'Europe

par Kartésios Καρτέσιος, 25/9/2015. Traduit par  Christine Cooreman, édité par  Fausto Giudice, Tlaxcala 
Original: Ο ανθρωπισμός των σκατόψυχων 

Nous voilà donc débarrassés des prétextes. L’Europe, c'est-à-dire, Merkel, a décidé de créer ce qu’elle appelle des « points chauds » (hot spots), c'est-à-dire, des centres d’identification de migrants et de refugiés, qui seront établis en Grèce et en Italie. Selon le plan, on y identifiera tous ceux qui entrent en UE, l’on y séparera les refugiés des migrants économiques ; les refugiés seront intégrés à la procédure d’asile et, ensuite, seront répartis dans les autres États membres. Les migrants économiques, quant à eux, seront refoulés.
Ce qui veut dire que le chargé du tri posera la question : « Toi, de quoi es-tu menacé ? ». Si le désespéré répond : « D’une bombe », il passera le test. S’il répond : « De faim », il obtiendra la réponse : « Allez, ouste ! Crève, connard !». Et, ça, c’est une politique humanitaire. C’est de la civilisation. Et c’est accepté par tous les gouvernements de l’UE. Qu’ils soient de droite, de gauche ou socialistes. Ils considèrent logique de choisir qui l’on va sauver et qui l’on va envoyer mourir, avec comme seul critère celui de l’argent que le candidat est susceptible d’avoir dans un bas de laine.
Car, en fait, c’est ce qui se passe. Les refugiés syriens sont plus … faciles à digérer par la culture européenne : dans leur majorité, ils disposent d’un bon niveau d’instruction, ils ont laissé des avoirs derrière eux et emporté autant d’argent ou de bijoux qu'ils ont pu mettre dans leur sac à dos. Eux, ils sont bienvenus en Europe, c'est-à-dire, en Allemagne. Ils pourront, dans un premier temps, constituer le nouveau prolétariat des scientifiques. En même temps, il est certain que, une fois le carnage terminé en Syrie, bon nombre de refugiés liquideront les avoirs dont ils disposaient dans leur pays et transfèreront l’argent vers leur nouveau et accueillant foyer européen.

mercredi 16 septembre 2015

Le monde brûle, et le chat se peigne*
La nouvelle religion de Varoufakis : la "raison pure"

par Fausto Giudice, 16/9/2015
Yanis "Allstar" Varoufakis vient de publier un article dans la Frankfurter Allgemeine Zeitung, l'organe central du PPA (Parti patronal allemand) un article qui nous laisse pantois et auquel il nous semble nécessaire de répondre.

Comme Kador, le chien des Bidochon, Varouf est donc un lecteur de Kant. Cela, nous le savions depuis février dernier, lorsque, à peine nommé ministre des Finances, il avait cité une première fois le philosophe de Königsberg, mais avec une bonne dose d'ironie. Cette fois-ci, toute ironie a disparu. Dans son article, à lire comme un sermon du dimanche matin – il est paru dans l'édition dominicale de la FAZ-, Varouf se livre à un invraisemblable cirage de pompes berlinoises. Nos lecteurs étant en général des gens pressés et débordés, nous vous proposons un résumé du message kantien de Varouf, suivi d'un bref commentaire. Les lecteurs qui en ont l'envie et le temps peuvent lire l'ensemble de son article, paru en anglais, allemand, italien et portugais.

mercredi 10 juin 2015

Message du Président grec sur les indemnisations allemandes lors de la commémoration du massacre de Distomo

par Προκόπης Παυλόπουλος Prokópis Pavlópoulos, 10/6/2015.
Traduit par  Christine Cooreman, Tlaxcala
Original: Μήνυμα του Πρ. Παυλόπουλου από το Δίστομο για τις γερμανικές αποζημιώσεις
Deutsch: Erklärung des Präsidenten Griechenlands über deutsche Entschädigungen anlässlich der Gedenkfeier an das Massaker in Distomo

"Nos réclamations concernant les crimes de la sauvagerie nazie contre les gens de Distomo seront résolues devant les forums judiciaires compétents, comme il sied à des pays civilisés et amis, notamment par ces temps critiques", a souligné le Président de la République hellénique depuis Distomo où il a été proclamé citoyen d’honneur de la commune martyr. Après avoir participé à la cérémonie religieuse en la mémoire des gens massacrés de Distomo, M. Pavlopoulos a relevé que le fait que le processus des réclamations est dorénavant lancé, de manière organisée, par le Parlement hellénique et, donc, au niveau institutionnel, montre que cela est bien vrai.


http://static.madata.gr/files/paulopoulosdistomo_249633133.jpg

L’intégralité du discours du Président de la République hellénique :

vendredi 28 juin 2013

Pour jouer au football, rien ne vaut une bonne dictature




Le secrétaire général de la Fédération internationale de football (FIFA) a jugé en avril que le système démocratique compliquait l’organisation des coupes du monde de football. Une déclaration qui prend un relief saisissant alors que le mouvement social au Brésil est parti notamment des dépenses démesurées engagées pour la Coupe du monde de 2014.

La démocratie peut représenter un obstacle à l’organisation de grands événements sportifs internationaux comme la Coupe du monde de football, a estimé mercredi 24 avril Jérôme Valcke, secrétaire général de la Fifa.
Le Français a imputé en partie les difficultés d’organisation rencontrées pour le Mondial 2014 au Brésil aux différents échelons administratifs du pays hôte. Jérôme Valcke a ajouté que selon lui, la Russie du Président Vladimir Poutine offrait des conditions a priori plus favorables en vue de la Coupe du monde 2018.
« Je vais dire quelque chose de fou, mais un moindre niveau de démocratie est parfois préférable pour organiser une Coupe du monde », a-t-il dit lors d’une conférence au siège de la Fifa à Zurich. « Quand on a un homme fort à la tête d’un Etat qui peut décider, comme pourra peut-être le faire Poutine en 2018, c’est plus facile pour nous les organisateurs qu’avec un pays comme l’Allemagne où il faut négocier à plusieurs niveaux. » Le dirigeant français a évoqué le cas du Brésil, où « le système politique est divisé en trois niveaux, fédéral, régional et municipal ».


jeudi 31 janvier 2013

Macaron le glouton et le petit-beurre doré, un conte allemand

Il vole un petit-beurre doré Bahlsen et demande une "rançon" humanitaire
Après avoir pris "en otage" l'enseigne des biscuits Bahlsen -un petit-beurre en métal de 20 kilos-, un Allemand demande une rançon au fabricant: offrir des biscuits à des enfants hospitalisés. 
Un Robin des bois du petit-beurre fait chanter le fabricant allemand de biscuits Bahlsen en exigeant qu'il offre des biscuits à des enfants hospitalisés, selon sa lettre de revendication.
C'est l'histoire d'un mec...
Tout a commencé dans le nord de l'Allemagne, par le vol du petit-beurre en métal doré de 20 kilos, accroché à 5 mètres de hauteur depuis 100 ans, au fronton du siège de Bahlsen à Hanovre.


Avant...après
Le vol de cette enseigne a été revendiqué quelques jours plus tard dans une lettre adressée à la société et à un journal local, selon la police. L'auteur exige que Bahlsen offre des petits-beurre à tous les patients de l'hôpital pour enfants de Hanovre.
"Ceux au lait entier, pas ceux avec du chocolat noir dessus", précise-t-il dans ce courrier fabriqué, comme le veut la tradition, avec des mots découpés dans des journaux. Il exige également que les 1.000 euros promis par Bahlsen à toute personne donnant des informations sur le vol soient versés à un refuge pour animaux de la région.


On Tuesday, the alleged perpetrator sent a ransom letter to a local newspaper....
La lettre de revendication

Signé "Macaron le glouton"
La lettre est signée de "Macaron le glouton" (Cookie monster en anglais), personnage de la série pour enfants du Muppets' show, également connue pour sa marionnette de Kermit la grenouille.
Elle est accompagnée d'une photo d'une personne déguisée en Macaron tentant de manger un petit-beurre, selon la police.
"Sinon Oscar (un monstre vert, autre personnage de la série) sera jeté à la poubelle. Vraiment!", menace le maître-chanteur.
Tout sauf un gag
Loin de croire à un canular, la police locale mène l'enquête mais sans grand succès jusqu'ici. Il s'agit pour elle d'examiner "s'il s'agit d'une tentative de chantage". Quant au patron du groupe Bahlsen, il affirme vouloir absolument récupérer son enseigne.
"On ne nous fera pas chanter", a insisté Werner Bahlsen, selon des propos rapportés par les médias.
L'entreprise familiale, qui exporte ses biscuits dans 80 pays, a toutefois prévu d'offrir 52.000 petits-beurre à 52 institutions spécialisées dans le travail social. Et juré qu'il ne s'agissait pas d'un gag marketing.
Source : LEXPRESS.fr, avec AFP,
 

mercredi 26 décembre 2012

La Grèce et l'Allemagne : un compte qui n’est toujours pas réglé

par  Norman Paech , 23/12/2012. Traduit par Michèle Mialane, édité par Fausto Giudice, Tlaxcala
Original: Griechenland – eine offene Rechnung
La Grèce est le berceau de la culture européenne, un archipel colonisé par les vacanciers allemands, l’ultime aboutissement de la crise financière et le protectorat de l’Union européenne - mais pour comprendre la fureur de ses habitants, il faut ajouter à tout cela un compte que le gouvernement allemand s’obstine à refuser de régler.
Lorsqu’en 1997 le tribunal de Livadiá a accordé aux survivants du massacre de Distomo (juin 1944) des dédommagements s’élevant à 37,5 millions d’euros, le gouvernement allemand avait ignoré le déroulement du procès auquel il n’avait pas assisté. Mais ensuite il s’est ravisé et a fait appel auprès de l’Aréopage d’Athènes. Il avait de toute évidence sous-estimé la gravité de la situation, car à travers le pays des milliers de personnes avaient porté plainte à la suite de cette sentence. Le 4 mai 2000, l’Aréopage, la Cour suprême de Grèce, avait fini par confirmer le jugement en faveur des plaignants de Distomo et rejeter l’appel déposé par le gouvernement allemand.
Distomo après le massacre

L’histoire est cruelle et révoltante. Voilà le résumé qu’en a fait le tribunal régional de Bonn le 23 juin 1997 : «Dans la matinée du 10 juin 1944 les troupes venant de Livadiá se sont arrêtées plusieurs heures à Distomo où elles ont interrogé le maire et le pope au sujet de partisans qui y auraient séjourné et/ou y seraient passés. La veille, environ 30 partisans venant de Disfina et se rendant à Steiri avaient traversé le village. C’est pourquoi une colonne motorisée s’était mise en marche vers Disfina. Celle-ci avait été attaquée peu avant Stiri et avait battu en retraite, car elle avait subi des pertes. Revenue à Distomo, elle avait d’abord fait douze prisonniers puis massacré la totalité de la population restée au village, sans distinction d’âge ni de sexe, perquisitionné systématiquement toutes les maisons qui avaient ensuite été brûlées. Au total 300 personnes ont été assassinées. »
"Les massacres de Distomo", xylographie d'Alexandros Korogiannakis
Mais la vérité tout entière englobe aussi les constats de l’Aréopage relatifs à ce massacre : « Après avoir assassiné les douze otages, les officiers, sous-officiers et soldats ont formé des groupes, pénétré dans les maisons et s’en sont pris sauvagement aux malheureux habitants de Distomo, les ont massacrés, assassinés, ont violé les femmes et les jeunes filles et éventré les femmes enceintes. Des vieillards, des jeunes, des femmes, des fillettes et garçonnets et même des bébés ont été les victimes de leur folie meurtrière.... »


Maria Pantiska, une survivante du massacre de Distomo. Elle avait alors 19 ans. Elle est morte en 2009 à 84 ans

 Distomo n’est pas la seule localité où les SS et la Wehrmacht ont commis de semblables crimes, mais ce nom est symbolique pour les innombrables massacres perpétrés à l’encontre de la population grecque. De Nikos Kazantzakis, on connaît « Zorba le Grec », mais qui connaît aussi le rapport qu’il a remis en 1946 au gouvernement grec sur la résistance grecque et les horreurs de l’occupation allemande ? Plus de 1000 localités grecques ont été pillées et brûlées, un million de personnes ont perdu leur toit et 300 000 sont mortes de faim sous l’occupation. Les exécutions d’otages et « représailles » ont coûté la vie à plus de 20 000 civils et plus de 60 000 Juifs ont été déportés vers les camps d’extermination. Jusqu’en mars 2000, où le Président Rau est passé aussi à Kalavryta à l’occasion de son voyage en Grèce, la majorité des Allemands ignorait qu’en décembre 1943 bien plus de 700 personnes y avaient été massacrées. C’était la première fois qu’un homme d’État allemand reconnaissait officiellement les horreurs commises par les troupes d’occupation nazies. Et jusque-là le grand public avait aussi ignoré qu’il reste une addition à régler.
Car les survivants n’ont jamais été dédommagés. À la Conférence de Paris (1946) les puissances victorieuses ont estimé les réparations dues à la Grèce à 7,5 milliards de dollars US. Au total la somme due s’élève à l’heure actuelle, en y incluant les intérêts qui ont couru depuis, à 30 milliards d’euros environ. Les 115 millions de marks versés en 1960 par le gouvernement de la RFA au gouvernement grec concernaient expressément ceux que les nazis avaient persécutés en raison de leur race, de leur religion ou de leurs opinions politiques et laissaient tous les autres de côté. À ce jour, tous les gouvernements fédéraux se sont refusés à discuter de ces exigences avec les gouvernements grecs.
Ceux-ci ne sont pas tout à fait innocents de l’attitude brutale des Allemands. Préoccupés d’abord d’autres choses- l’anticommunisme à la suite de la guerre civile -, ils n’ont pas osé ensuite poser des exigences à un partenaire en position de force en Europe, car on avait besoin de son soutien. Un seul criminel a été condamné, le général Andrae, l’un des commandants en poste en Crète pendant la guerre, mais il a été libéré dès 1951. En 1958 Athènes a mis un terme aux poursuites contre les criminels de guerre allemand- alors qu’elles n’avaient pas encore vraiment commencé. Les dossiers ont été remis aux autorités allemandes, qui n’en ont rien fait non plus. En 1965 le Chancelier Ludwig Erhard a assuré au Ministre de la Coordination grec, Andreas Papandreou qu’après la réunification, on rembourserait l’emprunt d’un montant de 500 millions de Reichsmark imposé aux Grecs en 1942 par les occupants. La somme due atteint aujourd’hui quelques milliards d’euros.
Lorsque, sous la pression d’un véritable déluge de procès intentés par les victimes grecques, le gouvernement grec a fini par demander au gouvernement allemand l’ouverture d’un dialogue au sujet des remboursements et dommages de guerre, celui-ci a refusé catégoriquement. Il pensait trouver de bonnes raisons juridiques pour étayer ses mauvais arguments.
L’entêtement a payé- mais pas pour les victimes grecques. Tous les tribunaux allemands jusqu’à la Cour constitutionnelle ont dénié toute responsabilité à la République fédérale. Mais ce ne sont pas non seulement les tribunaux nationaux qui ont rejeté les plaintes. La Cour européenne des droits de l’homme en a fait autant. Toutes les tentatives de prendre en gage des avoirs allemands en Grèce et en Allemagne pour suivre la sentence de l’Aréopage ont échoué. Pour finir, la Cour internationale de Justice de La Haye a retiré aux tribunaux italiens tout moyen de déclarer applicable la sentence de l’Aréopage en utilisant les avoirs allemands en Italie. Une telle décision reviendrait à violer l’immunité de la République fédérale allemande. Que cela permette de ne payer aucune réparation pour les pires crimes de guerre alourdit les diktats cyniques des « austéritaires » d’une charge supplémentaire que les Grecs n’oublieront pas.

Mémorial de Distomo



mercredi 19 décembre 2012

Débat sur la Syrie: le chansonnier allemand Konstantin Wecker se retire d'adopt a revolution

par Hintergrund, 14/12/2012. Traduit par Michèle Mialane, Tlaxcala
 
Pris de doutes quant au pacifisme des initiateurs, Konstantin Wecker a retiré sa signature à un appel  lancé par les organisations «  medico international » et « adopt a revolution » ayant pour but de soutenir l’opposition civile syrienne.
Konstantin Wecker à une manifestation pacifiste
Parmi les 60 premières personnalités signataires, issues du monde de la politique, de l’art et de la science on trouve la Première secrétaire du SPD, Andrea Nahles, Claudia Roth, Présidente des Verts, Katja Kipping, Présidente de Die Linke (La Gauche), des sociologues et philosophes tels qu’Elmar Altvater, membre du Conseil scientifique d’Attac-Allemagne, Ekkehart Krippendorff, Frigga Haug et Wolfgang Fritz Haug ainsi que les écrivains Navid Kermani  et Ilja Trojanov. (voir ici)
Ce sont des amis qui, selon les propres dires de Wecker, ont éveillé en lui des doutes relatifs à son soutien: s’agissait-il vraiment d’une action en faveur de la paix ? Après avoir d’abord annoncé, mercredi 12, qu’il « allait suivre de près l’évolution et les retombées de cet appel » il a fini le lendemain par retirer sa signature.  HINTERGRUND documente ci-dessous les raisons de la décision du chansonnier :
      " Chers amis,
Des amis du Mouvement pour la paix ont appelé mon attention sur une déclaration de Ferhat Ahma, membre du Conseil d’admistration  et l’un des principaux initiateurs d’ « adopt a revolution ». Le 3 décembre, Monsieur Ahma déclarait sur DLF : «  Je crois que pour faire chuter le régime le plus rapidement possible, les rebelles ont besoin aujourd’hui comme hier d’armes efficaces et meilleures. Sinon le combat durera  longtemps encore. » Dans ce contexte je dois retirer ma signature de l’appel pour la Syrie. Ce n’est pas ce que j’appelle une démocratisation civile .
On devrait mettre au premier plan la volonté de dialogue. Cette déclaration ne manquera malheureusement pas d’induire une toute autre interprétation de l’appel et des regrets qu’il exprime « de voir le Conseil de sécurité de l’ONU s’obstiner à se paralyser lui-même. » On comprendra par là « s’obstiner à refuser de bombarder la Syrie » - des regrets auxquels je ne m’associe nullement! Cet appel ne doit pas ouvrir la porte à l’option militaire.
Il nous faut une logique de paix, et non de guerre.
J’avoue - et je le regrette - ne m’être pas avisé, lorsque j’ai signé cet appel, qu’il  n’excluait pas expressément toute intervention militaire et que donc certains signataires considéraient sans doute qu'une intervention militaire peut parfaitement être un moyen d’imposer un choix. Je ne peux que rejeter cette attitude." (Source)
 Constantin Wecker à une manifestation contre le projet S21 à Stuttgart

Alfred Grosser dit Non à l'appel au lynchage de Bachar el-Assad

par Arnold Schölzel, junge Welt, 17/12/2012

Selon des informations parvenues au journal « junge Welt », le publiciste, sociologue et politologue Alfred Grosser, qui réside à Paris, aurait retiré sa signature d’une lettre ouverte au Président syrien Bachar el-Assad (voir « junge Welt » du 13 décembre 2012, première page). Le texte de cette lettre a été rendu public le 7 décembre, publié le 9 dans le quotidien français Libération, mais c’est seulement au milieu de la semaine dernière (9 au 16) que les agences de presse allemandes l’ont fait connaître dans ce pays.
La lettre a été signée par six lauréats du Prix de la paix des libraires allemands Alfred Grosser, David Grossman, Claudio Magris, Orhan Pamuk, Boualem Sansal et Martin Walser. Grosser, qui a reçu le prix en 1975, a déclaré samedi à l’Union boursière des libraires allemands que les « menaces proférées à la fin » de la lettre n’étaient « pas acceptables ». Que jamais encore il n’avait retiré son approbation après l’avoir donnée, mais que cette fois il ferait « une exception » . Dimanche on n’a pu joindre à ce sujet ni Grosser ni un porte-parole des libraires.
 
 Alfred Grosser
 
Le passage de la lettre incriminé par Grosser est le suivant : « Hors cette voie (démission, négociations, exil, ndlr), il n’y en a qu’une pour vous, hélas pour votre famille : la mort comme Saddam Hussein ou Kadhafi. Ou la prison à vie dans une cellule aseptisée de La Haye. »
 
Cette lettre a été rédigée au nom d’une « Association des écrivains pour la paix. » L’initiative en revient à David Grossman et Boualem Sansal qui avaient lancé début octobre un « Appel de Strasbourg », rejoint par environ 140 écrivains. L’association avait été présentée à la Foire du livre de Francfort, à laquelle assistait également David Grosser. On avait alors présenté comme futur  secrétaire général de l’organisation Denis Huber, le directeur du Centre Nord-Sud au Conseil de l’Europe ».
 
Le vendredi 7 l’association "Arbeiterfotografie" (Photographie ouvrière), entre autres,  s’était adressée à Grosser pour lui exprimer ses regrets de voir sa signature figurer en bas de cette lettre et lui demander de revoir son soutien en raison du dernier passage.
 
Le samedi 8, le Centre culturel Nazim Hikmet, à Istanbul, avait lui aussi exprimé dans un communiqué de presse ses critiques envers la signature de la lettre par le Prix Nobel de littérature Orhan Pamuk. Le communiqué dit notamment : « Ces auteurs se sont clairement laissé instrumentaliser par l’OTAN (...) Le Prix Nobel de littérature turc (...) ne représente ni les intellectuels ni l’opinion publique en Turquie. »
 
Dès jeudi le chansonnier Konstantin Wecker avait retiré son soutien à l’Appel pour la Syrie «Aider la liberté» lancé par « medico international » et « Adopt a Revolution »  (voir junge Welt du 14 décembre). Il avait déclaré que l’un des principaux initiateurs de «Adopt a Revolution», Ferhad Ahma, avait dit, au sujet de le guerre en Syrie : « Je crois que pour faire chuter le régime le plus rapidement possible, les rebelles ont besoin aujourd’hui comme hier d’armes efficaces et meilleures. Sinon le combat durera encore longtemps. » Parmi les 60 premiers signataires de la lettre, on comptait l'ex Première secrétaire du SPD, Andrea Nahles, Claudia Roth, Présidente des Verts, Katja Kipping, Présidente de Die Linke (La Gauche), l’écrivain Navid Kermani, le théologien Friedrich Schorlemmer ainsi qu’Elmar Altvater, membre du Conseil scientifique d’Attac-Allemagne.

dimanche 4 novembre 2012

Stop à l'exploitation des prisonniers !

ethecon lance une nouvelle campagne
par  ethecon. Traduit par  Michèle Mialane, Tlaxcala
Original: Ausbeutung Strafgefangener stoppen!
Traductions disponibles : English  Español  

S’inspirant des travaux d’Angela Davis, lauréate du prix International Blue Planet Award décerné par ethecon, citoyenne US-américaine et défenseure des droits de l’homme, la Fondation ethecon (Éthique et économie) s’oppose à l’exploitation croissante des détenus. Ce sont surtout les grandes firmes qui profitent aussi bien du travail des détenus que de la privatisation des prisons. Pour le moment, ce phénomène reste essentiellement US-américain. Mais cette soumission des prisons aux lois de l’exploitation et du profit est de plus en plus fréquemment imitée de par le monde. En Allemagne aussi on débat d’ores et déjà d’une « réforme » de l’institution carcérale qui irait dans ce sens.
 
Aux USA de grandes firmes (Microsoft, IBM, Boeing) ont découvert depuis longtemps déjà un moyen bien particulier de maximiser leurs profits. Elles font fabriquer leurs produits à prix de revient minimum dans les établissements pénitentiaires. Les détenus ne perçoivent en général qu’un tout petit salaire, et parfois aucun. En plus, aucun frais annexe (protection sociale, installations de sécurité au travail). Mais en revanche les firmes bénéficient d’avantages fiscaux parce qu’elles donnent du travail aux détenus. Ces activités n’ont en général rien à voir avec une intégration des détenus au marché du travail à leur sortie ; bien au contraire, cette exploitation à l’abri de murs de la prison pousse à la baisse les salaires de tous les travailleurs et détruit massivement des emplois « normaux ».
 
« Cette exploitation sans scrupules de détenus n’est rien d’autre qu’un esclavagisme moderne », a déclaré Axel Köhler-Schnura, le Président d’ethecon. « Les condamnés sont dépouillés de leurs droits fondamentaux et de leur dignité. En prison, le contrôle et la répression s’exercent de manière absolue.» Par exemple, les détenus n’ont pas le droit de se syndiquer en vue d’obtenir des salaires corrects ou de meilleures conditions de travail. De même ils n’ont pas le droit de grève. S’ils refusent de travailler, ils sont soumis aux sanctions prévues par l’établissement où ils se trouvent.
 
Parallèlement les prisons et les prisonniers se transforment eux-mêmes en source de bénéfices et de profits, grâce à la privatisation des établissements pénitentiaires. Des « fournisseurs de prisons », comme la Corrections Corporation of America (CCA) aux USA, perçoivent de l’État une somme d’argent pour chaque détenu. Non contente de maximiser ses profits en surpeuplant les prisons, la CCA s’y emploie en ne fournissant pas de soins de santé aux prisonniers, ce qui a déjà induit des décès. Des cas documentés de défaut de surveillance par les gardiens - qui ne sont pas intervenus lors de disputes entre détenus - ont également fait scandale. Tout cela montre clairement que la privatisation érode le contrôle exercé par les instances publiques.
 
Les détenus sont le groupe de population le plus fortement marginalisé. Loin des yeux du public, leurs conditions de vie et de travail restent très majoritairement ignorées, tant qu’un scandale ne prend pas des proportions telles qu’il devient impossible de le tenir caché. Or la valeur d’une société se mesure à sa capacité de garantir les droits humains même des groupes marginalisés.
 
 Selon Bettina Schneider, directrice d’ethecon, « le plus scandaleux, c’est le lobbying auquel se livre la CCA. » Pour obtenir des lois plus répressives et des peines d’incarcération plus longues, la firme a dépensé, rien qu’entre 2006 et 2008, plus de 2,7 millions de dollars US. En l’occurrence elle ne se soucie nullement de réinsérer les condamnés ni de protéger la société, mais uniquement de garantir et d’accroître ses profits. L’an dernier, le chiffre d’affaires de la CCA s’est élevé à 1,7 milliards de dollars US. Et la tendance est à la hausse. Parallèlement les USA remportent de loin la palme du taux de détenus par habitant.
 
ethecon vous informe sur cette campagne par un tract et fait circuler des pétitions et des protestations en ligne. Ces dernières sont téléchargeables sur le site www.ethecon.org .
 
La fondation ethecon est surtout connue par son « Internationales ethecon Blue » et son « Black Planet Award » qu’elle décerne chaque année à Berlin. Ces dernières années, les récompenses d’ethecon sont allées à Diane Wilson (USA, 2006), Vandana Shiva (Inde, 2007), José Abreu et Hugo Chávez (Venezuela, 2008), Uri Avnery (Israël, 2009), Elias Bierdel (Autriche, 2010) et Angela Davis (USA, 2011). Les « black awards » d’ethecon ont stigmatisé les managers et actionnaires des firmes MONSANTO (USA, 2006), NESTLÉ (Suisse, 2007), Blackwater (Xe) (USA, 2008), Formosa Plastics Group (Taiwan, 2009), BP (Grande-Bretagne, 2010) et Tepco (Japon 2011).
 
Cette année, le Blue Planet distingue l’antimondialiste et auteur suisse Jean Ziegler. Le Black Award va à Ivan Glasenberg, PDG, et à d’autres responsables du groupe de matières premières Glencore. Les deux prix ethecon seront remis au cours d’une cérémonie publique dans le cadre de la réunion annuelle d’ethecon, le samedi 17 novembre sur le Pefferberg à Berlin. Cette festivité débute à 14 heures dans la Grande salle (« blue room »), 176, Schönberger Allee. L’entrée est gratuite, mais en raison de l’affluence il est recommandé de s’inscrire.
 
Le Professeur Ziegler viendra recevoir son prix personnellement. Celui des managers et actionnaires principaux de Glencore leur sera remis plus tard dans le cadre de journées d’action publiques en collaboration avec des mouvements sociaux internationaux.
 
À l’inverse de nombreuses fondations créées par des Églises, des familles, des partis ou des États, ethecon est l’une des rares fondations « issues de la base »; ses 31 membres fondateurs et fondatrices actuels se sentent responsables à l’égard des générations futures; elle a pour devise « Un monde sans exploitation ni oppression ». Cette fondation récente est financée par les membres fondateurs, des dons, et les membres de soutien.
 
Seule l’élaboration et la mise en place de modèles économiques et sociaux respectueux de l’environnement et de la dignité humaine peuvent éviter les catastrophes écologiques et sociales qui nous menacent. ethecon - Stiftung Ethik & Ökonomie travaille dans une perspective à long terme bien au-delà de la relève des générations.
 

mercredi 22 août 2012

Le gouvernement allemand veut des salaires de misère

La moitié des travailleurs intérimaires à plein temps gagne moins de 1419 euros brut par mois
par Jörn Boewe, 18/8/2012. Traduit par  Michèle Mialane, Tlaxcala
OriginalRegierung will Armutslöhne
Traduction disponible : Español 


Même quand des entreprises emploient presque exclusivement des travailleurs intérimaires et les « empruntent » pour plusieurs années, le gouvernement fédéral n’y voit pas une entorse à la loi sur le prêt de personnel. La coalition gouvernementale n’envisage aucune nouvelle réglementation de quelque sorte qu’elle soit. C’est ce qui ressort d’une réponse récente du Ministère du Travail à une « petite question » de Jutta Krellmann , députée de la Linke (BT-Drs. 17/10432).
 
Cette question faisait suite à des articles de presse concernant l’entreprise Isringhausen, qui fabrique à Ludwigsfelde au sud de Berlin des sièges pour la gamme d'utilitaires  Sprinterde Mercedes-Benz . Le Märkische Allgemeine Zeitung avait relaté le 22 mai que cette entreprise n’employait que des travailleurs intérimaires, à l’exception de deux personnes, dont le directeur. Sur la totalité des « travailleurs prêtés », 30 environ travaillaient depuis six ans déjà au même poste, écrivait la MAZ, citant comme sources des personnes concernées. C’est aussi ce que dit le syndicat IG Metall local : «Mercedes exige que le sous-traitant soit établi presque à portée de voix de l’usine, tout en offrant des prix plus proches des prix chinois ou indiens que du travail allemand hautement qualifié », selon le site Internet du service administratif d’IGM à Ludwigsfelde.»
 


 "Travail intérimaire=trafic d'êtres humains". Manifestation à Francfort le 27 avril 2012. Photo dapd
«L’autorisation d’employer des travailleurs intérimaires dans la même entreprise sur une longue durée y est devenue le meilleur moyen de faire pression su les salaires », poursuit le syndicat sur son site Internet. Jusqu’à Hartz I (2003), il était interdit de prolonger un emploi intérimaire au-delà de deux ans; aujourd’hui - comme par exemple à Isringhausen - ils restent plusieurs années dans la même entreprise. C’est donc une équipe provisoire qui fonctionne comme du personnel permanent. Et si l’employeur ne veut plus de vous, un simple appel auprès de l’agence d’intérim suffit et vous disparaissez dès le lendemain. Pas de préavis, pas de plan social, pas de plainte pour licenciement abusif. »
 
 Selon la loi, «le prêt de personnel à des employeurs par des agences d’intérim ne peut être que provisoire.» La députée Krellmann voulait savoir si «le gouvernement allemand considère que l’emploi d’intérimaires depuis 6 ans et sans que l’on puisse prévoir la fin de la mission mérite l’appellation de provisoire au sens où l’entend la  loi sur le prêt de personnel. Réponse de la Ministre Ursula von der Leyen (CDU): « La notion de « provisoire » est à comprendre comme une composante temporelle flexible, sans définition de limite supérieure.» En conséquence «on n’envisage pas pour l’instant de modifier la situation juridique» et «on continuera à pouvoir employer des intérimaires sans fixer au départ une durée maximale du prêt.»
 
Mais la réponse du ministère contient aussi des indications officielles relatives aux salaires de misère en usage dans cette branche. En 2010 (dernières données disponibles), la moitié des travailleurs intérimaires à temps plein gagnait moins de 1419 euros brut. 74% se situent au-dessous du seuil de bas salaire (1802 euros). Pour comparaison, le revenu moyen des salariés déclarés était cette année-là de 2702 euros. D’après les données ministérielles la part du travail intérimaire dans les offres d’emploi se situait dernièrement aux alentours de 35%.
 
Von der Leyen « admet bien du bout des lèvres qu’elle est pour le principe « ‘à travail égal, salaire égal’ » commente Krellmann, « mais elle refuse d'établir les réglementations légales qui mettraient fin à cette situation scandaleuse. Il est grand temps d’interdire le travail intérimaire et de redonner priorité à l’emploi régulier. »

mardi 21 août 2012

Allemagne : une modification de la Constitution qui ne dit pas son nom-Le juge Gaier fait de la résistance


par German-Foreign-Policy.com, 20/8/2102. Traduit par  Michèle Mialane, édité par  Fausto Giudice, Tlaxcala

Un Juge de la Cour constitutionnelle critique vivement la sentence qu’a rendue l’instance judiciaire suprême allemande relativement à l’engagement de la Bundeswehr à l’intérieur du pays. La décision du Tribunal constitutionnel fédéral d’autoriser l’emploi d’armes de guerre en cas de catastrophes naturelles ou d’accidents graves y compris sur le territoire de la République fédérale n’est « pas acceptable » selon le juriste Reinhard Gaier.

Reinhard Gaier
Comme il ne peut être désormais exclu que les forces armées deviennent « un instrument de politique intérieure », le Tribunal a enfreint un « principe fondamental » de la « chose publique » allemande. À terme les effets seront ceux d’une « modification de la constitution ». Selon ce juriste, cette décision du Tribunal constitutionnel fédéral met directement en question le principe de la Loi fondamentale (Constitution) qui « rejette le militarisme allemand, cause de la mort de millions de personnes au cours de deux guerres mondiales ».
Abandon de principes fondamentaux
Vendredi dernier, le Tribunal constitutionnel fédéral a publié sa sentence définitive relative à l’autorisation et aux limites des engagements de la Bundeswehr sur le territoire national. Le point de départ en était la « loi sur la sécurité aérienne » qui autorise les forces armées à abattre des avions transportant des passagers, s’ils étaient susceptibles de servir d’arme pour un attentat analogue à celui du 11 septembre. Le passage en question avait certes été annulé par les juges; mais la nouvelle sentence autorise la Bundeswehr à faire usage d’armes de guerre en cas de catastrophes naturelles et « d’accidents particulièrement graves ». Un seul juge constitutionnel sur quinza a déclaré qu’il n’approuvait pas cette décision: selon Reinhard Gaier, on assiste à « l’abandon de principes fondamentaux » (1)
Rejet du militarisme allemand
Selon ce juriste, cette décision de la plus haute instance judiciaire allemande enfreint le principe en vertu duquel « les forces armées ne doivent jamais être utilisées comme instrument de politique intérieure ». Avant de s’expliquer plus en détail, il rappelle à ses collègues qu’initialement la nouvelle Constitution allemande ne prévoyait pas de forces armées: « La Loi Fondamentale rejette le militarisme allemand, cause d’inimaginables horreurs et de la mort de millions de personnes au cours de deux guerres mondiales. En 1949 la Constitution de République fédérale allemande n’instituait pas d’armée; le retour de la Défense nationale en Allemagne en 1956 mérite parfaitement le nom de ‘tournant dans l’évolution de la République fédérale’ » .
Stricte séparation
Gaier compte au nombre des « conséquences constitutionnelles obligatoires » de « l’histoire particulière» de l’Allemagne la « séparation entre l’armée et la police ». C’est cette dernière et elle seule qui est compétente pour « assurer la sécurité intérieure », déclare le juriste : « Sa fonction est de parer aux dangers et la police doit disposer uniquement des armes adaptées et nécessaires pour y parvenir; en revanche les unités de combat et les forces armées visent à anéantir un adversaire, ce qui nécessite un armement spécifiquement militaire. Il faut une séparation stricte des deux tâches. » Celui qui enfreint ce principe « méconnaît le code génétique de ce pays » écrit Gaier. Certes le législateur a déjà « défini les présupposés pour l’intervention les forces armées dans la protection civile contre les catastrophes », mais ceux-ci « n’autorisent que des mesures de type policier et non des interventions de type militaire ».
La décision du tribunal annulle la disposition constitutionnelle de non-intervention de l'armée dans les affaires intérieures. Dessin d'Erl 
Une grande marge de manœuvre
Ce qui déplaît particulièrement au juge, c’est l’autorisation donnée par le Tribunal à la Bundeswehr d’intervenir sur le territoire national avec des armes de guerre pour parer à un évènement « d’une ampleur catastrophique » et « susceptible presque à coup sûr d’être imminent», et qui pourrait « en outre résulter de la volonté d’un tiers ». Le Tribunal constitutionnel fédéral « enrichit certes ainsi les modalités d’application du droit de nouvelles notions, qui manquent cependant de clarté et peuvent avoir des conséquences imprévisibles », écrit Gaier dans son « avis minoritaire » : « Nous avons affaire à des catégories tout à fait imprécises, qui échappent à peu près à tout contrôle juridique effectif, et laissent dans la pratique quotidienne une grande placeà des estimations subjectives, des interprétations toutes personnelles et des pronostics peu sûrs, pour ne pas dire hâtifs. » Et notamment en ce qui concerne l’intervention de forces armées sur le territoire national une telle façon de procéder n’est tout simplement « pas acceptable. »
La Constitution, une sacrée planche à percer ! Sur la perceuse, les noms des deux hommes qui ont déclenché l'affaire en 2007 : les politiciens démocrates-chrétiens Jung et Schäuble. Dessin de Stuttmann
À l’ombre des armes
Les formulations choisies par le Tribunal constitutionnel fédéral font entrevoir à Gaier le danger concret d’une utilisation de « l’intervention des forces armées sur le territoire national (...) dans le but d’intimider la population par leur simple présence , par exemple lors de manifestations ». Il pose une question rhétorique: « Comment par exemple empêcher, dans le cas de grandes manifestations antigouvernementales, comme il y en a eu entre autres en juin 2007 à l’occasion du sommet du G8 à Heiligendamm, que l’on puisse craindre que l’agressivité de quelques groupes isolés ne soit « susceptible presque à coup sûr d’entraîner de manière imminente» des violences considérables causant des «dommages catastrophiques » et donc recourir à l’intervention d’unités armées de la Bundeswehr? De toute évidence Gaier songe aux métaphores que nous ont apprises les dictatures militaires : « Il est difficile à la liberté d’opinion de prospérer à l’ombre d’un arsenal militaire.»
En-dehors de son domaine de compétences
En ultime instance la décision relative à l’engagement des forces armées sur le territoire national revient à « modifier la Constitution », estime le Juge Gaier, et à permettre précisément « ce qu’il a été impossible au gouvernement fédéral d’imposer il y a trois ans contre un partenaire de coalition et en dépit du vote au Bundesrat*. » Donc l’instance judiciaire suprême en Allemagne a clairement outrepassé ses compétences, note Gaier : En matière de législation « ce n’est ni la tâche ni du ressort du Tribunal constitutionnel fédéral d’apporter des corrections.»
Si les juges constitutionnels votent contre le Mécanisme européen de stabilité et le Pacte budgétaire, nous serons devant l'imminence d'une situation exceptionnelle de dimensions catastrophiques !  Bien fait pour eux! 
Dessin de 
Stuttmann
Troubles internes
Cette modification indirecte apportée, selon Gaier, à la Constitution, vient d’accorder à la Bundeswehr une légitimation de ses préparatifs, commencés depuis assez longtemps déjà, en vue d’opérations de guerre sur le territoire national. Tout récemment les forces armées allemandes ont mis sur pied des « unités de sécurisation et de soutien » pour « la protection d’installations » et la répression de « troubles internes. » Parallèlement des manœuvres d’entraînement à l’affrontement armé avec des combattants ennemis sur le « front intérieur » sont en cours : voir german-foreign-policy.com (2).
* Conseil fédéral de 69 membres représentant les Länder et nommés par leurs gouvernements. Equivalent d’un sénat [NdE]

(1) Sources et sources suivantes : Tribunal constitutionnel fédéral, 2 PBvU 1/11, 03.07.2012
(2) voir: Innerer NotstandBürgerkriegsmanöver etTerritoriale Reserve