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mardi 8 décembre 2015

"Dekemvriana" : le Décembre noir de la Grèce en 1944

Moscou. 9 octobre 1944
Churchill et Staline signent un papier dans lequel ils se partagent les zones d'influence après la défaite nazie. Les pourcentages d'influence : 
Roumanie : 10 % pour la Grande-Bretagne - 90 % pour l'URSS,  Grèce : 90 % pour la GB - 10 % pour l'URSS, Hongrie et Yougoslavie : 50-50 %,  Bulgarie: 25 % pour la Grande-Bretagne - 75 % pour l'URSS. 
Athènes, 3 décembre 1944
Le grand rassemblement populaire place Syntagma, auquel a appelé l’EAM [le grand Front national de Libération créé en 1941] est noyé dans le sang. A l’heure où la foule rassemblée crie : « Pas d’autre occupation ! », « Papandréou, démissionne ! », subitement, et sans raison visible, des coups de feu partent des fenêtres de la Direction de la Police et d’autres points où s’étaient retranchés des policiers.
Bilan de cette agression meurtrière : 21 morts et 140 blessés.
 


Athènes, 4 décembre 1944
Toute la Grèce est paralysée par la gréve générale lancée par l’EAM.
A Athènes l’enterrement des 21 victimes de la veille prend la forme d’une grande manifestation populaire. En tête du cortège des jeunes filles de l’EAM vêtues de noir tiennent une grande banderole qui a marqué l’histoire grecque :
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« Quand un peuple se trouve devant le danger de la tyrannie, il choisit entre les chaînes ou les armes »
De retour du cimetière, la foule est agressée par les Chitès en armes [membres de l’organisation fasciste X]. Bilan : 100 morts et blessés.
Le général britannique Scobie [dont les troupes occupent la Grèce depuis le retrait des Allemands] proclame la loi martiale. La seule voie est désormais celle des armes.
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mercredi 14 octobre 2015

Les crimes globaux du capital et la guerre contre les migrants



par Antonio Mazzeo
Les images qui resteront de l'été 2015 seront celles qui illustrent les crimes globaux de l'Europe du capital et des profits, des droits violés et déniés, de l'apartheid et des discriminations. Les raids aériens ... Lire la suite
space is green
 

lundi 12 octobre 2015

Les origines coloniales du plan de "renflouement" de la Grèce


Original: The Colonial Origins of the Greek Bailout
Traduction disponible : Ελληνικά   
Lorsque les dures conditions d'un nouveau plan de sauvetage pour la Grèce ont été connues le 12 juillet dernier, beaucoup se sont demandé si le pays pouvait encore être considéré comme un État souverain. Le terme "Colonie de la dette", utilisé depuis longtemps par Syriza et ses partisans, s'est soudain retrouvé partout dans la presse. Même le Financial Times a utilisé une terminologie impériale: "Un plan de sauvetage aux conditions énoncées à Bruxelles", pouvait-on lire dans son éditorial du 13 juillet, "risque d'apparenter la relation avec la Grèce à celle d'un seigneur colonial avec son vassal.".
De telles suggestions ont entraîné des comparaisons historiques. On a fait entre autres un parallèle avec l'Égypte de la fin du XIXème siècle. En 1876, alors que l'Égypte, lourdement endettée, frôlait la faillite, le khédive Ismaïl Pacha accepta la création d'une commission internationale, composée d'Européens, pour superviser le budget égyptien et contrôler certaines sources de recettes publiques. Cette disposition, destinée à assurer le service de la dette étrangère dans les délais fixés, a ouvert une nouvelle période d'intervention européenne, longue et intensive en Égypte : la Caisse de la Dette Publique n'a été abolie qu'en 1940.
Dans le cas de la Grèce, la comparaison avec l'Égypte du XIXe siècle acquiert un poids largement polémique comme métaphore: les dirigeants de la zone Euro ne devraient pas traiter la Grèce comme si elle était un territoire semi-colonial. Mais il y a là plus qu'une simple métaphore, du moins historiquement parlant. Comme des travaux récents d'histoire internationale l'ont démontré, il existe des continuités importantes, et souvent occultées, entre les institutions et les pratiques de l'impérialisme européen et les systèmes de gouvernance mondiale créées ou déployés dans la seconde moitié du XXème siècle. [1]

jeudi 17 septembre 2015

While the world is burning, the cat grooms itself *
The new religion of Varoufakis: "pure reason"

by Fausto Giudice, 16/9/2015. Translated by Jenny Bright


Yanis "Allstar" Varoufakis has just published an article in the Frankfurter Allgemeine Zeitung, the central organ of the PGB (Party of German Bosses) an article that blows us away, to which it seems necessary to respond.

Like Kador, the dog of Binet's  Bidochon comic duo, Varouf is a reader of Kant. This we have known since last February when, just appointed Minister of Finance, he had once quoted the philosopher of Königsberg, but with a healthy dose of irony. This time, all irony disappeared. In his article, which reads like a Sunday morning sermon - it is published in the Sunday edition of FAZ-, Varouf engages in an improbable shining of Berlin shoes. Our readers are in general rushed and overwhelmed people, so we offer a summary of Varoufs Kantian message, followed by a brief commentary. Readers who have the desire and time can read the whole article, published in English, German, Italian and Portuguese.

mercredi 16 septembre 2015

Le monde brûle, et le chat se peigne*
La nouvelle religion de Varoufakis : la "raison pure"

par Fausto Giudice, 16/9/2015
Yanis "Allstar" Varoufakis vient de publier un article dans la Frankfurter Allgemeine Zeitung, l'organe central du PPA (Parti patronal allemand) un article qui nous laisse pantois et auquel il nous semble nécessaire de répondre.

Comme Kador, le chien des Bidochon, Varouf est donc un lecteur de Kant. Cela, nous le savions depuis février dernier, lorsque, à peine nommé ministre des Finances, il avait cité une première fois le philosophe de Königsberg, mais avec une bonne dose d'ironie. Cette fois-ci, toute ironie a disparu. Dans son article, à lire comme un sermon du dimanche matin – il est paru dans l'édition dominicale de la FAZ-, Varouf se livre à un invraisemblable cirage de pompes berlinoises. Nos lecteurs étant en général des gens pressés et débordés, nous vous proposons un résumé du message kantien de Varouf, suivi d'un bref commentaire. Les lecteurs qui en ont l'envie et le temps peuvent lire l'ensemble de son article, paru en anglais, allemand, italien et portugais.

lundi 6 juillet 2015

Chers co-Européens...
Lettre d'un Grec qui a voté "Non"

par Giorgos Faraklas Γιώργος Φαράκλας , 3/7/2015
Original: Αγαπητοί συνευρωπαίοι...

Giorgos Faraklas, spécialiste de dialectique hégélienne, enseigne la philosophie politique à l’université Panteion (Athènes).


... en 1967 ma mère fut arrêtée. Quelques jours plus tard, nous quittions la Grèce pour un autre pays. En 1974, la Turquie envahissait Chypre. Quelques jours plus tard, mon père était mobilisé. Aujourd'hui, je vis à nouveau, comme alors, un moment de peur et d'impuissance. Chers co-Européens, pourquoi nous soumettez-vous à une telle épreuve?

mercredi 10 juin 2015

Message du Président grec sur les indemnisations allemandes lors de la commémoration du massacre de Distomo

par Προκόπης Παυλόπουλος Prokópis Pavlópoulos, 10/6/2015.
Traduit par  Christine Cooreman, Tlaxcala
Original: Μήνυμα του Πρ. Παυλόπουλου από το Δίστομο για τις γερμανικές αποζημιώσεις
Deutsch: Erklärung des Präsidenten Griechenlands über deutsche Entschädigungen anlässlich der Gedenkfeier an das Massaker in Distomo

"Nos réclamations concernant les crimes de la sauvagerie nazie contre les gens de Distomo seront résolues devant les forums judiciaires compétents, comme il sied à des pays civilisés et amis, notamment par ces temps critiques", a souligné le Président de la République hellénique depuis Distomo où il a été proclamé citoyen d’honneur de la commune martyr. Après avoir participé à la cérémonie religieuse en la mémoire des gens massacrés de Distomo, M. Pavlopoulos a relevé que le fait que le processus des réclamations est dorénavant lancé, de manière organisée, par le Parlement hellénique et, donc, au niveau institutionnel, montre que cela est bien vrai.


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L’intégralité du discours du Président de la République hellénique :

jeudi 4 juin 2015

Le journaliste Vitali Didenko, emprisonné à Odessa, a besoin de soutien !

par Альтернативы Alternative, 1/6/2015. Traduit par Marianne Dunlop 
La vague d’épurations qui a déferlé sur Odessa en avril-mai de cette année a emporté avec elle un grand nombre de citoyens qui exprimaient à voix haute leurs opinions. La liste complète des personnes arrêtées n’est pas accessible au commun des mortels, la police ne communique pas sur ce sujet. C’est pourquoi plusieurs semaines après les faits continuent de remonter à la surface des détails choquants des sévices infligés par la junte de Kiev aux dissidents. Une de ces victimes, dont le nom n’apparaissait pas au départ, est un journaliste du site d’opposition « Infocenter », Vitali Didenko.
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En automne 2014, le rédacteur en chef du site « Infocenter » Yevguéni Anokhine a été arrêté soi-disant pour avoir des liens avec des terroristes, c’est-à-dire avec les Républiques de Donetsk et Lougansk. Le SBU (services secrets ukrainiens) a découvert dans son ordinateur une liste de gens pouvant faire l’objet d’un échange entre les républiques populaires et l’Ukraine. Dans la mesure où les organes de police n’avaient rien réussi à trouver de mieux comme motif de son arrestation, ils ont été obligés de jouer les imbéciles et prétendre ignorer qu’un journaliste a le droit de collecter ce genre d’information dans un but professionnel. Au bout du compte, Anokhine a été échangé contre des prisonniers des Forces Armées Ukrainiennes, et, ses papiers d’identité confisqués, livré à la république de Lougansk, où il se trouve à ce jour.
Виталий ДиденкоAprès l’arrestation d’Anokhine, le journaliste Vitali Didenko qui travaillait déjà à « Infocenter » l’a remplacé au poste de rédacteur en chef. Depuis ses années à la fac, Didenko sympathisait avec les idées communistes et avait une bonne connaissance du marxisme. Il s’est opposé au Maïdan, le considérant comme un mouvement réactionnaire et une arme aux mains des puissances impérialistes qui se battent pour le partage des sphères d’influence en Ukraine. Pour la même raison il n’a pas soutenu les nationalistes russes et s’est opposé au régime post-Maïdan à partir d’une plate-forme démocratique ouvrant sur une perspective socialiste. Cependant, son activité en qualité de journaliste d’Infocenter se bornait à une critique du régime instauré en Ukraine d’un point de vue de défense des valeurs démocratiques en général.
Mais comme on sait, le régime instauré en Ukraine considère toute critique à son encontre comme du séparatisme, dès lors qu’elle ne s’appuie pas sur l’idéologie communément admise. Dans la mesure où  « Infocenter » et Vitali Didenko en personne ont toujours rejeté le bandérisme [idéologie fasciste ukrainienne, revendiquant l'héritage du criminel de guerre Stepan Bandera], ils étaient des cibles idéales. Sentant la menace, Didenko avait déjà changé d’adresse à la fin de l’année dernière, et peu avant son arrestation, il avait encore déménagé. Mais le SBU a retrouvé sa trace et, faisant pression sur le propriétaire, a mis son appartement sur écoute (illégale), et à l’aube du 29 avril a débarqué avec un mandat d’arrêt. Didenko a tenté de s’enfuir et s’est jeté du troisième étage. Mal lui en a pris : il s’est cassé un bras et deux côtes, devenant une proie facile pour ses persécuteurs.

jeudi 7 mai 2015

8 Mai : La victoire sur le fascisme, 70 ans après

Ce 8 mai marque le 70ème anniversaire de la victoire des peuples du monde sur le fascisme et le nazisme, et en particulier la victoire du peuple soviétique sur l'Allemagne, décisive dans cette geste  historique. Dans les conditions politiques, économiques et sociales actuelles sur le plan mondial, cet anniversaire revêt une signification particulière, étant donné les menaces constantes contre la paix représentées par le capitalisme collectif , US en tête, et la possibilité réelle d'un nouveau conflit militaire de dimensions planétaires, qui serait le dernier auquel l'humanité se livrerait.
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La Seconde Guerre mondiale n'a pas pour seuls responsables les fascistes allemands, italiens et japonais, qui, souhaitant un nouveau partage du monde, déchaînèrent la tragédie guerrière la plus terrible de l'histoire; il est également nécessaire de souligner la responsabilité manifeste des impérialistes anglais, US et français dans le déclenchement de la guerre. Leurs gouvernements avaient encouragé et autorisé le réarmement de l'Allemagne; Ils occultèrent la croissance rapide de ses forces armées et invoquèrent une soi-disant neutralité supposée face aux agressions fascistes contre l'Éthiopie en 1935, l'Espagne en 1936, l'Autriche et la Tchécoslovaquie en 1938 et la Pologne en 1939.

vendredi 2 janvier 2015

Bas les pattes devant la Grèce qui lutte et résiste !

Communiqué du CADTM Europe, 31/12/2014 
Les puissants d’Europe et du monde entier n’ont même pas attendu la dissolution du Parlement grec et l’ouverture de la campagne électorale pour lancer leur nouvelle offensive de mensonges et de chantages qui visent a terroriser les citoyens grecs afin qu’ils ne votent pas aux prochaines élections du 25 janvier 2015 en faveur de SYRIZA, la Coalition de la Gauche Radicale grecque.
En effet, secondés par les grands médias européens, « ceux d’en haut » du nom de Juncker, Merkel, Hollande, Renzi ou Moscovici commencent leur énième intervention brutale dans les affaires intérieures de cette Grèce, qu’ils ont d’ailleurs transformée en un amas de ruines sociales depuis qu’ils lui ont imposé leurs politiques d’austérité inhumaines et barbares.

mardi 2 décembre 2014

Le Plan Juncker dans une Europe orwellienne


par Luigi Pandolfi. Traduit par  Fausto Giudice, Tlaxcala
Démêler un écheveau comme celui de la gestion européenne de la crise est devenu toujours plus difficile. Et l'exercice consistant à la raconter est devenu encore plus difficile. Je m'explique.
La mise en place de la nouvelle Commission n'a rien changé à l'approche par les sommets européenne du thème de l'austérité. Aucun des nouveaux commissaires n'a jusqu'ici soufflé mot sur la nécessité de revoir les protocoles rigides du pacte budgétaire en vigueur, et encore moins d'examiner l'hypothèse - à ce jour la plus sérieuse – d'une restructuration de la dette. En revanche, on a droit à un flot de paroles sur la croissance, l'investissement et l'emploi, un véritable déluge. On a l'impression d'être plongés dans un scénario orwellien, où une forme très sophistiquée de novlangue masque systématiquement, scientifiquement, de formules inappropriées des choix (et des non-choix) qui vont dans la direction opposée à celle officiellement déclarée.

De Draghi à Juncker, en passant par les comparses qui peuplent la scène politique nationale dans les pays membres, on n'en finit plus de gloser sur le caractère intenable de «la rigueur comme fin en soi», sur la nécessité de «relancer l'économie», de «créer de nouveaux emplois », alors que, dans la pratique, on reste retranchés, et subordonnés, dans la défense à outrance de l'actuelle gouvernance communautaire, dont l'essence fondamentale et indécrottable réside justement dans la rigueur et la surveillance pointilleuse des budgets publics.


samedi 19 avril 2014

160 ans après : vers une nouvelle guerre de Crimée ?

par Fausto Giudice, écrit le 3 mars/escrito el 3 de marzo de 2014
Roger Fenton, Le Zouave blessé/El Zuavo herido, 1855


à la dérive de périphérie à périphérie
Lettres de Tunis

160 ans après : vers une nouvelle guerre de Crimée ?

Medellín, Colombie, avril 2014

Ma première chronique est consacrée aux événements d'Ukraine, qui focalisent l'attention de l'Europe et du monde méditerranéen depuis plusieurs semaines. Actuellement l'Empire se livre à des opérations de déstabilisation de grande envergure, simultanément au Venezuela et en Ukraine, qui ne peuvent faire oublier qu'il a échoué dans ses plans en Irak, en Afghanistan et en Syrie.



Le coup d'État "soft" qui a destitué le président ukrainien Yanoukovitch le 22 février dernier a mis en route un mécanisme infernal qui risque de déboucher sur une nouvelle guerre dont le premier champ de bataille pourrait être la péninsule de Crimée. Le 27 mars 1854, la France, le Royaume-Uni et l'Empire ottoman déclaraient la guerre à l'Empire russe. Ces "alliés" allaient être rejoints un an plus tard par le Royaume de Sardaigne. L'épisode le plus spectaculaire et le plus sanglant de cette guerre fut le siège par les "alliés" de la ville de Sébastopol tenue par les forces russes. Il dura 332 jours et fit environ 250 000 morts des deux côtés. La guerre de Crimée fut la première guerre "moderne" dans plusieurs sens : elle fut fortement médiatisée, notamment par des photographes anglais "embarqués", et elle vit naître le droit humanitaire de guerre, autrement dit une tentative de rendre la guerre plus "humaine". Le Traité de Paris mettant fin à la guerre est signé le 30 mars 1856 : il déclare la neutralité de la mer Noire, y interdit la navigation aux navires de guerre ainsi que la construction de fortifications et, en même temps proclame le principe de la liberté des détroits. Sont visés en premier lieu le détroit des Dardanelles et celui du Bosphore, qui permettent le passage de la mer Noire vers la Méditerranée. Mais cette liberté ne s'applique qu'aux bateaux civils. La flotte de guerre russe se retrouve ainsi enfermée dans la mer Noire.

La Crimée, occupée et colonisée par l'Empire russe à partir de 1774, est aujourd'hui une république autonome faisant partie de l'Ukraine, où la ville de Sébastopol jouit d'un statut particulier, avec son arsenal et son port militaire loués à la Russie jusqu'en 2042. 60% des habitants sont de langue et de culture russe, 24% de langue ukrainienne et 12% sont des Tatars, turcophones et musulmans. La majorité de la population semble avoir pris position contre la destitution du président Yanoukovitch et être plutôt favorable au maintien de relations étroites avec la Russie, voire à une réincorporation dans la Fédération de Russie. La prise de contrôle par des forces russes et/ou pro-russes des principaux points d'accès à la péninsule et des lieux stratégiques comme l'aéroport de Simferopol a suscité une tempête, de Kiev à Washington, en passant par Varsovie et Bruxelles. Le spectre de l'occupation de la Tchécoslovaquie par les troupes du Pacte de Varsovie le 21 août 1968 rôde évidemment dans les esprits.

Sur la place de l'Indépendance à Kiev, les orateurs se succèdent pour appeler les Ukrainiens à se battre pour la "liberté" de la "nation ukrainienne". Mais peu semblent prêts à aller se battre éventuellement contre les forces spéciales de l'armée russe. L'armée ukrainienne est réduite à un squelette amorphe et les nouveaux leaders issus du coup d'État du 22 février ne semblent pas très enthousiastes à l'idée d'une guerre avec la Russie. Le boxeur Vitali Klitchko, du parti UDAR, qui est parrainé et "conseillé" par l'Allemagne et la Pologne, a même proposé de négocier avec Moscou. Et Angela Merkel lui a emboîté le pas, proposant la création d'un "groupe de contact" pour entamer "un dialogue politique" en Ukraine. Proposition aussitôt acceptée par Vladimir Poutine.

 Quant au chef de la marine ukrainienne, l'amiral Denis Berezovski, à peine nommé, il a tout simplement fait allégeance aux autorités de la république autonome de Crimée, autant dire à la Russie, ce pour quoi il a été destitué par Kiev, qui envisage de le juger pour "haute trahison"…

Les Ukrainiens, une fois de plus, payent un prix élevé pour leur situation géographique et leur histoire tragique. Ils se retrouvent au cœur d'une nouvelle Guerre froide ou plutôt d'un simulacre de Guerre froide, car ni les USA ni la Russie n'ont vraiment les moyens de s'y livrer et les Européens, à commencer par les Allemands, les Polonais et les Français ne semblent pas très enthousiastes à l'idée de s'y engouffrer. Les Polonais frémissent déjà à l'idée de devoir accueillir des flots de réfugiés ukrainiens sur leur territoire, ce dont évidemment on se préoccupe peu à Washington.

L'objectif principal de Washington est de casser toute velléité d'autonomie européenne par rapport à sa volonté de "total control" planétaire : contrôle des ressources, des marchés, des sociétés. Donc, pas question de tolérer une once de "gaullisme-adenauerisme" de la part des Français et des Allemands, et encore moins des Polonais ou des Baltes. L'objectif des Européens est beaucoup plus prosaïque : ils sont désormais dépendants du gaz russe, qui assure entre un quart et un tiers de leurs besoins. Et ce gaz transite par l'Ukraine. Si Moscou ferme le robinet, l'Europe de l'Ouest meurt de froid, tout simplement. Et quant à associer l'Ukraine à l'Union européenne, Bruxelles ne se sent pas vraiment prête à injecter les milliards nécessaires pour "mettre à niveau" un pays mis à plat par 20 ans d'indépendance, qui ont été 20 ans de corruption, de casse et de pillage par les nouveaux oligarques.

Il n'y aura donc sans doute pas de nouvelle Guerre de Crimée sur le terrain, mais seulement dans l'espace virtuel. Et la "nation ukrainienne" va continuer pendant longtemps encore à n'exister que dans le monde virtuel et imaginaire de nationalistes en retard d'un siècle et demi. Comme le dit Brecht, "
L’homme veut avoir du pain, oui,/Il veut pouvoir manger tous les jours./Du pain et pas de mots ronflants, /Du pain et pas de discours. ".

L'auteur est journaliste, traducteur, écrivain et éditeur. Il vit à Tunis. Il rêve depuis longtemps au jour où il pourra aller boire un rhum au Parque del Obrero d'Itagüi, à la périphérie de Medellín

Patinando de periferia a periferia
Cartas desde Túnez
160 Años después: ¿hacia una nueva guerra de Crimea?

Medellín, Colombia, Abril de 2014

Mi primera columna está dedicada a los acontecimientos en Ucrania, que centran la atención de Europa y del mundo Mediterráneo desde hace varias semanas. Actualmente el Imperio realiza  operaciones  de desestabilización a gran escala, simultáneamente en Venezuela y en Ucrania, operaciones estas que no puede hacernos olvidar que ha fracasado en sus planes en Irak, Afganistán y Siria.



El golpe de Estado “ soft “ (blando) que depuso al Presidente de Ucrania, Yanoukovitch el 22 de febrero último ha puesto en marcha un mecanismo infernal que podría dar lugar a una nueva guerra cuyo primer campo de batalla podría ser la península de Crimea. El 27 de marzo de 1854, Francia, el Reino Unido y del Imperio Otomano declararon la guerra al imperio ruso. A estos "aliados" se les unirían un año más tarde el Reino de Cerdeña. El episodio más dramático y más sangriento de la guerra fue el asedio de los "aliados" a la ciudad de Sebastopol en poder de las fuerzas rusas. Duró 332 días y causó alrededor de 250 000 muertes en ambos lados. La Guerra de Crimea fue la primera guerra "moderna" en varios sentidos: fue muy publicitada, en particular por los fotógrafos británicos "incrustados", y ella vio nacer el derecho humanitario de la guerra, es decir, un intento de hacer la guerra "humanitaria " El 30 de marzo 1856: se firmó el Tratado de Paris, poniendo fin a la guerra: declara la neutralidad del Mar Negro, que prohíbe la navegación a los buques de guerra, así como la construcción de muros y, al mismo tiempo proclama el principio de la libertad de los estrechos. Se trata en primer lugar de los Dardanelos y el Bósforo, que permite el paso del Mar Negro al Mediterráneo. Pero esta libertad sólo se aplica a los buques civiles. La flota de guerra rusa  por lo tanto se encuentra bloqueada en el Mar Negro.



Crimea, ocupada y colonizada por el imperio ruso en 1774, es hoy  una parte de la República Autónoma de Ucrania, en donde la ciudad de Sebastopol tiene un estatus especial con su arsenal y su puerto militar arrendado a Rusia hasta el 2042. El 60% de los habitantes son de lengua y cultura rusa, el 24% del Ucraniano y el 12% son tártaros, turcos y musulmanes. La mayoría de la población parece haber tomado posición contra la destitución del presidente Yanukovich y ser más bien favorables a mantener lazos estrechos  con Rusia, e incluso una reincorporación en la Federación Rusa. La toma del poder por las fuerzas rusas y / o pro rusas de los principales puntos de acceso  a la península y a los lugares estratégicos como el aeropuerto de Simferopol ha suscitado una tormenta, de Kiev a Washington pasando  por  Varsovia y Bruselas. El espectro de la ocupación de Checoslovaquia por las tropas del Pacto de Varsovia el 21 de agosto 1968esta evidentemente en las  mentes.
En la Plaza de la independencia de Kiev, los oradores  se suceden para llamar a los ucranianos a luchar por la "libertad" de la "nación ucraniana". Pero al parecer son pocos los que están dispuestos a luchar contra las fuerzas especiales del ejército ruso. El ejército ucraniano esta reducido a un esqueleto Amorfo y los nuevos líderes procedentes del golpe de Estado del 22 de febrero no parecen muy entusiasmados con la idea de una guerra con la Federación de Rusia El boxeador Vitali Klitchko, del partido UDAR, que es patrocinado y "aconsejado" por Alemania y Polonia, incluso ha propuesto negociar con Moscú. Y Angela Merkel ha seguido su ejemplo, proponiendo la creación de un "grupo de contacto" para entablar un "diálogo político" en Ucrania. Propuesta aceptada inmediatamente por Vladimir Poutine.

En cuanto al recién nombrado  jefe de la marina ucraniana, Almirante Denis Berezovsky, simplemente  declaró su  lealtad al gobierno  autónomo de Crimea, es decir a favor  de la Federación de Rusia, por  lo que fue destituido por Kiev, que prevé juzgarlo por  "alta traición"…

Los ucranianos, una vez más, pagan un alto precio por su ubicación geográfica y su trágica historia. Se encuentran en el corazón de una nueva guerra fría o más bien de un simulacro de la guerra fría, porque ni Estados Unidos ni Rusia tienen realmente los medios de lanzarse y los europeos, empezando por los alemanes, los poloneses y los franceses no parecen muy entusiasmados con la idea de dar el paso. Los poloneses tiemblan ya ante la idea de tener que acoger a las oleadas de refugiados ucranianos en su territorio, lo que obviamente preocupa poco a Washington.

El principal objetivo de Washington es romper cualquier intento de autonomía europea en relación con su compromiso de "control total" mundial: control de los recursos, los mercados, las empresas. Por lo tanto, no se puede tolerar ni una onza de "Gaullismo-adenauerisme" por parte de los franceses y los alemanes y aún menos de los poloneses o  los baltos.  El objetivo de los europeos es mucho más básico: son ahora dependientes del gas ruso, que garantiza entre un cuarto y un tercio de sus necesidades. Y este gas transita por Ucrania. Si Moscú cierra la válvula, sencillamente la Europa occidental muere de frío. Y en cuanto a asociar a Ucrania a la Unión Europea, Bruselas no se sienten verdaderamente dispuesta a inyectar los millones  necesarios para "actualizar" un país aplastado por 20 años de independencia,  que fueron 20 años de corrupción , de destrucción y de saqueo por los nuevos oligarcas.

No habrá sin duda en el terreno  una nueva Guerra de Crimea, solamente en el espacio virtual. Y la "nación ucraniana" va a seguir durante mucho tiempo a existiendo solamente en el mundo virtual e  imaginario de nacionalistas atrasados en un siglo y medio. Como dice Brecht, "el hombre quiere tener PAN, sí/ desea poder comer todos los días. / PAN y no palabras altisonantes, / PAN y no discursos. ".

El autor es periodista, traductor, escritor y editor. Vive en Túnez. Sueña desde hace mucho tiempo con el  día en que podrá ir a beber ron en el Parque del Obrero de Itagüí

NdT :  Tanto de Gaulle como Adenauer fueron protagonistas de la coexistencia pacífica con la Unión Soviética

Traducido por María Piedad Ossaba