Affichage des articles dont le libellé est Béji Caid Essebsi الباجي قائد السبسي. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Béji Caid Essebsi الباجي قائد السبسي. Afficher tous les articles

samedi 23 janvier 2016

Tunisie, janvier 2016 : un peuple assigné à résidence

par Rym Ben Fradj, Toons Magazine, 22/1/2016
Je n'étais pas née en janvier 1984. On ne nous en a pas parlé à l'école. Mais heureusement notre Père de la Nation a voulu nous donner une leçon d'histoire en nous faisant revivre les journées de janvier 84 où des centaines de citoyens furent massacrés par les mêmes forces du désordre qui, depuis 5 jours, tirent et matraquent aux quatre coins du pays profond, du pays oublié. Il a en effet choisi - ou on a choisi pour lui - le même bureau, pour s'adresser ce soir au peuple, que celui à partir duquel le Combattant Suprême s'était adressé à ses enfants turbulents.


Désormais,  Habib Bourguiba s’est réincarné dans la peau de Béji Caïd Essghrir (comme Victor Hugo avait surnommé Napoléon III "Napoléon Le Petit", par rapport à son oncle Napoléon Ier) en essayant de ressusciter un peu du charisme de son chef disparu. Malheureusement il est incapable de convaincre. Encore pire, à cause de l’âge (89 ans), notre dinosaure n’est plus capable se souvenir des phrases qu'il a prononcées quelques instants plus tôt.  Résultat : un discours vide, répétitif, bafouillant des mensonges et des histoires internes du parti, dont le pauvre peuple, menacé chaque soir sur les plateaux de télé par des flics politicards et des politicards flics  qui se présentent comme ses sauveurs contre le terrorisme, se fout complètement. Ils disent tous qu'ils n'ont pas voulu utiliser la force jusqu’à maintenant mais qu'ils seront obligés de le faire si "ça" continue. Ça, c'est l'intifada TRAVAIL JUSTICE DIGNITÉ, qui a commencé à Kasserine il y a 5 jours.

Assignés à résidence par un couvre-feu de 20h à 5heures, nous voilà condamnés à zapper : on a le choix entre Borhène Bsaies, Mariem Belkadhi et Mohamed Booughalleb, les trois manipulateurs-en-chef. Ils sont là, sur les plateaux,  pour appuyer et justifier tous le discours des flics invités, et en rajoutent, nous ressortant la fameuse " main invisible" qui tire les ficelles des révoltes, menaçant la stabilité (?) et la prospérité (?) du pays. Et voilà les chômeurs, diplômés ou non, transformés en marionnettes diaboliques, en petits chitanes, qu'il faut écraser. C'est tellement gros qu'on se demande s'ils sont aussi cons que ça, en nous prenant pour des cons.

Nous connaissons ces discours par cœur, depuis l’ère de Ben Ali durant les premiers souffles de la révolution tunisienne et partout dans le monde, chaque fois que les gens se soulèvent contre l’injustice.

Nous sommes un peuple assigné à résidence : non seulement, la grande majorité d'entre nous ne peuvent pas sortir du pays, mais encore nous ne pouvons même plus sortir de nos domiciles, condamnés à avaler la propagande des télévisions couvreuses de feu. Et à regarder dans nos frigos, que nous n'avons pas volés, s'il reste quelque chose à manger.
Qui pillait les magasins en janvier 2011 ? Un petit rappel pour les amnésiques
De la même auteure, lire 
À peine j’ouvre les yeux : un film tunisien contre l’amnésie et la nostalgie 

dimanche 27 février 2011

Tunisie : un dinosaure à la Kasbah

Béji Caid Essebsi, 85 ans, vient d'être nommé Premier ministre en remplacement de Mohamed Ghanouchi, emporté par la manif monstre de vendredi à la Kasbah, suivie des obscures violences qui ont fait 5 morts samedi. Sans doute Ghannnouchi, qui n'a que 69 ans, était-il trop jeune et inexpérimenté pour ce poste... Essebsi est un dinosaure de l'ex-Néo-Destour-PSD, qui a fait un passage par l'opposition de Sa Majesté, au MDS d'Ahmed Mestiri. Il a été mêlé, quoiqu'il s'en soit défendu, à la répression du "complot yousséfiste de 1962" et à la répression de 1966-1969 contre les gauchistes. Fouad Mebazzaa a déclaré qu'Essebsi était "connu pour son patriotisme, sa fidélité et son abnégation au service de la patrie"...
Voilà son CV :
Directeur de la Sureté nationale (janvier 1963- juillet 1965)
secrétaire d'État à l’Intérieur (juillet 1965-septembre 1969)
ministre de la Défense (novembre 1969- juin 1970)
ambassadeur en France (août 1970- novembre 1971)
 ministre délégué auprès du Premier ministre (décembre 1980- avril 1981)
ministre des Affaires étrangères (avril 1981- septembre 1986)
ambassadeur en Allemagne (1987-1990)
président de la Chambre des députés (1990-1991)
député de 1989 à 1994.
Bref, un vrai représentant des aspirations de la Tunisie nouvelle, lui qui a l'âge d'être  l'arrière-grand-père de ceux et celles qui ont fait la révolution !
L'UGTT a immédiatement exprimé son désaccord avec cette nomination.
Le sit-in sur l'esplanade de la Kasbah continue.