Affichage des articles dont le libellé est Miguel Ángel BELTRÁN VILLEGAS. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Miguel Ángel BELTRÁN VILLEGAS. Afficher tous les articles

jeudi 16 août 2012

Colombie : Une nouvelle injustice contre Miguel Ángel Beltrán

Communiqué du Comité des représentants des enseignants du siège de Bogotá de l'Université nationale de Colombie, 25/7/2012
La communauté universitaire  est largement informée de la situation préoccupante et injuste du professeur Miguel Ángel Beltrán,  rattaché au département de Sociologie de la Faculté des Sciences humaines. Cet enseignant a été enlevé au Mexique, accusé de rébellion, désigné comme un membre actif des FARC, sous le pseudonyme supposé  "Jaime  Cienfuegos" et arbitrairement incarcéré en Colombie en 2009.
Après un long procès et deux ans  d'emprisonnement, il a été acquitté par la justice colombienne. Pendant cette période, l'Université a suspendu arbitrairement son lien à l’institution par un congé sans solde, ce qui signifiait un abus manifeste contre ses droits, provoquant de grandes privations à sa famille dans les affres d'une accusation injuste.
 
Une fois qu’il a été remis en liberté, les médias ont continué à utiliser le pseudonyme le dénigrant et le bureau du procureur général a lancé une procédure disciplinaire fondée sur des preuves qui avaient déjà été écartées dans le procès pénal antérieur. Le pire, c'est que le professeur Beltrán a été menacé par des forces obscures, une fois après avoir repris ses activités normales d'enseignement à l'université. A cause de  cette situation et sur la base des sources accumulées en prison pour continuer ses recherches universitaires sur le conflit armé en Colombie, il a demandé à un détachement pour pouvoir effectuer des études postdoctorales au Centre d’études latino-américaines  (CELA) de l'Université nationale autonome de Mexico (UNAM), demande approuvée par le Conseil de la Faculté des Sciences humaines en juillet 2011. Bien que visé par une interdiction d'entrée au Mexique et malgré l'anxiété générée par les menaces,  le professeur Beltrán, dans le cadre de ce détachement, a rédigé un texte intitulé : "Le vortex du conflit colombien, vu de prison", qui sera  édité avec le soutien académique du CELA. Le document fait état des progrès réalisés pendant l’année de détachement.
 
Etant donné que les études postdoctorales n’ont pas pu être conclues pour des raisons échappant à la volonté de l'enseignant, et surtout parce que le risque pour sa vie n'a pas disparu, le professeur Beltrán a demandé une prolongation d’un an du détachement, et ceci suffisamment à l'avance. En raison d'une interférence malheureuse dans les communications, une transmission d'information demandée par le Conseil n'a pas pu avoir lieu à temps et la demande de l'enseignant n'a pas été traitée au semestre précédent. Cependant, il est clair qu'il y  a un risque pour sa vie et que les implications d’un retour forcé en Colombie du professeur Beltrán seraient énormes. Bien que toutes les informations demandées  par le Conseil de la Faculté de Sciences humaines aient été transmises, aujourd'hui, 25 juillet, ce Conseil a décidé de refuser la demande de prolongation du détachement, sur une intervention décisive du doyen, en dépit de les arguments présentés par les représentants des enseignants.  Cela oblige à la réintégration du professeur Beltrán dans les prochains jours.
 
Le Comité des représentants des enseignants du siège de  Bogotá exprime le rejet total de la négation arbitraire d'un droit qui revient au  professeur Beltrán et à une alternative institutionnelle ayant pour double objectif de protéger sa vie et de faciliter son travail académique dans l'institution où il se trouve dans le cadre d'un séjour de recherche postdoctorale. Il est impossible d'accepter cette  nouvelle injustice contre un collègue qui, pour avoir fait du conflit armé colombien un objet d'étude, a eu à subir toutes sortes de vexations et de fausses accusations.
 
Le Comité demande au Conseil de la Faculté de Sciences humaines de mesurer les conséquences de sa décision. Il demande un réexamen d’urgence  de la décision, de manière à ne pas mettre la vie du professeur Beltrán en danger. Au-delà des critères académiques s'appliquant dans ce cas, nous demandons que soit mis en œuvre un principe de protection par l’Université d’un membre de la communauté universitaire.
Déclarations de soutien au Dr. Miguel Ángel Beltrán Villegas, Colombie
University and College Union (UCU)
CAUT/ACPPU
Voici deux déclarations de soutien au Dr. Miguel Ángel Beltrán Villegas, Colombie, des syndicats d'enseignants britannique et canadien.
Nous, le syndicat UCU, représentant plus de 120,000 enseignants et membres du personnel des universités britanniques, exprimons notre vive préoccupation pour la situation à laquelle fait face le Dr. Miguel Ángel Beltrán.
 
Nous savons que le Dr.  Beltrán  a subi une persécution de l'Etat colombien, comme résultat de son travail universitaire. Il a été incarcéré de 2009 à 2011 par les autorités colombiennes sur la base de fausses accusations dont il a été blanchi. Après avoir été remis en liberté, il a continué à subir des menaces de mort, des fausses accusations, et se voit soumis à des poursuites disciplinaires infondées de la part des services du procureur. En outre il a eu vent de plans visant à l'assassiner en Colombie. Sa demande de protection adressée aux autorités colombiennes ayant été rejetée, il a été contraint de quitter le pays.
 
Nous apprenons que l'Université nationale de Colombie a maintenant rejeté la demande du Dr. Beltrán de poursuivre sa recherche post-doctorale à l'extérieur de Colombie et qu'il est exigé de lui qu'il retourne à Bogotá pour poursuivre son travail, ce qui met sa vie en grave danger.
 
Nous avions fait campagne pour la remise en liberté du  Dr. Beltrán avec le soutien de plus de 4 000 universitaires du monde entier. Il a pris la parole à notre congrès en juin dernier et nous continuons à suivre de près son dossier, étant extrêmement inquiets pour son bien-être. Nous considérons que les dangers auxquels il fait face sont un exemple d'attaques plus larges contre les libertés universitaires et la pensée critique en Colombie.
 
La communauté universitaire nationale et internationale ne peut pas permettre que le Dr. Beltrán continue à être persécuté. Nous demandons à l'Université nationale de permettre au Dr. Beltrán de continuer son travail universitaire en sécurité. Une attaque contre l'un de nous est une attaque contre nous tous.
 
 

Sally Hunt
Secrétaire générale, UCU
 
Déclaration de soutien au professeur colombien Beltran Villegas
Porte-parole de 68 000 membres du personnel académique et général en poste dans une centaine d’universités et de collèges au Canada, l’ACPPU reste profondément inquiète pour la sécurité et le bien-être du professeur Miguel Angel Beltran.


En raison de ses activités d’universitaire, le professeur Beltran est soumis à une persécution et un harcèlement continus de la part des autorités colombiennes. De 2009 à 2011, il a été détenu et emprisonné sous de fausses accusations dont il a été blanchi par la suite. L’ACPPU figure parmi les nombreux organismes du monde entier qui se sont joints à la campagne internationale pour amener le gouvernement de la Colombie à libérer le professeur Beltran.


Une fois sorti de prison, ce dernier a néanmoins continué d’être soumis à des menaces de mort, à de fausses accusations et à des procédures disciplinaires sans fondement. Craignant pour sa sécurité, il a été contraint de fuir son pays et a obtenu un congé de recherche de l’Université nationale à Bogota.


Étant donné les graves dangers que le professeur Beltran encourt en retournant en Colombie à l’heure actuelle, l’ACPPU a appelé la direction de l’université à prolonger son congé de recherche, mais, malheureusement, celle-ci a refusé toute prolongation.


Les universités se doivent absolument de défendre la liberté académique et de garantir la sécurité de leur personnel. Compte tenu des risques indéniables et sérieux auxquels le professeur Beltran s’expose en retournant en Colombie, nous demandons instamment à l’Université nationale de revenir sur sa décision malavisée de refuser sa demande de prolongation de congé.


L’ACPPU continuera de suivre de près l’évolution de ce dossier. Nous ferons en sorte que nos membres et la communauté universitaire internationale soient tenus au courant de cette situation très critique en Colombie.  

dimanche 17 janvier 2010

COLOMBIE : Quatre brèves dans le même sens


par Hernando CALVO OSPINA, 11/1/2010. Traduit par Armando García, édité par Fausto Giudice, Tlaxcala
Original : Cuatro notas, un solo sentido


Un jour viendra

Il fait déjà l'objet d'une plainte pour crimes contre l’humanité devant la Coupe Pénale Internationale de La Haye. Ce sont des organisations de droits humains qui l'ont déposée. Le fait qu’il soit président empêche qu'on ouvre une enquête contre Álvaro Uribe Vélez.
Les crimes contre l’humanité sont au-dessus de tout crime. Malgré cela, Uribe Vélez a obtenu que plusieurs chefs narcoparamilitares, qui ont commis des milliers de meurtres horribles, soient extradés aux USA sous l’accusation de trafic de drogue.
Il a ainsi évité qu'ils continuent à raconter aux Colombiens comment lui-même, des politiciens de droite, des propriétaires fonciers, des cadres de l'armée et de multinationales ont instauré, tous unis, le terrorisme d'État.
Mais… aujourd'hui, la grande préoccupation du président, du vice-président Santos, de l'ex-ministre de la Défense - un autre Santos- et de beaucoup de « personnalités » est de ne pas être en mauvais termes avec Washington. Ils pourraient, pour une moindre brouille, finir devant un tribunal usaméricain. Les preuves qu'ont remis les paramilitaires et autres ex-fonctionnaires colombiens à la justice usaméricaine sont catégoriques. Et là, on les tient bien gardées, comme c'est la coutume aux USA…
C'est passé inaperçu. Le 24 novembre 2009 a été enregistrée au secrétariat du Sénat colombien « une dénonciation pénale pour délit de trahison de la Patrie » contre Uribe Vélez et des possibles coauteurs. Selon la plainte, les accords militaires signés avec les USA « violent les principes fondamentaux de la Constitution ».
Tant de crimes et de délits ne peuvent rester impunis. Si la justice colombienne ou la Cour Pénale Internationale n'y arrivent pas, un jour peut-être leur complice et protecteur se retournera contre eux. Dès qu’ ils ne serviront plus  à Washington, ou que leur image sera devenue indéfendable, ils seront alors traités comme des kleenex.
L'ex-secrétaire d'État US Henry Kissinger l'a dit: « Être notre allié est fatal ».

Menaces valables

Bien qu'il réside en Colombie, c'est la police fédérale usaméricaine, le FBI, qui a fait l'enquête. Dans les heures qui ont suivi sa capture, ses chefs d’inculpation lui ont été notifiés. Le jeune homme est supposé avoir menacé de mort, sur Facebook, les deux fils du président Álvaro Uribe Vélez.
Par un communiqué de la Présidence du 2 décembre, les rejetons disent : « Nous répudions tout acte de terrorisme, tel que l'incitation à l'homicide -indépendamment de sa motivation et de la personne qui le commet ».
Si l'acte du jeune homme était confirmé, il répéterait malheureusement une pratique des dirigeants colombiens. Il est courant de taxer les adversaires politiques légaux de « guérilléros » ou de «  terroristes ». Ceux qui ont été assassinés par des « inconnus » sont déjà des centaines.
Cela se fait depuis cinquante ans. Uribe Vélez a multiplié cette aberrante incitation au crime. La personne qui a le plus « mérité » ses attaques est la sénatrice Piedad Córdoba. Son inébranlable initiative d'aide à l'échange de prisonniers entre la guérilla et l'État est une des causes.
La quantité de grossièretés et de menaces proférées sur elle est déconcertante. La plupart se font dans la section « commentaires » des sites des principaux médias. On a identifié sur Facebook 30 groupes qui appellent à attenter à sa vie. Et pas une seule enquête.

Luis Carlos Galán, un crime d'État de plus ?

Le 18 août 1989, près de Bogota, Luis Carlos Galán, candidat à la présidence de Colombie, était assassiné
Ce dirigeant politique fut un des quatre candidats assassinés à cette époque.
Dans chaque cas, presque immédiatement, sans un minimum d'enquête, le chef du Département Administratif de Sécurité, le DAS, Miguel Bat Márquez, assurait que le responsable était le narcotrafiquant Pablo Escobar, chef du fameux Cartel de Medellín.
Presque personne n'osait douter de la parole « du meilleur policier du monde », comme l'avait nommé Washington. Il menait une guerre sans merci contre celui que Washington appelait le « pire criminel du monde ».
Comme on le sait, le cartel de Cali, aussi ennemi d'Escobar, livrait des informations à Maza. Par une de ces « coïncidences de la vie », le général était marié avec une parente d'un des principaux parrains de Cali. Détails sans importance…
Le 18 août 2009, à quelques heures de la prescription du meurtre de Galán, un des rares juges honnêtes et courageux de Colombie a ordonné la détention du Maza Márquez, déjà retraité.
Il l'a fait sur base du témoignage du chef narcoparamilitaire Ernesto Báez, qui a assuré que le policier « incorruptible » et « honnête » était derrière la mort de Galán.
Pablo Escobar a été responsable de centaines de crimes et d'assassinats. Mais beaucoup de ceux qu'ont commis de hauts responsables de l'État lui ont été attribués. Celui de Galán n'est qu'un échantillon.


Prisonniers politiques et de guerre

En Colombie il y a environ sept mille (7.000) prisonniers politiques et de guerre. Presque tous torturés. Femmes et hommes. Noirs, Indiens, mulâtres… syndicalistes, étudiants, guérilleros, paysans, enseignants, intellectuels…
Miguel Ángel Beltrán Villegas est l'un d'eux. À la demande de Bogotá, ce sociologue a été arrêté à Mexico le 22 mai 2009. Il y résidait en tant qu’universitaire invité. On allégua qu'il était membre des FARC.
Après avoir été torturé, il fut extradé - en violation des conventions entre les deux pays qui interdisent de le faire pour motifs politiques.
Le 23 décembre 2009, dans la nuit, Beltrán Villegas a été sorti de sa cellule de la prison Modelo de Bogotá. Selon des témoins, la seule explication qu'on lui a donnée est qu'il « serait transféré vers des terres froides ».
Aucune autorité n'a informé sa famille ou ses avocats de son transfert.
On ignorait à la date du 7 janvier où il se trouvait. Il a disparu.
Si à Cuba un contre-révolutionnaire est arrêté, la nouvelle fait le tour du monde et l'Union Européenne menace d'appliquer des sanctions. Si au Venezuela un « opposant » enfreint les lois et est arrêté, la presse mondiale se scandalise devant la « répression chaviste ».
Le gouvernement colombien étant un humble serviteur de Washington, les grands médias qui créent l'opinion font comme si de rien n'était. C'est comme si ces combattants populaires et révolutionnaires n'existaient pas. Ou s’ils méritaient ce qui leur arrive...

mardi 1 septembre 2009

Liberté pour Miguel Ángel Beltrán Villegas, prisonnier politique en Colombie !


http://www.tlaxcala-int.org/upload/gal_57.jpg
Nous soussignés, EXIGEONS la libération immédiate du Dr. Miguel Ángel Beltrán Villegas, sociologue et historien colombien arrêté au Mexique et déporté illégalement en Colombie en mai 2009 par le gouvernement complice de Felipe Calderón. Nous lui exprimons notre soutien ainsi que notre plus profonde indignation face au harcèlement dont souffrent ceux qui dénoncent et combattent les injustices en Amérique latine.
Miguel Ángel est actuellement emprisonné dans le quartier de haute sécurité de la prison modèle à Bogota. La détention de Miguel Ángel nous rappelle que les ailes du «
Condor » du collaborationnisme répressif continuent d’être déployées sur Amérique latine et nous ne pouvons d’aucune façon, accepter que l’impérialisme usaméricain avance encore plus dans sa soif de conquête et de domination.
L’emprisonnement de Miguel Ángel est un signe très clair de la volonté de criminaliser la protestation et la lutte sociale, de la part du gouvernement US et de ses valets locaux, qui n’hésitent pas à exercer le terrorisme d’État pour freiner le développement des mouvements sociaux sur le continent. Aujourd’hui, Miguel Ángel Beltrán est emprisonné sous l’accusation de “terrorisme”, alors que le terrorisme d’État en Colombie assassine, kidnappe, torture et emprisonne tout « opposant au régime », ce qui nous rappelle l’époque où les dictatures latino-américaines faisaient disparaître les combattants sociaux.
En concordance avec le coup d’État au Honduras, la Maison Blanche établit, maintenant, ses « bases » militaires en Colombie grâce à son principal allié, la marionnette Álvaro Uribe Vélez. Aujourd’hui, la Colombie est la plateforme à partir de laquelle l’Amérique latine se trouve à nouveau menacée. Exiger la libération immédiate de Miguel Ángel c’est aussi rejeter les ingérences impérialistes dans la région.
Depuis sa cellule de haute sécurité, Miguel Ángel a affirmé que les murs qui aujourd’hui « emprisonnent son corps », « n’emprisonnent pas son esprit », il a exprimé sa « conviction que dans ce combat, nous parviendrons à nos fins pour que dans le pays la pensée puisse circuler librement et qu’elle ne soit pas menacée par ces insensés qui aspirent à faire revivre les temps de l'inquisition, en condamnant au bûcher, ceux qui comme nous, expriment des idées et des opinions différents ». Nous faisons nôtres ses paroles.

jeudi 20 août 2009

« Ils m’accusent de terrorisme parce que j’ai écrit que les FARC sont une réponse historique aux multiples violences de l'État »


Lettre de la prison modèle de Bogotá de Miguel Ángel BELTRÁN VILLEGAS
Présenté par Nikolas Stolpkin, traduit par Esteban G., édité par Fausto Giudice, Tlaxcala
Original : Carta desde la cárcel Modelo de Bogotá: "Me acusan de terrorista por sustentar en mis escritos que las FARC son respuesta histórica a las múltiples violencias del Estado"
Sur l’auteur

L’arrestation suivie de l’expulsion de Miguel Angel Beltrán Villegas, sociologue et professeur colombien, survenues au Mexique le 22 mai dernier, nous en dit plus que le fait strict qui s’est produit. Il s’agit ici, tout d’abord, d'une collaboration subreptice des autorités mexicaines avec les autorités colombiennes dont nous ignorons jusqu'où elle pourrait aller. Assistons-nous à la mise en place d’un nouveau « Plan Condor » en Amérique latine ?
D'autre part, l’arrestation de Miguel Ángel Beltrán, accusé par le gouvernement colombien d'avoir des liens supposés avec les FARC-EP, car il aurait été « découvert » grâce à l'information magique des ordinateurs du dirigeant assassiné Raúl Reyes, pourrait nous rapprocher dangereusement de ce qui pourrait facilement faire partie d'un chapitre d'une bande dessinée de science-fiction : le délit consistant à exprimer nos idées ou nos pensées ou à être censé figurer sur une liste de contacts.
Jusqu'où les tentacules de la surveillance des êtres humains pourront-elles arriver?
Miguel Ángel Beltrán est aujourd'hui emprisonné en Colombie. Il n'a tué personne, il n'a pas volé, il n'a pas violé, et pourtant il est accusé d’être un « terroriste ». Tandis qu'à lui on promet une condamnation d’environ un demi-siècle, les véritables terroristes qui sèment la peur et la douleur en Colombie, eux, sont reçus dans un cadre politique appelé « Justice et Paix » où l’on réduit la peine de ces véritables criminels à 8 ans d’emprisonnement, tout simplement parce qu’ils reconnaissent effrontément leurs innombrables massacres de citoyens colombiens. Peut-il y avoir une justice en Colombie avec cette espèce de « justice » ?
Nous publions une lettre que Miguel Ángel a adressée à ses collègues de l’Association syndicale des enseignants universitaire (Asociación Sindical de Profesores Universitarios-ASPU) de Colombie le 20 juillet 2009.


Vous pouvez écrire à Miguel Ángel :
Miguel Ángel Beltrán Villegas
Cárcel Nacional Modelo
Pabellón de Alta Seguridad
CR 56 19-30
Bogotá
Cundanimarca
Colombie
En adressant une copie à :
libertadencolombia@gmail.com

Nikolas Stolpkin pour Tlaxcala
***
Chères et chers collègues de l’ASPU,

Deux mois ont passé depuis que j’ai été arbitrairement enfermé dans ce quartier de « haute sécurité ». Actuellement nous sommes 73 détenus (sur une population de 6102 prisonniers), isolés dans cette zone de la prison nationale modèle, qui peut être considérée comme étant une « prison dans la prison », éloignée des autres cours et où nous n’avons droit qu’à une heure de soleil par jour.

Ici, je partage le sort non seulement de commandants guérilleros mais, aussi de narcotrafiquants reconnus et de chefs paramilitaires qui comme « Zeus » et « Niche » sont accusés d'être les auteurs de nombreux massacres d’hommes, de femmes et d’enfants sans défense. Heureusement, ces derniers se trouvent à un étage différent.

Chaque fois que je passe les portes de cette institution carcérale pour une audition ou une interview avec les médias, les impressionnants dispositifs de sécurité révèlent que suis considéré comme un accusé de très grand danger pour les autorités carcérales. « Le terroriste le plus dangereux des FARC », selon des paroles du président Uribe lui-même qui m'a condamné, sans être jugé, et a remercié le président mexicain Felipe Calderón pour sa collaboration à ma capture, même si les juges de garantie et d'appel ont insisté sur le fait que mon incarcération s'était produite en Colombie.

La véritable ironie est atteinte. Alors que le procureur me promet une peine de plus de quarante ans pour délit de rébellion et association pour commettre des délits à des fins terroristes, il protège au travers de la politique de « justice et paix » les véritables criminels, ceux qui ont semé la terreur dans tout le pays, en leur offrant de purger pour leurs dizaines d'homicides seulement 8 ans de prison, en échange de leur confession. Dans d'autres cas, la justice ne s’est même pas chargée d'eux et ils sont maintenus en totale impunité dans des emplois publics importants ou à de hauts postes de direction dans les forces armées.

Dans mon dossier on ne m’accuse pas d’avoir massacré des paysans à la tronçonneuse, de même que l’on ne m’attribue pas l’assassinat de jeunes provenant de secteurs populaires présentés ensuite comme des « faux positifs » ; on ne m'impute pas de traitements cruels, inhumains et dégradants contre qui que ce soit; et on m’accuse encore moins de crime contre l’humanité : au contraire, on m’accuse « d’incitation au terrorisme » pour avoir dénoncé ces faits et dévoilé la responsabilité de l'État colombien et des Forces armées dans ces crimes: Je suis accusé d'être un terroriste car je soutiens dans mes écrits dans des forums publics, que les FARC sont une réponse historique aux multiples violences de l'État, parce que dans ce pays, il y a un décret présidentiel disant qu’il n'existe pas de conflit armé, bien que le nombre de déplacés par la violence dépasse déjà 4 millions de personnes.


Le fait que mes activités universitaires soient citées comme indices pour m'inculper, démontre qu'il s'agit d'une tentative claire de criminaliser un travail d’enseignement et de recherche qui gêne l'establishment.

Par le passé ce même genre d’accusations avaient été portées contre des professeurs universitaires renommés comme le sociologue Alfredo Correa, qui avait été accusé d'être un « idéologue des FARC » ; dans ce cas les fausses inculpations provenaient d'informations fournies par les organismes mêmes de renseignement de l'État, concrètement du DAS [Département Administratif de Sécurité], institution qui dépend directement de la Présidence de la République. Bien que son innocence ait pu être confirmée durant son procès, le droit à la vie ne fut pas garanti au professeur Correa : quelques semaines après sa libération, il était assassiné dans les rues de Barranquilla.

Manifestation devant l'Institut National des Migrations (Mexico) en soutien à l’universitaire colombien Miguel Ángel Beltrán Villegas. Photo Guillermo Sologuren/La Jornada


Actions de soutien au Dr. Miguel Ángel Beltrán Villegas à l'Université Nationale de Colombie

Malheureusement, cette politique de harcèlement contre l’université colombienne n'est pas une chose du passé, au contraire elle s’est amplifiée avec la mal nommée politique de « sécurité démocratique ». William Javier Díaz est un exemple de ces machinations, membre du Taller de Formación Estudiantil Raíces [TJER-Atelier de Formation Estudiantine Racines], qui pendant plus d’une décennie a développé des séminaires sur la pensée sociale à l'Université Pédagogique et à l'Université de district « Francisco José Caldas », avec l’aide d’universitaires et de chercheurs reconnus, aujourd'hui il est victime d'un même montage juridique, par lequel, selon la base de sombres archives d'un ordinateur soi-disant saisi sur la guérilla, il est présenté comme un militant des FARC.

De cette manière l'État projette de nous punir et de punir tous ceux qui considèrent que les étudiants doivent être en contact permanent avec les problèmes sociaux non seulement du passé mais aussi du présent ; que les futurs professionnels doivent rester en contact avec les tenaces et dures réalités d'un pays continent qui semble aujourd'hui se réveiller après des années de léthargie.

L'université, qui est le centre par excellence de la production et de la circulation de la pensée critique, ne peut pas céder à cette intimidation, en se protégeant derrière une supposée neutralité de la théorie, ni en s’abritant dans la tour d'ivoire d'une connaissance d'experts étrangère à tout engagement avec la réalité sociale, les libertés de la pensée et de l'expression - le professeur universitaire également militant des droits humains, Héctor Abbé Gómez, écrivait - « C’est un droit durement conquis par des milliers d'êtres humains à travers l'histoire, un droit que nous devons conserver. L'histoire démontre que la conservation de ce droit requiert des efforts constants, souvent des combats, et parfois, des sacrifices personnels ».


Journée d'action pour Miguel Ángel à l'Université nationale à Bogotá le 31 juillet dernier


En Colombie, l'Association Syndicale des Enseignants Universitaires a été un instrument de défense de ce droit, en préservant par son combat l’« alma mater » [c’est-à-dire l’Université, du lat. mère nourricière, NdT], non seulement des barbares qui prétendent la faire taire en recourant à la violence et à la menace, mais en faisant face à la politique néolibérale qui cherche à l'asphyxier.

La généreuse solidarité que vous m'avez offerte durant ces deux longs mois de détention, confirme cet engagement que vous avez maintenu pendant des décennies au nom de la défense de l'éducation supérieure et que cette lutte concerne non seulement ma liberté mais aussi la liberté et le respect du travail scientifique et intellectuel.

Depuis ces quatre murs qui emprisonnent mon corps, mais pas ma pensée, je veux vous faire parvenir l’expression de mes sincères remerciements pour vos gestes de solidarité et de ma conviction que dans ce combat nous arriverons à nos fins, pour que dans le pays la pensée puisse circuler librement et qu’elle ne soit pas menacée par ces insensés qui aspirent à faire revivre les temps de l'inquisition, en condamnant au bûcher ceux qui comme nous expriment des idées et des opinions différents.

Accolade fraternelle.

Miguel Ángel Beltrán Villegas
Cárcel Nacional Modelo. Pabellón de Alta Seguridad
[Prison Nationale Modèle. Quartier de Haute Sécurité]
Bogotá, le 20 juillet 2009













Source : Carta desde la cárcel Modelo de Bogotá: "Me acusan de terrorista por sustentar en mis escritos que las FARC son respuesta histórica a las múltiples violencias del Estado"

Article original publié le 26/7/2009

Sur l’auteur

Nikolas Stolpkin est rédacteur du blog Stolpkin et auteur associé à
Tlaxcala, le réseau de traducteurs par la diversité linguistique, dont Esteban G., rédacteur du blog http://letacle.canalblog.com/, et Fausto Giudice, rédacteur du blog Basta ! Journal de marche zapatiste, sont membres . Cet article peut être reproduit librement à condition de respecter son intégrité et mentionner les auteurs et la source.



URL de cet article en Tlaxcala : http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=8372&lg=fr