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lundi 23 août 2010

Nicola and Bart

Le 23 Août 1927, Nicola Sacco, Bartolomeo Vanzetti et Celestino Madeiros étaient exécutés sur la chaise électrique dans le Massachussets. Nous ne les oublions pas !
Si vous ne connaissez pas leur histoire, lisez ici

Dessin de notre camarade Juan Kalvellido


Détail de la mosaïque de Ben Shahn (1898–1969) consacrée à Sacco et Vanzetti, Université de Syracuse, USA

La Passion de Sacco et Vanzetti, par Ben Shahn



mercredi 30 juin 2010

Patrice Emery Lumumba (1925-1961)

Discours du 30 Juin 1960, jour de l'indépendance du Congo

Patrice Emery Lumumba aura été une étoile filante dans le ciel  de l’Afrique à peine indépendante. Élu Premier ministre en 1960, destitué quatre mois plus tard, il est assassiné le 17 janvier 1961, suite à un complot mêlant la puissance coloniale belge, la CIA et les services secrets français. Ce que toutes ces puissances ne lui pardonnaient pas, c’était de vouloir rompre avec le colonialisme qui, au Congo, fut particulièrement féroce. Patrice Lumumba a scellé son destin le jour même de l’Indépendance, par son discours, non prévu. En disant la vérité du colonialisme, il se condamnait à mort.
Le 30 juin 1960, jour de l'indépendance du Congo, le Palais de la Nation à Léopoldville (l'actuelle Kinshasa) reçoit les membres de la famille royale belge dont le roi Baudoin 1er, des représentants du gouvernement belge, des administrateurs coloniaux, le parlement congolais, la presse internationale pour célébrer cette nouvelle ère pour le Congo.  L'évènement est radiodiffusé dans tout le pays et couvert par la presse internationale. La foule s'amasse devant le Palais de la Nation pour assister à un évènement historique. Le protocole voulait que le roi Baudoin puis le président Kasavubu fassent un discours pour l'indépendance du Congo mais le Premier ministre Lumumba élu par le parlement ne l'entendit pas de cette oreille.
Le discours du roi des Belges, Baudoin 1er, fut un discours de légitimation de la colonisation, une véritable apologie de l'oeuvre du roi Léopold II.  
 "L'indépendance du Congo constitue l'aboutissement de l'oeuvre conçue par le génie du roi Léopold II, entreprise par lui avec un courage tenace et continuée avec persévérance par la Belgique"
Il sonnait aux oreilles des nationalistes congolais comme une insulte à la mémoire des millions de morts générés par la politique monstrueuse du roi Lépold II, grand-oncle du roi Baudoin. "Pour caractériser le colonialisme léopoldien, les sources les plus diverses utilisaient les notions et les concepts les plus évocateurs pour l'époque, curse ("malédiction"), slave state ("Etat esclavagiste"), rubber slavery ("esclavage du caoutchouc"), crime, pillage...Aujourd'hui on n'hésite plus à parler de génocide et d'holocauste" (Elikia M'Bokolo, Le livre noir du colonialisme. XVIè-XXIè siècle : de l'extermination à la repentance, p.434). On peut d'ailleurs pour évaluer l'ampleur de la monstruosité coloniale au Congo sous Léopold II consulter de nombreuses références* . Un documentaire britannique intitulé « Le Roi blanc, le caoutchouc rouge, la mort noire »   réalisé par Mark Dummett et produit par la BBC a suscité les foudres de la maison royale et du ministre des affaires étrangères Louis Michel lors de sa diffusion sur la RTBF le 8 avril 2004. Le passage incriminé était un commentaire faisant le parallèle entre la colonisation de Léopold II et le génocide hitlérien. Même si bon nombre de ces enquêtes sont postérieures à 1960, ni la Belgique, ni les Congolais ne pouvaient ignorer le cataclysme pour le Congo que fut le règne de Léopold II. Les travaux de l'avocat afro-américain George Washington Williams, du missionnaire afro-américain William Shepperd, du journaliste britannique Edmund Dene Morel, du consul britannique Roger Casement, du premier mouvement des droits de l'homme (Anti-Slavery International) furent à l'origine d'une commission d'enquête belge instituée par décret le 23 juillet 1904 et dont les témoignages ne furent pas publiés. Cette commission fut relayée par une de nombreux articles dans la presse et par une abondante littérature dont les fleurons les plus célèbres sont Au coeur des ténèbres de Joseph Conrad (1905) et The crime of the Congo (1909) de Sir Arthur Conan Doyle.
Le discours de Baudoin Ier en faisant l'apologie de son grand oncle et de l'oeuvre coloniale apparaît pour les colonisés comme un discours de légitimation des nombreuses humiliations et discrimination qui ont jalonné la colonisaton : arrestations arbitraires, exécutions sommaires, répressions sanglantes, spoliations et expropriations... En juin 1960, aucun Noir ne dépassait le grade de sergent-chef dans la Force Publique (force coloniale belge), et le dérisoire statut "d'évolué", censé couronner les efforts d'assimilation des indigènes, concerne à peine un millier de Congolais sur treize millions.
Baudoin Ier :
"Ne compromettez pas l'avenir par des réformes hâtives, et ne remplacez pas les organismes que vous remet  la Belgique, tant que vous n'êtes pas certains de pouvoir faire mieux...N'ayez crainte de vous tourner vers nous. Nous sommes prêts à rester à vos côtés pour vous aider de nos conseils, pour former avec vous les techniciens et les fonctionnaires dont vous aurez besoin."
Au discours pro-colonial du roi Baudoin répondra le discours officiel insignifiant du président du parlement, Joseph Kasavubu qui remercie le roi et en appelle à Dieu : "...Dans une attitude de profonde humilité j'ai demandé à Dieu qu'il protège notre peuple et qu'il éclaire tous ses dirigeants...".
Puis il y eut l'allocution non annoncée du Premier Ministre Patrice Emery Lumumba à la grande surprise du gouvernement belge et de la maison royale. Son discours, pour les Congolais, fut libérateur  de tant d'humiliations, de brimades et de crimes contre l'humanité subis et jamais dénoncés publiquement. Il fut interrompu à huit reprises par les applaudissements de la foule  et son discours fut couronné par une véritable ovation tandis que le roi Baudoin devint livide selon nombre d'observateurs. Lumumba intervint immédiatement après l'allocution du président congolais. C'est Joseph Kasongo, le président de la chambre des représentants qui donna la parole au Premier ministre à la grande stupéfaction du gouvernement Eyskens et du roi. Aucun des spectateurs de cette journée n'avait eu le projet de texte de Lumumba, ni la presse, ni les Belges, ni les Congolais. Jean Van Lierde, ami belge de Lumumba, raconte comment il a vu Lumumba corriger son texte durant l'allocution du roi Baudoin et du président Kasavubu. C'est le contenu du discours qui va sceller le sort de Lumumba et montrer au monde entier de quelles valeurs, de quelle idéologie politique il était trempé. Pour la première fois, un "nègre" devenu le plus haut responsable du gouvernement congolais, révèle au monde entier le sort que les colonisés ont subi sous le joug colonial au Congo. Comble du déshonneur, il ne s'adresse ni au roi, ni au gouvernement belge mais aux Conglais, reléguant les anciens colons au rôle de spectateurs :

Ce portrait de Lumuba, commandé au peintre Bernard Safran pour orner la couverure du TIME MAGAZINE du 22 août 1960, ne parut jamais, car il fut remplacé au dernier moment par un portrait de Dag Hamarskjöld, le Secrétaire général de l'ONU, qui venait de mourir dans un accident d'avion, resté inexpliqué à ce jour, au...Congo


Discours du 30 Juin 1960


Congolais et Congolaises,
Combattants de l'Indépendance aujourd'hui victorieux, Je vous salue au nom du gouvernement congolais.
 A vous tous, mes amis, qui avez lutté sans relâche à nos côtés, je vous demande de faire de ce 30 juin 1960 une date illustre que vous garderez ineffablement gravée dans vos coeurs, une date dont vous enseignerez avec fierté la signification à vos enfants, pour que ceux-ci à leur tour fassent connaître à leurs fils et à leurs petits-fils l'histoire glorieuse de notre lutte pour la liberté.
Car cette Indépendance du Congo, si elle est proclamée aujourd'hui dans l'entente avec la Belgique, pays ami avec qui nous traitons d'égal à égal, nul Congolais digne de ce nom ne pourra jamais oublier cependant que c'est par la lutte qu'elle a été conquise (applaudissements), une lutte de tous les jours, une lutte ardente et idéaliste, une lutte dans laquelle nous n'avons ménagé ni nos forces, ni nos privations, ni nos souffrances, ni notre sang.
Cette lutte, qui fut de larmes, de feu et de sang, nous en sommes fiers jusqu'au plus profond de nous-mêmes, car ce fut une lutte noble et juste, une lutte indispensable pour mettre fin à l'humiliant esclavage qui nous était imposé par la force.
Ce que fut notre sort en 80 ans de régime colonialiste, nos blessures sont trop fraîches et trop douloureuses encore pour que nous puissions le chasser de notre mémoire. Nous avons connu le travail harassant exigé en échange de salaires qui ne nous permettaient ni de manger à notre faim, ni de nous vêtir ou nous loger décemment, ni d'élever nos enfants comme des êtres chers.
Nous avons connu les ironies, les insultes, les coups que nous devions subir matin, midi et soir, parce que nous étions des nègres. Qui oubliera qu'à un Noir on disait "tu", non certes comme à un ami, mais parce que le "vous" honorable était réservé aux seuls Blancs ?
Nous avons connu que nos terres furent spoliées au nom de textes prétendument légaux qui ne faisaient que reconnaître le droit du plus fort. Nous avons connu que la loi était jamais la même selon qu'il s'agissait d'un Blanc ou d'un Noir : accommodante pour les uns, cruelle et inhumaine pour les autres. Nous avons connu les souffrances atroces de relégués pour opinions politiques ou croyances religieuses ; exilés dans leur propre patrie, leur sort était vraiment pire que la mort elle-même. Nous avons connu qu'il y avait dans les villes des maisons magnifiques pour les Blancs et des paillotes croulantes pour les Noirs ; qu'un Noir n'était admis ni dans les cinémas, ni dans les restaurants, ni dans les magasins dits européens ; qu'un Noir voyageait à même la coque des péniches, aux pieds du Blanc dans sa cabine de luxe.
Qui oubliera enfin les fusillades dont périrent tant de nos frères, les cachots où furent brutalement jetés ceux qui ne voulaient plus se soumettre au régime d'une justice d'oppression et d'exploitation ? (Applaudissements.)
Tout cela, mes frères, nous en avons profondément souffert.
Mais tout cela aussi, nous que le vote de vos représentants élus a agréés pour diriger notre cher pays, « Nous qui avons souffert dans notre corps et dans notre coeur de l'oppression colonialiste, nous vous le disons tout haut, tout cela est désormais fini. »
La République du Congo a été proclamée et notre cher pays est maintenant entre les mains de ses propres enfants.
Ensemble, mes frères, mes soeurs, nous allons commencer une nouvelle lutte, une lutte sublime qui va mener notre pays à la paix, à la prospérité et à la grandeur.
Nous allons établir ensemble la Justice sociale et assurer que chacun reçoive la juste rémunération de son travail. (Applaudissements).
Nous allons montrer au monde ce que peut faire l'homme noir quand il travaille dans la liberté, et nous allons faire du Congo le centre de rayonnement de l'Afrique tout entière.
Nous allons veiller à ce que les terres de notre patrie profitent véritablement à ses enfants. Nous allons revoir toutes les lois d'autrefois et en faire de nouvelles qui seront justes et nobles.
Nous allons mettre fin à l'oppression de la pensée libre et faire en sorte que tous les citoyens puissent jouir pleinement des libertés fondamentales prévues dans la déclaration des Droits de l'Homme. (Applaudissements.)
Nous allons supprimer efficacement toute discrimination quelle qu'elle soit et donner à chacun la juste place que lui vaudra sa dignité humaine, son travail et son dévouement au pays.
Nous allons faire régner, non pas la paix des fusils et des baïonnettes, mais la paix des coeurs et des bonnes volontés. (Applaudissements.)
Et pour tout cela, chers compatriotes, soyez sûrs que nous pourrons compter, non seulement sur nos forces énormes et nos richesses immenses, mais sur l'assistance de nombreux pays étrangers dont nous accepterons la collaboration chaque jour qu'elle sera loyale et ne cherchera pas à nous imposer une politique, quelle qu'elle soit.  (Applaudissements.)
Dans ce domaine, la Belgique qui, comprenant enfin le sens de l'histoire, n'a pas essayé de s'opposer à notre indépendance est prête à nous accorder son aide et son amitié, et un traité vient d'être signé dans ce sens entre nos deux pays égaux et indépendants. Cette coopération, j'en suis sûr, sera profitable aux deux pays. De notre côté, tout en restant vigilants, nous saurons respecter les engagements librement consentis.
Ainsi, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, le Congo nouveau, notre chère République que mon gouvernement va créer, sera un pays riche, libre et prospère. Mais pour que nous arrivions sans retard à ce but, vous tous, législateurs et citoyens congolais, je vous demande de m'aider de toutes vos forces.
Je vous demande à tous d'oublier les querelles tribales qui nous épuisent et risquent de nous faire mépriser à l'étranger.
Je demande à la minorité parlementaire d'aider mon gouvernement par une opposition constructive et de rester strictement dans les voies légales et démocratiques.
Je vous demande à tous de ne reculer devant aucun sacrifice pour assurer la réussite de notre grandiose entreprise.
Je vous demande enfin de respecter inconditionnellement la vie et les biens de vos concitoyens et des étrangers établis dans notre pays. Si la conduite de ces étrangers laisse à désirer, notre justice sera prompte à les expulser du territoire de la République ; si par contre leur conduite est bonne, il faut les laisser en paix, car eux aussi travaillent à la prospérité de notre pays.
L'Indépendance du Congo marque un pas décisif vers la libération de tout le continent Africain.  (Applaudissements.)
Voilà, Sire, Excellences, Mesdames, Messieurs, mes chers compatriotes, mes frères de race, mes frères de lutte, ce que j'ai voulu vous dire au nom du gouvernement en ce jour magnifique de notre Indépendance complète et souveraine.  (Applaudissements.)
Notre gouvernement, fort, national, populaire sera le salut de ce pays. J'invite tous les citoyens congolais, hommes, femmes et enfants, à se mettre résolument au travail en vue de créer une économie nationale prospère qui consacrera notre indépendance économique.
Hommage aux combattants de la liberté nationale !
Vive l'Indépendance de l'Unité Africaine !
Vive le Congo indépendant et souverain !  (Applaudissements prolongés.)

À voir et à entendre
“Africa will write its own history… » Conflict rages in the  Congo ! (English, 9’56”)
Vie et mort de Patrice Lumumba (une émission « M. X »sur France-Inter avec des images des actualités télévisées sur le Congo d’aujourd’hui) : 1ère partie, 9’57 , 2ème partie, 9’57 

Lumumba, le "Casus Belli", 3’58” (avec un extrait du discours du 30 juin 1960 et le récit de Jean Van Lierde, ami belge de Lumumba sur cette journée)

Lumumba, the plot, 3’58” : « Sa destitution devient notre objectif principal » (message de la CIA)
La bestialidad del imperialismo
, discurso de Ernesto Che Guevara antes las Naciones Unidas el 11 de diciembre de 1964, sobre l’imperialismo, Argelia, Vietnam, Congo y Lumumba (“Bajo la bandera de Naciones Unidas fue asesinado Lumumba”), en español con sottotitoli italiani, 5’12''



“Lumumba a choisi le mauvais camp : il était…plus ou moins…communiste » : 17 janvier 1961 : L’assassinat de Lumumba, une mort de style colonial, documentaire de Michel Noll (2001) , 52’

Et enfin, le fameux Indépendance ChaCha, de l’incomparable musicien Joseph Kabasele, alias Grand Kallé, qui fournit la musique de fond de cette époque de grands bouleversements.

vendredi 17 avril 2009

Un instant de détente

Les occasions de rigoler un bon coup se faisant de plus en plus rares, nous ne pouvions pas laisser échapper celle-ci.

mercredi 25 mars 2009

La vie de Miguel Enríquez et le MIR

par Pedro NARANJO SANDOVAL. Traduit par Gérard Jugant, révisé par Thierry Pignolet et Fausto Giudice, Tlaxcala
Miguel Enríquez aurait eu 65 ans le 27 mars 2009. Mais il est mort, âgé d’à peine 30 ans, le 5 octobre 1974, à Santiago du Chili, assassiné par les sbires de la dictature militaire qui s’était abattue sur le Chili le 11 septembre 1973.
Miguel Enríquez était l’un des fondateurs et le dirigeant du MIR, le Mouvement de la gauche révolutionnaire. Il avait consacré les dix dernières années de sa courte vie à la lutte révolutionnaire.
Pedro Naranjo Sandoval, qui fut un militant du MIR, dont il s’est fait l’historien, nous raconte la vie de Miguel Enríquez.

cliquer sur l'image pour ouvrir le document

Pour commander des éditions papier du document, écrire à tlaxcala@tlaxcala.es



Source : La vida de Miguel Enríquez y el MIR

Article original publié en 2004

Sur l’auteur

jeudi 25 septembre 2008

Ceux qui se lèvent aux côtés de la Bolivie et d’Evo le font pour tous les peuples et tous les temps !

Appel à la Rencontre internationale de solidarité avec la Bolivie à Santa Cruz, Bolivie, du 23 au 25 octobre 2008

Versión española
English version

1. Nous, habitants dignes de ce continent, Abya Yala1, luttons depuis des siècles pour restaurer le Sumak Kawsay 2 (le bien vivre), dont nous avons été dépossédés par les envahisseurs et les colonisateurs qui se sont succédés. À chaque époque, ils ont assassiné les dirigeants dignes et dépouillé les peuples de leurs richesses. Possédés par leur cupidité, ils ont violé tous les droits des hommes et ceux de la Pachamama3 avec la complicité et l’aval des membres des hiérarchies religieuses, qui ont pactisé avec le pouvoir politique et économique à chaque époque de l’histoire.


2. 516 ans après le début de la conquête de notre continent, les nouveaux envahisseurs et conquistadors cherchent à faire avorter le nouveau mouvement de libération en Amérique latine. Nus assistons au retour des descendants des assassins et pillards, dont la politique néolibérale provoque de nouveaux massacres et pillages.


3. L’impérialisme usaméricain et ses alliés des secteurs oligarchiques d’Amérique latine cherchent à stopper les processus de libération, entre autres à Cuba, au Venezuela, en Bolivia, en Équateur, au Paraguay et au Nicaragua. Les oppresseurs laissent ainsi tomber leur toison de brebis, laissant apparaître pleinement leurs gueules de loups rapaces, prêts à tout pour sauver leur système politique, économique, social et culturel, devenu caduc. La Bolivie est aujourd’hui la cible de la plus grande offensive de ces secteurs qui croient être les maîtres du monde et ont l’intention de s’approprier de manière permanente l’eau, le gaz, le pétrole et la terre qui appartiennent a peuple bolivien.


4. En Bolivia, les groupes qui forment la "media luna"4 sont des groupes fascistes civiques et préfectoraux, héritiers des hommes qui avaient servir Hitler dans son projet de mort et s’étaient enfuis après la défaite de 1945 dans divers pays dont la Bolivie. Ces groupes ne peuvent pas comprendre que l’heure a sonné : ce qui a été volé doit éter restituté à ses propriétaires légitimes.


Ils ne supportent pas qu’en Bolivie, pour la première fois dans l’histoire de l’Amérique latine, le peuple ait élu comme président, avec plus de 53% des voix, le frère aymara Evo Morales Ayma,héritier des rébellions de Tupac Katari, Bartolina Sisa, Tupak Amaru et du Che Guevara; un homme enfanté par la Pachamama, qui s’est forgé dans l’insurrectioon sociale à la lumière du feu millénaire de la feuilel sacrée de coca; un homme qui a convoqué la nouvelle Assemblée constituante et a gagné proprement et dignement toues les batailles; qui lutte pour une authentique réforme agraire dans un pays dont plus de 80% des habitants sont pauvres et qui a été confirmé comme président par par 67,4 % des voix au référendum du 10 Août ; qui a nationalisé les ressources stratégiques comme le pétrole et le gaz naturel ; qui a mis en oeuvres des mesures de solidarité sociale en faveur des déshérités ; qui par un geste digne, a expulsé l’ambassadeur US à La Paz Philip Goldberg, qui conspirait contre la souveraineté de la Bolivie et ne respectait pas le droit à l’autodétermination des peuples. Toutes ces mesures et d’autres illustrent l’engagement irrévocable d’Evo à servir le peuple qui l’a élu et confirmé à son poste..


5. Ces secteurs antidémocratiques qui n’acceptent pas leur défaite et désespéré à l’idée de perdre leurs privilèges, ont lancé le plan de division du pays pour l’autonomie des États de Santa Cruz, Tarija, Beni et Pando, et ils ont mis en oeuvre une nouvelle phase de leur plan putschiste, en utilisant le groupe terroriste baptisé "juventud cruceñista" (« jeunesse de Santa Cruz »), en s’emparant des sièges d’institutions publiques. Guidés par leur désir frénétique de déstabiliser le gouvernement légitime du président Evo Morales, ils massacrent et assassinent des dizaines d’indigènes et de paysans désarmés à Porvenir (Pando), lesquels rejoignent par leur sacrifice les milliers de héros et martyrs qui ont offert leur vie pour la récupértaion défintive Sumak Kawsay sur notre continent.


6. Face à cette situation, au nom du cri aimant et rebelle de la Pachamama pour la justice, au nom des femmes et hommes dignes que nous sommes, désireux de laisser à nos fils et filles une planète où la fraternité universelle puisse être vécue, de par l’exercice du droit à une vie digne, à l’autodétermination des peuples et dans le respect de la coexistence interculturelle et plurculturelle, pour un monde juste et fraternal, nous appelons toutes les organisations indgènes, afroaméricaines, paysannes, ouvrières, féminines, les mouvements sociaux et étudiants, les réseaux, intellectuels,personnalités, amis et amis des causes révolutionnaires, à participer à la Reencontré internationale de solidarité avec la Bolivia, qui aura lieu à Santa Cruz de Bolivia du 23 au 25 Octobre 2008, pour unir nos forces et nos coeurs et témoIgner ensemble à la face du monde que LA BOLIVIE N’EST PAS SEULE À LUTTER.


Pour cela nous faisons notres ces mots du président Evo Morales :

"Je me tromperai souvent – qui ne se trompe jamais -, mais dans la lutte contre la colonisation néolibérale, jamais je ne me tromperai, jamais je ne vous trahirai. "
(Evo Morales, Umala 3 Mai 2008)

Appel lancé par :

* Confederación de Pueblos de la Nacionalidad Kichwa del Ecuador/Confédération des peuples de nationalité kichwa de l’Équateur (ECUARUNARI) – Ecuador
* Confederación de Nacionalidades Indígenas del Ecuador/Confédération des nationalités indigènes d’Équateur (CONAIE) - Ecuador
* Organización Nacional Indígena de Colombia/Organisation nationale indigène de Colombie (ONIC) - Colombia
* Consejo de Todas las Tierras/Conseil de toutes le terres - Chile
* Movimiento Sin Tierra/Mouvement des Sans Terre (MST) - Brasil
* Vía Campesina - Brasil
* Tlaxcala, le réseau des traducteurs pour la diversité linguistique

Pour signer l'appel et plus d'informations :

agenciaplurinacional@yahoo.com - todosconbolivia@yahoo.es


Notes du traducteur

1 - Abya Yala est le nom choisi en 1992 par les nations indigènes d'"Amérique" pour désigner le continent au lieu de le nommer d'après Amerigo Vespucci.
L'expression « Abya Yala » vient de la langue des Kunas, un peuple indigène de Panama et de Colombie qui utilise cette expression pour nommer l'Amérique. Les mots signifient « terre dans sa pleine maturité ». Le leader indigène aymara de Bolivie Takir Mamani a proposé que tous les peuples indigènes des Amériques nomment ainsi leurs terres d'origine, et utilisent cette dénomination dans leurs documents et leurs déclarations orales, arguant que « placer des noms étrangers sur nos villes, nos cités et nos continents équivaut à assujettir notre identité à la volonté de nos envahisseurs et de leurs héritiers. » La proposition de Takir Mamani a reçu un accueil favorable dans divers secteurs. La
première rencontre continentale des peuples et groupes ethniques d’Abya Yala a eu lieu à La Paz en Octobre 2006.

2 - Sumak Kawsay : « bien vivre », expression d’ un concept ancestral des indigènes d’Équateur, du Pérou et de Bolivie, sur la manière d’être au monde, dans le respect des hommes et de la nature, dont l’introduction dans la nouvelle Constitution est actuellement débattue en Équateur, pour marquer une rupture avec la conception capitaliste de la société, de la croissance et du développementLa Pachamama.

3 - Pachamama : Terre-Mère dans la civilisation Tiwanaku (Ve-XIe siècle) puis dans la civilisation inca, à laquelle les Quechuas et Aymaras continuent de faire des offrandes (challa ou pago) le 1er Août de chaque année. Elle est associée à la fécondité, donc à une femme et une mère qui prodigue bienfaits et soins, et nourrit ses enfants. Le terme vient des mots quechua pacha, qui signifie à la fois " terre " et " temps ", et mama, "mère".

4 - Media Luna : litt. le croissant, terme désignant les 4 départements de l’est de la Bolivie dont les préfets ont pris la tête de la subversion « sécessionniste » contre le gouvernement central.



Une Bolivienne agite un drapeau aymara, la wipala, à La Paz, le 12 Octobre 2006, lors de la clôture de la première rencontre continentale des peuples et groupes ethniques d’Abya Yala . Photo AIZAR RALDES/AFP/Getty Images


Source : Tlaxcala, Traduit par Fausto Giudice

Article original publié le 24 Septembre 2008


jeudi 18 septembre 2008

Les maoïstes amorcent la réforme en République du Népal

par Alberto CRUZ, CEPRID, 2 Septembre 2008 Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala

Le Parti communiste du Népal (maoïste) dirige désormais le gouvernement du pays de l’Himalaya. Cela n’a pas été un chemin facile. Il a mené pendant plus de 10 ans une guerre populaire révolutionnaire qui lui a permis de prendre le contrôle du 80 % du territoire, à l’exception de la vallée de Katmandou. C’est sur la base de cette réalité indéniable et des défaites militaires retentissantes qu’il a infligées à l’armée qu’il a accepté de signer un accord politique avec une alliance de sept partis qui a permis la réalisation d’une série de mobilisations populaires qui ont abouti à la déroute de la monarchie féodale qui avait gouverné le pays durant 240 ans.

Après cette déroute monarchique, un gouvernement provisoire a élaboré une constitution, également provisoire et, des élections ont finalement eu lieu, après deux reports dus aux atermoiements réitérés de l’Alliance de Sept Partis à mettre en œuvre certains aspects de l’accord en 22 points signé avec les maoïstes. Dans ces élections, le PCN(m) est le parti qui a obtenu le meilleur score avec 30 % des voix. Les partis réactionnaires et “modérés” ont subi un échec écrasant masqué seulement par l’adoption du système proportionnel qui leur a garanti un nombre suffisant de sièges pour obliger le PCN(m) à pactiser, allant même jusqu’à faire toutes les manoeuvres possibles pour l’écarter du nouveau gouvernement.

Cette situation, qui a duré quatre mois, a permis que le président de la nouvelle république du Népal – la première mesure après les élections a été l’abolition de la monarchie - soit un droitier du Congrès Népalais et que le vice-président soit un représentant du Forum des Droits du Peuple Madhesi (FDPM) - qui a fait le serment de prise de fonction en hindi et non en népalais, comme cela était prévu dans la Constitution provisoire. Le FDPM est une organisation d’origine hindouiste qui réclame une ample autonomie pour la zone la plus riche du pays, politiquement pro-monarchiste et partisane de maintenir les liens actuels avec l’Inde.

Non contents de ravir les postes principaux de l’État aux maoïstes, les partis réactionnaires et leurs alliés sociaux-démocrates du Parti communiste du Népal - Unification Marxiste-Léniniste (PCN-UML) ont réformé la constitution provisoire pour que le Premier ministre puisse être destitué par une majorité simple de l’assemblée et non par les deux tiers, comme cela avait été décidé avant la victoire électorale des maoïste. Cela faisait apparaître clairement comment ils entendent faire face à la volonté populaire quand elle leur est défavorable, et dans le même temps, les problèmes qu’aurait à affronter le PCN (m) s’il parvenait à diriger le gouvernement, ce qui a finalement été le cas.

Les alliances au Népal sont très fragiles et la devise pourrait être : “Tout pour le pouvoir”. Les alliés d’hier sont les ennemis d’aujourd’hui et les ennemis d’aujourd’hui pourront être alliés demain. Après avoir été battu dans l’élection pour les charges de président et de vice-président, le PCN (m) a décidé de ne pas prendre la tête du gouvernement, malgré son incontestable triomphe électoral et de se maintenir dans l’opposition. Deux semaines plus tard, il a changé de position et a accepté d’assumer la charge de Premier ministre et de former un gouvernement après avoir fait un pacte avec les sociaux-démocrates du PCN-UML – le nom de cette organisation ne doit pas induire en erreur, ils ont renoncé depuis de nombreuses années au marxisme- léninisme, et même à quelque type de marxisme que ce soit, ils collaboraient avec la monarchie dans sa période la plus dure, en arrivant à présider le gouvernement durant neuf mois, ils appuyaient à fond les actions de l’armée contre la guérilla maoïste et ont une position absolument conservatrice sur des thèmes cruciaux comme la réforme agraire. Leur force réside exclusivement dans les classes moyennes urbaine - avec le FDPM (qui reconnaît que le pari maoïste sur l’autodétermination l’intéresse) et les autres petits partis avec lesquels ils ont depuis toujours maintenu une alliance étroite. Selon l’accord, le PCN (m) comptera neuf ministres, le PCN-UML six, le FDPM quatre et les autres formations mineures comme le Parti Communiste du Népal-Unis, le Janamorcha Népal et le Sadbhawana chacun un.

Par conséquent, s’il est permis au PCN (m) de diriger le gouvernement sans contretemps au moins deux ans, le temps que la Constitution soit définitivement élaborée et que des nouvelles élections se tiennent, ce qui est en voie de se mettre en route au Népal n’est pas plus qu’une réforme, et pas une révolution, puisque des portefeuilles importants comme celui des Affaires Étrangères ou celui de l’Agriculture et des Coopératives restent aux mains des madhésistes alors que les sociaux-démocrates ont obtenu l’Intérieur et l’Industrie. Les maoïstes ont comme plats de résistance les ministères de la Défense, des Finances et du Travail.

La formation de la nouvelle armée

Qu’est-ce qui a conduit à ce retournement total des maoïstes? Fondamentalement, la crainte de ne pouvoir accomplir un des principaux objectifs du PCN (m): la formation d’une nouvelle armée avec l’incorporation dans ses rangs de la majeure partie des structures de l’Armée Populaire de Libération, son bras armé durant la guerre révolutionnaire. Depuis qu’en novembre 2006, a été signé l’accord avec l’alliance des sept partis, l’intégration de l’APL dans l’armée népalaise a été repoussée à plusieurs reprises, les ex-guérilleros, cantonnés dans des campements sous contrôle de l’ONU, se transformant pratiquement en mendiants. Les retards dans le paiement de soldes ont été fréquents (ils n’ont rien perçu depuis quatre mois), la situation sanitaire dans les campements est déplorable, l’électricité manque et des maladies apparaissent à cause des situations sanitaires et d’hygiène déplorables qui existent dans ces camps où ils sont regroupés. Ce qui est recherché avec ce type d’agissements, de la part de la réaction et de ses alliés sociaux-démocrates, c’est que les ex-guérilleros renoncent à intégrer la nouvelle armée, et qu’ils abandonnent les campements en partant chercher de quoi vivre. Selon L’ONU, 19.602 ex-guérilleros sont répartis en permanence dans sept camps (les autres 12.000 les ont quittés pour mener des activités politiques) et ils constituent le contingent qui devrait être incorporé à la nouvelle armée népalaise.

Le Congrès Népalais, le parti traditionnel de caciques, de propriétaires fonciers et de réactionnaires qui a gouverné le Népal depuis des temps immémoriaux, avait accepté dans un premier temps l’incorporation des ex-guérilleros, ainsi que le prévoyaient les accords de novembre 2006, mais après la victoire électorale maoïste, il a nuancé en disant que cette incorporation aurait lieu “un par un et après la réalisation d’épreuves physiques et écrites, comme tout autre candidat à l’armée”. C’est, jusqu’à présent, aussi la position officielle des généraux de l’armée. De plus, le CN a fait tout son possible pour que le portefeuille de la Défense ne revienne pas aux maoïstes et il a proposé que ce soient les sociaux-démocrates du PCN-UML qui le détiennent, proposition qui n’a pas été mal accueillie par ces partisans de la thèse de la viabilité (l’alliance avec la droite et les secteurs néolibéraux comme unique possibilité dans un monde globalisé) et qui sont considérés, et comment, comme une « gauche correcte », celle qui n’a pas de volonté révolutionnaire et qui s’intéresse seulement à rendre le système plus fonctionnel, dans le style du Chili de Bachelet ou du Brésil de Lula.

Le PCN (m) avait insisté sur le fait que seul un Ministère de Défense contrôlé par lui pourrait mettre en place le processus de formation de la nouvelle armée et il considérait ce point non seulement comme non négociable, mais comme un casus belli. Les esprits dans les campements sont très échauffés et seule une solution de cette affaire peut éviter une reprise du conflit. Tout le monde est conscient de cela, et c’est la raison pour laquelle il y a eu ces changements d’alliance surprenants et variables et la raison principale pour laquelle le PCN (m) a fait marche arrière et a accepté de diriger le gouvernement.

Le défi auquel il fait face n’est pas des moindres. Le Premier ministre a donné un délai de six mois pour que l’intégration soit terminée et cela a apaisé un peu les esprits dans les campements. Mais la méfiance des maoïstes envers l’armée est grande, puisqu’ils n’ont pas pu obtenir le châtiment ou la mise à la retraite des généraux les plus impliqués dans la répression monarchiste et dans les tueries durant la guerre populaire révolutionnaire. De plus, l’armée s’est même systématiquement opposée à discuter quelque réforme structurelle que ce soit pendant ces deux années de transition et c’est seulement maintenant, devant l’évidence, qu’elle s’accommode d’une sorte de négociation. En théorie, l’armée se tient tranquille et ne s’ingère pas dans le processus politique, mais en pratique elle continue d’être autonome, échappant à tout contrôle démocratique. De fait, l’une des instances créées après la signature de l’accord de paix, le Conseil de Sécurité nationale, n’existe que sur le papier, s’est réuni une seule fois en deux ans et ne s’est jamais réuni depuis les élections d’avril. Aussi bien les USA que l’Inde voient dans l’actuelle armée népalaise un appui solide pour éviter que les maoïstes prennent le contrôle du pays (1).De là l’importance de la proposition maoïste et la pression qu’ils exercent dans ce sens pour que leurs combattants s’incorporent dans le nouvelle armée.

Cette incorporation des ex-guérilleros impliquerait une réelle démocratisation de l’armée népalaise. Bien qu’ils aient dit qu’ils obéiraient aux ordres du gouvernement légitime, les chefs de l’armée résistent férocement à la perspective de perdre leurs privilèges, alléguant que l’incorporation des ex-guérilleros impliquerait “un endoctrinement politique”. Et ceci ils le disent sans rougir, alors que durant des décennies la principale mission de l’armée népalaise a été de défendre la monarchie. Il n’est donc pas étonnant qu’au Népal, et de manière spéciale à Katmandou, des rumeurs circulent, intéressées ou non, d’une rébellion imminente dans l’armée au cas où l’incorporation avait lieu sans que soit respectées les conditions qu’elle y mettait: un par un. Le général en chef l’a dit bien clairement : « le Premier ministre doit entendre que les tentatives de casser la chaîne de commandement ne seront pas tolérées et, que par conséquent, il y aura un affrontement lamentable » (2) Depuis le nouveau Ministère de Défense on lui a répondu que “la décision sur l’intégration n’appartient pas à l’armée, mais au gouvernement choisi par le peuple” (3).

Menace fictive ou réelle - il ne faut pas oublier que l’armée népalaise a été battue militairement par la guérilla, bien que ces trois dernières années elle ait pu se réapprovisionner et améliorer sa préparation grâce à l’aide apportée par les USA, la Grande-Bretagne et l’Inde - les symptômes ne sont pas bons et le PCN (m) peut accepter une solution intermédiaire, une partie de ses effectifs allant dans l’armée et le gros des troupes dans la police, dans un processus similaire à ce qui s’est passé au Salvador quand la guérilla de FMLN s’est incorporée seulement à la police et non à l’armée, bien qu’en échange ait été décidée une réduction des effectifs de cette dernière. Les maoïstes proposent que l’armée du Népal réduise ses effectifs de 90.000 hommes actuellement à 50.000.

Selon la constitution provisoire (article 145) c’est le Conseil de Sécurité Nationale qui contrôle “la mobilisation, le fonctionnement et l’utilisation” de l’Armée. Le CSN est présidé par le Premier ministre, et composé par le ministre de la Défense et trois autres ministres nommés par le Premier ministre. Il en est ainsi parce que dans la tradition du Népal, l’armée a toujours agi à son gré et en dépendant uniquement du Palais Royal. Le Ministère de la Défense a toujours eu un rôle purement décoratif.

Un exemple de ce que les relations sont tendues avec l’armée a été fourni à l’occasion de la prestation de serment du dirigeant suprême maoïste, Pushpa Kamal Dahal “Prachanda”, comme Premier ministre : l’escorte n’a pas été fournie par des effectifs de l’armée ou de la police, mais par les combattants de l’Armée Populaire de Libération. Une réponse des maoïstes aux mises en garde du chef de l’armée, sans doute.


Prachanda participe à la commémoration du 7ème anniversaire de la création de l'Armée population de libération le 24 Novembre 2007 à Chitwan. Photo AFP/Getty Images

Le “négociationisme” du PCN (m)

Les maoïstes ont adopté une attitude modérée et consensuelle, conscients que l’establishment de Katmandou et les forces monarchiques feront tout qu’ils peuvent pour freiner la transition vers une démocratie stable, égalitaire, républicaine et laïque. Il en résulte que le PCN (m) parle d’amorcer un processus de réformes au Népal, et non une révolution.

Ce processus de réformes peut se voir dans l’accord imuulsé par les maoïstes et qui concerne des aspects comme le combat contre la corruption, le népotisme et le favoritisme dans les diverses sphères gouvernementales, phénomènes qui sont responsables de la désastreuse hausse des prix des aliments de base comme le riz (qui a augmenté de 13 ,5 % cette année), l’huile et le beurre de bufflonne (+ 18,8 %). À eux seuls ces produits absorbent 52% des dépenses habituelles des Népalais.

La tâche à laquelle s’attellent les maoïstes est énorme et le chemin n’est ni facile ni court. Néanmoins, au cœur du parti a surgi un certain débat sur ce qui dans l’organisation maoïste est appelé le “négociationisme”.

Le marxisme accepte la possibilité de parvenir à des compromis pour atteindre certains objectifs, mais il considère impossible de réussir la révolution avec trop de compromis et c’est ce qui fait débat aujourd’hui à l’intérieur du PCN (m). Les maoïstes ont dissous la plupart de leurs gouvernements locaux, qui ont fonctionné durant la période de la guérilla, ainsi que les tribunaux populaires. Les coopératives, les communes et les institutions sanitaires et éducatives sont maintenant plus faibles que durant la lutte de guérilla. Et par une dernière décision, qui était la clé pour atteindre l’accord qui leur a permis de prendre la tête du gouvernement, ils ont dissous la structure militaire qui encadrait leurs jeunes. Un secteur important du parti considère que ce sont là trop de concessions dans un laps de temps aussi court. La tâche du PCN (m) dans le nouveau gouvernement devra être de reprendre le cap ou sinon on pourra dire que la révolution est terminée au Népal. Mais il faudra attendre la suite des événements et voir la marge de manœuvre dont il pourra disposer. Il est évident que le test sera la nouvelle armée.


Prachanda lors de l'intronisation de la nouvelle Assemblée constituante le 27 Mai 2008 à Katmandou.


Les maoïstes indiens
Tout le processus népalais a été suivi de très près par les maoïstes indiens. Bien que leur lutte soit pratiquement inconnue en Occident, les maoïstes indiens connaissent une croissance politique et militaire constante et étendent leur influence dans divers États du pays. Ils sont actifs dans 14 des 28 États de l’Union Indienne (Chatisgarh, Jharkhand, Uttar Pradesh, Asma, Uttaranchal, Kerala, Tamil Nadu, Bengale Occidental, Gujarat, Andhra Pradesh, Madhya, Orissa, Maharashtra et Bihar), ce qui, en chiffres, signifie que dans 182 districts, sur les 602 que compte le pays, ce sont les maoïstes qui contrôlent la situation (4). Il faut noter qu’en avril dernier on considérait qu’ils étaient actifs dans 165 districts. Cela indique une progression imparable, qui a lieu non seulement dans les campagnes mais commence à se manifester dans les villes, en particulier dans les zones ouvrières et industrielles de Delhi, Mumbai, Pune et Jammu, où ils alternent les actions de propagande et les actions armées.


Le Premier ministre indien
Manmohan Singh (g.) accueille Prachanda à New Delhi le 15 Septembre 2008.
Photo Reuters Pictures

Les maoïstes indiens (naxalites) (5) appuient de manière prudente le PCN (m), bien qu’ils l’aient mis en garde de ne pas entrer au gouvernement et l’aient incité à poursuivre la lutte des classes au Népal sans la moindre conciliation avec l’oligarchie. Dans une résolution, le Comité Central du Parti communiste de l’Inde (maoïste) a salué le triomphe électoral des maoïstes népalais comme “un verdict contre la monarchie féodale, l’expansionnisme indien et l’impérialisme US”. Ils espèrent que le PCN (m) tiendra ses engagements de réviser les traités signés entre l’Inde et le Népal, dès 1950, tous favorables à l’Inde. Et ils ont salué comme un geste « courageux » le fait que le premier pays visité par le nouveau Premier ministre ait été la Chine et non l’Inde, comme cela se faisait traditionnellement, marquant ainsi moins de dépendance que les gouvernements antérieurs par rapport aux voisins indiens.

Notes

(1) Alberto Cruz, "2065, el comienzo del nuevo Nepal
(2) The Katmandu Post, 12 août 2008 .
(3) The Himalayan Times, 28 août 2008.
(4) The Hindu, 23 août 2008.
(5) Lire F. Giudice, « Tonnerre de printemps » : Naxalbari, 25 mai 1967

Les maoïstes du Népal
Un essai photo de Jonas Bendiksen, Agence Magnum, Avril 2008



Prachanda en Europe !
Pushpa Kamal Dahl "Prachanda", Premier ministre du Népal, sera à Francfort-sur-le-Main (Allemagne), le dimanche 21 Septembre 2008, pour préésenter le livre de Cornelia Schröder, "Revolution in Nepal - Eine neuve Welt ist möglich" (Révolution au Népal - Un nouveau monde est possible) et parler de la situation actuelle dans son pays.
Presseclub Frankfurt
Saalgasse 3060331 Frankfurt am Main
Dimanche 21 Septembre 2008, 18 h
Organisé par
UNF United Nepalese Front
INSOF Internationalist Nepalese Solidarity Forum Germany
Zambonverlag, Frankfurt