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vendredi 28 juin 2013

Pour jouer au football, rien ne vaut une bonne dictature




Le secrétaire général de la Fédération internationale de football (FIFA) a jugé en avril que le système démocratique compliquait l’organisation des coupes du monde de football. Une déclaration qui prend un relief saisissant alors que le mouvement social au Brésil est parti notamment des dépenses démesurées engagées pour la Coupe du monde de 2014.

La démocratie peut représenter un obstacle à l’organisation de grands événements sportifs internationaux comme la Coupe du monde de football, a estimé mercredi 24 avril Jérôme Valcke, secrétaire général de la Fifa.
Le Français a imputé en partie les difficultés d’organisation rencontrées pour le Mondial 2014 au Brésil aux différents échelons administratifs du pays hôte. Jérôme Valcke a ajouté que selon lui, la Russie du Président Vladimir Poutine offrait des conditions a priori plus favorables en vue de la Coupe du monde 2018.
« Je vais dire quelque chose de fou, mais un moindre niveau de démocratie est parfois préférable pour organiser une Coupe du monde », a-t-il dit lors d’une conférence au siège de la Fifa à Zurich. « Quand on a un homme fort à la tête d’un Etat qui peut décider, comme pourra peut-être le faire Poutine en 2018, c’est plus facile pour nous les organisateurs qu’avec un pays comme l’Allemagne où il faut négocier à plusieurs niveaux. » Le dirigeant français a évoqué le cas du Brésil, où « le système politique est divisé en trois niveaux, fédéral, régional et municipal ».


vendredi 15 mars 2013

La vallée de larmes : un classique du XXIème siècle classique du XXIème siècle

Deutsch  عربي  Español 
Le premier roman d'Antonio Beltrán Hernández, auteur mexicain vivant entre Paris et Mexico et écrivant aussi bien en espagnol qu'en français, pourrait, par son intrigue, être un roman policier. Mais un roman policier (ou plutôt, un thriller linguistique) écrit par un disciple du grand Borges, tout aussi fasciné que son maître par les langues, de l'hébreu et de l'arabe au japonais et à l'islandais, en passant par le suédois, le sanskrit et le persan, langues que l'auteur a étudiées. Ce pourrait être un roman d'espionnage avec la CIA pour protagoniste.
Ce pourrait être un Bildungsroman (roman d'apprentissage), celui d'une jeune avocate de l’aristocratie chilienne qui déchire le voile de la vérité et déclare la guerre à la famille et à la classe au sein de laquelle elle a grandi.
Ce pourrait être un roman historique, puisqu'il revisite le XXème siècle et certaines de ses tragédies, des conséquences ultimes de la Seconde Guerre mondiale aux guerres néocoloniales du début de notre siècle. Ce pourrait être un roman philosophique, sur le thème de l'impunité et de la justice. Ce pourrait être un roman américain, puisqu'il se déroule en grande partie entre Santiago, Valparaiso, Chuquicamata, Buenos Aires, Mexico, Chicago et New York. Ce pourrait être un roman européen, puisqu'il se déroule aussi bien à Paris qu’à Uppsala, Lund, Bräkne-Hoby, Göttingen, Vienne et Berlin. Ce pourrait être un roman asiatique, puisqu'il nous promène dans l’Inde des Védas et du Mahâbhârata et nous emmène au Vietnam en guerre et dans le Japon de Kobe et Nagasaki.
Et ce pourrait être un roman gastronomique, puisqu'il nous fait découvrir quelques exquis mets mexicains et quelques breuvages non moins exquis. Ce pourrait être aussi un roman scientifique puisqu’il nous met en face de l’horreur atomique et psychopharmacologique et du bonheur des avancées technologiques et de la conquête de l’espace. Ce pourrait être, enfin, un roman théologique, sur le thème du Mal, de la Faute et de la Rédemption dans cette vallée de larmes où nous vivons.
La vallée de larmes, pour dire les choses simplement, est tout cela à la fois. Bref un texte appelé à devenir un "classique du XXIème siècle", destiné au public d'un monde définitivement réduit aux dimensions d'un village – on dit "globalisé" -, et dont la culture quotidienne est désormais un patchwork qui s'apparente à un costume d'Arlequin.
Toutes ces couleurs vont se mettre en mouvement, comme dans un disque de Newton, pour faire éclater devant nos yeux la vérité, une vérité, la vérité toute simple et banale – aussi évidente qu’invisible – perceptible uniquement depuis la banlieue du monde, cette cité perdue qui pour certains se trouve au-delà de l’infini.
Pour venir creuser davantage notre grande vallée, il vous sera permis de pleurer de douleur et d’émotion, mais aussi de bonheur. Et ce même bonheur vous permettra aussi, peut-être, de rire.

  • Antonio Beltrán Hernández La vallée de larmes Tragédie géopolitique à fin heureuse
    éditions
    workshop19, Tunis,  mars 2013
    ISBN 978-9938-862-04-1 15X21, 260 p.
    12 Dinars tunisiens 16 Euros 20 Francs suisses

Distribution Tunisie : AFRIQUE CULTURE 71 205 521
Diffusion France/Belgique/Suisse : L'OISEAU INDIGO
http://www.loiseauindigo.fr

Distribution France/Belgique : POLLEN-LITTÉRAL
http://www.pollen-diffusion.com

Distribution Suisse : SERVIDIS
http://www.servidis.ch

Reste du monde : contacter l’éditeur
éditions workshop19 Atelier tunisien de création 41 rue d’Iran, 1002 Tunis ++216 22 679 040   ++33 6 13 99 28 86
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Texte de 4 de couverture
Un roman ne se raconte pas, ne se résume pas, et encore moins celui que, cher lecteur, tu tiens entre les mains. Un roman ? Ou bien il se lit, et alors il peut laisser une marque indélébile dans l'esprit de son lecteur, ou bien il s'ignore, et alors il reste un mystère entier pour son non-lecteur. Contentons-nous de dire que l’auteur déteste connaître à l’avance l’histoire des films qu’il va voir, pourvu qu’il soit sûr que le film est bon.
Partons donc du principe que ce livre est bon et ne dévoilons donc pas son intrigue.  Tout est d’ailleurs contenu dans son titre et son sous-titre.  Le premier ne fait pas seulement référence au Salve Regina, mais aussi à l’épisode du même nom (Tåredalen) du film de Bergman « Scènes de la vie conjugale (Scener ur ett äktenskap) ».  Le sous-titre part d’une ferme conviction de l’auteur : les grands tragédiens, de Sophocle à Shakespeare, sont les précurseurs des bons thrillers. Et ce thriller linguistique vous mènera jusqu’au bout du bruit et de la fureur, de la guerre et de la paix, de la souffrance la plus extrême et, enfin, de la justice.

Antonio Beltrán Hernández n’a jamais été un militant politique.  Sa première passion était la science-fiction.  Il vivait dans la Lune et au-delà, il collectionnait toutes les coupures de journaux concernant la conquête de l’espace, il apprit l’alphabet cyrillique en déchiffrant les noms des cosmonautes dans un livre en édition quadrilingue, « космонавт и его родина   —  Le cosmonaute et sa patrie », pendant sa première adolescence il croyait que le monde finirait dans une conflagration nucléaire, et sa vocation définitive, le cinéma, lui fut inoculée par « 2001, l’odyssée de l’espace ».
Cependant, quelque chose changea en lui lorsqu’il lut la préface de Sartre à « Les Damnés de la Terre » de Frantz Fanon (…en le premier temps de la révolte, il faut tuer : abattre un Européen c'est faire d'une pierre deux coups, supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé : restent un homme mort et un homme libre).  Puis « Cent ans de solitude » lui fit redécouvrir, par sa magie, l’univers de son Amérique.
Et Borges le transporta au-delà de l’infini.
Aujourd’hui, il n’est ni scientifique ni historien ni stratège ni linguiste, et sa carrière de directeur de la photographie de cinéma connaît des petits hauts et des grands bas. Mais il nous fera voyager, dans ces pages, à travers les arcanes de notre insaisissable vallée de larmes.
EN VENTE DANS TOUTES LES BONNES LIBRAIRIES EN TUNISIE, FRANCE, BELGIQUE, SUISSE !

mercredi 5 décembre 2012

Morsi a mis l'Égypte au bord du gouffre

 Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala
Directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) de décembre 1997 à novembre 2009,  Mohamed El Baradei préside aujourd'hui le parti égyptien Al-Dostour (Constitution) et est le coordinateur du Front National de Salut.

C'est vendredi soir sur la place Tahrir. L'odeur de gaz lacrymogène flotte dans l'air. Nous avons effectué trois marches de protestation en une semaine, et beaucoup de gens sont s'installent pour passer la nuit. Je me demande : "Après 23 mois de lutte pour instaurer la démocratie en Égypte, est-ce là le mieux que nous puissions faire? Un président revendiquant des pouvoirs dictatoriaux. Un parlement plein d' islamistes. Et un projet de constitution, ficelé à la hâte, sans protections de base pour les femmes, les chrétiens et tous les Égyptiens? "
Qu'est-ce qui a mal tourné? L'armée, soucieuse de protéger ses avantages et d'éviter les poursuites, a bâclé la transition post-révolutionnaire. Elle a permis aux Frères musulmans, désireux de profiter de leur organisation sur le terrain de 80 ans, de précipiter les élections législatives. Le résultat fut une victoire écrasante pour les islamistes, bien au-delà de leur base réelle de pouvoir. La Cour constitutionnelle, après examen, a dissous ce parlement non-représentatif

Une bagarre politique s'ensuivit, entre le nouveau président et la junte militaire, pour savoir qui aurait le pouvoir suprême. Le président a décroché une victoire par KO, déclenchant un coup d'État soft contre les généraux et ajoutant le pouvoir législatif à son rôle exécutif. Sa dernière déclaration péremptoire neutralisait l'appareil judiciaire et interdisait toute possibilité de révision de ses décrets. Le pouvoir de Mohamed Morsi dépasse maintenant celui d'Hosni Moubarak à l'apogée de sa dictature.

Pendant ce temps les Frères avaient bourré l'assemblée constituante, chargée de rédiger un projet de nouvelle constitution, d' islamistes. En signe de protestation, les représentants des partis libéraux, des minorités et d'autres factions de la société civile se sont retirés. L'assemblée a, depuis, produit un document qui viole la liberté de religion et la liberté d'expression, et exclut toute possibilité de contrôler le pouvoir exécutif. L'assemblée fait également pression pour permettre aux institutions religieuses de contester le pouvoir judiciaire.

Et voilà pourquoi nous sommes de retour sur la place Tahrir. La situation est volatile: une Égypte profondément divisée entre les islamistes et le reste du pays, ouvrant la porte à des scénarios du type intervention de l'armée, révolte des pauvres, ou même guerre civile. La peur saisit la majorité des Égyptiens, qui veulent une vraie démocratie plutôt que d'un Etat théocratique. Le pouvoir judiciaire s'est mis en grève. Les jeunes qui ont mené la révolution sont déterminés: ils n'ont pas pris des risques et fait des sacrifices - y compris de leurs vies – pour échanger une dictature laïque contre une tyrannie religieuse. Leur combat visait, et vise, à apporter la liberté et la dignité au peuple égyptien.
 
Les opposants au président Morsi étaient également rassemblés sur la place Tahrir du Caire, symbole de la révolte contre Hosni Moubarak.

 
Le pays est menacé par quatre bombes à retardement qui ont émergé sous la direction de l'armée et maintenant des Frères. Notre économie est en chute libre : au rythme actuel, nous serons en défaut de paiement dans six mois, surtout si la récente instabilité compromet un prêt du Fonds monétaire international. La loi et l'ordre restent insaisissables, et l'impact sur le tourisme et l'investissement étranger est sévère. Le nord du Sinaï se transforme en un champ de bataille, menacé par des groupes jihadistes venus d'Afghanistan et d'ailleurs. Et maintenant, avec le tumulte autour du projet de constitution, le pays est dangereusement polarisé.

Presque tous les partis non-islamistes se sont unis en un "Front de salut national", me désignant comme coordinateur. Ironie du sort, les révolutionnaires qui s'étaient débarrassés de M. Moubarak sont désormais soutenus par des membres de son ancien parti, unis dans l'opposition au nébuleux «projet islamique» que M. Morsi et ses partisans veulent réaliser pour notre pays.

Nous pressons M. Morsi d'annuler son dernier décret draconien et taillé sur mesure, qui a été condamnée par les Nations Unies, de nombreux gouvernements et groupes de droits civils internationaux. Nous rejetons le projet de constitution comme illégitime et exhortons le président à ne pas le soumettre à référendum. Nous appelons les Frères à entamer un dialogue avec tous les partis sur la façon de relever les défis redoutables de l'Égypte, et à se mettre d'accord sur une nouvelle assemblée constituante représentative qui rédige une constitution digne d'une démocratie. Dans le cas contraire, nous avancerons en terrain inconnu.
Il y a près de deux ans l'Égypte s'est réveillée. De manière incroyable, le président Morsi et les Frères croient pouvoir, en quelques coups de plume, nous replonger dans un état comateux. Cela n'arrivera pas. S'ils continuent leur tentative, ils risquent une éruption de violence et un chaos qui détruiront le tissu de la société égyptienne.

vendredi 12 août 2011

Tunisie : Seriati s'en sort...pour le moment

l'ex-chef de sécurité de Ben Ali est acquitté, prison pour ses proches

LEMONDE.FR avec AFP, Reuters | 12.08.11

Ali Seriati, ex-chef de la sécurité présidentielle, le 13 décembre 2010.
Ali Seriati, ex-chef de la sécurité présidentielle, le 13 décembre 2010.AFP
La justice tunisienne a acquitté vendredi le général Ali Seriati, ex-chef de la sécurité présidentielle, jugé pour complicité dans la fuite en Arabie Saoudite de Zine El Abidine Ben Ali et de sa proche famille le 14 janvier, en plein soulèvement populaire. Le tribunal de première instance de Tunis a en revanche prononcé des peines de prison allant de quatre mois à six ans contre 25 membres de la famille Ben Ali et de son épouse Leïla Trabelsi, dont 22 étaient présents à ce procès, pour tentative de fuite et possession illégale de devises.
Homme fort de la sécurité sous l'ancien régime, le général Seriati n'en a pas fini avec la justice car il fait l'objet d'autres poursuites pour des chefs d'inculpation beaucoup plus graves, tels que complot contre la sécurité intérieure de l'Etat, incitation à commettre des crimes et provocation au désordre. L'un de ses avocats, Me Abada Kefi, s'est félicité d'un jugement "historique". "C'est un jour de gloire pour la justice tunisienne qui a fait montre de liberté vis-à-vis de l'exécutif et de la pression de la rue", a-t-il dit à l'AFP. "J'ai craint l'influence de la pression populaire", a affirmé Youssef, frère du général Seriati, se disant "soulagé par un verdict juste".

Le président déchu Zine El Abidine Ben Ali et sa femme Leïla.
Le président déchu Zine El Abidine Ben Ali et sa femme Leïla.AFP/FETHI BELAID
Parmi les proches de Ben Ali et de son épouse Leïla Trabelsi jugés dans le même procès, Moez, neveu de l'ex-première dame, a été condamné par contumace à la peine maximum de six ans de prison. Deux de ses sœurs, Jalila et Samira, ont été condamnées respectivement à dix-huit et quatre mois d'emprisonnement ferme. Imed, le neveu préféré de Leïla, aussi haï qu'elle des Tunisiens et déjà condamné à quatre ans de prison pour détention de drogue, a écopé de deux ans. Sa mère Najia Jridi a été condamnée à huit mois de prison. Un des frères de Leila, Moncef, a lui été condamné à dix-huit mois de détention.
BEN ALI,  PLUS DE 66 ANS DE PRISON DANS DES PROCÈS PAR CONTUMACE
Outre le général Seriati, six inculpés ont été acquittés, dont la veuve de Moncef Ben Ali, frère aîné de l'ex-président condamné en France en 1992 pour trafic de drogue dans l'affaire dite "Couscous connection", trafic international de stupéfiants et de blanchiment d'argent qui se déroula pendant les années 1980.
Sur les 32 accusés, 23 se trouvaient en détention provisoire : outre le général Seriati, 22 membres du clan Ben Ali-Trabelsi arrêtés le 14 janvier à l'aéroport de Tunis-Carthage en possession de sommes importantes en devises et de bijoux, alors qu'ils s'apprêtaient à prendre l'avion. Six personnes, parmi lesquelles la veuve de Moncef Ben Ali, comparaissaient libres. Trois ont été jugées par contumace : outre Moez, il s'agit de Leïla Trabelsi elle-même et de Sakhr El-Materi, gendre du couple présidentiel en fuite, qui ont été condamnés par défaut respectivement à six et quatre ans de prison pour complicité et possession illégale de devises.
Leïla avait donné l'ordre à ses proches de se rassembler à l'aéroport pour embarquer sur un vol à destination de la France. Ce plan avait été déjoué par la brigade antiterroriste, selon la police, et le refus d'un pilote de les avoir à bord.
Le tribunal a aussi prononcé des peines d'amendes pour un montant global de 200 millions de dinars (plus de 100 millions d'euros). Ce procès, qui s'était ouvert le 26 juillet, concernait le plus grand nombre d'accusés dans une série d'affaires en justice contre le président tunisien déchu et ses proches. Ben Ali, réfugié en Arabie saoudite et dont la Tunisie n'a pu obtenir l'extradition, cumule déjà plus de soixante-six ans de prison dans des procès par contumace.

mercredi 29 décembre 2010

Comment un homme qui s'est immolé par le feu a déclenché une révolte en Tunisie

par Brian Whitaker, Guardian, 28/12/2010. Traduit par  Omar Khayyam, édité par  Fausto Giudice, Tlaxcala
Un incident relativement mineur a été le catalyseur d'une vague de protestations qui pourraient provoquer la fin de la présidence de Zine El Abidine Ben Ali
En observant les événements des dernières jours en Tunisie, je me suis peu à peu rappelé un événement qui remonte à 1989: la chute du dictateur roumain, Nicolae Ceausescu. Le dictateur tunisien, Zine El Abidine Ben Ali, est-il sur le point de connaître le même sort ?


Après 22 ans de règne, Ceausescu  a connu une fin subite et, en quelque sorte, imprévue. Tout a commencé lorsque le gouvernement a persécuté un prêtre de la minorité hongroise à cause de propos qu'il avait tenus. Des manifestations se sont déclenchées, mais, en peu de temps,  le prêtre est tombé dans l'oubli. Les manifestations se sont tout de suite transformées en un mouvement de protestation généralisé contre le régime Ceausescu. Bref - c'est un euphémisme - la population roumaine en avait ras-le-bol.

Les émeutes et les manifestations qui se sont propagées partout en Tunisie durant les dix derniers jours ont aussi commencé par un petit incident. Mohamed Bouazizi, un jeune de 26 ans, vivant à Sidi Bouzid, une petite ville de province, avait un diplôme universitaire mais était sans emploi. Pour gagner un peu d'argent, il s'est résigné à vendre, sans permis,  des fruits et des légumes dans la rue. Lorsque les autorités l'ont interpellé et ont confisqué sa marchandise, il était tellement en colère qu'il s'est immolé par le feu.

Peu après, des émeutes se sont déclenchées et les forces de sécurité  ont coupé la ville du reste du pays. Mercredi, un autre jeune chômeur de Sidi Bouzid a escaladé un poteau électrique, a crié "non à la misère, non au chômage", puis a touché les câbles. Il a été électrocuté sur-le-champ.

Vendredi, des émeutiers à Menzel Bouzayane ont incendié des voitures de police, une locomotive, les locaux du parti au pouvoir et un poste de police. Ripostant à des attaques de cocktails Molotov, la police a ouvert le feu, tuant un jeune manifestant.

Samedi, les protestations ont atteint la capitale, Tunis. Hier, une deuxième manifestation y a eu lieu.
La couverture médiatique sur ces événements a été - c'est le moins qu'on puisse dire - sporadique. En effet, la presse est strictement contrôlée en Tunisie et les médias internationaux n'ont montré que peu d'intérêt pour ces événements. Peut-être s'agit-il du syndrome du "pas-assez-de-morts". Mais dans le contexte tunisien, ce sont des événements de taille. C'est, après tout,  un État policier où normalement il n'y a ni émeutes ni manifestations, et surtout pas simultanément dans des grandes comme des petites villes, du nord au sud du pays.
Donc, ce que l'on constate, premièrement, c'est la faillite d'un système construit durant des années pour empêcher les gens de s'organiser, de communiquer et de militer.

Deuxièmement, nous voyons un nombre relativement important  de gens qui se débarrassent de leur peur du régime. Malgré le risque réel d'arrestation et de torture, ils ne se plient plus à l'intimidation.

Enfin, nous assistons à l'effondrement d'un pacte avec le diable bien rôdé où, en contrepartie d'une acceptation d'une vie sous la dictature, les besoins économiques et sociaux des gens sont censés être satisfaits par l'État.

Officiellement, le taux de chômage en Tunisie tourne autour de 13%. Mais le taux réel est probablement plus élevé, surtout parmi les diplômés des universités. D'après une étude récente, 25% des diplômés de sexe masculin et  44% des diplômées de sexe féminin à Sidi Bouzid sont au chômage. En effet, ils sont victimes d'un système éducatif qui a réussi à leur procurer des qualifications sans débouchés et des attentes impossibles à satisfaire.

Le régime semble avoir exagéré les succès économiques dont il se vantait.  Les gens se demandent : si ce qu’ils nous disent est vrai, alors que s'est-il passé avec l'argent ? La réponse qu'ils donnent est que cet ragent est allé dans les poches de la famille de Ben Ali et de ses associés.

Dr. Larbi Sadiki, de l'Université d'Exeter a écrit l'autre jour: "La Première Dame est presque la réincarnation d'Imelda Marcos des Philippines. Mais au lieu de chaussures, Madame Leila collectionne des villas, des propriétés immobilières et des compte en banque". Il y a aussi le gendre du président et son possible successeur, Mohamed Sakher El Materi dont le style de vie extravagant et les intérêts d'affaires ont été éloquemment décrits par l'ambassadeur des USA  à Tunis. Gracieuseté de Wikileaks.

Le moment décisif de la révolution roumaine est arrivé lorsque le président Ceausescu et sa femme ont tenu un rassemblement populaire, télévisé,  pour susciter le soutien de la foule. Mais, au lieu de les acclamer, comme auparavant, la foule les a hués et chahutés. Visiblement choqués, les Ceausescu se sont éclipsés à l'intérieur de l'édifice. Ainsi tout le pays a-t-il su que c'était la fin de partie.

Le président Ben Ali a jusqu'ici évité cette faute et continue d'être glorifié par les médias officiels. Mais il y avait quelque chose dans l'air lorsque le Rassemblement Constitutionnel Démocratique a convoqué un meeting à Sidi Bouzid, la semaine dernière. " Ce meeting, qui devait délivrer un message politique très fort et calmer les esprits, était mou", tels sont les propos rapportés d'un journaliste. Peu de membres du parti y avaient répondu à la convocation.

Les allégations du régime, évoquant des forces malveillantes (non-spécifiées) se cachant derrières les émeutes et les manifestations, semblent, elles aussi, assez molles. En accordant dans la précipitation une aide de 15 millions de dinars (10 millions de livres sterling) à Sidi Bouzid, le régime vient de reconnaître que les contestataires n'avaient pas tort.

La question cruciale est de savoir ce que pensent réellement les membres des forces de securité, les membres du parti au pouvoir et les hauts fonctionnaires, c'est-à-dire tous ceux qui ont permis à Ben Ali de tenir la route pendant les 23 dernières années. Combien parmi eux ont-ils des proches au chômage ? Et, surtout, combien d'eux croient-ils réellement que Ben Ali est l'homme capable de résoudre les problèmes du pays ?

La majorité des régimes arabes se fient à des réseaux clientélistes pour se maintenir au pouvoir, mais la base qui soutient Ben Ali paraît comparativement petite et de plus en plus fragile, comme l'a noté l'ambassadeur US dans les documents wikileakés. Il y décrit un régime qui a perdu le contact avec le peuple, un régime qui ne tolère aucun conseil ni critique et dont la corruption est devenue tellement flagrante que même "le Tunisien moyen en est pleinement conscient".

Ben Ali pourrait s'accrocher au pouvoir, mais son régime dégage maintenant une odeur de fin de siècle. Il est arrivé au pouvoir en 1987 en déclarant le président Bourguiba inapte d'exercer le pouvoir. Ce n'est, probablement qu'une question de temps avant que quelqu'un d'autre délivre le même message à  Ben Ali.

mardi 3 mars 2009

La condamnation d’Alfredo Astiz par la justice italienne est confirmée en cassation : prison à vie pour le tortionnaire argentin

Vols de la mort et disparus
par Gennaro CAROTENUTO, 27/2/2009. Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala


Cela semble être une réponse des juges à la frivolité de Silvio Berlusconi, qui, quelques jours auparavant, avait blagué sur les vols de la mort sous la dictature argentine* . Hier jeudi 26 février, la Cour de Cassation de Rome a confirmé la condamnation définitive à la réclusion à perpétuité pour Alfredo Astiz, assassin de trois citoyens italiens, Angela Maria Ajeta, Giovanni et Susanna Pecoraro, torturés et assassinés par le même Astiz. Celui-ce était à l’époque lieutenant de marine, connu sous le surnom d’ « Ange de la Mort », à l’ESMA, l’École de mécanique de la marine militaire argentine convertie en camp de concentration et d’extermination et aujourd’hui Musée de la mémoire.


L'ESMA


Astiz a déjà été condamné à la prison à vie en France pour l’assassinat de deux religieuses, Alice Dumont et Léonie Duquet, lorsque l’Ange blond s’était infiltré dans le premier groupe des Mères de la Place de Mai, qui se réunissait à l’Église de Santa Cruz à Buenos Aires, se faisant passer pour le frère d’une disparue, séquestrant, torturant et assassinant douze personnes. Il est actuellement enfermé en Argentine dans l’attente de son procès**.

Il était en outre l’un des collaborateurs les plus proches de l’amiral Massera, dans le système des vols de la mort, où les prisonniers politiques, après avoir été torturés, étaient jetés vivants dans l’Océan Atlantique.
Dans son réquisitoire final, le substitut du Procureur général de la Cour de Cassation, Luigi Ciampoli, a requis et obtenu la confirmation de la condamnation à la perpétuité pour Astiz, déjà condamné le 24 avril dernier par la Cour d’Assises de Rome pour « la férocité inhumaine documentée par des faits et des témoignages », en même temps que Jorge Eduardo Acosta, Antonio Vanek et Jorge Raul Vildoza, qui n’ont pas fait appel de leur condamnation.

Angela Maria Ajeta était la mère d’un dirigeant de la Jeunesse Péroniste Dante Gullo, d’origine calabraise et tant la Région Calabre que la Province de Cosenza et et l’État italien s’étaient constitués partie civile dans le procès. Elle avait été capturée, torturée et assassinée pour exercer un chantage sur son fils.
Giovanni Pecoraro n’était pas non plus un guérillero mais un simple entrepreneur du bâtiment. Sa faute avait été de vouloir rencontrer sa fille Susanna, elle aussi militante de la Jeunesse Péroniste, une organisation non armée, tout comme 95% des 30 000 disparus, qui n’appartenaient pas à organisations de guérilla. Susanna, enceinte, fut exécutée après avoir donné naissance à une fille, dont la trace n’a été retrouvée qu’en 2007 par les Grands-mères de Mai, l’organisation qui s ‘occupe de retrouver les enfants de disparus que les militaires ont fait disparaître à leur tour en les faisant adopter.

Pour la défense d’Astiz, aucune de ces personnes n’est morte mais elles ont simplement fait disparaître leurs propres traces.

On attend maintenant une confirmation de la demande d’extradition d’Astiz par la justice italienne. Courageux pour ce qui était de trahir les mères, torturer des hommes entravés et des femmes enceintes et les jeter ensuite dans l’Océan avec les vols de la mort – ceux sur lesquels plaisante Silvio Berlusconi (membre de la loge P2 tout comme l’amiral Massera) -, Astiz s’est aussi rendu célèbre pour avoir été le premier officier argentin à se rendre à l’armée britannique durant la guerre des Malouines (Falklands) en 1983. Pendant que des centaines de jeunes appelés se faisaient massacrer ou mouraient de froid, lui ne tira pas un seul coup de feu.


NdT :
*Au Palais des Sports de Cagliari, Berlusconi, répondant à ceux qui l’accusaient d’être un dictateur, a fait une blague sur la dictature argentine, disant des prisonniers politiques jetés dans le Rio de la Plata depuis des avions par leurs tortionnaires : “Ils les emmenaient en avion avec un ballon…Ils ouvraient la porte et, s’il faisait beau, ils les envoyaient jouer dehors. »
** À notre connaissance, Astiz a été remis en liberté en décembre 2008.

Alfredo Astiz
Alfredo Astiz naît le 17 novembre 1950. Lieutenant de frégate affecté à l’École Mécanique de la Marine (ESMA), il est chargé d’un groupe d’infiltration. Très vite, il tentera de noyauter le groupe des Mères de la Pace de Mai sous le nom de Gustavo Niño, prétextant un frère disparu.
En décembre 1977, Astiz est impliqué dans la disparition de deux sœurs françaises, Sœur Alice Domon et Sœur Léonie Duquet, dont les corps ne seront jamais retrouvés.
En 1978, il est en France sous le nom d’Alberto Escudero, où il est chargé d’infiltrer les milieux réfugiés argentins.
En juin 1979, il est nommé attaché naval adjoint en Afrique du Sud.
Lors de la Guerre des Malouines entre l’Argentine et l’Angleterre, il est responsable de l’île principale de Géorgie, et signera l’acte de reddition le 10 juin 1982. Il sera fait prisonnier par les Anglais.
Le 22 décembre 1987, Alfredo Astiz est promu capitaine de corvette.
En janvier 1998, le Président Carlos Menem signe le décret destituant l’officier en raison d’une attitude irresponsable ayant entraîné une très grave situation affectant le prestige de la marine, ainsi que d’autres institutions.
En 1985, la France lance un mandat d’arrêt international contre l’« Angle blond », dans l’affaire concernant Soeur Alice Domon et Soeur Léonie Duquet, enlevées les 8 et 10 décembre 1977. En l'absence de convention d'extradition entre la France et l’Argentine, Astiz reste toutefois en Argentine.
En 1987, en Argentine, s’ouvre finalement au Tribunal Fédéral de Buenos Aires le procès concernant les deux religieuses. La plainte concerne 21 officiers et sous-officiers de la Marine, dont Alfredo Astiz. Seize témoins comparaissent mais tous sont d’anciens militants Montoneros, une organisation appartenant à la guérilla sous la dictature. Ils seront qualifiés de “partisans” et leurs témoignages ne seront pas pris en compte. L’Ange blond ressort libre du procès, acquitté pour faute de preuves.
Le 20 octobre 1989, la France annonce le procès par contumace d’Alfredo Astiz, pour son implication dans les disparitions des deux religieuses. La Chambre d’accusation de Paris renvoie Astiz, accusé de complicité d’arrestations illégales et de séquestration de personnes avec tortures corporelles, devant la Cour d’Assises. Le 16 mars 1990, le procès s’ouvre devant la Cour d’Assises de Paris. Astiz est condamné à la prison à perpétuité. Par cette condamnation, la France “emprisonne” Astiz en Argentine, car tout pays engagé par une convention d’extradition avec la France peut désormais l’arrêter.
En juillet 2001, puis en novembre de la même année, sont lancés deux mandats d'arrêt internationaux contre Alfredo Astiz. Le premier dans une affaire italienne (l’enlèvement de Angela Maria Aieta, Juan Pecoraro et sa fille Susanna), et le second par la justice suédoise (l’enlèvement et le meurtre de Dagmar Hagelin). Les deux demandes seront rejetées quelques mois plus tard.
En juillet 2003, encore une fois, Astiz est arrêté chez lui, à Mar del Plata. Le même jour est abrogé le décret argentin interdisant l’extradition. La France demande le surlendemain son extradition. Début septembre, Astiz est remis en liberté, pour être réarrêté le 16. L’Argentine refuse l’extradition vers la France le 23 septembre 2003. Astiz ressort, encore une fois, libre.
Source : Trial Watch

Lire Tristan Mendès France, Gueule d’ange , sur l’ex-tortionnaire argentin Alfredo Astiz, éditions Favre, 2003

Source : VOLI DELLA MORTE E DESAPARECIDOS : A ROMA ERGASTOLO PER L’ANGELO DELLA MORTE