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jeudi 11 février 2016

En Égypte, la deuxième vie des syndicats indépendants
Le dernier reportage de Giulio Regeni(1988-2016)

Giulio Regeni, 15/1/2016
Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala
 Le quotidien italien il manifesto a publié à titre posthume le dernier article envoyé le 15 janvier dernier par Giulio Regeni, le jeune chercheur italien retrouvé mort au Caire le 2 février, après avoir disparu le 25 janvier. Son corps portait des traces de tortures graves. Une première version de cet article avait été publiée à la mi-janvier sous pseudonyme par l'agence Nena News.-FG
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Les luttes autonomes des travailleurs de l'usine textile de Mahalla Al Kubra depuis 2007 ont ouvert la voie au renversement de Moubarak en 2011

Al-Sissi a obtenu le contrôle du parlement avec le plus grand nombre de policiers et de militaires dans l'histoire du pays tandis que l'Égypte est la lanterne rouge dans tous les classements mondiaux pour en matière de respect de la liberté de la presse. Pourtant, les syndicats indépendants ne renoncent pas. Une rencontre animée vient d'avoir lieu au Centre de service pour les travailleurs et les syndicats (CTUWS), un des points de référence du syndicalisme indépendant égyptien.
Bien que la plus grande salle du Centre ait une centaine de places, le soir de la rencontre elle ne pouvait pas contenir tous les militants et de syndicalistes venus de toute l'Égypte pour une assemblée qui était extraordinaire dans le contexte actuel du pays. Le déclencheur de la rencontre était est une circulaire du Conseil des ministres qui recommande une coopération étroite entre le gouvernement et le syndicat officiel ETUF (seule organisation autorisée jusqu'en 2008), avec le but explicite de contrer le rôle des syndicats indépendants et de les marginaliser parmi les travailleurs.

Même si, aujourd'hui le CTUWS n'est pas représentatif de la constellation complexe du syndicalisme indépendant égyptien, son appel a été reçu, peut-être de façon inattendue, par un très grand nombre de syndicats.

lundi 4 janvier 2016

Quand la Chine explosera...

Deux articles sur l'énorme explosion sociale qui se prépare en Chine
Simone PieranniEn Chine, les travailleurs continuent à se battre
Selon l'ONG China Labour Bulletin  de Hong Kong, les grèves et les protestations à l'échelle nationale ont presque doublé au cours des 11 premiers mois de 2015 : 2 354 à comparer aux  1 207 dans la même période de 2014. Le ministère du Travail chinois a déclaré avoir accepté d'exercer une médiation pour 1 560 000 cas de contentieux de travail en 2014, comparés à 1,5 million en 2013. Lire la suite
Coco Feng - Jane Li - Echo Hui 
 Les “ filles d'usine” chinoises ont grandi et se mettent en grève
GUANGZHOU, Chine - Yang Liyan, une travailleuse migrante de 30 ans, dit qu'elle a pleuré deux fois l'année dernière. La première fois, c'était quand elle a pris son premier repas en prison, et la deuxième après sa libération, quand elle a raconté son épreuve à ses collègues au cours d'un dîner. Lire la suite


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mardi 29 décembre 2015

Ni marche en avant, ni marche arrière
La Chine à l'ère des émeutes

par Chuǎng 闯, 21/12/2015. Traduit par  Fausto Giudice, Tlaxcala
Rififi dans le  denim
L'histoire est désormais familière : un matin, au printemps de 2011, un marchand ambulant est harcelé et tabassé par la police. Ce soir-là, des rumeurs circulent sur Internet : le marchand serait mort. Des centaines de personnes se rassemblent dans les rues, rendus furieux par l'apparent assassinat. Ils brûlent des voitures, pillent les distributeurs automatiques et attaquent la police antiémeutes envoyées pour les disperser. Mais ils ne se dispersent pas. L'émeute se poursuit sur plusieurs jours, avec des milliers  de participants. Les journalistes qui viennent faire des reportages sur les événements sont bloqués par les forces de sécurité. La rumeur de l'insurrection se propage sur Internet même si le gouvernement utilise toutes ses ressources pour couper l'accès à l'information.

Malgré sa ressemblance frappante, ceci n'est pas l'histoire de Mohamed Bouazizi, le marchand ambulant tunisien, harcelé par la police, dont l'auto-immolation a déclenché le printemps arabe. Le héros de cette histoire était l Tang Xuecai ( ), un migrant du Sichuan dans la ville de Guangzhou. L'émeute [1] a eu lieu à Xintang, une des nombreuses zones industrielles du Delta de la Rivière des Perles, spécialisée, elle, dans le denim [2], la majorité des émeutiers étant eux-mêmes des travailleurs migrants dans les usines fabriquant des jeans pour l'exportation. Et, à la différence des émeutes et des grèves qui ont suivi la mort de Bouazizi en Tunisie, l'émeute de Xintang a finalement été écrasée quand la police a repris le contrôle du district, procédé à des arrestations en masse et a forcé la majorité des migrants à reprendre le travail.

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Xintang, 12 juin 2011
Mis à part cette comparaison, l'émeute de Xintang n'avait rien de particulièrement spécial. D'un point de vue purement quantitatif, des villes comme Guangzhou, Shenzhen et Dongguan dans le  Delta de la Rivière des Perles (DRP) vivent plus d'émeutes et  plus régulièrement que même Athènes. Si l'on ajoute les grèves, les blocus de routes et autres «incidents de masse» à la liste, les protestations chinoises surpassent régulièrement les tendances mondiales en ampleur et en gravité, surtout depuis que l'absence (ou l'épuisement) de recours juridiques tend à transformer ce qui pourrait être n'importe où ailleurs un piquet ou une protestation bénins en un soulèvement multi-usines risquant de détruire des millions de dollars de matériel. Pourtant, nous ne voyons pas souvent les avenues et les rues de Xintang comme nous voyons celles d'Athènes, jonchées de voitures brûlées tandis que la police  antiémeutes avance et que des essaims d'émeutiers se dispersent à la faible lueur dorée d'une enseigne McDonalds. Au lieu de cela, les images d'Athènes brûlant sont opposées à celles des paysages étincelants de gratte-ciels des villes côtières chinoises, entrecoupées de graphiques de productivité,  de rentabilité et de progrès tous à la hausse.

Mais sous ces graphiques, ces "incidents de masse" ont augmenté au cours de la dernière décennie. [3] Ce malaise en hausse est, en fait, reconnu par de nombreuses sources officielles, comme le Rapport annuel sur l'état de droit de la Chine (n ° 12). Recensant et classifiant les «incidents», ce rapport a également noté que près de 30% d'entre eux ont eu lieu dans la province de Guangdong, dans laquelle se trouve le DRP. [4] Mais beaucoup de ces rapports, dont celui-ci, ne prennent en compte qu'un petit nombre d'incidents de masse rapportés dans les grands médias et généralisent à partir de ce sous-ensemble. D'autres, comme la carte des grèves du China Labor Bulletin, collectent les rapports sur la toile chinoise d'une manière beaucoup plus systématique, mais les données remontent à quelques années seulement. [5] Leur carte est également volontairement focalisée sur les grèves, plutôt que sur tous les " incidents de masse ", et exclut donc souvent des formes de désordres qui sont initiés à l'extérieur du lieu de travail et ne prennent pas la forme de conflits du travail.

Les discussions sur les troubles chinois reposent trop souvent sur des sources partielles ou des tendances intuitivement «évidentes», allant souvent de pair avec des définitions restrictives. Mais pour discuter de ces phénomènes, il est essentiel d'élargir l'échelle de nos données. Au cours des dernières années une base de données d'agrégateur d'informations sans précédent, Global Data on Events, Language and Tone (GDELT), est devenue disponible, donnant accès à une énorme partie des bulletins d'information du monde, dans plus de 100 langues (avec l'agence de presse de l'État chinois Xinhua comme l'une de ses sources primaires de nouvelles) et codés pour différents types d' «événements», surtout de nature diplomatique, mais comprenant également une série de documents sur les remous politiques internes. [6] Ceci fournit une alternative aux données recueillies dans les rapports officiels ou extraites de médias sociaux chinois, pas tant pour remplacer ces sources mais comme un supplément comparatif. Bien que n'étant pas nécessairement plus digne de foi et plus précise dans les détails, elle peut fournir un contexte longitudinal, ce que les autres ne peuvent pas. [7] Une interrogation des données sur les émeutes en utilisant GDELT a montré une légère augmentation dans les émeutes à travers le monde depuis 1979, rendue plus significative par une diminution parallèle, et beaucoup plus importante, des grèves à l'échelle mondiale. [8] En utilisant les données GDELT, nous sommes maintenant en mesure de voir certains modèles de comparaison invisibles dans d'autres rapports. Néanmoins, les données GDELT sont également basées sur les bulletins d'informations, et donc sous-estiment presque certainement le nombre d'incidents de masse dans un pays comme la Chine, avec sa régulière censure des médias.
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mercredi 14 octobre 2015

Algérie : de Ghardaïa à In Salah, entre tribalisme, révolte sociale et gaz de schiste

Rabha Attaf s'est rendue en Algérie en juillet dernier et en a rapporté ce reportage, d'où il ressort que les affrontements "ethniques" de Ghardaïa dégagent une forte odeur de…gaz de schiste
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Impossible de savoir avec précision ce qui a réellement mis le feu aux poudres. En ces derniers jours de Ramadhan, Ghardaïa n'est plus que l'ombre d'elle même. La capitale du Mzab, hier florissante, porte encore les stigmates des affrontements communautaires qui ont  régulièrement enflammé  la ville et ses alentours depuis octobre 2014. En fait, depuis 2013, les vieilles rancunes entre Mozabites et populations arabes venues s'installer dans l'oasis au fil du temps sont remontées à la surface, donnant lieu à des altercations sporadiques. Mais en décembre 2014, les incidents se sont aggravés, avec l'incendie planifié de plusieurs dizaines d'habitations dans les quartiers mozabites, semant une panique généralisée. Malgré quatre mois de pourrissement, les autorités algériennes avaient brillé par leur absence.

Puis, en avril 2015, 10 000 gendarmes ont été déployés pour mettre un terme aux affrontements meurtriers. Postés tel un cordon sanitaire à l'entrée des sept ksours mozabites -villages fortifiés surplombant les autres quartiers de Ghardaïa- ils veillent, sous une chaleur caniculaire, à maintenir un calme artificiel. Les policiers, venus en renfort de l'ouest du pays, n'avaient pas réussi à mater les belligérants.  Pas étonnant : la police nationale algérienne est le premier employeur de jeunes diplômés au chômage, rapidement opérationnels après une formation sommaire. Trop jeunes et inexpérimentés, d'après des témoins, ils avaient été accusés de prendre parti contre les Mozabites et de protéger les « Cha'anba » -le nom de tribu utilisé pour désigner d'une façon lapidaire les « envahisseurs  arabes » bien que les Cha'anba soient eux aussi de souche berbère, comme les Mozabites.


Malgré ce déploiement, les affrontements ont continué crescendo jusqu'en juin, de façon sporadique -à coups de jets de pierres, de coktails Molotov, de « tire-boulons » (frondes bricolées)  et d'armes artisanales en tout genre- avec comme principaux foyer Berriane et El Guerrara, deux localités aux vastes palmeraies proches de Ghardaïa. Car très vite le conflit,  apparemment déclenché par des  bandes rivales de jeunes aux allures de «hooligans », s'est transformé en guérilla idéologique sous la pression d'agitateurs « vedettes » crachant leur venin sur les réseaux sociaux. Les noms utilisés pour désigner l'adversaire -« Ibadites » contre « Malékites », « Amazigh » contre « Arabes »- ont en effet jeté de l'huile sur le feu et fabriqué un  véritable climat d'affrontements communautaires.


Précisons que le M'zab est le fief traditionnel des Mozabites, ayant adopté le rite ibadite au VIIIème siècle. Sur les 400 000 habitants que compte Ghardaïa, ils sont 300 000, traditionnellement commerçants ou propriétaires fonciers. Mais depuis 1984, la composition sociologique de la ville -devenue capitale régionale- s'est modifiée, avec l'afflux d'Algériens venus des autres régions pour y travailler dans les complexes pétroliers ou occuper des postes d'encadrement dans l'administration qui se mettait en place. Ainsi, les Mozabites, qui forment une micro-société organisée particulièrement  puritaine et pratiquant l'entre-soi, se sont sentis envahis par ces Algériens aux mœurs trop laxistes à leur goût.

« Notre communauté est contrôlée d'une façon stricte », m'expliquait un jeune érudit mozabite rencontré dans le ksar d'El-Mlika (La Reine) qui domine la ville. « Le Conseil des 'Azzaba (conseil des Sages) veille au respect de la loi religieuse et chaque groupe est encadré. Contrairement aux Arabes, nos jeunes sont surveillés !». Et comme en écho à ce discours, des versets coraniques psalmodiés à l'unisson  par des enfants s'échappaient de la mosquée toute proche. « Le conflit ne date pas d'hier », poursuivait-il sur sa lancée. « Nous, nous sommes des commerçants travailleurs et pacifiques, établis ici depuis des siècles. Alors que les Bédouins, venus plus tard, sont connus pour être des voleurs et des fainéants ! ». Et de m'expliquer que les maisons des Arabes brûlées au sein même des quartiers mozabites le furent en représailles aux incendies criminels de maisons mozabites. Bref, une spirale de violence devenue incontrôlable.

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Ghardaïa vue du ciel



jeudi 9 juillet 2015

Violences au M'zab : Qui a intérêt à la tribalisation du Sud algérien ?


De nouveaux affrontements  ont fait une trentaine de morts à Ghardaïa, la principale ville du M'zab, depuis le 4 juillet. Les auteurs de violences, majoritairement des jeunes, en partie masqués, sont difficilement identifiables et leurs motivations pour le moins obscures. Rabha Attaf, qui revient d'un séjour dans la région, nous livre ses premières réflexions.-Tlaxcala

Les affrontements "inter-communautaires" qui agitent depuis quelques temps la ville de Ghardaïa surviennent dans un contexte bien particulier. 

mardi 7 octobre 2014

Mexique-"Y el señor andaba bailando": la nuit d'Iguala

Español México – "Y el señor andaba bailando": la noche de Iguala

 par Fausto Giudice, 7/10/2014
Un maire mafieux, complice d'un gouverneur d'État mafieux, couvert par un Président mafieux, donne l'ordre à ses hommes de tuer puis va danser, pendant que les tueurs agissent dans la nuit, tuant, blessant, kidnappant des jeunes étudiants en lutte, mais aussi des passants, des footballeurs, des passagers de taxi, bref tout ce se trouve sur le parcours de leurs projectiles. Bilan provisoire de l'horreur qui vient d'ensanglanter la ville d'Iguala de la Independencia : 49 morts, 17 blessés, 22 policiers municipaux détenus, un maire en fuite, recherché par Interpol, et un pays tétanisé par ce nouvel épisode la chronique noire d'une plongée dans l'abîme. Retour sur les événements de la nuit d'Iguala.

D'abord un peu d'histoire et de géographie.

Les scènes se passent dans l'État du Guerrero, dans le sud du Mexique, nommé d'après Vicente Guerrero, le 2ème président éphémère (8 mois) du Mexique indépendant au destin tragique : venu au pouvoir par un coup d'État, il fut destitué par un autre coup d'État et capturé puis fusillé par un acte de traîtrise (une invitation à déjeuner) préfigurant un acte similaire qui provoquera la mort, presque un siècle plus tard, d'Emiliano Zapata. Le Guerrero, connu à l'étranger, pour son haut lieu de cauchemar climatisé touristique d'Acapulco –une Babylone du Pacifique – est à l'image du reste du Mexique : livré à la prédation sauvage de la part d'un conglomérat de groupes criminels –narco-gangs, partis politiques, policiers pourris, bureaucrates corrompus, entrepreneurs mafieux, élus par achat de votes - collaborant tous entre eux. Ce pauvre Mexique, "si loin de Dieu et si proche des USA", est aujourd'hui réduit à l'état d'une Colombie, où les frontières entre "politique" et "parapolitique" (terme colombien désignant les représentants parlementaires des groupes paramilitaires auxquels l'armée et la police sous-traitent le "sale travail") se sont effacées, connaît une très forte conflictualité sociale. Les conflits qu'il vit portent sur des thèmes universels : la terre, l'eau, l'éducation, la santé, bref la défense des communs contre la prédation qui, au nom du marché, détruit le cadre de vie et les conditions mêmes de survie de la population. Une des batailles les plus spectaculaires qui se livre depuis des années concerne l'éducation. Dans ce domaine comme dans d'autres (la structure agraire) les régimes qui se sont succédé au Mexique depuis 20 ans ont tous poursuivi le plan visant à démanteler les acquis de la Révolution mexicaine de 1910, autrement dit l'éducation libre et gratuite pour tous. 

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Une des structures les plus importantes issues de la Révolution sont les écoles normales rurales, qui forment les instituteurs ruraux, généralement eux-mêmes issus de milieux paysans et indiens (les Mexicains disent "indigènes"). Vivant en internat, les normaliens alternent formation théorique et pratique, passant la quatrième année de leur cursus comme instituteurs-stagiaires dans une école primaire rurale. Le gouvernement d'Enrique Peña Nieto veut tout simplement les liquider comme "résidu anachronique", arguant que, désormais, on n'en a plus besoin.
Cela entraînerait tout bonnement la disparition de l'école de base dans toutes les zones rurales abandonnées par l'État. Les normaliens font donc de la résistance depuis plusieurs années, payant un lourd tribut : 2200 d'entre eux ont été arrêtés depuis 2000.
http://normalesruralesenreexistencia.files.wordpress.com/2013/11/img_1933.jpg Les luttes des normaliens sont des luttes de survie, donc violentes. Les lieux et objets emblématiques de ces luttes sont les autobus, les péages d'autoroutes et les boîtes en fer blanc. Explications : les normaliens ont en permanence la fringale et le ventre vide, vu que le gouvernement leur coupe les vivres. Ils sont obligés de financer eux-mêmes leurs déplacements entre les écoles où ils sont internés, leur lieu d'origine et les localités où ils font leurs stages. Ils récupèrent donc des autobus privés ou publics, occupent – "libèrent" - des péages d'autoroutes, dont ils demandent aux préposés de dégager et démontent les caméras de surveillance et organisent des "coperachas", des collectes d'argent, parfois un peu trop insistantes, ce qui déclenche parfois des bagarres généralisées, par exemple avec les chauffeurs de taxis collectifs, de bus ou de camions qui s'insurgent contre ce "racket". Les malheureux chauffeurs ont des circonstances atténuantes: ils sont déjà soumis aux exigences de "mordida" (orig. morsure), le bakchich traditionnel prélevé sous tout prétexte par les policiers, et au racket des gangs criminels. Mais le plupart des gens sollicités acceptent sans problèmes de mettre un petit billet dans les boîtes de conserves tendues par les normaliens en lutte, qui pourraient être leurs enfants ou leurs petits frères.


Venons-en à Iguala de la Independencia. C'est une ville de 120 000 habitants, à mi-chemin de Mexico et d'Acapulco. Elle est entrée dans l'histoire puisque c'est là que fut signé et proclamé le Plan d'Iguala, déclaration d'indépendance du Mexique, fruit d'un accord entre Iturbide, le monarchiste qui se voulait empereur et Guerrero, le libéral, républicain et franc-maçon. Et c'est à Iguala, en ce même jour historique du 24 février 1821, que le tailleur et coiffeur José Magdaleno Ocampo inventa le drapeau mexicain. Jamais depuis la conquête espagnole Iguala n'avait si peu mérité son nom originel en langue nahuatl (la langue des Aztèques) de yohualcehuatl, qui signifie "là où la nuit apporte la sérénité".
Ce qu'a apporté la nuit du vendredi 26 au samedi 27 septembre 2014 à Iguala, a été tout le contraire de la sérénité. Dans l'après-midi, les normaliens en lutte de l'École normale rurale Raúl Isidro Burgos d' Ayotzinapa, à 126 km de là, étaient arrivés en ville pour collecter de l'argent afin de financer leur déplacement collectif vers la capitale, pour y participer à la grande manifestation prévue le jeudi 2 octobre, en commémoration du massacre de Tlatelolco. Le 2 octobre 1968, plusieurs centaines d'étudiants en lutte de la capitale avaient été massacrés par des snipers des escadrons de la mort sur la Place des Trois-Cultures. Ce traumatisme n'a jamais été guéri, le crime étant resté impuni à ce jour, 46 ans plus tard. Symbole de la criminalité du pouvoir en place, Tlateloco déclenche une prise de conscience qui conduit certains militants étudiants à rejoindre la voie de la lutte armée, dans laquelle divers militants se sont engagés durant les années 1960. Parmi eux Lucio Cabañas et Genaro Vázquez, étudiants de cette même école d'Ayotzinapa. Lucio fonda le Parti des Pauvres et tomba au combat le 2 décembre 1974, âgé de 36 ans. Genaro, plus âgé que lui (il avait 7 ans de plus) et avec une déjà longue expérience de lutte syndicale, passa à la lutte armée en 1968, après avoir été libéré de prison par ses camarades, créant l'Asociación Cívica Nacional Revolucionaria (ACNR). Il est mort le 2 février 1972 à Morelia, dans des circonstances restées mystérieuses à ce jour : il semble qu'il ait été laissé mourir par les militaires qui avaient découvert son identité suite à un accident de voiture dans lequel il avait été gravement blessé.

Cabañas et Vázquez sont considérés comme des héros, au même titre que Che Guevara ou Emiliano Zapata, par les normaliens en lutte d 'aujourd'hui Ce vendredi-là, les normaliens se retrouvent en plein Iguala face aux policiers municipaux accompagnés de tueurs du gang criminel Guerreros Unidos, sous les yeux de militaires et de policiers fédéraux complices, qui laisseront faire. Les tueurs attaquent et tirent. Les normaliens se dispersent, les tueurs les poursuivent. Bilan de la nuit : 6 morts, 17 blessés graves et une soixantaine de normaliens disparus, c'est-à-dire kidnappés par les escadrons de la mort. La réaction de toute la société mexicaine est un mélange d'indignation et de résignation rageuse. Tout le monde se met à enquêter : la "justice" – le procureur ordonne l'arrestation de 22 policiers municipaux -, les citoyens, les médias. Quelques jours plus tard une douzaine de kidnappés réapparaissent, vivants. On vient de retrouver les corps des 43 autres, brûlés, dans 6 fosses communes.

Les travailleurs de l'Ecole normale d'Ayotzinapa exigent :
-le châtiment des assassins de normaliens
-la destitution des fonctionnaires complices
Ayotzinapa unie jamais ne sera vaincue

Entretemps, les normaliens ont participé activement et en masse au grand rassemblement du 2 octobre sur le Zócalo de Mexico en commémoration de Tlatelolco.
Zócalo, 2 octobre. Photos Argelia Zacatzi Pérezmezcali
Les normaliens exigent de revoir en vie leurs camarades disparus
Por mi raza hablará el espíritu (« pour ma race parlera l'esprit »), la devise de l'Université nationale autonome du Mexique forgée par l'écrivain José Vasconcelos qui en fut le recteur de 1920 à 1921. La « race » fait référence à la « race cosmique » décrite par Vasconcelos, celle issue, en Amérique latine, du métissage de deux cultures (européenne et amérindienne). Elle n'a rien à voir avec le "concept" européen de "race"

Pour demain mercredi 8 octobre, est prévue au même endroit une grande manifestation contre la boucherie d'Iguala, qui s'ajoute à la longue liste qui va de Tlateloclo à Acteal, en passant par Aguas Blancas en 1995 et le massacre d'étudiants dit du Jour de Corpus Christi, le 10 juin 1971, effectué par le groupe clandestin des Halcones, les "faucons" formés par la CIA, crime pour lequel le président d'alors, Luis Echeverría Álvarez, inculpé en 2005, a bénéficié d'un non-lieu pour "absences de preuves" en 2009. Faudra-t-il attendre l'an 2048 pour que des poursuites soient engagées contre le président Enrique Peña Nieto, auquel les deux premiers responsables du massacre d'Iguala sont étroitement liés ?

Ces deux hommes sont :
-        le maire d'Iguala, actuellement "en fuite" et recherché par Interpol : après avoir donné l'ordre à ses sbires de tirer sur les normaliens, dans la soirée, il est allé danser. "Y el señor andaba bailando", commentait une présentarice de télévision. L'homme a le profil classique du "parapolitique" mexicain du XXIème siècle. José Luis Abarca Velázquez  a commencé comme marchands de sombreros sur les marchés, puis s'est retrouvé à la tête de grands supermarchés et d'autres entreprises lucratives. L'explication du mystère de son enrichissement est simple : c'est un blanchisseur d'argent du crime organisé. Avec cet argent, il a pu s'acheter un poste de maire après s'être acheté une place au PRD, le parti de la "Révolution démocratique", qui mérite ses guillemets car il n'est qu'un PRI bis, c'est-à-dire, une machine mafieuse de pouvoir (remarque en passant : les 2 partis sont membres de l'Internationale socialiste, lisez ceci si vous cherchez encore de bonnes raisons de vous foutre en colère. Mais bon, l'IS a quand même attendu le 17 janvier 2011 pour exclure le RCD du dictateur tunisien ben Ali, trois jours après chute et sa fuite, et le 31 janvier 2011 pour exclure le PND de Moubarak, 12 jours avant la chute de celui-ci). Le PRD a bien sûr exclu Abarca de ses rangs…il y a deux jours, ce qui fait rire jaune les Mexicains. Je vous mets sa photo, au cas où vous le croiseriez, Interpol vous donnera une récompense. Sa page existe toujours sur Facebook, où son dernier post, en date du 29 septembre, souhaite un bon dimanche à ses administrés. Vous pouvez écrire à Mark Zuckerberg pour lui demander de supprimer cette page, puisque c'est celle d'un criminel recherché par Interpol…
-        Le gouverneur du Guerrero, Ángel Aguirre Rivero, lui aussi, bien sûr "militant" du PRD et élu en 2011. Lui aussi lié aux Guerreros Unidos, le gang local de narcotueurs  et a pratiqué les retours d'ascenseur avec Abarca, ce qui est normal puisqu'ils mangeaient au même râtelier. Voici deux photos du bonhomme: la première, photoshopée, de sa campagne électorale de 2011 et la seconde, qui le montre sous son vrai visage. Notez l'impudence du candidat, qui a carrément utilisé comme message de sa campagne le subliminal "Unidos transformaremos Guerrrero" (Unis nous transformerons Guerrero), qui évoquait immédiatement ses narcocriminels d'amis, protecteurs et financeurs, les Guerreros Unidos.
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mardi 28 mai 2013

Campagne pour la libération de syndicalistes paysans emprisonnés en Colombie


Colombia: Por la inmediata puesta en libertad de los dirigentes de ASTRACATOL-FENSUAGRO capturados masivamente en el Tolima  Pincha aquí para firmar
 
Colombie: libération immédiate des dirigeants d'ASTRACATOL-FENSUAGRO victimes d'une arrestation massive dans le Tolima !  Pour signer cliquer ici
 
Colombia: Immediate release of the leaders of ASTRACATOL-FENSUAGRO, victims of mass arrest in Tolima! To sign click here
 
Colombia: Per la liberazione immediata dei dirigenti di Astracatol-Fensuagro catturati nel Tolima  Per firmare, clicca qui
 
Kolumbien: Wir fordern die sofortige Freilassung der Führer von ASTRACATOL-FENSUAGRO, Opfer einer Massenverhaftung im Tolima! Zum unterschreiben hier clicken

Κολομβία: άμεση απελευθέρωση των ηγετών των συνδικαλιστικών οργανώσεων ASTRACATOL-FENSUAGRO που έπεσαν θύματα μαζικών συλλήψεων στην Τολίμα Κάντε κλικ εδώ για να υπογράψετε
 
Kolombiya: Tolima’da toplu olarak tutuklanan ASTRACATOL-FENSUAGRO yöneticileri derhal serbest bırakılsın İmzalamak için sayfanın sonuna git 

کلمبیا: ما خواهان آزادی بی قید و شرط رهبران آستراکاتل- فنسواگرو هستیم که در تولیما طی یک دستگیری جمعی اسیر گشتند  برای امضاء کردن لطفا بروید به آخر صفحه 

Colòmbia: Per l'immediat alliberament dels dirigents d'ASTRACATOL-FENSUAGRO capturats massivament en el Tolima Per a signar, dirigiu-vos al final de la pàgina
 
Colombia: frige omedelbart ledarna för ASTRACATOL-FENSUAGRO, offer för en massarrestering i Tolima! Gå hit för att skriva under

Kolombio: tuja liberigo de la ĉefoj de Astracatol-Fensuagro, viktimoj de amasa aresto en Tolima  Alklaku tie por subskribi

Primeras firmas Premières signatures First signatories ErstunterzeichnerInnen
François Houtart, investigador belga,  fundador del Centro Tricontinental (CETRI) y  cofundador del Foro Social Mundial

Bernard Duterme, Sociólogo, director del Centro Tricontinental (CETRI) basado en Louvain-la-Neuve, Bélgica

Franck Gaudichaud, Catedrático. Francia

Salvador López Arnal, Profesor UNED-España, colaborador de Rebelión

Santiago Alba Rico, escritor, España

Renán Vega Cantor, Docente de la Universidad Pedagógica Nacional, Premio Libertador, Venezuela 2008, Director Revista CEPA, Colombia
Carlos Aznárez, periodista, director de Resumen Latinoamericano, Argentina

María Torrellas, documentalista, integrante del proyecto comunicacional Resumen Latinoamericano, Argentina

Resumen Latinoaméricano, Argentina

Christophe Ventura, Mémoire des luttes

Fausto Giudice, editor y traductor. Miembro fundador de Tlaxcala, la red de traductores por la diversidad lingüística

Luis Casado, escritor, Editor de Politika, Chile, colaborador de La Pluma

Hernando Calvo Ospina, periodista y escritor colombiano. Francia

Ossaba, Artista Plástico, Colaborador de La Pluma. Francia

María Piedad Ossaba, periodista, directora de La Pluma. Francia

Juan Diego García, Doctor en Sociología, Colaborador de La Pluma. España

Lilliam Eugenia Gómez, Ph.D. Eco-Etología, IA. Colaboradora de La Pluma Colombia.

Marta Lucía Fernández, filósofa, Colaboradora de La Pluma. Colombia

Azalea Robles, periodista, poeta. Colaboradora de La Pluma y de otros medios

José Antonio Gutiérrez D. Investigador, Latin American Solidarity Centre Irlanda, Colaborador de La Pluma

José Bustos, periodista argentino residente en Francia, colaborador de La Pluma

Jorge Eliécer Mejía Diez, abogado colombiano, colaborador de La Pluma. Bélgica

Jorge Luis Ubertalli, periodista, poeta y escritor, Colaborador de La Pluma, Buenos Aires. Argentina

Jaime Jiménez, abogado colombiano, Colaborador de La Pluma. España

Héctor Castro, abogado colombiano, Colaborador de La Pluma. Francia

Guillaume Beaulande, periodista, Francia

Allain GRAUX, periodista, Parti de gauche, Francia



Cathy Ceïbe, periodista, L’Humanité, Francia

Eliecer Jiménez Julio, periodista colombiano en el exilio. Suiza

Cristina Castello, Poeta y periodista argentina residente en Francia

André Chenet, poeta y editor de revistas. Francia

Susana Merino, Traductora Rebelión. Buenos Aires - Argentina


Jaime Malagueño H, Vocero de la Asamblea Ciudadana de Ñuñoa ante la Coordinadora de Asamblea Metropolitanas (CAME) de Santiago, Chile.

Concepción Hernández Méndez, defensora de Derechos Humanos. Tehuacán, México

Comisión de Derechos Humanos del Valle de Tehuacán, México

Rosa Rojas, periodista. México, D.F.

Henry Alberto García, Historiador de la Universidad Nacional de Colombia sede Medellín. Vicepresidente de la Unión Sindical del Municipio de Itagüí-USIEMI. Colombia

Vicente Neira Barría, Docente Facultad Economía y Negocios, U. de Chile

Alison López, Docente Facultad de Medicina, U. de Chile

María Paulina Castro, Docente Facultad de Ciencias Sociales, U. de Chile 

Kathleen Lynch, Docente del Departamento de Justicia Social, UCD, Irlanda

Laurence Cox, Docente Facultad Sociología, Universidad Nacional de Irlanda, Maynooth

Maire Nic Ghiolla Phadraig, Docente Facultad de Sociología, UCD, Irlanda

David Landy, Docente Facultad de Sociología, Trinity College, Dublin, Irlanda

Salva la Selva, España

Tania Bustos, traductora, Delegada del Consejo Nacional del Partido de Gauche, Francia

Abelardo Díaz, profesor universitario
Olimpo Cárdenas, Director Periódico Periferia
Periódico Periferia, Medellín, Colombia

Tribunal Internacional de Opinión Sur de Bolívar, París, Francia

Asociación de Colombianos – ASOCOL, Zurich Suiza

Movice Capítulo Estado Español, País Valencià

Latin American Solidarity Centre, Dublín, Irlanda

INTAL, Bruselas, Bélgica

 Plataforma Europea por la Paz de Colombia, País Valencià

 Intersindical Valenciana

Grupo Raíces -Grúpa Fréamhacha (Solidaridad con Colombia) Dublín, Irlanda