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vendredi 12 août 2011

Tunisie : Seriati s'en sort...pour le moment

l'ex-chef de sécurité de Ben Ali est acquitté, prison pour ses proches

LEMONDE.FR avec AFP, Reuters | 12.08.11

Ali Seriati, ex-chef de la sécurité présidentielle, le 13 décembre 2010.
Ali Seriati, ex-chef de la sécurité présidentielle, le 13 décembre 2010.AFP
La justice tunisienne a acquitté vendredi le général Ali Seriati, ex-chef de la sécurité présidentielle, jugé pour complicité dans la fuite en Arabie Saoudite de Zine El Abidine Ben Ali et de sa proche famille le 14 janvier, en plein soulèvement populaire. Le tribunal de première instance de Tunis a en revanche prononcé des peines de prison allant de quatre mois à six ans contre 25 membres de la famille Ben Ali et de son épouse Leïla Trabelsi, dont 22 étaient présents à ce procès, pour tentative de fuite et possession illégale de devises.
Homme fort de la sécurité sous l'ancien régime, le général Seriati n'en a pas fini avec la justice car il fait l'objet d'autres poursuites pour des chefs d'inculpation beaucoup plus graves, tels que complot contre la sécurité intérieure de l'Etat, incitation à commettre des crimes et provocation au désordre. L'un de ses avocats, Me Abada Kefi, s'est félicité d'un jugement "historique". "C'est un jour de gloire pour la justice tunisienne qui a fait montre de liberté vis-à-vis de l'exécutif et de la pression de la rue", a-t-il dit à l'AFP. "J'ai craint l'influence de la pression populaire", a affirmé Youssef, frère du général Seriati, se disant "soulagé par un verdict juste".

Le président déchu Zine El Abidine Ben Ali et sa femme Leïla.
Le président déchu Zine El Abidine Ben Ali et sa femme Leïla.AFP/FETHI BELAID
Parmi les proches de Ben Ali et de son épouse Leïla Trabelsi jugés dans le même procès, Moez, neveu de l'ex-première dame, a été condamné par contumace à la peine maximum de six ans de prison. Deux de ses sœurs, Jalila et Samira, ont été condamnées respectivement à dix-huit et quatre mois d'emprisonnement ferme. Imed, le neveu préféré de Leïla, aussi haï qu'elle des Tunisiens et déjà condamné à quatre ans de prison pour détention de drogue, a écopé de deux ans. Sa mère Najia Jridi a été condamnée à huit mois de prison. Un des frères de Leila, Moncef, a lui été condamné à dix-huit mois de détention.
BEN ALI,  PLUS DE 66 ANS DE PRISON DANS DES PROCÈS PAR CONTUMACE
Outre le général Seriati, six inculpés ont été acquittés, dont la veuve de Moncef Ben Ali, frère aîné de l'ex-président condamné en France en 1992 pour trafic de drogue dans l'affaire dite "Couscous connection", trafic international de stupéfiants et de blanchiment d'argent qui se déroula pendant les années 1980.
Sur les 32 accusés, 23 se trouvaient en détention provisoire : outre le général Seriati, 22 membres du clan Ben Ali-Trabelsi arrêtés le 14 janvier à l'aéroport de Tunis-Carthage en possession de sommes importantes en devises et de bijoux, alors qu'ils s'apprêtaient à prendre l'avion. Six personnes, parmi lesquelles la veuve de Moncef Ben Ali, comparaissaient libres. Trois ont été jugées par contumace : outre Moez, il s'agit de Leïla Trabelsi elle-même et de Sakhr El-Materi, gendre du couple présidentiel en fuite, qui ont été condamnés par défaut respectivement à six et quatre ans de prison pour complicité et possession illégale de devises.
Leïla avait donné l'ordre à ses proches de se rassembler à l'aéroport pour embarquer sur un vol à destination de la France. Ce plan avait été déjoué par la brigade antiterroriste, selon la police, et le refus d'un pilote de les avoir à bord.
Le tribunal a aussi prononcé des peines d'amendes pour un montant global de 200 millions de dinars (plus de 100 millions d'euros). Ce procès, qui s'était ouvert le 26 juillet, concernait le plus grand nombre d'accusés dans une série d'affaires en justice contre le président tunisien déchu et ses proches. Ben Ali, réfugié en Arabie saoudite et dont la Tunisie n'a pu obtenir l'extradition, cumule déjà plus de soixante-six ans de prison dans des procès par contumace.

jeudi 27 janvier 2011

Zabastan زاباستان: Le clan Ben Ali-Trabelsi, ou le jeu des 2 familles

Il aura fallu 23 ans pour que la presse française, en l'occurrence Le Monde, publie ce genre de documents. Mieux vaut tard que jamais !
 Pour connaître les détails, cliquer ici

jeudi 13 janvier 2011

ZABA : "Je n'attendrai pas demain pour raser gratis, je le fais tout de suite et en 2014, promis, je me casse"

Durant les 7 à 8 minutes de son discours télévisé, ce jeudi soir 13 janvier 2011, Zine El Abidine Ben Ali a demandé en résumé aux Tunisiens d'être patients et d'attendre 2014 pour le voir partir. En effet - et c'est la grande nouvelle - il ne se représentera pas à "l'élection" présidentielle de 2014, il n'est donc pas président à vie. Il a aussi promis une liberté totale pour les partis politiques et Internet. Enfin, il a dit qu'il avait donné l'ordre aux forces de police de distinguer entres les "voyous" et les honnêtes citoyens et donc de ne plus faire usage des armes à feu. Il a ajouté que des responsables l'avaient trompé et qu'ils seraient donc jugés. Cerise sur le gâteau : une commission indépendante va enquêter sur la corruption. Va-t-elle enquêter sur lui, sa femme, sa famille ? 
Bref, c'est la révolution en direct du Palais de Carthage. La seule question est donc : les Tunisiens auront-ils la patience d'attendre encore trois ans ? Et le Grand Barbier va-t-il vraiment les raser gratis ?
يكفي Basta ! , 13/1/2011, 20 H 15
PS: Ah, nous allions oublier : Zaba a aussi annoncé une diminution des prix du lait, du sucre et du pain, ce qu'à notre connaissance, aucun manifestant n'a réclamé depuis 3 semaines. À croire que le Vieux a confondu 2011 avec 1984, quand il avait fait tirer sur les gens qui demandaient la baisse du prix du pain.



Taoufik Ben Brik : Le soulèvement de la jeunesse en Tunisie est une vraie révolte politique

Le journaliste tunisien Taoufik Ben Brik vient de publier ce Point de vue dans Le Monde
Cinquante morts au bas mot. Des immolés par le feu chaque jour. Des villes entières, partout le pays s'insurge. L'armée entre en lice. Un couvre-feu décrété sur le grand Tunis. Quels contre-feux pour éteindre la révolte ?
L'hiver 2011 a vu, avec le sang qui a coulé à Kasserine et à Tala la radicalisation de la protestation et l'émergence d'une révolte inédite dans une Tunisie longtemps encagée. Une révolte sans revendications sociales. Une révolte qui s'en fiche comme de l'an quarante du pain et de l'emploi. C'est une révolte politique, entière. Ce n'est pas une révolte de poussières d'individus mais de villes, de village et de cités entières. Une révolte politique radicale. Celle qui campe sur une position non négociable. Une révolte qui plaide pour le collectif contre l'individualisme, pour la loi contre celle du plus fort, l'égalité contre les privilèges, pour le citoyen contre le client. Une révolte qui traque les tièdes, les mous, les hésitants, les parvenus. Une Tunisie qui croit – encore – à la révolution contre l'involution. Elle somme Ben Ali de déguerpir : "vingt trois ans, basta !".
Du côté du pouvoir, la répression s'est naturellement radicalisée. L'irrémédiable. Ça a tourné au carnage !
Personne ne voulait de cette tournure des événements. Ni le microcosme de l'opposition en charpie, peu enclin à la confrontation, ni les puissances protectrices soucieuses de l'image – bon enfant – de ce petit pays du Maghreb.
Vite. Il faut sauver Ben Ali de Ben Ali pour que son régime ne sombre pas dans une violence sanglante. "Car la dérive du pouvoir tunisien éclabousse ses protecteurs occidentaux et amène leur opinion publique à leur demander des comptes", dit Hélène Flautre, députée européenne.
Lui tendre la perche ? Manifestement, il s'agit de pousser le résident de Carthage à opter pour un changement dans la continuité et de convaincre l'opinion publique que ce changement sans le changement est crédible. Il peut être porté par des bénalistes ou des figures de l'opposition bon teint et conciliants.
Pour cela, il faut, bien entendu, surtout ne plus parler de ce qui doit changer vraiment : la paupérisation, la confiscation des deniers publics, la prise en otage du pouvoir par la mafia, la corruption à outrance, le système policier, la torture généralisée, les procès pipés, l'omerta, la dépendance de toutes les institutions…
Désormais, les sujets abordés, le ton utilisé, les arguments avancés doivent affermir et promouvoir la certitude que la Tunisie est, avant tout, un pays ordinaire, banal. Y a-t-il une crise entre le pouvoir et la société ? "Quel pouvoir n'y est pas confronté ?", se demande Borhène Bessaies, un propagandiste de renom. Une jeunesse désabusée ? "N'est-ce pas le lot de toutes les jeunesses de la terre ?" s'indigne Samir Laâbidi, le tout nouveau ministre de la Communication. Des intellectuels militants frustrés qui redressent la tête ? N'est-ce pas le rôle de ces figures médiatiques, à l'image de l'avocat Raouf Ayadi et consorts, de dénoncer et de faire appel aux valeurs universelles ?, minimise encore un blanchisseur de Ben Ali, Béchir Tekkari, le ministre de l'enseignement supérieur. Ils oublient que ce n'est plus les temps des atermoiements. Ben Ali a à faire à un adversaire de taille : la rue qui a repris son mot à dire.
Et les formes de persécution les plus rebutantes sont des "bavures isolées" : tentatives d'assassinat, chasse à l'homme, passage à tabac, vol et saccage des biens, filature, privation de passeport, coupure de ligne téléphonique… toutefois, pour faire sérieux, on admet que ces exactions sont contre-productives. Contre-productif, voilà le terme clef à brandir chaque fois qu'il est question de remise en cause de la légitimité de ceux qui détiennent le pouvoir en Tunisie. Ce qui est une manière de valider les buts tout en récusant uniquement l'usage abusif des moyens. En somme, il faut croire que le carcan est plus bête que méchant et ceux qui ne peuvent pas le contourner ou s'y adapter, plus méchants qu'intelligents. Et pour parfaire l'acte de réhabilitation de Ben Ali, on s'attarde longtemps sur ses embellies : l'intention de libérer les manifestants, promesse de créer 300 000 emplois, la volonté de créer une commission d'enquête sur la corruption et les exactions, tandis que le premier ministre, Mohamed Ghannouchi s'efforce de faire bouger les choses (sic).
L'infra-message ne manque pas de sel : la tuerie, assure-t-on, touche peu de monde (une poignée de malfrats cagoulés, pour reprendre les dires de Ben Ali). Elle est donc plus maladroite que caractéristique du régime. Elle appelle un ajustement tactique, une gestion plus souple, plutôt qu'une remise en cause radicale. D'autant que les manifestants, les vrais, sont préoccupés du quotidien et du pain. Ils n'ont cure des aspirations politiques de la dizaine de têtes d'affiches créées par les media étrangers. Elle ne subit donc pas les affres du régime policier et répressif intentionnellement décrié. En définitive, pas de révolution à l'orée. Une révolution de palais suffira. Michèle Alliot-Marie, Frédéric Mitterrand, ou Bruno Lemaire, plaident : "Dire que la Tunisie est une dictature univoque… me semble tout à fait exagéré. Ben Ali est souvent mal jugé".
DÉFINIR LE TERRAIN COMMUN SUR LEQUEL DEVRONT S'AFFRONTER LES DIFFÉRENTES MANIÈRES DE VOIR
Allons plus loin : Ben Ali serait, paraît-il, partagé entre les clans qui s'affrontent sur la politique à mener. Il n'aurait pas encore tranché. Ce serait donc un homme réfléchi, capable d'apprécier les enjeux de la situation et disposant de ressources personnelles pour se rénover de l'intérieur. Branle-bas de combat pour présenter en toute complicité un semblant de changement : un ministre de la communication qui part, un nouveau ministre de l'intérieur qui débarque, et une valse de gouverneurs… Un exercice que les dictateurs pratiquent sans joie mais couramment. Car cette alternance truquée peut-être une brèche dont Ben Ali en personne ne connaît pas l'issue.
Ce qui est sûr, c'est que les révoltés, véritables protagonistes du cataclysme actuel seront certainement écartés de ce processus, tant les pressions extérieures seront fortes pour garantir un pouvoir acquis aux intérêts du libre-échange et conforme au rôle du partenaire docile assigné à la Tunisie dans la géopolitique internationale.
Toutefois, cette jeunesse révoltée a, aujourd'hui, un espace potentiel plus large. Saura-t-elle l'occuper ? En se situant sur les droits fondamentaux, individuels et collectifs, sur la constitution d'une démocratie vivante, de valeurs partagées et de lois communes, elle peut mieux s'ancrer dans la population et le paysage politique. L'enjeu n'est pas de choisir un porte-drapeau et de faire gagner son écurie. L'enjeu est de définir démocratiquement le terrain commun sur lequel, dorénavant, devront s'affronter les différentes manières de voir. L'appel au lancement d'une convention nationale, décentralisée, pluraliste, non sectaire, serait sans aucun doute opportun. Mais qui est en situation d'assurer sa reconnaissance, de garantir son pluralisme politique, la diversité des acteurs et son ancrage populaire ?

Voilez cette Tunisie que l’Europe ne saurait voir

Par Aziz Enhaili,Chroniqueur de Tolerance.ca, 12/1/2011
Depuis le 17 décembre 2010, la Tunisie connaît un mouvement social de révolte d’importance. Alors que la répression du régime policier du président Zine El-Abidine Ben Ali a fait des dizaines de victimes, l’Europe (et donc la France) a préféré regarder ailleurs. De leur côté, les États-Unis n’ont pas hésité à montrer leur désapprobation du comportement répressif du régime tunisien.
Suite à un geste désespéré d’un jeune Tunisien, Mohamed Bouazizi (26 ans), un mouvement social de révolte est né dans le «pays du Jasmin». Il a, depuis le 17 décembre dernier, donné un premier goût de la mesure de ses capacités de mobilisation populaire. Son succès immédiat est dû à un mélange d’ascenseur social en panne, l’absence de perspectives de vie digne pour les jeunes éduqués, la paupérisation avancée de larges secteurs sociaux, une corruption endémique et gangrénant l’ensemble de l’État tunisien et l’absence d’outils légaux d’expression des voix dissidentes...
Pour briser l’élan de ce mouvement de protestation sociale et l’empêcher de se répandre comme une trainée de poudre dans l’ensemble du pays, le régime a eu recours, comme c’est son habitude, à la manière forte. Si le Palais de Carthage parle de quatorze morts, certaines sources, dont la FIDH, avancent quant à elles ce mardi 11 janvier le chiffre de trente-sept morts, sans parler des nombreux blessés.
Chose certaine: l’irruption dans le jeu d’une armée, corps d’origine du raïs Zine El-Abidine Ben Ali, déterminée à mater la révolte dans le sang, et une police tirant à balles réelles sur des civils, on est loin d’une volonté d’apaisement de la part du régime en place. Deux signes qui ne trompent pas sur la détermination de cette dictature policière de mettre rapidement un terme à un mouvement social et de jeunes qui ne laisse transparaître aucun signe d’essoufflement. Agissant ainsi, ce régime tyrannique a franchi un cap nouveau dans l’escalade de sa campagne répressive menée, depuis son avènement en 1987, contre tout mouvement social (ou expression individuelle) de contestation de son pouvoir absolu.
Quand l’Union européenne (et la France) regarde(nt) ailleurs…
Le Vieux Continent a fait œuvre honorable et fort utile dans deux dossiers d’importance. D’abord, quand il s’est mobilisé hier (et continue de le faire) contre le régime autoritaire iranien surtout au lendemain de la réélection contestée du président sortant Mahmoud Ahmadinejad. Ensuite, quand il a décidé de maintenir sa pression sur l’usurpateur ivoirien, le président sortant Laurent Gbagbo, pour l’amener à renoncer au pouvoir au profit du président élu, M. Alassane Ouattara.
Avec la tournure tout-répressif des forces de sécurité de l’occupant du Palais de Carthage et le compte de leurs victimes civiles qui ne cesse de s’alourdir, le peuple tunisien était en droit de s’attendre à ce que l’Union européenne (UE) monte au créneau. Mais, c’était méconnaître le jeu réel, le rapport de forces et la face cachée des affinités électives au sein de cette institution complexe.
En lieu et place, on a assisté, médusés, à un silence assourdissant de la part des autorités de Bruxelles. Cette fois encore, la France, au mieux, s’est tu, au pire, s’est portée à la défense d’une dictature d’un autre âge. Une tyrannie indigne d’un pays dont plusieurs indices de développement rendent plus d’un jaloux dans le voisinage maghrébin et africain.
À titre d’exemple, le controversé ministre de la Culture de Nicolas Sarkozy, M. Frédéric Mitterrand, a déclaré, le 9 janvier 2011 (c’est-à-dire au moment même où, en Tunisie, les forces de sécurité laissaient plus que jamais libre cours à leurs exactions meurtrières), sur la chaîne française Canal +, en guise de défense du régime autoritaire de Ben Ali, que «dire que la Tunisie est une dictature univoque comme on le fait si souvent, me semble tout à fait exagéré» (sic!). Et comme il est coutume de le faire dans le «pays de Marianne» chaque fois qu’il fallait trouver des «excuses» à la dictature du régime Ben Ali, ce ministre «de l’ouverture» a cru bon de sortir l’argument Massu: «La condition des femmes est tout à fait remarquable» en Tunisie (par rapport aux autres pays de la région, NDLR)! Pour ne pas demeurer en reste, son collègue de droite, le ministre de l’agriculture Bruno Le Maire, a estimé ce mardi 11 janvier, toujours sur Canal+, que le président Ben Ali est «quelqu'un qui est souvent mal jugé» (sic!), et d’ajouter au passage, pour enfoncer le clou, qu'il «a fait beaucoup de choses» (sic !) (positives pour son pays, NDLR).
Hélas, cette défense pathétique du régime Ben Ali a également ses illustres «champions» dans les rangs du Parti socialiste français, dont l’actuel maire de Paris, M. Bertrand Delanoë (natif de Tunis).
Il a fallu attendre le lundi 10 janvier pour voir enfin Paris sortir de son mutisme. Mais c’était, encore une fois, de pure forme. Pour calmer, peut-être, l’impatience de plus en plus manifeste d’une partie de la gauche française et européenne (dont le PS et des membres de Europe Écologie-Les Verts) et d’organisations internationales de défense des droits de l’Homme, dont Amnesty International et la FIDH. Lors d'un point-presse, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Bernard Valero, s’est ainsi borné à déclarer que son pays «déplore les violences, qui ont fait des victimes, et appelle à l'apaisement». Et sa patronne, Michèle Alliot-Marie, tout en refusant de «donner des leçons» aux «amis» de Tunis, a proposé de les faire bénéficier de «l’expertise» française dans le domaine de la gestion des luttes urbaines!
Alors que l’Élysée se murait dans un silence assourdissant, le secrétaire d’État-adjoint américain Philip J. Crowley s’est dit «préoccupé» à cause des récents mouvements sociaux en Tunisie et de leur répression. La Maison-Blanche a également convoqué l'ambassadeur Mohamed Salah Tekaya, pour demander à son gouvernement le respect des libertés individuelles, entre autres, en matière des droits de manifester et d'accès à Internet et aux comptes des réseaux sociaux. D’ailleurs, Facebook, Google et Yahoo se sont récemment inquiétés pour cause d’attaques de pirates informatiques.
L’UE a, semble-t-il, attendu cette sortie de Washington pour qu’elle réagisse enfin aux événements sanglants en Tunisie. Maja Kocijancik, la porte-parole de la chef de sa diplomatie Catherine Ashton, a notamment appelé Tunis, en date du 10 janvier, «à la retenue dans le recours à la force et au respect des libertés fondamentales». Tout en rappelant à la mémoire de l’occupant du Palais de Carthage que le renforcement de la relation bilatérale de son pays avec Bruxelles, et qui est en cours de discussion actuellement, «requiert des engagements accrus sur tous les sujets, en particulier dans le domaine des droits de l'homme et des libertés fondamentales» (voir la dépêche de l’AFP, 10 janvier 2010).
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Encore une fois, le gouvernement français a préféré éviter d’embarrasser l’«ami» Ben Ali. Au lieu de se complaire dans ce schéma éculé qui veut que la dictature de l’ancien général des services spéciaux soit le seul rempart face à une alternative islamiste menaçante, Paris ferait mieux de changer de politique et d’accompagner son ancienne colonie dans sa conquête de la démocratie. Si elle désirait aller dans ce sens, elle pourrait, entre autres, encourager ses partenaires dans l’UE à utiliser leurs négociations avec Tunis sur le «statut avancé» comme moyen de pression sur ce régime. À court terme, Bruxelles aura tout à gagner, aux yeux du peuple tunisien et des autres peuples arabes, de dépêcher, dans les plus brefs délais, sur place une mission d'information parlementaire pour s’enquérir de visu de ce qui s’est passé durant presque un moins maintenant et des raisons de ce mouvement social de protestation. Quitte à se pencher, dans un second temps, sur les leçons à tirer d’une telle situation pour l’avenir de ses relations avec ce pays ainsi qu’avec les autres États de la rive Sud de la Mare nostrum.

Pourquoi le gouvernement français ne condamne pas Ben Ali

par Julien Chabrout, L'Express,  13/01/2011 

Le gouvernement et l'UMP ont réagi du bout des lèvres face aux violences tunisiennes. Pas du goût de la gauche. LEXPRESS.fr analyse les raisons de cette prudence.

 
Les événements en Tunisie agitent la classe politique française. Et embarassent la droite. Depuis le début des manifestations de la population tunisienne contre le taux de chômage très élevé, de nombreux membres du gouvernement français ont prudemment réagi, se refusant à condamner les répressions. 
Ce matin lors du point presse UMP, le secrétaire général Jean-François Copé a défendu cette position française, soutenant la position de Michèle Alliot-Marie. Le député-maire de Meaux semblait même encore plus prudent: "Nous n'avons pas beaucoup d'informations. Il faut respecter la souveraineté de ce pays", a-t-il affirmé, précisant que "la France est un pays ami de la Tunisie". 
Pourtant, à l'UMP, tout le monde ne partage pas le même avis. C'est notamment le cas du président du Sénat, Gérard Larcher, qui a condamné mercredi sur RMC et BFMTV "la répression" en Tunisie. Même position chez le député UMP Didier Julia, qui a proposé la création d'une mission d'information parlementaire sur ce sujet. "Je suis étonné du silence étourdissant du gouvernement français sur les droits de l'homme", explique-t-il à LEXPRESS.fr, rappelant "l'incohérence" de la position française, qui a pourtant décidé de soutenir Alassane Ouattara en Côte d'Ivoire
"Privilégier les droits de l'homme"
A gauche, cette position ne passe pas. Le PS, par la voix de son porte-parole Benoit Hamon, avait indiqué lundi "condamner solennellement cette répression". Joint par LEXPRESS.fr, le député PS, François Loncle a estimé que "le discours du gouvernement est parfaitement insuffisant". "Il faut privilégier la défense des droits de l'homme sur la realpolitik" a-t-il ajouté, précisant que le président Ben Ali est "un despote corrompu". 
De son côté, le président de la Ligue des Droits de l'Homme Jean-Pierre Dubois déplore vivement le soutien du gouvernement au régime tunisien, qu'il qualifie de "mafieux" et compare à celui de l'ex-dictateur roumain Ceausescu. "Je ne sais pas si Nicolas Sarkozy espère etre réelu avec les scores à plus de 90 % de Ben Ali", ironise-t-il. 
Jean Pierre Dubois comme François Loncle ont condamné vivement les propos de Michèle Alliot Marie proposant à la Tunisie de partager "le savoir-faire" français en matière de sécurité. "C'est effrayant", affirme ainsi Jean-Pierre Dubois. "C'est insensé", renchérit François Loncle, qui entend bien poser une question au gouvernement à ce sujet.  
Des liens sentimentaux et économiques
Comment expliquer les timides réactions des responsables de droite sur cette question tunisienne? Karim Emile Bitar, spécialiste du monde arabe, et chercheur associé à l'IRIS pointe plusieurs raisons. 
D'abord, la présence de "liens sentimentaux étroits entre de nombreux dirigeants français et la Tunisie". Certaines personnalités sont en effet nés en Tunisie, à l'image de Bertrand Delanoë. Ensuite, le chercheur pointe le risque "d'une déstabilisation de la Tunisie, qui pourrait renforcer la tentation migratoire des Tunisiens en France".  
Ensuite, les intérêts économiques entre les deux pays, la côte tunisienne étant une destination touristique prisée par les Français. A cela, il faut ajouter le grand nombre d'entreprises françaises présentes en Tunisie. 
Enfin, "l'opposition tunisienne est marginalisée, ou réduite au silence et à l'exil. L'alternative n'est ni apparente ni prête. Du coup, pour la France, ce régime est le moindre mal" explique le chercheur. 
Pour Karim Emile Betar, la France est à mille lieux d'autres puissances occidentales. Les Etats-Unis, par le voix d'Hillary Clinton, ont affirmé être "préoccupés par la réaction du gouvernement tunisien". Une condamnation même timide, qui pourrait être salutaire pour le peuple tunisien.  
"La France et les Etats-Unis sont les principales puissances pour ce pays", note le chercheur de l'IRIS. "La survie du régime de Ben Ali dépend de l'attitude de ces puissances." 

mercredi 12 janvier 2011

Ben Ali, un dictateur de son temps: il nomme un ingénieur au ministère de l'Intérieur

Zine Abidine Ben Ali vient de prendre une décision historique en remplaçant à la tête de ses polices Rafik Belhaj Kacem - qui était un flic traditionnel - par Ahmed Friaâ, l'homme, qui en tant que ministre des Technologies de la Communication, avait mis en place les structures de la Cyber-Tunisie au début du siècle. Mais en attendant que les forces d'insécurité passent de la répression réelle à la répression virtuelle, elles continuent à tirer à balles réelles aux quatre coins du pays. Hatem Bettaher, un enseignant universitaire et Riad Ben Oun, un éléctricien, ont été tués à Douz et un autre manifestant a été tué à Thala. La révolte continue de s'étendre et commence à se structurer dans la banlieue de Tunis. Le couvre-feu a été décrété dans la capitale. Et alors que Zaba a annoncé la libération des manifestants arrêtés, il a fait arrêter à son domicile Hamma Hammami, chef du petit Parti communiste des ouvriers de Tunisie. Côté rumeurs, le général Rachid Ammar, chef de l'armée de terre, aurait été limogé pour avoir refusé de donner à ses hommes l'ordre de tirer sur les manifestants.
Les figurants changent d'un côté du bureau, mais pas l'acteur principal :
ZABA recevant Friaâ en 2001
***
Vincent Geisser, sociologue à l'Institut de recherche sur le monde arabe et musulman

Tunisie : les gages de Ben Ali, symbole d'un "régime aux abois"

LEMONDE.FR | 12.01.11 | 18h38
 

La contestation que connaît la Tunisie depuis trois semaines a dégénéré   en émeutes sanglantes, samedi 8 et dimanche 9 janvier.
La contestation que connaît la Tunisie depuis trois semaines a dégénéré en émeutes sanglantes, samedi 8 et dimanche 9 janvier. AP/Hassene Dridi
Tandis que les affrontement ont gagné la capitale Tunis ,mercredi, le régime tunisien a cherché à trouver une sortie de crise aux émeutes sociales que connaît le pays depuis quatre semaines. Le premier ministre, Mohamed Ghannouchi, a ainsi annoncé le limogeage du ministre de l'intérieur, Rafik Haj Kacem, ainsi que la libération de toutes les personnes détenues depuis le début du mouvement. Il a également annoncé, au cours d'une conférence de presse, la formation d'une commission d'enquête sur des actes de corruption présumés concernant des responsables publics, que dénoncent opposition et ONG. Vincent Geisser, sociologue à l'Institut de recherche sur le monde arabe et musulman, et auteur de plusieurs travaux sur la Tunisie, analyse les motivations et la portée des gages donnés par le président Ben Ali à la population tunisienne pour tenter de mettre un terme à la contestation.
Comment interpréter les mesures annoncées aujourd'hui par le pouvoir tunisien ?
C'est une forme de recul du régime et du président Ben Ali qui montre que le régime est aux abois et tente de trouver une sortie politique. Cette alternance, ce balbutiement entre des formes de répression brutale et des gestes d'apaisement caractérisés par des mesures de relance et le traditionnel appel au dialogue national, est symptomatique de la faiblesse du pouvoir. Un régime qui limoge son ministre de l'intérieur n'est pas un régime qui contrôle la situation. Cet emballement est le signe de son impuissance et de sa volonté de reprendre la main.
Ces annonces doivent beaucoup à un fait nouveau, symboliquement très fort : la propagation du mouvement aux faubourgs de Tunis et aux abords-mêmes du palais de Carthage, lieu de résidence du président. En entrant dans la capitale, le message qui est transmis au régime est : "Donnez-nous notre liberté, partez".


Manifestation à la cité Ettadhamen (Solidarité) de Tunis, mercredi 12 janvier.
Manifestation à la cité Ettadhamen (Solidarité) de Tunis, mercredi 12 janvier.REUTERS/STR
Un deuxième symbole a été touché avec la mobilisation des gens à la cité Ettadhamen (Solidarité) de Tunis, qui est toujours présentée comme un symbole de l'action sociale du président et que Hillary Clinton avait elle-même visité lorsqu'elle était première dame des Etats-Unis. Cela montre que la contestation est en train de devenir un mouvement politique qui dépasse les revendications sociales des étudiants-chômeurs. On est entré dans une phase supérieure, avec un mouvement qui a évolué dans son recrutement sociologique : s'y sont joints les ordres professionnels avec les avocats, qui jouent un rôle énorme, les partis et mouvements d'opposition et, fait marquant, le syndicat unique, qui a toujours eu un rôle de représentation des salariés vis-à-vis du pouvoir et qui ici joue un rôle oppositionnel. Aujourd'hui, on retrouve ainsi dans le mouvement des cadres moyens et supérieurs, ainsi que des lycéens.
Les mesures annoncées par le pouvoir sont-elles susceptibles de faire retomber la mobilisation ?
Il y a une telle montée de la haine contre Ben Ali qu'il n'est pas sûr que ces annonces aient un effet d'apaisement : ce que veulent les manifestants, c'est le départ de Ben Ali. On a bien vu déjà qu'après l'annonce lundi de la création de milliers d'emplois pour les diplômés, les manifestations ont redoublé... Pour calmer la contestation, la poursuite de la répression et les vagues d'arrestations auront plus d'effet...
Tout le monde se rend bien compte qu'il s'agit d'un discours de diversion, même si c'est vrai qu'en ce qui concerne le limogeage du ministre de l'intérieur, on touche à un symbole : celui du ministre des ministres, un acteur central du régime qui a clairement une fonction de répression. Mais la population sait très bien que si la police a tiré à balles réelles sur les manifestants, la décision vient directement du Palais. L'annonce par Ben Ali qu'il va lutter contre la corruption a également un côté presque ridicule car cette corruption émane directement du Palais. Elle n'est pas le fait de la haute fonction publique tunisienne, qui est plutôt saine, mais de l'entourage et de la famille du président. La réelle alternative qui se pose au président dans la lutte contre la corruption est de dire "je pars" ou de désigner des boucs émissaires.
Les gages donnés par Ben Ali sont davantage destinés à apaiser les soutiens étrangers et à répondre aux pressions américaines. Cela permettra ainsi au président Ben Ali de gagner à court terme l'apaisement international mais les mécanismes classiques de répression et de surveillance vont être maintenus.

Le président tunisien Ben Ali, lors de son allocution télévisée, lundi 10 janvier.
Le président tunisien Ben Ali, lors de son allocution télévisée, lundi 10 janvier.Reuters/HO
Le régime du président Ben Ali est-il réellement menacé par ce mouvement de contestation ?
On se trouve dans une période de flou et d'incertitude. Cela a beaucoup marqué les jeunes tunisiens qu'on ait pu tirer sur des gens à balles réelles. Dans la tête et le cœur de la population, Ben Ali, c'est fini. Le régime Ben Ali n'est pas fini en tant que système, mais il n'a plus de soutiens. Sa légitimité populaire et auprès des élites tunisiennes est désormais réduite à zéro. On voit mal comment ce régime usé va pouvoir se renouveler. Mais le régime Ben Ali étant ce qu'il est — un système répressif, marqué par une présidence omnipotente, un parti quasi-unique, une presse aux ordres du pouvoir et un degré extrême de verrouillage de l'espace public —, on peut en effet se demander comment il est possible d'insuffler un changement fondamental en Tunisie sans remettre en cause les fondements même du régime ?
M. Ben Ali propose une fois encore une forme de gouvernance axée sur l'ambivalence entre sécuritaire et dialogue. Le scénario que les Tunisiens réclament est que Ben Ali fasse de vraies annonces : celle notamment qu'il partira dans un ou deux ans, qu'il ne se représentera pas aux élections et l'initiation d'un processus de démocratisation, en donnant des garanties pour une réelle solution démocratique. Mais c'est impossible que ce scénario se réalise car on se trouve dans un système nourri par une logique sécuritaire et une logique de corruption. Si on touche à la moindre pièce du système, il s'effondre.
Les éléments de la fin du règne de Ben Ali sont là depuis dix ans. La façade de régime moderne luttant contre l'islamisme est en train de s'effriter. C'est certain que l'on s'oriente dans un nouveau cycle politique, celui de l'après-Ben Ali et que tant que celui-ci n'est pas amorcé, on aura une montée des mouvements sociaux en Tunisie à l'avenir. Mais, la question est de savoir combien de temps il faudra pour que le régime Ben Ali s'effondre ?
Entend-on des voix dissidentes au sein du régime qui pourraient laisser entrevoir une alternative à la présidence Ben Ali ?
Il n'y a pas de voix dissidentes au sein de l'appareil gouvernemental qui est composé de techniciens peu connus en tant qu'acteurs politiques, à l'exception de certains fidèles de Ben Ali. Mais certaines personnalités, ministres et anciens ministres, ont exprimé ces derniers jours des critiques et cela a été une motivation supplémentaire pour Ben Ali de vouloir reprendre l'initiative, car il craint de voir émerger une figure du sérail à même de capitaliser la contestation tout en ayant à la fois la main sur le système.
Certaines rumeurs disent également que ça commence à bouger dans l'armée et dans le parti et qu'il y aurait des frictions entre la police et l'armée.
Propos recueillis par Hélène Sallon

Après le massacre, Ben Ali s'exprime بعد المجزرة ، اعرب بن علي

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