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vendredi 4 septembre 2015

Les réfugiés devraient demander l'asile dans des synagogues

par Gilad Atzmon, 2/9/2015. Traduit par Eve Harguindey, Tlaxcala
Original: Refugees Should Seek Refuge In Synagogues 
Español Los refugiados deberían buscar asilo en las sinagogas
Italiano I rifugiati dovrebbero chiedere asilo nelle sinagoghe
Deutsch Die Flüchtlinge sollten Zuflucht in den Synagogen suchen
Español Los refugiados deberían buscar asilo en las sinagogas
Italiano I rifugiati dovrebbero chiedere asilo nelle sinagoghe  - See more at: http://www.promosaik.blogspot.de/#sthash.9ZyFlsk6.dpuf

Hier (mardi 1er septembre) l'Allemagne s'en est prise à la Grande-Bretagne à propos de la crise des migrants. L'Allemagne prévoit d'accepter 800.000 demandeurs d'asile d'ici la fin de l'année. La Grande-Bretagne se prépare aussi à la catastrophe croissante de réfugiés : elle a fermé ses portes. L'appel allemand est sensé, je dois l'admettre. Après tout, c'est Tony Blair et son gouvernement travailliste qui ont lancé la guerre criminelle qui a conduit à cette crise humanitaire mondiale. Mais Blair n'était pas seul. En fait, il n'était simplement qu'un Shabbes Goy*.
Lorsque Blair a mené la Grande-Bretagne en Irak, son principal collecteur des fonds était Lord Michael Levy, alias Lord Cashpoint (distributeur automatique), des Amis travaillistes d'Israël. David Aaronovitch  et Nick Cohen, qui écrivent dans Jewish Chronicle, furent, dans les médias britanniques et au-delà, parmi les défenseurs les plus acharnés des guerres interventionnistes immorales.

Depuis lors, nous avons vu le lobby juif exercer ouvertement des pressions pour plus et plus de guerres (Syrie, Iran, Libye, etc.). En France, ce sont le CRIF et Bernard-Henri Levy qui ont poussé à l'intervention en Libye qui a transformé la mer Méditerranée en piège mortel.

Je ne sais pas combien de réfugiés Lord Levy, Bernard-Henri Levy et David Aaronovitch peuvent accueillir dans leurs chambres d'amis. Mais je crois que la communauté juive devrait se mettre immédiatement à l'avant-garde de tout effort humanitaire pour les réfugiés.

D'abord parce que les Juifs prétendent en savoir plus que quiconque sur la souffrance. Mais surtout parce que c'est une politique agressive juive et le lobbying sioniste mondial qui ont amené cette colossale crise de réfugiés.
NdT
*Un Shabbes goy, Shabbat goy ou Shabbos goy, goy du sabbat, est un non-juif qui aide régulièrement une personne ou une organisation juive en exécutant pour elle certains actes que la loi juive lui interdit le jour du Shabbat.

mardi 16 août 2011

Old England: Le capitalisme sauvage descend dans la rue

par David Harvey, 11/8/201. Traduit par Dominique Muselet, Le Grand Soir
 
"Des teenagers nihilistes et sauvages" c’est comme ça que le Daily Mail a appelé les jeunes paumés venus de tous les horizons qui se sont lancés dans les rues en jetant par désespoir et je m’en foutisme des briques, des pierres et des bouteilles aux flics, en pillant ici et mettant le feu là, entraînant les autorités dans une joyeuse partie d'attrape-moi si tu peux, tout en s’envoyant des twitt pour passer d’une cible stratégique à une autre.
Le mot "sauvage" m’a interpellé. Je me suis souvenu que les Communards de Paris en 1871 avaient été comparés à des animaux sauvages, des hyènes qui méritaient d’être sommairement exécutées (et l’ont souvent été) au nom sacré de la propriété privée, de la moralité, de la religion et de la famille. Mais ensuite le terme m’a rappelé autre chose : les attaques de Tony Blair contre les "médias sauvages", lui qui était resté si longtemps confortablement installé dans la poche gauche de Rupert Murdoch avant d’être remplacé par David Cameron que Murdoch avait sorti de sa poche droite.
Il y aura bien sûr les débats hystériques habituels entre ceux qui sont d’avis que les émeutes sont de la pure criminalité sans limite et sans excuse, et ceux qui veulent absolument replacer les événements dans le contexte d’une mauvaise politique, d’un racisme galopant et de persécutions injustifiables de la jeunesse et des minorités, ainsi que d’une politique irresponsable d’austérité qui n’a rien à voir avec l’économie mais tout à voir avec l’accumulation et la conservation de fortunes et de pouvoirs personnels. Certains iront même jusqu’à condamner le caractère déshumanisant et absurde de beaucoup d’emplois et de beaucoup de journées de la vie quotidienne dans une société qui bénéficie certes d’un énorme potentiel d’épanouissement humain mais très inégalement réparti.
Avec un peu de chance nous aurons des commissions et des rapports qui diront une fois de plus ce qu’on a dit de Brixton et Toxteth pendant l’ère Thatcher. Je dis "chance" parce que les instincts sauvages de l’actuel Premier ministre semblent davantage le porter à utiliser les canons à eau, les gaz lacrymogènes et les balles en caoutchouc, tout en pontifiant onctueusement sur la perte de sens moral, le déclin de la civilisation et la triste détérioration des valeurs familiales et de la discipline chez ces jeunes dévoyés.



Le Pont de Londres , par Anthony Freda
Mais le problème est que nous vivons dans une société où le capitalisme est devenu insensiblement sauvage. Les politiciens sauvages trichent sur leurs notes de frais, les banquiers sauvages pillent l’argent public, les PDG, les gérants de hedge funds et les génies des investissements private equity* dévalisent touts ceux qui ont de l’argent, les compagnies de téléphone et de carte de crédit prélèvent des montants mystérieux sur les comptes de tout un chacun, les commerçants arnaquent les clients, et en un clin d’oeil, les escrocs et les faussaires parviennent à jouer au bonneteau** dans les échelons les plus élevés du monde politique et économique.
Une économie politique de spoliation de masse et de pratiques prédatrices s’est mise en place au grand jour aux dépens principalement des plus pauvres et des plus vulnérables, des personnes sans méfiance et sans protection légale. Quelqu’un croit-il qu’il existe encore un capitaliste honnête, un banquier honnête, un politicien honnête, un commerçant honnête, et une commissaire de police honnête ? Oui, il y en a encore. Mais vraiment très peu et tous les autres les considèrent comme des idiots. Il faut être malin. Faire des profits faciles. Escroquer et voler ! il y a peu de chance de se faire attraper. Et de toutes façons il y a mille manières de ne pas être redevable sur ses biens personnels des délits commis dans le cadre professionnel.
Ce que je dis peut choquer. La plupart d’entre nous ne le voyons pas parce que nous ne voulons pas le voir. Il est clair qu’aucun politicien n’osera jamais le dire et s’il le faisait la presse ne le publierait que dans l’intention de jeter l’opprobre sur lui. Mais je crois que tous les émeutiers comprennent très bien ce que je veux dire. Ils font seulement ce que tout le monde fait, quoique d’une manière différente —plus flagrante et plus voyante, dans les rues. Le Thatchérisme a déchaîné les pulsions sauvages du capitalisme ("la puissance animale" de l’entrepreneur comme ils disaient avec une fausse pudeur) et rien n’a pu les endiguer depuis. La terre brûlée, voilà la ligne directrice de la classe dirigeante presque partout dans le monde.
C’est la nouvelle normalité d’aujourd’hui. Voilà ce à quoi devrait s’intéresser la prochaine grande commission d’enquête. Tout le monde, et pas seulement les émeutiers devrait rendre des comptes. Le capitalisme sauvage devrait être jugé pour crimes contre l’humanité ainsi que pour crimes contre la nature.
Hélas, les émeutiers ne sont pas en situation de voir ni d’exiger. D’ailleurs tout conspire pour nous empêcher de voir et d’exiger. Et si le pouvoir politique revêt de toute urgence les atours de la supériorité morale et de la rationalité mielleuse c’est qu’il ne veut pas qu’on puisse le voir dans toute la nudité de sa corruption et de sa sotte irrationalité.
Mais il y a quelques signes d’espoir et de lumière dans le monde. Le mouvement des indignados en Espagne et en Grèce, l’impulsion révolutionnaire en Amérique Latine, le mouvement paysan en Asie, manifestent tous une prise de conscience des filets que la vaste escroquerie du capitalisme mondialisé, sauvage et prédateur, a jeté sur la planète. Qu’est-ce qu’il faudra pour que le reste d’entre nous le voit aussi et passe à l’action ? Comment pouvons-vous tout recommencer à zéro ? Quelle direction faut-il prendre ? les réponses ne sont pas faciles. Mais il y a une chose certaine : on ne peut trouver les bonnes réponses qu’on posant les bonnes questions.
Notes
*Le private equity, investissement en fonds propres ou quasi fonds propres dans des sociétés non cotées en bourse, constitue un placement à long terme dans des entreprises prometteuses.
** Le bonneteau est un jeu d’argent, de l’ordre de l’escroquerie, proposé à la sauvette sur les marchés et dans les lieux publics. Il est pratiqué au moins depuis le XIVe siècle en France, et encore dans de nombreux pays.
 

dimanche 14 août 2011

À Londres, d'une émeute à l'autre, la colère intacte du poète Benjamin Zephaniah

 English version In London, from one uprising to the next, the anger of the poet Benjamin Zephaniah remains intact: ‘The people on the street are angry people’

Benjamin Zapheniah fait partie des voix les plus importantes de la communauté afro-caribéenne britannique. Poète dub et écrivain rastafarien, il s'est régulièrement élevé contre l'abandon des quartiers défavorisés anglais et l'establishment à la tête du pays. Dans l'entretien qu'il nous accorde, il estime que les émeutes qui frappent l'Angleterre en ce mois d'août 2011, et qui ont fait déjà plusieurs morts, couvaient depuis très longtemps.

"Les personnes dans la rue sont des gens en colère"
Propos recueillis et traduits par Thomas Hajdukowicz et Joseph Sotinel, TV5,
10.08.2011

Pensez-vous que la violence à laquelle nous assistons au Royaume-Uni est le fait de bandes organisées, ou de gens du commun ?

Il n'y a pas de bandes organisées. On peut considérer les émeutiers comme des personnes "normales" parce qu'on les voit tous les jours dans les rues d'Angleterre. Mais pour d'autres, ce sont des gens "différents", parce que ces autres ne sortent pas de leurs centres ville, et ne quittent pas leur petit monde riche. Les personnes qui sont dans la rue en ce moment sont des gens en colère qui ont profité d'une faille dans le système pour essayer de le faire sauter. Pendant des années, ils ont refoulé cette énergie, qui est littéralement en train d'exploser aujourd'hui. Ils pillent aussi des biens dans des magasins qu'ils ont longtemps convoités mais qu'ils ne pouvaient pas se permettre d'acheter. On n'a pas à être d'accord avec eux pour les comprendre. En fait, si vous ne les comprenez pas, vous ne comprenez pas ce qui ne va pas dans notre pays.

On n’a pas vu de telle explosion de violence au Royaume-Uni depuis les années 1980. Qu'est-ce qui a mis le feu aux poudres ?

Cette question est mal posée. Depuis 1998, on a compté 333 morts causées par la police. Je dis bien police, et pas prison. Aucun policier n'a été inquiété. Est-ce que la violence policière compte ? La violence a toujours été importante en Grande-Bretagne, mais on l'a exporté, on a été violent en dehors de nos frontières. En Irak, en Afghanistan, en Libye. On a vendu la violence (sous la forme d'armes) à l'Indonésie, la Libye, Bahreïn, la Jordanie, Israël, le Sri Lanka, et beaucoup d'autres pays. Alors pourquoi tolère-t-on cette violence ? Nous vivons dans une société violente où le pouvoir s'acquiert grâce à un pistolet ou un char. La violence ne nous a jamais quittés. Elle est juste rentrée à la maison.

La réponse du gouvernement britannique est-elle appropriée ?

Le gouvernement n'a pas de réponse. Il réussira certainement à rétablir le calme dans les rues, mais il se contentera surtout de fermer les yeux sur les événements en attendant que ça explose à nouveau. Ça arrivera tôt ou tard. On doit dépenser de l'argent pour aider ces quartiers. Ces jeunes ont besoin de travail et d'espoir. Ils ont besoin qu'on leur propose un avenir, qu'on croit en eux, en leurs quartiers, en leurs arts. Le Gouvernement mène un programme de coupes franches et de désinvestissement.

Dans ce cas, existe-t-il d'autres solutions ?

Bien sûr qu'il existe un autre moyen. Dans le contexte actuel, dans ce pays néolibéral mené par la coalition Conservateurs/Libéraux Démocrates, une révolution serait bienvenue. Mais apparemment, les Britanniques ne font pas la révolution. C'est un truc français.


Benjamin Zephaniah, poète enragé
Benjamin Obadiah Iqbal Zephaniah, plus connu sous le nom de Benjamin Zephaniah, né le 15 avril 1958 à Handsworth (Birmingham), est un écrivain rastafarien et poète Dub anglais.
Il a passé une partie de son enfance en Jamaïque.
En 1968, il fait sa première performance dans une église et, dès 1973, il est reconnu pour son art dans sa ville natale.
Zephaniah publie son premier recueil de poèmes, Pen Rhythm, en 1980. Il est si bien reçu qu’il fera l’objet de trois éditions successives. Son album Rasta, où l’on entend le premier enregistrement des Wailers depuis la mort de Bob Marley ainsi qu’un hommage à Nelson Mandela, lui attire une renommée internationale. C’est à la suite de cet album qu’il est présenté à Nelson Mandela, futur président d’Afrique du Sud, alors prisonnier politique. En 1996, ce dernier lui demande de présenter le Two Nations Concert au Royal Albert Hall de Londres.
En novembre 2003, alors qu’un de ses cousins avait trouvé la mort pendant qu’il était détenu par la police,  Zephaniah révèle, dans le journal The Guardian, qu’il vient de refuser d’être décoré par la reine Elizabeth II comme "Officer of the Order of British Empire" (OBE). Il explique ce geste en disant que cela le renvoie aux "milliers d’années de brutalité, cela me rappelle comment mes ancêtres ont été violés et brutalisés". Il poursuit en disant "Imprimez ça, Mr Blair, et Mme la Reine, arrêtez de parler d’empire." C’était très inhabituel de dire cela publiquement, les conventions en la matière voulant que l’on ne formule son refus du titre qu’en privé. Il dit qu’il n’avait rien, personnellement, contre la Reine et que "elle est un peu guindée mais c’est une vieille femme sympathique."

Zephaniah se décrit lui-même comme un pur végétalien. Il est membre honoraire de la Vegan Society (Société végétalienne) britannique.
Il vit aujourd’hui à East Ham dans le Nord-Est de Londres et continue de se rendre régulièrement à Handsworth où vit toujours sa mère.

Au vu de son œuvre, Zephaniah a été admis comme docteur honoraire de plusieurs universités : University of North London (en 1998), University of Central England (en 1999), Staffordshire University (en 2002), London South Bank University (en 2003), University of Exeter et University of Westminster (en 2006). 
Money, un poème extrait du recueil City Psalms (1992)


Old England: l'idiote et le vieux Nègre, ou comment la BBC traite les "émeutiers noirs"

Fiona Amstrong est une des pétasses les plus agressives  de la BBC : elle tire à vue contre tout ce qui bouge. Interviewant le 9 août dernier Darcus Howe, vétéran du mouvement black britannique (fondateur, entre autres de la revue Race Today, avec Linton Kwesi Johnson), qu'elle appelle d'abord "Marcus Dowe", elle lui demande tout à trac : 
"You are not a stranger to riots yourself I understand, are you? You have taken part in them yourself." 
Vous n'êtes vous-même pas étranger aux émeutes, si je comprends bien, hein ? Vous y avez pris part personnellement.
Réponse de Howe: "I have never taken part in a single riot. I've been part of deonstrations that ended up in a conflict. Stop accusing me of being a rioter and have some respect for an old West Indian Negro, because you wanted for me to get abusive. You just sound idiotic - have some respect."
Je n'ai jamais participé à la moindre émeute. J'ai pris part à des manifs qui ont fini par des affrontements. Arrêtez de m'accuser d'être un émeutier et ayez un peu de respect pour un vieux Nègre caribéen, parce que vous voulez me faire sortir de mes gonds. Vous parlez comme une idiote - montrez un peu de respect.
Suite à cette interview, la BBC a présenté ses excuses au vieux Nègre:
"The BBC apologises for a live interview on its news channel - broadcast on Tuesday - in which presenter Fiona Armstrong accused guest Darcus Howe of taking part in riots. The Corporation said it had not intended to show him any disrespect."



jeudi 11 août 2011

Emeutes anglaises : Pourquoi ici? Pourquoi maintenant?

par Tariq Ali, 9/8/2011. Traduit par A l'Encontre


Traductions disponibles : Português   


Pourquoi donc est-ce que ce sont toujours les mêmes zones qui s’enflamment, quelles qu’en soient les causes? Est-ce purement accidentel? Ou y aurait-il un rapport avec la race, la classe sociale, la pauvreté institutionnalisée et le caractère sinistre de la vie quotidienne? Pris dans leurs idéologies pétrifiées, les politiciens de la coalition (y compris ceux du nouveau parti travailliste, qui pourrait tout aussi bien participer à un gouvernement d’unité nationale si la récession se poursuit) ne peuvent pas le dire, car les trois partis [Conservateur, Libéral-démocrate et Nouveau Travailliste] sont chacun responsables de la crise. C’est eux qui ont créé le gâchis.
Ils privilégient les riches. Ils font savoir que les juges et les magistrats devraient donner l’exemple en infligeant de lourdes peines de prison aux protestataires armés de sarbacanes. Ils ne remettent jamais sérieusement en cause le fait qu’aucun policier n’ait jamais été puni alors que plus de mille personnes sont mortes depuis 1990 alors qu’elles étaient en détention. Quel que soit le parti ou la couleur de la peau du parlementaire, il débite les mêmes clichés. Oui, nous savons que la violence dans les rues de Londres est déplorable. Oui, nous savons qu’il n’est pas bien de piller les magasins. Mais pourquoi ces choses arrivent-elle maintenant? Pourquoi ne sont-elles pas arrivées l’année passée? Parce que des griefs s’accumulent avec le temps, parce que lorsqu’un jeune citoyen noir d’un quartier défavorisé meurt par la volonté du système [samedi, 6 août 2011, Mark Duggan, âgé de 29 ans, a été tué par la police, dans le quartier paupérisé de Tottenham, dans le nord de Londres], cela donne le signal pour le déclenchement d’une contre-offensive.
Et cela pourrait encore s’aggraver si les politiciens et l’élite du monde des affaires, soutenus par une télévision d’Etat soumise et par les réseaux (journaux et TV) de Rupert Murdoch, échouent à s’occuper de l’économie et punissent les secteurs pauvres et défavorisés pour des politiques gouvernementales qu’ils ont eux-mêmes promues depuis plus de trois décennies. Ils ne peuvent pas éternellement déshumaniser l’«ennemi» chez eux ou à l’étranger, semer la peur et procéder à des détentions sans procès.
S’il y avait dans ce pays un réel parti d’opposition, il serait en train de revendiquer le démantèlement de l’échafaudage fragile du système néo-libéral avant qu’il ne s’écroule et lèse encore plus de gens. Partout en Europe les traits distinctifs qui séparaient jadis le centre gauche du centre droit, les conservateurs des sociaux-démocrates, ont disparu. L’uniformité des politiques officielles dépossède les secteurs les moins privilégiés – autrement dit la majorité – de l’électorat.
Les jeunes Noirs chômeurs ou sous-employés à Tottenham, à Hackney, à Ensfield et à Brixton savent très bien que le système est contre eux. Les beuglements des politiciens n’ont pas d’impact sur la plupart des gens, et encore moins sur ceux qui sont en train d’allumer des feux dans les rues. Les incendies seront éteints. Il y aura probablement quelques enquêtes pathétiques pour découvrir pourquoi Mark Duggan a été abattu, des regrets seront exprimés, des fleurs seront envoyées par la police pour ses funérailles. Les protestataires arrêtés seront punis, et tout le monde lancera un soupir de soulagement et passera à autre chose jusqu’à ce qu’une nouvelle explosion se produise. 

Old England/No Future: télézapping

mercredi 10 août 2011

Old England: Paroles d'émeutiers

Des magasins ont été dévalisés dans plusieurs villes d'Angleterre. 

Depuis quatre jours, les commentaires sur les émeutes au Royaume-Uni se multiplient. Riverains victimes de pillages, sociologues, responsables d'associations de quartier, hommes politiques. Chacun apporte son explication aux violences. Les émeutiers sont moins audibles. Pourtant, si certains se contentent de profiter des pillages, d'autres cherchent à faire passer un message.
  • "Cibler les richesses"
Dans le quartier de Hackney, un jeune homme de 29 ans se présente à un journaliste du Parisien sous le nom de Yemoko Baboss. Lundi à 16 heures, il était sur Mare Street, là où les émeutiers s'étaient donné rendez-vous. "Il faut se révolter, assène-t-il avant d'argumenter : Les taxes sont trop élevées, on n'a pas de travail et il y a eu trop de coupes dans le budget. Pour le gouvernement aujourd'hui, les jeunes sont d'abord un problème. Il ne faut pas s'étonner de ce retour de bâton."
Yemoko Baboss tient à souligner un autre point : la contestation ne repose sur aucune base raciale. "Il y a des Noirs, mais pas seulement, affirme-t-il. J'ai vu des gens de toutes les origines." Pour lui, participer aux émeutes, c'est avant tout entreren guerre contre "le système". En "ciblant les richesses", en mettant l'économie "à terre", le jeune homme espère faire bouger les choses.
Mais, lucide, il sait que tous les émeutiers ne partagent pas cette conviction : "Il y en a qui profitent de l'opportunité. Quand tu es jeune et qu'il y a des affaires sympas à prendre, c'est sûr que tu te sers."
  • "Montrer à la police qu'on peut faire ce qu'on veut"
Interrogées par une journaliste de la BBC après les émeutes à Croydon dans la nuit de lundi à mardi, deux jeunes filles s'amusent de la situation. "C'était de la folie, c'était marrant", lancent-elles tout sourire. Les deux comparses sirotent une bouteille de vin rosé, un vestige de leur récolte de la nuit dans les magasins du quartier. A leurs yeux, les commerces pillés représentent la richesse. Et elles veulent montrer à la fois à la police et aux "riches" qu'elles peuvent faire "ce qu'elles veulent".
De son côté, le Guardian rapporte une conversation entendue par un témoin des pillages dans le nord de Londres. Deux filles se disputent pour savoir quel magasindévaliser : "Allons chez Body Shop", lance la première. "Non, Body Shop, c'est mort, allons plutôt chez Boots", répond la seconde. Le témoin de la scène, qui se fait appeler Tiel, souligne la nonchalance des deux jeunes femmes, comme s'il était normal de faire son shopping à 4 h 30 du matin...
Plus insolite, le Financial Times (article payant) cite une femme sortant d'un magasin, une télévision sous le bras : "Je récupère ce que m'ont pris les impôts".
  • En colère contre le fonctionnement du "système"
Celui qui se présente au New York Times sous le nom de Louis James a 19 ans. Lundi, il participait aux émeutes à Camden. Enfant d'une mère qui peine à s'ensortir, orphelin d'un père héroïnomane, déscolarisé à 15 ans, il ne se souvient même plus du nombre d'écoles qu'il a fréquentées. Aujourd'hui au chômage, il se plaint : "Personne ne m'a jamais donné une chance." Il y a trois ans, il a pourtant quitté le gang auquel il appartenait et arrêté de fumer du cannabis. Mais rien n'y fait : lui qui voulait travailler dans le commerce de détail passe son temps devant la télévision. La faute d'après lui aux 76 livres (87 euros) d'indemnité chômage qu'il perçoit tous les quinze jours et qui suffisent juste à le nourrir.
S'il a pris part aux pillages, c'est parce qu'il est "en colère contre tout ce système".Son seul butin : un sweatshirt de la marque Fred Perry. Après coup, il se sent un peu coupable de l'avoir volé. Il insiste : "Je voudrais juste trouver un travail."
Donald Walther, Le Monde, 10/8/2011

Londres, un modèle de mixité urbaine fragilisé par la crise économique

par Marc Roche,Londres, Correspondant, le Monde, 11/8/2011
Dans la capitale, " le fossé entre riches et pauvres ne cesse de grandir ", explique un chercheur. Les émeutes ont eu lieu dans les quartiers où les classes sociales se côtoient sans se fréquenter
Quelles sont les causes des émeutes urbaines qui ont déferlé sur Londres depuis le 6 août ? La pauvreté, la marginalisation sociale, l'absence d'autorité parentale, la haine de la police ou le pur vandalisme expliquent, pêle-mêle, cette flambée de violence qui a envahi le petit écran à grand renfort de chromos.
Mais, contrairement aux idées reçues, les pires saccages n'ont pas eu lieu dans les arrondissements les plus pauvres où rôdent les damnés du quart-monde. Tottenham, Hackney, Clapham, Croydon ou Enfield, théâtres des plus graves violences, sont des quartiers types de la mixité sociale qui est la norme dans la capitale. Ce mélange traditionnel entre riches et pauvres fonctionne sans trop d'accrocs en période d'essor économique.
En revanche, comme l'attestent les actes de délinquance, cette cohabitation peut facilement se fracturer en période de crise économique, de coupes draconiennes dans les dépenses publiques, en particulier dans les budgets sociaux, et d'envolée du chômage des jeunes pas ou peu qualifiés.
" Comparé aux autres métropoles européennes, Londres est une ville où le fossé entre riches et pauvres ne cesse de grandir sans atteindre pour autant les écarts d'une ville comme New York. Toutefois, il n'existe pas de ghettos à l'américaine ni de banlieues sensibles à la française. La capitale est un bel exemple de mixité sociale ", souligne Tony Travers, professeur de politique locale à la London School of Economics.
Pour appuyer son propos, cet expert de la capitale cite l'exemple de Regent's Park, le quartier cossu du centre-ville où il habite. D'un côté, l'alignement des immeubles à colonnades doriques et à balcon en ferronnerie ou en stuc - signés du grand architecte Nash -, où réside une population cossue.
De l'autre, des HLM pas très bien entretenues où vivent petits employés, des ouvriers mais aussi des chômeurs et des immigrants. Albany Road, la longue artère commerciale qui sépare ces deux mondes, est une curieuse suite de petits commerces asiatiques et de débits d'alcool jouxtant des boutiques de mode branchées et des traiteurs où rien ne manque à l'étalage.
Londres est ainsi faite de sociétés juxtaposées, pas nécessairement hostiles, qui se côtoient sans se fréquenter. Chaque groupe a ses valeurs, ses normes, sa façon de vivre. Mais l'envers de cette mixité est que l'étalage de richesses des uns peut créer l'envie chez les autres.
A écouter Tony Travers, cette politique de mixité sociale est le résultat de la fragmentation du pouvoir détenu essentiellement par les 32 boroughs (" bourgs "), l'équivalant à peu près des arrondissements parisiens. La politique du logement, notamment l'attribution des HLM, est de leur ressort, pas de celui de la mairie ou du gouvernement central.
Ces prérogatives étendues expliquent que, dans les bourgs les plus riches et les plus verts comme Kensington et Westminster, de nombreuses HLM ont été construites à côté de luxueuses propriétés.
La " gentrification " des quartiers autrefois déshérités par les propriétaires de la classe moyenne a eu raison de la vieille distinction entre zones nanties et déshéritées. " Les jeunes professionnels peuvent ainsi réaliser à prix bas l'obsession de tout Britannique : posséder sa maison et un petit jardin ", analyse Tony Travers à propos de la poussée de cette nouvelle élite sociale qui a massacré les points de repères sociologiques et les grilles de références politiques.
Tony Travers insiste enfin sur une autre facette de cette crise : l'énorme pouvoir de la Metropolitan Police, la Met, première force du royaume avec 30 000 policiers. Fondé en 1819 par Sir Robert Peel pour prévenir les délits, Scotland Yard, ancêtre de la Met, est un Etat dans l'Etat.
Si le maire fixe le budget et désigne le président de l'autorité de contrôle, la force est totalement autonome sur le plan opérationnel. Le seul pouvoir du ministre de l'intérieur est la nomination du commissaire en chef de la Met. Outre son rôle de représentation, le maire ne contrôle en fait que l'infrastructure, en particulier le transport et le planning urbain.

Old England: hausse tendancielle des taux... d'émeute

Le dessin de Plantu dans Le Monde daté du jeudi 11 août 2011.
Plantu, Le Monde, 11 Août 2011

mardi 9 août 2011

La police de Londres vous parle :"Si vous reconnaissez un émeutier, dénoncez-le !"

La police métropolitaine de Londres a lancé l'Opération Withern pour identifier les protagonistes d'émeutes, auteurs de pillages et autres casseurs. Pour ce faire, elle lance un appel aux loyaux sujets de sa Majesté, leur demandant de l'aider à identifier les méchants casseurs. Et pour ce faire, elle n'a rien trouvé de mieux que d’utiliser le site de partage de photos en ligne Flickr, sur lequel elle promet de publier les images prises par les milliers de caméras de surveillance plantées dans toutes les zones urbaines. Ci-dessous un échantillon. Si vous reconnaissez un émeutier, vous pouvez appeler le 020 8345 4142  ou, anonymement, le 0800 555 111. Et vive la délation démocratique assistée par des "technophiles" (qui sont à Internet ce que les pédophiles sont aux enfants, des prédateurs)! Lisez l'article ci-dessous, qui se passe de commentaires

La reconnaissance des visages au cœur des révoltes londoniennes


Un groupe de technophiles a décidé d'aider la justice britannique à identifiant les casseurs prenant part aux révoltes actuelles de Londres.

Sur un groupe baptisé « reconnaissance de visages des émeutes de Londres », plusieurs internautes se sont rassemblés et souhaite mettre au point un outil permettant de reconnaître les visages des hooligans ayant incendié plusieurs bâtiments ou pris part aux pillages des boutiques. A cet effet, les membres du groupe baseront leur travaux sur l'interface de programmation mis à disposition par Face.com. Celle-ci est notamment utilisée par les développeurs d'applications souhaitant donner à leur utilisateurs la possibilité d'identifier leurs contacts sur certains réseaux communautaires. Il est également question de tirer partie de la base d'images de Facebook.

Si les récentes émeutes de ce monde sont organisées par les réseaux communautaires ou les applications de messagerie instantanée, en l'occurrence BlackBerry Messenger et Twitter, il semblerait que les technologies soient également choisies par ceux qui souhaitent modérer ces révoltes. Reste à savoir jusqu'où ces travaux seront portés et si les autorités accepteront de collaborer avec un groupe d'individus qui pourraient accidentellement porter préjudice aux passants se trouvant par mégarde dans des photos publiées sur Facebook et Twitter.

La suite sur Clubic.com : La reconnaissance des visages au coeur des révoltes londoniennes http://pro.clubic.com/blog-forum-reseaux-sociaux/actualite-439756-reconnaissance-visages-coeur-revoltes-londoniennes.html#ixzz1UYtJrgth

Londres: l'intifada anglaise en chiffres

16 000 policiers appartenant à 30 forces de police du royaume ont été mobilisés pour patrouiller dans les rues de la métropole anglaise depuis lundi, dans le cadre de l'opération "Trident". Tous les congés ont été suspendus dans la police. Au moment où les émeutes ont éclaté à Croydon, Clapham, Camden, Lewisham, Peckham, Newham, East Ham, Enfield, Woolwich, Ealing et Colliers Wood, 6 000 policiers "seulement" étaient opérationnels.
563 personnes ont été arrêtées, 105 ont été inculpées pour pillage et émeute. Toutes les cellules des commissariats sont pleines.
111 hommes policiers et 5 chiens policiers ont été blessés
Depuis lundi soir, les pompiers ont reçu 2 169 appels et la police métropolitaine 20 800 appels d'urgence
Coût prévisionnel des 3 premières nuits d'émeutes : 100 millions de livres (114 millions €)
La carte des émeutes
Map of London riots

L'image du jour

Sur cette affiche électorale, David Cameron, l'actuel Premier ministre de Sa Majesté, proclamait : "On ne peut pas continuer comme ça. C'est le déficit que je vais réduire, pas le Service national de santé". Il s'est attiré une réponse cinglante : "Va te faire voir à Eton" (la prestigieuse université pour fils de riches d'où il est sorti, formaté à point).