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mercredi 28 décembre 2011

Égypte : le procès de Wael Aly reporté une nouvelle fois محاكمة وائل علي تتأجّل مرّة أخرى

لقد تمّ مرّة أخرى تأجيل محاكمة وائل علي أحمد علي (أبو ليل5) وجاء هذا القرار أثناء الجلسة التي أقيمت يوم 26 ديسمبر 2011. وقد كان هذا التأجيل متوقّعا لأنّ الشهود لم يحضروا الجلسة. فهل اقتصر الأمر على استدعائهم؟طالب الأستاذ سيّد فتحي من مؤسسة الهلالي، ومحامي الدفاع من القاضي عادل عبد السلام قوما أن يوفّر ما مهو هو ضروري حتى يكونوا حاضرين في الجلسة المقبلة المقررة ليوم 26 فيفري 2012. إن| الرهان كبير لأنّ ملف الدعوى ضد وائل يستند أساسا على شهادات زائفة من صفوت حجازي وعبد الحكيم البحيري وطارق زيدان وعلاقة الثلاثة بالبوليس السياسي المصري معروفةز.
Le procès de Wael Aly Ahmed Aly (Abouleil) a été une fois de plus reporté lors de l'audience qui  s'est tenue ce 26 décembre 2011. Report prévisible car les témoins de l'accusation ne sont pas venus. Ont-ils seulement été convoqués ? Maitre Sayed Fathy, de la fondation Al Hilaly, qui assure la défense de Wael, a exigé du juge Adel Abdelsalam Gomaa qu'il fasse le nécessaire pour qu’ils soient présents à la prochaine audience prévue  le 26 février 2012. L'enjeu est de taille car le dossier d'accusation de Wael repose principalement sur les faux témoignages de Safwat Higazy, Abdelhakim Al Bahiry et Tarek Zidane, tous trois connus pour leurs attaches avec la police politique égyptienne.

vendredi 23 décembre 2011

مصر: الي ثوار الميدان ..وثوار الرأي العام Égypte-Aux révolutionnaires de la Place Tahrir, à ceux qui font la Une des médias : lettre de prison


À tous ceux qui ont scandé le slogan « Liberté, Dignité, Justice » le 25 janvier, jour où les principes révolutionnaires ont été consacrés pour éclairer les peuples du monde dans leur lutte pour les valeurs de justice, de démocratie et des droits humains.

A l’aube du 25 janvier, les premiers rayons de la liberté et de la dignité ont propagé la lumière de la révolution aux quatre coins de l’Égypte, poussant la jeunesse du printemps égyptien envahir les places.

Ce jour-là, je n’étais pas au Caire mais à Hurghada, où je réside avec ma femme. La première image télévisée que j’ai vue m’a incité et inspiré. Je me suis précipité dehors pour respirer le parfum de la liberté. Ma famille habite Le Caire, au croisement des rues Al Falaky et Mohamed Mahmoud. J'ai communiqué avec mes parents et ma sœur pour avoir des nouvelles jusqu’à ce que je puisse venir les rejoindre.

J’ai fait ma valise et je me suis donc rendu au Caire. En chemin, j’ai senti que toute l’Égypte m’accompagnait vers la place Tahrir. Je m’en suis remis à Dieu car le martyre , pour le bien-être de la nation, pour la justice et la liberté, était mon souhait ultime. J’ai intégré les rangs des activistes qui travaillaient comme un essaim d’abeilles. Sur la place Tahrir, les uns assuraient la sécurité, les autres l’hygiène, d’autres encore l’installation des tentes. J’ai retrouvé mes anciens amis de l’Université, ceux de la troupe de théatre et des randonnées. Après de longues discussions, nous avons décidé de fonder un musée commémoratif la révolution en cours, alimenté par les événements quotidiens, avec des banderoles de slogans, des projectiles, des reliques de martyrs, des caricatures. Un journal mural s’est ajouté au musée, annonçant les événements sur la place, faisant 4 mètres de long et protégé de la pluie par du plastique transparent.

À côté de ce journal mural se trouvait une équipe chargée d’informer, d’expliquer les principes fondamentaux de la révolution et de conscientiser. L’équipe s’est étoffée de nouveaux membres. Une tente a été installée pour regrouper le musée, le journal mural, un point d’information et un lieu de réunion.

La tente est devenue un centre d’information perfectionné et un lieu d’hébergement de nouveaux venus sur la place, d’autant plus qu’un espace a été réservé aux femmes, un autre aux familles de martyrs. Nous nous sommes réunis avec des personnalités publiques, dont certaines ont fourni une assistance matérielle – tapis, couvertures, chaises, papier et tout ce qui était requis pour les activités sous la tente.

Moubarak a été renversé et le Conseil supérieur des forces armées (CSFA) a pris la suite.
 

Après l’attaque sanguinaire des forces de sécurité agissant pour sauver l'ancien régime -attaque qui a fait des milliers de martyrs et de blessés- les événements ont pris une nouvelle tournure. Nous avons inauguré une nouvelle étape à l’enseigne de la lutte politique. Une bataille d’un nouveau genre a commencé. Toutes les forces politiques ont réintégré leurs locaux pour y tenir des réunions afin de se répartir le butin politique. Et ce, sans égard pour les revendications des groupes et des indépendants qui voulaient poursuivre le processus révolutionnaire avec pour seul but de réaliser ses objectifs dans le cadre de l’unification des forces, mouvements et alliances constitués pendant les premiers jours de la révolution.


J’ai ainsi décidé de réunir un certain nombre d’indépendants pour rester sur la place et continuer à réclamer la réalisation des objectifs de la révolution. On avait l'impression d'être sur le Djebel Ouhoud*, car la confrérie des Frères musulmans a largement conspiré contre les indépendants et les forces citoyennes en faisant alliance avec le CSFA . Au point de conduire certains à considérer les FM comme le bras politique du CSFA, notamment après la nomination de l’un de leurs cadres le Dr Tarek El Bechri, personnage emblématique de l’islamisme, comme président de la Commission de révision de la Constitution.


La Confrérie a connu une forte expansion, à croire qu’elle tenait les rênes du pouvoir. Il ne fallait surtout pas qu’une autre force émerge à leurs côtés ni que quiconque d’autre apparaisse comme leader ! Tout dans sa conduite visait à la faire apparaître comme force dirigeante de la révolution, en écartant les vrais protagonistes. Après la démission du gouvernement d’Ahmed Chafik, Essam Sharef, son successeur, est venu place Tahrir, porté en triomphe. Il est monté à la tribune. Les occupants de la place ont émis, depuis la tente, un premier communiqué déclarant notamment : « Malgré notre respect pour la personne d’Essam Sharef, la plupart des présents sur la place ne savent pas qui il est et veulent connaître son programme, sa ligne politique et les prérogatives dont il est investi ». Nous avons donc continué l'occupation.


La veille du 9 mars, la place a été attaquée et les occupants ont été expulsés de la place par la force. Plus d’une centaine de personne ont été arrêtées, dont dix-sept filles. Les familles des détenus ont réinvesti la place, en cherchant le moyen de faire libérer les leurs. Une commission juridique fut créée pour les défendre. Nous avons transféré le centre d'information de la place au café de la Bourse. Nous avons également constitué une équipe chargée de la sensibilisation sur les risques du référendum. Notre but était de démontrer que la légitimité populaire avait renversé la légalité constitutionnelle et qu'une simple révision de la constitution pourrait conduire le pays dans un gouffre.


Le 1er avril, nous avons organisé un tribunal populaire pour juger Moubarak, en présence des familles de martyrs et de quelques personnalités politiques, exceptés des Frères musulmans. Ces derniers ont justifié leur absence par leur mobilisation pour la Journée de l’Orphelin. La date du verdict a été fixée au 8 avril.


Le mardi 5 avril, nous avons eu la surprise d’apprendre que des réunions étaient en train de s’organiser pour refaire le procès, en présence cette fois-ci des Frères musulmans et de leurs partisans au sein de la Ligue de coordination de la révolution. Nous avons été invités au siège du Syndicat des journalistes, où s’est tenue la conférence de presse. Pendant la conférence, nous avons été empêchés de prendre la parole, nous nous sommes donc retirés en signe de protestation.


La volonté des Frères musulmans de dominer, d’exclure les adversaires et de récolter les gains politiques était claire. Des membres de la Ligue de coordination de la révolution ont toutefois essayé , lors d’une réunion à Groppi, de s'accorder avec nous sur les détails du programme de la journée du 8 avril et les lignes générales du nouveau procès ont été tracées. Il fut alors convenu que les familles de martyrs recevraient l’hommage qu’elles méritaient.


Le matin du vendredi 8 avril, ces personnes ont nié tout accord et pris le contrôle de la tribune avec leur service d’ordre, empêchant les familles des martyrs d’y accéder. Après des discussions virulentes, nous sommes parvenus à monter sur la tribune avec quelques familles de martyrs.  Les Frères musulmans, craignant que les choses ne leur échappent, ont alors commencé à répandre des rumeurs et des accusations, notamment que moi et d’autres avions des intérêts personnels, me présentant comme étant un agent d’Ibrahim Kamel, l’homme d’affaires connu pour son appartenance au RND [parti de Moubarak dissous, NdT]. Je n’étais pas au courant de la conspiration qui se tramait. Je pensais qu’il s’agissait de simples rumeurs banales destinées à semer la discorde et à m’écarter de la scène, malgré le fait que j'étais sincère, conformément à mes convictions et à ma morale. D’ailleurs personne n’a cru à ce qu’ils racontaient.


Épuisé par les querelles, je me suis réfugié sous la tribune et me suis endormi. Soudain quelqu’un m’a réveillé et j’ai été surpris d’apprendre que Safouat El Hijazi avait été éjecté de la tribune. Je me suis précipité sur la tribune pour voir ce qui s’y passait. Quelques officiers de l’armée criaient des slogans en faveur d’un État laïc. J’ai crié avec eux. Je ne les connaissais pas mais j’ai été interpellé par un officier porté sur des épaules qui tentait de monter à la tribune. J'ai alors tendu la main pour l’aider.


Ses collègues ont demandé notre aide pour protéger leur vie. Des jeunes les ont alors entouré pour les protéger des infiltrés pouvant provoquer des violences sur la place. Ma mission du jour a pris fin avec cela.


Une fois revenu chez moi, j’ai reçu un appel de Chadi El Ghazali Harb qui m’a informé qu’un officier de la police militaire avait été agressé et qu’il avait trouvé refuge dans un immeuble après une longue poursuite. Il m’a donc demandé d’aller calmer les esprits. Et je me suis retrouvé de nouveau sur la place.


Sous une grande tente, un groupe d’officiers accompagné du Cheikh Safouat El Hijazi était en train de discuter de la situation. J’ai essayé en vain d’intervenir puis j’ai quitté la tente à leur demande. J’ai alors appris que quelqu’un les avait informés de l’intention de l’armée d'expulser les occupants par la force. Mais ces derniers voulaient poursuivre l'occupation de la place. Quelques instants plus tard, les forces de la police militaire ont envahi la place de toutes parts, tirant des balles et des lacrymogènes. J’ai essayé de courir pour fuir les gaz et les balles : je suis tombé par terre avant d’être conduit par un ami au taxi le plus proche sur l’avenue Ksar El Ayni. Je suis allé passer la nuit chez un ami.


Le lendemain matin, je me suis réveillé et j'ai appris qu’un communiqué du CSFA m’accusait d’avoir été l’instigateur des événements de la journée du 8 et de la nuit du 9 avril. J’ai été surpris par le « témoignage » de Cheikh Safouat El Hijazi, Tarek Zidane et des autres. Je me suis rendu sur la place le 11 avril, où j’ai rencontré Tarek Zidane, qui a nié publiquement avoir tenu des propos contre moi, alors qu’ils ont été enregistrés.


Le lendemain, j'ai tenu une conférence de presse au siège principal du Parti du Ghad. Je me suis ensuite rendu à la justice et j’ai pu prouver l’absence de tout lien entre moi et le RND. J’ai également prouvé que je suis employé par la société de Kamel Abou Ali et non pas Ibrahim Kamel. Le juge militaire m’a acquitté après avoir démenti toutes les rumeurs sur mon compte.


Tous les témoignages contre moi affirmaient que mon appartenance au RND pouvait être déduite de mon apparence et de mon comportement. C’est étonnant, surtout après que Safouat El Hijazi et Tarez Zidane avaient démenti ces accusations dans les médias et affirmé que j’étais un révolutionnaire et non un agent de l’ancien régime. Par ailleurs, nombre de journalistes, notamment Wael Abrashy et Ibrahim Issa, ont accrédité ces affirmations.


Malgré mon innocence, j’ai comparu à nouveau devant un juge d’instruction, Maher Baybars, qui m’a déféré devant la Cour pénale, quelques heures avant sa nomination comme gouverneur.


Pire encore, il m’a associé un avocat, Oussama Chichtaoui, qui avait déjà assisté à la précédente instruction (militaire) de la même affaire. Je me suis donc retrouvé inculpé une deuxième fois pour les mêmes faits.


On m’égorge après que mon innocence a été prouvée. Mais moi, je suis sûr de ma position et de la justesse de notre point de vue d’indépendants, révélée au monde entier.


Les révolutionnaires auraient dû rester sur la place Tahrir jusqu’à l’achèvement de la révolution. Ils auraient dû préserver cette dernière de sa récupération par des opportunistes.


Salut aux âmes des martyrs, salut aux camarades debout sur le terrain, honte aux traîtres et aux charognards.
* La bataille de Uhud ou de Ohod est une bataille entre les musulmans et le clan mecquois des Quraychites sur le mont Uhud près de Médine en 625. La victoire revint aux traditionalistes mecquois.(NdT)

vendredi 21 octobre 2011

Égypte : Wael Aly, symbole de la révolution confisquée مصر : إلى وائل علي، رمز الثورة المُصَادرة

Traductions disponibles Translations available Διαθέσιμες μεταφράσεις الترجمات المتوفرة 
English Egypt: Wael Aly, a symbol of the confiscated revolution 

Souvenez-vous ! En janvier dernier, un vent de liberté venu de Tunisie avait soufflé sur l'Egypte. Des dizaines de milliers d'Égyptiens avaient envahis la Place Tahrir au Caire, bientôt rejoints par des centaines de milliers de personnes pour former une multitude de plus d'un million de manifestants. Comme une trainée de poudre, la révolte populaire avait pris dans les principales villes du pays, d'Alexandrie à Assouan, en passant par Suez et les villes de Haute Egypte comme Assiout et Al Minia. Son mot d'ordre « chaab yourid askat el nidham » (Le peuple veut la chute du régime) était sans appel !
Très vite, l'armée avait pris position dans les rues du Caire, s'interposant entre les manifestants de la place Tahrir et les hordes de contre-révolutionnaires diligentées par le régime, notamment durant les journées d'affrontement de début février qui firent leur lot de « martyrs de la révolution » tombés au champ d'honneur. Le sang avait coulé, marquant un point de non-retour qui précipita la chute du « raïs el makhlou3 » Moubarak. Le 11 février au soir, le Conseil suprême des forces armées (SCAF) annonçait la destitution du dictateur, déclenchant une liesse populaire inimaginable.
Les Égyptiens vivaient un rêve éveillé. Tout devenait possible : l'armée était à leurs côtés et avait refusé de tirer sur la foule ; un nouveau gouvernement avait été nommé et la coalition des révolutionnaires invités à la table d'Essam Sharaf, le Premier ministre, pour bâtir les fondements de la nouvelle Égypte, une Égypte « démocratique », disaient-ils.
Mais très vite, les lendemains ont déchanté. Les pourparlers au sommet avaient accouché d'une souris : pas de nouvelle constitution mais seulement des amendements soumis dans la précipitation à un référendum populaire le 19 mars. Les dés étaient pipés car l'ouverture contrôlée du champ politique a permis en effet à la principale force politique du pays, les Frères Musulmans nouvellement constitués en Parti pour la Justice et la Liberté, de rafler la mise électorale. Et ainsi d'étouffer les aspirations du pôle révolutionnaire par le contrôle de la société qu'ils quadrillent depuis des décennies à travers différents relais culturels et caritatifs.
Mais malgré le désenchantement provoqué par le « Oui » au lifting de la constitution et au calendrier électoral proposé, la contestation populaire n'était pas pour autant retombée. Les irréductibles de la place Tahrir continuaient, vaille que vaille et chaque vendredi de ce printemps arabe, à marteler leur légitimes revendications : justice pour les familles de martyrs, une nouvelle constitution suivie d'un calendrier électoral permettant aux partis démocrates de se constituer librement. Et finalement, un gouvernement civil avec le retour des militaires dans les casernes !
Une revendication de trop, au regard du SCAF qui s'était affublé du rôle de « garant de la révolution ». Un comble, car en Égypte comme dans tous les pays tenu d'une main de maitre par des militaires, l'armée a toujours été le garant du régime en place !
Les occupants de la place Tahrir le réalisèrent très vite. D'abord, le 9 mars, quand l'armée tenta une première fois, aidée de contre-révolutionnaires trop rapidement désignés comme « baltaguiya » (voyous) de nettoyer la place. L'opération s'était soldée par des dizaines de blessés, des dizaines de militants arrêtés et déférés illico presto devant le tribunal militaire ! Ensuite, durant la nuit du 9 avril , au lendemain de la manifestation monstre du 8 avril durant laquelle plus d'un million de contestataires avaient à nouveau envahi la place Tahrir. Cette journée, durant laquelle le président déchu Moubarak avait été jugé symboliquement par un tribunal populaire, devait au regard du SCAF, marquer la fin de la contestation populaire. Mais un événement inattendu avait perturbé le plan savamment concocté avec la complicité des Frères musulmans qui avaient pris le contrôle de la place. La foule avait été rejointe par un bataillon de militaires venus de Suez, et en début d'après midi, des officiers avaient été hissés sur la tribune principale, déclenchant une véritable euphorie générale. La ligne rouge avait été franchie et la réaction ne s'est pas faite attendre. Cette fois, l'armée avait opéré brutalement.

Dans la nuit du 9 avril, peu après 3 heures du matin, la police militaire et des forces spéciales sont intervenues pour évacuer la place, encerclant les centaines de manifestants et semant la terreur à coup de salves de mitraillettes tirées en l'air et de coups portés à l'aide de matraques électriques. La place Tahrir devint soudain le théâtre de scènes de violence urbaines d'une rare intensité: tirs de sommation nourris, voitures incendiées, jets de pierres contre les militaires, et même un « gradé » agressé par la foule en colère. Objectif principal : se saisir de ce groupe d'officiers qui, grisé par la liesse populaire, s'étaient trop rapidement qualifiés de « libres ». Bilan de cette nuit bleue : 19 civils et 2 « officiers libres » tués, des dizaines de blessés... Le tout aussitôt camouflé. Au matin, la place était rendue à la circulation, totalement nettoyée !
Comme pour masquer son crime -mais aussi pour terroriser les contestataires- le SCAF a lancé un mandat d'arrêt contre Wael Aly Ahmed Aly, un activiste pacifique de la place Tahrir -plus connu sous le nom de Wael Abouleil. Présenté comme contre-révolutionnaire à la solde d'Ibrahim Kamel, un homme d'affaires lié au clan Moubarak, Wael est accusé d'avoir poussé la population à la révolte contre l'armée et d'avoir ainsi provoqué la mort des civils cette fameuse nuit du 9 avril. Une accusation forgée de toutes pièces et sans aucun fondement.

 En réalité, Wael Abouleil est le prototype du nouveau révolutionnaire du monde arabe. Issu de la classe moyenne menacée par la misère, ce self manager au niveau d'études supérieure est un indépendant, sans aucune ambition politique. Son caractère jovial et sa patience à toute épreuve avaient très vite attiré la sympathie de tous ces jeunes des classes populaires en mal de repères. En démocrate horizontaliste, il savait les écouter et répondre à leurs demandes tout en les incitant à réfléchir pour donner un sens à leurs actions. Sans oublier sa capacité d'organisation logistique due à son expérience dans le secteur touristique.
Pas étonnant donc qu'il soit devenu la cible du SCAF décidé à reprendre par tous les moyens le contrôle de la rue. Arrêté le 13 avril juste après une conférence de presse où il annonçait sa reddition, Wael a été jugé une première fois et acquitté le 11 mai par le tribunal militaire. Mais son calvaire continue : ses co-accusés ont été libérés mais lui a été maintenu en détention puis inculpé une nouvelle fois dans le cadre d'une procédure criminelle fabriquée de toutes pièces à l'aide de faux témoignages et de rapports accablants ficelés par... la police politique ! Un complot en bonne et due forme digne de l'époque stalinienne destiné à tuer dans l'œuf toute contestation du régime militaire. Le procès de Wael Abouleil commencera le 24 octobre prochain devant la chambre criminelle du Caire. Il risque une lourde peine de prison voire pire, car Adel Esam Gom'a, juge habituellement désigné pour les procès politiques, dirigera la Cour... Et sa réputation de « tueur » ne laisse rien augurer de bon quant à l'issue du procès !
Dans un tel contexte, la défense de Wael est un enjeu de taille pour tous les prisonniers politiques qui croupissent dans les geôles égyptiennes (actuellement 12 000 !). Son cas doit devenir exemplaire pour le combat des droits humains et des libertés démocratiques en Egypte, mais aussi dans tous le monde arabe où des milliers de Wael se sont soulevés pour qu'un autre monde soit possible. Seule une vague de solidarité transnationale peut conduire les geôliers à remettre Wael purement et simplement en liberté.

Signez la pétition !
Wael Abouleil, militant égyptien du mouvement démocratique indépendant de la Place Tahrir, est emprisonné depuis le 13 avril 2011 sur la base d'accusations montées de toutes pièces. Il attend d'être jugé le 24 octobre prochain. Il risque une condamnation très lourde. Ce combattant pacifique de la liberté doit être lavé de toutes les accusations portées contre lui et être purement et simplement remis en liberté.

 الحرية لوائل علي  !
ترجمة : مختار بن حفصة
هل تتدكّرون؟! هبّت في شهر جانفي الفارط، من تونس رياح الحرية على مصر. وقد اكتسح عشرات الآلاف من المصريين ميدان التحرير بالقاهرة والتحق بهم بعد ذلك مئات الآلاف من الأشخاص ليكوّنوا حشدا هائلا تجاوز مليون متظاهر. واندلعت الثورة الشعبية كالحريق الهائل في المدن الرئيسية، من الاسكندرية إلى اسوان مرورا بالسويس ومدن مصر العليا كأسيوط والمنيا وكان شعارها المركزي "الشعب يريد إسقاط النظام".
وبسرعة تموقع الجيش في شوارع القاهرة فاصلا بين المتظاهرين وميدان التحرير وجحافل الثورة المضادة التي عجّل بإرسالها النظام وخصوصا أثناء مواجهات بداية شهر فيفري التي قدّمت "شهداء الثورة " الذين سقطوا في ميدان الشرف. لقد سالت الدماء معلنة عن اللاعودة التي عجّلت بسقوط حسني مبارك "الرئيس المخلوع" . وفي مساء 11 فيفري أعلن المجلس الأعلى للقوات المسلحة إقالة الدكتاتور وهو ما اثار ابتهاجا لا حدود له.

لقد عاش المصريون حلما من أحلام اليقظة واصبح كلّ شيء ممكن : الجيش كان إلى جانبهم ورفض إطلاق النار وتمّ تسمية حكومة جديدة كما تمّت دعوة ائتلاف الثوريين من طرف الوزير الاول عصام شرف لبناء أسس مصر الجديدة، مصر "الديموقراطية" كما يعبرون عنها.
غير أنّ الأيام الموالية كانت مخيّبة للآمال إذ تمخّض الجبل فولد فأرا، فلا دستور جديد وتمّ الاقتصار على بعض التعديلات قدّمت بشكل استعجالي إلى استفتاء شعبي يوم 19 مــارس. وكان افتتاح الحقل السياسي وجعله تحت المراقبة كان قد سمح للقوّة السياسية الرئيسية في البلاد – الإخوان المسلمون الذين كونوا حزب العدالة والحرية- الإعداد لانتزاع الانتخابات وهو وأد طموحات القطب الثوري عن طريق مراقبة المجتمع الذين يؤطرونه منذ عشرات السنين بواسطة منظمات ثقافية وخيرية مختلفة.
لكن رغم خيبة الأمل التي سببتها "نعم" الاستفتاء لتجميل الدستور وللاستحقاقات الانتخابية المقترحة، فإنّ الاحتجاج الشعبي لم يخفت رغم ذلك. فقد بقي ميدان التحرير غير قابل للاختزال بطريقة أو بأخرى وفي كل جمعة من هذا الربيع العربي جعل مطالبهم الشرعية مدوية : العدالة لفائدة عائلات الشهداء وصياغة دستور جديد مشفوعة باستحقاقات انتخابية تسمح للأحزاب الديمقراطية بالتكوّن بكلّ حرية. وأخيرا حكومة مدنية وعودة العسكر إلى ثكناته !
كان ذلك مطلبا مجحفا في نظر المجلس الأعلى للقوات المسلحة الذي تقمص دور حماية الثورة. كان هذا الذروة لأنّ مصر كسائر البلدان الخاضعة للسيطرة عن طريق الجيش، فإنّ الجيش كان دائما سندا للنظام القائم !
لقد حقق محتلو ميدان التحرير ذلك بسرعة. منذ9 مارس عندما كان الجيش يحاول لأوّل مرّة إخلاء ميدان التحرير، بمساعدة من عناصر الثورة المضادة الذين سريعا ما تم اعتبارهم بلطجية، وقد اسفرت العملية عن عشرات الجرحى وايقاف العشرات من المناضلين وبدأ العزف أمــام المحكمة العسكرية! وإثر ذلك، بعد ليلة 9 افريل وغداة مظاهرة 8 أفريل الضخمة التي اجتاح فيها أكثر من مليون متظاهر ميدان التحرير مجددا وتمّت محاكمة الرئيس المخلوع مبارك رمزيا من طرف محكمة شعبية، وهو ما جعل المجلس الاعلى للقوات المسلحة يرى ضرورة ايقاف الاحتجاجات الشعبية. غير أنّ حدثا غير منتظر شوش المخطط الذي رتّب له بعناية بتواطؤ من الإخوان المسلمين الذي كانوا قد وضعوا الميدان تحت المراقبة. وقد التحق بالجماهير فيلق عسكري قادم من السويس وبعد الظهر تم تصعيد ضباط على المنصة الرئيسية مما أطلق نشوة حقيقية عامة بين صفوف جماهير الميدان. وبذلك فقد تمّ تخطّي الخطوط الحمراء ولم يتأخّر رد الفعل على ذلك، ففي هذه المرة تدخّل الجيش بفظاظة.
وفي ليلة 9 أفريل وفي حدود الثالثة فجرا، تدخلت الوحدات الخاصة والشرطة العسكرية لإخلاء الميدان وحاصروا مئات المتظاهرين وبثوا الرعب بإطلاق الرصاص في الهواء والضرب بعصي كهربائية. وتحوّل ميدان التحرير فجأة إلى مسرح للعنف الشديد : طلقات تحذيرية متتالية و سيارات محترقة وقذف العسكريين بالحجارة وقد وصل الأمر إلى حدّ تعنيف ضابط "رفيع" من طرف المجموعة الغاضبة. وكان الهدف الرئيسي لهذا الهجوم الإمساك بهذه المجموعة من الضباط التي ثملت من الابتهاج الشعبي وسريعا ما نعتت بــ "الضباط الأحرار"وقد كانت حصيلة تلك الليلة الفظيعة موت 19 مدنيا و2 من "الضباط الأحرار" وعشرات الجرحى... وتم التعتيم على كل شيء. وفي الصباح عادت حركة التجوال في الساحة وتم تطهير الميدان كليّا. !
ولإخفاء جريمته ولكن لإرهاب المحتجين كذلك، أصدرالمجلس الأعلى للقوات المسلحة أمرا بالقبض على وائل علي، احد النشطاء السلميين في ميدان التحرير والمعروف اكثر باسم وائل أبو الليل. وقد تم تقديمه على أنّه احد عناصر الثورة المضادة يعمل لحساب ابراهيم كامل وهو رجل أعمال مرتبط بعصابة مبارك. واتّهم وائل بتحريض الناس على التمرد ضد الجيش وهو ما سبّب موت المدنيين ليلة 9 أفريل الشهيرة. وهي تهمة ملفّقة ولا اساس لها.
إنّ وائل أبو الليل، في الواقع نموذج للثوري الجديد في العالم العربي فهو ينحدر من الطبقة الوسطى التي يتهددها البؤس وإنّ هذا الإطار ذي التكوين الجامعي مستقّل وليس له أيّ طموح سياسي. إنّ طبع وائل المرح وما يتميّز به من صبر وأناة جعل كلّ أولئك الشبّان المنحدرين من الطبقات الشعبية يتعاطفون معه. لقد جعلته الديمقراطية الأفقية ينصت إليهم ويجيب عن طلباتهم مستحثّا إيّاهم على التفكير كيْ يمنحوا لتحرّكاتهم معنى. هذا، دون أن ننسى قدرات وائل على التنظيم اللوجستيكي الراجعة إلى خبرته في مجال السياحة.
 ليس مفاجئا إذن، أن يصبح هدفا للمجلس الأعلى للقوات المسلحة الذي قرّر أن يستعيد بكلّ الوسائل مراقبة الشارع. فقد تمّ ايقاف وائل يوم 13 أفريل مباشرة بعد ندوة صحفية أعلن فيها عن الاستسلام وقد حوكم في البداية يوم 11 ماي وأعلنت المحكمة العسكرية عن برائته غير أنّ محنته تواصلت فمَن حوكم معه تمّ إطلاق سراحهم في حين تمّ الاحتفاظ به رهن الايقاف ثم تمّ اتّهامه ثانية في إطار دعوى إجرامية مفبركة بكلّ تفاصيلها ومستندة إلى شهود زور وتقارير محبوكة قدّمها البوليس السياسي ! إنّها مؤامرة واضحة من النمط الستاليني تهدف إلى وأد كلّ احتجاج على النظام العسكري في المهد. ستبدأ محاكمة وائل أبو الليل يوم 24 أكتوبر القادم أمام غرفة الجنايات بالقاهرة. وهو مهدّد بحكم بالسجن لمدّة طويلة لأنّ من سيرأس جلسة المحاكمة هو عادل عصام جمعة وهو قاض يعيّن في العادة في المحاكمات السياسية... وسمعته كــ "قاتل" لا تبشّر بالخير في نهاية المحاكمة !
في إطار كهذا، يكون الدفاع عن وائل رهانا كبيرا بالنسبة إلى كلّ المساجين السياسيين القابعين بدهاليز السجون المصرية. يجب أن تصبح حالة وائل نموذجا للدفاع عن حقوق الإنسان والحريات الديمقراطية في مصر، وفي كلّ العالم العربي كذلك حيث هناك الآلاف مثل وائل هبّوا من أجل عالم آخر ممكن. إنّ حملة تضامن أممية واسعة وحدها يمكنها أن تقود السّجان إلى أن يعيد لوائل حريّته.
 
للاتصال ومعرفة سُبل مساندة وائل يرجى الكتابة إلى :
وائل أبو الليل مناضل مصري من الحركة الديمقراطية المستقلة في ميدان التحرير وقد تمّ ايداعه السجن منذ 13 أفريل 2011 على أساس تهم ملفّقة. ينتظر زائل محاكمته يوم 24 أكتوبر القادم وهو معرّض إلى السجن مدّة طويلة . يجب أن تسقط كل التهم الموجّهة إلىهذا المناضل السلمي من اجل الحرية وأن يطلق سراحه ويستعيد حريته.



mardi 27 septembre 2011

Égypte : Début du procès de Wael Aly au Caire مصر: بداية محاكمة وائل علي في القاهرة

Le procès de Wael Aly (Abouleil) commence ce dimanche 25 septembre 2011, devant la Cour criminelle de Tagamou El Khames, au Caire. Après une audience de procédure, à laquelle assistaient 40 avocats pour la défense, le procès a été reporté au 24 octobre, où on jugera sur le fond. Wael Aly, adopté comme membre honoraire par Tlaxcala, le réseau international de traducteurs pour la diversité linguistique, est un activiste pacifique de la place Tahrir, accusé à tord d'être le leader d'un groupe contre-révolutionnaire ayant poussé la population à la révolte contre l'armée les 8 et 9 avril 2011, et provoqué la mort de deux civils.
L'accusation n'avait pas tenu devant le tribunal militaire, et Wael Abouleil avait été relaxé le 11 mai dernier. Son coaccusé, Tarek Soliman avait été relâché deux jours plus tard mais Wael a été maintenu en prison et poursuivi dans le cadre d'une procédure civile... Pour le même dossier ! Il risque une condamnation de 7 à 25 ans de prison.
Rappel des faits
Depuis le 13 avril dernier en effet, Wael Aly, l'un des principaux organisateurs de la seconde occupation de la place Tahrir, est emprisonné suite à un communiqué du Conseil Suprême des Forces Armées, le 9 avril 2011, publié le matin même qui a suivi l'évacuation brutale de la place Tahrir par l'armée. La veille, le vendredi 8 avril 2011 devait être la journée de consécration de la Confrérie des Frères Musulmans et marquer la fin des manifestations place Tahrir. 1 million de personnes avaient répondu présents à leur appel -ainsi qu'à ceux des Occupants de la Midan Tahrir , de différents groupes et personnalités politiques- pour cette journée de mobilisation. Principaux objectifs de ce rassemblement monstre : le jugement du président Moubarak et des hommes corrompus de son régime. Sans oublier la justice pour les victimes de la répression et les familles des « martyrs de la révolution du 25 janvier ».
Mais un événement inattendu a volé la vedette aux multiples orateurs de cette journée particulière. Surgis comme du néant durant l'après-midi, juste après l'intervention de Safouat Higazi, le célèbre prêcheur des Frères Musulmans, un groupe de sept officiers et soldats de l'armée égyptienne en tenue militaire (vingt-sept en fin de journée, et plus d'une centaine en civil venus de Suez) ont été hissés sur la tribune principale, déchaînant l'ovation générale d'une foule euphorique. Après avoir été portés par un tourbillon de manifestants pour intervenir sur toutes les tribunes de la place Tahrir, les « Officiers libres » ont fini la soirée sur le terre-plein central, entourés par une foule en liesse qui n'a pas réalisé la gravité de la situation.
Ce qui devait donc logiquement arriver arriva ! Dans la nuit du samedi 9 avril, peu après 3h du matin, la police militaire et des commandos sont intervenus pour évacuer la place Tahrir, provocant des scènes de violence urbaine d'une rare intensité : tirs de sommation nourris, voitures incendiées, jets de pierres contre les militaires, et même un « gradé » agressé par la foule en colère. Bilan officiel : deux officiers et deux civils tués. Les films vidéos diffusées sur Youtube sont sans équivoque : l'armée a tiré sur la foule et réprimé violemment les contestataires pour arriver à ses fins.


vendredi 24 juin 2011

Egypte : un cri de révolte étouffé- Lettre ouverte de la prison de Tora مصـــر : صرخة الثائر التي اخرست- رسالة مفتوحة من سجن طره

Wael Aly (Abouleil) وائل "علي" ابو الليل
تمّ ايداع وائل علي السجن منذ 13 أفريل المنقضي إثر إصدار المجلس الأعلى للقوات المسلّحة قرارا بإيقافه بدعوى تحريض االسكّان على الثورة على الجيش وارتكاب أعمال عنف على المواطنين وحرق سيّارتين عسكريتين. وقد قدّم بيان المجلس العسكري وائل علي على أنّه من أتباع أبراهيم كامل العضو السابق بالحزب الوطني، حزب مبارك، وبالتالي فهو من أعوان الثورة المضادّة.
في الواقع إنّ وائل عليّ من الوجوه الكارزماتية للاعتصام الثاني بميدان التحرير في القاهرة والذي استمرّ من 26 فيفري إلى 9 مارس. وقد التحق وائل بمظاهرات ميدان التحرير يوم 28 جانفي ولم يغادره منذ ذلك التاريخ. وقد عمل مديرا لوكالة سياحية في الغردقة فوظّف مهارته الفائقة كمبرمج لخدمة الثورة التي آمن بها عميق الايمان.
وكان وائل ينزع فتيل الخلافات بلا كلل ويشجّع على الحوار بين مختلف المجموعات السياسية التي تتنافس على قيادة المظاهرات وقد ساهم بذلك في الحفاظ على الطابع السلمي للاعتصام بميدان التحرير.
هكذا كان وائل إلى حدود يوم الجمعة 8 افريل المنقضي حيث تجمّع في ذلك اليوم أكثر من مليون شخص في ميدان التحرير بالقاهرة بدعوة من مختلف المنظمات بما في ذلك حركة الأخوان المسلمين. وكان هدف التجمّع في ذلك اليوم المحاكمة الرمزية لمبارك وكبار المسؤولين المرتشين التابعين للنظام. وقد التحق بالمظاهرات في ذلك اليوم "ضباط أحرار" (27 بزيّهم العسكري والبقية بزي مدني) جاؤوا من السويس فسرقوا الأضواء من الإخوان المسلمين. اقتحمت الشرطة العسكرية والقوات الخاصة في الليلة الموالية ميدان التحرير بفظاظة محاولين التخلص من الضباط. وقد قتل اثنان وألقي القبض على البعض في حين لاذ البعض الآخر بالفرار.
وفي يوم 11 ماي المنقضي، وأمام عدم وجود اتّساق في قضيّة الإدّعاء، أعلنت المحكمة العسكرية التي مثل أمامها وائل علي وطارق سليمان عن البراءة. فاستعاد طارق سليمان حريّته يوم 14 ماي في حين نقل وائل علي من السجن العسكري إلى سجن طره الذي مازال يقبع فيه إلى حدّ اليوم. (24 جوان 2011) دون أيّ تهمة. وقد بدأ إضرابا عن الطعام.
إنّ تكساكالا(Tlaxcala)، الشبكة العالمية للمترجمين من أجل التنوّع اللساني، تبنّت وائل على كعضو شرفي تعبيرا منها عن مساندتها له ومساندة كل المصريين المواصلين للثورة التي بدأت يوم 25 جانفي 2011 رغم كل العقبات الموضوعة أمامهم والقمع المسلّط عليهم.
وإليكم الرسالة المفتوحة الصادرة بتاريخ 12 جوان الماضي.
تكساكالا
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لقد كنت، مثل كل مصرى عاش فى الحقبة الأخيرة غير متخيل أنه سيأتى يوم ويتغير فيه الوضع، إلاّ أنه كان عندى أمل فى الغد وأنّ الوضع سيتغيّر الآن تغيرت رؤية المصريين للأمور وكثيراً ماكانوا يقولون لى : أنّك أحلم.
إلى أن حدث ما كان فى الأحلام وهو " حلم التغيير " وحدوث ما سمى بثـــــورة 25 ينايـــــــر
١: تطوارت الأحداث قبل التنحى
كانت أشاهد التلفزيون بمنزلى بالغردقة ورأيت ما يحدث وقد شعرت أنى أرى حلما وتمنيت أن أكون من ضمن هؤلاء الشباب ولكن نظراً لوجود زوجتى وبناتى الأثنتين بمفردهم أنتظرت حتى أقوم بترتيب شؤونهم قبل تركهم إلى أن رنّ هاتف منزلى، وأخبرتنى أمى أن أخى موجود بالميدان ولاتستطيع أن تعثر عليه وكانت فى قلق شديد، فأستودعت أسرتى الصغيرة لله عز وجل داعياً الله أن يحميهم ، وإتجهت يوم 28/1/2011 إلى القاهرة ، ومنذ ذلك الوقت ألتحمت بالثورة التى وجدت فيها مجتمعا كبيرا يشمل ( الأهل والأصدقاء و زملائى الذين كانوا معى أيام الجامعة وطلبة مسرح كلية تجارة فى وسط الميدان ) ومنذ ذلك الوقت أتحدنا على بذل كل ما نستطيع أن نقوم به من مشاركات فى تلك الفاعليات فعلى سبيل المثال كنا نجوب الميدان نجمع النفايات ونساعد فى اعداد الطعام والماء إلى أن أتى إحد زملائنا بالميدان ويدعى طارق، ببعض القصاصات التى كان الثوار كتبوا عليها عبارات التحفيز فى الميدان وهى ملطخة بالدماء وبعض الأعيرة النارية الفارغة، ووضعوا كلّ ذلك على الأرض بطريقة العرض الفني فأصبح هناك العشرات منها ملقى على الأرض ملاصقة للرصيف   ، وبدأ فريقنا يكبر من حيث العدد فانضم إلينا بعض الثور بلافتات. كانوا يقدمون إلينا أحيانا لافتاتتهم وأحيانا اخرى يأخذون لافتتنا، حتى تبلورت فكرة متحف الثورة فأقترحت علىيهم عمل بنوراما من البلاستيك لحماية المعلقات وحفظها ، وأخذت الأفكار تتلاقح والجهود تتوالى حتى أصبح تجمعنا يضم كوادر غنائية وفنية فنحن بالأساس من فريق المسرح بالجامعة سابقاً ،
فتلاحمنا مع الميدان ليس فقط بالمعرض ولكن أيضاً أثناء الأخترقات التى كانت تحدث من حين إلى أخر عبرا البوبات والمناوشات ، وأصبح كل من فى التحرير يعرفون المعرض ، وقد تم تصويرنا فى برامج عديدة ، ولم يكن فى ذهن أحد منا فى ذلك الوقت أنه سيأتى يوم ويتفرق الميدان إلى أشلاء ، ولكن ردود الأفعال للنظام السابق أججت الثورة حتى يوم التنحى .

كان الأخوان المسلمون فى الميدان لا يختلفون عن بقية الثوار فلم يكونوا ينفردون بالمنصة ولا أيّ عمل يتم بالميدان فجميع شؤون الميدان والأعمال التى كانت تتم به كانت عبارة عن عمل جماعى
فمنصة الثورة كانت لكل المصريين، حتى أنه فى بعض الأحيان كان هناك من يعيب على تلك المنصه بأنه ليس لها ضابط ولا رابط
إلى أن حدث وتنحى الرئيس السابق " محمد حسنى مبارك " وبدأت جماعة الأخوان تكشف عن وجه أخر لم نعتد عليه طيلة الفترة التى سبقت التنحى .
النصب التذكاري لشهداء الثورة الذي أقيم في ميدان التحرير يوم 4 مارس 2011

٢ : تطوارت الأحداث بعد التنحى
1. بدأت جماعة الأخوان بأخذ بعض القرارت دون الرجوع إلى الكوادر الموجودة فى الميدان عدا بعض الحركات والأحزاب المعلنه فبدأ الميدان فى الأنشقاق وظهرت حدة الأخوان فى الحديث ولم يستشعر أئتلاف شباب الثورة ذلك، وهو الأئتلاف الذى كان يبنى عليه الكثير من الأمال

2- ونظراً لأننا لم نكن نحبذ أن ننخرط فى التقسيم والمفاوضات حتى تأتى الثورة بثمارها ، ولكنها الظروف المحيطة التى تدفع إلى ذلك المسارفجمعت ( شفيق ثم شرف ثم الإستفتاء....) ، وبينهــــــــم جميعــــــاً يبنى الإنشقـــــــــــــــاق .

3- فبدلاً من أن نكون بناءً واحداً متلاحمين كعهدنا مع بعضنا البعض منذ بداية الثورة حتى تنحى الرئيس ، تفرق الجميع لأنشاء إئتلافات وعمل تجمعات ، وكنت أحاول جاهداً ألا يجرفنا التيار ، ولذلك بقيت أنا ومن تبقى فى الميدان ، نحاول جاهدين أن نجمع شتات الثواروكنت ألتقى بالكثيرين منهم وأذكر على سبيل المثال لا الحصر ( أ/ وائل الإبراشى – د / شادى الغزالى أ / ذياد العليمى أ / محمد عبله ..........) .
4.-ذهبت فى إحدى المرات إلى الأخوان لكى أحاول معهم ألا ينشقوا عن الشعب إلا أنهم لم يستمعوا إليّ ونهرنى د/ محمد البلتاجى " فقد كانت لنا مع الأخوان جوله داخل الحرم الجامعى ، عندما كنت طالبا بمسرح كلية تجارة وأستطعنا أن نوحد الجامعة وحصلنا على الإتحاد رغم أن الأخوان كانوا هم الأكثر تنظيماً ولم أعمال بالسياسة من وقتها لأن الوضع السياسى فى مصر لم يكن يشجع على الدخول فى الأحزاب .

5 - ورغم كل محاولات التقسيم تلك إلا أن الميدان أحتفظ بكيان قوى حتى جمعة المحاكمة فلقد كانت الفكرة من الميدان فى غياب الأخوان ، ولقد كانوا فى جمعة مناصرة اليتيم ، كما يدعون ونجحت الجمعة بدونهم إلا أنهم إنتبهوا إلى ذلك على الفور ، وأعلنوا أنهم مع الميدان وسوف يواصلون التواجد بالميدان. وقد كنا نقوم بإعداد تلك المنصة طيلة 3 أسابيع بدونهم

6.- فوجئنا بوجود دعوة إلى نقابة الصحافيين من " طارق زيدان إحد أذرع التقسيم الأخوانى .

7.- ذهبنا إلى نقابة الصحفين وكنا 6 أفراد امسؤوليين عن المنصة طيلة الفترة الماضية إلا أننا وجدنا أن الندوة معدة سلفاً بأسم اللجنة التنسيقية للمنصة وتحتها مجموعة إئتلاف وحركات منبثقة عن مصدر واحد وهو الأخوان وبعض أفراد الجمعية الوطنية للتغيير فجلسنا نستمع ، ولكن الأخوان نسبوا إلى أنفسهم كل المجهودات التى تمت أثناء غيابهم طيلة الأسابيع الماضية. فطالبت من منسّق الحوار وهو أحمد منصور مذيع ( قناة الجزيرة )، بأن ألقى كلمةإلا أنه رفض ومرّر الورقة لطارق زيدان الذى أومأ بالطانش فبادر المذيع الكبير بأخبارنا أن الحوار مقتصر على اللجنة التنسيقية للمنصة فقط .

8.-غادرنا الندوةغير أنّ د/ صفوت حجازى وأخرون تبعونا وجلس معنا د/ صفوت حجازى لمدة 3 ساعات ينسق معنا يوم الجمعة حيث أننا كنا نرتّب لذلك مع أسر الشهداء منذ 3 أسابيع " وأنه ليس من العدل أن يتكبّدوا العناء دون أن يشاركوا ".

ميدان التحرير،   8أفريل 2011
9.-فى صباح يوم الجمعة الموافق 8/4/2011 قام كلاً من د / صفوت حجازى و د/ طارق زيدان بنقض عهدهم معنا وكأنهم لا يعرفوننا وأحاطوا المنصة بعدد من البادى جارد لمنع أيّ أحد من الشعب أو
أهالى الشهداء من الدخول إلى المنصة، غير أنه مع إصرارنا على أن يدخل أهالى الشهداء إلى المنصة تعاطف معهم بعض شباب الأخوان وبعد صعود أهالى الشهداء أحسست أننى أوفيت بما عاهدت عليه أهالى الشهداء ونزلت من على المنصة لأخذ قسط من الراحة .

10.- غير أنه بعد مرور بعض الوقت جذبنى بعض الناس وهم يصيحون : المنصة يمكن أن تسقط. فلقد حدثت مشاجرة بين صفوت حجازى وأخرين ، وكان هناك ضباط على المنصة فهرعت إلى الأعلى فوجدت بعض الضباط يهتفون بمطالب الثورة، ( مجلس رئاسى مدنى – إعتصام..) وكان أخر يجذبنى من قدمى يريد الصعود فمددت يدى إليه حيث أنه كان محمولاً على أعناق الناس تحت المنصة ولم أكن أعرفهم، ورأيت سيدة تبكى بشدة وتوصينا خيراً بأبنها فهو أحد هؤلاء الضباط، وهى لا تعلم الورطة التى هو فيه ولا نحن أيضاً، وأخذت أطمئنها فهى بمثابة أمى. وكانت تنظر إلى أبنها وكأنه سوف يتم أطلق النار عليه أمامها وتوالت الأحداث بعد ذلك بالميدان.


منصّة الميدان ،   8أفريل 2011 ويظهر عليها طارق زيدان وعبد الحكيم البحيري
11. عدت إلى منزلى لتغيير ملابسى فأنا أقطن بباب اللوق بجوار ميدان التحرير، وإذا بشادى الغزالى يتّصل بى ليخبرنى أنه هناك من أعتدى على ضباط شرطة عسكرية فى الميدان وهم محتجزين داخل مبنى وطلب منى الإسراع لمحاولة لم الموضوع وعدم الأشتباك ولم أكن بعيدا عن ميدان التحرير فهرعت إلى هناك وبالفعل ذهبت مع مجموعة من النشطاء إلى الميدان الذى أخبرنى به شادى لإبعاد المعتديين الذين كانوا من شبانا صغارا لا تتجاوز اعمارهم الـ 20 عاماً .

12. -حاولت أن أحثّ الناس الموجودين فى الإعتصام على العودة إلى منازلهم حتى يزول ذلك الإحتقان وبالفعل عاد الكثير منهم ، ولكن بقى أخرون لا يريدون الرحيل فهم ليسوا القاهرة، وهناك آخرون يتعاطفون و يريدون أن يعرفوا كيف سينتهى يوم هؤلاء المعتصميين بالزي العسكرى. وقد كانوا مصاحبين بذويهم الذين أخذوا يناشدون الناس بألا يتركوهم وحدهم .

الضباط الأحرار، 8 أفريل 2011
13 .- سمعت أخبارا تقول إنّ د / صفوت حجازى ذهب إلى خيمة الضباط لإقناعهم بالعدول عن الإعتصام فى الميدان حيث أن الوقت قد تأخر إلا أنهم أخبروه أنهم هم الذين سوف يقررون فيما بينهم ماذا سيفعلون ، وأمروا كل المتواجدين بالخروج من الخيمة، وماهى إلا دقائق حتّى بدأت قوات الجيش بمحاصرتهم من كل إتجاه .


أحد الضباط الأحرار
14.- وجدت نفسى أنا وأخرون على كوبرى قصر النيل فقمت بالإتصال بأحد الأصدقاء المقربين فى شارع القصر العينى للمبيت عنده نظراً لأن الطرق مغلقة وظللت عنده حتى الصباح .

15 - فى الصباح أستيقطت علىرنين الهاتف يخبرنى بالبيان العسكرى الصادر بشأنى، وأنّ عبد الحكيم البحيرى الذراع الأخوانى ينهال عليه بالإتهمات على قناة الجزيرة، فهرعت إلى الشارع محاولا أن أستوضح ماحدث وفى ذهنى مئات الأسئلة :

- أأغتال لأننى ضد تقسيم الثورة بتلك الطريقة المهينة وأما لأنى أشعر بالمعاناه التى يعيشها أهالى الشهداء والمصابيين وأحاول الوقوف بجوارهم للتخفيف من ألامهم وأننا نشعر بنفس الحزن العميق الذي ينتابهم
أستغيث بكل مواطن حر يريد أن يترك لأولاده ميراثا من الحرية والكرامة وليس من الكراهية والوقيعة - من أنا لأقوم بالوقيعة بين الجيش والشعب وأنا ليس لى مطمع فى كرسى وإلا كنت أنضممت إلى أى حركة أو إئتلاف من الذين عرضوا عليّ حتى أرى الطريق الصحيح الذى أسير على خطاه.
لا أخشى الموت ولكنى أخشى ماأخشاه أن أكون من الثوار وأغتال فيسهل عليهم أغتيال أخر.

- لقد أعلن المجلس العسكرى بأنه سيتحرى الدقة فى أى قرار يتخذه فى عجلة نظراً لظروف التى تمر بها البلاد وبالفعل بعد التحري أصدار قراره ببرائتى أنا ومن زج بأسمائهم معى وذلك بعد 35 يوم من تسليم نفسى ليقينى من برائتى لأنى لم أكن يوماً من فلول الحزب الوطنى ولا أعمل عند إبراهيم كامل كما زعم من يريد الوقيعة بين الجيش والشعب :

( عبد الحكيم البحيرى – محمد البلتاجى - طارق زيدان – صفوت حجازى )

·0 أنتبهوا جيداً فمن يقوم بالوقيعة بين الجيش والشعب هم من يوهمون الجميع أن هناك من يريد أن ينال من المجلس العسكرى وأنهم هم الذين يحترمون جميع قرارت المجلس ولكن فى الحقيقة هم الذين يزيدون من الفجوه بين الجيش والشعب .
( يحاول الإخوان إظهار الولاء للجيش ولكن الجميع يعلم أن ولاء الأخوان لمكتب الأرشاد وشورى الجماعة )
( تعرضت لكل ذلك لآنى كنت أسعى إلى تكتثيف الجهود وتوحيد الشعب والأحزاب فأنا لا أنتمى إلى أى حزب فكنا نتكاتف ونعمل جماعيا على إعلاء الحق وإزهاق الباطل ولقد كانت الخيمة التى نتواجد بها من البلاستك الشفاف ولقد أصريت على ذلك حفاظاً على الشفافية فليس هناك أسرار في الميدان ، علماً بأن البعض من هؤلاء الذين مكروا بي قد أقام ندوات بداخل تلك الخيمة فقد كانت للجميع .



ميدان التحرير 6 مايو 2011
-ألهذا يتم أعتقالى والزج بى في سجن طره تحت مسمى تنظيم جماعة معادية للحريات الخاصة والعامة من يعتدى على من؟ لقدتمذت تبرئتي فى المحكمة العسكرية وقبل الأفراج عنى علم أهلي أننى لن أغادر فهناك تعليمات من مسؤول لجنة تقصى الحقائق طلبت نقلي قبل الإفراج عني وهناك تحولت تلك إلى اللجنة إلى جهة تحقيق. وقيّد الاتهام ووصف الإتهام عدائي للجيش وللشعب واللجنة .

-أشعر بظلم كبير وخوف أكثر هل هذا ماسعينا إليه ونادينا به فى ميدان التحرير؟ أو لهذا قامت الثورة؟ لقد قامت لتحقيق الحرية والعداله إلا أنه حتى هذا فقد سرق منها، أرجوكم ليس من أجلى ولا من أجل أولادى ولكن من أجل الوطن الذى أنتفض بعد طول معاناة فإياكم والنكسه، ليس منا من يعادى الجيش ولا الحكومة. الكل فداء الوطن ولكن هناك من يقيم حائط فصل بيننا وبينهم ويحاول أن يظهر كقوة كبرى ولكن يمكرون ويمكر الله والله خير الماكرين .

- يجدد حبسى كل مرة ولا أعلم لماذا؟، لقد أضربت عن الطعام ليس للأنتحار ولكن لإيصال مضمون رسالة من ثائر نزع منه حق الإعتصام والإعتراض أو حتى المشاركة فى البناء فلم يبق لديه غير الإضراب عن الطعام .
صور رابحة عطاف
  
Lettre ouverte de la prison de Tora
وائل "علي" ابو الليل
Traduit par  Tafsut Aït Baamrane تفسوت أيت باعمران , Edité par  Mokhtar Ben Hafsa مختار بن حفصة, Tlaxcala

Depuis le 13 avril dernier, Wael Aly (Abouleil) est incarcéré à la suite d'un mandat d'arrêt lancé le 9 avril par le Conseil suprême des forces armées (CSFA), au motif qu'il aurait incité la population à la révolte contre l'armée, commis des actes de violence contre la population et incendié deux véhicules militaires. Le communiqué du CSFA le présentait comme un homme de main à la solde d'Ibrahim Kamel, un ancien membre du Parti National de l'ex-président Moubarak, et donc contre-révolutionnaire.

En fait, Wael Aly est une figure charismatique de la seconde occupation de la place Tahrir au Caire qui s'est déroulée du 26 février au 9 mars 2011. Il avait rejoint cette place désormais emblématique, le 28 janvier dernier, et ne l'avait pas quittée depuis, mettant ses talents de logisticien -il travaillait comme directeur d'une agence de tourisme à Hurgada- au service de la révolution à laquelle il croyait fermement. Inlassablement, il désamorçait les conflits, favorisait le dialogue entre les différents groupes politiques qui rivalisaient pour le leadership des manifestations, contribuant ainsi  à maintenir le caractère pacifique de l'occupation de la place Tahrir.

Jusqu'à ce vendredi 8 avril dernier, durant lequel plus d'un million de personnes s'étaient rassemblées place Tahrir au Caire, à l'appel de différentes organisations dont les Frères Musulmans. Objectif de cette journée : juger symboliquement Moubarak et les hautes personnalités corrompues du régime. Ce jour-là, des "Officiers libres" (27 en tenue militaire et d'autres en civil) venus de Suez, se sont joints au manifestants, volant la vedette au Frères Musulmans. La nuit suivante, la police militaire et des forces spéciales investissaient brutalement la place Tahrir pour tenter de s'emparer des officiers. Deux d'entre eux ont été tués, une partie ont été capturés et d'autres sont en fuite.(lire Égypte : des officiers "libres" sortent de l'ombre et se font piéger, par Rabha Attaf)

Le 11 mai dernier, devant le peu de consistance du dossier d'accusation, le tribunal militaire devant lequel Wael Aly et Tarek Soleiman (son supposé complice) avaient été déférés, prononçait la relaxe. Tarek Soleiman a recouvré la liberté le 14 mais. Wael, quant à lui, a été transféré de la prison militaire de Hayekstep à celle de Tora où il est encore détenu  à ce jour (24 juin 2011), sans avoir été inculpé.

Tlaxcala, le réseau international de traducteurs pour la diversité linguistique, a adopté Wael comme membre d’honneur, pour marquer sa  solidarité avec lui et tous les Égyptiens qui poursuivent, malgré tous les obstacles dressés contre eux et la répression qui les frappe, la révolution commencée le 25 janvier 2011.Voici sa lettre ouverte, datée du 12 juin dernier.
Tlaxcala


J’étais comme tout Egyptien ayant vécu la dernière période : j'étais loin d'imaginer que les choses pourraient changer. Mais j'espérais tout de même en l’avenir : si la vision des Egyptiens changeait, alors le changement pouvait se produire. On m’a souvent dit que je rêvais. Mais ce « rêve de changement », s’est réalisé avec ce qu’on appelle la révolution du 25 janvier.
1°- Déroulement des événements avant le renversement de Moubarak
Je regardais la télévision chez moi, En voyant ce qui se passait, j’ai cru vivre un rêve et j’ai souhaité être parmi ces jeunes. Mais je devais d’abord m’occuper de ma femme et de mes deux filles. Avant de les quitter, le téléphone a sonné et ma mère m’a informé que mon frère était sur la place (Tahrir). Elle ne pouvait pas le trouver et était très inquiète. J’ai fait mes adieux à ma petite famille, priant Dieu de les protéger. Le 28 janvier 2011, je suis donc parti pour Le Caire. J’ai été impliqué dans la révolution à partir de ce jour-là. J’ai retrouvé un grand nombre de gens : parents, amis, copains, anciens condisciples de l’université et la troupe de théâtre à la Faculté de commerce où j’avais étudié.
Dès lors, on a décidé de faire tout notre possible pour participer aux événements (on sillonnait la place pour ramasser les ordures, on aidait à préparer à manger et à collecter de l’eau). Un ami, Tarik, a récupéré des affiches tachées de sang sur lesquels les révolutionnaires avaient écrit des phrases de mobilisation. Il a aussi ramassé des balles à blanc et les a déposées au sol en manière d’exposition. Il y en avait des tas le long des caniveaux. Notre groupe a grandi, des révolutionnaires nous ont rejoints, avec des banderoles, allant et venant. Progressivement il s’est créé comme un musée vivant de la révolution. Je leur ai proposé d’exposer les affiches sous des feuilles en plastique pour les préserver. Par nos échanges d’idées et nos efforts, notre rassemblement est devenu un cadre d’expression artistique et musical. Au départ, nous n'étions que l'ex-groupe de théâtre à l’université.
Le groupe s’est soudé sur le terrain. Pas seulement autour de l’exposition mais aussi au fil des affrontements sporadiques suite à des provocations venant de certains immeubles bordant la place. Finalement, toutes les personnes présentes sur la place Tahrir connaissaient l’exposition. Nous avons été filmés dans plusieurs reportages de télévision. A ce moment-là, il ne serait venu à l’esprit de personne qu’un jour arriverait à le rassemblement sur la place serait démembré. Mais les réactions du régime ont alimenté la révolution jusqu’à la démission de Moubarak.
Sur le terrain, les Frères musulmans ne se distinguaient pas des autres révolutionnaires. Ils n’étaient pas seuls sur la scène et ils n’agissaient pas à part. Toutes les affaires et le travail qui se faisaient sur la place se menaient en commun. Le podium de la révolution était ouvert à tous les Egyptiens, même si, à certains moments, certains critiquaient ce podium, disant qu’il n’avait ni chef ni même coordinateur. Mais malgré cela, ça a marché : le président a été destitué.
Le groupe des Frères a alors commencé à montrer un autre visage, auquel on n’avait pas été habitués jusqu’à la chute de Moubarak.
Le monument aux martyrs de la révolution édifié sur la place Tahrir
2°- Déroulement des événements après le renversement de Moubarak
1-Le groupe des Frères musulmans a commencé à prendre des décisions sans consulter les cadres du mouvement présents sur la place, sauf quelques mouvements et partis déclarés. La place a commencé à se fissurer. Les Frères sont montés au créneau en se montrent de plus en plus durs dans le dialogue. Les jeunes de la Coalition de la révolution n’ont pas accordé d’importance à ce durcissement, car cette coalition était pluraliste et construite sur beaucoup d’espoir.
2- Nous n’étions favorables ni à la division ni aux tractations jusqu’à ce que la révolution aboutisse, mais les circonstances ont conduit à la division. Les tensions ont pris le pas sur la tolérance, l'irrespect sur l'honneur, puis la déception est arrivée avec les résultats du référendum.
3- Au lieu de consolider l’unité qui avait commencé à se constituer du début de la révolution jusqu’à la chute du président, tout le monde s’est dispersé pour créer des coalitions et des groupements. J’ai fait des efforts énormes pour empêcher qu’un courant nous récupère. C’est pourquoi nous sommes restés sur le terrain en essayant de rassembler les révolutionnaires dispersés. J’ai rencontré beaucoup de personnalités : Wael Ibrashy, Dr Chadi Al Ghazali, Dr Zyad El Alimy, Dr Mohamed Abla, entre autres.
4- Je suis allé voir les Frères plusieurs fois, pour les convaincre de ne pas se détacher du peuple, notamment lors d'une rencontre sur le campus universitaire. Mais ils n’ont pas voulu écouter et le Dr Mohamed El Beltagui s'est montré très dur envers nous. Quand j’étais étudiant et membre de la troupe de théâtre de la faculté de commerce, nous étions parvenus à unir les étudiants, bien que les Frères soient les plus organisés. Depuis cette époque, je n’ai plus fait de politique, car la situation en Egypte n’encourageait pas à s’engager dans un parti.
5- Malgré toutes les tentatives de division, la place a gardé sa force jusqu’au« vendredi du jugement et du nettoyage » (8 avril 2011). Une rumeur disait que les Frères seraient absents de la place ce jour-là pour célébrer ailleurs le « vendredi de soutien aux orphelins ». Mais ces derniers ont annoncé qu’ils viendraient soutenir le rassemblement et entendaient poursuivre leur appui à la place Tahrir. Nous avions préparé ce podium pendant trois semaines sans leur aide.
6- Nous avons été surpris de découvrir qu’une invitation à une conférence de presse pour présenter la journée avait été envoyée au syndicat des journalistes par Tarek Zidane, chef d’un groupe contrôlé en sous-main par les Frères.
7- Nous sommes allés assister à la conférence de presse au syndicat des journalistes -  six responsables de la préparation du podium. Là, nous avons découvert que la journée du 8 avril était présentée comme une initiative d’un Comité de coordination dont nous n’avions jamais entendu parler, constitué d’une série de groupes issus des Frères musulmans et de quelques associations nationales pour le changement. Nous sommes restés écouter, mais les Frères se sont attribué le mérite de tous nos efforts des trois semaines écoulées. J’ai demandé la parole par écrit et Ahmed Mansour, le journaliste d’Al Jazeera qui coordonnait la conférence de presse, a passé ma feuille à Tarek Zidane, lequel s’est énervé. Mansour a donc dit que la parole était réservée aux seuls membres du « Comité de coordination » qui étaient à la tribune.
8- Nous avons quitté la conférence de presse. Mais le Dr Safouat Higazi (des Frères musulmans) et d’autres personnes nous ont suivis. Ils ont passé trois heures avec nous. Ils ont coordonné avec nous la journée du vendredi, préparée pendant trois semaines avec les familles de martyrs. Higazi nous a même déclaré : « Ce ne serait pas juste de ne pas participer à un événement aussi important ».
Place Tahrir, 8 avril 2011
9- Au matin du vendredi 8 avril, Safouat Higazi et Tarek Zidane n’ont pas respecté leur accord avec nous, faisant comme s’ils ne nous connaissaient pas. Ils ont fait encercler le podium par un important service d’ordre, chargé d’empêcher toute personne du peuple ou tout parent de martyr d’y accéder. Devant notre insistance pour que les parents des martyrs puissent monter sur le podium, et grâce à la sympathie de quelques jeunes militants des Frères, des parents ont pu y accéder. Ma promesse aux parents avait été tenue et je suis donc descendu du podium pour aller me reposer un peu.
10- J’ai été réveillé un moment plus tard par des cris : « Le podium risque de s’écrouler ! » Une bousculade avait lieu autour de Safouat Higazi. Puis des officiers sont apparus sur le podium et je me suis précipité pour y monter. J’ai trouvé des officiers qui criaient des slogans révolutionnaires (« Conseil présidentiel civil ! », « Désobéissance ! »), puis un autre, juché sur les épaules de gens que je ne connaissais pas, s’est accroché à mes pieds pour grimper sur le podium. Je lui ai tendu la main pour le hisser. Une dame corpulente nous a demandé de veiller sur son fils, qui était parmi ces officiers, ignorant comme nous la catastrophe qui nous attendait. J’ai commencé à rassurer cette maman inquiète pour son fils - elle craignait qu’il ne se fasse tirer dessus. Puis les événements se sont précipités sur la place.
Sur le podium du 8 avril, Tarek Zidane et Abdelhakim El Bahiry
11- Je suis retourné à la maison, à Bab El Louk, près de la place Tahrir, pour me changer. Soudain Chadi El Ghazali m’appela pour m’informer qu’il y avait eu une agression contre des membres de la police militaire sur la place et qu’ils étaient retenus en otage dans un immeuble. Il m’a demandé de faire vite pour règler ce problème sans violence. Je me suis donc précipité place Tahrir avec un groupe de militants pour éloigner les agresseurs, des jeunes qui n’avaient pas plus de 20 ans.
12- J’ai essayé de convaincre les gens qui poursuivaient leur sit-in de rentrer chez eux en attendant que la tension baisse. Beaucoup de gens sont partis, mais d’autres sont restés. Ils ne voulaient pas partir, parce qu’ils venaient de l’extérieur et n’habitaient pas au Caire. D’autres encore, par sympathie avec les officiers protestataires, voulaient rester pour savoir comment la manifestation des officiers allait finir. Il y avait même des proches de ces officiers qui demandaient aux gens de ne pas les laisser seuls.

Les officiers libres le 8 avril
13-J’ai entendu des informations selon lesquelles le Dr Safouat Higazi est allé dans la tente des officiers pour les convaincre d’abandonner leur sit-in. Il se faisait tard. Higazi nous a fait savoir que les officiers lui avaient répondu qu’ils décideraient eux-mêmes de la poursuite de leur action. Ils ont demandé à toutes les personnes présentes de sortir de leur tente. Quelques minutes plus tard, des soldats ont encerclé leur tente de toutes parts.


Un des officiers libres
14-je me suis retrouvé avec d’autres sur le pont Qasr El Nil. J’ai contacté un de mes amis habitant rue Qasr El Ayni pour qu’il m’héberge, car les rues étaient fermées et j’ai passé la nuit chez lui.
15- Le matin du 9 avril, j’ai été réveillé par un appel téléphonique m’informant d’un communiqué du CSFA me concernant, et des attaques contre moi lancées par Abdelhakim El Bahiri, un homme fort des Frères musulmans, qui m’a insulté sur Al jJazeera.
Je suis alors sorti précipitamment pour essayer de comprendre ce qui se passait. Mille questions m'assaillaient : est-ce que j’allais être assassiné parce que j’étais opposé à ce que la révolution soit divisée de manière si humiliante, ou bien parce que je sentais la souffrance vécue par les parents des martyrs et des blessés, essayant d’être à leurs côtés pour atténuer leur douleur, que je partageais ? Je fais appel à tout citoyen libre qui veut laisser à ses enfants un héritage de dignité et de liberté et non de haine, refusant de créer une division entre l’armée et le peuple. Je n’ai pas comme objectif de trouver un poste. Si tel était le cas, j’aurais adhéré à l’un des mouvements ou regroupements qui m’ont sollicité pour m’indiquer le chemin à suivre.
 Je n’ai pas peur de la mort mais je crains que mon assassinat ne facilite celui d’autres révolutionnaires.
Le CSFA a annoncé qu’il veillerait à prendre des décisions précises en raison de la situation du pays. Après enquête, il a décidé de nous relaxer, moi et les autres inculpés. Ceci 35 jours après que je m’étais livré aux autorités judiciaires, sûr de mon innocence, car je n’ai pas été membre du Parti national démocratique un seul jour de ma vie et je n’ai jamais travaillé avec Ibrahim Kamel, comme cela a été affirmé par certains (Abdelhakim El Bahri, Mohamed El Beltagui, Tarek Zidane et Safout Higazi), qui veulent semer la discorde entre l’armée et le peuple.
Concentrez-vous bien : ceux qui veulent enfoncer un coin entre l’armée et le peuple mènent tout le monde en bateau en dénonçant ceux qu’ils présentent comme des ennemis du CSFA, sont en vérité les véritables ennemis de l’union entre le peuple et l’armée (les Frères musulmans essaient de faire croire qu’ils sont soumis à l’armée mais tout le monde sait qu’ils ne sont soumis qu’à leurs propres instances suprêmes, le Maktab Al Irshad et la Choura Jemaâ).
Je subis de fausses accusations pour avoir multiplié les efforts pour unifier le peuple et les partis, alors que je n’appartiens à aucun parti. Nous avons travaillé ensemble, dans le pluralisme, pour le triomphe de la vérité et la défaite du mensonge. Notre tente était en plastique transparent et j’ai insisté là-dessus pour que nous maintenions la transparence. Nous n’avions pas de secrets sur la place Tahrir. Même ceux qui m’en veulent ont eu la possibilité de faire des conférences sous notre tente, car elle était ouverte à tout le monde.
Manifestation pour la libération de Wael Aly et des autres prisonniers politiques, place Tahrir le 6 mai 20111
Est-ce pour cela qu’on m’a arrêté et jeté dans la prison de Tora en m’accusant de faire partie d’un « groupe contre les libertés privées et publiques » ? J’ai été innocenté par le tribunal militaire mais, au lieu de me libérer, on a informé ma famille que je n’allais pas être libéré, qu’il avait été demandé au responsable de la Commission pour la vérité d’ordonner de me transférer dans une autre prison. La Commission s’est ainsi transformée en organe d’investigation judicaire. L’accusation de « rébellion contre l’armée » a été transformée en accusation de « rébellion contre le peuple et la Commission ».
Je ressens une grande injustice et la peur. Est-cela que nous voulions, quand nous étions sur le place Tahrir ? Est-ce pour cela que nous avons fait cette révolution ? Celle-ci avait pour objectifs la liberté et la justice... même ces mots nous ont été volés.
 
Je vous en supplie, agissez, ce n’est pas pour moi ou mes enfants, mais pour notre pays, qui s’est soulevé après des années de souffrance et de défaites. Personne parmi nous n’est contre l’armée ou le gouvernement, nous sommes tous fidèles au pays, mais certains essaient de dresser un mur de séparation entre nous et les autres tout en faisant croire qu’ils sont très forts. Mais ils ne font que du mal. Ils complotent et planifient pour nous diviser, mais Dieu est le plus grand planificateur.
Ma détention a été prolongée à plusieurs reprises, j’ignore pourquoi. J’ai fait une grève de la faim, non pas pour me suicider mais pour donner de la force à mon cri de révolte. A celui qui se voit dénier le droit de protester et de s’opposer, ou même de participer à la construction (de l’Egypte nouvelle), il ne reste que l’arme de la grève de la faim.
Photos de Rabha Attaf