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lundi 6 octobre 2014

Alexis Tsipras, version 3.0 : coopté par la Sainte Alliance des Socialos* et des Jèzes**

Español
Alexis Tsipras, versión 3.0: cooptado por la Santa Alianza de los sociatas y los jesuatas

 English
Alexis Tsipras version 3.0: co-opted by the Holy Alliance of Socrats and Jesucrats

 Italiano
Alexis Tsipras, versione 3.0: cooptato dalla Santa Alleanza dei sociocratici e dei gesucratici
 
par Fausto Giudice, 6/10/2014
J’ai découvert l’existence d’Alexis Tsipras il y a pas mal d’années, quand il n’était que le jeune leader inconnu d’un groupuscule gauchiste dont personne n’avait entendu parler en dehors de son pays, la Grèce. C’était au hasard d’une navigation sur la toile, et j’avais trouvé une vidéo d’un groupe d’étudiants se livrant à une sorte de happening bondage sur Tsipras, qui, hilare, se laissait ficeler sur une chaise. 


http://tlaxcala-int.org/upload/gal_9088.jpg
Ma première réaction avait été : « Ach ! Die Junge Garde des Sekretariats ! » La jeune garde du secrétariat : c’est ainsi qu’on appelait dans l’Allemagne des années 70 les jeunes socialistes, généralement de tendance gauchiste, qui, une fois passée la trentaine, devenaient des caciques du parti social-démocrate. On a vu le même phénomène dans toute la social-démocratie européenne.
http://spaledante.files.wordpress.com/2011/08/emsaeulisidood.jpg?w=700 
Pour ma génération, pétrie d’histoire des révolutions écrasées en Europe, la social-démocratie originelle – germanique et scandinave – a au plus tard en 1919 cessé d’être un parti de la classe ouvrière pour devenir, au mieux (dans la Vienne rouge des années 1920) un parti pour la classe ouvrière. Quand la classe ouvrière et les soldats allemands se soulèvent en 1918, emmenés par la Ligue Spartakus de Rosa Luxembourg et Wilhelm Liebknecht, qui dirige la répression ? Le social-démocrate Noske, rapidement surnommé le Bluthund (chien de sang, ou chien de rouge) pour avoir, en tant que ministre de la guerre, déclaré : « Il faut que quelqu'un fasse le chien de sang : je n'ai pas peur des responsabilités ». C’est Noske, appuyé par son parti, dirigé par Friedrich Ebert, bientôt président de la minable république de Weimar, qui a organisé le massacre des ouvriers et soldats organisés en conseils (soviets) à Kiel puis, en janvier 1919, à Berlin. Ses corps francs assassinèrent, entre beaucoup d’autres, Rosa Luxembourg et Karl Liebknecht.

Le quintette des "commissaires du peuple" sociaux-démocrates qui proclament la République de Weimar
http://www.allmystery.de/i/t54c14f_malsovverraten12106.jpg« Wer hat uns verraten ? Sozialdemokraten. Wer hatte recht ? Liebknecht ! »(« Qui nous a trahis ? Les sociaux-démocrates. Qui avait raison ? Liebknecht ! »)  : ce refrain « rouge » des années 1920 est revenu à la mode dans les années 1960, lorsque la jeunesse radicale – les soixante-huitards avant la lettre – affrontait la social-démocratie, alliée (déjà ? eh oui !) dans une « grande coalition » avec les démocrates-chrétiens, mettant en œuvre son « aggiornamento » datant de 1959, quand, à Bad Godesberg, le SPD avait officiellement et définitivement abandonné toute référence marxiste, adoptant comme devise « Le marché autant que possible, l'intervention publique autant que nécessaire».

Entre les années 1920 et les années 1960, bien de l’eau avait coulé sous les ponts de Berlin : à la chute du régime nazi, nos bons sociaux-démocrates, revenus dans les bagages des « libérateurs » alliés, se mirent naturellement au service de ceux-ci, tandis que leurs cousins communistes se lançaient dans l'aventure d'un socialisme prussien à l'ombre du Grand Frère soviétique.

Et c’est ainsi que l’on eut deux Allemagne pour le prix d’une, pendant 40 ans. Quand des étudiants en révolte distribuaient des tracts dans les rues de Berlin, Munich, Hambourg ou Francfort, contre la guerre du Vietnam pour contre les lois d’exception instaurées par la « grande coalition » noire-rouge, l’Allemand moyen qui passait par là leur lançait : « Si vous n’êtes pas contents, allez donc en face », autrement dit : « Si notre paradis démocratique capitaliste ne vous convient pas, allez donc vivre dans l’enfer est-allemand du ‘socialisme réel’ ».  Le discours quotidien de Samaras et de l'Aube Dorée en Grèce contre les "rouges" ne fait que répéter ces vieilles litanies, longtemps après que l'URSS a disparu.

Puis vint 89 et la réunification. Ce ne sont pas seulement les territoires allemands qui ont été réunifiés, mais aussi le paysage politicien : tous les résidus de gauche communiste/stalinienne et de sociaux-démocrates critiques encore attachés au marxisme se sont eux aussi réunifiés pour constituer un parti qui s’est mis corps et âme sous la coupe des sociaux-démocrates, faisant taire ses dissidents par les méthodes habituelles en usage dans tous les partis atteints de crétinisme parlementaire. Ce parti, Die Linke, puisqu’il faut l’appeler par son nom, est aujourd’hui totalement entré dans le système de la démocratie représentative, parlementaire, corrompue et belliciste. C’est là que nous en revenons au camarade Tsipras.

Son parti, SYRIZA, est au moment où j’écris, crédité de 36% des intentions de vote. De nouvelles élections peuvent être annoncées à tout instant par le Premier ministre grec de droite, Samaras, qui est en discussion avec la patronne, j’ai nommé Angie, la chancelière Merkel, pour prendre une « décision », qui s’apparentera plus à un Diktat qu’à autre chose. Concrètement, les choses doivent se jouer en février prochain, lorsque le Parlement devra élire un nouveau président de la République. Il manque à la "grande coalition" Nouvelle démocratie-PASOK  la vingtaine de députés nécessaires pour atteindre le quota nécessaire de voix nécessaire (180) pour valider l'élection. Il ne resterait alors qu'à Samaras qu'à dissoudre le parlement et organiser de nouvelles élections.

Donc, Tsipras se voit déjà en chef de gouvernement à Athènes. Mais vu que les  résultats des élections démocratiques, dans la bonne vieille Europe démocratique, se décident dans les couloirs du pouvoir avant d’être sanctionnées par les urnes, il s’agite tous azimuts. Il faut qu’il obtienne le feu vert des patrons de l’Europe, qu’il trouve des alliés pour combler le gap entre les 36% dont il est crédité et les 51% (en fait moins, puisque dans le système grec, le parti venant en tête des élections reçoit un bonus de 50 sièges) dont il aurait besoin pour pouvoir « gouverner ». Il a donc adopté la voie du compromis et de la « rénovation ». D’abord, il a fait son possible pour se débarrasser de l’aile gauche de Syriza, sans y parvenir pour l'instant. Puis il a mis de l’eau dans son retsina, en cessant de tonitruer contre l’Union européenne, Bruxelles, Francfort et Berlin. Plus question de sortir de l’Euro. Plus question de refuser de payer la dette odieuse de la Grèce. Plus question d’organiser des manifestations de rue, des protestations populaires, pour répondre à l’énorme colère du peuple grec et la canaliser vers des lendemains qui chanteraient.

Le personnel de l’hôpital de Kilkis déclenche un mouvement d’occupation autogestionnaire de son hôpital menacé de fermeture. Qui s’y oppose et fait capoter le projet ? Les chefs syndicaux liés à Syriza.
Le personnel de médias condamnés à mort tente de se lancer dans des expériences autogestionnaires ? Syriza ne fait rien pour l'aider.
Les 595 femmes de ménage du ministère des Finances sont licenciées, pour tester les réactions à l'épuration des services publics exigée par la Troïka (Commission européenne-Banque centrale européenne, FMI) : elles organisent la résistance et appellent à une journée internationale de solidarité. Qui leur met des bâtons dans les roues, ordonnant à toutes ses sections d’Europe de ne pas répondre aux appels de comités locaux de solidarité avec le peuple grec ? Syriza.
Le gouvernement grec instaure de nouvelles taxes ubuesques (immobilière et sur le fuel domestique) pour pressurer la population, menacée des pires sanctions en cas de non-paiement. Qui refuse d’organiser des mouvements collectifs et solidaires de non-paiement des taxes iniques ? Syriza.

Pendant ce temps, le chef voyage. En septembre, il a été en quatre endroits, Thessalonique, Vienne (Autriche), Cernobbio (Italie) et…la Cité du Vatican. Il a sûrement fait d’autres voyages intéressants, mais, ne disposant pas d’un service de renseignement professionnel, je me contenterai d’évoquer ces quatre épisodes.
À Thessalonique, Tsipras a présenté le programme (électoral) de son parti. Commentaire de Giorgos Delastik, journaliste de gauche : « À côté des engagements de Tsipras, ceux de Caramanlis (Premier ministre de droite) en 2009 paraissent du pur gauchisme ». Rien à ajouter.

A Vienne, Tsipras, invité par le Forum Bruno Kreisky, a fait un vibrant discours tendant la main aux sociaux-démocrates allemands et autrichiens pour, ensemble « sauver l’Union européenne » des méchants néolibéraux de Berlin et Francfort : « Nous allons gagner les prochaines élections, nous aurons besoin de vous ». Bref, on l’aura compris, SYRIZA se présente tout simplement comme le nouveau PASOK et je vous fiche mon billet qu’il ne va pas tarder à être coopté dans l’Internationale socialiste. Je recommande la lecture de ce morceau d’anthologie aux lecteurs qui comprennent l’anglais, il vaut son pesant de sel marin ionien : http://yanisvaroufakis.eu/2013/09/24/alexis-tsipras-at-the-kreisky-forum-vienna-the-complete-speechaddress-to-austrian-social-democrats/.


A Cernobbio, au bord du Lac de Côme, Tsipras était invité dans la Villa d’Este –le "plus bel hôtel du monde" - au Forum annuel de la Fondation Ambrosetti, une sorte de Club Bilderberg bis, à visage un peu plus humain, mais avec les mêmes objectifs et méthodes : rassembler les gens qui comptent dans le monde pour mettre au point les tactiques de pouvoir pour la période à venir.
Enfin, cerise sur le gâteau, notre brave Alexis s’est rendu à la Cité du Vatican pour y rencontrer Sa Sainteté en personne pendant 35 minutes, au sortir desquelles notre Premier ministre in spe a constaté, "étonné", de nombreuses convergences entre Syriza et l’Église catholique, apostolique et romaine. Notre bon jésuite de Bergoglio a eu, lui, une exquise petite phrase : « Tsipras n’est pas de gauche, c’est seulement son programme qui l’est ». Sous-entendu : les programmes, ça peut se changer. Pour son audience, Tsipras était encadré par deux drôles de personnages fleurant bon l’Empire austro-hongrois et qui n'auraient pas déparé dans une pièce de théâtre de boulevard viennois, Walter Baier et Franz Kronreif. 
Baier (à g.) et Kronreif avant l'audience
Le premier a été le fossoyeur du Parti communiste autrichien, dont il a liquidé la structure et les biens, vendant notamment à des fascistes un immeuble squatté par des artistes de gauche. Il est ensuite devenu l’athée de service du Vatican, ayant sa place attitrée aux rencontres œcuméniques annuelles d’Assise, auxquelles participent chrétiens, juifs, musulmans, bouddhistes et…athées, considérés comme une confession parmi  d’autres. Autrement dit, à la question : « Quelle est ta religion ? », à Assise, on peut tranquillement répondre : « Athée ». Officiellement, Baier est le coordinateur de Transform ! Europe, la danseuse, pardon, le « think tank » du Parti de gauche européen, essentiellement porté par Die Linke allemande et sa fondation Rosa-Luxembourg, dotée par l’État allemand d’un confortable matelas de millions d’euros, qui lui permettent de financer des revues que personne ne lit et de distribuer des tracts sur papier glacé dans les Forums sociaux  mondiaux, où ses « militants » sont logés dans hôtels 5 étoiles, ou à la rigueur 4.

Le second est un des responsables du mouvement des Focolari, qui est l’un des « mouvements de masse » du Vatican, complétant le travail que font Comunione e Liberazione e la Communauté de Sant’Egidio. Les Focolari sont aussi œcuméniques au sens très large, accueillant non seulement des protestants, mais même des musulmans et des athées.
Notre jésuite de pape est un sacré matou. Il a déclaré en juin dernier : «Io dico solo che i comunisti ci hanno derubato la bandiera. La bandiera dei poveri è cristiana. La povertà è al centro del Vangelo. I poveri sono al centro del Vangelo» (Je dis seulement que les  communistes nous ont volé notre drapeau. Le drapeau des pauvres est chrétien. La pauvreté est au centre de ‘l’Évangile. Les pauvres sont au centre de l’Évangile). Et les 35 minutes d’audience ont battu le record de durée jamais accordé par un pape à un quelconque dirigeant de gauche. Mais faut ce qu’il faut pour non seulement arracher aux cocos le drapeau qu’ils vous ont volé mais même les convertir à "la doctrine sociale" de l’Église catholique, apostolique et romaine.
Pour conclure : adoubé par la social-démocratie germanique, coopté par la fine fleur des décideurs politico-économiques du continent, et béni par Sa Sainteté, Alexis Tsipras est désormais en orbite, très loin du peuple martyr qui a fait de lui ce qu’il paraît être. Toute la question reste de savoir s’il saura éviter le sort d’Iridium 33 et Kosmos 2251, deux autres satellites artificiels qui se pulvérisèrent mutuellement lors d’une collision dans l’espace en 2009. Le satellite Tsipras 3.0 risque bien, lui, de s’auto-pulvériser et il n’y aura personne pour verser une larme sur son sort. Il l’aura bien cherché.
Je crois comprendre le mélange de désespoir et d'espérance du peuple grec et de ses ailes marchantes. Camarades, je n'ai qu'une chose à vous dire : faites votre le slogan de nos frères zapatistes : "Tout pour tous ! Commander en obéissant !" La seule issue réside en bas, dans auto-organisation, à partir des besoins réels des gens, pour la défense des communs, au-delà des clivages idéologiques et sectaires, meurtriers et stériles. Tout le reste n'est que simulacre.
*Socialos : sociaux-démocrates en vieil argot français
**Jèzes : jésuites en vieil argot français

vendredi 7 décembre 2012

Grèce : le médecin et militant Giorgos Kosmopoulos menacé d'expulsion de son logement

par greydogg   & Snake Arbusto, 6/12/2012Occupy France
Il est peut-être difficile pour beaucoup de gens, et en particulier les USAméricains, d’imaginer qu’un médecin puisse se faire expulser de chez lui, avec sa famille, parce qu’il n’arrive pas à payer son loyer. Mais en Grèce cela peut arriver. Giorgos Kosmopoulos est médecin.
Et pas n’importe quel médecin. Chirurgien thoracique, il a étudié avec le célèbre Pr. Christiaan Barnard en Afrique du Sud au Heart Transplant Center de l’Université Groote Schuur, au Cap. Il a tenu le poste de Maître de Conférences à la faculté de chirurgie cardiothoracique à l’université de Witwatersrand à Johannesburg et a dirigé le service de chirurgie thoracique au centre hospitalier Agios Savas d’Athènes. Il a à son actif 3 535 interventions en chirurgie cardiothoracique.
Giorgos Kosmopoulos est également fondateur de StopCartel TV, pionnier du Livestream et l'un des rares streamers bilingues qui rendent compte de la situation en Grèce. Demain matin 7 décembre, le Pr. Kosmopoulos et sa famille de six personnes sont menacés d’expulsion de l’appartement où ils demeurent depuis 14 ans.
Giorgos Kosmopoulos
Mais où se trouve Giorgos Kosmopoulos ce soir ? Il est en train de suivre en direct en streaming les manifestations dans le centre d’Athènes. Car en dépit de ses problèmes personnels, il estime de son devoir de streamer et d’archiver les heurts entre la police grecque et les manifestants qui se rassemblent pour commémorer le meurtre d’Alexandros Grigoropoulos à l’âge de 16 ans, le 6 décembre 2008.
 
Activiste depuis sa jeunesse, Le Pr. Kosmopoulos a grandi sous le régime des colonels et est entré en résistance à l’âge de 17 ans, au début de ses études en faculté. Pendant la décennie qu’il a passée en Afrique du Sud, il a milité contre l’apartheid et a survécu à deux grèves de la faim, l’une de 26 jours et l’autre de 30 jours.
 
Un drame personnel dans sa famille l’a fait revenir en Grèce, où il habite actuellement. A l’âge de six ans, son fils Christopher a reçu une balle dans la tête, suite à quoi il a perdu la vision d' un oeil et la moitié de la vision de l’autre oeil. Les médecins avaient dit que Christopher avait perdu en même temps la moitié de ses fonctions cérébrales et avait une meilleure chance de réussir son éducation dans sa langue maternelle.
 
La famille est retournée en Grèce et Christopher a intégré une école spéciale. Après un mois, l’école a dit à la famille que Christopher n’avait pas besoin de ce traitement spécial. Il est entré dans une école primaire normale où il a bien travaillé. Il a continué ses études au lycée en ensuite en faculté. Christopher est aujourd’hui économiste et s’est même présenté aux élections législatives sur la liste de SYRIZA.
 
Alors qu’il dirigeait le service de chirurgie thoracique à Agios Savas à Athènes, les premières coupes salariales ont été imposées aux professions de santé. Il a demandé s’il pouvait prendre une retraite anticipée à pension réduite. On lui a dit qu’il y avait droit et il a donné sa démission. Il a touché sa pension pendant six mois mais ensuite les paiements ont tout simplement cessé. Le gouvernement l’a informé que son éligibilité à la retraite n’était finalement pas acquise. Il lui restait alors seulement deux mois pour réintégrer son poste. Mais il n’y a pas réussi, et il a tenté de créer son cabinet à titre libéral. Mais entre-temps les Mémorandums d’austérité de la Troïka étaient adoptés, et les Grecs ne pouvaient plus se permettre de se faire soigner par la médecine libérale ; il a dû fermer son cabinet. Il a alors redemandé un poste de médecin de santé publique, et au bout de plusieurs mois d’attente on l’a nommé à un poste loin d’Athènes, dans le Péloponnèse occidental. Le salaire proposé était très bas, et déménager avec toute la famille l’aurait mis en grande difficulté. Il a alors demandé à être affecté à un poste dans la région d’Athènes. A l’heure qu’il est il attend encore, car la machinerie du secteur public en Grèce s’est entretemps arrêtée net. Il pourrait attendre très longtemps ce nouveau poste. 40% des emplois du secteur public sont à nouveau voués à être supprimés. 
"Choris lefta = Sans argent", art mural  au coin des rues  Themistokleous & Panepistimiou , Athènes
Entretemps, les nouvelles procédures d’expulsion accélérée qui font partie des multiples mesures – certaines à l’apparence anecdotique, d’autres flagrantes – qui saignent lentement le peuple grec, ce médecin exceptionnel et journaliste citoyen dévoué a été informé qu’il doit être expulse de son domicile. Dans beaucoup de pays européens, il est illégal de procéder à des expulsions pendant les mois d’hiver. Mais ce n’est pas le cas dans la Grèce d’aujourd'hui – cette Grèce devenue laboratoire de la doctrine néolibérale. C’est pour cela que le Dr. Giorgos Kosmopoulos fait tout pour informer le monde de la détresse où se trouve son pays, en dépit du silence et de la complaisance des médias dominants.
 
Il a parlé de cette procédure d’expulsion ce soir pendant son émission en Livestream:
“Nous nous préparons à une désobéissance civile pacifique demain. Nous ne tolérerons pas qu’on nous éjecte violemment du domicile où nous vivons depuis 14 ans. Si on nous impose cette expulsion, nous résisterons et exprimerons notre désobéissance. Nous ne leur permettrons pas de pénétrer dans notre maison. Ils pourraient aller jusqu’à user de la violence et jeter nos affaires dans la rue. Nous espérons que des camarades viendront nous soutenir. Nous n’avons peut-être pas intérêt à dire en ligne ce que nous entendons faire. Tout se passera en ligne et en direct. Vous qui regardez depuis les USA, il vous sera difficile de regarder vu le décalage horaire.
Mais le monde doit être conscient de la catastrophe humanitaire qui se déroule en Grèce. Des milliers de familles grecques sont sans abri et personne ne semble en être conscient. On vous demande de faire ce que vous pouvez pour faire passer le message et aider à sensibiliser les gens.”
La famille Kosmopoulos a demandé un sursis à l’expulsion jusqu’au 13 janvier afin de pouvoir trouver un nouvel appartement et mettre ses affaires à l’abri.
 
PS: Ce matin nous étions quelques-uns  au rendez-vous virtuel de Giorgos, il ne s’est rien passé. Mais la vigilance reste de mise.
http://www.livestream.com/stopcarteltvgr
 
 

Grèce prochain modèle économique, art mural, Athènes
 

mercredi 29 février 2012

Chronique grecque de l’autogestion courante

 par Patrick Silberstein, 28/2/2012
http://www.autogestion.asso.fr/?p=1168#more-1168

Éleftherotypia, « Liberté d’expression », l’un des plus prestigieux journaux grecs, est en cessation de paiement depuis août 2011 (voir Un journal grec en autogestion !).). En grève illimitée depuis le 22 décembre 2001, les 800 salariés n’ont pas reçu le moindre salaire depuis sept mois. Plus de salaire, plus de boulot, plus de journal… Journalistes, techniciens, imprimeurs… sont sur le pavé. Il y a déjà plusieurs mois que l’Union européenne des journalistes, avertie de la situation, a exigé des propriétaires (X. K. Tegopoulos Inc.) qu’ils « prennent leurs responsabilités pour sauver ce journal historique ». La réponse a été celle de tous les propriétaires absentéistes… Cependant, la société, comme la nature, ayant horreur du vide, le vide a été rempli par l’initiative autogestionnaire des travailleurs du journal.
La société éditrice invoquant la loi sur les faillites pour ne pas payer les salaires dus, les salariés confrontés au mur de la « légalité » (se confondant ici totalement avec celui de l’argent) ont donc décidé de prendre les rênes du journal. Le premier numéro est paru le 15 février, le second le 25. Plus de 30000 exemplaires ont été vendus dans les kiosques. C’est, selon Marie Aphrodite Politi, journaliste « sans salaire » d’Elefitheropia, la « revanche des travailleurs » qui sont de retour sur la scène publique avec leur journal, malgré les embûches et les chausse-trappes semées par les propriétaires.
Les biens vacants appartiennent à la société
Pour Moisis Litsis, l’un des rédacteurs du journal, il était clair, dès le mois de novembre que les banques ne prêteraient pas le moindre euro aux propriétaires pour renflouer un journal mal réputé pour avoir critiqué de manière virulente le gouvernement. Cependant, si le positionnement politique de Éleftherotypia a pu jouer un rôle dans la décision de lui couper les vivres, la cause principale est ailleurs, plus grave, plus fondamentale : les banques n’accordent plus aucun crédit aux entreprises par peur du défaut de paiement. La direction n’avait donc pas d’autre proposition que de mettre la clé sous la porte et d’attendre des jours meilleurs. Et ils seront sans aucun doute nombreux les « chefs » d’entreprises à attendre une « embellie » en privant les travailleurs de ressources et en abandonnant les outils industriels et de service.
Si la situation du pays appelle des réponses sociales et politiques appropriées, Moisis Litsis regrette que « les syndicats dominants pensent encore la situation selon des schémas traditionnels (grèves, manifs, propagande, appels à des changements de politique économique et sociale…). Il n’y a, dit-il, ni coordination véritable ni réflexion sur le redémarrage de la production (ce qui est d’ailleurs difficile car en fait de production, beaucoup des entreprises grecques étaient des entreprises de commerce). Par exemple, les métallos de la Chaliburgia sont en grève depuis pratiquement trois mois contre les baisses de salaires et les licenciements 1. Ils contrôlent leur usine, mais ils se contentent d’organiser des manifestations et le mouvement de  solidarité mais n’envisagent pas de reprendre le travail pour le bien des travailleurs et de la société tout entière. »
Toujours selon Moisis Litsis, « l’autogestion est la seule solution ». Il n’y a pas d’alternative : « Étant donné la situation économique et financière du pays qui va de mal en pis, je n’entrevois pour notre journal aucune possibilité de retourner à une quelconque normalité. Je crois que de plus en plus de propriétaires vont abandonner leurs entreprises. Ils ne veulent pas y mettre le moindre sou de leur poche et préfèrent attendre de voir comment la crise grecque va évoluer. »



Un comité de rédaction du quotidien. Photo: Ek Prosopos, Eleftherotypias
L’autogestion c’est pas de la tarte !
Les travailleurs Éleftherotypia ont donc été confrontés à un dilemme : soit attendre une « solution industrielle » s’apparentant à l’arlésienne, soit se saisir de leur outil de travail  pour le « remettre en marche » afin que le peuple grec en lutte puisse disposer d’un journal « différent, critique, radical ». Éleftherotypia est donc réapparu dans les kiosques sous le titre de « Liberté d’expression des travailleurs ».
Si les salarié-es ne sont pas tous convaincus qu’il soit possible de trouver des « solutions en dehors de l’économie de marché », en prenant la décision de faire leur journal, les hommes et les femmes d’Éleftherotypia, ainsi que l’explique Moisis Litsis, ne se sont pas pour autant lancés dans une « expérimentation sociale ». Marie Aphrodite Politi parle, quant à elle d’une « sorte d’autogestion ». Ce qui est certain, c’est que dans la situation concrète qu’ils vivent, les travailleurs tentent tout simplement de répondre à une double nécessité : travailler et gagner (un peu) leur vie et agir pour préserver leur collectif de travail, leur outil de travail et peser sur la situation.
Financé par des participations militantes de toutes sortes et vendu 1 euro, le journal a été conçu et imprimé en dehors des installations d’Éleftherotypia car les lieux de travail ne sont pas occupés. Marie Aphrodite Politi indique ainsi que les ouvriers du livre de l’imprimerie du journal – qui est la propriété de la même société – « hésitent à occuper leurs ateliers et à s’engager dans la production du journal ». La situation s’est quelque peu modifiée depuis que Liberté d’expression des travailleurs est paru, les patrons ayant bloqué les accès et coupé l’électricité, le téléphone et Internet…
Au cours des semaines qui ont précédé la sortie du premier numéro, outre les assemblées générales, des groupes de travail séparés ont réuni journalistes, employés de bureau et imprimeurs afin de mieux réfléchir sur « les moyens de publier » Éleftherotypia, sur la « popularisation de la lutte » mais aussi pour que « ceux qui veulent continuer à travailler “normalement” puissent le faire ». Un problème des plus difficiles à résoudre, estime Moisis Litsis, est celui de l’implication d’autres métiers dans le processus de publication du journal. Les discussions portent aussi sur le type de journal à produire. Certains sont partisans de faire un journal de grève, voire un journal militant, d’autres, telle Marie Aphrodite Politi, veulent publier un journal engagé, mais un «  véritable journal avec ses rubriques habituelles : informations, politiques, sportives, culturelles, télé ». On trouve ainsi au sommaire du numéro 2 de Liberté d’expression des travailleurs un dossier consacré à la situation en Europe « Quo Vadis Europa », un entretien avec l’eurodéputé Daniel Cohn-Bendit, un autre avec Eric Olin Wright sur le Occupy Movement américain et de nombreux articles sur les événements courants en Grèce et dans le monde.
Quand Éric Toussaint, le président du CADTM évoque la situation générale du pays, il ne manque pas de souligner que si la résistance aux mesures de paupérisation imposées au peuple grec passe par de multiples canaux : «grèves générales, occupation des places publiques, manifestations de rue, résistance aux augmentations de tarif des services et des transports », il ne faut pas oublier « la relance de l’activité de certains services comme celui de l’hôpital de Kilkis en Macédoine ou le redémarrage […] du quotidien Eleftherotypia sous conduite des travailleurs ».

vendredi 23 décembre 2011

Athens, Christmas 2011: θα χυθεί αίμα… Athènes, Noël 2011: Le sang va couler…

Photos:  Άγγελος Καλοδούκας – Αggelos Kalodoukas
Musique: Μάνος Χατζιδάκης -  Manos Hatzidakis

Athens, Christmas 2011 from www.aformi.gr on Vimeo.

vendredi 18 novembre 2011

Athènes, 17 novembre : la photo du jour

Athènes, 17 novembre 1973 : les étudiants de l’École Polytechnique déclenchent un soulèvement qui sera noyé dans le sang par les tanks de la junte militaire mais marquera la fin de cette junte et le retour à la "démocratie".
Athènes, 17 novembre 2011 : des milliers d'Athéniens qui n'ont pas la mémoire courte descendent dans la rue pour célébrer les héros de 1973 et appeler à la lutte.
1ère banderole de la Convergence de gauche pour le renversement (du système):
Mettez la drachme dans la galette des rois (sous-entendu: sortons de la zone Euro)
Bonne année 2011

2ème banderole des jeunes avocats :
Brisons le consensus du front noir (le nouveau gouvernement de Papademos et des fachos)
Pour une nouvelle génération de Polytechnique

Si j’étais un Grec (Le Docteur Choc est un ennemi de la démocratie)

par  Gabor Steingart, Handelsblatt, 28/11/2011; Traduit par  Michèle Mialane, édité par  Fausto Giudice, Tlaxcala
 Original: Wenn ich ein Grieche wäre
Traductions disponibles : English  Ελληνικά



Le quotidien patronal allemand Handelsblatt ne peut vraiment pas être qualifié de porte-parole des IndignéEs . Mais cet édito de son rédacteur en chef indique que même des propagandistes du capitalisme de marché commencent à trouver que les banksters de Bruxelles et Francfort sont allés trop loin dans la goldmansachsisation de l'Europe ( (NDLR Basta!)

La Grèce porte certes la responsabilité du gâchis de la dette. Mais la dépression des derniers jours a été importée de Bruxelles, Berlin et Paris. Un commentaire de Gabor Steingart, rédacteur en chef du quotidien économico-commercial allemand Handelsblatt.
Düsseldorf - Après un séjour chez des amis, on aime à dire : c’était bien, ce que l’on a vu et entendu a fait forte impression. Malheureusement ce ne fur pas le cas pour les 20 membres de notre équipe de reporters, au retour de leur voyage en Grèce, où ils sont allés cette semaine pour s’informer directement à l’épicentre de la crise.
Bien sûr, nous avons rencontré ces jours derniers des chefs d’entreprise courageux qui se battent contre la crise. Une crise plus forte qu’eux-mêmes. Nous avons vu des employés vaillants dans leurs bureaux délabrés, qui essayaient de mettre de l’ordre dans l’anarchie ambiante. Nous avons parlé avec des politiciens bien conscients que leur destin les avait placés là à une époque historique.
Mais l’impression dominante était tout autre. Le pays est épuisé. Il souffre de deux maux : la pagaille due à la dette, qu’il ne doit qu’à lui-même, et celle dont est responsable la politique de sauvetage européenne, qui ne fait qu’aggraver les choses. Le bilan des sauveteurs ne pourrait guère être plus désastreux : l’économie s’effondre, le chômage augmente, les jeunes rêvent d’émigrer. Et le déficit de l’État s’accroît vertigineusement, comme si rien n’avait été fait.
Ce n’est pas en saignant l’économie qu’on viendra à bout d’une telle montagne de dettes. Malgré une politique d’austérité sans exemple - hors périodes de guerre - dans un pays occidental, la dette grecque a augmenté de 55 milliards d’euros depuis fin 2009 ; en pourcentage du PIB elle est passée de 127% à 167%. On ne peut se permettre de faire fondre ses muscles.
Si j’étais grec, je poursuivrais mes sauveteurs en justice pour coups et blessures volontaires. Et à la nuit tombante, j’irais avec tous les autres sur la place Syntagma, face au Parlement, afin de montrer ma désapprobation envers cette politique de crise qui ne fait qu’intensifier la crise.
La spirale descendante s’accélère. La remise de dettes décidée cette nuit (28/10/2011) à Bruxelles freinera la dégringolade de la Grèce, elle ne l’arrêtera pas. D’abord elle arrive un an et demi trop tard. Si à l’époque on avait divisé la dette par 2, elle serait aujourd’hui inférieure à 100% du PIB. Mais dans les conditions actuelles la Grèce restera exclue des marchés financiers pour une durée impossible à prévoir.


Manifestants à Athènes
“On avait déjà le typhus et maintenant on nous a inoculé le cancer”
De plus, environ un tiers des obligations sont la propriété des Grecs eux-mêmes, soit 74 milliards d’euros pour leurs banques et donc leurs épargnants, et 26 milliards d’euros pour leurs fonds sociaux et donc leurs retraité-e-s. En une nuit, ils ont perdu beaucoup d’argent. Je comprends pourquoi Chryssanthos Lazarides, l’éminence grise de Samaras, le leader de l’opposition conservatrice déclare: «On avait déjà le typhus et maintenant on nous a inoculé le cancer .»
La thérapie appliquée à la Grèce rappelle ce que Jeffrey Sachs, le plénipotentiaire des USA et ses Chicago-boys ont testé dans la Russie de Boris Eltsine: déréglementation précipitée, privatisation à la chaîne et coupes dans les budgets publics. Et ils ont ainsi créé ce capitalisme sauvage qui aujourd’hui encore fait des Russes une société de milliardaires et de sans-le-sou. Sachs, l’inventeur de la « thérapie de choc » - il a été surnommé “Dr Choc”- s’est par la suite excusé auprès des Russes.
Une thérapie reprise désormais par les nombreux sauveteurs de la Grèce à Bruxelles, Paris et Berlin. Voici que sont de nouveau à l’œuvre les funambules de la finance, très au fait de restructuration de dettes, modalités de crédits et effets de levier mais bien peu de l’art de stimuler une économie nationale et ceux qui y travaillent. Les successeurs du bon docteur Choc insufflent un sentiment d’impuissance, non l’optimisme.Ils retirent de l’argent à l’économie au lieu de permettre l’investissement et enfoncent le pays en récession dans la dépression.

Si nous avions traité nos frères et sœurs est-allemands* comme les Grecs, les gens y rouleraient toujours en Trabant et attendraient toujours les bananes. Mais ce que nous avons fait de bien en RDA - annulation complète des dettes des entreprises, programme pour susciter une classe moyenne encore inexistante, élévation progressive des salaires pour accroître le pouvoir d’achat - nous ne le faisons pas en Grèce. À semer trop peu on récolte peu.
L’Europe a lancé un programme de sape de son propre Sud dont les effets diaboliques crèvent désormais les yeux à Athènes. L’addiction à l’héroïne et la prostitution s’étendent, nombre de commerçants ont définitivement fermé boutique, des citoyens en colère ont arraché les plaques de marbre aux façades de nombreuses agences bancaires.
Mais ce qu’on ne voit pas est pire que ce que l’on voit. Si j’étais Grec, je serais inquiet et sur mes gardes. Je surveillerais l’appareil militaire qui a gouverné le pays jusqu’en 1974 et qui est sans doute en train d’attendre sa revanche. Nous l’avons déjà constaté en maint autre endroit: le bon docteur Choc est un ennemi de la démocratie.
Résultats du sommet sur la crise de l’euro
- Nouveaux crédits
La Grèce recevra du fonds de crise européen pour les pays de la zone euro en difficulté (Fonds européen de stabilité financière : FESF) des prêts à faible taux (environ 3,5%). Les remboursements s’échelonneront sur 30 ans au lieu de 15. Un vaste programme de croissance et d’investissement en collaboration avec la Commission européenne doit remettre la Grèce sur pied. On exhorte le Fonds monétaire international (FMI) à participer au programme d’aide. La durée des emprunts contractés au titre du programme de sauvetage de 2010 est également allongée.
- Implication des banques
Le secteur financier participera sur la base du volontariat et avec une toute une gamme d’options au sauvetage de la Grèce. La contribution nette des banques doit se situer d’ici à 2014 autour de 37 milliards d’euros. En outre 12,6 milliards d’euros devraient être affectés au rachat des dettes. Si l’on estime que l’opération durera de 2011 à 2019, la contribution nette du secteur privé devrait atteindre aux termes de la déclaration finale 106 milliards d’euros.
- Nouvelles tâches pour les fonds de crises
Le fonds de stabilité européen reçoit de nouvelles attributions. Il peut désormais acheter des obligations d’État - mais à des conditions très strictes. En outre le fonds de sauvetage pourra imposer des programmes préventifs pour des candidats en difficulté de la zone euro. Le fonds ne sera pas davantage provisionné.
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-  Irlande et Portugal
Le Portugal et l’Irlande, eux aussi bénéficiaires de milliards d’aides de la part de leurs partenaires, seront également soumis aux conditions de crédit prévues par le FESF
Déficits budgétaires
Tous les déficits européens devraient dans toute lamesure du possible revenir à moins de 3% en 2013. La politique d’austérité de l’Italie, qui devrait être effective en 2012 a reçu des félicitations, de même que les réformes que l’Espagne tente de mettre en place.
- Test de stress pour les banques
Les pays de la zone euro doivent mettre en place des mesures correctives appropriées pour les banques en faillite.
- Coordination économique
Les chefs d’État et de gouvernement exercent une pression sur la gouvernance économique: la Présidence européenne, que la Pologne exerce depuis début juillet, est chargée de réactiver les négociations avec le Parlement européen, actuellement dans l’impasse.
- Agences de notation
Tous les chefs de gouvernement sont d’accord pour limiter le pouvoir des agences de notation. On attend des propositions de la Commission européenne à ce sujet . En outre les Européens souhaitent créer leur propre agence de notation de poids international.
- Management de crise
Il faut améliorer le management de crise dans la zone euro. Avant octobre Herman Van Rompuy, Président du Conseil européen, José Manuel Barroso,Président de la Commission européenne et Jean-Claude Juncker, Président de l’Eurogroupe** feront des propositions.

*Eurogroupe : réunion mensuelle (et informelle) des ministres des Finances des États membres de la zone euro.


** "Frères et sœurs"? Cela nous rappelle une blague de 1968. Un Tchèque et un Russe roulent sur une route. Soudain, ils voient un sac de patates sur le bord de la route. Le Russe dit :"On partage en frères". Le Tchèque : "Pas question, on fait 50-50". Remplacez "Tchèque" par "Allemand de l'Est" et "Russe" par "Allemand de l'Ouest" (NDLR Basta!)

mardi 8 novembre 2011

Après les trois jours tragicomiques qui ont secoué la Grèce (et l’Europe) capitaliste, le gouvernement d’union nationale prélude à l’approfondissement ultérieur de l’affrontement de classe

par Yorgos Mitralias
Membre fondateur de la Campagne Grecque pour l’Audit de la Dette (www.elegr.gr) et du Comité contre la Dette –CADTM grec (www.contra-xreos.gr).

-Pourquoi tout à coup cette inquiétude
cette confusion (comme les visages sont devenus graves).
Pourquoi les rues, les places, se vident-elles si vite
et chacun rentre chez lui très soucieux?
C'est que les barbares arrivent aujourd'hui
et que ces choses-là éblouissent les barbares.
K. Kavafis, En attendant les barbares (extrait)

Pourquoi toute cette agitation grecque et internationale ? Pourquoi les menaces et les chantages, pourquoi les intrigues florentines, pourquoi tout ce psychodrame politique athénien sur fond de tragicomédie cannoise? Et pourquoi finalement « l’union nationale » grecque tant désirée par les maitres cuisiniers de Berlin, de Paris, de Washington et d’ailleurs? Pourquoi ?...
Et bien, c’est simple : parce qu’il fallait coûte que coûte empêcher la venue des « barbares », l’irruption des masses grecques révoltées sur la scène politique. Parce qu’il faillait retarder le plus possible la tenue de ces élections générales tant souhaitées par la plèbe en colère et encore plus redoutées par l’Alliance Sacrée des chanceliers et des banquiers !
En effet, parler de panique de la bourgeoisie grecque c’est peu dire. Voici qu’il y a quelques jours, le –jusqu'à hier- Premier ministre grec et  président de l’Internationale…Socialiste ( !) Georges Papandreou, manifestement aux abois face a la demande presque unanime d’élections-générales-tout-de-suite, perd sa tète car voulant la sauver, il invente un référendum (bidon) et la menace directe d’un coup d’Etat militaire imaginaire ! (1) Le résultat est immédiat : grande panique chez ses maitres et partenaires européens qui, totalement surpris par l’éventualité d’un référendum incontrôlable dans cette Grèce incontrôlée car en ébullition permanente, somment ce Papandreou cramponné  a son fauteuil de Premier ministre de s’expliquer devant eux tout de suite a Cannes.
L’humiliation de Papandreou (et de la Grèce) devait être exemplaire pour que « ceux d’en bas » en Europe et de par le monde ne prennent pas au sérieux ce qui n’a été qu’une menace de référendum brumeux de sa part. Un Papandreou au garde-à-vous devant ses patrons, accepte donc imperturbable que le tandem Merkel-Sarkozy annonce non seulement la date mais aussi le contenu de la question du référendum …  « grec » : non pas oui ou non a l’accord du 26-27 octobre mais oui ou non a l’euro !
Le chantage est clair et ne laisse plus le moindre doute sur l’avenir du fameux référendum bidon. Il n’y en aura pas. Mais, les dégâts provoqués en Europe et surtout en Grèce par ce Premier ministre grec « aventuriste et irresponsable », sont déjà si énormes que ces élections si redoutées semblent désormais inévitables. Alors, comment faire pour désamorcer la crise en éloignant Papandreou du gouvernement tout en empêchant la tenue des élections générales ?
Comme par miracle, tous les centres de pouvoirs et les grands médias grecs sont tombés d’accord –en un temps record- sur l’idée que le salut viendrait d’un gouvernement d’union nationale des deux grands partis néolibéraux, du PASOK et de la Nouvelle Démocratie (2). Oubliées les querelles politiciennes de la veille, les « élites » grecques se sont brusquement réveillées avec seul mot d’ordre, celui dicté par leurs maitres européens : Union nationale avant que les barbares profitent de façon irréparable de notre désunion, de nos paniques, de nos contradictions et même de nos gaffes…

Ce qui a suivi était prévisible. Malgré sa résistance acharnée, Papandreou a du plier sous des pressions qui venaient de l’intérieur même de son gouvernement. De l’autre côté , le refus du leader de Nouvelle Démocratie Antonis Samaras d’avaler la couleuvre de l’accord du 26-27 octobre en participant a un gouvernement d’union nationale, n’a tenu que trois jours. Au soir du troisième jour, les jeux étaient faits : l’opposition de sa majesté pratiquée par la droite grecque depuis le premier Mémorandum dicté par la troïka, donnait sa place à la cohabitation avec le PASOK au sein du même gouvernement imposé par la Troïka et le grand capital grec !

Le gouvernement d’union des deux grands partis néolibéraux ne laisse aucun doute quant à ses objectifs : d’un côté  il servira avec dévouement les intérêts de ses maitres grecs et internationaux en faisant voter, entre autres, le budget de l’Etat et l’accord du 26-27 octobre, et de l’autre il repoussera le plus tard possible le recours aux urnes. D’ailleurs, le passé  récent de son Premier ministre est tout a fait éloquent : grand banquier, Loucas Papadimos a été pendant très longtemps vice-président de la Banque Centrale Européenne (BCE) ! De cette BCE qui fait partie de la Troïka de tous les malheurs grecs…

Alors, la crise est terminée ? Non, pas du tout à en croire aussi bien « ceux d’en haut » que « ceux d’en bas ». Mais maintenant, il ya une différence de taille par rapport au passé : la situation n’est plus la même car la formation de ce gouvernement a le grand mérite de clarifier un paysage politique grec longtemps confus et embrouillé par des manœuvres politiciennes. Désormais, le tableau politique grec est net et clair : d’ un côté  , les grands –et les petits- partis bourgeois soutenant à fond les Mémorandums et leur austérité cataclysmique et barbare, et de l’autre côté   les partis de gauche qui les rejettent et les combattent. D’un côté  la bourgeoisie grecque et de l’autre, le peuple qui saigne mais qui lutte !...

Évidemment, tout serait beaucoup plus clair et plus facile pour « ceux d’en bas » si la gauche grecque se présentait dans cette ligne droite de l’affrontement à mort moins désunie et sectaire, plus décidée à faire front face a une droite grecque et internationale déterminée à aller jusqu’au bout de ses projets cauchemardesques. Pourtant, il ne faut pas désespérer. La colère et la détermination populaires sont telles qu’il faudra a la réaction grecque beaucoup plus que la formation d’un gouvernement d’union nationale pour venir a bout du séisme social qui secoue depuis des mois les fondements de l’Etat bourgeois grec.  En effet, tout indique que la stabilisation de la situation qui suivra la formation de cet avorton gouvernemental sera de courte durée, et elle sera sans doute suivie par l’approfondissement non seulement de la crise mais aussi de la mobilisation populaire.

Cependant, il y a désormais un problème qui crève les yeux et demande d’urgence une réponse a la fois réaliste et crédible : quel projet européen alternatif et radical non pas pour le mouvement grec mais pour toutes les résistances populaires en Europe face a la crise (terminale ?) de l’Union Européenne et la véritable guerre que ses dirigeants mènent contre leurs propres populations ? Le cas grec vient de démontrer que la sortie de l’euro (et de l’Europe) ne représente une alternative ni réaliste ni crédible pour ces populations en lutte. Mais plus que ça, elle ne représente pas une solution de classe a la guerre de classe menée par le capitalistes européens contre ses salariés/es et ses retraités/es, ses jeunes et ses chômeurs,  les femmes et tous les opprimés/es de ce continent.

Alors, quoi ? Sommes-nous condamnés éternellement à la défensive sans qu’il n’y ait jamais espoir de passer à la contre-attaque et vaincre ? L’élaboration de la réponse doit être notre affaire à tous. Mais, en dernière analyse une chose est sûre : tout dépendra de la capacité de toutes ces résistances populaires (en Grèce et en Espagne, en Italie et au Portugal, en Irlande et en France, en Pologne et en Allemagne et partout ailleurs) de se coordonner  et de se battre pour le projet commun d’une Europe démocratique des peuples qui aura des priorités diamétralement opposés a celles de l’Europe actuelle des banquiers, des spéculateurs et des capitalistes.
Allons donc, camarades. Mettons-nous tous ensemble au travail…

(1)            Sujet tabou pour les médias grecs qui n’en soufflent mot, la préparation de ce prétendu coup d’Etat militaire grec a du impliquer au moins les quelques membres du gouvernement Papandreou responsables du changement de la totalité de l’état-major de l’armée grecque, quelques jours avant le dénouement comique de cette affaire a Cannes. Dans tout ça pourtant une question reste manifestement sans réponse : depuis quand les instigateurs de tels actes impliquant les forces armées d’un pays ne font-ils pas l’objet de très lourdes sanctions pénales ?...
(2)            La préparation au forcing des esprits en vue du gouvernement d’union nationale a donné lieu a un bourrage de crâne sans précédent de la part de toutes les chaînes de TV grecques. Pendant les trois jours précédant la formation du nouveau gouvernement, la même vingtaine des professeurs, journalistes, politiciens, banquiers et autres « experts » de tout ordre allaient d’un studio a l’autre tant pour briser les dernières résistances provenant des irréductibles de deux grands partis que pour assener leur vérité néolibérale aux malheureux téléspectateurs grecs.


 Ci-gît la Grèce, berceau et tombeau de la démocratie. Qu'elle repose en paix  pour la gloire des marchés financiers

vendredi 4 novembre 2011

Non à un allègement de 50% de la dette grecque, non à une nouvelle occupation ! Suspension de paiements et audit de la dette !

par Initiative grecque pour une Commission internationale d’audit sur la dette publique/Greek Initiative for an International Auditing Commission of the public debt/ Πρωτοβουλία για τη Συγκρότηση Επιτροπής Λογιστικού Ελέγχου του Ελληνικού Δημόσιου Χρέους, 29/10/2011. Traduit par Virginie de Romanet,  CADTM



Aux premières heures du 27 octobre, les dirigeants de la zone Euro ont pris une décision renforçant le nœud de la dette envers le peuple grec. L’allègement proposé de la dette publique détenue par le secteur privé ne résoudra pas le problème de la dette grecque mais au contraire donne lieu à de nouveaux fardeaux. Il y a cela de nombreuses raisons :
1. L’allègement sera accompagné de nouveaux prêts d’une valeur de 130 milliards d’euros ce qui fera que celui-ci sera inférieur à ce qui a été promis.
2. L’allègement de dette est réduit et inégalement distribué : les prêts de "sauvetage" de la Troika (65 milliards d’euros) et les bons détenus par la BCE n’en font pas partie.
3. Les fonds de pension seront affectés à hauteur de 11,5 milliards d’euros, ce qui signifie que la restructuration de dette entraînera une réduction des pensions et des allocations sociales.
4. Les nouveaux bons, couverts par une garantie qui remplaceront les anciens ne relèveront pas du droit grec, avantageant ainsi les créanciers.
5. L’allègement sera accompagné de nouvelles mesures d’austérité, de réduction de salaires et licenciements massifs de travailleurs du secteur public, appauvrissant encore davantage le peuple grec.
6. L’Allemagne et l’Union Européenne essentiellement exigent comme garantie que la Grèce réduise sa souveraineté nationale et impose en pratique une nouvelle Occupation avec la nomination dans chaque ministère et département important d’un responsable étranger comme au temps de l’Occupation nazie.
7. L’accord en lui même est loin d’être complet, celui passé avec les banques ne bénéficie en effet pas d’une garantie similaire à celle de l’accord du 21 juillet que les gouvernements ont présenté comme un grand succès.
8. Les résultats envisagés sont hautement contestables car contrairement aux dires du gouvernement et aux proclamations de l’Union européenne, la réduction de dette à 120% du PIB à l’horizon 2020 ne lui enlèvera pas son caractère insoutenable. En effet, si ce niveau était soutenable pourquoi l’Italie dont c’est le ratio actuel est-elle appelée à réduire sa dette ? De même, pourquoi la Grèce avec un niveau beaucoup plus bas en 2009 a-t-elle été obligée d’accepter le plan de sauvetage ?
Pour toutes les raisons ci-dessus mentionnées, la décision des dirigeants de la zone Euro est inacceptable et la lutte du peuple grec doit conduire à la refuser. L’allègement sélectif qui laisse de côté les prêts illégaux de la troïka pendant qu’il conduit les fonds de pension à la catastrophe montre la nécessité de la cessation de paiements aux créanciers et d’un audit démocratique mené par les travailleurs. Cet audit fera la lumière sur la partie de la dette illégale, illégitime et non conforme à la constitution. L’annulation de la dette est basée sur la souveraineté du peuple grec qui obligera les créanciers à accepter ses conditions.

Vendredi 28 octobre, le peuple grec a commémoré sa résistance de 1940 contre les puissances de l’Axe. Les actions majestueuses et déterminées du peuple qui ont marqué cet anniversaire montrent la voie pour nous débarrasser des chaînes imposées par les créanciers et mettre fin à la Nouvelle occupation qu’ils tentent actuellement. La conférence de la campagne d’audit prévue pour un futur proche a pour objectif d’être une nouvelle étape pour l’annulation de la dette illégale, illégitime et inconstitutionnelle.

lundi 31 octobre 2011

L'accord signé ne fait que prolonger l'agonie de l'euro

par Jacques Sapir - Tribune | Jeudi 27 Octobre 2011

Les dirigeants de la zone euro ont conclu un accord, vers 4 heures ce jeudi matin, pour tenter de sauver l'euro. Pourtant, selon Jacques Sapir, ce plan anticrise est le « pire accord envisageable », car il va contribuer à nous plonger encore davantage dans la récession et priver l'Europe de son indépendance. D'autant plus qu'il ne suffira pas à sauver la Grèce.

L'accord réalisé cette nuit ne fera que prolonger l'agonie de l'Euro car il ne règle aucun des problèmes structurels qui ont conduit à la crise de la dette. Mais, en plus, il compromet très sérieusement l'indépendance économique de l'Europe et son futur à moyen terme. C'est en fait le pire accord envisageable, et un échec eût été en fin de compte préférable.Nos gouvernements ont sacrifié la croissance et l'indépendance de l'Europe sur l'autel d'un fétiche désigné Euro.
Dessin : Louison 
HUIT MESURES ACTÉES
Si nous reprenons les mesures qui ont été actées nous avons :

1. Une réduction partielle de la dette mais ne touchant que celle détenue par les banques. Autrement dit c'est 100 milliards qui ont été annulés et non 180 (50% de 360 milliards). Cela ne représente que 27,8%. La réalité est très différente de ce qu'en dit la presse. Cela ramènera la dette grecque à 120% en 2012, ce qui est certes appréciable mais très insuffisant pour sortir le pays du drame dans lequel il est plongé.

2. Le FESF va se transformer en « fonds de garantie » mais sur les 440 milliards du FESF, seuls 270 milliards sont actuellement « libres ». Comme il faut garder une réserve c'est très probablement 200 milliards qui serviront à garantir à 20% les nouveaux emprunts émis par les pays en difficultés. Cela représente une capacité de 1000 milliards d'emprunts (200 / 0,2). C'est très insuffisant. Barroso avait déclaré qu'il fallait 2200 milliards et mes calculs donnaient 1750 milliards pour les besoins de la Grèce (avant restructuration) du Portugal et de l'Espagne. Cet aspect de l'accord manque totalement de crédibilité.

3. La recapitalisation des banques est estimée à 110 milliards. Mais, l'agence bancaire européenne (EBA) estimait ce matin la recapitalisation à 147 milliards (37 de plus). De plus, c'est sans compter l'impact du relèvement des réserves sur les crédits (le core Tier 1) de 7% à 9% qui devra être effectif en juin 2012. Il faudra en réalité 200 milliards au bas mot, et sans doute plus (260 milliards semblent un chiffre crédible). Tout ceci va provoquer une contraction des crédits (« credit crunch ») importante en Europe et contribuer à nous plonger en récession. Mais, en sus, ceci imposera une nouvelle contribution aux budgets des États, qui aura pour effet de faire perdre à la France son AAA !

4. L'appel aux émergents (Chine, Brésil, Russie) pour qu'ils contribuent via des fonds spéciaux (les Special Vehicles) est une idée très dangereuse car elle va enlever toute marge de manœuvre vis à vis de la Chine et secondairement du Brésil. On conçoit que ces pays aient un intérêt à un Euro fort (1,40 USD et plus) mais pas les Européens. La Russie ne bougera pas (ou alors symboliquement) comme j'ai pu le constater moi-même lors d'une mission auprès du gouvernement russe en septembre dernier.

5. L'engagement de Berlusconi à remettre de l'ordre en Italie est de pure forme compte tenu des désaccords dans son gouvernement. Sans croissance (et elle ne peut avoir lieu avec le plan d'austérité voté par le même Berlusconi) la dette italienne va continuer à croître. 

6. La demande faite à l'Espagne de « résoudre » son problème de chômage est une sinistre plaisanterie dans le contexte des plans d'austérité qui ont été exigés de ce pays.

7. L'implication du FMI est accrue, ce qui veut dire que l’œil de Washington nous surveillera un peu plus... L’Europe abdique ici son « indépendance ».

8. La BCE va cependant continuer à racheter de la dette sur le marché secondaire, mais ceci va limiter et non empêcher la spéculation.

LES PIÈTRES CONCLUSIONS QUE L'ON PEUT EN TIRER...

Au vu de tout cela on peut d'ores et déjà tirer quelques conclusions : 
- Les marchés, après une euphorie passagère (car on est passé très près de l'échec total) vont comprendre que ce plan ne résout rien. La spéculation va donc reprendre dès la semaine prochaine dès que les marchés auront pris la mesure de la distance entre ce qui est proposé dans l'accord et ce qui serait nécessaire. 
- Les pays européens se sont mis sous la houlette de l'Allemagne et la probable tutelle de la Chine. C'est une double catastrophe qui signe en définitive l'arrêt de mort de l'Euro. En fermant la porte à la seule solution qui restait encore et qui était une monétisation globale de la dette (soit directement par la BCE soit par le couple BCE-FESF), la zone Euro se condamne à terme. En recherchant un « appui » auprès de la Chine, elle s'interdit par avance toute mesure protectionniste (même Cohn-Bendit l'a remarqué....) et devient un « marché » et de moins en moins une zone de production. Ceci signe l'arrêt de mort de toute mesure visant à endiguer le flot de désindustrialisation. 
- Cet accord met fin à l'illusion que l'Euro constituait de quelque manière que ce soit une affirmation de l'indépendance de l'Europe et une protection de cette dernière.

Pour ces trois raisons, on peut considérer que cet accord est pire qu'un constat d'échec, qui eût pu déboucher sur une négociation concertée de dissolution de la zone Euro et qui aurait eu l'intérêt de faire la démonstration des inconséquences de la position allemande, mais qui aurait préservé les capacités d'indépendance des pays et de l'Europe.

Les conséquences de cet accord partiel seront très négatives. Pour un répit de quelques mois, sans doute pas plus de six mois, on condamne les pays à de nouvelles vagues d'austérité ce qui, combiné avec le « credit crunch » qui se produira au début de 2012, plongera la zone Euro dans une forte récession et peut-être une dépression. Les effets seront sensibles dès le premier trimestre de 2012, et ils obligeront le gouvernement français à sur-enchérir dans l'austérité, provoquant une montée du chômage importante. Le coût pour les Français de cet accord ne cessera de monter. 

Politiquement, on voit guère ce que Nicolas Sarkozy pourrait gagner en crédibilité d'un accord où il est passé sous les fourches caudines de l'Allemagne en attendant celles de la Chine. Ce thème sera exploité, soyons-en sûrs, par Marine Le Pen avec une redoutable efficacité. Il importe de ne pas lui laisser l'exclusivité de ce combat.
La seule solution, désormais, réside dans une sortie de l'euro, qu'elle soit négociée ou non.

Jacques Sapir, né en 1954 à Puteaux, est un économiste français. Depuis  1996 Il est directeur d'études à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales, où il dirige le Centre d'études des modes d'industrialisation (CEMI-EHESS) et a été le responsable de la formation doctorale « Recherches comparatives sur le développement » jusqu’en 2006. C'est un expert des problèmes de l'économie soviétique puis russe et des questions stratégiques, mais aussi un théoricien de l'économie qui s'est fait remarquer par des positions hétérodoxes très marquées sur plusieurs sujets et un engagement politique à la gauche de la gauche. Il a pris publiquement position pour la "démondialisation" et s'interroge aujourd'hui sur le futur de la zone Euro et l'éventuelle nécessité pour la France de devoir sortir de l'Euro. Biographie détaillée 

Bibliographie
  • Pays de l'est : vers la crise généralisée ?, Federop, Lyon, 1980
  • Travail et travailleurs en URSS, La Découverte, Paris, 1984
  • Le Système militaire soviétique, La Découverte, Paris, 1988 (Prix Castex en 1989). Cet ouvrage a été publié en anglais en 1991
  • L'Économie mobilisée, La Découverte, Paris, 1989
  • Les Fluctuations économiques en URSS, 1941-1985, Paris, Éditions de l'EHESS, 1989
  • Feu le système soviétique ?, La Découverte, Paris, 1992
  • Le Chaos russe, La Découverte, Paris, 1996
  • La Mandchourie oubliée : grandeur et démesure de l'art de la guerre soviétique, Éditions du Rocher, 1996.
  • Le Krach russe, La Découverte, Paris, 1998
  • Les Trous noirs de la science économique : essai sur l'impossibilité de penser le temps et l'argent, Albin Michel, Paris, 2000 (Prix Turgot en 2001)
  • K Ekonomitcheskoj teorii neodnorodnyh sistem - opyt issledovanija decentralizovannoj ekonomiki (Théorie économique des systèmes hétérogènes: essai sur l'étude des économies décentralisées), Éditions du Haut Collège d'économie, Moscou, 2001 (ouvrage original, non traduit en français)
  • Les Économistes contre la démocratie, Albin Michel, Paris, 2002
  • Quelle économie pour le XXIe siècle ?, Odile Jacob, Paris, 2005
  • La Fin de l'eurolibéralisme, Le Seuil, 2006
  • Le nouveau XXIe siècle, du siècle américain au retour des nations, Le Seuil, 2008
  • « The social roots of the financial crisis : implications for Europe » in C. Degryze, (ed) Social Developments in the European Union : 2008, ETUI, Bruxelles, 2009
  • Ch. 8, « Le vrai sens du terme. Le libre-échange ou la mise en concurrence entre les Nations » et Ch.9, « La mise en concurrence financière des territoires. La finance mondiale et les États » in D. Colle, (ed.), D’un protectionnisme l’autre – La fin de la mondialisation , Presses Universitaires de France, 2009
  • 1940 - Et si la France avait continué la guerre..., Tallandier, 2010. Co-écrit avec Franck Stora et Loïc Mahé.
  • « La démondialisation », Le Seuil, 2011