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samedi 15 décembre 2012

Des vies sans valeur dans une Italie indifférente

par  Annamaria Rivera, 14/12/2012. Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala
 
Dans la nuit du 8 au 9 décembre, un homme dans la soixantaine d'origine égyptienne, surnommé Jimmy, est mort de froid dans les rues de Naples. Dans la matinée du 11 décembre, à Torvajanica, sur la côte romaine, on a trouvé dans une ferme abandonnée un corps calciné : selon la police, c'était celui d'une femme immigrée originaire d'un pays d'Europe orientale qui avait coutume de s'y réfugier. Dans la soirée du 11 décembre, un détenu marocain, en attente de jugement, se pend dans sa cellule de la prison de Catanzaro. Dans la nuit du 11 au 12 décembre, du côté de Prima Porta, en grande banlieue de Rome, deux hommes d'origine équatorienne, de 62 et 65 ans, meurent asphyxiés par le monoxyde de carbone dégagé par un brasero. Dans nuit du 12 au 13 décembre 13 et 12, une femme de 45 ans de nationalité chinoise est morte à son domicile de Peretola, en grande banlieue de Florence,  tuée elle aussi par le monoxyde de carbone, dégagé  cette fois par une bombonne de gaz.

Six morts violentes de personnes immigrées en si peu de jours n'est pas un fait anodin. C'est l'indice tragique d'un état de pauvreté et de marginalisation, qui est aggravée non seulement par la discrimination, mais aussi par la récession qui frappe de manière particulièrement impitoyable les derniers parmi les derniers. Pourtant, des incidents tels que ceux que j'ai décrits sont généralement traités par les médias avec la plus grande discrétion, relégués à des brèves dépêches d'agence, souvent ignorées, même par les journaux locaux. Dans ces cas, vous ne trouverez pas, bien mise en valeur dans la titraille, la référence à la nationalité des victimes, peut-être réduite à "ethnie" : cette règle ne s'applique que lorsque des immigrés sont accusés d'un crime petit ou grand, réel ou imaginaire.

Il y a, bien sûr, des exceptions. Par exemple, nous savons quelque chose de l'histoire de Jimmy, mort de froid à Naples,  grâce au fait que, trois jours après sa mort, on a évoqué son souvenir lors d'une conférence de presse de présentation des initiatives de la municipalité en faveur des SDF. Et si nous connaissons certains détails de sa biographie, c'est avant tout grâce à Fabrizio Geremicca, qui avait écrit une notice nécrologique le 11 décembre sur Corriere del Mezzogiorno.it, en lui réservant la pietas qu'il méritait, exprimées par des mots efficaces et respectueux:

"Comment se sont passées les dernières heures de Jimmy dans la nuit de Saint-Ambroise à l'Immaculée, fouetté par la pluie et le libeccio [vent violent de secteur Sud-Ouest,NdT],incapable de se mettre à l'abri parce qu'il ne tenait plus sur ses jambes depuis longtemps, personne ne pourra jamais le dire. S'il a glissé de l'étourdissement par l'alcool dans l'inconscience ou si, au contraire, il a revécu en un instant ses 60 ans de vie: l'Égypte de son enfance, le travail comme cuisinier sur un pétrolier, un fils dont il ne se rappelait même plus le visage, la solitude, l'amour pour Ylenia, qui est retournée il y a quelques années en Ukraine."

Le travail comme cuisinier à bord des pétroliers: ce détail suffit pour deviner une biographie et l'inexorable dégringolade sociale dans le pays qui ne peut être dit "d'accueil" que par sarcasme. Nous pouvons essayer d'imaginer la perte d'un emploi, le débarquement au port de Naples, le poids de la crise, de la stigmatisation et de la discrimination, la défaite et la honte à l'idée de rentrer défait au pays, donc la glissade vers l'alcool et la rue mais aussi les sursauts vitaux : l'amour d'Ylenia, elle aussi ravagée par l'alcool, que Jimmy venait voir tous les jours à l'hôpital où elle avait été admise. Il lui apportait, raconte une bénévole à Geremicca,  parfois une orangeade, parfois un biscuit, bref ce qu'il pouvait.

Quant à la famille équatorienne,  nous pouvons imaginer sa vie à partir des quelques détails fournis par la presse : les deux hommes plus âgés, peut-être des frères, probablement des amis, le fils de l'un des deux, âgé de vingt-cinq ans, aujourd'hui hospitalisé dans un état grave, une jeune femme, peut-être sa femme, et deux petites filles, dont une de quatre ans, à ce que l'on sache ... Nous pouvons les voir entassés dans cette "maison" au rez-de-chaussée, quelques mètres carrés dans l'obscurité occupés par cinq ou six lits. Les deux plus vieux résignés au destin de déclassement social, comme disent les sociologues, habituellement réservé aux migrants et le couple, en revanche, ayant encore l'espoir d'une promotion ou au moins d'un avenir moins sombre ; et enfin les petites filles inconscientes, comme tous les enfants, et heureuses du peu que chaque jour offre.

En l'absence d'information, nous ne pouvons rien supposer, par contre, sur la femme chinoise morte asphyxiée à son domicile et de celle d'Europe de l'Est, carbonisée dans une tentative de rendre moins mordant le froid d'une nuit polaire sur la côte romaine. Et nous savons très peu de choses du "détenu marocain" qui a été une fois une personne et a rejoint les rangs de ceux qui se sont ôté la vie dans les prisons italiennes surpeuplées et cruelles : 59 depuis le début de 2012, selon
“Ristretti Orizzonti” ("Horizons restreints"). Sur lui, on ne peut qu'imaginer le harcèlement subi en prison, la désolation et le désespoir, peut-être même la panique claustrophobe devenue souffrance quotidienne, encore plus pénible pour quelqu'un qui était parti hardiment en mer à la recherche d'un espace existentiel plus large que celui du village de la province de Settat ou peut-être de Beni Mellal, qui sait, où il était né.

Nous ne pouvons qu'imaginer. Nous ne pouvons pas savoir, parce que les vies des migrants sont les plus insignifiantes parmi les vies des sans nom, de sorte que leurs morts sont légères comme une plume. La diversité des personnes d'origine immigrée, on le sait, est généralement enfermée dans la catégorie stigmatisante des "extra-communautaires" (même si elles proviennent d'un pays de l'UE) ou - le cas échéant, et c'est souvent le cas – de "clandestins". Ainsi, pour en rester au jeu médiatique : en quelques jours six personnes de la catégorie des "extra-communautaires" sont mortes d'une mort violente ; comment l'information aurait-elle réagi si dans ce court laps de temps, six personnes tout autant inconnues du grand public, mais appartenant à la catégorie des entrepreneurs ou des hauts dirigeants étaient mortes de mort violente ?
 

mercredi 21 décembre 2011

Pogroms et massacres racistes en Italie : une sombre actualité lourde de menaces

par Annamaria Rivera, 15/12/2011. Traduit par  Fausto Giudice, Tlaxcala
En quelques jours, le ventre raciste de l'Italie a enfanté un pogrom raciste contre une communauté rom et un carnage de citoyens sénégalais accompli sur le mode du Ku Klux Klan.

Le premier événement s'est produit dans un quartier populaire par excellence, Le Vallette de Turin, le second entre la banlieue et le centre de Florence, une ville réputée tolérante, démocratique, civilisée par excellence. Les victimes du pogrom turinois ont été les boucs émissaires de toujours, ceux qui – à en croire les sondages et enquêtes – occupent le premier rang dans l'échelle de l'antipathie, du mépris et de la xénophobie.
En revanche, le massacre de Florence a frappé ceux qui, parmi les migrants, sont les plus «intégrés», acceptés, sinon aimés.
Dans les deux cas, l'information s'est comportée en fonction de cette compulsion de répétition, qui est l'une des caractéristiques du cercle vicieux du racisme italien. De fait, même un quotidien progressiste comme La Repubblica semblait dans un premier temps donner crédit à la fausse accusation de viol contre les Roms, concoctée par une jeune «pécheresse» au cerveau bourré de stéréotypes racistes (“ils puaient”, “il y en avait un qui avait une grosse cicatrice sur le visage” ...). Et ce n’est pas là l’exemple le plus scandaleux. La Stampa a fait bien pire. En fait, l’article de faits divers du 10 décembre,  signé par Massimiliano Peggio (le jeu de mots est involontaire – peggio signifie pire, NdT -), était titré : “Elle met en fuite deux Roms qui ont violé sa sœur. La victime avait seize ans: chasse aux agresseurs”.
Même face à une  violence meurtrière aussi ouvertement raciste que celle de Florence, un autre journal, La Nazione, n’a pas su résister à la tentation de parler de “règlement de comptes”.

Florence, 17 décembre 2011: manifestation contre le massacre

La presse grand public ne s’était pas comportée autrement après le massacre par la Camorra de six travailleurs sub-sahariens, commis en 2008 à Castelvolturno : les premiers articles de faits divers avaient tenté de suggérer la thèse d'un affrontement entre clans [sous-entendu mafieux, NdT] de différentes nationalités. En ce mois de septembre 2008, seule une minorité d'Italiens – les habituels antiracistes: intellectuels, militants, médias de niche – s’était alarmée pour l'escalade de violence raciste qui en quatre jours avait fait sept victimes, d'un bout à  l’autre de la péninsule: en plus du massacre de Castelvolturno, Abdul Guiebre, un Italien de dix-neuf ans de parents burkinabés, avait été assassiné à Milan.

Aujourd'hui, l'histoire se répète: les pogroms contre les Roms - au sens propre du terme, même si pour l'instant ils n’ont pas provoqué de morts – se produisent sur le même mode dans le Sud comme dans le le Nord de l'Italie, souvent dans des quartiers autrefois 'rouges' et ouvriers, souvent inspirés aussi par des intérêts économiques assez concrets. Aux Vallette la mèche symbolique qui a déclenché le feu réel du campement rom a été une accusation tirée du manuel du bon raciste antigitan.
La légende qui dans un autre quartier populaire, Ponticelli, à Naples, également en 2008, a servi de détonateur à une attaque raciste obligeant tous les Roms de la zone à fuir, était encore plus classique : la fille d'un camorriste avait accusé une Rom  de seize ans d’avoir tenté d’enlever son bébé. La pauvre fille fut condamnée plus tard à une peine sévère par des juges qui avaient peut-être aussi été élevés par des parents qui les menaçaient : «Ne fais pas le vilain, sinon les Gitans vont t’enlever !». Dans les deux cas le pogrom se déroule selon un scénario typique où le protagoniste est une foule en colère comprenant des petites familles, femmes et enfants inclus, selon ce que rapportent les médias.
Le massacre de Florence est plus ”anormal“, du moins dans le contexte italien. Et il menace de marquer un tournant dans les deux décennies jalonnées de crimes racistes qui commencent en 1989 avec l'assassinat de Jerry A. Masslo. Et pas seulement parce qu’il a été commis par un tueur, Gianluca Casseri, ouvertement raciste, nazi, négationniste, adhérent ou de toute façon fréquentateur habituel de la Casa Pound*, les «fascistes du troisième millénaire», trop souvent protégés et légitimés par la  droite «respectable», et dans certains même banalisés par les milieux de gauche. Ce qui rend ce massacre encore plus alarmant, c'est qu’il a été commis non pas dans un environnement marginal, dégradé, caractérisé par des conflits de voisinage, mais au cœur de Florence, avec froideur et détermination, sans aucune personnalisation des cibles, choisies simplement parce que “nègres” et donc bons à abattre comme du gibier.
Par ailleurs, entre l’ embuscade meurtrière de Place Dalmazia et la nouvelle tentative de massacre à San Lorenzo passent plus de deux heures: c'est seulement après que “les enquêteurs se lancent à la poursuite du meurtrier”, pour parler comme les journaux. Quelque chose de semblable est arrivé aux Vallette: la police est arrivée seulement après la fin du défilé et du pogrom. En aurait-il été de même si un "extracommunautaire", comme ils disent, s’était lancé dans une chasse aux blancs, armé d'un magnum 357? Ou si des "Tziganes" s’étaient mis en marche pour mettre le feu à un quartier aisé de Turin?
Gianluca Casseri et ses petits camarades de Casa Pound

Aujourd'hui, on essaie de faire passer Casseri pour un fou isolé, alors qu'en fait, il était un collaborateur régulier d'innombrables sites web et journaux en ligne, en compagnie de gros bonnets de la «pensée» d'extrême-droite. Parmi ces derniers, Gianfranco De Turris, connu pas tant comme un «spécialiste» de l'œuvre de Julius Evola, que comme rédacteur en chef culturel du journal radio de la  RAI. Il n’y a pas d’ entreprise ‘culturelle’ du tueur suicide (ou suicidé ?) qui ne voient les deux hommes associés.  Casseri et de Turris sont côte à côte dans le Centre d’études La Rune (qui a désormais, montrant peu de respect pour le défunt, effacé ses articles). L'échange de deux Tous deux échangent les rôles de conférencier et de modérateur dans de nombreux colloques et rencontres (voir, avant qu’ils la suppriment la page http://ko-kr.facebook.com/note.php?note_id=335652373875). Et l'un, de Turris, a écrit les préfaces ou présentations des œuvres de l'autre.


Gianfranco de Turris

Un fou isolé ? Qu’on nous explique alors comment il se fait qu’ un journaliste de la RAI ait fréquenté un tel fou, et que la RAI explique aux citoyens italiens pourquoi elle a (ou a eu pendant de nombreuses années) comme rédacteur en chef quelqu’un qui, en plus de commenter et de diffuser des merdes néo-nazies, avait des fréquentations aussi dangereuses. Casseri était entre autres un collaborateur actif du site Stormfront, avatar du Ku Klux Klan. La référence au style cagoulard du carnage florentin n’est donc nullement métaphorique.

Pour conclure : depuis de nombreuses années la soussignée tente de mettre en garde contre la soudure dangereuse qui s’est opérée en Italie entre racisme institutionnel et populaire, grâce à l’œuvre «pédagogique» menée par la Ligue du Nord ainsi que par des dirigeants et administrateurs de toute tendance, avec la complicité active d’une bonne partie des médias et la connivence, explicite ou implicite, d'une certaine élite. Aujourd'hui, il est évident que le cumul de paquets de sécurité, de lois et règlements visant à discriminer, inférioriser, harceler les immigrants et les Roms a également atteint son deuxième objectif: allumer les torches de foules furieuses et armer le bras de tueurs racistes. Avec l'avancée de la crise, du chômage et de la paupérisation des masses, de la désintégration sociale et du ressentiment collectif qui devient racisme, nous en verrons de plus en plus. A moins que le conflit social ne s’engage dans le bon chemin de la lutte contre les puissances financières et économiques responsables d'une telle catastrophe, et contre leurs cliques d’affairistes incrustées dans les institutions.

*CasaPound est un squat situé à Rome dans le quartier de l'Esquilino. Il est d'idéologie nationaliste-révolutionnaire et fasciste et tire son nom de l'écrivain Ezra Pound. Selon Gianluca Iannone, musicien du groupe Zetazeroalfa et animateur de la CasaPound, le mouvement compterait environ 2000 membres encartés et quelques dizaines de milliers de sympathisants. Il y a un deuxième squat nationaliste à Rome, Casa Montag.(NdT)
 

lundi 23 août 2010

Nicola and Bart

Le 23 Août 1927, Nicola Sacco, Bartolomeo Vanzetti et Celestino Madeiros étaient exécutés sur la chaise électrique dans le Massachussets. Nous ne les oublions pas !
Si vous ne connaissez pas leur histoire, lisez ici

Dessin de notre camarade Juan Kalvellido


Détail de la mosaïque de Ben Shahn (1898–1969) consacrée à Sacco et Vanzetti, Université de Syracuse, USA

La Passion de Sacco et Vanzetti, par Ben Shahn



mardi 12 janvier 2010

Racisme en Italie : Mais que fait l’Europe ?

Par Gilles Devers, 11 /1/ 2010

L'Espagne inaugure la première présidence tournante de l'UE post-Lisbonne.
Des immigrés se font tirer de dessus, le gouvernement italien s’en contrefiche, et que font les dirigeants européens ? Ils se la ferment ! Quelle bande de nazes ! C’est pas possible cette histoire.
Que s’est-il passé à Rosarno, petite ville de Calabre ? On ne sait pas exactement, mais on a tout compris. Le racisme le plus abject et le plus violent, en toute tranquillité. Dans une région dominée par la mafia, on a tiré sur des hommes, parce qu’ils sont africains, et qu’on ne veut pas les payer pour le travail qu’ils ont fait. Et pendant ce temps, les Européens enfilent des perles.
Kamal, un Marocain résume au journal La Repubblica : « Ces types nous tiraient dessus comme s'ils étaient à la fête foraine, et ils riaient. Je hurlais, d'autres voitures sont passées mais personne ne s'est arrêté, personne n'a appelé la police ».

Là-bas, c’est la plaine de Gioa Tauro, l’un des paradis des mandarines et des oranges. On y compte 1200 entreprises agricoles, et chaque année, quelques milliers de travailleurs immigrés y débarquent, essentiellement d’Afrique, pour la récolte qui s’étale entre décembre et mars. Ces travailleurs vivent dans la misère la plus absolue, hébergés dans des usines désaffectées ou d’anciens silos, sans eau, ni électricité, ni sanitaires. Le salaire ? 25 euros pour des journées de dix à quatorze heures, et la mafia du coin, la ’Ndrangheta, qui contrôle le marché des agrumes, envoie ses sbires pour piquer 5 euros au passage.
Ca dure depuis des années, et ça nous permet de trouver les belles mandarines sur les marchés pour Noël. De ce que je lis, tout ceci est parfaitement connu : sur 20 000 ouvriers agricoles saisonniers employés en 2008, seuls 6 400 étaient légalement autorisés.
Cette année, c’était trop. Trop dur, trop misérable, trop de retard dans les salaires. Les boss locaux ont joué la provoc’ à fond, pour amener un début de protestation, et les marlous de la mafia ont lâchés leurs bandes de racistes.
Aujourd'hui, ces travailleurs s’enfuient comme ils peuvent, cherchant à sauver leur peau. D’autres sont évacués comme des réfugiés, et d’autres doivent rester, car ils n’ont rien et n’ont pas été payés. Laura Boldrini, porte-parole du Haut commissariat pour les réfugiés en Italie, explique : « Ils ont peur. A Rosarno, ils ne se sentent plus en sécurité mais ils sont nombreux à ne pas avoir reçu leur paie. Or, cet argent, ils en ont un besoin désespéré. »
Roberto Maroni, le ministre de l’Intérieur, issu du parti extrémiste La Ligue du Nord, ne fera rien, se complaisant à constater « le signe d’une trop grande tolérance envers les clandestins ». Le gouvernement d’une économie pourrie par la mafia, et qui voit ses travailleurs immigrés lynchés, a d’autres préoccupations. Il faut vraiment que la Gauche italienne soit indécrottable pour le Berlusconi Circus reste aux affaires. Donc, rien de viendra des autorités italiennes.
Alors, il faut très clairement se tourner vers les dirigeants européens pour leur poser cette question simple : Vous attendez quoi pour vous secouer la couenne ?
Ce sont les droits de l’homme qui sont en jeu, fondamentalement. Il est impossible d’accepter que des actes de cette gravité, criminelle, restent sans suite, à part l’enquête bidon que fera semblant de conduire Maroni. Les Européens doivent exiger une enquête approfondie, et sur tous les aspects de cette affaire. Ils doivent envoyer dès demain leurs agents sur place pour voir comment vivent ces travailleurs, vérifier quel est leur état de santé, obtenir le juste paiement de leur travail, et enquêter sur le rôle de la police.
L’Europe a maintenant trois présidents : notre ami Van Rompuy, fraîchement installé qui a là une magnifique occasion pour imposer son autorité, Zapatero du fait de la présidence espagnole et Barroso, pour la commission. Alors, c'est très simple : on les colle tous les trois dans un avion et ils sont demain à Rosarno.
Je sais bien qu’ils ne feront rien. Eh bien, ils souscrivent à l’injustice, ils tolèrent le crime, et ils ridiculisent l’Europe à la face du monde.
Le seul qu’on ait entendu, c’est le Pape. Oh, le Pape, t’es mon pote...

jeudi 2 avril 2009

Le Guantánamo de Calais

Discussions entre ministres français et britanniques sur l’ouverture d’un centre de rétention pour immigrants clandestins dans le port de Calais
par John Lichfield et Ben Russell,
The Independent, 21/3/2009. Traduit par Courrier international, révisé par Isabelle Rousselot, Tlaxcala

Ce projet d'implanter dans le port français un centre de « détention », comme disent les Anglais, ou de « rétention », comme disent les Français, sous juridiction britannique soulève bien des questions. Londres et Paris espèrent ainsi s'affranchir des lois et traités internationaux et expulser plus facilement les demandeurs d'asile.


Londres et Paris ont engagé des discussions sur la création d'un nouveau centre de rétention pour immigrés clandestins sur les docks de Calais. Un centre qui serait un bout de territoire britannique pour tout ce qui concerne les lois sur l'immigration et permettrait de renvoyer facilement chez eux les déboutés du droit d'asile. Même si les deux gouvernements ne se sont pas encore entendus sur tous les termes de l'accord, ils comptent exploiter l'ambiguïté du statut légal de la "zone de contrôle" britannique créée en 2003 sur le port de Calais [les officiers d'immigration britanniques peuvent y effectuer des contrôles d'identité et y "pratiquer des recherches au moyen de matériels électroniques ou d'équipes cynophiles"], pour surmonter les difficultés juridiques qui empêchent actuellement l'expulsion des demandeurs d'asile vers leur pays d'origine.


L'idée – dont ont débattu les ministres de l'Immigration britannique et français en février – est de battre à leur propre jeu les demandeurs d'asile et les passeurs qui les amènent dans le nord de la France. A l'heure actuelle, les immigrants rassemblés à Calais, pour la plupart originaires d'Afghanistan, du Kurdistan et de la corne de l'Afrique, profitent des contradictions et des zones d'ombre dans les législations européenne et internationale sur l'immigration et l'asile pour éviter d'être expulsés de l'Hexagone. Peu importe qu'ils se fassent prendre à de multiples reprises ; à chaque fois, ils sont libérés et tentent de nouveau d‘entrer illégalement au Royaume-Uni.

Le centre de rétention pourrait permettre à Londres et Paris d'exploiter l'ambiguïté du statut légal de la « zone de contrôle » à Calais et de renvoyer les migrants chez eux. Si le projet se concrétise, il ne manquera pas d'attirer l'attention des organisations de défense des droits de l'homme et des libertés civiques. Celles-ci pourraient établir un parallèle entre la création de ce centre doté d'un statut extraterritorial en territoire français et la prison de Guantanamo [sise en territoire cubain, sous juridiction usaméricaine, mais dont l'"exterritorialité" lui a permis d'éviter pendant des années d'appliquer la justice ordinaire des USA]. Même si les demandeurs d'asile ne devraient y séjourner que pour une courte période et y recevraient un traitement humain, ils se retrouveraient dans un vide juridique.


La presse britannique a tourné en ridicule les commentaires du ministre, après qu'il eut essuyé le soir même une rebuffade de son homologue français Eric Besson. En réalité, Besson n'a pas démenti les propos de Woolas. Il a simplement expliqué que la France n'avait pas l'intention de construire un nouveau Sangatte – ce qui n'est pas la même chose. Le gouvernement français est furieux et embarrassé, parce que l'expression "centre de détention" a une sinistre connotation historique à l'oreille des Français. Paris préfère parler de "centre de rétention". Les termes les plus importants employés par Woolas sont passés inaperçus au milieu des railleries dont il a fait l'objet. Le nouveau centre – de détention ou de rétention – serait construit au-delà de la ligne délimitant les services d'immigration britanniques sur les quais de Calais.

Contrôle britannique et cellules de détention françaises dans le port de Calais

Changer la règle du jeu

La UK Border Agency, l'agence des frontières britannique, a également fait allusion au projet. "Nous sommes décidés à travailler avec les Français pour faire en sorte que nos frontières soient parmi les plus difficiles à franchir dans le monde, et nous envisageons toutes les possibilités", a déclaré l'agence. "Le ministre de l'Immigration a rencontré le mois dernier son homologue français pour réfléchir aux différentes options, et des discussions sont en cours sur les infrastructures à bâtir dans le port de Calais."

En 2003, la France et le Royaume-Uni ont conclu un traité sur des "contrôles frontaliers juxtaposés", dans le cadre d'un accord permettant la fermeture du camp de Sangatte. La police des frontières française opère, armée, à Douvres dans une "zone de contrôle" qui reste partie intégrante du Royaume-Uni mais qui est pour certains aspects sous juridiction française. Les agents de l'immigration britannique, eux, ont la haute main sur une "zone de contrôle" similaire sur les quais de Calais, où s'appliquent certains aspects de la loi britannique mais sur laquelle la France continue d'exercer sa souveraineté.

En fait, une fois franchie la zone de contrôle, on se trouve légalement au Royaume-Uni bien qu'étant en France. Les négociations portent donc sur le statut binational ambigu de cette zone "britannique" à Calais, première "incursion" britannique dans cette ville depuis près de cinq cents ans. [Calais a été repris à l'Angleterre en 1558.]

A l'heure actuelle, les tribunaux français refusent de renvoyer les clandestins dans leurs pays, où ils risquent la persécution. Ceux qui cherchent à entrer au Royaume-Uni ne veulent surtout pas demander l'asile en France. Car, en cas de refus de l'administration – et en vertu des traités internationaux et européens –, ils n'auraient plus le droit de déposer une demande au Royaume-Uni. Or ces candidats à l'immigration restent convaincus que ce dernier leur offre de bien meilleures perspectives que la France.

Généralement, les candidats à l'immigration arrivent sur les docks de Calais et se font arrêter avant ou après avoir pu se cacher dans un camion. Relâchés par les autorités françaises au bout de quelques jours, ils reviennent à Calais et tentent leur chance une nouvelle fois.

Au plus fort de la « crise » de Sangatte, il y avait 2000 migrants à Calais. Après la fermeture du camp en 2002, leur nombre a chuté mais il a à nouveau remonté entre 700 à 1000. L'amélioration des défenses du port a fait que moins de migrants atteignent la Grande-Bretagne. Ce qui a fait grossir le nombre et la frustration des migrants à Calais. Le nombre de bagarres entre groupes de migrants a augmenté, y compris des attaques contre les conducteurs de camions.
Les autorités françaises connaissent un accroissement de la pression populaire, notamment avec la sortie du film Welcome, pour donner une aide humanitaire aux migrants qui vivent à la dure dans la « jungle » - le maquis près du port de Calais.

Le plan franco-britannique permettra, espère-t-on officiellement, de changer la règle du jeu. Reste à savoir dans quelle mesure. Les illégaux pourraient être renvoyés dans leur pays sans relever de la loi française ou britannique – mais une telle éventualité sera contestée par les défenseurs des droits de l'homme.

Par ailleurs, un centre de rétention dans les docks permettrait aux autorités de faire pression sur les immigrants pour qu'ils demandent l'asile en France, faute de quoi on les renverrait directement d'où ils viennent.
Londres et Paris espèrent avoir suffisamment avancé sur ce dossier pour faire une déclaration commune quand le président Sarkozy et le Premier ministre Brown se rencontreront, en mai.
Chris Huhne, le porte-parole libéral-démocrate aux Affaires intérieures, a indiqué la nuit dernière que le gouvernement avait raison de chercher de nouveaux moyens de boucler la Manche mais a également averti : « Nous devons savoir sous quelle juridiction – française ou britannique – ils sont détenus et quels sont leurs droits de représentation. »

Actuellement en salles – Pour connaître les salles et horaires près de chez vous


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Le camp d’Angres, dans le Pas-de-Calais. Photos association Terre d’Errance, janvier 2009

samedi 20 décembre 2008

Chroniques de la vie quotidienne dans la France sarkozyenne (Vol.II, N°6) - Mayotte, en France

L’île de Mayotte, dans l’Archipel des Comores, a été illégalement arrachée par la France à la République des Comores après l’accession à l’indépendance de ce territoire d’outre-mer en 1974. Cette annexion se poursuit depuis 34 ans, malgré les résolutions de l’OUA, de l’Union africaine et de l’ONU. Un des aspects les plus tragiques de cette situation est celle des Comoriens des autres îles de l’archipel qui émigrent au risque de leur vie à Mayotte, où ils sont considérés comme étrangers. Ces « sans-papiers », « clandestins », constituent aujourd’hui au moins un tiers de la population de l’île. 16 000 d’entre eux sont expulsés chaque année. La suite ci-dessous.- Basta !

Source : Libération, 18/12/2008
Centre de rétention de Mayotte: la vidéo qui accuse
DOCUMENT VIDEO
«Libération» s'est procuré un document vidéo qui dévoile les conditions inhumaines de rétention des clandestins sur ce territoire français. Retrouvez en kiosque nos témoignages, enquête et reportage sur place.


Centre de rétention de Mayotte: la vidéo qui accuse
envoyé par liberation


Mayotte : le centre de rétention, une zone de non-droit
MAYOTTE, correspondance RÉMI CARAYOL

Des dizaines d’hommes entassés dans une pièce dont la grille est fermée à double tour. Et qui crient, refusant d’être ainsi filmés - certains sont torse nu. A quelques mètres, tout près des poubelles où se trouvent les restes du repas, des femmes et des enfants sont couchés sur des matelas de fortune. Des gamins crient, d’autres pleurent. Certains dorment. Derrière les toilettes, un jeune homme qui a fui la promiscuité s’est assoupi à même le sol.
Les images du film que Libération s’est procuré, tourné en octobre par un agent de la Police aux frontières (PAF) de Mayotte au sein du centre de rétention administrative (CRA) de Pamandzi, sont édifiantes. Ce jour-là, il y avait 202 retenus dans le CRA, qui n’est habilité à n’en recevoir que 60…
«Inadmissibles». «Ce film montre ce que nous vivons au quotidien», indique un agent de la PAF qui, après avoir vu les images, a accepté de nous répondre de manière anonyme. Selon lui, «il est très fréquent que le nombre de retenus dépasse les 150, voire les 200». «Le record cette année est de 240», assure-t-il. Quant aux conditions d’accueil, «elles sont inadmissibles. […] Il n’y a que 60 matelas - et encore depuis peu. Les douches sont visibles depuis la salle des hommes. Il n’y a pas de toilettes réservées aux femmes et aux enfants.»
Un autre agent de la PAF de Mayotte va plus loin. «Les conditions de rétention des sans-papiers sont indignes, dit-il. Les gens sont traités comme des animaux. Et nous, on a la pression de la hiérarchie pour faire notre boulot sans rien dire. L’objectif, c’est de répondre aux attentes du ministère.» Si cet agent a accepté de nous parler, c’est d’abord parce qu’il n’a «pas fait ce boulot pour traiter ainsi les gens. Ce que je vois à Mayotte, je ne l’ai vu nulle part ailleurs». C’est aussi «parce que s’il y a un accident un jour, c’est nous, les lampistes, qui payerons, alors que la hiérarchie est parfaitement au courant de ce qui se passe ici. Par exemple, on est obligé de fermer à clé la salle des hommes pour éviter qu’ils s’échappent par le toit. Nous ne sommes que 5 agents, nous ne pouvons donc tous les surveiller. Mais s’il y a un incendie, ils seront bloqués… Nous sommes dans l’illégalité !»
Le CRA de Mayotte détient le record national de reconduites à la frontière avec 16 000 refoulés en 2007 - un sommet qui devrait être égalé en 2008. Des chiffres faramineux s’expliquant par la proximité historique, géographique et culturelle des Mahorais avec les Comores, d’où viennent la majorité des immigrés (lire page suivante).
Malgré les travaux en cours afin d’améliorer les conditions d’accueil - une pièce pour la restauration, des toilettes pour femmes et un coin enfants sont prévus, Flore Adrien, présidente du groupe local de la Cimade, dénonce elle aussi ces conditions d’accueil «indécentes». Surtout, affirme-t-elle, «le droit des personnes n’est pas respecté : des mineurs isolés sont expulsés, des Français qui n’ont pas le temps de montrer leurs papiers ou des Comoriens présents depuis vingt ans sur le territoire aussi…»
En décembre 2006, le syndicat Unsa police Mayotte avait déjà dénoncé «la surpopulation et le "toujours plus" [engendrant] des tensions que le personnel du CRA ne peut plus supporter». «Allons-nous attendre un incident grave pour agir ?» interrogeait le syndicat dans un tract, qui rappelait que «pour satisfaire aux lois de la République, nous respectons les textes en vigueur, mais il faut aussi que l’administration respecte les règles qu’elle a elle-même édictées».
Avertissements. Le 15 avril, la Commission nationale de déontologie de la sécurité (CNDS) avait jugé ce CRA «indigne de la République». «Les conditions de vie […] portent gravement atteinte à la dignité des mineurs retenus», notait également la commission. «Malgré ces avertissements, la direction n’a rien changé», déplore l’un de nos informateurs. «Certes il y a des travaux pour améliorer l’accueil, mais la logique de traiter ces personnes comme des chiffres reste la même. Et les moyens ne suivent pas.»
Yvon Carratero, le directeur de la Police aux frontières cité dans un rapport de la commission des lois du Sénat publié début décembre, affirme que le CRA, «qui accueillait naguère 200 personnes», en accueille désormais «50 à 80, grâce à une meilleure organisation des modalités d’éloignement». Le film, tourné après la rencontre du fonctionnaire avec les sénateurs, prouve le contraire. «Rien n’a changé», certifie l’un de nos deux informateurs.

Un scoop multimédia
Tout a commencé avec l’un de nos photographes mis en garde à vue à Mayotte, dans le cadre d’un reportage sur les clandestins sur ce territoire français. Une péripétie qui, quelques contacts plus tard, lui permettra de se procurer une vidéo choc. Après une collaboration avec un journaliste local, ils se présentent mardi à Libération. Un court visionnage et l’évidence s’impose : le document, filmé dans un centre de rétention, est matière à événement pour Libération. Plus encore, il doit également donner lieu à une diffusion exclusive sur le site du journal. Très vite, tout le monde s’est donc mis au travail. Du côté du journal papier, il faut à la fois vérifier les sources et l’origine de la vidéo, s’assurer que plusieurs agents de la PAF (la police de l’air et des frontières) sur place, même sous couvert de l’anonymat, sont prêts à témoigner des conditions de vie dans le centre de rétention. Préparer un reportage plus large aussi sur la situation dramatique des populations de migrants à Mayotte. Il faut encore sélectionner les images du film que nous pouvons reproduire dans le quotidien, tout en renvoyant le lecteur vers liberation.fr et le film original. Sur le site, dès hier soir, un bref extrait de la vidéo a été montré, afin de mobiliser au maximum la communauté des internautes sur la situation indigne des étrangers sans papiers à Mayotte. Ce matin, le document y est diffusé de façon intégrale.


Des expulsions sans témoins
ANALYSE
La Cimade n’a pas pu obtenir de bureau dans le centre de rétention de Mayotte.

CATHERINE COROLLER

Les cris d’alarme lancés aussi bien par Dominique Versini, la défenseure des enfants (lire page 3), que par des associations comme la Cimade sur les conditions de d’enfermement des étrangers au Centre de rétention administrative (CRA) de Mayotte ont-ils été entendus ? Lors de son passage dans l’île, le 16 mai, Yves Jégo avait promis la construction d’un nouveau CRA de 140 places. Hier, les services de Brice Hortefeux affirmaient que l’engagement serait tenu. Une somme de 20 millions d’euros devrait être débloquée d’ici à 2011 à cette fin. La date d’ouverture de ce nouveau centre n’est en revanche pas fixée.
Chiffres en hausse. La volonté du ministre de l’Immigration est claire: il n’entend pas relâcher la «pression très forte» mise sur les clandestins «dans les départements et collectivités d’outre-mer».«En 2006, le nombre d’éloignements y a progressé de 53 %, pour atteindre près de 24 000, se félicitait-il en novembre 2007. Sur les neuf premiers mois de l’année 2007, nous dépassons nos résultats de la même période en 2006.» A Mayotte, le chiffre des expulsions est de 16 000 chaque année, dont 2 à 3 000 mineurs.
Problème : ces reconduites à la frontière se font sans témoins. La Cimade qui dispose par convention avec l’Etat de bureaux dans les CRA métropolitains n’a jamais pu obtenir les mêmes facilités à Mayotte. «Ça fait très longtemps qu’on demande des habilitations et qu’on ne les a pas, regrette Damien Nantes, responsable à la Cimade du service défense des étrangers reconduits. Ponctuellement, des bénévoles peuvent s’y rendre en visite à la demande d’étrangers ou de leur famille pour tenter de les assister, mais c’est tout.» Et le ministère semble se satisfaire de cette situation. Mayotte ne figurait pas dans l’appel d’offre lancé en août pour ouvrir à d’autres associations que la Cimade, les missions d’information et d’assistance juridique dans les centres de rétention administrative. Appel d’offre retoqué depuis par le tribunal administratif. «Il n’y a pas de volonté ministérielle que les étrangers retenus à Mayotte bénéficient des mêmes mesures d’accompagnement qu’en métropole, et que la société civile voit un peu ce qui se passe dans ce centre», commente Damien Nantes.
Dans les clous. En métropole, la situation est évidemment différente. La vigilance des associations contraint l’Etat à rester à peu près dans les clous de la légalité. Les objectifs d’Hortefeux sont pourtant les mêmes: expulser un maximum de clandestins. L’objectif était de 26 000 reconduites pour 2008. Le ministère n’a pas fait connaître les chiffres définitifs même s’il déclarait en octobre que le nombre des expulsions pour les neuf premiers mois de 2008 dépassait celui de toute l’année 2007. La volonté d’Hortefeux de mettre une Cimade, jugée trop critique, en concurrence avec d’autres associations dans les CRA a également été vue comme une tentative de poser une chape de plomb sur ce qui se passe dans ces lieux.

Départementalisation : un référendum en mars
Un référendum aura lieu le 29 mars sur la départementalisation de Mayotte, a annoncé mardi le secrétaire d’Etat à l’Outre-Mer Yves Jégo, à l’issue d’une réunion à Paris avec Nicolas Sarkozy et des élus mahorais. Mayotte, qui a aujourd’hui le statut de collectivité territoriale, pourrait devenir si le oui l’emporte, le cinquième département d’outre-mer (avec la Guyane, la Guadeloupe, la Martinique et la Réunion) à l’issue des élections cantonales de 2011. Le président UMP du conseil général de Mayotte, Ahamed Attoumani Douchina, a souligné que la départementalisation, et les prestations sociales qui iront avec, sera «progressive et adaptée».