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jeudi 13 novembre 2008

Grèves de la faim des détenus politico-sociaux en Tunisie et au Maroc

Tunisie 10-11-2008 
Déclaration des prisonniers du Basin Minier détenus a la prison civile de Gafsa
Notre conviction est que, le mouvement de protestation du bassin minier, était essentiellement une manifestation
sociale pacifique et civique ayant pour but l'emploi et le développement juste et réel de la région.
Face à l'entêtement du pouvoir, et de sa politique de dénigrement en plus du traitement policier et judiciaire iniques
malgré toutes les démarches faites par la société civile ayant a sa tête l'UGTT
- Nous prisonniers du bassin minier entamons une grève ouverte de la faim à compter du 8 novembre 2008 pour
réclamer notre libération sans conditions
- Nous faisons appel à toutes les forces de la société civile pour nous soutenir et soutenir notre juste cause.

Maroc 13-11-2008
Collectif International de solidarité avec Sidi Ifni – Aït Baamrane

Rassemblement d’Aït Baamarane pour la Solidarité(RAS), Ifni Aït Baamrane Développement,
Association Mesti pour le Développement et la Culture (AMDC), Association Nouvelle Génération Abaynou Solidaire (ANGAS), Association de Défense des Droits de l’Homme
au Maroc (ASDHOM), Association des Marocains de France (AMF), Association des Travailleurs Maghrébins de France (ATMF).


Communiqué Paris le 13/11/2008

Les détenus politiques de Sidi Ifni mènent aujourd’hui (jeudi 13 novembre 2008) une grève de la faim
préventive de 24 heures ; depuis 8h du matin.

Ces militants (une vingtaine), sont victimes des arrestations abusives orchestrées lors de la vague de répression qui s’est abattue sur la population de Sidi Ifni depuis le 7 juin 2008.

Ces détenus protestent contre leur incarcération abusive, leurs déplorables conditions de détention et réclament leur libération.

Un autre groupe de détenus politiques de Tan Tan, au nombre de neuf (9), incarcérés à la prison Inzegane, mène conjointement avec les détenus de Sidi Ifni ce mouvement de protestation.

Les organisations fondatrices du Collectif International de solidarité avec Sidi Ifni – Aït Baamrane, apportent leur soutien à la lutte légitime de ces détenus politiques et invitent toutes les organisations des droits de l'Homme et toutes les forces vives à participer à une action de solidarité à Paris Esplanade des Droits de l’Homme Metro : Trocadéro le 23 Novembre 2008 à 15H00.

Le collectif International de solidarité avec Sidi Ifni - Aït Baàmrane, rappelle qu’il a pour mission de lutter pour :

- La libération inconditionnelle des détenus d’opinions de Sidi Ifni
-
La poursuite des responsables des exactions à l’encontre de la population et des excuses de l’Etat marocain
- Le soutien aux revendications légitimes des populations de Sidi Ifni Ait Baàmrane.

Contacts :

ATMF : national@atmf.org (tél : 01.42.55.91.82 / fax : 01.42.52.60.61)

Rassemblement d’Aït Baamarane pour la Solidarité(RAS) : contact@union-aitbaamrane.fr

ASDHOM: asdhom@asdhom.org AMF: amffederation@wanadoo.fr

dimanche 12 octobre 2008

Sidi Ifni: Deux rapports, deux versions!

· ONG et parlementaires, à chacun son enquête
· Viols, bastonnades… entre démentis et dénonciations
· Des débats houleux se profilent
Sidi Ifni, ce n’est pas fini! Une grosse actualité politique pointe son nez: la rentrée parlementaire de ce vendredi 10 octobre. Et justement, parmi les affaires pendantes de cette 2e session, le rapport de la commission d’enquête parlementaire sur les événements qui ont secoué en juin dernier la petite ville du sud. La quinzaine de membres qui la compose ont débuté leurs travaux le 18 juin dernier. «La fin de la 1re session parlementaire est fixée le 22 juillet. Malgré un prolongement de deux jours, la commission n’est pas parvenue à boucler son rapport», précise l’un de ses membres, Bouâzza Mrami (RNI). C’est ce qui explique son report à la session d’octobre. Les «travaux ont été clôturés deux jours avant Ramadan», confirme, à son tour, le parlementaire Mohammed Ibrahimi (USFP).
Lire la suite

Lire le
Rapport du Comité national des organisations de droit ayant participé à la mission d’enquête sur les événements de Sidi Ifni

mardi 7 octobre 2008

Baamrani sese !

Makhzen sors d’ici
Ifni n’est pas à toi
À tous ceux qui auraient des doutes sur le caractère massif et populaire de la révolte de Sidi Ifni, nous recommandons de regarder ce film de 28 minutes qui donne à voir ce que les télés ne vous ont pas montré, qui donne à entendre la parole des gens du peuple de Sidi Ifni, une parole forte, et juste. Merci et bravo à ATTAC Maroc pour cette réalisation.

Si la vidéo ne s'affiche pas, cliquez ici

mercredi 20 août 2008

Reprise des affrontements à Sidi Ifni/ عودة الأشتباكات بسيدي إقني

Depuis lundi 18 Août, la ville de Sidi Ifni est de nouveau en proie aux violences policières, suite à de nouvelles manifestations organisées par la population, pour demander notamment la libération des personnes arrêtées suite au samedi noir du 7 juin. La population exige d’avoir le contrôle sur les ressources naturelles, en premier lieu, le poisson. Les forces de police sont intervenues pour permettre aux nombreux camions chargés de poisson de quitter le port à destination des usines d’Agadir et du Nord.
Des affrontements ont eu lieu dans tous les quartiers de la ville et se sont poursuivis tard dans la soirée de mardi et continuent ce mercredi 20 Août.

Lire l’article d’afrik.com
Maroc : le feu couve encore à Sidi Ifni

منذ الإثنين 18 غشت أصبحت مدينة سيدي إفني من جديد فريسة القمع البوليسي ، لقد انطلقت مظاهرات جديدة منظمة من طرف الساكنة من أجل المطالبة بالإقراج عن معتقلين أحداث يوم السبت 07 يونيو و الساكنة تلح على ضرورة مراقبة الموارد الطبيعية و على رأسها الثروات البحرية . و تدخلت قوات القمع من أجل فك الحصار على مجموعة من الشاحنات المحملة بالأسماك في اتجاه معامل التصبير بأكادير و الشمال .
و تمت مواجهات في جميع أحياؤ المدينة التي استمرت إلى وقت متأخر من ليلة الثلاثاء و من المحتمل أن تستمر يوم الأربعاء 20 غشت








Reportage de la chaîne télévisée Al Arabiya sur Sidi Ifni (28 minutes), diffusé début août 2008/ مراسلة قناة العربية حول سيدي إفني ( 28 دقيقة) تم نشره في بداية غشت







mardi 22 juillet 2008

Des remous à l’OMDH après le rapport sur les émeutes d’Ifni

par Ibn Kafka, http://ibnkafkasobiterdicta.wordpress.com/, 13 juillet 2008
Ibn Kafka's Obiter Dicta - Divagations d'un juriste marocain en liberté surveillée

Je me doutais un peu que le rapport de l’OMDH sur les émeutes d’Ifni, ainsi que les déclarations tant de sa présidente, Amina Bouayach, que de la présidente de la FIDH, la militante tunisienne Souhayr Belhassen, allaient susciter des remous.
Ca n’a pas manqué: Le Journal Hebdomadaire d’aujourd’hui (vous savez, ce magazine qui a décidé en 2008 qu’il pouvait se passer d’un site web) nous apprend ainsi qu’une membre du conseil national de l’OMDH, Malika Ghabbar, a démissionné. Il cite également la réaction d’un militant des droits de l’homme d’Ifni: “c’est scandaleux de la part d’une association qui défend les droits humains d’affirmer qu’il n’y a pas eu de viols de femmes à Sidi Ifni. L’OMDH préfère parler de violences à caractère sexuel afin de diminuer l’intensité des atteintes aux droits humains qu’a connues la ville“.
Libération (tiens, un autre organe de presse marocain dans le vent:
il a un site, mais aucune archive) avait déjà évoqué ces tensions internes à l’OMDH dans son édition du mercredi 9 juillet, dans un article de Narjis Rerhaye intitulé “Vol au-dessus d’un débat sur la professionnalisation d’un engagement“:
Des commentaires incendiaires, une démission fracassante du conseil national, l’OMDH n’en finit pas de faire couler encre et salive. Son enquête sur les événements de Sidi Ifni, menée avec la FIDH, et dont les conclusions sont contenues dans un rapport final, dérange et se trouve aujourd’hui au coeur d’une polémique que beaucoup avouent avoir du mal à comprendre.
La journaliste donne ensuite la parole à Amina Bouayach, qui “s’insurge contre l’instrumentalisation de ce dossier” - on peut se demander alors pourquoi s’insurger plus contre l’instrumentalisation des événements d’Ifni que contre les actes de torture que même l’OMDH a admis, car il faut bien avouer qu’on a surtout entendu Amina Bouayach nier l’existence de morts ou de viols, atténuer la constatation de l’existence de cas de torture en affirmant que la torture n’était pas systématique, puis conclure de manière loufoque en disant qu’aucun crime contre l’humanité n’avait été commis, allégation qui n’avait, me semble-t-il, effleuré l’esprit de personne…
Bouayach poursuit:
Personne, dit-elle, ne veut entendre la vérité. “La défense des droits humains doit être fondamentalement attachée à un référentiel international. C’est grâce à un tel référentiel que nous avons pu conclure qu’il n’y a pas eu à Sidi Ifni de crimes contre l’humanité, de décès, de viols au sens juridique du terme ou de violations graves des droits de l’homme. Nous sommes prêts à en débattre point par point”.
Un passage de cette déclaration me choque énormément: “il n’y a pas eu à Sidi Ifni (…) de violations graves des droits de l’homme“. Et
ça, c’est quoi, un dommage collatéral?:

Je tiens à préciser ma pensée: dans le cas d’émeutes de très grande échelle comme celle de Sidi Ifni, où la quasi-totalité de la population a pris part à des manifestations dont certaines ont dégénéré, le rôle d’une organisation de défense des droits de l’homme est d’établir le déroulement des événements, et déterminer si des abus ont été commis, et il est évident que ces abus peuvent être dénoncés qu’ils émanent des forces de l’ordre ou des manifestants. Il faut cependant clarifier une chose: par définition, une organisation de défense des droits de l’homme aura plutôt vocation à dénoncer des violations des droits de l’homme dans le chef des autorités publiques que dans le chef de personnes privées.
Pourquoi? Tout simplement parce que l’Etat, détenant
le monopole de la violence légitime (violence est à prendre ici au sens large, synonyme de contrainte, plutôt qu’au sens littéral de la seule violence physique), dispose de ce fait d’outils de coercition incommensurablement plus puissants que ceux généralement détenus par des personnes privées: lois, armée, police, tribunaux et autres prérogatives de puissance publique.
Ceci ne signifie pas, bien évidemment, que cette focalisation sur les violations et les abus découlant de l’usage de la violence légitime par l’Etat soit exclusive de la dénonciation des violations et abus émanant de personnes ou de groupes privées: il est évidemment du ressort d’une organisation de défense des droits de l’homme de dénoncer par exemple les violences domestiques, la discrimination contre des minorités par des employeurs, propriétaires ou commercants, ou la violation des droits sociaux des salairés par leurs employeurs. Mais souvent, même dans ces derniers cas de figure, c’est l’Etat qui sera souvent mis en cause, par exemple en raison de lois insuffisamment protectrices des femmes battues ou des salariés, ou de pratiques administratives ou judiciaires lacunaires.
D’autre part, dans un Etat de droit, l’Etat est lui-même soumis aux lois qu’il édicte et fait appliquer. Eu égard au respect dû à la loi, une violation de la loi dûe à un agent public (ministre, magistrat, policier, fonctionnaire) est par principe plus grave qu’une violation similaire dûe à un particulier - comment faire respecter la loi si on (l’Etat) ne la respecte pas lui-même?
C’est dans ce contexte que la réaction de l’OMDH est surprenante, et finalement assez peu conforme aux pratiques professionnelles qu’elle invoque. Prenons le cas des décès et des viols, qu’elle affirme avec certitude ne jamais avoir eu lieu lors de la répression des émeutes d’Ifni. Pour les décès, il apparaît effectivement relativement facile d’en prouver l’existence: il suffit de cadavres - ou, en l’absence de cadavre, de “disparition” dont l’histoire récente du Maroc est riche. Mais quel est le rôle d’une organisation de défense des droits de l’homme, par définition dépourvue des moyens d’enquête et de coercition des autorités?
Une telle organisation est-elle en mesure de déclarer catégoriquement, et même de manière polémique - en s’autoproclamant professionnelle à la différence d’autres ONG qui ne parviendraient pas au même constat - qu’aucun décès ou viol n’a eu lieu? Ne serait-elle pas mieux venue à déclarer que si elle n’a pas été en mesure de recueillir de preuve au sens judiciaire du terme de décès ou de viols, elle demande néanmoins aux autorités policières et judiciaires de recueillir les plaintes en ce sens provenant de certains témoins et de menr une enquête diligente, s’agissant de faits que le Code pénal qualifie de crimes? Le professionnalisme tant vanté par Souhayr Belhassen et Amina Bouayach n’aurait-il pas imposé plus de modestie à cet égard, de la part d’ONG ne disposant pas des pouvoirs d’enquête de l’Etat marocain?
Et ceci vaut tout particulièrement pour les accusations de viol. Si l’absence de cadavre peut permettre de conclure qu’il n’y a pas eu de mort (et encore - on a vu au Maroc que des cadavres peuvent être enterrés dans des fosses communes, en dehors de toute procédure légale), en matière de viol, c’est beaucoup plus délicat d’être catégorique. C’est tout d’abord un crime qui, même dans des endroits avec une toute autre vision de la sexualité, a tendance à être sous-déclaré, les victimes répugnant à revivre leur calvaire auprès de la police et des tribunaux, ou ayant honte de leur sort. On peut donc imaginer que ces considérations pèsent d’un poids tout particulier à Ifni, d’autant que les violeurs présumés sont des membres des forces de l’ordre. Un peu de prudence dans les déclarations, surtout de la part d’une organisation de défense des droits de l’homme, n’aurait pas été de trop. Encore une fois, l’OMDH aurait pu se contenter de déclarer qu’elle n’avait recueilli de preuve formelle de l’existence de viols (mais quelle serait cette preuve formelle - un film sur YouTube?), et demander aux autorités de diligenter une enquête sur les cas allégués.
On peut hélas se poser des questions sur une étrange coïncidence, avec deux polémiques liées à la répression des émeutes d’Ifni. Je viens d’évoquer la surprenante attitude de l’OMDH, catégorique dans un sens qui arrange parfaitement les autorités, et au-delà de ce que les faits lui permettent d’affirmer. Mais s’agissant de la procédure judiciaire contre Hassan Rachidi, directeur du bureau marocain d’Al Jazira,
condamné ce vendredi 11 juillet à 50.000 dirhams d’amende pour diffusion de fausses nouvelles, Younes Moujahid, président du Syndicat national de la presse marocaine (SNPM), n’a rien trouvé de mieux à déclarer que “Al Jazeera n’est pas une chaîne sacrée“. Je ne sais pas si c’est une coïncidence, et je suis heureusement loin des querelles byzantines de l’USFP, mais il me semble que ces deux ONG, OMDH et SNPM, ou du moins leurs leaders, sont réputés proches de l’USFP. Je ne dis pas que ce sont des satellites de l’USFP, loin de là, mais il est intéressant de noter cette coïncidence - pour rappel, l’USFP siège au gouvernement et détient, nominalement du moins, le portefeuille de la justice.
Pour clore sur l’approche critiquable de l’OMDH, plus agressive contre le CMDH, dont le leader local, Brahim Sbaalil,
a écopé de six mois de prison ferme pour avoir annoncé viols et décès, voici un extrait du rapport d’ATTAC Maroc, très actif dans les manifestations populaires d’Ifni, et qui me semble exemplaire par son approche prudente, adaptée aux incertitudes de la situation - bien que cette ONG ne soit pas une ONG de défense des droits de l’homme, sur ce cas-là, elle a eu une approche, comment dire, plus “professionnelle“, pour utiliser un terme cher à l’OMDH et la FIDH. Jugez-en:
La question des morts parmi les manifestants
Certains journaux et chaînes de télévision ont annoncé
l’information qu’il y avait entre 4 et 8 ou 12 morts. Cette information n’a pu
être confirmée mais la sauvagerie et l’état d’esprit des forces de répression
lors de leur offensive permet d’imaginer cela. Le témoignage de trois personnes
va dans ce sens :
Le premier a dit avoir été arrêté et torturé au
commissariat et avoir vu en passant devant un bureau 6 corps entassés les uns
sur les autres. Même s’ils n’étaient qu’évanouis, les corps jetés en dessous
avaient toutes les chances de mourir étouffés avec le temps sous le poids des
autres corps.
Le deuxième a vu deux corps inertes dans la rue ramassés par
une voiture de police et au moment de son arrestation, 5 corps ont été amenés au
commissariat. Les policiers les ont arrosés d’eau froide. 3 d’entre eux ont
bougé, mais les deux autres n’ont pas réagi même après un deuxième arrosage et
les corps ont été introduits dans un bureau.
Le troisième témoin était au
port et a vu arriver des zodiacs pour réprimer les gens qui tenaient le piquet.
Pendant la charge de police, il a vu un gradé des CMI donner l’ordre de jeter 3
corps inanimés dans la mer, ce qui a été fait et qu’il a vu de ses propres yeux,
puis ils sont revenus pour continuer la répression du mouvement. 20 minutes plus
tard, le même gradé a donné l’ordre de récupérer les 3 corps jetés dans l’eau,
et ils ont transportés dans leurs voitures. Il est difficile d’imaginer qu’ils
aient pu rester vivants après tout ce temps passé dans l’eau, si toutefois ils
n’étaient pas morts auparavant
Nous avons écouté de nombreux autres
témoignages, mais ces trois étaient les plus fiables et nous les avons
recueillis directement et non en 2e main.
Le problème de la confirmation des
morts réside dans :-le fait que de nombreuses familles sont sans nouvelles de
leurs enfants, mais ne savent pas s’ils sont dans les montagnes, ou en état de
détention ou morts.-le fait que la répression n’a pas touché que les acteurs
direct du mouvement mais aussi des SDF qui ont aussi subi durement les effets de
la répression. S’il y a des morts parmi eux, ils sera difficile de le confirmer
car ils n’étaient pas de la région et on ne les connaissait pas.
De façon
générale Attac Maroc ne peut donner pour certaine l’information selon laquelle
des gens sont morts ou pas jusqu’à ce que des preuves concrètes soient
apportées, de leur existence ou non existence. Pour cela, il convient de
multiplier les efforts pour faire surgir la vérité aujourd’hui sans attendre
demain. Nous ne sommes pas disposés à attendre 20 ans ou plus pour savoir ce qui
s’est passé, comme cela a été le cas à Nador dernièrement.
Affinité subjective oblige, je donnerai le dernier mot à l’
AMDH (c’est extrait de l’article précité de Narjis Rerhaye dans Libération):
Amine Abdelhamid, l’ancien président de l’AMDH, est catégorique: la crédibilité
exige d’abord d’être aux côtés des victimes de violations. “On ne peut pas dire
que tout le monde est responsable, les manifestants et les forces de l’ordre. On
ne peut pas ménager la chèvre et le chou. A Sidi Ifni, on a assisté à des
expéditions punitives, à des violations de domicile de personnes qui ne
faisaient pas partie des manifestants. Une association de défense des droits
humains doit, à mon sens, se trouver aux côtés des victimes d’autant que le
combat pour les droits de l’homme consiste pour une ONG à s’attaquer aux
violations, les dénoncer, à militer pour que réparation soit faite aux victimes
et à revendiquer le changement des lois pour qu’elles soient conformes avec les
conventions internationales relatives aux droits de l’homme“.

jeudi 17 juillet 2008

L’œil résiste au scalpel ou la leçon de Sidi Ifni

par Violette Daguerre, 17 juillet 2008. Traduit par Tafsut Aït Baamrane, Tlaxcala
قراءة هذه المادة باللغه العربية!
عين تقاوم المخرز : درس سيدي افني

Violette Daguerre a été observatrice au second procès de Brahim Sbaâ Ellil à Rabat.

Le Tribunal de première instance de Rabat a rendu des jugements iniques les 10 et 11 juillet à l’encontre de Brahim Sbaâ Ellil, président de la section de Sidi Ifni du Centre marocain des droits humains et de Hassan Rachidi, directeur du bureau d’Al Jazira à Rabat, pour diffusion de fausses informations. Le premier a été condamné à six mois de prison ferme et à une amende. Le second a été condamné à 50 000 dirhams (5 000 €) d’amende.
Les avocats des prévenus, soutenus par les défenseurs des droits humains qui avaient manifesté leur solidarité, ont décidé de faire appel de ce jugement insensé, pris en application de l’article 42 du Code de la presse, qui ne repose sur aucun élément tangible et sur aucune enquête sur les événements du 7 juin 2008 à Sidi Ifni.




Brahim Sbaâ Ellil (à dr.) avec l'un de ses avocats, Brahim Albaamrani & Hassan Rachidi

Al Jazira a été ciblée pour avoir diffusé ces informations, que Sbaâ Ellil n’a pas été le seul à donner, mais de nombreux autres journaux et agences de presse les ont reprises.
Le but de toute l’opération est de porter atteinte à la liberté d’expression, face à laquelle le pouvoir commence à perdre patience. On a déjà connu cela au Maroc : le même juge Mohamed Alaoui du même tribunal de Rabat a déjà condamné d’autres journalistes à des peines diversifiées, et on attend le résultat des appels. Le journaliste Ali Mrabet, directeur du magazine Douman/Demain, a été condamné il y a quelques années à 4 ans de prison ferme et à l’interdiction de pratique professionnelle pendant 10 ans. Grâcié par le roi, il a préféré partir en Espagne. Même chose pour le directeur du Journal Hebdo, Aboubakr Al Jamai, condamné en 2007 à une amende de 3,5 millions de dirhams (350 000€). Il a été contraint de démissionner et de s’enfuir aux USA.
Le directeur du journal Al Ousboua (La Semaine), Mustapha El Alaoui, doyen des journalistes marocains, a, lui, été condamné, à une amende de 17 000 €.
Mais le record a été atteint par le directeur du quotidien Al Massae (Le Soir), Rachid Niniy, condamné pour offense aux Procureurs du Roi à 516 000 € d’amende.
Des organisations arabes et internationales de défense des droits humains, qui avaient envoyé des observateurs assister au procès, ont publié une lettre ouverte au président du Tribunal de Rabat avant le procès, lui demandant d’arrêter les poursuites à l’encontre des prévenus et de reporter le procès, afin que tous les éléments du dossier soient réunis et que l’enquête sur les événements du 7 juin soit complétée, et les avocats ont réitéré cette demande à l’ouverture de l’audience du 4 juillet, qui a duré 10 heures. Ils ont ainsi marqué de manière très efficace et professionnelle leur souci de défendre non seulement leurs clients mais aussi l’indépendance et la réputation de la justice.
Mais le verdict est tombé après le refus du tribunal d’entendre les témoignages des victimes de la répression du 7 juin et de personnalités des secteurs des droits humains et de l’information, qui ont soit publié des informations soit participé à des enquêtes sur les événements du 7 juin ; parmi elles, ATTAC Maroc, l’AMDH, l’OMDH et la Ligue amazighe des droits de l’homme. Le juge El Alaoui a aussi refusé de convoquer la Commission d’enquête parlementaire ainsi que celle du Parti Justice et développement (PJD), bien que celles-ci aient été le fruit de décisions politiques..
Il a aussi a refusé de convoquer des hauts responsables ayant joué un rôle-clé dans les événements et ayant même fait des déclarations aux médias, par exemple le ministre de l'Intérieur Chakib Benmoussa, le gouverneur de Tiznit et l'Inspecteur général des Forces auxiliaires, le général Hamidou Laânigri et d'autres responsables.
Mais l’affaire était jugée d’avance : les juges avaient reçu l’ordre de laisser un peu de temps pour l’ opération, mais à condition que le jugement rendu soit dans l’intérêt du gouvernement et non des victimes. Les avocats de la défense se sont donc retirés de la salle d’audience pour protester contre le refus du juge de tenir compte de leurs demandes et arguments.
La lettre évoquée plus haut rappelle que Brahim Sbaâ Ellil était absent à la première audience du 1er juillet, étant détenu à la prison central de Rabat-Salé, où il avait été conduit le du 27 juin immédiatement après la conférence de presse du CMDH. Il a été conduit à la seconde audience du 4 juillet, menottes aux mains, et il a confirmé que tout ce qu’il avait déclaré aux médias relevait de son activité et de ses convictions de défenseur des droits humains, outre le fait qu’il était lui-même de Sidi Ifni Aït Baamrane et ne pouvait qu’être concerné par l’offensive militaro-policière contre sa ville et son quartier. Il a dit être prêt à payer le prix de ses convictions.
L'essentiel des interventions de la défense de Sbaâ Ellil a tourné autour de l’argument que le procès n'avait pas de base juridique, et qu’i reposait sur des charges fabriquées. Les avocats ont mis en garde : attention que ça ne soit pas un règlement de compte entre l’État et les Aït Baamrane. En effet, Sbaâ Ellil aurait du être jugé dans la juridiction de Tiznit et de la Cour d’Appel d’Agadir.
La première audience a été fixée au 1er juillet, soit à peine 72 heures après l’arrestation de Sbaâ Ellil, malgré le refus des avocats qui voulaient avoir plus de temps pour étudier le dossier. Le juge a refusé d’entendre le moindre témoin sur les événements du samedi noir afin de mettre au clair les questions du nombre de morts, de viols et d’abus et de déterminer si les informations données par Sbaâ Ellil et reprises par Al Jazira – qui ont motivé les inculpations - étaient correctes ou non.
Le juge a brandi en fin d’audience un CD-ROM – disant : "Voilà la preuve" - mais sans jamais permettre à la défense de prendre connaissance de son contenu.
En plus, la défense a soulevé le contournement de la loi opéré par la justice : Sbaâ Ellil a été inculpé deux fois, dans deux procédures distinctes, pour les mêmes faits, ce que la loi exclut.
A été également démontrée l’incompétence du tribunal à juger le directeur du bureau régional d’Al Jazira pour les faits qui lui étaient reprochés – diffusion de fausses informations – puisqu’il n’était pas responsable de cette diffusion, et le procureur n’est d’ailleurs pas parvenu à prouver le contraire.
Tout en étant conscients du caractère politique de ce procès, les avocats et les défenseurs des droits humains ont tout fait pour permettre à la justice de se montrer équitable et indépendante par rapport au pouvoir exécutif, pour l’amener à prendre ses distances par rapport aux manœuvres de l’appareil policier, qui la manipule comme il veut. Ceci afin de maintenir une soupape de sécurité dans les relations entre l'État et la société.
Depuis la promulgation de la loi contre le terrorisme, qui restreint les libertés et droits fondamentaux, le Maroc a connu un grave retour en arrière, après quelques années d’améliorations dans le domaine de la justice, de l’information et des droits de l’homme. Avec le
Code de la presse, on liquide le peu d’espace de liberté grignoté par les chaînes satellitaires. Les médias passent désormais sous le contrôle de l'appareil de sécurité.

Les causes qui ont été à l’origine de ces procès sont toujours là, même si on parle moins de la situation dans cette ville sinistrée, et ce sont elles qui expliquent ces procès.
Tout à coup, après le complot du silence qui s’était abattu sur cette ville martyr, la ténacité de ses habitants a braqué à nouveau les regards sur Sidi Ifni, qui a reçu des caravanes de solidarité, des délégations de comités populaires et parlementaires créés pour établir la vérité, des associations de droits de l'homme et des partis politiques. Ceci bien que beaucoup de familles de Sidi Ifni aient quitté la ville par crainte de poursuites sécuritaires. De nombreux jeunes ont quitté leurs foyers, dont quelques-uns se sont réfugiés dans les montagnes environnantes, de crainte d'être arrêtés. Les manifestations pacifiques de protestation de la population continuent ainsi que les poursuites policières; à ce jour 12 militants ont été arrêtés.
Les autorités sont excédées par les "fauteurs de troubles" qui n'ont pas arrêté leurs protestations tant que les promesses dont on les a abreuvés ne sont pas tenues. La ville a eu à payer pour son refus d’obéir aux autorités ; le prix de son défi a été la répression en pleine nuit, les intrusions dans les domiciles, les coups, les vols, les viols et les atteintes à la pudeur et à la dignité. Ils ont utilisé des matraques, des balles et des gaz lacrymogènes, ils ont giflé, donné des coups de pied, violé, proféré des injures, notamment raciales. Cette répression a frappé des gens qui n’étaient pas impliqués au départ dans les protestations, pris malgré eux dans la tourmente. Un des témoins de ces événements a dit qu’il n’avait vu de telles scènes qu’à la télévision, dans des reportages des territoires occupés palestiniens livrés aux colons et à l’armée sionistes et qu’il n’aurait jamais pensé que cela pourrait arriver dans son pays, de la part de policiers compatriotes.
Tout cela parce que les enfants de Sidi Ifni ont décidé durant une semaine de manifester et de bloquer l’accès au port de leur ville, pour mettre un terme au pillage de leurs richesses, notamment halieutiques. La goutte qui a fait déborder le vase a été l’annonce des résultats du tirage au sort de 8 candidats à un emploi sur mille pour des emplois d’éboueurs. Un immense sentiment de frustration a provoqué la rébellion et la protestation a entraîné toute la population, qui s’est organisée et structurée autour de revendications spécifiques et claires.
Malgré le caractère sacré du corps et leur pudeur, les femmes ont osé témoigner devant l’opinion publique, notamment par le biais de l'Internet, de ce qu’elles ont subi comme humiliations, profanations, viols et atteintes à leur dignité. Divers rapports ont établi des viols, des témoins ont dit avoir vu des morts à plusieurs endroits. L’association ATTAC Maroc a indiqué dans son rapport après l'enquête menée sur les événements de Sidi Ifni avoir eu connaissance de 3 cas de viol au moins, en donnant des preuves, des noms et des prénoms.
Mais pour chaque règle il y a des exceptions.
Une association locale (l’OMDH, NdT) soutenue par une association internationale (la FIDH, NdT), a dit, par la voix de sa présidente, qu’il n’y avait eu ni morts ni viols de femmes à Sidi Ifni.
Ce qui est catastrophique, c’est que ces propos émanent d’une femme qui défend les droits de l’homme. Or, la caractérisation du crime de viol n’implique pas nécessairement la pénétration sexuelle. Cela a été même reconnu par l’institution la moins soucieuse de droits de l’homme des Nations unies, le Conseil de sécurité. Mais comment peut-on expliquer l’existence de témoignages sur des cas de viol et de violences sexuelles, dans une société où il n’est pas facile pour une femme de parler de ce genre de choses ?
Si le juge avait accepté de faire comparaître les témoins présentés par la défense, peut-être aurait-on pu avoir confirmation d’une réalité niée par les officiels, en se fondants sur des preuves et non sur des approximations.
Après Harbil / Marrakech et Beni Samim, Sefrou, Khenifra, Tanger et Boumal Ndadès, le tour est venu pour une petite ville marginalisée du sud du Maroc d’être mise sous le feu des projecteurs par le soulèvement de ses jeunes contre la frustration et le chômage, le pillage, la répression et la marginalisation économique et administrative. Leurs revendications : la création d’emplois et l'accès à des services gratuits améliorés pour une population qui est privée d’eau courante, d’écoles et de dispensaires dignes de ce nom.
Privés de tout, bafoués dans leur dignité et leur honneur, ils ont vu les prédateurs voler les terres, le sable et la mer, avec tout ce qu’elle contient. Peut-on leur reprocher de ne plus faire confiance à aucun parti politique et de ne compter que sur eux-mêmes et sur quelques ONG ?L’enjeu est immense et les associations de droits de l’homme ne doivent pas trahir la confiance mise en elles en se laissant instrumentaliser par les autorités ou par les dirigeants des partis politiques pour publier des rapports complaisants. Il faut éviter que certains d’entre eux viennent un jour dire : «oh, il n’y avait pas besoin de protester », ou « il fallait un peu de patience et de prudence » pour « protéger les institutions publiques » et la fluidité des "investissements étrangers" etc.
Est-ce parce qu’au Maroc, il y a une société civile active et une presse indépendante et dynamique que les autorités veulent en finir ? Est-ce que parmi ceux qui, dans le système sécuritaire, ont été éduqués à la violence, il ne se trouve personne pour dire non, quitte à risquer son poste, et sauver la dignité de l’homme marocain ?
Sans une justice impartiale et indépendante du pouvoir exécutif, que peuvent les lois les plus avancées? Existe-t-il des garanties dans une telle situation, que la loi soit appliquée pour engager des poursuites contre des responsables, quand ils commettent des crimes? Est-ce que le Maroc qui vit comme d’autres pays une hausse vertigineuse des prix, la dilapidation des fonds publics et la corruption endémique dans toutes ses institutions, restera à l'abri de la montée des tensions sociales et de la désintégration de la paix sociale? Qu’attendent les régimes qui font subir à leurs peuples l'humiliation, la pauvreté et la marginalisation d’autre que protestations, révoltes et soulèvements contre leur situation ?
La prise de conscience du mouvement de protestation et sa grande capacité à garder le secret, à s’organiser et à surprendre a montré, après des années de manifestations, de sit-in, de grèves de la faim, que l’on peut compter sur les forces populaires et pas seulement sur les élites, sur l’instinct populaire et ses formes d'organisation, sur le renouvellement constant de ses actions, à l’écart de diktats venus d’en haut.
Le mouvement des chômeurs a démontré sa capacité à s’organiser et à réaliser certaines revendications par sa ténacité, sa crédibilité, sa solidarité et la confiance mise en lui par la population. Il s’agit d’un travail sur le terrain entre les fils de la nation forts de leur détermination et de leur bon droit, loin des réunions et conférences, des slogans creux, des mouvements saisonniers et des demandes d’aumônes. Ils croient que leur pays a des richesses non seulement naturelles mais humaines ; ils ne veulent pas que cette richesse humaine parte dans les bateaux de la mort et ils ne veulent pas vendre leur force de travail pour des salaires dérisoires.
Le scénario de Sidi Ifni préfigure ce qui est à venir dans ces pays et dans d’autres pays dont on n’entend pas parler en raison du black-out sur les moyens de communication avec le reste du monde. Ces moyens sont divers et je ne m’aventurerai pas à les recenser de peur d’en oublier. C’est aussi une répétition de ce qui s’est passé dans d’autres pays arabes, comme Mahalla Al Koubra en Égypte ou dans le bassin minier de Gafsa en Tunisie. Alors qu’on assiste à un retour progressif au calme à Mahalla, il est notoire que la population du bassin de Gafsa continue à être prise au piège par les forces de sécurité et l'armée, surtout depuis le 6 Juin, où l’on a tiré à balles réelles sur les citoyens et on a lancé une série d'arrestations contre les dirigeants du mouvement de protestation et la jeunesse de la région. Ils subissent les tortures et mauvais traitements, les arrestations arbitraires, les perquisitions et les procès inéquitables. Ici aussi, les solutions sécuritaires ont été la seule réponse trouvée par les autorité face aux protestations et aux mouvements de solidarité, alors que règnent le chômage, l'exploitation, le népotisme et la bureaucratie dans le tissu social, institutionnel et administratif de la région comme du reste du pays.
Le jugement des fonctionnaires responsables de crimes est une bataille cruciale que la société civile doit affronter pour arrêter les violations flagrantes des droits de l'homme. L’exemple est donné par l'Association marocaine pour les droits de l'homme, qui a déposé une plainte en juin 2007 contre Hamidou Laânigri, accusé d'être impliqué dans des violations flagrantes des droits de l'homme dans les années de plomb, bien que le ministère public ait classé le dossier au lieu de procéder de manière indépendante et impartiale.

D'autres plaintes ont été déposées par les chômeurs et leurs familles, victimes du samedi noir de Sidi Ifni, et par la Coalition pour la défense de la liberté contre le général Benslimane, qui a échappé plus d'une fois à des poursuites. D'autant plus que son nom a été associé à la pratique de la torture avec la CIA contre des suspects de terrorisme, comme l’affirme Driss Oueld Kabla (directeur de l’hebdomadaire Al Mechaal, NdT), et qu’une commission du Congrès US a exigé des poursuites contre lui. On est sûr que Rabat a accueilli des avions de la CIA opérant des « transferts extraordinaires » plus d'une fois entre 2002 et début 2005.
Par conséquent, beaucoup de gens pensent que si le système judiciaire marocain persiste à refuser de convoquer certaines personnes influentes et des responsables de la sécurité pour ce qui s'est passé à Sidi Ifni et ailleurs, la commission d’enquête parlementaire n’apportera rien de nouveau. Le résultat en sera un boycott des élections et la formation d'un déséquilibre dans la stabilité de ce pays qui avait fait des progrès par rapport à d'autres dans le domaine des droits de l'homme. Des juristes et des démocrates marocains vivant en France envisagent de former un comité pour demander des poursuites contre les responsables des violations qui ont eu lieu à Sidi Ifni, au motif que l'État marocain s'est engagé vis-à-vis de la communauté internationale à respecter les droits de l'homme et à ne pas permettre la répétition de ce qui s'est passé pendant les années de plomb.
En plus de la tyrannie de ces fléaux, le peuple marocain comme d’autres, vit au rythme des augmentations des prix du pétrole et du gasoil, qui se reflètent sur les prix des denrées alimentaires qui ont récemment augmenté. Cela va augmenter la pression dans la cocotte-minute sociale, ce qui va à son tour déclencher une vague de colère populaire et de protestations. Si la situation devient critique, l’approche sécuritaire traditionnelle ne résoudra rien, pas plus que le noyautage des syndicats et les subventions aux produits de première nécessité.
Un cri d’alerte est lancé par le monde ces dernières années, du fait de la situation sociale et des crises économiques et environnementales. Le prix du pétrole ne cesse d’augmenter, ainsi que la demande de carburants et d’agrocarburants. Cela se traduit par une augmentation spectaculaire des prix des céréales et une crise sur les marchés des matières premières. Cela s’accompagne d’une baisse des ressources maritimes sous l’effet de serre et la pollution, des changements dans les volumes de ces richesses d'une région à l'autre en raison des fluctuations climatiques. Ce qui affecte la vie de centaines de millions de personnes vivant des ressources maritimes. Celai conduira inévitablement à des soulèvements de la faim, qui ravagera surtout les pays pauvres à cause de la sécheresse, de inondations et des migrations de masse.
La canicule de l'été 2003 en Europe et le cyclone Katrina qui a balayé les USA en 2005 et a détruit ce qu’il a détruit ont mis la puce à l’oreille des autres pays industrialisés qui ont compris qu’ils n’étaient pas à l'abri de la colère de la nature, qui coûte cher aux États. Toutefois, il est certain que les changements climatiques affecteront plus les pays en voie de développement, qui n'ont pas de moyens suffisants pour affronter ces catastrophes et leurs effets. Ce déséquilibre va se renforcer et fera monter la tension : il y aura de nouvelles migrations des pays pauvres vers les pays industrialisés et développés. Ce qu’on appelle la migration climatique exige la solidarité et une plus grande interaction entre les pays pour faire face à ce type de catastrophes. Selon un spécialiste des sciences climatiques, Mohammed Saïd Karok, les pays méditerranéens connaissent une augmentation remarquable de leurs températures et une forte diminution de pluviosité due au déplacement des tempêtes du sud vers le nord. Les surfaces arides vont s’étendre et la température va s’élever au printemps et en été.
Face à une telle situation inextricable, il n’y a pas d’autre choix que la résistance civile et l’invention de nouvelles formes de lutte, quel qu’en soit le prix.
Dans cette situation critique, chaque individu doit être responsable de son existence et des conditions de sa société sans compter sur les autres. Alors que les politiques internationales ont causé les crises et les politiques nationales ont démontré leur échec, les gros poissons non-gouvernementaux déploient une stratégie visant à blanchir leur image et à se rapprocher des centres financiers de pouvoir plutôt que d’apporter leur soutien aux opprimés et aux démunis.
Aujourd'hui, on voit les dirigeants arabes se précipiter pour participer à l’Union pour la Méditerranée, qui vise à la domination occidentale et à l'exploitation des richesses des pays arabes et à faciliter la poursuite du soutien des USA et de l’Europe à l'entité sioniste. Au lieu de travailler à la construction de l'Union du Maghreb arabe et au renforcement de la Ligue arabe, à réaliser l'intégration économique et la croissance et assurer la sécurité, la stabilité et la paix dans les pays arabes et à affronter les projets impérialistes et sionistes.
Mais pour cela, encore faudrait-il qu’ils soient unis et non pas dispersés comme ils le sont aujourd'hui.

Sur l’auteure

samedi 12 juillet 2008

Six mois de prison pour Brahim Sbaâ Ellil

Le verdict est tombé comme un couperet : pour avoir dénoncé des crimes contre l'humanité commis par les forces de répression du Makhzen, à Sidi Ifni Aït Baamrane, le 7 juin dernier, Brahim Sbaâ Ellil, responsable du Centre marocain des droits humains, vient d'être condamné à six mois de prison ferme par la justice royale siégeant à Rabat. À cette condamnations 'ajoute une amende de quelques milliers d'Euro pour lui et pour Hassan Rachidi, directeur du bureau marocain d'Al Jazira (dont les 55 salariés sont désormais empêchés de faire leur travail). À signaler un détail qui en dit long sur l'ambaince dans le "Maroc nouveau" : le militant des droits humains a comparu à chaque péripétie de ce procès kafkaïen menottes aux poings...

Brahim Sbaâ Ellil et l'un de ses avocats Brahim Albaamrani

lundi 7 juillet 2008

Dossier Sidi Ifni : révolte, répression, résistance, solidarité

Chronique de Sidi Ifni, depuis le samedi noir du 7 juin 2008



Dimanche 6 juillet 2008
Solidarité avec la population de Sidi Ifni
Le réseau des Attac d’Europe réclame la liberté pour les prisonniers de Sidi Ifni, l’arrêt immédiat du harcèlement, la fin de la répression policière ainsi que l’ouverture d’une enquête indépendante sur l’action des autorités. Nous soutenons les demandes des citoyens de Sidi Ifni en faveur d’un développement économique bénéficiant à la population.
Le 7 Juin 2008 (« Samedi noir »), les habitants de Sidi Ifni, une ville située à environs 120 km au sud d’Agadir, ont été victimes d’une opération de représailles et d’une répression généralisée. Femmes et enfants n’ont pas été épargnés. Plus de 4 000 policiers et forces auxiliaires ont violemment réprimé le blocage du port, où des militants étaient installés depuis une semaine afin de défendre leur droit légitime pour obtenir du travail et une possibilité de vie décente. Les forces de répression ont aussi attaqué et investi des demeures choisies au hasard, terrorisant la ville entière.
Les citoyens de Sidi Ifni ont depuis trop longtemps été ignorés par les autorités marocaines. Aucun projet de développement local n’a été initié, aucun emploi n’a été créé. Seulement des promesses sans suite. Depuis 2005, les habitants ont décidé de prendre leur propre sort en main afin d’améliorer leur situation. Ils refusent la marginalisation qu’on leur impose et proposent des alternatives concrètes à la pauvreté, au chômage et à l’exclusion sociale et économique.
Les habitants de Sidi Ifni ne réclament pas la charité, ils proposent un véritable plan de développement local.
La brutalité des violences policières démontre l’incapacité des autorités marocaines à répondre aux demandes légitimes des citoyens. Au lieu d’écouter les populations, elles se rabattent sur les anciennes méthodes répressives : violation des demeures au hasard, torture, pillage et arrestations. Certains évoquent même des viols et des assassinats.
C’est pourquoi le réseau des Attac d’Europe exprime sa solidarité entière avec les habitants de Sidi Ifni-Aït Baamrane et soutient leurs aspirations et demandes légitimes. Nous ferons le nécessaire afin de rendre publique, dans nos pays respectifs, l’information sur ces violences et la lutte légitime des habitants de Sidi Ifni.
Nous exigeons la libération immédiate et sans condition des prisonniers de Sidi Ifni, ainsi que celle de notre camarade Brahim Bara, secrétaire général du Comité local d’Attac à Sidi Ifni. Nous demandons la fin des poursuites à leur encontre.
Rabat, le 6 juillet 2008
Premiers signataires :
Attac Allemagne
Attac Autriche
Attac Espagne
Attac France
Attac Maroc
Attac Norvège
Source : http://maroc.attac.org/jooomla/index.php?option=com_content&task=view&id=547&Itemid=97


samedi 5 juillet 2008
Rapport d’Attac Maroc sur la situation à Ifni
Source : http://maroc.attac.org/jooomla/index.php?option=com_content&task=view&id=542&Itemid=97
3 Juillet 2008

La ville de Sidi Ifni, petite ville côtière de 20 000 habitants au Sud du Maroc, a connu les 7 et 8 juin dernier une vague de répression extrêmement violente, en guise de réponse à un mouvement social qui depuis des années réclame que soit pensée une réelle politique de développement de la région et un appui social de l'Etat à cette région marginalisée par une extension et une amélioration des services publics.
Attac Maroc a accompagné depuis leur début les luttes sociales de la population de Sidi Ifni-Ait Baâmrane, qui ont démarré en 2005. Après la constitution du groupe local Attac Ifni en 2006 notre association est apparue comme un acteur essentiel du mouvement social, aux côtés des autres organisations militantes locales en lutte pour les revendications économiques et sociales des habitants.
Jouant son rôle d'aide aux citoyens de façon continue, tout de suite après la répression qui s'est abattue le samedi 7 juin, Attac Maroc s'est trouvé immédiatement associée à d'autres forces pour lancer une vaste campagne d'information en solidarité avec les victimes de la répression, pour dénoncer les crimes odieux commis à l'encontre des manifestants et pour apporter un soutien concret . L'Etat et la presse aux ordres ont immédiatement désigné Attac[1] et l'ANDCM[2] comme des associations extrémistes et fauteuses de troubles. Les militants des groupes les plus proches d'Ifni et un membre du SN se sont rendus à Ifni pour établir la vérité sur les évènements et les détails de ce qui s'est passé le samedi noir.
Ce rapport est le résultant de cette visite. Il ne vise pas seulement à apporter une simple image des évènements ni à vouloir refermer les plaies, mais aussi à comprendre l'état du mouvement social et les moyens de le renforcer après la répression du samedi noir.
Cadre des évènements
Le mouvement est né à Ifni en 2005 et a connu une succession de sit in, rassemblements de protestations, marches populaires qui ont culminé le 7 aout 2005 puis se sont poursuivies par des mobilisations successives sur plusieurs dossiers revendicatifs.
- pour des soins gratuits et de qualité
- pour l'emploi
- pour le boycott des élections parlementaires de 2007
- pour le versement des indemnités sociales aux ayant-droits des familles des victimes de la colonisation.
Le comportement négatif de l'Etat marocain, qui a fait beaucoup de promesses mais ne les a pas tenues, explique la montée des protestations populaires. Les dernières promesses en date étaient les projets annoncés lors de la visite royale en décembre 2007. Le permanent va et vient entre la carotte et le bâton, les promesses et la répression, a également contribué à attiser le mouvement.

Chronologie
A partir de mai 2008, le mouvement social de Sidi Ifni a connu de nouveaux développements, avec son extension aux chômeurs non diplômés et aux travailleurs précaires du port. Le mouvement des chômeurs illustre la maturité d'un grand nombre de jeunes qui ont rejoint les luttes depuis le 7 août 2007 et ont acquis une expérience de lutte qui lui a permis de construire son propre mouvement, ce qui a par voie de conséquence rallumé le flambeau de la lutte de la ville tout entière autour des cinq revendications qui avaient été avancées en 2005.
Ci-dessous, les détails jour après jour des évènements.

vendredi 30 mai
- 8 postes (échelle 1) ont été mis au tirage au sort à la municipalité d'Ifni (+ 4 postes qui n'ont pas été mis au tirage au sort mais réservés, après accord avec le syndicat CDT des municipalités, à des veuves ou des enfants d'anciens employés décédés de la municipalité. Plus de 100 candidats ont postulé pour ces emplois, mais les conditions du tirage au sort ont été entachées de népotisme et ont semé la colère parmi les jeunes d'Ifni
- Un regain d'activité au port d'Ifni a renforcé cette colère, « comment tant de poisson peut arriver tous les jours et nous crevons de faim et restons chômeurs » . Ces deux éléments ont mis le feu aux poudres et des dizaines de jeunes, au départ, ont organisé un rassemblement de protestation sur l'avenue à la suite du tirage au sort. C'est pendant le rassemblement que l'idée a germé d'organiser un sit in afin de bloquer la route du port. L'idée a été mise immédiatement mise à exécution et les jeunes en colère ont pris le chemin du port, ont commencé leur sit in et ont bloqué 83 camions frigorifiques chargés de sardines et d'anchois.
- Composition sociale des participants ! chômeurs du port + autres chômeurs non diplômés
- Nombre : au début, plus de 100 personnes, nombre qui s'est élargi dès le 2ème jour.
- Commentaire sur l'aspect social et psychologique
- Le niveau social est un élément import des mobilisations depuis 2005, qui a un impact direct sur la mobilisation dans les quartiers, sur les capacités de défense dans les quartiers face au déchaînement de la répression et sur l'auto-organisation du mouvement.

Samedi 31 mai
Le matin du samedi l'association Attac et l'A NDCM sont allés rencontrer les jeunes bloquant l'accès au port, ils ont accepté certaines critiques qui leur ont été faites et la discussion a abouti aux conclusions suivantes : Attac et l'ANDCM peuvent se joindre au mouvement, en solidarité et en tant que conseil mais sans participer aux prises de décision.

Dimanche 1er juin 08
De nouvelles discussions ont abouti à la nécessité de dépasser le caractère spontané du mouvement et de mettre en place d'un minimum d'organisation. D'où la création de 4 commissions : soutien financier, information, nourriture, surveillance.

Lundi 2 juin
Les autorités demandent l'ouverture de négociations entre les manifestants et le représentant du pacha. La question a été débattue démocratiquement et il a été décidé d'accepter la proposition. Le débat a ensuite porté sur le contenu des revendications de ce mouvement spontané, qui a adopté les revendications suivantes :
* L'octroi de cartes de la solidarité nationale aux familles pauvres
* La création de plusieurs unités industrielles dans la région afin de fournir de l'emploi aux jeunes
* Construction d'un centre de formation aux métiers de la mer au bénéfice des jeunes
* Construction d'un centre de formation professionnelle
* Octroi des permis maritimes aux jeunes chômeurs pour qu'ils puissent travailler sur les bateaux de pêche
* Généralisation effective de la pesée électronique à la criée
* Ouvrir une enquête sur les dysfonctionnements existant au port (ANP+ONP)
* Octroi de permis de pêche traditionnelle aux chômeurs (un permis par personne et non pour 3 personnes comme cela se pratique
* Réserver un quota de pêche aux habitants de la région
* Exécution des projets inaugurés sur le papier lors de la visite royale (assainissement, électricité, routes) malgré leur inadéquation


* Tout cela en complément des 5 revendications réclamées depuis 2005 qui constituent le socle revendicatif du mouvement

Ont participé aux négociations : les délégués des manifestants, le gouverneur de la région Souss-Massa –Draa, les responsables des forces de sécurité.

Le gouverneur a mis comme préalable le déblocage du port en promettant en échange la délivrance de cartes de la solidarité nationale aux manifestants pour les deux mois de juillet et aout (pour éviter que des luttes viennent troubler la période estivale) en attendant la construction d'unités industrielles dans la région pour leur fournir de l'emploi. Les propositions du gouverneur ont été jugées insuffisantes et accompagnées de trop de conditions administratives et de calendrier et les délégués des manifestants ont refusé de lever le blocage sans réponse réelle à leurs revendications. Le langage simple des délégués, exprimant leur vécu amer, a suffi à provoquer la colère du gouverneur qui s'est drapé dans sa dignité et il leur a déclaré « nous avons affronté l'Algérie qui est un Etat, serions nous incapable d'affronter une poignée d'excités ? »
Après l'échec des négociations, les délégués ont réclamé l'ouverture de négociations centrales avec les responsables de l'Etat à Rabat.

Mardi 3 juin

Le blocage commence à grossir et à bien s'organiser dès le 2ème jour, atteignant le nombre de 500 à 600 participants, dont 1/3 ne reste que la journée et ne rste pas la nuit (Eliminer cette phrase).
Des groupes de solidarité descendent vers le port.
Certaines organisations rendent visite au blocage et demandent à ses organisateurs de le lever par mesure de sécurité.
Un plan géographique est dressé de façon à ce que le blocage puisse éviter l'arrivée des forces répressives ou puisse se préparer à l'affronter (une commission se charge de surveiller la montagne, des tours de veille et de sommeil sont organisés)
Des marches féminines de solidarité sont organisées à l'initiative des militants d'Attac, de l'ANDCM, et des familles des bloqueurs pour élargir la solidarité.

Mercredi 4 juin

Deux parlementaires viennent rencontrer les bloqueurs, Achenkli, parlementaire et homme d'affaire bien connu dans le sud et Abdeljebbar El Kastalani, député du PJD* (parti qui s'est opposé au mouvement depuis le 7 septembre 2005).
Les deux parlementaires entreprennent de négocier avec les représentants des bloqueurs et reprennent exactement les mêmes propositions avancées par le gouverneur mais en ajoutant qu'au cas où le blocage serait levé, El Kastalani se porte garant de l'ouverture d'une négociation avec des autorités ministérielles ;
La négociation est un nouvel échec car elle n'apporte aucune avancée et les manifestants insistent pour l'ouverture de négociations sérieuses au niveau central.
L'organisation s'améliore avec l'implantation de baraques en haut des montagnes afin de rendre plus difficile l'intervention policière et la dispersion du blocage
Ce sont les bloqueurs qui organisent la sortie et l'entrée du port pour éviter que voitures ne rentrent et ne les encerclent.
Les manifestations de femmes se poursuivent et deviennent de plus en plus nombreuses.

Jeudi 5 juin
Les marches de femmes de la ville jusqu'au port reprennent.
Un communiqué signé de 18 organisations apporte leur solidarité avec les piquets.
Abdelwahab Belfqih, riche député de l'USFP** pour la région Aït Ba Amrane et président de la municipalité de Guelmim tente de disperser le blocage en argumentant sur le poisson qui pourrit et risque de provoquer des nuisances environnementales. Il propose d'acheminer par avion spécial une commission de négociation pour des discussions centrales à Rabat.
Pendant que se déroulaient ces discussions, un avion des services de renseignement survolait les lieux. Les manifestants comprennent que l'objet de Abdelwahab Belfqih n'est pas l'ouverture de négociations, mais le démantèlement du piquet, qu'il présentait comme condition préalable aux négociations. Il ne parvient pas à ses fins.
Une rencontre est organisée à la Province de Tiznit. Y participent le gouverneur, le conseil municipal, l'administration du ministère de l'intérieur, des parlementaires et des membres d'associations de développement. Le but de la rencontre est d'informer les manifestants sur le fait qu'ils ne sont qu'un groupe minoritaire, isolé des habitants de la région et que la patience de l'Etat avait atteint ses limites leur isolement.
Pendant ce temps l'avion continue de surveiller le piquet, soit- disant pour amener une délégation à Rabat. Mais comme les membres du piquet refusent, les autorités déclarent qu'ils ne souhaitent pas de négociations mais semer le désordre. En réalité, tout cela est apparu comme une manœuvre de version en attendant que la police donne l'assaut contre le blocage..
Un comité de défense de la ville contre les forces de répression est constitué au sein des habitants mobilisés qui organise des rassemblements et des groupes mobiles qui sillonnent la ville jusqu'à 6 heures du matin pour éviter toute mauvaise surprise.

Vendredi 6/ samedi 7 juin
Des rassemblements de jeunes et de femmes sont organisés dans les quartiers Colomina et Boulaâlam jusqu'à 2h30 du matin. Hicham CHARA est arrêté et torturé à Colomina. Les jeunes en colère partent à la recherche des responsables et partent en cortège vers le commissariat à deux heures du matin pour exiger la libération du jeune détenu. Il sera relâché après avoir été torturé, dans un endroit isolé.
Stratégie militaire contre les masses désarmés
Tous ceux qui ont observé les évènements du 7 et 8 juin constatent que l'intervention des forces policières s'est déroulée selon un plan militaire digne d' un ennemi armé jusqu'aux dents, équipé de chars et de fusils ! Des pelotons ont débarqué par la mer, d'autres sont intervenus à partir d'hélicoptères et les troisièmes ont surgi des alentours de la ville. D'autres enfin ont occupé les hauteurs environnantes. La ville a été complètement cernée. Ce plan militarie est en contradiction avec l'idée que le piquet de blocage du port est minoritaire : plus de 4000 personnes de différents corps de répression ont été mobilisés pour encercler 20 à 50 extrémistes !
Le samedi à 4 heures du matin, les forces de répression apparaissent du côté de Tamhraoucht, à deux kilomètres d'Ifni. Elles débouchent sur le quartier Colomina et font la jonction avec les pelotons qui arrivent de la mer, pendant que d'autres encerclent les principaux points névralgiques de la ville. A cinq heures du matin, commence la charge contre le piquet de blocage du port, pendant que d'autres forces de police pénètrent dans les quartiers.
A sept heures du matin, la répression s'étend aux maisons de plusieurs quartiers de la ville : Colomina, Boulaâlam, Gataa, Braber, Jotia, Amezdouz.
Les populations de ces quartiers tentent de se protéger face aux forces de l'ordre, mais que faire face à 4000 hommes en arme ? Plusieurs centaines de jeunes qui tentaient de se défendre et de protéger leurs familles se sont trouvés obligés de s'enfuir vers les montagnes environnantes, poursuivis par la police. Les forces de l'ordre ont investi toute la ville et encerclé les issues. Elles ont pénétré sauvagement dans les maisons, cassant tout sur leur passage, ont opéré des arrestations arbitraires, ont pris en otage les familles des militants, ont proféré des menaces de viol, ont lancé des grenades lacrymogènes et tiré des balles en caoutchouc.
* Dès le premier jour de cette vague de répression les habitants d'Ifni ont continué à organiser des manifestations et des protestations contre la répression. La police a riposté par des grenades lacrymogènes, des balles en caoutchouc et des matraquages d'une extrême violence. Ifni s'est crue revenue au Moyen Age. Tous les témoignages recueillis montrent la sauvagerie de la répression qui s'est abattue tout autant sur les manifestants que sur ceux qui n'étaient pas mobilisés. Les domiciles ont été violés, jusque dans les chambres à coucher, les couples ont été humiliés, ont été chassés dans la rue en chemise de nuit et pyjamas. Toute la ville a été prise ne otage, à la merci de la razzia
Dégâts matériels
Des centaines de domiciles ont été violés de façon sauvage, portes, armoires, vaisselle, télévisions, réfrigérateurs, tout a été cassé et tout ce qui pouvait être volé (argent, bijoux, téléphones portables) l'a été.
Les écoles et les deux lycées de la ville ont été transformés en caserne.
Arrestations
Un témoin a fait état de plus de 300 arrestations. Lui –même, membre de la section locale de l'Association Nationale des Diplômés Chômeurs (ANDCM), a été arrêté et a raconté comment ils ont été sauvagement torturés, insultés (fils d'espagnols, fils de putes…) et obligés à signer un engagement à travailler comme informateurs. Après avoir été torturé, le détenu a été présenté devant une commission constituée de gradés de la police et des forces auxiliaires, du pacha et du député de l'USFP (Union Socialiste des Forces Populaires) Abdelwahab Belfqih. Ce dernier les a traités de fauteurs de trouble et leur a enjoint de devenir responsables s'ils voulaient éviter ce genre de traitements à l'avenir ! Après cela ils ont été relâchés.
Viols
Une femme d'un âge avancé a raconté comment elle a été arrêtée, amenée au commissariat où elle a été mise nue, ne lui laissant que son maillot. Elle a été insultée et a subi des attouchements. Après cela, on l'a fait entrer dans une autre pièce où se trouvaient 6 femmes entièrement nues. Deux de ces femmes lui ont dit avoir été violées, mais ne pas vouloir rendre la chose publique.
Une autre femme a aussi déclaré connaître une jeune fille qui a été violée mais ne vent pas non plus rendre la chose publique.
Un homme âgé a déclaré que les CMI (équivalent des CRS) après s'être introduits chez lui, ont insulté ses filles qui ont subi des attouchements et des propos à connotation sexuelle dégradants.
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Autres exactions
-Abassi Mohamed : vol du téléphone, destruction de tous les équipements de la maison
- El Hamidi Aïcha : vol de 1400 dirhams et destruction des équipements de la maison
- El Bachir Gazouli : vol du téléphone et de bijoux en or
- Famille Bourouais : destruction du mobilier de la maison
- Malika Albachira, elle est membre d'Attac et épouse du secrétaire général d'Attac Ifni. Plus d'une quarantaine de CMI se sont introduits chez elle, ont pris son ordinateur, les CD et embarqué son beau-frère en otage. Par la suite, ils se sont introduits chez elle plus de 20 fois dans le but de la harceler moralement en la menaçant de viol et d'utiliser une « bouteille ». Le dimanche 9 juin, ils se sont introduits dans sa chambre à coucher et l'ont menacée avec des pistolet en visant sa tête, la menaçant de la tuer ou de la violer « dans le meilleurs des cas ». Jusqu'à aujourd'hui (12 juin) son domicile est surveillé.
Liste des personnes qui ont été arrêtées, torturées au commissariat ou dans les établissements scolaires réquisitionnés (essentiellement le lycée MoulayAbdallah)
1 Houssein Fikri
2 Ismaïl Kantachi
3 Khalil Rifi
4 Ahmed Zahid
5 Saïd Dayeh
6 Fares Eddaih
7 Abdeslam Laouinat
8 Mohamed Laouinat
9 Saïd Saman
10 Mustapha Zirian
11 Abdellah Mohand
12 Mohamed Aarab
13 Hassan Ahrad
14 Lahbib Ahrad
15 Ould Akhaouin Ahrad (aveugle)
16 Brahim Atbib
17Lahcen Bouhouch
18 Ali Bara
19 Lahcen Kadad
20 Lahcen Lahssaini
21 Mohamed Qissa
22 Boutoukha Ahmed
23Ibn Boutoukha
24Ali Belghrid
25 Majid Ouchen
26 Mohamed Diani
27 Mounir Ezzahi
28 Ahmed Jimi
29 Lahcen Jimi
30 Abdallah Jaafri
31 Abdallah Lamrani
32 Brahim Zaouani
33Omar Bouhouch
34 Abou Salah
35 Said Bouqriba
36 Mokhtar Rouiki
37 Ahmed Abassi
38 Boujemaa Aba
39 Abidat
40Lhoussein Bziou
41 Jamal Mejjati
42 Fekroui
43 Omar Aboulkheir
44 Moussa Achnid
45 Mohamed El Ouahadani
46 Aziz El Ouahadani
47 Boufim Ahmed
48 Hassan Aghrabi
49 Fayçal Mkhilif
50 Khalil Ezzin
51 Zinelabidin Radi
52 Mounir Zakarya
53 Abderahmane Ben Ahmed
54 Abdellatif Makiza
55 Bouchaïb El ghati

Liste des personnes maintenues en détention et déférées devant la cour d'appel d'Agadir
Mohamed El Ouahadani , Ahmed Boufim, Zinelabidin Radi, Mohamed Atbib
D'autres sont poursuivis mais remis en liberté provisoire :
Fayçal Moukhilif, Khalil Ezzin, Mounir Zakarya, Abderrahmane Ben Ahmed
Abdellatif Makiza, Bouchaib El Ghati.

* Les militants qui se sont dispersés dans la montagne éteint au nombre de 150 à 200. Ils ont fait l'objet de recherches. Plusieurs, qui sont revenus en ville ont été arrêtés et torturés avant d'être relâchés. C'est le cas de Faris Eddeyh, arrêté le 11 juin.

La question des morts parmi les manifestants

Certains journaux et chaînes de télévision ont annoncé l'information qu'il y avait entre 4 et 8 ou 12 morts. Cette information n'a pu être confirmée mais la sauvagerie et l'état d'esprit des forces de répression lors de leur offensive permet d'imaginer cela. Le témoignage de trois personnes va dans ce sens :
Le premier a dit avoir été arrêté et torturé au commissariat et avoir vu en passant devant un bureau 6 corps entassés les uns sur les autres. Même s'ils n'étaient qu'évanouis, les corps jetés en dessous avaient toutes les chances de mourir étouffés avec le temps sous le poids des autres corps.
Le deuxième a vu deux corps inertes dans la rue ramassés par une voiture de police et au moment de son arrestation, 5 corps ont été amenés au commissariat. Les policiers les ont arrosés d'eau froide. 3 d'entre eux ont bougé, mais les deux autres n'ont pas réagi même après un deuxième arrosage et les corps ont été introduits dans un bureau.
Le troisième témoin était au port et a vu arriver des zodiacs pour réprimer les gens qui tenaient le piquet. Pendant la charge de police, il a vu un gradé des CMI donner l'ordre de jeter 3 corps inanimés dans la mer, ce qui a été fait et qu'il a vu de ses propres yeux, puis ils sont revenus pour continuer la répression du mouvement. 20 minutes plus tard, le même gradé a donné l'ordre de récupérer les 3 corps jetés dans l'eau, et ils ont transportés dans leurs voitures. Il est difficile d'imaginer qu'ils aient pu rester vivants après tout ce temps passé dans l'eau. si toutefois ils n'étaient pas morts auparavant
- Nous avons écouté de nombreux autres témoignages, mais ces trois étaient les plus fiables et nous les avons recueillis directement et non en 2ème main.
- Le problème de la confirmation des morts réside dans
• le fait que de nombreuses familles sont sans nouvelles de leurs enfants, mais ne savent pas s'ils sont dans les montagnes, ou en état de détention ou morts.
§ le fait que la répression n'a pas touché que les acteurs direct du mouvement mais aussi des SDF qui ont aussi subi durement les effets de la répression. S'il y a des morts parmi eux, il sera difficile de le confirmer car ils n'étaient pas de la région et on ne les connaissait pas.
De façon générale Attac Maroc ne peut donner pour certaine l'information selon laquelle des gens sont morts ou pas jusqu'à ce que des preuves concrètes soient apportées, de leur existence ou non existence. Pour cela, il convient de multiplier les efforts pour faire surgir la vérité aujourd'hui sans attendre demain. Nous ne sommes pas disposés à attendre 20 ans ou plus pour savoir ce qui s'est passé, comme cela a été le cas à Nador dernièrement.

Etat de la mobilisation populaire
Les gens en ont assez et sont très en colère après ce qui s'est passé et n'attendent qu'une occasion pour protester et exprimer leur colère pour « venger » leur dignité piétinée et humiliée. Le régime n'a fait qu'allumer un nouveau foyer de protestation populaire contre les politiques, surtout qu'il n'y a eu aucune avancée sur le terrain des revendications principales des habitants de la région qu'ils défendent de façon continue depuis 2005. Le mouvement populaire se poursuit, malgré qu'il se soit retrouvé sans leader, car il s'appuie sur des centaines de jeunes actifs, mobilisés et prêts à tous les sacrifices, de même qu'il s'appuie sur une participation des femmes importante et des forces féminines militantes et courageuses.
Le mouvement a seulement un manque d'organisation. En effet, après la disparition du secrétariat local après les manifestations du 7 août et malgré sa résurrection lors de l'été 2007, il est resté un cadre paralysé et sans initiative. Le résultat de cette situation et de la démission des partis politiques de toute responsabilité directe sur le terrain a été que Attac Maroc et l'AN DCM se sont retrouvés à la tête du mouvement. Les quartiers doivent alors s'auto-organiser et se coordonner à l'échelle de la ville pour que le mouvement puisse aller de l'avant.
Le 9 et10 juin rares sont les lycéens qui sont à mêmes de se présenter aux épreuves du baccalauréat, du fait du nombre de blessés parmi eux et du choc psychologique subi. Malgré un large absentéisme, elles n'ont pas été reportées.
Le 11 juin, une première tentative de sit in est organisée.
Le 12 juin, un cortège de femmes en noir reprend possession de la rue et elles continueront à le faire quotidiennement. La ville reste toujours encerclée et quadrillée par les forces de l'ordre.
Le 15 juin une caravane nationale est organisée à l'initiative d'Attac Maroc, avec la participation de l'AMDH, de la CDT, du congrès mondial amazigh, de certains partis de la gauche marocaine et d'associations locales…. Près de 500 militants venus de tout le Maroc convergent vers Ifni où ils rejoignent un long cortège de 12 000 personnes environ . Cette caravane permettra à la population de reprendre possession de la ville et de ses rues, jusqu'alors occupées par les forces de l'ordre, de faire le lien avec la grande vague de solidarité qui se constitue tant à l'étranger qu'au Maroc, en particulier par les nombreux témoignages directs que les manifestant venus de l'extérieur pourront recueillir sur place. Elle permettra de lever le blocus de la ville et verra plusieurs des jeunes réfugiés dans les montagnes se joindre progressivement au cortège.
Pendant toute la semaine du 15 au 22 la population d'Ifni continue de se mobiliser et le 22 juin une nouvelle caravane, à l'appel de 4 partis de gauche rejoints par les militants associatifs et syndicaux, gagne Ifni et une nouvelle manifestation, de 8000 à 10 000 personnes environ sillonnera les quartiers durement touchés par la répression.
Le 17 juin, de nouveaux militants descendent à leur tour des montagnes. Mais à l'aube du 18, 16 estafettes encerclent le quartier Moutalak et pénètrent en commando dans quelques maisons. Quatre personnes seront arrêtées et sauvagement frappées avant d'être conduits au commissariat de Tiznit, les yeux bandés et menottés. Après plus de 8 heures d'interrogatoire, un seul sera maintenu en détention et inculpé : notre camarade Brahim Bara, secrétaire général du groupe Attac d'IFNI.
Le 18 juin, le Parlement constitue une commission d'enquête qui démarrera ses auditions dès le 25 juin.
Le 26 juin, Brahim SBAALIL, secrétaire général de la section locale du Centre Marocain pour les Droits humains participe à une conférence de presse organisée à Rabat par le CMDH. Dans la nuit, il sera arrêté au domicile où il loge à Rabat et inculpé de propagation d'informations mensongères.
Le 30 juin marque chaque année l'anniversaire de la rétrocession d'Ifni au Maroc. Cette année, cette journée habituellement festive se déroulera dans le plus grand silence : les habitants d'Ifni ont décidé d'une journée ville morte, boycottant la célébration officielle et c'est sur fond de photos d'archive, avec l'interview d'un seul ancien combattant que la télévision « officielle » parlera de cette journée. Vers 16 heures, une nouvelle manifestation sillonne à nouveau les rues d'Ifni.
Tout au long de leurs mobilisations, les habitants d'Ifni mettent en avant les demandes suivantes :
- libération des prisonniers (6 à ce jour).
- Satisfaction des revendications économiques et sociales
- Poursuites des responsables des violences policières
- Respect et dignité pour les habitants de Sidi Ifni-Aït Baâmrame

Attac Maroc appelle
- à une large campagne de solidarité, sous toutes ses formes, afin d'obtenir la libération de tous les prisonniers, l'arrêt de toute poursuite et les conditions du retour de tous les jeunes
- à la constitution d'une commission d'enquête indépendante qui puisse faire la lumière sur ce qui s'est exactement passé à Ifni (rappelons le fiasco de la commission d'enquête constituée après le soulèvement de Fès en décembre 1990 qui après une année de travail a été incapable de reconnaître les exactions et crimes policiers mais a blâmé la rébellion des va-nu-pieds et des affamés.) et établir les responsabilités dans les exactions et violences policières
- Des réponses satisfaisantes et concrètes aux revendications économiques et sociales des habitants d'Ifni. Le problème n'est pas financier mais politique. La répression constitue une solution facile mais, aussi violente soit-elle, elle ne mettra pas fin au mouvement qui a ses racines dans la marginalisation, le développement du chômage et touts sortes de frustrations sociales .
[1] Association pour la Taxation des Transactions financières et l'Aide aux citoyens
[2] Association Nationale des Diplômés chômeurs au Maroc

* Notes de Basta !
PJD : Parti de la justice et du développement (حزب العدالة والتنمية, Hizb al-εadala wa at-tanmia), successeur du Mouvement populaire, constitutionnel et démocratique créé par Abdelkrim Al Khatib en février 1967. Généralement classé comme « islamique modéré ».
USFP : Union socialiste des forces populaires (الاتحاد الاشتراكي للقوات الشعبي, Al Ittihad Al Ichtiraki Lil Kouwat Ach Chabia), parti de gauche dirigé par Mohamed Elyazghi, qui participe aux gouvernements de coalition avec l’Istiqlal depuis 1998.

jeudi 3 juillet 2008
Sidi Ifni et le quatrième pouvoir
par Haytham MANNA,
elbadeel, 4 juillet 2008, Traduit par Tafsut Aït Baamrane, Tlaxcala, révisé par Violette Daguerre سيدي إفني والسلطة الرابعة
Le Docteur Haytham Manna était mandaté par 5 ONG des droits humains pour observer le procès de Hassan El Rachidi et Brahim Sbaâ Ellil à Rabat le 1er juillet 2008.

Les événements de Sidi Ifni (Maroc, 700 km au sud de la capitale Rabat) le samedi noir 7 juin 2008 ont sans doute représenté un défi majeur au travail des journalistes en période de crise. Le journaliste est un historien de l’instant, un témoin direct, qui transmet de manière immédiate les différents points de vue des protagonistes. Dans ce sens, on peut le considérer, selon l’expression de Michel Seurat, un « sociologue à chaud », obligé de concilier la plan de son récit avec des déductions logiques, en tenant compte des contradictions entre plusieurs lectures du même événement. Tandis que la vérification des informations peut amener le chercheur à reconsidérer ses conclusions, le journaliste ne peut pas se permettre tout cela, obligé qu’il est de travailler sous la pression du scoop : il doit se dépêcher pour transmettre ses informations.
Dans le Sud marocain, un groupe de jeunes diplômés chômeurs ont tenu un sit-in devant l’entrée du port de Sidi Ifni Aït Baamrane, une ville qui n’excède pas 24 000 habitants, que le destin a fait entrer hier dans la résistance au colonialisme et aujourd’hui dans la résistance citoyenne. Ils ont bloqué l’accès au port, empêchant la sortie des camions de poissons destinés aux entrepôts frigorifiques et conserveries d’Agadir. Tout cela pour protester contre la dégradation des conditions sociales des jeunes chômeurs de la ville, la fin de non-recevoir opposée aux revendications de la population et la trahison des promesses faites par les responsables officiels de créer localement une zone industrielle et des structures de formation.
La réponse à ce sit-in a été l’envoi de Compagnies mobiles d’intervention et de gendarmes, équipés de matraques, de balles réelles et en caoutchouc et de grenades lacrymogènes pour évacuer les protestataires et leurs familles à cinq heures du matin. Ils ne se sont pas contentés de les frapper et disperser, mais ils ont fait irruption par la violence dans les maisons des familles solidaires des revendications des jeunes, d’une façon sauvage, saccageant, volant des biens, de l’argent et des bijoux personnels, tabassant les gens aux endroits sensibles, violant les femmes en arrachant leurs vêtements, proférant des injures grossières et des phrases portant atteinte à la dignité des gens (des attestations médicales et sous serment en font état). Selon certaines sources, il y avait 3000 membres des forces de sécurité, mais seulement 300 seulement selon le pouvoir. 5 heures après le déclenchement de l’opération, la ville de Sidi Ifni a été soumise à un blocus total : plus personne ne pouvait plus y entrer ni en sortir.
Plusieurs jeunes participants au sit-in ont préféré s’enfuir dans les montagnes environnantes pour ne pas tomber entre les mains des forces répressives.
Un rapport médical qui nous est parvenu établit le constat d’agressions sexuelles et de coups graves au visage, à la tête et aux oreilles. Un autre certificat médical établit un traumatisme provoqué par la mise à nu et les attouchements sexuels, un troisième certificat établit une incapacité visible à bouger les doigts, des douleurs insupportables et un traumatisme de viol. Une victime d’agressions sexuelles ne peut plus ni marcher ni supporter le regard des gens sur son corps.
Devant l’absence de parution des journaux nationaux (qui ne paraissent pas le week-end), dès le lendemain, le relais a été pris par les agences audiovisuelles, les organisations des droits humains et l’internet.
Je me suis retrouvé observateur dans un tribunal où l’on jugeait le quatrième pouvoir, représenté par journaliste Hassan El Rachidi, directeur du bureau d’Al Jazeera au Maroc et le contre-pouvoir, représenté par Brahim Sbaâ Ellil, militant des droits humains, tous deux dans le box des accusés, au nom de l’article 42 du Code de la presse*. Pour compléter le tableau, on a retiré par décision politique l’accréditation à Hassan El Rachidi , qui se retrouve confronté à l’alternative suivante : soit rester au Maroc en changeant de métier, soit quitter le pays pour aller exercer ailleurs son métier. Quant au militant Sbaâ Ellil, qui avait été enlevé et détenu à la prison centrale de Salé, on ne lui pas permis de se présenter dans la salle d’audience du tribunal à Rabat.
Trois semaines après le samedi noir, on peut dire que le dossier est très fourni : chaque citoyen conscient de l’importance de ces événements a photographié avec son portable les policiers frappant les gens dans la rue. Des défenseurs des droits humains ont rassemblé les témoignages, accrédités par des certificats médicaux. Ils ont rompu la violence policière, surmonté l’obstacle de la peur chez les gens ; les femmes, parlant avant les hommes, ont témoigné de ce qu’elles ont subi.
on a vu avec une extrême clarté que c’est dans les pays où le régime veut faire main basse sur le pouvoir exécutif et judiciaire, que le quatrième pouvoir joue pleinement son rôle, de manière pacifique et essentielle, dans une situation où aucune autre expression n’est tolérée. Il ne faut pas s’étonner dès lors de l’acharnement du pouvoir contre le quatrième pouvoir, dans ses formes traditionnelles ou modernes.
Plus de 20 avocats connus de causes politiques ont essayé en vain de convaincre le président du tribunal qu’il était grotesque de donner un délai de 72 heures à la défense pour examiner des dossiers d’accusation incomplets, alors que les enquêtes de la commission parlementaire, du gouvernement, des ONG n’en étaient qu’à leurs débuts. Le président a opposé un niet ferme et a renvoyé le procès au 4 juillet 2008, avant même d’examiner sérieusement le dossier, sortant ainsi de la neutralité requise du pouvoir judiciaire dans une affaire aussi sensible.
À ce jour, il serait aventureux de parler avec une certitude confiante de ces événements dans tous leurs détails. Ce qui est certain, c’est que ceux qui ont transmis des informations à l’opinion publique ont sauvé des dizaines de vies d’une violence exercée par tous les corps de répression de manière telle qu’ils ont provoqué une fracture non seulement localement mais à l’échelle nationale. Les gens ont commencé à parler du retour des années de plomb.
Loin de toute théorie du complot, est-ce une coïncidence si on condamne en même temps Abdelkarim Al Khiwani** à 6 ans de prison au Yémen, qu’on juge 4 directeurs de rédaction en Égypte, qu’on punit la presse écrite par l’étranglement financier, qu’on empêche la pratique du métier journalistique au Maroc, qu’on interdit plusieurs journaux et magazines indépendants dans d’autres pays arabe et qu’on pratique l’ escalade dans l’étouffement de symboles du quatrième pouvoir dans le monde arabe ?...
La réponse est toute simple : il y a encore des cercles de l’autoritarisme qui n’acceptent toujours pas l’idée d’un quatrième pouvoir refusant de rester cantonné dans les tranchées de la « Voix de son Maître ».

Notes de la traductrice
*Article 42 : « La publication, la diffusion ou la reproduction, de mauvaise foi par quelque moyen que ce soit, notamment par les moyens prévus à l'article 38, d'une nouvelle fausse, d'allégations, de faits inexacts, de pièces fabriquées ou falsifiées attribuées à des tiers, lorsqu'elle aura troublé l'ordre public ou a suscité la frayeur parmi la population est punie d'un emprisonnement d'un mois à un an et d'une amende de 1.200 à 100.000 dirhams ou de l'une de ces deux peines seulement. Les mêmes faits sont punis d'un emprisonnement d'un à cinq ans et d'une amende de 1.200 à 100.000 dirhams lorsque la publication, la diffusion ou la reproduction peut ébranler la discipline ou le moral des armées. »

** Abdelkarim Al Khiwani : Rédacteur en chef du journal indépendant Ach Choura, il avait révélé l’année dernière le scénario envisagé par le président Ali Abdullah Saleh (au pouvoir depuis 1990) pour sa succession, par son fils, ce qui avait amené le président à abandonner cette bonne idée et à se succéder à lui-même, « à la demande du peuple ». Al Khilwani avait été arrêté en juin 2007, son journal interdit, son site web bloqué, sa famlle menacée. Le 9 juin 2008, il a été condamné à six ans de prison pour « offense au président » et « démoralisation de l’armée », le juge de service considérant qu’il était complice des « terroristes » de la secte zaïdite du défunt Cheikh Hussein Badreddine Al Houti, qui mène depuis plusieurs années une dissidence armée dans le Nord du Yémen.

mardi 1 juillet 2008
Disparu : où est Brahim Sbaâ Ellil ?
Dernières nouvelles de Rabat : Hassan Rachidi et Brahim Sbaâ Ellil ont comparu devant la justice marocaine mardi à Rabat. Le procès du premier a été renvoyé au vendredi 4 juillet et celui du second à la semaine prochaine. On a appris que Sbaâ Ellil avait été enlevé à son domicile sur un ordre de détention administrative provisoire délivré par un policer en lieu et place du procureur et incarcéré à la prison centrale de Salé, pour une deuxième inculpaton :"incitation à troubles à l'ordre public". Nous publierons prochainement un article d'un observateur au procès. Dans la nuit du jeudi 26 au vendredi 27 juin, à 1 h 30 du matin, dix homme en civil, appartenant de toute vraisemblance à la DST marocaine, ont fait irruption au domicile de Brahim Sbaâ Ellil, à Rabat et l'ont emmené vers une destination inconnue.
Brahim Sbaâ Ellil devrait comparaître devant la justice marocaine le 1er juillet, ainsi que le directeur du bureau d'Al Ajzeera au Maroc, Hassan Rachidi. Les deux hommes sont inculpés de "diffusion d'une fausse information et complicité". Suite au samedi noir de Sidi Ifni, la chaîne satellitaire avait diffusé une interview du responsable du Centre marocain des droits humains (CMDH), dans laquelle il déclarait que l'opération policière à Sidi Ifni avait fait entre "un et cinq morts", que d'autres avaient disparu, et que des jeunes filles avaient été violées. En réaction, l'accréditation de Hassan Rachidi lui a été retirée, malgré la publication par la chaîne du démenti gouvernemental. Déjà au mois de mai, la diffusion d'un journal quotidien d'information sur le Maghreb par Al Jazeera, depuis Rabat, avait été suspendue "pour des raisons techniques".

Bahim Sebâa Ellili réapparaîtra-t-il en vie à son procès le mardi 1er juillet, et dans quel état ? Ou rejoindra-t-il la longue liste des disparus forcés du Maroc ancien et "nouveau" ?

Pour le Makhzen, Brahim Sbaâ Ellil semble être un homme à abattre. C'est lui qui, par son interview à Al Jazeera sur le samedi noir de Sidi Ifni, a attiré l'attention du monde sur ces événements. La réaction du Makhzen a été très violente : Sbaâ Ellil et Hassan Rachidi, le chef du bureau d'Al Jazeera à Rabat, ont été interpellés et inculpés le 13 juin pour "difusion de fausses informations".
Puis l'accréditation au Maroc a été retirée à Al Jazeera.
Quel a été le crime de Brahim Sbaâ Ellil : dénoncer le fait qu'il y a eu des morts, des disparus forcés et des viols le 7 juin. Le régime a démenti. Que vaut ce démenti, dans un pays où l'on met 24 ans pour retrouver des fosses communes des précédentes répressions ? "Ils ont très bien pu jeter les corps des tués à la mer", a dit avec pertinence Brahim.Quant aux jeunes femmes violées, leurs
témoignages publiés par l'hebdomadaire Al Michaal sont irrefutables.
96 heures après la disparition de Sbaâ Ellil, on attend toujours les appels urgents des défenseurs patentés des droits de l'homme en sa faveur.
Mais il y a pire :Le vendredi 27 juin, à 18 h., Madame Souahyr Belhassen, présidente (tunisienne) de la FIDH a tenu une conférence de presse au siège de l'OMDH, où a été présenté un autre rapport sur Sidi Ifni.
Les patronnes de la FIDH et de l'OMDH ont été catégoriques : "aucun cas de mort ni de viol n'a été enregistré", mais seulement des "cas de torture", une pratique qui selon la présidente de l'Organisation marocaine des droits de l'homme, Mme Amina Bouayach, "n'était pas systématique". "Aucun cas de disparition n'a été, d'autre part, enregistré au cours de ces événements", a ajouté Mme Bouayach. Et ces dames n'ont évidemment fait aucune allusion à l'enlèvement de Brahim Sbaâ Ellil.
C'est que voyez-vous, il y a "droits de l'homme" et "droits de l'homme". La FIDH compte parmi ses affiliés au Maroc deux organisations : l'AMDH, créée en 1979, et l'OMDH, créée en 1988. Le CMDH, créé en 1999, ne fait pas partie de la famille et il est, semble-t-il, considéré comme "islamiste", ce qui est parfaitement ridicule.
Bref, pour dire les choses crûment, la FIDH et l'OMDH ont avalisé de fait la répression du régime contre le CMDH et risquent d'avoir longtemps sur la conscience la disparition de Brahim Sbaâ Ellil, qui pourrait s'avérer définitive.

Et dire qu'il n'y a pas plus tard que les 12-14 juin, la FIDH organisait la la Deuxième rencontre Euroméditerranéenne sur les disparitions forcées...Quant aux morts, disparus et violées de Sidi Ifni, il leur faudra se passer de la FIDH pour réclamer justice.
FG, rédacteur de Basta !


Houma la ta9oulani chian, la tarayani chian, latasm3ani chian...



dimanche 29 juin 2008
30 Juin : jour de fête, jour de deuil, jour de lutte
Le 30 juin 1969, la ville de Santa Cruz del Mar Pequeña retrouvait son nom de Sidi Ifni Aït Baamrane et hissait le drapeau marocain. Ce jour-là s'achevaient cinq siècles de présence et un siècle de colonisation espagnole, dont 35 ans de protectorat. En 1934, les Aït Baamrane avaient cru préférable se soumettre au protectorat de l'Espagne, qui était alors une République, plutôt qu'à celui de la France. Ils durent déchanter, une fois soumis au régime franquiste et à ses tirailleurs et goumiers. En 1947, ils reprenaient donc la lutte armée, qui devait aboutir 22 ans plus tard. Entretemps, la guerre d'Ifni, appelée en Espagne La guerre oubliée, mit aux prises l'armée franquiste appuyée par l'aviation de la France de la IVème République, et l'Armée de libération du Maroc, de novembre 1957 à juin 1958.
Mais aujourd'hui, les Ifnaouis n'ont aucune raison de faire la fête. Déjà, l'année dernère, ils avaient boycotté les festivités de l'indépendance et il en sera de même cette année.
L'appartenance au Maroc n'a rien apporté de bon aux Ifnaouis : ni développement, ni emploi ni justice. Un ancien résistant touche 500 dirhams (50€) de pension par mois alors qu'un ancien combattant ifnaoui de l'armée espagnole en touche 5000 (500 €). Depuis 27 ans, ils attendent un développement promis du port et toujours renvoyé, depuis 2005, ils attendent la création d'une zone industrielle, en vain.
Rattachés à la région du Souss Massa Draâ, les Ifnaouis revendiquent depuis des années leur rattachement à la province - annexée - du Sahara occidental, dont ils sont plus proches, géographiquement, historiquement et culturellement. Ce qui a le don de susciter la colère et la panique au makhzen, bien conscient qu'il risque de devoir un jour plier les bagages du Sahara qu'il occupe illégalement par la force armée. Donc la revendication ifanouie a comme un relent de revendication d'indépendance.L'État a brillé par son absence à Sidi Ifni, à une exception près : ses forces de répression. La population gardera longtemps le souvenir du samedi noir, ce 7 juin où 3000 mroud (flics) ont déclenché une offensive barbare par voie terrestre et...maritime, se comportant comme une véritable armée coloniale d'occupation. Ce que reçoivent de l'État les Ifnaouis, c'est ça :