Affichage des articles dont le libellé est Gauche grecque. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Gauche grecque. Afficher tous les articles

samedi 3 janvier 2015

Ce qui est en jeu en Grèce (et en Europe)

par Alessandro Gilioli, L'Espresso, 29/12/2014. Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala
Original :
Cosa c’è in gioco in Grecia (e in Europa)
Après l'échec
de la dernière tentative pour élire son président, la Grèce va à des élections anticipées, le 25 janvier. Selon les sondages, le parti de gauche Syriza est actuellement en tête (avec une majorité relative).
Syriza est généralement appelée "gauche radicale", et c'est en effet aussi son nom. Cependant, son programme est essentiellement social-démocrate, néo-keynésien et pour certains aspects même carrément rooseveltien. Le Psi de Nenni, il ya cinquante ans, était probablement plus radical. Ce n'est pas parce que chez nous Boschi, D’Alema et Gutgeld* se définissent eux-mêmes comme de gauche, qu'il doit par force en aller de même partout.
Une autre idée fausse répandue est que si Syriza gagne en Grèce, Athènes sortira de l'euro, ce qui pourrait être le début de la fin de la monnaie unique, par effet domino.

Alexis Tsipras : "C’est mon tour !" Antonis Samaras : “Eh, bas les pattes de la barre !”
Ilias Makris, To Ethnos, juin 2012

jeudi 26 juillet 2012

Grèce: de la crise aux résistances

Intervention à la conférence Socialism 2012, organisée par l’Iinternational Socialist Organization à Chicago du 28 juin au 1er juillet
Je vais essayer de dire quelques mots au sujet de la crise et des résistances en Grèce, puis j’ajouterai quelques éléments au sujet du programme de SYRIZA ainsi qu’à propos des autres partis de la gauche au cours de cette dernière période.
La crise en Grèce s’est traduite par une immense attaque contre la population ainsi que, dans le même temps, une impasse sans précédent pour les classes dominantes.
Commençons par l’attaque contre la population. Les salaires ont diminué de 26% en Grèce au cours des 13 derniers mois. Il s’agit là des chiffres et des statistiques officiels. Je n’ai pas connaissance d’autres exemples de ce type dans l’histoire moderne de l’Europe. Lorsque je parle de ces données, vous devez aussi vous souvenir que, d’une part, les salaires en Grèce étaient déjà peu élevés avant les réductions et que, d’autre part, des diminutions de salaires ont déjà été imposées avant ces 13 mois.
Selon nos calculs, la classe laborieuse a perdu presque 50% de ses revenus réels au cours des quatre années passées de cette période de crise. C’est énorme. Il faut aller très loin dans le passé pour trouver un exemple similaire. Vous devez, en réalité, pour cela, vous projeter avant la période de la Seconde Guerre mondiale, au cours de la période de la République de Weimar en Allemagne.
Les coupes ont également été très drastiques dans le système des retraites. Les pensions ont été diminuées à quatre reprises au cours des trois dernières années. Le système de retraite est devenu un énorme piège pour les personnes âgées qui ne peuvent travailler du fait qu’elles perçoivent des pensions. Si ces personnes ne disposent pas d’autres revenus, elles ne peuvent vivre sur la seule base de leurs allocations. La pauvreté parmi les aîné·e·s est vraiment quelque chose de très choquant en ce moment en Grèce.
Les conditions de vie des travailleurs et des travailleuses ne dépendent toutefois pas uniquement des salaires, des traitements ou des pensions. Les coupes dans les dépenses sociales ont été véritablement inimaginables. La règle fixée par le premier Mémorandum, signé par les seuls sociaux-démocrates (PASOK), impliquait que les programmes d’austérité devaient reposer à hauteur de deux tiers sur des coupes dans les dépenses sociales et d’un tiers sur des augmentations d’impôts directs et indirects.
Je voudrais vous donner quelques exemples qui vous permettent de comprendre ce que ces chiffres signifient dans la vie réelle. Le ministre de la Santé – c’était alors un membre du PASOK, issu du Parti communiste – était Andreas Lovérdos [né en 1956, ministre de l’Emploi et de la Protection sociale entre octobre 2009 et septembre 2010, puis ministre de la Santé et de la Protection sociale jusqu’au 17 mai 2012]. C’est l’une des personnes les plus haïes de Grèce. Après avoir détruit le système de sécurité sociale, il a entamé la destruction des hôpitaux. Il a déclaré, une semaine avant les élections, que les politiques de son parti signifieraient la fermeture de 20 importants hôpitaux publics avant la fin de l’année 2013.
La situation dans tous les autres hôpitaux est très mauvaise. Elle est insoutenable. SYRIZA a sous-estimé à quel point elle l’était. Lors de notre campagne électorale, à la suite des interventions de médecins et d’infirmières, nous avons changé notre programme en accordant une priorité plus importante au sauvetage des hôpitaux publics.
Lors de nombreuses assemblées de quartier organisées par SYRIZA, des médecins et des infirmières sont arrivés avec des larmes aux yeux, affirmant que nous devions faire quelque chose, que nous étions très proches du moment où ils devraient être présents dans les hôpitaux et dire aux gens qu’ils ne devraient plus y venir, même s’ils étaient malades, sinon ils risquaient d’être en danger de mort en raison du manque de médicaments et de ressources.
Une question très, très importante en Grèce est celle de l’insuffisance de médicaments. La Grèce est un pays qui fabrique des produits pharmaceutiques avec les dernières technologies. Des médicaments très chers. Les capitalistes préfèrent toutefois les exporter et il n’en reste maintenant plus ou très peu.
Je connais un exemple qui est très dur pour moi parce que je connais les personnes concernées. Lors d’une assemblée de SYRIZA, dans mon propre quartier, deux camarades – membres de Synaspismos, l’une des plus importantes organisations au sein de la coalition de SYRIZA – sont arrivés et ont osé raconter leur histoire. La voici: l’un d’entre eux est enseignant, l’autre au chômage. La femme de ce couple a un cancer. Elle est traitée par chimiothérapie depuis trois ans.
Il n’y a désormais plus de médicaments pour les chimiothérapies dans les hôpitaux publics. L’hôpital leur a donc dit de s’approvisionner pour les médicaments qu’elle avait besoin sur le marché libre. Ces médicaments coûtent plus de 2000 euros par mois. Leur revenu s’élève à 1000 euros par mois. Après être rentrés à la maison, ils discutèrent entre eux: devaient-ils acheter les médicaments ou devaient-ils continuer à acheter de la nourriture pour les enfants ?
Les chiffres dont on parle sont énormes: on coupe tant de milliards ici, tant d’autres là. Mais voilà ce que ces chiffres signifient dans la réalité. Il s’agit d’histoires concrètes de personnes concrètes. Et cela ne concerne pas seulement des personnes qui sont atteintes de cancer. Il n’y a plus de fournitures ou de médicaments pour des personnes qui sont atteintes de diabète ou d’asthme pour des gens qui sont en traitement et qui en ont besoin.
Les conditions sont semblables dans les écoles publiques. Les manuels ont été distribués cette année trois semaines avant la fin des cours, juste avant que ne commencent les examens. De nombreux enseignants ont déclaré que des enfants ne parvenaient pas à suivre les cours des écoles primaires parce qu’ils n’avaient pas véritablement mangé depuis des semaines et qu’ils ne pouvaient se concentrer durant quelques heures.
Ce sont là des exemples de la vie réelle de la population en Grèce. Cela explique beaucoup de choses au sujet de la politique et à propos des perspectives.


Veuillez trouver un chemin alternatif
La crise se traduit, dans le même temps, par une impasse pour les classes dominantes. Je me souviens bien de la crise majeure des pays d’Europe de l’Est après que les régimes staliniens tombèrent en 1989. La contraction économique était à cette époque de 12%. Ce qui a ouvert la voie à tous ces changements socio-politiques que nous connaissons bien.
Au cours des trois dernières années – sans inclure l’année en cours, seulement les trois années précédentes – l’économie grecque a connu une diminution de plus de 20% du produit intérieur brut. Les estimations pour cette année tournaient autour d’une chute du PIB de 6% ou plus. Avant que je ne quitte le pays [pour me rendre à votre conférence], la dernière prévision était que la diminution du PIB atteindrait quelque 9% au cours du dernier trimestre de l’année 2012 par rapport au même trimestre de l’année précédente.
Il y a ensuite la question de la dette grecque. La classe dominante soutient une formule complètement folle. Après 10 ans de gigantesques programmes d’austérité et de dépression économique, il est prévu que la dette grecque sera égale à ce qu’elle était en 2009. En d’autres termes, si les choses vont «bien» pour eux, d’ici 2020, la dette sera exactement la même qu’elle était en 2009. L’ensemble des sacrifices de la population aura par conséquent été fait pour rien, sur ce plan.
Chaque année, un transfert de «fonds publics» grecs s’effectue pour le service de la dette, cela à hauteur d’une somme de 16 milliards d’euros. Une dette de cette ampleur ne peut être payée, à moins de détruire la société.
Vous pouvez lire dans la presse des hypothèses sur le fait que la fin de ce processus sera une banqueroute chaotique. Une sortie désordonnée de l’euro sous le pouvoir actuel et futur des capitalistes en Grèce. Je ne sais pas si l’Union européenne jettera la Grèce en dehors de la zone euro parce que la Grèce est liée à l’avenir de l’euro et l’euro est lié à la Grèce. Je suis, par contre, convaincu que si ces politiques se poursuivent, il est tout à fait probable que la fin de ce processus sera un défaut de paiement et un retour désordonné à la drachme.
Le fait est que les capitalistes grecs préfèrent demeurer au sein de la zone euro, et cela quel qu’en soit le coût (pour la population). Le danger reste toutefois qu’après avoir subi toutes ces mesures d’austérité prises au nom du «rester dans la zone euro» – ou en celui de ce qu’ils appellent une «dévaluation interne à l’euro» – nous soyons confrontés à d’autres mesures d’austérité, après avoir été jetés hors de la zone euro. De telles mesures signifieraient d’énormes attaques et de nouvelles diminutions de tout ce qui a de la valeur dans ce que possèdent les travailleurs, des salaires du privé et du public en passant par les retraites, la petite épargne, les logements et ainsi de suite.
L’ancien Premier ministre Costas Simitis [entre 1996 et 2004, membre du PASOK] a indiqué ce que signifierait un retour à la drachme. Lorsque la Grèce est entrée dans la zone euro, le taux de change était de 340 drachmes pour 1 euro. Simitis pense que si la Grèce quitte l’euro, le taux de change fixé sera de 550 drachmes pour 1 euro. Et qu’après une semaine, la nouvelle drachme connaîtra sur le marché des changes une dévaluation approximative de 100%.
Nous ne devons pas oublier qu’à l’heure où nous parlons, les riches de Grèce possèdent plus de 600 milliards d’euros placés dans des banques en Suisse, en Grande-Bretagne ou dans des endroits plus exotiques telles que les îles Cayman. Nous pouvons donc imaginer une économie à deux facettes: une pour les travailleurs, obligés d’utiliser une nouvelle drachme dévaluée; une autre pour les riches, utilisant des euros placés dans des banques en Suisse et ailleurs.
Je vais maintenant laisser la crise et vous parler des résistances.
L’épine dorsale de la résistance a été le mouvement de la classe laborieuse: un ensemble de grèves, puis une grève générale d’un jour, puis ensuite un nouveau bloc de débrayages, suivi par une nouvelle grève générale, des occupations et ainsi de suite.
Souvenons-nous combien de fois nous avons entendu que le mouvement de la classe laborieuse était mort. Nous sommes heureux que cela ne soit jamais arrivé. C’est une chose importante pour la gauche, pour les courants politiques qui tentent de changer la société par la mobilisation et dans les intérêts du mouvement de la classe laborieuse. La première chose à dire est donc que la Grèce nous a donné de nombreux exemples de la puissance de la classe laborieuse, dans ses diverses composantes. Ils sont importants à propos des débats portant sur le fait de savoir si un nouveau mouvement est nécessaire et si d’autres «mouvements» sont susceptibles, en tant que tels, d’acquérir la même centralité.
Le second élément est que cette résistance s’est étendue à l’ensemble de la société grecque. Nous disons que nous protégeons l’espace public en Grèce. Cela signifie que, par exemple, chaque hôpital public est devenu une forteresse pour la résistance. Non seulement en raison de la manière dont les travailleurs au sein de l’hôpital – les médecins, les infirmières – mais aussi les personnes qui sont dans les hôpitaux, leurs amis et leurs parents sont impliqués. Tout le monde travaille ensemble pour protéger et sauver les hôpitaux.
Autour des hôpitaux, il y a les quartiers. Des chaînes de solidarités sont construites en leurs seins et entre eux. La même chose est valable au sujet des écoles publiques, des jardins d’enfants – qui sont d’une importance cruciale pour les familles de la classe laborieuse. Mais pas seulement autour de ces endroits, c’est aussi vrai pour ce qui touche aux parcs et à d’autres installations publiques.
C’est l’espace public que nous protégeons contre les privatisations, contre les spéculateurs et contre l’austérité.
Le troisième élément dont je voudrais parler est que, dans ces circonstances, l’organisation de la population s’accroît et se répand. Je ne parle pas seulement des organisations politiques.
La gauche a créé des comités de base au commencement de la lutte. Ceux qui ont rencontré le plus de succès ont été les comités Je ne payerai pas!. Des comités de personnes qui dirent qu’elles ne paieraient pas les impôts (sur l’immobilier liés à la facture d’électricité), les péages d’une autoroute entre Athènes et Thessalonique. Cela a été une campagne très réussie. D’autres chaînes de solidarités se sont construites autour de ces comités.



La révolution commence dans la rue


Ce n’était toutefois que le début. Après la montée du mouvement d’occupation de ce que j’ai appelé les espaces publics au cours de l’année dernière, nous avons créé ce que nous appelons des «assemblées populaires», lesquelles se réunissent dans les quartiers. C’est une chose très importante. Ne s’y retrouvaient au début que SYRIZA, ANTARSYA et certains anarchistes. Ces assemblées sont désormais réelles. Cela signifie qu’une fois par semaine, dans les quartiers, des gens se réunissent et discutent au sujet de ce qui doit être fait, ou de ce qui est nécessaire pour le quartier ou encore comment affronter les fascistes (les néonazis d’Aube dorée qui attaquent très brutablement des immigrants) entre autres questions.
D’importants développements sont en cours au sein des syndicats. Lors de chaque élection syndicale dans une fédération, les sociaux-démocrate (PASOK) et la droite (Nouvelle Démocratie) perdent des positions alors que la gauche en gagne. Ce n’est cependant pas suffisant. De nombreux comités de coordination composés de militants sont donc mis en place autour des structures syndicales, pour élargir leur audience et les faire sortir de leur fonctionnement traditionnel. Tout cela est très important, mais même cela n’est pas suffisant pour affronter les tâches auxquelles nous devrons nous affronter.
Mon dernier point au sujet des résistances est que la politique est devenue de plus en plus importante pour les gens. La question du pouvoir (sous une forme intermédiaire, de type gouvernemental) est apparue comme la seule méthode à notre disposition pour sauver nos droits sociaux et de travailleurs élémentaires.
Les gens ont commencé à comprendre que même s’ils ont un contrat de travail dans lequel il est établi que «si vous travaillez huit heures vous obtiendrez tel salaire», afin de vraiment les obtenir vous devez renverser le gouvernement de droite. Pourquoi? Parce que les employeurs disent: «Oui, je veux vous les donner, mais le gouvernement dit NON, les deux mémorandums disent NON.» Il est par conséquent nécessaire de renverser le gouvernement ou les mémorandums. Cela ne peut se faire que tous ensemble.
Cette tendance est apparue électoralement. SYRIZA a posé lors des élections la question du pouvoir: la question de qui contrôle le gouvernement. Cela ne signifie pas le contrôle de l’Etat, de l’ensemble de l’économie ou de la société en général. C’est toutefois les premiers pas dans la politisation du peuple.


C'est la faute à SYRIZA, par Teacher Dude's BBQ
J’aimerais ajouter quelques points au sujet du programme de SYRIZA.
La question d’importance est quelles sont les priorités que SYRIZA fait ressortir et les discussions publiques qui s’engagent à leur sujet, lesquelles suscitent l’intérêt des gens pour cette coalition de la gauche radicale. Voici les priorités les plus importantes qui font consensus pratiquement au sein de l’essentiel de SYRIZA.
La première des priorités est que nous devons annuler le Mémorandum. De nombreux autres partis de la gauche ont discuté du programme d’ensemble de SYRIZA. Ils ont de nombreuses idées au sujet de tel ou tel point. La chose la plus importante toutefois pour nous est de rester concentrer sur la nécessité d’annuler le Mémorandum, avec ses deux composantes.
C’est sur cette question que la pression de nos ennemis a été la plus forte. En outre, au sein de SYRIZA certains appelaient à une approche «réaliste». Ce n’étaient pas des traîtres. Ils disaient que SYRIZA devait œuvrer pour disposer de marge de manœuvre plus ample. Ainsi, affirmaient-ils : disons «non» au Mémorandum et non pas que nous l’annulerons ; disons que nous y sommes opposés afin de gagner du temps pour nous rendre à Bruxelles et discuter la chose avec Angela Merkel puis revenir et décider (en cas de majorité électorale et d’un gouvernement de SYRIZA).
Or, jusqu’à la fin, jusqu’au 17 juin, la Coalition SYRIZA est restée rivée à la position de l’annulation du Mémorandum. Trois jours avant les élections, le leader de la coalition, Alexis Tsipras – pas moi – parlait devant un grand rassemblement de SYRIZA. Il a alors déclaré ouvertement: «Si SYRIZA remporte les élections dimanche, lundi le Mémorandum sera mort.» Cette déclaration se trouvait le lendemain dans tous les journaux.
La seconde priorité est que nous voulons mettre un terme à l’austérité. Nous ne disons toutefois pas de mensonges aux gens. Il est facile, dans ces circonstances, de dire que les salaires seront, en un seul jour, meilleurs uniquement parce que nous voulons qu’ils le soient. La position de SYRIZA était que le lendemain de notre entrée en fonction, nous ferons en sorte que le salaire minimum et les retraites minimales retrouveront le niveau qui était le leur auparavant. Que nous essayerons ainsi, peu à peu, d’étendre ces augmentations à l’ensemble des allocations de retraite et à tous les salaires, de sorte qu’ils atteignent ce qu’ils étaient avant et afin de les améliorer.
Vous devez comprendre que pendant deux mois le programme de SYRIZA a été discuté à la télévision, à la radio et dans les journaux de six heures le matin à minuit. La question qui nous a été sans cesse posée était la suivante: «Mais où allez-vous trouver l’argent pour faire tout cela?» La réponse est simple: «Nous trouverons l’argent là où il se trouve» [ce qui implique non seulement politique fiscale mais une récupération des sommes gigantesques ayant échappé au fisc de multiples façons]. La troisième priorité de SYRIZA est donc que nous voulons imposer – fortement imposer – les bénéfices et les riches.
De nombreux points importants sont liés au précédent. La nationalisation des banques, tout d’abord. Cet objectif n’entend pas seulement répondre à l’exigence de trouver de l’argent. Il s’agit également de protéger la société parce que les banques deviennent très grandes et très dangereuses. Tous ces nouveaux produits financiers qu’elles ont créés, tels que les credit default swaps [les CDS, couverture contre les défaillances en français, constituent un «contrat d’assurance» par lequel, contre une prime annuelle, un spéculateur se «protège» contre une faillite ou une perte de valeur d’un emprunteur; les CDS donnent lieu à un marché spéculatif et obscur], impliquent que sur un euro de dette, les banques fabriquent des montants bien plus importants de dette. A la fin de la journée, personne ne comprend ce qui se passe.
Nous affirmons que ce cirque doit cesser par la nationalisation du système bancaire, placé sous un contrôle public, démocratique et des salarié·e·s qui doivent débattre de la fonction pour une société d’un système bancaire (épargne, crédit, centralisation, mutualisation, etc.).
Ce n’est pas par hasard ou parce qu’il s’agit d’une priorité secondaire que le contrôle des travailleurs figure en troisième position de la liste. Nous sommes actuellement confrontés au fait qu’après vingt ans de politiques néolibérales, les syndicats dans les banques ont été détruits. Nous devons donc créer la force qui permettra d’imposer le contrôle des salarié·e·s. Leur contrôle ne peut être décrété par le gouvernement. Nous devons en réalité organiser l’ensemble des salariés pour qu’ils puissent prendre ce contrôle, dans ses diverses dimensions.
L’autre point lié aux priorités de SYRIZA est qu’une nationalisation identique – sous contrôle public, démocratique et des travailleurs – a été promise au sujet de toutes les grandes entreprises publiques qui ont été privatisées ou qui sont sous la menace de l’être, ce qui se confirme dans les projets du nouveau gouvernement.
Je voudrais maintenant dire quelques mots à propos de deux sujets cruciaux en Grèce.
Le premier concerne la dette de la Grèce. Il y a eu d’importants débats au sein de SYRIZA sur cette question. Des membres de la Gauche ouvrière internationaliste [DEA] – mais pas seulement, avec de nombreux autres, dont des membres de Synaspismos – ont soutenu la position que nous devions affirmer que nous annulerions immédiatement la dette. Au terme de ces débats, nous sommes arrivés à un compromis acceptable.
Le compromis était le suivant: la première étape d’un gouvernement de la gauche devra être le contrôle de la dette. La seconde sera l’annulation des parties de cette dette qui sont illégales (illégitimes) ou le produit de spéculations financières – selon nos estimations, cela constitue la plus grande part de l’ensemble de la dette. Nous exigerons pour le solde un mémorandum assorti de conditions au sujet de son paiement. Et si les créanciers n’acceptent pas ce mémorandum, nous procéderons alors à un arrêt unilatéral de tous les paiements aux créanciers. Cette position était un peu souple, mais il s’agissait d’un compromis permettant de conserver l’unité de notre importante coalition.
Le deuxième sujet concerne l’euro. J’ai parlé tout à l’heure des craintes émises par les gens concernant une banqueroute désordonnée et le retour à la drachme. Notre position était que nous ne soutiendrons aucune sortie de l’euro de notre propre initiative. C’est le premier point. Le deuxième était que nous n’accepterions aucun sacrifice pour l’euro. Le troisième est que nous soutiendrons toute initiative prise par la gauche et le mouvement de la classe laborieuse européenne pour un combat européen visant à mettre un terme à la violente austérité instaurée par les classes dominantes et leurs gouvernements au nom de la «défense de la zone euro» et de sa «compétitivité».
Une fois que vous aurez considéré l’ensemble de ce programme, et à l’instar d’autres organisations de la gauche en Grèce et ailleurs, vous pourrez dire qu’il s’agit là de «réformisme de gauche». C’est toutefois une abstraction. Dans les circonstances qui sont celles de la Grèce aujourd’hui, il s’agit à mon avis d’un programme transitoire.
J’aimerais me concentrer sur cette question. Qu’est-ce qu’un programme transitoire? Il y a souvent une compétition parmi les organisations de la gauche révolutionnaire pour revendiquer quelque chose de plus avancé en direction du socialisme comme faisant partie d’un programme de transition. Cela n’est cependant pas une transition. Si de telles demandes doivent faire partie d’un programme de transition, j’ai alors la solution: «tout le pouvoir aux conseils des travailleurs». Et je suis convaincu que quelqu’un d’autre trouvera une solution encore plus radicale.
Un programme transitoire implique que vous partez de la réalité existante; que vous avez des revendications faisant consensus parmi une partie importante de la population qui est disposée à se battre pour ces revendications. Puis, à travers les expériences de lutte, ces mêmes personnes pourront aller plus loin, vers des revendications plus avancées et, dans le même temps, vers un affrontement plus important avec les véritables ennemis.
Mon dernier point concerne les autres organisations de la gauche.
Une conviction partagée existe selon laquelle le Parti communiste de Grèce [KKE] se situe à la gauche de SYRIZA. Ce n’est pas la vérité. La vérité est que le KKE a d’importantes forces organisées au sein du mouvement des travailleurs du secteur privé. La vérité est aussi que le KKE est quelque chose de semblable au Parti communiste français au début des années 1960: un parti stalinien dur, un parti réformiste dur et un parti très conservateur.
Je vais vous donner deux exemples à l’appui de ma troisième affirmation illustrant à quel point le KKE est conservateur.
Aleka Papariga, secrétaire général du KKE (CParti Communiste de Grèce) quelques instants avant de prendre la parole à un meeting du parti à Salonique. Photo Teacher Dude's BBQ
Une révolte des jeunes s’est déroulée en Grèce en 2008 après l’assassinat d’un jeune étudiant par la police à Athènes. Chaque nuit, durant un mois, les banques brûlaient à Athènes. Chaque jour, des manifestations pacifiques massives de jeunes étudiants du secondaire et de l’univesité défendaient les «protestations de la nuit». Ces deux dimensions caractérisaient la dynamique et l’ampleur de la mobilisation étudiante. Le KKE a, dès le début, accusé SYRIZA de protéger le Black Block, puis a accusé la police de ne pas intervenir à temps pour arrêter les incendies. Une attitude classique de radicalisme verbal et de «conformisme» institutionnel.
Le second exemple s’est passé lors des dernières élections. Le KKE disait aux gens de ne pas nous croire, qu’il était impossible d’avoir un gouvernement de la gauche, qu’il était impossible d’annuler le Mémorandum, que SYRIZA racontait des mensonges et qu’il ne fallait pas y croire.
Lors des élections du 6 mai 2012, le KKE a réuni sous son nom environ 8% des voix. Le parti a ensuite décidé que son appel pour les élections de juin serait de demander à la classe laborieuse de ne pas voter pour SYRIZA, de changer son vote en lui disant: «vous avez voté pour SYRIZA, vous êtes irresponsable, changez votre vote et soutenez le parti.» «Changez votre vote» était le seul slogan du KKE à devenir réalité: il a perdu la moitié de sa force, gagnant seulement 4% des sièges au Parlement.
C’était pour le KKE une sanction pronncée par la classe laborieuse. De nombreux développements se déroulent au sein du parti. Nous verrons s’ils aboutissent à des changements, car l’appareil du KKE a l’expérience de gérer des crises internes et d’y faure face en resserrant les rangs autour de la thématique : «tout le monde à gauche à droite attaque notre forteresse». De plus, la direction est en train d’exclure des membres.
La dernière chose que j’ai à dire concerne ANTARSYA (coalition anticapitaliste). Les camarades de cette coalition ont fait une erreur sectaire absolument manifeste. A la suite des élections du 6 mai, SYRIZA a fait une proposition très généreuse: celle de figurer avec nous dans un front électoral commun lors des prochaines élections du 17 juin. Nous leur garantissions leur visibilité, leur complète indépendance et trois sièges au Parlement, ce qui correspondait précisément au nombre de sièges qu’ils auraient obtenus le 6 mai s’il n’y avait pas de quorum [fixé à 3%] pour entrer au Parlement. Ils ont refusé.
Sur quatre électeurs qu’ils avaient aux élections du 6 mai, ils en perdirent trois lors de celles du 17 juin (ils ont réuni 0,33% des suffrages). C’était aussi une sanction.
Voilà, camarades, quelle est la situation en Grèce. C’est dans ce contexte que nous essayons de construire une vraie force de la gauche radicale aujourd’hui.
 

jeudi 28 juin 2012

La peste brune relève la tète dans cette Grèce en crise terminale. Y a–t-il quelqu’un pour l’arrêter ?...

Athènes, 28 juin 2012 - Malheureusement, les lendemains des élections du 17 juin trouvent la gauche grecque aussi désemparée devant la menace néonazie qu’elle était avant le 6 mai.  La preuve ? Le succès d’Aube Dorée est présenté comme une exception, comme un simple « point noir » d’une situation générale par ailleurs très brillante. C’est ainsi que pratiquement toutes les composantes de la gauche grecque (y compris SYRIZA) décrivent la situation comme un simple assemblage de bons et de mauvais résultats, feignant d’ignorer qu’aussi bien les « bons» que les « mauvais » points (c'est-à-dire l’apparition et le développement foudroyant des néonazis) font partie de la même situation globale, qu’ils sont interdépendants et qu’ils ont un même dénominateur commun, la crise historique de la société grecque, qui les conditionne tous !
La conséquence de cette approche superficielle de la réalité sociale et politique grecque par la gauche grecque est que le phénomène néonazi est assimilé à un…accident historique, à quelque chose de passager et finalement, à un fait politique d’importance secondaire si on le compare aux deux grands événements de temps présents : la montée en flèche de SYRIZA et l’effondrement du bipartisme traditionnel grec. Cependant, les faits sont têtus et résistent à de telles « analyses ».  D’abord, il y a l’activité  quotidienne de néonazis, qui devient de plus en plus redoutable, de plus en plus agressive, ne se limitant plus à viser uniquement les immigrés mais s’étendant désormais aux militants de gauche ou même à des simples badauds qui osent protester. Au lieu de s’assagir vu qu’elle a dorénavant une forte représentation parlementaire (comme le prévoyaient à tort plusieurs dirigeants de gauche), Aube Dorée passe maintenant à l’attaque, tous muscles dehors, multipliant les provocations et les raids dans tout le pays, et revendiquant publiquement son « droit » de frapper qui elle veut quand elle le veut !

Ensuite, il y a surtout les statistiques, qui sont encore plus effrayantes que les actes des néonazis. Selon les études approfondies des résultats de dernières élections grecques, Aube Dorée est tout sauf un « phénomène passager » et « va constituer un pôle puissant ainsi qu’un adversaire  assez redoutable pour la Gauche,  dans les années à venir » (1). Sans aucune hésitation, nous l’affirmons catégoriquement et tout de suite : les néonazis grecs non seulement s’établissent pour longtemps au cœur du paysage politique grec, mais constituent désormais, avec SYRIZA, la deuxième force organisée et en pleine expansion là où va se jouer le sort du pays : dans les grands centres urbains et parmi la population la plus active et dynamique…

Comme le fait remarquer l’auteur de l’étude et grand spécialiste des partis politiques et des comportements de l’opinion publique grecque Christoforos Vernardakis, « Aube Dorée constitue une formation cohérente, dont les résultats électoraux présentent une structure de classe prononcée  ayant à l’évidence  une grande homogénéité idéologique». La conséquence en est qu’Aube Dorée est tout à fait différente de son précurseur, le  parti d’extrême-droite LAOS, qui était non seulement « systémique » quand à ses choix politiques mais surtout interclassiste dans la composition de sa clientèle électorale, avec une forte influence dans la haute et moyenne bourgeoisie. Selon Vernardakis, «Aube Dorée présente une influence populaire plus « pure », qui s’est même exprimée aux élections de juin avec un agenda idéologique plus franc qu’en mai. La géographie d’Aube Dorée montre qu’il s’agit d’une formation qui ne sera pas conjoncturelle  dans le système partidaire ».
Ces affirmations sont corroborées par le fait que le parti néonazi, dont le résultat électoral national de presque 7% des voix n’a pas varié sensiblement entre les deux élections de mai et de juin, fait des scores tout a fait éloquents surtout dans les quartiers populaires, les tranches d’âge 25-44 ans, et chez les ouvriers non spécialisés et les travailleurs flexibles (24,5%) ainsi que chez les chômeurs (12,2%). Mais, ce n’est pas tout. L’analyse des résultats électoraux d’Aube Dorée fait apparaitre une réalité très révélatrice des intentions de la bourgeoisie grecque quand elle attribue au parti néonazi 20,3% des votes des « patrons et entrepreneurs » !  C’est plus d’ un patron et entrepreneur grec sur cinq qui vote déjà ( !) pour les émules de Hitler, ceux qui font publiquement l’apologie d’Auschwitz et égorgent dans le métro d’Athènes des immigrés sans défense !                                                                                              
Giorgos Germenis, alias Kaiadas, bassiste dans le groupe de black metal Naer Mataron (ci-dessous) et adepte de Lucifer, est l'un des députés élus d'Aube Dorée d'Athènes.Le groupe continue à se dire"apolitique" et menace de poursuites légales quiconque les traitera de fascistes...

 
On est ici devant une réalité effrayante et… très prometteuse pour la suite du drame grec. En effet, un tel appui patronal aux néonazis grecs signifie a) que l’argent coule déjà a flots dans leurs caisses, et b) qu’une partie appréciable de la bourgeoisie grecque (+ 20%) joue déjà la carte du fascisme et de ses bandes armées pour contrecarrer le mouvement populaire et sa force montante qui est SYRIZA !  En somme, tout ça signifie qu’on est déjà très loin de certitudes naïves dont fait preuve la gauche grecque, qui persiste à sous-évaluer le danger fasciste quand elle se limite à l’exorciser avec des affirmations du genre « le fascisme est quelque chose totalement étranger aux Grecs » ou « maintenant, qu’ils (les néonazis) sont au parlement et que les médias parlent d’eux, ils révèlent leur vraie nature et les gens vont comprendre et se détourner d’eux »…
Malheureusement, ce n’est pas du tout le cas. En effet, tout indique qu’Aube Dorée est bien enracinée dans la société grecque, et surtout  que l’adhésion à ses pratiques et ses objectifs n’est pas du tout accidentelle, épidermique ou passagère. Par exemple, la remontée d’Aube Dorée après un passage à vide au lendemain des élections du 6 mai, est due non pas à un prétendu « assagissement » de ses pratiques, mais plutôt à  son choix très conscient de faire passer ses actions à un niveau qualitativement supérieur de violence (égorgements quotidiens d’ immigrés en public, provocation et faits de violence du N° 2 des néonazis contre deux députées de gauche  « en direct » d’un studio de TV,  agressions contre des militants de gauche et raids contre des locaux des partis de gauche, etc.).  En somme, ce qui se passe chaque jour sous nos yeux, est exactement le contraire de ce que prêchent les vœux pieux de la gauche grecque : la violence d’Aube Dorée contre les immigrés et les militants de gauche, non seulement ne fait pas diminuer mais… augmente son influence et sa capacité d’attraction d’un coté parmi certaines couches sociales de déshérités et de l’autre dans la bourgeoisie et le patronat grecs.
Même provisoire, la conclusion n’est pas donc si difficile : les deux forces montantes de l’échiquier politique grec sont celles qui se trouvent à ses deux extrémités, à l’extrême-gauche et à l’extrême-droite, Syriza et Aube Dorée. C’est ainsi que les résultats des deux élections successives grecques viennent confirmer de façon éclatante la thèse et l’hypothèse de travail présenté avant les élections du 6 mai dans notre texte « soixante-sept ans après la fin de la Deuxième Guerre mondiale et le procès de Nuremberg, nous voici donc en pleine République de Weimar à la grecque… »: Une très grande partie de cette société grecque ruinée après deux ans de politiques d’austérité barbare, cherche désespérément les solutions radicales à ses problèmes de survie aux deux extrêmes du paysage politique grec.
Ceci étant dit, il est tout à fait explicable que la raison profonde de l’incapacité de la gauche grecque à comprendre le phénomène Aube Dorée et d’agir contre elle, réside dans son incapacité à comprendre ce qui est en train de se passer aux tréfonds de la société grecque elle-même ! C’est pourquoi le succès électoral des néonazis est décrit uniquement comme un simple « point noir » dans un tableau généralement positif, sans qu’on comprenne que ce « point noir » est  un peu l’autre face de la médaille du succès fulgurant de SYRIZA, et surtout sans qu’on comprenne que ces mouvements de pendule des masses déshéritées allant d’un extrême à l’autre de l’échiquier politique vont continuer tant que la gauche radicale ne transforme pas l’actuelle période prérévolutionnaire en période révolutionnaire…
Mais il faut avouer qu’il y a désormais un obstacle de taille sur le chemin qui mène à cette transcroissance de la période prérévolutionnaire en révolutionnaire. Cet obstacle s’appelle Aube Dorée et ce n’est pas un hasard s’il a été créé de toute pièce (par les grands médias, une fraction de la bourgeoisie grecque, des personnalités de la droite traditionnelle grecque qui qualifient Aube Dorée d’« organisation sœur de Nouvelle Démocratie », etc.) exactement pour…faire obstacle au développement du mouvement populaire et à la montée de la gauche radicale grecque ! En termes plus simples, la gauche grecque doit cesser d’exorciser le mal néonazi avec des phrases creuses du genre « il faut isoler les fascistes » et les remplacer au plus vite par la problématique de la défense des immigrés et de sa propre autodéfense  face aux bandes de tueurs déchainés d’Aube Dorée.
Pourtant, il faut qu’il soit clair que cette « autodéfense » ne s’improvise pas d’autant plus que le mot même d’« autodéfense » reste un mot-tabou pour la gauche grecque, un mot qu’elle s’obstine à ne pas prononcer. Des objections du genre « on ne va pas descendre à leur niveau » ou « il faut affronter les fascistes avec des armes politiques » ne tiennent pas debout à partir du moment où la violence néonazie s’étend chaque jour à de nouveaux quartiers, rendant de plus en plus difficile la vie normale des gens et menaçant les activités des partis et organisations de gauche. Ici, on n’a plus affaire à des théories abstraites mais à des problèmes très concrets de la vie quotidienne des gens que la gauche grecque doit reconnaitre, affronter et résoudre de façon unitaire le plus vite possible ! Si Aube Dorée arrive à nous interdire de sortir de chez nous, tout le reste sera du bavardage irresponsable de gens qui refusent obstinément de regarder la réalité en face…
Quelques victimes d'Aube Dorée


Finalement, ce qui manque cruellement à la gauche grecque pour qu’elle puisse comprendre, affronter et combattre efficacement la peste brune qui est en train de relever la tête, est la mémoire et la compréhension de ce qui est arrivé à l’Allemagne –mais aussi en Italie- dans les années 20 et 30. Sans l’expérience et les leçons de cette époque-là, la gauche grecque est condamnée à improviser  et à tourner en rond face à des néonazis qui donnent déjà l’impression d’avancer  en suivant scrupuleusement les lignes directrices du manuel original du national-socialisme. Car, il faut enfin l’admettre, la situation actuelle en Grèce présente désormais des similitudes toujours plus grandes avec celle de l’Allemagne avant la fin de la République de Weimar et la montée de Hitler au pouvoir.  Ça parait invraisemblable mais, malheureusement, c’est comme ça ! Alors, tant que perdurera l’incompréhension du phénomène  Aube Dorée en tant que produit de son époque (de crise économique, sociale et politique terminale), ce « phénomène » continuera sans problèmes son développement fulgurant. Donc, attention : on n’est encore qu’au tout début de cette histoire qui promet des lendemains cauchemardesques si la gauche grecque continue de voir en Aube Dorée un simple « anachronisme » passager condamné à disparaitre dès que les gens s’apercevront de sa nature passéiste et malsaine.  Non, les néonazis grecs sont beaucoup plus que ça, car ils constituent désormais un vrai mouvement radical populaire doté de ses groupes paramilitaires et qui en plus jouit de l’appui (politique, médiatique, financier,…) d’une fraction très importante de la bourgeoisie grecque.
La conclusion est volontairement alarmiste. La gauche grecque devrait avoir fait son autocritique parce qu’elle a laissée le serpent néonazi sortir de son œuf.  Elle ne l’a pas faite, et maintenant elle continue sur la même lancée suicidaire, prétendant affronter le mal en l’exorcisant, comme s’il  s’agissait d’un simple …esprit maléfique et non pas d’une très réelle force matérielle qui vise à la destruction du mouvement ouvrier par tous les moyens. Il y a seulement 3 mois, dire qu’Aube Dorée pourrait obtenir 7% des voix paraissait une énormité digne d’un scenario de politique-fiction. Qui oserait aujourd’hui exclure que ce même « scenario de politique-fiction » ne nous réserve d’autres surprises, encore plus grandes et surtout plus douloureuses ?
(1) Voir article et tableaux de Christoforos Vernardakis dans le quotidien Avgi du 24 juin 2012.

vendredi 15 juin 2012

Avant les élections en Grèce: ce que veut Syriza







Alexis Tsipras, par oursoula

Je maintiendrai la Grèce dans la zone euro
par Alexis Tsipras Αλέξης Τσίπρας. Traduit par  Fausto Giudice
Original: I will keep Greece in the eurozone
Traductions disponibles : Español  Português    

Qu'il n'y ait aucun doute, mon mouvement - Syriza - s'est engagé à maintenir la Grèce dans la zone euro.
Le président Barack Obama avait raison quand il a dit vendredi dernier: "Faisons maintenant  tout notre possible pour croître, quitte à verrouiller un plan à long terme pour stabiliser notre dette et nos déficits, et commencer à les faire diminuer d’une manière constante et  sensée." Cela vaut pour mon pays, aussi. La nécessité d'accorder à la Grèce une chance de croissance réelle et de nouvel avenir est maintenant plus largement acceptée que jamais.
Je crois fermement que nous obtiendrons un mandat démocratique clair du peuple de la République hellénique dimanche prochain. Avec ce mandat, nous prendrons des mesures immédiates pour mettre fin aux systèmes politique et réglementaires  grecs, qui sont corrompus et inefficaces et  qui ont ravagé notre économie au cours des dernières décennies. Le peuple de Grèce attend également de nous que nous prenions la responsabilité immédiate d’enrayer la crise humanitaire qui affecte notre pays.
Syriza est aujourd'hui  le seul mouvement politique en Grèce qui peut assurer la stabilité économique, sociale et politique à notre pays. La stabilisation de la Grèce à court terme bénéficiera à la zone euro dans un moment critique de l'évolution de la monnaie unique. Si nous ne changeons pas de voie, l'austérité menace à coup sûr de nous contraindre à sortir de l’euro.
Seule Syriza peut garantir la stabilité grecque, parce que nous ne portons  pas le bagage politique des partis de l'establishment qui ont conduit  la Grèce au bord de la ruine. C'est pour cette raison que les électeurs soutiennent notre engagement à tirer notre pays du gouffre. Nous allons mettre la Grèce sur une nouvelle voie de croissance par un gouvernement transparent. Une Grèce rénovée contribuera à refonder une Europe plus proche, plus unie. Les développements du  week-end  en Espagne confirment que la crise est paneuropéenne et que  la façon dont elle a été traitée jusqu'à présent a été totalement inefficace.
Le peuple de Grèce veut remplacer le vieux Mémorandum  d'entente (signé en mars avec l'UE et le Fonds monétaire international), qui  a échoué, par  un "plan national de reconstruction et de croissance". Cela est nécessaire à la fois pour éviter une crise humanitaire en  Grèce et pour sauver la monnaie commune.
Les problèmes fiscaux systémiques de la Grèce sont, en grande partie, un problème de faibles recettes publiques. Une myriade  d’allégements fiscaux et d’exemptions accordés aux intérêts particuliers par les administrations précédentes, avec un taux d'imposition effectif faible sur les revenus des particuliers  et du  capital, expliquent en grande partie le problème. Tout comme la méthode très inefficace de recouvrement de l'impôt.
Selon Eurostat, la Grèce est en-dessous de la moyenne des recettes publiques en pourcentage du produit intérieur brut de 4 pour cent. Le système politique bipartisan a passé des décennies à ignorer complaisamment le besoin urgent d'une réforme fiscale efficace. Il a concentré ses efforts de recouvrement des impôts sur la seule source fiscale épuisable : les ménages à faibles et moyens revenus.


Tsipras à Berlin, par Kostas Koufougiorgos: "Bonjour, Messieurs ! Je m'appelle Tsipras et je recherche des alliés allemands pour mes idées de réfomes...!"
Conformément à notre plan pour la reconstruction et la croissance, nous nous sommes engagés à suivre un programme de stabilisation fiscale pragmatique et socialement juste. Ce programme s'articule comme suit : stabilisation des dépenses publiques à environ 44 pour cent du PIB et réorientation ces dépenses pour s'assurer qu'elles sont faites à bon escient; augmentation des revenus de la fiscalité directe aux niveaux européens  moyens (plus de 4 pour cent du PIB) sur une période de quatre ans, et réforme du régime fiscal de manière à identifier la richesse et le revenu de tous les citoyens, et à répartir équitablement le fardeau de la fiscalité.
Le manque de transparence financière prévaut, alors même que les banques grecques ont été recapitalisées par des prêts de la troïka (l'UE, le FMI et la Banque centrale européenne). Nous ferons en sorte que les banques viables soient recapitalisées dans la transparence et d'une manière entièrement compatible avec l'intérêt public. C'est la seule façon de s'assurer que le système financier dans son ensemble retourne  à la pleine stabilité.
Arthur Miller a écrit qu "une époque peut être considérée comme finie lorsque ses illusions de base sont épuisées". L'illusion de base d’une bonne gouvernance sous l'ancien régime du système bipartisan a été épuisée. Il est maintenant tout à fait incapable d'assurer le retour de notre pays à la croissance et à la pleine participation à la zone euro. Dimanche prochain nous allons faire entrer la Grèce dans une nouvelle époque de croissance et de prospérité.
Cette nouvelle époque commence lundi prochain.

A gauche toute pour sortir de la crise ! Programme de Syriza pour les élections du 17 juin en Grèce


Voici le résumé en 10 points du programme de la coalition de gauche Syriza pour les élections législatives grecques du 17 juin 2012, traduit par Okeanos
Chambardement en Grèce/Changement en Europe
1. Créer un bouclier pour protéger la société contre la crise
  • Pas un seul citoyen, sans un revenu minimum garanti ou des prestations de chômage, des soins médicaux, une protection sociale, un logement et un accès à tous les services d’utilités publiques;
  • Des mesures de protection et de secours pour les ménages endettés ;
  • Le contrôle et la réduction des prix, la réduction de la TVA, la suppression de la TVA sur les produits de première nécessité.
"Les mémorandums appartiennent au passé
Nous ouvrons la voie de l’espoir
Chambardement en Grèce/Changement en Europe"
2. Éliminer le fardeau de la dette
La dette est d’abord et avant tout un produit des rapports de classe et est dans son essence même inhumaine. Elle est produite par l’évasion fiscale des riches, le pillage des fonds publics et l’achat exorbitant d’armes et d’équipements militaires.
  •     Un moratoire sur le service de la dette  ;
  •     Une négociation pour l’annulation de la dette, avec une provision pour les fonds d’assurance sociale et la protection des petits épargnants. Cela doit être suivi en exploitant tous les moyens disponibles tels qu’un audit de contrôle et la suspension des paiements ;
  •     Le règlement de la dette restante avec des dispositions pour le développement économique et l’emploi ;
  •     Une réglementation européenne de la dette des Etats européens ;
  •     Un changement radical du rôle de la Banque centrale européenne ;
  •     L’interdiction de produits bancaires spéculatifs ;
  •     Une taxe européenne sur l’impôt sur la fortune, les transactions financières et les profits.

3. Redistribution des revenus, fiscalité sur la richesse et abolition des frais inutiles
  •     Réorganisation et consolidation des mécanismes de recouvrement fiscal ;
  •     Imposition des fortunes de plus de 1 millions d’euros et des hauts revenus ;
  •     Augmentation progressive, jusqu’à 45%, de l’impôt sur la redistribution de bénéfices ;
  •     Taxation des transactions financières. Taxe spéciale sur les produits de luxe ;
  •     Suppression des exonérations fiscales des armateurs et de l’Eglise orthodoxe grecque ;
  •     Suppression de la confidentialité des banques et des marchands, traque à  la fraude fiscale et aux cotisations sociales ;
  •     Interdiction des transactions effectuées par le biais de sociétés off-shore ;
  •     Quête de nouvelles ressources via :
    - l’exploitation efficace des fonds européens ;
    - la demande remboursement des créances issus de l’occupation allemande et dee réparations allemandes de la Seconde Guerre mondiale ;
    - une forte réduction des dépenses militaires.
4.  Productivité, reconstruction sociale et environnementale
  •     Nationalisation / socialisation des banques et intégration d celles-ci dans un système bancaire public sous le contrôle du social et des travailleurs dans le but de servir le développement. Le scandale de la recapitalisation des banques doit cesser immédiatement.
  •     Nationalisation de toutes les entreprises publiques, d’importance stratégique, qui ont été privatisées à ce jour. Administration de ces entreprises publiques basée sur la transparence, le contrôle social et de la planification démocratique. Aide pour la fourniture de biens publics.
  •     Protection et la consolidation des PME du secteur social et des coopératives.
  •     Transformation écologique du modèle de développement. Cela inclut une transformation dans les secteurs de la production d’énergie, la fabrication, le tourisme et l’agriculture. Tous ces secteurs doivent être réformées selon les critères de l’abondance alimentaire et de la satisfaction des besoins sociaux.
  •     Développement de la recherche scientifique et de la spécialisation productive.
5. Un emploi stable avec des salaires décents et une assurance sociale
La dégradation constante de la main-d’œuvre, couplée avec des niveaux de salaires embarrassantes n’attire pas les investissements dans le développement ni dans l’emploi.
  •   Un emploi bien payé, bien réglementé et bien assuré ;
  •   Un retour immédiat du salaire minimum et un retour des salaires réels dans les trois ans ;
  •  Un retour immédiat des conventions collectives de travail ;
  •  L’instauration de mécanismes de contrôle puissants qui protègent l’emploi ;
  • La confrontation systématique des relations de déréglementation des licenciements et du travail.
6. Plus de démocratie. Les mêmes droits démocratique et sociaux pour tous
Il y a un déficit démocratique dans le pays. La Grèce s’est progressivement transformée en un Etat policier autoritaire.
  •     Une refondation de la souveraineté populaire et une mise à niveau du pouvoir parlementaire au sein du système politique ;
  •     Une incitation à un système électoral proportionnel ;
  •     La séparation des pouvoirs ;
  •     La révocation de la loi pour la responsabilité ministérielle et l’abolition des privilèges économiques du parlementaire ;
  •     Une réelle décentralisation et un gouvernement local avec des ressources et des compétences élargies ;
  •     L’introduction de la démocratie directe et d’institutions d’auto-gestion sous le contrôle du social et des travailleurs à tous les niveaux ;
  •     Des mesures contre la corruption politique et économique ;
  •     La fondation de droits syndicaux démocratiques, politiques et commerciaux ;
  •     L’amélioration des droits des femmes et  des jeunes dans la famille, au travail et dans l’administration publique ;
  •     L’accélération du processus d’asile ;
  •     L’abolition du règlement de Dublin II et l’octroi de papiers aux immigrants ;
  •     L’inclusion sociale des immigrants et de l’égalité des droits ;
  •     La réforme démocratique de l’administration publique avec la participation active des fonctionnaires ;
  •     La démilitarisation et la démocratisation de la police et des garde-côtes ;
  •     Le démantèlement des forces spéciales.
7. Un État-providence puissant
Les lois anti-assurance ont fait baisser les services sociaux et la chute abrupte des dépenses sociales a rendu la Grèce un pays où règne l’injustice sociale.
  •     Programme immédiat de sauvetage du système de retraite qui comprend le financement tripartite et le retour progressif des portefeuilles des fonds de pension  dans un système public et universel d’assurance sociale ;
  •     Hausse des allocations de chômage jusqu’à ce que le taux de substitution atteigne les 80% du salaire. Aucun chômeur ne doit être laissé sans indemnité de chômage ;
  •     Introduction d’un revenu minimum garanti ;
  •     Système unifié de protection sociale complet couvrant les strates sociales vulnérables.
"Ils ont décidé sans nous
Nous avançons sans eux
Chambardement en Grèce/Changement en Europe"
8.  La santé : un bien public et un droit social
La santé doit être fournie gratuitement et sera financée par un système de santé publique via les mesures  suivantes (immédiates) :
  •     Soutien et mise à niveau des hôpitaux ;
  •     Mise à jour des infrastructures de santé de l’Assurance Sociale (IKA) ;
  •     Développement d’un système intégré de soins de premier niveau médical ;
  •     Arrêt des licenciements ;
  •     Couverture des besoins en traitement médical (personnel et équipements) ;
  •     Accès gratuit et sans coût d’un traitement médical pour tous les résidents dans le pays ;
  •     Traitement pharmaceutiques et examens médicaux gratuits pour les retraités à faible revenu, les chômeurs, les étudiants et ceux qui souffrent de maladies chroniques.
9. Protection de l’éducation, de la recherche publique, de la culture et des sports des politiques du Mémorandum.
  •     Consolidation de l’enseignement universel, public et gratuit ;
  •     Couverture des besoins les plus urgents en infrastructure et en personnel aux trois niveaux ;
  •     Ecole obligatoire jusqu’à 14 ans ;
  •     Révocation de la loi Diamantopoulou (ndlr : Anna Diamantopoulou avait demandé l’abolition de la loi sur  »l’asile académique », qui interdit l’accès des campus à la police. Cette abolition a été votée le 24 août 2011. On reparlait de « junte » à cette époque, puisque cette loi avait été mise en place suite à la révolte des étudiants qui avait été le point de départ de la fin de la junte militaire);
  •     Consolidation de l’autonomie des universités ;
  •     Préservation du caractère académique et public des universités.
10. Politique étrangère indépendante et engagée dans la promotion de la paix.
L’adaptation de la politique étrangère aux exigences des États-Unis et des Etats puissants de l’UE met en danger l’indépendance du pays, la paix et la sécurité.
  •     Une politique étrangère multidimensionnelle et qui prône la paix ;
  •     Le désengagement de l’OTAN et la fermeture des bases militaires étrangères ;
  •     La fin de la coopération militaire avec Israël ;
  •     L’aide aux tentatives des chypriotes de réunifier l’île ;
  •     En outre, sur la base du droit international et sur le principe de résolution pacifique des conflits, poursuite d’une solution aux relations gréco-turques, d’une solution au problème de la dénomination officielle de l’ARYM et de l’identification de la zone économique exclusive de la Grèce

  Spots de campagne
 Premier spot
Transcription (merci à Mehdi Zaaf) :

    Depuis le 24 avril 2010, le jour où ils nous ont amené le FMI, tu te souviens combien de fois ils nous ont effrayé, nous disant que nous allions sortir de l’Euro et que nous allions revenir à la drachme ?

    Que nous n’obtiendrions pas le prochain versement / la prochaine dose ?

    Que l’on faisait faillite et que les mémorandums allaient nous sauver ?

    Tellement de fois que cela ne nous fait même plus peur.

    La force électorale acquise le 7 mai, nous a ouvert une nouvelle voie, loin de la seule véritable terreur qui menace nos vies : leurs politiques et leurs mémorandums.

    Le 17 juin, nous faisons des mémorandums un artefact du passé. Nous ouvrons la voie de l’espoir.

    Syriza, front social unitaire
Deuxième spot
Transcription :

    06/05/2012

    depuis le jour ou nous avons dit NON à leur mémorandum , vous avez vu combien de fois ils ont modifié ce qu’ils disaient avant.

    Avant
    E. Venizelos, le 30/08/2011 : « Nous ne renégocions pas le cadre(…) »
    Après
    E. Venizelos, le 05/05/2012 : « … Le pays va dans la vers la révision des règles malsaines du contrat… »

    Avant
    A. Samaras, le 11/02/2011 : « …De la même manière que nous avons condamné le 1er mémorandum, nous refuserons le mémorandum 2, qui est pire …

    A. Samaras, le jour du vote du 2ème mémorandum, le 12/02/2011, un jour plus tard, au parlement : « A.Samaras a voté oui pour tout »

    Après
    A. Samaras, le 07/05/2012 : « … pour changer la politique du mémorandum à travers des rénégociations… »

    Ils ont changé si souvent que désormais, nous savons le niveau de puissance qu’ont nos droits et nos votes .

    Le 17 juin, nous faisons des mémorandums un artefact du passé. Nous ouvrons la voie de l’espoir.

    Syriza, front social unitaire

jeudi 3 mai 2012

Élections grecques du 6 mai : une gauche aveugle et paralysée, une extrême-droite qui monte, qui monte, qui monte…

Soixante-sept ans après la fin de la Deuxième Guerre Mondiale et le procès de Nuremberg, nous voici donc en pleine République de Weimar à la grecque…


Athènes, 3 mai 2012 - Dépourvue de traditions et des pratiques antifascistes, la gauche grecque, pratiquement toutes tendances confondues, assiste impuissante et désemparée à la répétition dans son pays du drame de la République de Weimar non pas comme une farce mais très probablement comme une tragédie annonciatrice de grands malheurs européens. Les faits récents en témoignent : après avoir investi, pendant ces derniers mois,  ses espoirs dans cette gauche se situant à la gauche de la social-démocratie néolibérale (PASOK), la petite bourgeoisie grecque ruinée et aux abois s’en détourne en un temps record et est maintenant en train de chercher a l’autre extrémité de l’échiquier politique les solutions radicales à ses problèmes historiques et cataclysmiques…
En effet, il a suffit que les formations de la gauche plus ou moins radicale (KKE, Syriza, Antarsya, Gauche Démocratique…) se montrent incapables d’exploiter le fait qu’elles monopolisaient de fait l’opposition au  gouvernement dit d’Union Nationale du banquier Loucas Papadimos, pour que des pans entiers de la société grecque lui tournent, en quelques semaines, le dos et s’orientent vers des formations se situant aux antipodes de la gauche radicale, à l’extrême-droite même néonazie ! C’est ainsi que ces partis et coalitions à la gauche du PASOK, voient non seulement se réduire plus que drastiquement ces 50%-54% des préférences qu’elles recueillaient toutes ensemble durant cet hiver, mais aussi que cette réduction se fait en partie au profit d’une extrême-droite violente, raciste et pogromiste, qui veut en découdre avec tout ce qui est rouge ou même rose.  Et tout ça en quelques semaines, pratiquement d’un jour à l’autre!..
.

"La Grèce appartient aux Grecs" (manifestation du PASOK)

"La Grèce aux Grecs" (Manifestation d'Aube dorée)
En réalité, tout ce qui se passe depuis des mois en Grèce illustre d’une manière saisissante l’énorme poids de la petite et moyenne bourgeoisie dans la société grecque et l’influence déterminante qu’elle est appelée à exercer sur les événements à venir. Mais attention, il ne s’agit plus seulement de ça. L’extrême paupérisation de cette « société de boutiquiers » à laquelle a conduit l’application de plans d’austérité successives, radicalise à l’extrême  cette petite et moyenne bourgeoisie grecque  désormais en haillons, la pousse loin de ses représentants politiques traditionnels, la transforme en auditoire  bienveillant de tous ceux qui professent des solutions radicales à sa déchéance sociale. En somme, déracinée et désespérée, ruinée et aux abois, cette petite-bourgeoisie grecque en colère est désormais disponible pour soutenir activement tout projet politique qui lui semblerait offrir des solutions radicales à son problème existentiel. Et c’est pourquoi elle suit de plus en plus régulièrement un mouvement de pendule, se tournant d’un extrême politique à l’autre en des laps de temps de plus en plus courts…
Tout ça peut paraitre évident et même « élémentaire » mais pas en Grèce, car c’est, malheureusement, un fait que les classes moyennes grecques ont toujours été et restent totalement absentes en tant que telles des analyses, des projets et des pratiques de l’ensemble des formations politiques de gauche de ce pays ! Cependant, cette tare qui pourrait passer presque inaperçue en « temps normal », devient à cette heure de la vérité qu’est l’actuel moment historique, un handicap colossal pouvant conduire au désastre  non seulement le mouvement ouvrier mais aussi des générations entières des salariés et des citoyens grecs.
Les conséquences de cette « spécificité » de la gauche grecque sont déjà visibles et dramatiques. Faisant coïncider le marais petit-bourgeois grec avec le « peuple » mythique et fourre-tout de ses origines (staliniennes) idéologiques, qui est –nécessairement- toujours du bon coté, la gauche grecque se découvre maintenant totalement démunie de moyens de compréhension de ce qui est en train d’arriver à la base de la société grecque. C’est ainsi qu’elle prend, depuis quelques mois, des vessies pour des lanternes en identifiant comme étant nécessairement de « gauche » les manifestations de la colère petite-bourgeoise  dont la couleur politique n’est absolument pas donnée d’avance puisqu’elle est –par excellence- le plus critique des enjeux de l’affrontement entre le capital et le monde du travail.

Les résultats de cette « incompréhension » pavent déjà le chemin de cette inversion de tendance (aux dépens de la gauche et au profit de l’extrême-droite) mentionnée au début de ce texte. Confondant par exemple toute critique virulente (ou même violente) du parlementarisme bourgeois avec une opposition radicale de gauche au régime bourgeois, la gauche grecque a abdiqué d’avance de son devoir historique de se battre jour après jour pour gagner à son projet politique ces couches petites-bourgeoises, qui aiment promettre la potence aux 300 « traitres » du Parlement grec. Et c’est ainsi qu’elle n’a  ni reconnu ni vu venir des concurrents politiquement diamétralement opposés à elle, qui, eux, se battent très consciemment et méthodiquement pour gagner à leur cause cette petite-bourgeoisie aux abois….
Cette situation déjà très inquiétante devient pourtant plus qu’alarmante du moment que la force qui monte en flèche parmi ces « concurrents politiquement diamétralement opposés » est un ex-groupuscule ultra-violent de tueurs néonazis, appelé « Aube Dorée » (Chryssi Avghi) !  Force est d’avouer que sauf rares exceptions héroïques à l’intérieur de SYRIZA et d’ANTARSYA, la gauche grecque semble totalement désarmée devant ce péril néonazi qui constitue une nouveauté absolue dans l’histoire de la Grèce moderne. En effet, tant dans le subconscient collectif que dans la tradition de la gauche grecque, le « fasciste » n’a rien à voir avec le membre de l’Aube Dorée. C’est plutôt l’eternel « mouchard du quartier » légué à l’histoire du pays par tant de dictatures militaires et autres régimes policiers de vainqueurs de guerres civiles.
Cependant, le flic ou le mouchard qui n’est en dernière analyse qu’un fonctionnaire d’Etat, ne peut en aucune manière être assimilé  ni a un fasciste ni a un néonazi. Et à plus forte raison à un mouvement et un parti néonazi. Alors, habituée comme elle est à appeler « fascistes » ceux qui n’étaient que des simples serviteurs subalternes des régimes forts, la gauche grecque semble maintenant totalement impréparée et sans défenses devant un mouvement politique néonazi qui prétend avoir les mêmes ennemis qu’elle (les plans d’austérité, les gouvernements des partis néolibéraux, la Troïka, les bureaucrates de Bruxelles,…) et qui en plus leur attribue  souvent les mêmes noms (Ploutocratie, impérialisme, capitalisme cosmopolite, traitres de la patrie,…). Le résultat de cette « impréparation » est déjà tragique. Cette gauche grecque semble incapable non seulement de contrecarrer mais même d’expliquer la montée en flèche de l’Aube Dorée (en 3-4 mois, elle est passée de 1% a 6,5% des préférences des Grecs) et tout laisse, malheureusement,  présager son développement encore plus foudroyant dans les mois à venir.


"Contre tous" (manifestation d'Aube dorée)
Mais, encore plus alarmant que l’essor électoral est déjà le développement organisationnel et surtout l’extension de l’influence sociale et politique des néonazis grecs. Voici donc un événement récent qui en dit long sur cette « impréparation » de la gauche grecque et qui illustre parfaitement la dramaticité de la situation. Voulant répondre aux remous qu’avait provoqué le bon accueil réservé à une forte délégation de l’Aube Dorée par les ouvriers grévistes  des Aciéries, qui mènent une lutte exemplaire depuis bientôt 5 mois sous la direction exclusive des syndicalistes du KKE, le BP de ce parti  a sorti une déclaration fustigeant …« les pseudo-révolutionnaires de l’Aube Dorée et de SYRIZA » !
Comme on pouvait s’attendre, cette déclaration a provoqué maintes protestations car, selon la vieille habitude du KKE,  elle mettait dans le même panier les néonazis et les militants de la Coalition de la Gauche Radicale (SYRIZA). Mais, encore une fois est passé pratiquement inaperçu  le fait que pour la direction du PC grec, les néonazis ne sont finalement que des… « pseudo-révolutionnaires » ! C’est à dire, presque inoffensifs et non pas une bande armée et violente servant les intérêts a long terme du capital et ayant pour objectif principal d’atomiser la classe ouvrière en détruisant pour longtemps ses organisations syndicales ainsi que les partis politiques de gauche.
Une telle méconnaissance de la nature des organisations fascistes de la part de la gauche grecque est surement annonciatrice de grands malheurs à venir. Et le pire c’est que ces malheurs ne se limiteront au niveau électoral. En effet, après avoir fait des immigrés le cible prioritaire de leurs expéditions militaires meurtrières, et encouragés par l’impunité scandaleuse dont ils jouissent,  les néonazis grecs  étendent désormais leur  « champ d’action »  à tout ce qui bouge à gauche  et même au-delà (PASOK inclus), sans faire de distinction entre radicaux et réformistes. Leur projet est clair : se poser en alternative jusqu’au-boutiste au « système » et terroriser les foules usant une violence inouïe. Et tout ça sans jamais cacher leurs références hitlériennes.  Même s’il est provisoire, le bilan de leur stratégie crève les  yeux : Ça marche ! Ils attirent du monde et ils ont le vent en poupe…
Le pourquoi de ce succès  cauchemardesque n’est pas dû seulement à la crise et au manque de traditions et de culture antifascistes dans la société et la gauche grecque.  Ce succès est aussi explicable par le fait que l’extrême-droite grecque profite des traditions racistes, chauvines, obscurantistes et réactionnaires cultivées et soigneusement entretenues depuis des décennies par l’idéologie et surtout la pratique « officielle », celle de l’Etat grec et de ses partis dominants. Ce n’est pas seulement que l’Etat grec est le seul en Europe (et au-delà) à ne pas être encore  séparée de l’église (ultraconservatrice) !  C’est aussi que les SS grecs du temps de l’occupation nazie, sont toujours reconnus comme…résistants et touchent régulièrement leur pension pour les services rendus à la patrie  reconnaissante.  C’est que des cadres des partis au gouvernement se permettent de déclarer publiquement qu’on devrait faire des immigrés basanés  du « schampoing colorant » (allusion modernisée aux « juifs transformés en savon » à Auschwitz) et que des personnalités d’un parti de gauche proposent, sans provoquer des réactions, de résoudre la question de l’immigration, en parquant les immigrés sans nourriture sur « des rochers de la mer Egée » !  Si on ajoute à tout ça, que, voulant contrecarrer l’influence grandissante de l’extrême-droite raciste, les gouvernants jouent de plus en plus aux apprentis sorciers, lançant quotidiennement des véritables pogroms contre les immigrés et parlant d’eux à la TV comme s’ils étaient moins que des bêtes sauvages à exterminer, on peut comprendre tant la banalisation en cours des néonazis  que leur succès auprès des foules désorientées et ruinées à la recherche d’ alternatives radicales et surtout vengeresses.  
Alors, doit-on conclure que la Grèce est condamnée d’avance à devenir la proie facile de l’extrême-droite et à subir la « normalisation » de sa société encore rebelle aux diktats de la Troïka ? La réponse est Non. Rien, absolument rien n’est décidé d’avance, tout reste encore possible et  aucun fatalisme n’est permis.  Mais, à deux conditions fondamentales: que la gauche grecque a) dépasse rapidement sa fragmentation et son sectarisme viscéral et apprenne d’urgence à unir ses forces devant l’ennemi de classe commun, et b) forme un front unique de lutte antifasciste avant qu’il ne soit trop tard.
Cependant, le temps presse désespérément, la société grecque –et la classe ouvrière- se désagrège rapidement et c’est archi-faux de penser que l’approfondissement de la  crise conduira fatalement à l’effondrement du régime et peut être du système lui-même. D’ailleurs, tant que l’actuelle situation clairement prérévolutionnaire ne se transforme pas en  situation révolutionnaire (par les soins de la gauche radicale) alors oui, c’est presque fatal qu’elle vire à la contre-révolution, qu’elle devienne contre-révolutionnaire ! Et les signes de ces dernières semaines sont inquiétants : les deux grands partis gouvernementaux et néolibéraux voient leur chute libre arrêtée et reprennent confiance, tandis qu’à droite apparaissent de nouvelles formations politiques qui disputent aux partis de gauche le monopole de l’opposition aux mesures d’austérité. C’est vrai que pour l’instant, on n’est qu’au début de cette inversion de tendance et que la gauche grecque dispose encore d’un certain capital de confiance populaire. Cependant, attention : on assiste déjà en Grèce à une accélération exceptionnelle du cours de l’histoire et les renversements de situations se font désormais en l’espace de quelques semaines.  Ceux qui ne comprennent pas cette caractéristique fondamentale des périodes « anormales » de l’histoire, comme celle qu’on traverse actuellement en Grèce, sont condamnées non seulement à ne pas comprendre ce qui se passe aux tréfonds de la société mais aussi à être pris en permanence au dépourvu par les événements sociaux et politiques « imprévus ». En somme, à être défaits avant même de livrer bataille…
Nous voici donc devant une autre grande faiblesse de la gauche grecque : pour elle, le temps politique et social reste toujours le même, inchangé et immobile, c’est un temps plat ou tout accélération de l’histoire est inconcevable et exclue d’avance ! C’est alors parce que le moment historique actuel ne diffère pas de n’importe quel autre que la direction du KKE (comme d’ailleurs celle trop réformiste de la Gauche Démocratique) présente comme unique solution à la crise le renforcement graduel de ce parti, feignant ainsi d’ignorer que tout (y inclus  le sort du KKE lui-même) se joue non pas dans un futur indéfini mais aujourd’hui, dans les mois à venir. De même, la coalition d’extrême-gauche ANTARSYA, bien que moins aveugle et sectaire que le KKE, ne voit pas comment elle pourrait s’allier maintenant à d’autres formations de gauche car trop faible pour l’instant pour faire le poids face par exemple à SYRIZA. Elle conseille donc…patience, feignant d’ignorer que l’histoire ne fait pas patience et nous promet des lendemains désastreux si on remet pour demain ce qu’on doit faire aujourd’hui. Enfin, la Coalition de la Gauche Radicale (SYRIZA), bien que la plus unitaire de tous, se contente avec ses successives propositions d’alliances électorales, plutôt de mettre au pied du mur les autres formations de gauche que d’œuvrer concrètement pour la création d’un front unique de gauche qui regroupe, organise et coordonne, en vue de les rendre efficaces, les résistances partout à la base de la société grecque, dont on a tant besoin aujourd’hui et pas demain…
Le fait est donc que remettre à demain les décisions et les choix que l’urgence sociale et politique nous impose de prendre et de faire aujourd’hui c’est faire preuve d’une irresponsabilité criminelle envers la gauche grecque et internationale, les travailleurs grecs et européens. Car c’est maintenant et pas « plus tard », dans les combats d’aujourd’hui et pas d’un demain qui peut être n’existera plus, que va se jouer le sort  pas seulement de nous-mêmes mais des générations à venir. Pas seulement de telle ou telle conquête des salariés mais de l’existence même des organisations du monde du travail dans son ensemble, de l’existence de la classe ouvrière en tant que telle ! Ne pas comprendre tout ça, les vrais enjeux de l’affrontement en cours, c’est alors ne pas avoir une idée claire, ne pas comprendre la profondeur et l’intensité exceptionnelle, les dimensions véritablement historiques de  l’actuelle offensive  du capital contre les travailleurs et les travailleuses, contre l’immense majorité de « ceux d’en bas » de nos sociétés. En somme, ne pas comprendre que c’est parfaitement concevable et réaliste la perspective d’un demain qui verrait notre sort déjà réglé, d’un demain qui ne nous laisserait plus aucune chance de nous battre pour les décennies à venir…
Notre conclusion est donc catégorique : pour être à la hauteur des enjeux historiques de la guerre lancée par la bourgeoisie grecque et internationale contre elle et le monde du travail, la gauche grecque doit s’éloigner de sa routine et de ses habitudes, de son mode traditionnel de faire de la politique, de penser et d’agir. En conséquence,  elle doit tout d’abord prendre conscience que l’affrontement actuel n’est pas une simple répétition des précédents, mais quelque chose de nouveau qualitativement différent, qu’il est ici pour rester, qu’il aura une grande durée, et surtout qu’il est un combat global s’étendant sur toute la sphère des activités humaines. Si elle prend conscience de tout ça, de cette réalité absolument nouvelle, alors elle saura rendre son combat non seulement unitaire et radical au maximum mais aussi enraciné aux profondeurs  de la société dans un mouvement organisé de longue haleine et autour d’un projet alternatif pour une Europe des peuples et des travailleurs qui reste toujours à inventer. 
Mais attention : Camarades, le temps presse et ce qui est encore possible aujourd’hui ne le sera probablement pas demain…
 
 Aube dorée rêve d'un score à la Marine Le Pen aux élections de dimanche prochain