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mardi 15 juillet 2014

Le droit d’exister, le droit de résister : Lettres de Gaza

par Salma Ahmed Elamassie سلمى احمد الاماسي  Depuis le 9 juillet dernier, Salma Ahmed Elamassie, professeur de français à Gaza et mère de deux enfants, envoie des lettres par le biais de sa page Facebook. Des bouteilles jetées à la mer avant un  naufrage ... Lire la suite
 

vendredi 8 février 2013

Pouvoirs populaires latino-américains : pistes stratégiques et expériences récentes


Texte introductif de Franck Gaudichaud à l’ouvrage collectif « Amériques latines. Émancipations en construction » que viennent de publier les éditions Syllepse, en partenariat avec l’association France Amérique Latine
« Émancipation » (du latin emancipatio, -onis) : Action de s'affranchir d'un lien, d'une entrave, d'un état de dépendance, d'une domination, d'un préjugé


Indiens en marche, Equateur, 2010
Le laboratoire latino-américain1
Depuis maintenant plus d’une décennie, l’Amérique latine apparaît comme une « zone de tempêtes » du système-monde capitaliste. La région a connu d'importantes mobilisations collectives et luttes sociales contre les ravages du néolibéralisme et ses représentants économiques ou politiques, contre l’impérialisme également; des dynamiques protestataires qui ont abouti dans certains cas à la démission ou la destitution de gouvernements considérés comme illégitimes, corrompus, répressifs et au service d’intérêts étrangers à la souveraineté populaire. Le changement des rapports de force régionaux, dans l'arrière-cour des États-Unis, s'est aussi traduit sur le plan politique et institutionnel par ce qui a été qualifié par de nombreux observateurs de « tournant à gauche »2 (Gaudichaud, 2012), ainsi que, dans certains cas, par une décomposition du système des partis traditionnels :
« Au début des années 90, la gauche latino-américaine était à l’agonie. La social-démocratie se ralliait au néo-libéralisme le plus débridé. Seuls quelques embryons de guérillas et le régime cubain survivant à la chute de l’URSS, par une période de pénurie appelée « période spéciale », refusaient la « fin de l’Histoire » chère à Francis Fukuyama. Après avoir été le laboratoire de l’expérimentation du néolibéralisme, l’Amérique latine est devenue, depuis le début des années 2000, le laboratoire de la contestation du néolibéralisme. Des oppositions ont surgi en Amérique latine de manières diverses et désordonnées : des révoltes comme le Caracazo vénézuélien réprimé dans le sang (1989)3 ou le zapatisme mexicain, des luttes victorieuses contre des tentatives de privatisations comme les guerres de l’eau et du gaz en Bolivie ou encore des mobilisations paysannes massives comme celles des cocaleros boliviens et des sans-terres brésiliens. Entre 2000 et 2005, six présidents sont renversés par des mouvements venus de la rue, principalement dans sa zone andine : au Pérou en 2000 ; en Équateur en 2000 et 2005 ; en Bolivie, suite à la guerre du gaz en 2003 et en 2005 et enfin une succession de cinq présidents en deux semaines en Argentine lors de la crise de décembre 2001. À partir de 1999, des gouvernements se revendiquant de ces résistances se constituent. En un peu plus d’une décennie, plus de dix pays basculent à gauche s’ajoutant à Cuba où les frères Castro sont toujours au pouvoir. Portés par ces mouvements sociaux puissants, de nouveaux gouvernants de gauche aux trajectoires atypiques s’installent au pouvoir : un militaire putschiste au Venezuela, un militant ouvrier au Brésil, un syndicaliste cultivateur de coca en Bolivie, un économiste hostile à la dollarisation en Équateur, un prêtre issu de la théologie de la Libération au Paraguay…» (Posado, 2012).
Tarsila do Amaral, Ouvriers, Huile sur toile,150cm x 205cm, 1933. S. Paulo
Même si le thème du « socialisme du 21e siècle » est revendiqué par des leaders comme Hugo Chávez, la région n'a pas pour autant connu d'expérience révolutionnaire au sens d'une rupture avec les structures sociales du capitalisme périphérique, comme ce fut le cas lors de la révolution sandiniste au Nicaragua, avec le castrisme à Cuba ou -dans une certaine mesure- durant le processus de pouvoir populaire pendant le gouvernement Allende au Chili. Pourtant, dans un contexte mondial difficile, marqué par la fragilité relative des expériences progressistes ou émancipatrices, les organisations sociales et populaires latino-américaines ont su trouver les moyens de passer de la défensive à l’offensive, bien que pas toujours de manière coordonnée. En écho aux revendications de celles et ceux « d’en bas » et/ou au début de crise d’hégémonie du néolibéralisme, quelques gouvernements mènent des politiques aux accents anti-impérialistes et des réformes de grande envergure, notamment en Bolivie, en Équateur et au Venezuela. Plutôt qu’un affrontement avec la logique infernale du capital, ces derniers s'orientent vers des modèles nationaux-populaires et de transition post-néolibérale, de retour de l’État, de sa souveraineté sur certaines ressources stratégiques, avec parfois des nationalisations et des politiques sociales de redistribution de la rente en direction des classes populaires, mais tout en maintenant des accords avec les multinationales et les élites locales (ALAI, 2012). C’est aussi dans ces trois pays que se sont déroulées les plus importantes avancées démocratiques sur le plan constitutionnel de cette décennie, grâce à des assemblées constituantes novatrices; un contexte qui offre de nouveaux espaces politiques et une marge de manœuvre accrue pour l’expression et la participation des citoyens. Le « progressisme gouvernemental » revêt aussi parfois les habits d’un social-libéralisme sui generis, particulièrement au Brésil (et de manière différenciée en Argentine), combinant une politique volontariste et des transferts de revenus conditionnés destinés au plus appauvris à d’amples faveurs aux élites financières et à l’agrobusiness. Selon l’économiste Remy Herrera :
« L’intelligence politique du président Lula tient en ce qu’il a résolu un dilemme, tout à fait insoluble pour ses prédécesseurs de droite, dans leur recherche d’un néolibéralisme « parfait » : celui d’approfondir la logique de soumission de l’économie nationale à la finance globalisée, tout en élargissant l’assise électorale au sein des fractions défavorisées des classes exploitées contre lesquelles cette stratégie est pourtant dirigée. L’une des explications réside sans doute dans le mode de gestion de la pauvreté adoptée par l’État : changer la vie des plus miséreux, concrètement, grâce à un revenu minimal, sans toucher aux causes déterminantes de leur misère » (Herrera, 2011).
Dans d’autres pays, les mouvements populaires doivent toujours faire face à des régimes conservateurs et ouvertement répressifs, au terrorisme d’État, aux mafias ou au paramilitarisme, comme c’est le cas dans de grands pays comme la Colombieet le Mexique ou encore au Paraguay (depuis le coup d’État « légal » de juin 2012) et au Honduras (depuis le coup d’État de 2009)4. En pleine crise internationale du capitalisme, la région montre néanmoins des taux de croissance du Produit intérieur brut étonnants (et de plus sur une période longue), qui n'ont pas manqué de susciter l’admiration de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international, mais une « croissance » inégale, essentiellement basée sur une vision neodeveloppementiste, maintenant ou renouvelant le saccage des ressources naturelles, l’extraction de commodities (pétrole, gaz, minerais, etc...) et une forte dépendance à l’égard du marché mondial, par une stratégie « d’accumulation par dépossession » (selon les termes de David Harvey) extrêmement coûteuse sur le plan social et environnemental. Cette stratégie « extractiviste », désormais partagée par l’ensemble des gouvernements de la région, est l’une des principales tensions de la période (Svampa, 2011):
« Au niveau économique, ce modèle, orienté essentiellement vers l’exportation, est accusé d’induire un gaspillage de richesses naturelles largement non renouvelables. Il engendre une dépendance technologique vis-à-vis des firmes multinationales et une dépendance économique vis-à-vis des fluctuations des cours mondiaux des matières premières. Si les prix élevés de ces dernières dans la conjoncture actuelle ont permis aux pays d’Amérique latine de surmonter la crise après 2008, la reprimarisation des économies, c’est-à-dire l’incitation à se retourner vers la production de matières premières non transformées, les rend très vulnérables à un éventuel retournement des marchés. Dans un contexte de mondialisation économique, ce modèle renforce aussi une division internationale du travail asymétrique entre les pays du Nord, qui préservent localement leurs ressources naturelles, et ceux du Sud.
Sur le plan environnemental, les mines à ciel ouvert, la surexploitation de gisements à faible concentration, l’agrobusiness ou encore l’extraction d’hydrocarbures impliquent le rejet de métaux lourds dans l’environnement, la pollution des sols et des nappes phréatiques, la déforestation et la destruction des paysages, des écosystèmes et de la biodiversité. [...] Cette situation crée – presque mécaniquement – les conditions d’une intensification des conflits sociaux. Pour les gouvernements, cependant, la marge de manœuvre est étroite : d’une part, ces économies sont largement fondées sur l’exportation de matières premières et, de l’autre, les gauches récemment arrivées au pouvoir ont besoin pour se maintenir de résultats tangibles à courte échéance en termes de redistribution et de développement social » (Duval, 2011).
Cependant, si l'on compare l'état actuel du continent avec la période des années 70-90, de nombreuses évolutions sociopolitiques sautent aux yeux. Car il faudrait rappeler brièvement « d’où vient » le sous-continent. Après les années 80, les années de la décennie « volée » (plutôt que « perdue »), années de l’explosion d’une dette extérieure souvent illégitime, les années 90 ont été celles des applications sauvages des préceptes du FMI, des ajustements structurels, de la continuation des politiques du consensus de Washington, des dérégulations et des privatisations au nom d’une supposée efficacité économique, aboutissant à la destruction de secteurs entiers des services publics et à une marchandisation des champs sociaux d'une ampleur inégalée. L’Amérique latine a vraiment subi de plein fouet le « néolibéralisme de guerre » (pour reprendre l'expression du sociologue mexicain Pablo González Casanova), son hégémonie puis sa crise, en particulier en Amérique du sud, bien que ce dernier persiste -et se renforce même- dans d'autres pays : au Mexique, en Colombie et dans une partie de l'Amérique centrale. Ces périodes ont souvent succédé à des longues dictatures. Le Chili incarne encore ce capitalisme du désastre des Chicago-boys et de la doctrine du « choc néolibéral »5. Produit des défaites des gauches, de la répression du mouvement ouvrier et de l’imposition de ce nouveau modèle d’accumulation, le sous-continent est le plus inégalitaire de la planète : la région des inégalités sociales, territoriales et raciales. Ceci, malgré une légère amélioration sur ce plan, comme sur celui -de manière plus nette-de la pauvreté (en Colombie, contre-exemple, les inégalités ont continué a augmenter) (Gaudichaud, 2012)6.
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Franck Gaudichaud (coord.), Amériques latines. Emancipations en construction, Paris, Syllepse, collection "Les cahiers de l'émancipation", Paris, 2013 (en partenariat avec France Amérique Latine). 
Pages : 130 pages. Format : 115 x 190. ISBN : 9782849503621
Prix : 8€ + 1.80€ de frais de port par livre
A commander par courriel : falnationale@franceameriquelatine.fr

mardi 21 février 2012

À l’opinion publique internationale : la vérité sur la Grèce

par Mikis Theodorakis Μίκης Θεοδωράκης, 12/2/2012. Traduit par  Georgios Sgourdos Γιώργος Σγούρδος. Edité par  Guy Wagner  -  Fausto Giudice 
 
Cet appel a été lancé par Mikis Theodrakis le dimanche 12 février 2012, lors de la grande manifestation place Syntagma à Athènes, durant le débat parlementaire sur l'adoption du nouveau Mémorandum imposé par la troïka (Commission européenne, Banque centrale européenne et FMI) à la Grèce. Lorsque Theodorakis, 86 ans, et Manolis Glézos, 90 ans, ont demandé aux policiers de l'uinité spéciale anti-émeutes MAT de pouvoir s'adresser à la foule depuis les marches du Parlement, la seule réponse de ces derniers a été un tir tendu de gaz lacrymogènes s'apparentant à une tentative de meurtre. Voilà comment on traite dans ce pays "entrokaïsé" des hommes qui, au Japon, seraient honorés comme "trésors nationaux vivants"-Tlaxcala
Gazés ! Theodorakis (en haut) et Glézos (en bas)


Un complot international est en cours, visant à mener à terme la destruction de mon pays. Les assaillants ont commencé en 1975, avec comme cible la culture grecque moderne, puis ils ont poursuivi la décomposition de notre histoire récente et de notre identité nationale et aujourd’hui ils essaient de nous exterminer physiquement par le chômage, la famine et la misère. Si le peuple grec ne se soulève pas pour les arrêter, le risque de disparition de la Grèce est bien réel. Je la vois arriver dans les dix prochaines années. Le seul élément qui va survivre de notre pays sera la mémoire de notre civilisation et de nos luttes pour la liberté.

Jusqu’en 2009, la situation économique de la Grèce n’avait rien de très grave. Les grandes plaies de notre économie étaient les dépenses immodérées pour l’achat du matériel de guerre et la corruption d’une partie du monde politique, financier et médiatique. Mais une part de responsabilité appartient aussi aux Etats étrangers, parmi eux l’Allemagne, la France, l’Angleterre et les USA qui gagnaient des milliards d’euros au dépens de notre richesse nationale par la vente annuelle de matériel de guerre. Ce saignement constant nous a écrasés et ne nous permettait plus d’aller de l’avant, alors qu’il était la source d’enrichissement d’autres pays. On peut dire la même chose pour le problème de la corruption. Par exemple, l’entreprise allemande Siemens avait une branche spéciale pour corrompre des Grecs, afin de mieux placer ses produits sur le marché grec. Ainsi le peuple grec a été victime de ce duo des prédateurs allemands et grecs qui s'enrichissaient au dépens de la Grèce.
Il est évident que ces deux grandes plaies auraient pu être évitées si les dirigeants des deux partis politiques pro-américains n’avaient pas été infiltrés par la corruption. Cette richesse, produit du travail du peuple grec, était ainsi drainée vers les coffres-forts de pays étrangers. Les politiciens ont essayé de compenser cette fuite d’argent par un recours à des emprunts excessifs qui résultaient en une dette publique de 300 milliards d’euros, soit 130% du PNB (Produit National Brut).
Par cette arnaque, les étrangers gagnaient doublement: d’une part, par la vente d'armes et de leurs produits et d'autre part, par les intérêts sur l'argent prêté au gouvernement (et non pas au peuple). Comme nous l'avons vu, le peuple grec était la principale victime dans les deux cas. Un seul exemple suffira pour vous convaincre: en 1986, Andreas Papandreou a emprunté un milliard de dollars à une banque d’un grand pays européen. Les intérêts de cet emprunt n’ont été remboursés qu’en 2010 et ils s’élevaient à 54 milliards d’euros.
L’année passée, M. Juncker a déclaré qu’il avait remarqué lui-même l’hémorragie financière massive de la Grèce qui était due aux dépenses excessives (et forcées) pour l'achat de matériel de guerre – de l'Allemagne et la France en particulier. Et il a conclu que ces vendeurs nous conduisaient à un désastre certain. Hélas, il a avoué qu'il n'a rien fait pour contrecarrer cela, afin de ne pas nuire aux intérêts des pays amis!
En 2008, la grande crise économique est arrivée en Europe. L’économie grecque n’a pas été épargnée. Cependant, le niveau de vie qui était jusque-là assez élevé (la Grèce se classait parmi les 30 pays les plus riches du monde), est resté pratiquement inchangé, malgré une augmentation de la dette publique. La dette publique ne se traduit pas nécessairement par une crise économique. La dette des grands pays tels que les États-Unis et l'Allemagne sont estimées à des milliers de milliards d’euros. Les facteurs déterminants sont la croissance économique et la production. Si ces deux facteurs sont positifs, il est possible d’emprunter auprès des grandes banques à un taux d'intérêt inférieur à 5%, jusqu'à ce que la crise soit passée.
En novembre 2009, au moment de l’arrivée de George Papandréou au pouvoir, nous étions exactement dans cette position. Pour faire comprendre ce que le peuple grec pense aujourd’hui de sa politique désastreuse, je cite deux chiffres: aux élections de 2009 le PASOK - le parti politique de G. Papandreou - a remporté 44% des voix. Aujourd'hui, les sondages ne lui donnent plus que 6%.
M. Papandréou aurait pu faire face à la crise économique (qui reflétait celle de l’Europe) avec des prêts de banques étrangères au taux habituel, c’est-à-dire inférieur à 5%. S'il l’avait fait, notre pays n’aurait pas eu de problème. Comme nous étions dans une phase de croissance économique, notre niveau de vie se serait amélioré.
Mais M. Papandréou avait déjà commencé sa conspiration contre le peuple grec en été 2009, lorsqu’il a rencontré secrètement M. Strauss-Kahn, dans le but de placer la Grèce sous la tutelle du FMI. Cette révélation a été faite par l’ancien directeur du FMI.
Pour y arriver, le tableau de la situation économique de notre pays devait être falsifié, afin que les banques étrangères aient peur et augmentent les taux d’intérêt de prêt à des montants prohibitifs. Cette opération onéreuse a commencé avec l’augmentation artificielle du déficit publique de 12% à 15% pour l’année 2009 [ Andreas Georgiou, président du conseil d’administration de l’Institut National de Statistique, ELSTAT, a subitement décidé en 2009, sans demander l’accord, ni informer son conseil d’administration, de comptabiliser dans le calcul du déficit public certains organismes et entreprises publiques qui ne l’avaient jamais été auparavant dans aucun autre pays européen, excepté la Norvège. L’objectif était de faire passer le déficit de la Grèce au-dessus de celui de l’Irlande (14%), afin que ce soit elle qui joue le rôle de maillon faible de l’Europe, NdT]
Pour ce forfait, le procureur M. Pepònis a déféré M. Papandréou et M. Papakonstantinou (ex-ministre des Finances) devant la justice, il y a 20 jours.
Ensuite, M. Papandréou et son ministre des Finances ont mené une campagne de discrédit pendant 5 mois, au cours de laquelle ils ont essayé de persuader les étrangers que la Grèce était, comme le Titanic, en train de couler, que les Grecs sont corrompus, paresseux et donc incapables de faire face aux besoins du pays. Après chacune de leurs déclarations, les taux d'intérêt montaient, afin que la Grèce ne puisse plus faire des emprunts et afin de donner un caractère de sauvetage à notre adhésion au FMI et à la Banque Centrale Européenne. En réalité, c'était le début de notre fin.
En mai 2010, un ministre, celui des Finances, a signé le fameux Mémorandum, c’est-à-dire notre soumission à nos prêteurs. D’après le droit grec, l'adoption d'un tel accord doit être soumise au parlement et être approuvée par les trois cinquièmes des députés. Donc, le Mémorandum et la Troïka qui nous gouvernent, fonctionnent illégalement - non seulement au regard du droit grec, mais aussi du droit européen.
Depuis lors, en supposant que notre parcours vers la mort soit représenté par un escalier de 20 marches, nous avons déjà parcouru plus de la moitié du chemin. Imaginez que le Mémorandum brade aux étrangers notre indépendance nationale et la propriété nationale, à savoir: nos ports, nos aéroports, le réseau routier, l’électricité, l’eau, toute les richesses naturelles (dans le sous-sol et sous-marines) etc. Ajoutez-y nos monuments historiques, comme l'Acropole, Delphes, Olympie, Epidaure et autres sites, une fois que nous avons renoncé à faire valoir nos droits.
La production a été freinée, le taux de chômage a grimpé à 18%, 800 000 magasins ont fermé, tout comme des milliers d’usines et des centaines d’artisans. Un total de 432 000 entreprises ont déposé leur bilan. Des dizaines de milliers de jeunes scientifiques quittent notre pays qui s'enfonce de plus en plus dans les ténèbres du Moyen Âge. Des milliers de personnes qui étaient aisées jusqu’à une date récente, sont maintenant à la recherche de nourriture dans les ordures et dorment sur le trottoir.
Entretemps, nous sommes censés vivre grâce à la générosité de nos prêteurs d’argent, les banques européennes et le FMI. En fait, l’intégralité du paquet de dizaines de milliards d’euros versé pour la Grèce, retourne à son expéditeur, tandis que nous sommes de plus en plus endettés à cause des intérêts insupportables. Et parce qu’il est nécessaire de maintenir en fonction l’Etat, les hôpitaux et les écoles, la Troïka charge la classe moyenne et inférieure de notre société de taxes exorbitantes qui mènent directement à la famine. La dernière fois que nous avons vécu une situation de famine généralisée dans notre pays était au début de l'occupation allemande, en 1941, avec près de 300 000 morts en six mois seulement. De nos jours, le spectre de la famine revient dans notre pays infortuné et calomnié.
Si vous pensez que l'occupation allemande nous a coûté un million de morts et la destruction complète de notre pays, comment pouvons-nous accepter, nous les Grecs, les menaces de Mme Merkel et l'intention des Allemands de nous imposer un nouveau Gauleiter, qui cette fois portera une cravate ?
La période de l'occupation allemande, de 1941 jusqu'à octobre 1944, prouve à quel point la Grèce est un pays riche, et à quel point les Grecs sont travailleurs et conscients (conscience du devoir de liberté et de l'amour pour la patrie).
Lorsque les SS et la famine tuaient un million de personnes et la Wehrmacht détruisait notre pays, confisquait toute la production agricole et l'or de nos banques, les Grecs ont pu survivre grâce à la création du Mouvement de Solidarité Nationale et d’une armée de partisans comptant 100 000 combattants, qui ont fixé 20 divisions allemandes dans notre pays.
En même temps, les Grecs ont survécu non seulement grâce à leur application au travail, mais aussi , dans des conditions d'occupation, grâce à un grand développement de l'art grec moderne, en particulier dans le domaine de la littérature et de la musique.
La Grèce a choisi la voie du sacrifice pour la liberté et la survie en même temps.
Nous avons été attaqués, nous avons répondu avec Solidarité et Résistance et nous avons survécu. Nous faisons maintenant exactement la même chose, avec la certitude que le peuple grec sera finalement vainqueur. Ce message est envoyé à Mme Merkel et M. Schäuble, en soulignant que je reste un ami du peuple allemand et un admirateur de sa grande contribution à la science, la philosophie, l'art et la musique en particulier. La meilleure preuve de cela est le fait que j’ai confié l’intégralité de mon œuvre musicale à deux éditeurs allemands, Schott et Breitkopf, qui sont parmi les plus grands éditeurs dans le monde, et ma collaboration avec eux est très amicale.
Ils menacent de nous expulser de l'Europe. S'ils ne veulent une fois pas de nous, c'est dix fois que nous ne voulons pas faire partie de l'Europe de Merkel – Sarkozy.
Aujourd'hui, dimanche 12 février, Manolis Glezos – le héros qui a arraché la croix gammée de l'Acropole, donnant ainsi le signal du début, non seulement de la résistance grecque, mais aussi de la résistance européenne contre Hitler – et moi-même nous nous préparons à participer à une manifestation à Athènes. Nos rues et nos places vont être remplies de centaines de milliers de personnes qui manifesteront leur colère contre le gouvernement et la Troïka.

J'ai entendu hier le Premier ministre-banquier dire, en s’adressant au peuple grec, que nous avons presque touché le fond. Mais qui nous a amené à ce point en deux ans? Ce sont les mêmes qui, au lieu d’être en prison, menacent les députés, afin qu’ils votent pour un nouveau Mémorandum pire que le premier, qui sera appliqué par les mêmes personnes qui nous ont amenés là où nous sommes. Pourquoi? Parce que c’est ce que le FMI et l’Eurogroupe nous obligent à faire, en nous menaçant, si nous n’obéissons pas, de faillite... Ici on joue au théâtre de l'absurde. Les cercles qui nous haïssent (grecs et étrangers) et qui sont les seuls responsables de la situation dramatique de notre pays, nous menacent et nous font du chantage, afin de pouvoir poursuivre leur œuvre destructrice, jusqu’à notre extinction définitive.


Au cours des siècles, nous avons survécu dans des conditions très difficiles. Il est certain que, non seulement les Grecs vont survivre, mais ils vont aussi revivre si on nous conduit de force à l'avant-dernière marche de l’escalier vers la mort.


A présent je consacre toutes mes forces à unir le peuple grec. J'essaie de le convaincre que la Troïka et le FMI ne sont pas une voie à sens unique. Qu'il y a une autre solution: changer l’orientation de notre nation. Se tourner vers la Russie pour une coopération économique et la formation de partenariats qui nous aideront à mettre en valeur la richesse de notre pays en des termes favorables à notre intérêt national.


Je propose de ne plus acheter du matériel militaire des Allemands et des Français. Nous allons tout faire pour que l'Allemagne nous paie les réparations de guerre dues. Ces réparations s'élèvent, avec les intérêts, à 500 milliards d’euros.


La seule force capable de faire ces changements révolutionnaires, c'est le peuple grec uni en un Front de Résistance et de Solidarité pour que la Troïka (FMI et banques européennes) soit chassée du pays. En parallèle, il faut considérer comme nuls et non avenus tous ses actes illégaux (prêts, dettes, intérêts, impôts, achats de la richesse publique). Bien sûr, leurs partenaires grecs – qui ont déjà été condamnés dans l'esprit de notre peuple en tant que traîtres –, doivent être punis.


Je suis entièrement concentré sur ce but (l'union du peuple en un Front) et je suis persuadé que nous l’atteindrons. Je me suis battu les armes à la main contre l'occupation hitlérienne. J'ai vu les cachots de la Gestapo. J’ai été condamné à mort par les Allemands et j’ai miraculeusement survécu. En 1967, j'ai fondé le PAM (Patriotikò Mètopo - Front patriotique), la première organisation de résistance contre la junte militaire. Je me suis battu dans la clandestinité. J'ai été arrêté et emprisonné dans l'“abattoir” de la police de la junte. Finalement, j'ai encore survécu.


Aujourd'hui, j’ai 87 ans, et il est très probable que je ne serai plus là le jour du sauvetage de ma patrie bien-aimée. Mais je vais mourir la conscience tranquille, parce que je continuerai jusqu’à la fin de faire mon devoir envers les idéaux de liberté et de droit.

mercredi 2 décembre 2009

Procès à Copenhague: le droit à la solidarité avec les mouvements de résistance en question

Avons-nous le droit, nous, citoyens des pays prospères, vivant en paix et "démocratiques", d'apporter notre soutien aux mouvements de résistance des pays dominés du Sud ? Depuis le 11 Septembre 2001, au nom de la "guerre contre le terrorisme", des mouvements de résistance armée se sont vus apposer l'étiquette de "terroristes". Se solidariser avec eux devient dès lors un crime, ou du moins un délit. N'acceptant pas cette logique, un groupe de Danois ont créé en 2004 l'association Oprør (Rébellion) -un millier de membres aujourd'hui -, qui a organisé des collectes d'argent destiné au FPLP palestinien et aux FARC colombiennes. Le porte-parole d'Oprør , Patrick Mac Manus est jugé à partir de demain à Copenhague. Il nous explique l'enjeu de ce procès. et appelle à la solidarité. Traduction d'Annie Goossens, édition de Fausto Giudice.

Le procès contre le groupe Oprør (Rébellion), accusé de soutenir des mouvements de résistance, commencera sous peu. Le Procureur requiert une peine d'emprisonnement. Le procès aura lieu à la VIème Chambre du tribunal de grande instance de Copenhague  les 3 et 7 décembre, 2009 et les 8 et 15 janvier 2010. Le verdict sera rendu le 8 février 2010.
L'objectif de l’association Oprør,  constituée en 2004, est de défier la « législation antiterroriste », tant au Danemark qu’au plan international.
Par le biais de la législation antiterroriste, les autorités cherchent à saper  les organisations progressistes, les mouvements de résistance, les syndicats et les mouvements de solidarité dans le monde entier.

Nous invitons tous les mouvements à nous soutenir pour :
- Défendre le droit des peuples à résister aux gouvernements illégitimes et à l’occupation étrangère!
- Défendre le droit des peuples à prendre les armes contre l'oppression quand tous les autres moyens ont été épuisés!


Oprør est accusé d'avoir transféré des fonds importants au Front populaire pour la libération de la Palestine (FPLP) et aux Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) en défi de la législation antiterroriste.
Le Front populaire pour la libération de la Palestine (FPLP) est depuis des décennies un chef de file de la lutte du peuple palestinien engagé dans un conflit légitime contre les forces d'occupation. Nous appuyons le Front populaire pour la libération de la Palestine (FPLP) dans sa lutte pour un Àtat laïque et démocratique pour tous. Cette organisation ne  peut en aucune façon être qualifiée de « terroriste ».
Les FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie) ont travaillé et ont combattu pendant des décennies pour les droits démocratiques et l'égalité du peuple. Avec l'appui des USA et en coopération avec des « escadrons de la mort » contrôlés par les grands propriétaires fonciers et les  cartels de la drogue, le régime actuel continue à persécuter les dirigeants et les membres des syndicats, des militants politiques, des étudiants et des organisations paysannes de Colombie. Plusieurs pays  latino-américains ont négocié la paix en légalisant les groupes rebelles, leur permettant ainsi de participer à un processus politique ouvert. La criminalisation des FARC empêche une solution politique en Colombie.
Au Danemark, on conteste de plus en plus  la  législation antiterroriste ; Oprør a contribué à développer ce mouvement et en est partie prenante.

Proche de nous, l'organisation Fighters & Lovers (Combattants  & Amants) a contesté la législation antiterroriste en vendant des T-shirts en soutien aux FARC et au FPLP.  Le 18 septembre 2008, la Cour d’Appel a annulé l'acquittement prononcé par le tribunal de première instance de Copenhague et a infligé à cinq des membres de l’organisation des peines de 60 jours à six mois de prison. En mars 2009, la Cour suprême a converti les peines d’emprisonnement en condamnations avec sursis, exprimant également certains doutes sur la législation elle-même.
Les thèmes du terrorisme, des mouvements de résistance et de libération font  de plus en plus l’objet de débats.
Le moindre d'entre eux n'est pas celui du mouvement de résistance danoise contre l'occupation au cours de la Deuxième Guerre mondiale. À l'époque, les résistants ont été qualifiés de « terroristes » par les forces d'occupation et leurs alliés danois. L’Association Horeserød -Stutthof, issue du mouvement de résistance et des générations suivantes, a  accéléré le débat. Depuis 2006, cette association a maintes fois transféré des fonds aux FARC et au FPLP, et en a informé le Ministère de la Justice. Et pourtant, celui-ci n'a pas réagi, révélant l'hypocrisie de l'actuelle mise en application de la législation « antiterroriste ».
Un groupe international du syndicat des travailleurs de l’industrie du bois et de la construction (TIB) de Copenhague a également transféré des fonds au mouvement de résistance en Colombie. Dans ce cas, il renvoie à  l'expérience antérieure du soutien aux mouvements de libération du Viêt Nam et d’Afrique du Sud, qui constituait à l'époque un défi aux politiques dominantes des gouvernements. À ce jour  il n’y a pas eu de réaction judiciaire à cette initiative non plus.
Dans le procès imminent contre Oprør même un acquittement ne résoudra pas le problème. La législation internationale contre le « terrorisme » continuera à défier les droits humains. Une condamnation ne modifiera pas non plus notre objectif qui est de continuer à soutenir le droit à la résistance et à la solidarité dans le monde entier.
Nous avons choisi de nous concentrer sur la Palestine et la Colombie. Nous aurions pu choisir beaucoup d'autres cas ,de la Turquie au Kurdistan, du Pays basque aux Philippines. Dans notre choix,  nous avons tenu compte d'un facteur important, à savoir que les forces de libération font progresser les objectifs laïcs, démocratiques et humanistes de concert avec le peuple.
Par le biais de l'actuelle législation antiterroriste, les États ont tenté de freiner la liberté d'expression et les droits politiques de leurs citoyens. Le droit de fournir un soutien moral et matériel aux mouvements de résistance et de libération dans le monde entier est menacé. Les droits civils et les droits des travailleurs à mener une lutte légitime pour la protection sociale et la réforme démocratique sont également de plus en plus réduits.
Oprør demande à tous les mouvements luttant pour la démocratie et la solidarité internationale à se joindre à lui en contestant la législation antiterroriste nationale et supranationale ainsi que la prétendue « guerre mondiale contre la terreur ».
Des manifestations devant les ambassades danoises exigeant l'acquittement d’ Oprør au procès à venir seraient les bienvenues de même que l'envoi de lettres de protestation aux ministères de la Justice et des Affaires étrangères.  
  • Ministère de la Justice:
    Slotsholmsgade 10
    1216 Copenhague K
    Téléphone: +45 / 72 26 84 00
    Télécopieur : +45 / 33 93 35 10
    E-mail:  
    jm@jm.dk
  • Ministère des Affaires étrangères:
    Asiatisk Plads 2
    DK-1448 Copenhague K
    Téléphone: +45/ 33 92 00 00
    Télécopie: +45/ 32 54 05 33
     E-mail:
    um@um.dk
  • Oprør peut être contacté à: opror[at]linuxmail[dot]org



    Source : Rebellion (Denmark): The Court Case is Approaching!
    Article original publié le 20/11/2009

    Annie Goossens est une collaboratrice de
    Tlaxcala
    , le réseau international de traducteurs pour la diversité linguistique, dont Fausto Giudice est membre. Cette traduction est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteur, la traductrice, le réviseur et la source.
    URL de cet article sur Tlaxcala :
    http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=9371&lg=fr


       


dimanche 8 novembre 2009

The shoe must go on-Devenu philanthrope, Mountazer Al Zaïdi file en Suisse

par Michel PORCHERON, 8/11/2009
Sauf le respect que l’on doit à nos amis suisses et suissesses, entre faire la une de la presse mondiale,  à commencer par la presse panarabe pendant de nombreuses semaines et celle, très récente, de la presse cantonnée à la Suisse, deux jours seulement, il existe une très sensible gradation, plus clairement dit un effet de dégradé, nom commun, comme le dit notre dictionnaire usuel : « affaiblissement nettement progressif d’un éclairage ».
Mountazer  al Zaidi est le premier à savoir que jamais plus – à moins d’un nouvel exploit inespéré, mais c’est très improbable --  les projecteurs ne se braqueront sur lui comme ce jour du 14 décembre 2008, quand il lança ses chaussures  sur le président George W. Bush, dans un geste live aussi improvisé que désespéré.

A son arrivée à Genève
   

Mountazer est depuis déjà plus de trois semaines en Suisse, et on a failli ne pas le savoir. L’ex-journaliste irakien, contrairement à toute attente, est arrivé  incognito mardi matin 13 octobre 2009 à l'aéroport de Genève en provenance de Beyrouth, soit presque un mois jour pour jour après sa sortie de prison irakienne (après une détention de 90 jours, dont les premiers furent particulièrement musclés, selon son témoignage)  et 10 mois après son exploit qui n’est toujours pas à la veille de quitter son orbite planétaire. Si un jour, avec le temps,  il sortait du monde dit médiatique, entre web et youtube en passant par des blogs amis, ce sera pour entrer par la grande porte dans les livres d’Histoire mondialisés, à commencer par l’Encyclopaedia Universalis en vingt volumes et en vingt langues. Il devrait y faire son entrée dans la prochaine édition.    
Mountazer « a encore beaucoup à faire dans son pays »  
Accompagné de son frère Maytham, et muni d’un visa de touriste, il a été accueilli par son avocat genevois Me Mauro Poggia. Le visa accordé lui permettra de rester 90 jours en Suisse, où il souhaite créer une foundation qui aura pour objectif d'aider les civils victimes de la guerre en Irak. Il a par ailleurs retiré sa demande d'asile qu'il avait déposée en Suisse (il n'est en effet pas possible de demander un visa touristique et une demande d'asile simultanément. D’autre part, Mountazer aurait l’intention de rentrer dans son pays, « où il a encore beaucoup à faire »). Son visa est un visa Schengen à entrées multiples. Le journaliste irakien pourra donc se déplacer dans les autres pays européens de l'espace du même nom. Selon certaines sources généralement non autorisées, il pourrait passer la frontière avec la France en fin d’année pour un rendez-vous dont le lieu restera top secret jusqu’à l’ouverture des portes, le jour même.
Déjà fort d’une réputation de Guillaume Tell à l’irakienne, Mountazer  aurait pu plus mal choisir que la Suisse.
La Suisse est bien le meilleur choix : dans ce pays on y vit dans la discrétion, la retenue, le climat est clément,  on peut y prendre, selon son souhait, de la hauteur, son image demeure celle de la réussite économique et sociale, les étrangers (Turcs, Albanais, Bosniens, Croates, etc…) représentent environ 22 % de la population active (en comptant les saisonniers et les frontaliers), c’est la place forte de la finance internationale,   le plus petit pays sur l’échiquier planétaire des grandes puissances , place forte aussi de Conventions, Accords, Conférences, Traités  (généralement de Genève)  et des sièges d’institutions internationale d’ordre économique, social  et culturel, ainsi que d’ organisations humanitaires ou ONG mondiales ( la fondation de la Croix Rouge par H. Dunant ne date-t-elle pas de 1859).
Dans l’actualité, déjà attaquée dans les affaires UBS, Polanski et du secret bancaire, qui, on le sait, fait partie du patrimoine du pays au même titre que les montres, le chocolat au lait ou le fromage gras à pate dure, c’est une Suisse humiliée qui a manifesté plus que son inquiétude sur le sort réservé à deux de ses ressortissants, deux hommes d’affaires considérés comme « disparus » quelque part en Libye, après y avoir été déclarés « otages » en juillet 2008 probablement par des éléments non contrôlés. Depuis un mois, Genève n’a plus de nouvelles.  Genève est en effet en grande délicatesse avec le colonel libyen Muammar al Kadhafi. Certaines sources qui ont préféré garder l’anonymat, font le lien entre cette longue prise d’otages et le traitement réservé par les autorités helvètes à un de ses fils, Hannibal, l’été 2008, trop longuement, à son gré, détenu dans un poste de police genevois pour une simple histoire sur la voie publique.
Et tout ça quel rapport avec Mountazer et son visa touristique ? Aucun.  
Se sentant pour l’heure menacé en Irak,  craignant pour sa sécurité, selon ses déclarations, sans préciser d’où pourrait venir le danger, Mountazer  avait d’abord quitté l’Irak pour le Liban, sans passer par la Grèce comme il avait été annoncé peu après sa libération. « J'ai peur pour ma famille» à Bagdad, a-t-il souligné. Selon son avocat irakien, Me Dhiya al-Saadi, « même si de nombreux Irakiens soutiennent son acte, il est à la merci d'extrémistes de tout poil. Et d'autres fous qui voudraient faire de lui un martyr de la souffrance de tout un peuple». Icone
«Il ne pourra plus travailler comme journaliste sans subir désormais de terribles pressions. Profilé à gauche, il se montre très critique vis-à-vis du gouvernement actuel en Irak qu'il juge trop soumis aux Américains. Sa vie peut devenir un enfer dans son pays», a-t-il ajouté.
Dès avant son procès il avait manifesté son intention de demander l’asile politique chez les Helvètes. «Une fois installé à Genève, cet homme, célibataire et sans enfants, pourra très bien travailler comme journaliste aux Nations Unies», indiquait alors pour sa part l’avocat genevois Me Poggia…
Mountazer  aurait été en effet mal inspiré en débarquant à l’improviste (sauf le respect…) au Monténégro, en  Ouzbékistan, au Schleswig-Holstein, aux Iles Aléoutiennes,  en Alaska ou  dans le Carcassès, contrées qui malgré leur attrait intrinsèque indéniable, ne réunissent pas toutes ensemble, ne serait-ce que deux des qualités de la solution suisse.
Il ne pouvait pas en effet se tromper de point de chute et commettre la moindre erreur dans sa nouvelle vie d’ancien -lanceur-de-chaussures. Il devait, il devra être à la hauteur de ce que l’on a écrit sur lui, comment en effet décevoir ceux qui, par exemple, ont mis en ligne sur vous et sur un site prestigieux, des louanges comme : « Il manquait peut-être à l’université de Bagdad un Unamuno irakien. Mais chaque époque et chaque pays produisent ses propres héros. L’Espagne de 1936 n’est pas l’Irak de 2003 et Franco n’est pas Bush. Pourtant le 14 décembre 2008 à Bagdad, un homme, Mountazer al-Zaïdi, s’est levé et a osé lancer ses chaussures sur Bush le président des États-Unis ! En Irak, Mountazer al-Zaïdi est devenu le symbole de la résistance à l’occupant ».
« Depuis Genève, (...) je lance un appel en faveur de mon peuple et j'annonce le lancement d'une fondation humanitaire pour mon peuple »,  a expliqué le lundi 19 octobre lors d'une conférence de presse à Genève l'ancien correspondant à Al-Baghdadia TV, vêtu d’un costume noir et d’une chemise couleur lilas. «  Je pense aider les orphelins, les veuves avec des ateliers de couture et les déportés en priorité. Nous voulons construire des écoles, des hôpitaux, des centres médicaux, un centre pour remplacer les membres des personnes handicapées suite à cette guerre », a-t-il ajouté, lisant un court texte.






Cela s’apparente à des travaux d’Hercule, mais personne n’aurait le mauvais goût de dénigrer ces formidables projets humanitaires en faveur du peuple d’un pays où toutes les bonnes volontés sont les bienvenues.
Sa fondation qui s’appelle d’ores et déjà al Zaïdi Foundation possède déjà un site internet, www.alzaidifoundation.com, en anglais et en français (http://www.alzaidifoundation.com/?view=foundation&lang=fr), mais n'aurait pas encore été créée juridiquement. La version en arabe est en construction. La Fondation disposera au départ d'un capital de 50.000 francs suisses (33.000 euros) et sera de droit suisse, avec siège à Genève. Mountazer avait reçu de nombreuses promesses d’offres de donateurs, mais décida de ne rien accepter jusqu'à la création de sa fondation. Mountazer al-Zaïdi n’a pas donné de précisions sur la provenance des fonds qui financeront sa fondation, mais a indiqué vouloir  « faire appel à tous les esprits libres du monde », ce qui constitue d’emblée un colossal potentiel, tellement les « esprits libres » sont une denrée hyper-majoritaire sur la surface du globe. « J’accepte tous les cadeaux et les dons en argent», a-t-il expliqué
Une demande de permis de séjour n'est pas exclue à la fin de la validité de son visa. Mountazer al-Zaïdi va-t-il rester définitivement en Suisse? « C’est un homme profond et désintéressé», a affirmé l'avocat genevois, qui a renoncé à ses honoraires pour lui venir en aide. Plus tard Mountazer, à peine la trentaine, aimerait trouver du travail, sans que l’on sache aujourd’hui  quelle capitale aurait sa préférence, Genève ou Bagdad.
Sa notoriété, il faut le souligner, n'a pas facilité l'octroi du visa pour la Suisse, un visa si difficile à obtenir pour les ressortissants du tiers-monde. «Il devait abandonner sa demande d'asile pour obtenir un visa touristique», rappelle l’expert suisse  Jean-Philippe Jutzi, qui a affirmé que Mountazer al-Zaïdi n'a pas bénéficié d'un passe-droit. «Sa demande de visa touristique a pris près de trois semaines», selon le journaliste suisse Olivier Kohler. Pour Me Mauro Poggia, ce qui a été déterminant, c'est la solvabilité de son client. «J'ai réuni des sponsors qui vont l'aider financièrement et dans la mise sur pied de sa fondation ».
Dans une interview exclusive accordée à la TSR, dès sa sortie de prison, le journaliste répondait aux questions de l’envoyé spécial Olivier Kohler: «J'ai vraiment envie de venir en Suisse parce que c'est un pays neutre et parce que c'est un pays qui n'a pas soutenu l'occupation de l'Irak. La Suisse (…) qui a une grande tradition démocratique, c'est un exemple pour le monde», a-t-il poursuivi. Le journaliste Vincent Dozé du Matin suisse commentait à cette époque : « Le journaliste irakien aimerait vivre chez nous. Mais son statut de héros ne lui ouvre pas les frontières et la célébrité à elle seule ne peut le protéger ». Dans l’immédiat, un touriste en Suisse, comme ailleurs, serait mal inspiré de s’adonner à des activités politiques déplacées.  De l’humanitaire oui.
Et si Mountazer  devenait un Robinson suisse, personnage illustre, héros du roman éponyme (1812) de l’écrivain suisse de langue allemande Johann David Wyss (Berne, 1743-818) qui relate l’histoire d’une famille suisse certes naufragée sur une île déserte, mais que sauva courageusement le père, excellent homme et qui sut prodiguer à ses enfants de sages conseils et de « proposer à leur dévotieuse admiration, l’infinie  sagesse de la Providence », selon notre dictionnaire usuel.      
Le 15 octobre dernier, sur le site leMatin.ch (ch, de Condéfération Helvétique), Michel Jeanneret a publié (08h45) un entretien où l’émotion le dispute à la lucidité.
Nous en publions de très larges extraits car il s’agit de la première interview de sa nouvelle vie post lancer-de- chaussures. « Mountazer al-Zaïdi est une véritable star. De celles que l’on approche avec respect et admiration. Et pour cause, cet homme de 30 ans est celui qui a osé le geste devenu l’un des plus célèbres du monde. Un geste libératoire pour des millions de personnes, mais qui aurait pu lui coûter la vie. C’était le 14 décembre 2008.
Lorsque nous l’avons rencontré hier, le journaliste irakien a tout d’abord dû signer des autographes, serrer des mains, se faire prendre en photo par des passants. Exténué, le corps encore marqué par les violences subies dans la prison irakienne qu’il a quittée il y a exactement un mois, Mountazer al-Zaïdi se trouve aujourd’hui à Genève dans un seul but: promouvoir une fondation censée venir en aide à son peuple.
Vous semblez très marqué, vous marchez lentement. Comment vous portez-vous?
Tout mon corps me fait mal. Comme vous le voyez, les gardiens de la prison dans laquelle on m’a enfermé m’ont cassé une dent lorsqu’ils m’ont donné des coups de poing. On m’a également cassé le petit orteil avec une conduite en métal et je porte encore d’autres marques de mon séjour là-bas.
Avez-vous été torturé pendant les neuf mois que vous y avez passés?
 
Non, on m’a frappé et maltraité les trois premiers jours. Mais vous savez, je ne désire plus évoquer cet épisode pénible. J’aimerais essayer de l’oublier.
Et sinon, comment vous portez-vous moralement? Etes-vous soulagé d’être sorti de là et de vous retrouver à Genève?
Je vais vous dire: ma plus grande peur en me levant chaque matin, c’est que tout cela ne soit qu’un beau rêve et que je sois en fait encore en prison. Je suis toujours très marqué par tout cela.
La question que tout le monde se pose, c’est: qu’est-ce qu’on ressent au plus profond de soi quand on balance une chaussure sur George W. Bush?
 
Le sentiment d’envoyer un véritable message, un message très fort. Un message?: Oui, et c’est la raison pour laquelle beaucoup de monde me demande des autographes et me félicite aujourd’hui.

C’est-à-dire?
 
Pour ces gens, je suis la personne qui a dit non aux Etats-Unis. C’était un geste fort, alors que l’ensemble des dirigeants du monde arabe et ceux du monde entier d’ailleurs n’ont pas pu – ou pas osé – dire ce qu’ils pensaient réellement de Bush. Moi, un petit citoyen normal, j’exprimais de manière symbolique ce que tant de gens pensaient. Avez-vous eu le sentiment de venger le peuple irakien, à ce moment-là? Non. Les Irakiens ne sont pas un peuple qui appelle à se venger et j’aspire moi-même à la paix. Je vous l’ai dit, il s’agit d’un geste symbolique de mécontentement.
La question peut vous paraître cocasse, mais regrettez-vous que Bush ait pu esquiver vos deux jets de chaussures?
Au contraire. Je suis plutôt content de ne pas l’avoir touché, puisque je ne voulais pas commettre un acte violent. Ce que je regrette, par contre, c’est de ne pas avoir retrouvé mes chaussures (il rit).
Votre acte était-il prémédité ?
 
(Il ne répond pas.)
Vous étiez conscient de ce que vous risquiez, quand vous avez lancé ces chaussures ?
 
Oui, je savais que je commettais un acte qui pouvait mettre ma vie en danger. Mais c’était trop fort, je devais le faire.

Et pourquoi? Vous pensez vraiment que cela a servi à quelque chose?
Je ne sais pas, mais je m’y emploie aujourd’hui. Mon peuple s’est fait massacrer par George W. Bush! Et la souffrance se poursuit pour les survivants. L’Irak aujourd’hui, ce sont 5 millions d’orphelins, 1 million de veuves et 3 millions de handicapés. C’est pour eux que je crée une fondation. Pour leur venir en aide et traduire l’ancien président américain en justice.

Traduire George W. Bush en justice! ?
 O
ui. Il y a en Irak deux millions de personnes derrière moi qui sont prêtes à signer une pétition allant dans ce sens.
Sincèrement, n’avez-vous jamais regretté ce geste?
 
Jamais. Si c’était à refaire, je le referais. Au prix de ma vie.
Le 1er octobre, un disciple de Mountazer, un étudiant turc lui n’a pas risqué sa vie en lançant une basket blanche en direction du Directeur général du FMI, M. Dominique Strauss-Khan, qui s’exprimait à l’université d’Istanbul. Alors qu’il terminait de disserter sur l'économie mondiale devant un parterre d'étudiants de l'université Bilgi, M. Strauss-Kahn qui a évité de justesse la basket, s'est réjoui du fait que le lanceur de chaussure ait « attendu la fin » du débat pour l'interrompre. Il a fait savoir immédiatement qu'il n'allait  pas porter plainte.

Coup de pub ?

Le fait que l'«attentat» ait eu lieu en Turquie suggère peut-être une autre piste, moins politique. Serkan Türk, directeur turc des ventes de la marque Baydan, avait fait fortune en prétendant être le fabricant du modèle utilisé par al-Zaïdi. Une centaine d'ouvriers avaient du être embauchés pour répondre aux innombrables commandes reçues du monde entier. Dans la foulée de ce beau succès commercial, il est donc possible que l'habile entrepreneur ait décidé de réitérer son formidable coup marketing dans le secteur de la chaussure de sport. Il serait en outre assez logique qu'il ait choisi le directeur du FMI pour relancer sa croissance économique. Après tout, Istanbul, c'est Byzance.  Ah Internet, on y trouve de tout. En voilà un exemple, qui montre que tout peut être tourné en dérision.

Je répète ma question  : à qui appartient cette chaussure ?

Le lundi 18 octobre, un étudiant iranien a osé jeter une de ses chaussures à la face de Mohammad Hossein Saffar Harandi, ancien ministre de la Culture du gouvernement de Mahmoud Ahmadinejad, lors d’une manifestation  dans un amphithéâtre. « Assassin, dehors », « Mort à toi », ont scandé les étudiants, en voyant l’homme politique poursuivre son discours. 
Si le début du séjour de Mountazer à Genève a eu lieu sans tambour ni trompette, l’autre partenaire duettiste fameux du 12/14, ex président élu depuis maintenant près d’un an, ne manque pas une occasion de se faire remarquer. Il fait toujours recette. Si les blagues anti-Bush ne font plus rire personne, les blagues de Bush –dont il a le secret- n’ont pas pris leur retraite et il est vraisemblable que le recueil de ces blagues, de toutes ses blagues, les bonnes et les moins bonnes depuis plus de dix ans, constituera la pierre de touche de huit ans de présidence.  
Certes le 22 octobre, il fut ovationné par quelques centaines d’hommes et femmes d'affaires qui avaient payé jusqu'à 400 $ pour l'entendre parler, quelques blagues y compris, mais dans les rues de Montréal, il a reçu un tout autre accueil. Environ un millier de personnes s’était regroupé devant l'hôtel Reine Elizabeth afin de dénoncer, à coups de slogans et de lancers de chaussures, la première visite de George W. Bush, comme ex.
Mission accomplie«Bush terroriste, Chambre de Commerce complice», ont scandé les manifestants massés devant le chic hôtel où Deubeulyou prononçait ce qu’il est convenu d’appeler généralement un « discours » ou « conférence »,  organisée en l’occurrence par la firme privée Paiements optimal en collaboration avec la Chambre de Commerce de Montréal. Diverses associations avaient appelé à la manifestation, comme Québec solidaire,  la Ligue des droits et libertés, le collectif Échec à la guerre et la Fédération des femmes du Québec. Tous ont dénoncé hier la guerre en Irak et l'utilisation de la torture par les autorités américaines, deux initiatives de George W. Bush.
Bush sera toujours Bush. On n’y changera rien. Aujourd’hui encore, il ne fait aucun effort pour être lui-même  et reste en mesure même de surprendre. Tout nouveau faux pas ne peut lui être -- au point où il en est-- que « bénéfique ».
« Show me your shoe and I shall surely show no shame »
(Allitération intraduisible.Trad. littérale : Montrez-moi votre chaussure et je ne montrerai certainement pas de honte) aurait déclaré, parait-il, George W. Bush après l'incident des chaussures. Déclaration jamais confirmée. On ne prête qu’aux riches.
S’il n’y fait pas attention, à l’inverse, Mountazer est menacé d’être avalé par ce phénomène impitoyable qu’est l’anonymat. Etre désormais « l’ex-lanceur-de-chaussures » ne représente aucune garantie marketing durable. Et tout faux pas, demain, lui serait probablement fatal. A travers une seule déclaration mal contrôlée, une seule mauvaise fréquentation répétée, un seul rendez vous miné et accepté en toute innocence…Tenez par exemple chez les antisionistes (des gens biens) il n’y a pas que des gens biens. On pense notamment à un ancien comique qui a mal tourné en France…que l’on sait nettement moins sur scène que dans des salles d’audience, qui… …que…Sous la dictée de l’ex comique, un blogueur-ami vient d’annoncer : « Pour ce qui est des dates à venir, il ne faut pas oublier que … (gommé par nous) va bientôt donner à Paris son habituel spectacle de fin d'année qui promet d'être aussi intense que celui de l'année dernière avec notamment la venue de Mountazer al-Zaïdi, le courageux journaliste irakien qui, lui aussi, a marqué l'histoire en lançant ses chaussures à la tronche de la marionnette sanguinaire Bush. À ne pas manquer ! »
Et si le pire arrivait…On a connu dans le passé d’autres cas. Quand par exemple notre cher et bon Abbé Pierre, mondialement connu, franchement égaré, s’est fourvoyé – un temps - chez des révisionnistes.    
Certes ce n’est pas demain – on l’a vu et confirmé depuis dix mois- que le titre glorieux de Mountazer pourrait être remis en jeu. Dans une enquête intitulée « Que reste-t-il des années 2000 ? » où 18 artistes, designers, écrivains et sociologues de diverses nationalités, ont été invités à choisir un mot et un objet chacun pour symboliser la décennie, l’écrivain et chercheur français au CNRS, Christian Salmon a retenu comme « objet » « les chaussures de George W. Bush ».
Voici ce qu’il en dit : « Bush a terminé son mandat comme il l'avait commencé : sous le signe de la chaussure. Lors des cérémonies d'investiture, il avait exhibé une paire de bottes texanes brodées des initiales GWB. Le geste du journaliste qui a lancé ses chaussures au front présidentiel a donc tout d'un effet boomerang... C'est le retour du refoulé qui se manifeste, celui du « foulement » justement... Qui a vécu par la botte périra par la botte. A trop célébrer le signe martial du « foulement », on risque d'être humilié par la vertu carnavalesque de la semelle. Un geste qui restera dans les livres d'histoire comme le « vase de Soisson » ou « le coup d'éventail » du dey d'Alger ».
Quelques minables tentatives de remakes n’ont jamais terni le génial 12/14. On ne répètera jamais assez que ce jour là, un duo, un show dual, bicéphale, bidonnant, une relation binaire, bipolaire, un couplé gagnant, unique au monde, a fait une apparition foudroyante, fracassante et indélébile, est venu s’arrimer sans coup férir aux prestigieux, entre tant d’autres,  Paul et Virginie, Roux et Combaluzier, Laurel et Hardy, Tenon et Mortaise ou encore Lea and Perrins, Tom and Jerry…Indissociables, à jamais. Et avec happy end, tout est bien qui finit bien.
Il est sûr par ailleurs que si un jour Mountazer, plus jeune, avait eu une subite  poussée d’adrénaline, avec en face de lui non l’auguste (adj. et n.m.) G.W. Bush en fin de carrière, mais le vénérable Saddam Hussein, au sommet de sa forme, Al Zaïdi n’aurait jamais pu fouler aujourd’hui le tarmac de l’aéroport de Genève, pour prendre un exemple.
De toute façon, personne n’en aurait jamais rien su. A la rigueur, une paire de chaussures aurait été déposée aux Objets perdus.
Rappelons aussi que dix mois plus tard, personne n’a jamais pu ne serait-ce qu’imaginer, envisager, l’exploit qui pourrait détrôner le face à face Mountazer-Bush. Sauf si un jour très improbable Barack Obama parvenait à entarter Oussama Ben Laden. Existe-t-il d’autres face à face aussi inouïs, hors du commun ? Notre imagination là flanche.
Mais attention, dans un tout autre domaine, d’ores et déjà, un Irakien est en train de se tailler la part du lion, un fonds commercial, un franc succès, avec  ce même concept de « cible »…sauf  que Waafa Bilal l’Irakien est lui même la cible soit le « le méchant »  et sauf que le(s) tireur(s) sont des internautes de tous les coins du monde, et les chaussures …de la peinture jaune lancée au pistolet.
Un Irakien dans le rôle de la cible
La performance « Domestic Tension » qui lui a valu « le titre d’artiste de l’année » (Chicago Tribune) a duré un mois, 24 h x 24 : au total 65.000 tirs …virtuels.
Indigné à sa façon par la déshumanisation de la conduite de la guerre, l’artiste a raconté cette expérience dans un livre récent « Shoot and Iraqi. Art, life, and Resistance Under the Gun » publié chez City Light.  Certes, il est Irakien devenu citoyen US, il n’a pas attendu le 12/14 pour être célèbre, il a déjà exposé dans le monde entier, il enseigne à la New York University. Pour en  savoir un peu plus sur ce  méchant - Irakien-cible, il a fallu avoir entre les mains le quotidien italien Il Manifesto du 14 mars 2009. La journaliste Beatrice Cassina raconte.
Pendant un mois, Wafaa s’est enfermé dans une petite « cellule » placée dans une galerie de Chicago, la Flatfile. Wafaa était dans le collimateur d’internautes à travers une webcam, lui tirant dessus avec un pistolet de paint-ball chargé de peinture jaune, qui se déclenchait grâce aux impulsions provenant du site Internet créé à cet effet Vous suivez ? Les visiteurs pouvaient lui parler, dire ce qu’ils avaient sur le cœur et lui apporter quelques provisions de bouche, selon les vœux du performer.  
Beatrice Cassina précise : « Bilal n’entendait pas devenir une vedette du monde du spectacle, mais comprendre comment le monde allait entrer en relation avec un homme devenu, le temps de la performance, un « ennemi virtuel » irakien ».
Wafaa a l’âge d’avoir été un jeune Irakien sous Saddam Hussein, pendant la guerre Iran-Irak et la (première) guerre du Golfe 1990-1991, il a passé deux ans dans des camps de réfugiés au Koweït et en Arabie Saoudite, avant d’obtenir en 1992 l’asile politique aux USA. Bilal est donc aux USA quand George W. Bush attaque et occupe  sa terre natale (mars 2003).
Ainsi « Domestic Tension » est né d’une réaction à l’invasion US de l’Irak et à l’assassinat de son père et de son frère restés au pays. Mais ce n’est que 4 ans plus tard, que Wafaa se met à l’œuvre, quand il apprend qu’une militaire, une soldate US a pour mission de lancer des bombes en Irak via le clavier de son ordinateur…au Colorado… Comme jouant à un jeu vidéo de la mort… Dans son journal reproduit dans le livre, il évoque aussi ses rencontres avec le public réel, qui s’est déplacé pour lui rendre visite à la galerie, sans oublier les internautes qui n’ont pas voulu jouer « le jeu » et ont pris sa défense, prenant partie contre la guerre.
Pour le Chicago Tribune, « Domestic Tension » a été « une des œuvres d’art politique les plus fortes de ces dernières années ». Selon Wafaa « l’idée maîtresse de la performance  consistait à placer ceux qui jouaient face à leurs responsabilités » et pour la Cassina « Bilal souhaitait ainsi jeter les bases d’une réflexion sur les conflits  qui se déroulent loin de notre monde ».
Jews and Shoes
L’occasion est bonne (sans être forcément bienvenue pour tous) pour rappeler une autre histoire, toujours par le petit bout de la lorgnette qu’est une paire de chaussures: un groupe d’experts, de folkloristes et d’historiens de la culture a entrepris de raconter …l’histoire juive, eh oui juive, par …la chaussure. Qu’elle soit « biblique », « errante », « cinématographique »,  ou voire « israélienne ». 
C’est le magazine Books (juin2009) qui met l’accent, sur deux pages, sur « La chaussure du Juif errant ».  Selon sa façon habituelle de travailler, ce magazine français qui ne présente que des livres de l’actualité, non français et non traduits, reproduit, en l’occurrence, un texte paru dans le US Book Forum (février 2009) que signe Rhonda Lieberman, artiste et auteure newyorkaise, et portant sur le livre « Jews and Shoes » écrit sous la direction d’Edna Nahshon, chez Berg Publishers.
Une démarche pour le moins inattendue, qui n’a pourtant rien d’anecdotique, écrit Books qui ajoute : « Depuis que Dieu demanda à Moïse d’ôter ses chaussures pour fouler le sol de la Terre Sainte, il ne s’est guère passé d’évènement sans qu’une chaussure quelconque incarne un pan de l’histoire juive. Un récit insolite et édifiant, parfois drôle, souvent poignant ».
« De la Bible à Ben Gourion, en passant par Lubitsch, la chaussure a toujours été au centre de l’histoire juive. « Jews and Shoes », livre surprenant, le raconte ».
Pour Rhonda Lieberman, il ne faut pas s’en tenir, et de loin, à l’histoire, dès sa première apparition, de la première « Princesse juive américaine » (JAP) qui « communie chaussée d’une paire [d’escarpins] marque Manolo- Blahnik dans le saint du saint du luxe qu’est  Bergdorf Goodman, sur la 5 e Avenue ».  A savoir que l’expression JAP « désigne péjorativement le prototype de la jeune fille issue d’une riche famille juive.  Enfant gâtée, elle est matérialiste, égocentrique, superficielle ».

Bien avant, naguère, il y a vraiment très longtemps, « les Juifs goûtaient  déjà les subtilités métaphysiques et les raffinements théologiques de la chaussure », s’empresse d’ajouter l’auteure newyorkaise.
Auteure d’un texte de ce « curieux » et complexe recueil collectif,  Ora Horn Prouser considère que l’errance et la mobilité font « tellement partie de la pensée biblique que les chaussures en viennent à symboliser (…) la protection et le soutien nécessaire de Dieu en ces temps d’exode ». Pour R. Lieberman « loin de n’être qu’un élément de la tenue vestimentaire, les chaussures sont aussi le vecteur de l’exil hors de la présence divine ».  Goys, vous suivez ?
Pour sa part Rivka Parciak révèle de son côté, que des stèles de cimetières juifs d’Ukraine en 1840 ont la forme de souliers …Il est vrai que pour ceux qui en savent plus qu’un bout sur l‘histoire juive, l’année 1840 est celle où, dit-on, les Juifs seraient rachetés et marcheraient sur Sion en …mocassins.
Les chaussures ont par ailleurs une grande importance dans la Kabbale. Les Anges …Sandal, pourrait-on résumer, y sont décrits comme les souliers de Dieu, « car ils jouent le rôle de séparateurs et de filtres entre les mondes spirituel et matériel ». Un peu trop théologique ? Car c’est « à travers ces chaussures que l’intensité écrasante de la puissance divine est atténuée, l‘empêchant d’atteindre la révélation ».  Elémentaire non ?  Dans un tel contexte, le pied est la présence divine et la chaussure le protège du profane…
Plus clair : un mémorial hongrois le long du Danube offre une interminable procession de bottes et chaussures en bronze, là où ceux qui les portaient furent abattus et noyés.
Passons au mythe moyenâgeux du Juif errant : c’est en fait une pure histoire de chaussures. Cordonnier condamné à parcourir la Terre pieds nus, il incarne « l’existence irrésolue des Juifs » en Diaspora. La fabrication de souliers devint une métaphore de l’existence terrestre des Juifs…Ils représentent ainsi l’ancrage physique de l’Elu ou son absence d’ancrage, dans un monde « créé par l’exil ». Pour mieux saisir, il faut lire de Shelly Zer-Zion « La chaussure de l’errant ». Orna Ben-Meir dans « La chaussure israélienne », évoque les bonnes « chaussures métaphoriques pour ramener le peuple juif dans l’histoire des nations vivantes ». La chaussure  devient « égalisatrice » ou « partagée » dans l’étude de Ayala Raz.
Aussi étonnant, on apprend que dans les proverbes yiddish, les cordonniers et la fabrication de chaussures occupent une place majeure. Le proverbe préféré de R. Lieberman est le suivant: « Si tu veux oublier tous tes soucis mets une paire de chaussures trop petites ».
Une comédie (de Sammy Gronemann) est dédiée à la chaussure, « Le Roi Salomon et Shalmai le cordonnier », présentée comme la première comédie musicale israélienne.  A ce propos, Dorit Yerushalmi écrit que le cordonnier « étudie les empreintes de la vie sur les chaussures des gens et les répare ». Même si les cordonniers dans l’estime publique, se situent un cran au dessous des tailleurs et des aubergistes. Toutefois ils ont tout de même inventé plus de six cents mots yiddish liés au métier, rivalisant ainsi avec le nombre d’épithètes pour « perdant ».
Pour les cinéphiles, R. Lierberman rappelle que le premier succès (allemand) du cinéaste Ernst Lubitsch (1892-1947, ah To be or Not to Be, 1942) fut « Le Palais de la chaussure Pinkus » (Schuhpalast Pinkus, 1916). Fils d’un tailleur de la classe moyenne berlinoise, il commença sa carrière en caricaturant les immigrés de fraîche date d’Europe de l’Est. Dans « la chaussure de cinéma », l’auteure Jeanette Malkin note que ses premiers films –aujourd’hui perdus- seraient jugés comme « l’œuvre la plus antisémite jamais réalisée si …Ernst Lubitsch n’avait été juif lui-même ».
 
Schuhpalast Pinkus

 Le point d'orgue, selon R.Lierberman, du Palais de la chaus­sure Pinkus est un fabuleux défilé de mode du soulier (un des premiers exemples de publicité-produit au cinéma). Synopsis : Sally Pinkus, malicieux arriviste (inter­prété par Lubitsch), est mis à la porte de son premier petit boulot de vendeur pour avoir refusé de s'occuper d'un client aux chaussettes trouées.
Possédant le don inné de la publicité (bobards et flatterie), il propose ses services en décrivant ses propres traits, peu attrayants, comme « éblouissants » et déclare que « seuls les établissements de première classe seront pris en compte; toutes les autres propositions seront jetées à la poubelle ». Il séduit une cliente célèbre en faisant une évaluation de courtoisie de la taille de ses mules. Et elle soutient en retour son Palais de la chaussure haut de gamme, où il triomphe en imprésario, soudain affable,  d'un spectacle de souliers : Sally « vante chaque paire tandis que la caméra s'attarde sur le moindre talon et autre boutonnière aux formes tellement citadines, ornées de boucles et de lacets ». Dans le théâtre du petit commerce du XX e siècle, Lubitsch fait de la chaussure une vedette, et le moyen pour son Juif de baratiner pour se hisser au sommet.
« Écrire sur les sandales paraissait une activité universitaire marginale, songe Orna Ben-Meir, experte reconnue de la mode sioniste. Il est dans la nature paradoxale de ce type de parure d'être perçue comme minimale tout en étant hautement symbolique, et révélatrice de la psyché israélienne. » J'ai, moi aussi, été étonnée, conclut Rhonda L., de voir comment ce sujet, a priori digne d'une simple note de bas de page, a débouché sur une véritable étude d'un peuple. À suivre : les Juifs et le porte-monnaie? » Ce « A suivre : les Juifs et le porte-monnaie ? » est bien de Rhonda Lieberman. On dirait presque du Woody Allen. Dans notre dictionnaire usuel (édition 2010) au mot humour ( p. 1258) on renvoie à trois formes de cette « forme d’esprit », « l’humour noir », « l’humour anglais » et « l’humour juif ». L’humour n’est pas à confondre avec « histoires », qu’elles soient belges, marseillaises ou juives.
Sans vouloir faire le tour du sujet « la chaussure, ses œuvres et ses pompes » et sauf le respect du à Mountazer, même dans son statut d’ex-lanceur de chaussures, on ne peut, à ce stade de notre étude, éluder , escamoter  un (autre) …french paradox : le plus grand « espace chaussures «  de toute la planète -3200 mètres carrés—loin devant ceux de New York ou Londres  est à Paris, sur un des Grands Boulevards…On y achète une  nouvelle paire – pour femme et pour homme- toutes les 30 secondes…Avec six achats par an (en boutique ou sur le net avec spartoo.com, messouliers.com, shoes.fr ou encore labonnepointure.com ), les Français sont les plus gros consommateurs d’Europe ( les deuxièmes au monde, derrière les USA c’est vrai) Près de 17 % de Françaises et Français possèdent plus de vingt paires… Les Françaises n’hésitent pas à dépenser une moyenne de 50 euros pour un achat de paire de ville. On  dit qu’Amazon pourrait débarquer en 2010, avec ses cyber-souliers, en France où actuellement le site numéro un (sarenzo.com) a le vent en poupe (aux Us, le site Zappos  a dépassé le milliard de dollars de chiffre d’affaires). Non seulement la chaussure  ne connait pas la crise, mais est actuellement « l’accessoire » (féminin mais aussi masculin) le plus novateur : on y trouve  des clous, de la dentelle de cuir, de la résille, du tweed, du satin, du python, du vison, de l’imprimé à fleurs, du plastique transparent, du bleu pétrole, du fuchsia, des talons (pour dames) qui dépassent les 15 centimètres, etc…Pour le dire autrement,  un nouveau modèle est lancé tous les six jours.
Depuis un an, le modèle Al Zaidi a vieilli, il a pris au moins 50 ans. Elle restera probablement dans les mémoires aussi pour cela même, être le modèle  d’une époque, d’un style de vie, d’un budget. Jusque là plutôt noire ou plutôt marron (huit paires sur dix) depuis que la chaussure est la chaussure, celle d’aujourd’hui, du moins dans les pays où on n’est pas regardant sur le nombre de zéros sur l’étiquette, a « explosé ». Comme dit la journaliste-essayiste Nathalie Funès « aujourd’hui rien ne ressemble moins à un soulier qu’un autre soulier ». Là tout est dit. A fortiori quand on précisera qu’on attend toujours le lancer féminin. 
Certains sociologues ou experts es consommation avancent l’hypothèse  que les futures générations Mountazer,  qui ne sont pas à la veille de s’éteindre, réfléchiront à deux fois avant de choisir la paire qui  fera l’objet de leur lancer. Par ailleurs, selon les dernières statistiques, publiées par la FMCVS (la Fédération mondiale de la chaussure de ville et de sport), le lanceur, depuis le lancer du 14 décembre 2008, n’a jamais pu récupérer l’objet du délit, la paire ou l’unité (une de lancée deux de perdues) .
Nous ne saurions terminer notre exposé sans mentionner « la nouvelle chaussure qui fait fureur ». Chaussure vraiment ? Oui dans la mesure où elle couvre le pied (on le rappelle, 26 os, 33 articulations et plus de 100 muscles), même de manière bizarroïde. Pas tout à fait quand on apprend qu’il s’agit d’une simple semelle de caoutchouc qui s’enfile comme un gant pour cinq doigt de pied, nu… Pas des moufles, un gant… Son nom ? Les FiveFingers. Etonnant non ? Son designer ? Un jeune Italien, Robert Fliri, un passionné de la marche, de la randonnée, et pour la place qu’occupe le pied dans les cultures. Le lieu de lancement : Brooklin. Un essayiste ? « really cool, on ne marche plus, on flotte, on vole, on se prend pour Mercure avec ses sandales ailées ». Elle fait un malheur aux USA. Un malheur ne  vient  jamais seul.