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jeudi 30 août 2012

Colombie : Accord général pour mettre un terme au conflit et construire une paix stable et durable



 
Voici le texte de l'accord initial conclu entre le gouvernement de Juan Manuel Santos et les FARC-EP, qui conclut la phase exploratoire et établit les bases du dialogue et de la négociation d'un règlement.

Les délégués du gouvernement de la République de Colombie (gouvernement national) et des Forces armées révolutionnaires de Colombie-Armée populaire (FARC-EP):
Suite à la réunion exploratoire qui s'est tenue à La Havane, Cuba, du 23 Février 2012 au (xxx), avec la participation du gouvernement de la République de Cuba et du gouvernement de la Norvège en tant que garants, et avec le soutien du gouvernement de la République bolivarienne du Venezuela comme facilitateur logistique et accompagnateur :
 
Avec la décision commune de mettre fin au conflit comme condition essentielle pour la construction d'une paix stable et durable; attentifs à la revendication de paix de la population, et reconnaissant que:
Construire la paix est une affaire de la société tout entière qui nécessite la participation de tous, sans discrimination ; le respect des droits de l'homme sur toute l’étendue du territoire national est un but de l’État qui doit être promu ; le développement économique avec justice sociale et en harmonie avec l'environnement est une garantie de paix et de progrès.
Un développement social équitable et de bien-être, incluant les grandes majorités, permet de se développer comme pays ; une Colombie pacifiée jouera un rôle actif et souverain dans la paix et le développement régional et mondial ; il est important d'élargir la démocratie comme condition pour asseoir la paix sur des bases solides ; le gouvernement national et les FARC-EP sont totalement disposés à parvenir à un accord, et invitent l'ensemble de la société colombienne, ainsi que les organismes d'intégration régionale et la communauté internationale, à accompagner ce processus;
 
Ont convenu:
I. D’engager des pourparlers directs et ininterrompus sur les points de l’ordre du jour établi ici, afin de parvenir à un accord définitif pour mettre un terme au conflit, qui contribue à la construction d'une paix stable et durable.
 
II. D’établir une table de conversations qui sera installée publiquement (un mois après l'annonce publique) à Oslo, en Norvège, et dont le siège principal sera à La Havane, Cuba. La table pourra tenir des réunions dans d'autres pays.
 
III. D’assurer l'efficacité du processus et d’achever les travaux sur l'ordre du jour avec célérité et dans les plus brefs délais, afin de répondre aux attentes de la société sur un accord rapide. En tout état de cause, la durée sera soumise à des évaluations régulières des progrès.
 
IV. De développer des pourparlers avec le soutien des gouvernements de Cuba et de Norvège comme garants et les gouvernements du Venezuela et du Chili comme accompagnateurs. Selon les besoins du processus, d'autres partenaires pourront être invités d’un commun accord.
 
V. L'ordre du jour suivant:
1. Politique de développement agricole intégral
- Le développement agricole intégral est essentiel pour promouvoir l'intégration des régions et le développement social  et économique équitable du pays.
- Accès et usage des terres. Terres improductives. Formalisation de la propriété. Frontalières agricoles et protection des réserves.
- Programmes de développement avec une approche territoriale.
- Infrastructure et adéquation des terres.
- Développement social: santé, éducation, logement, éradication de la pauvreté.
- Encouragement de la production agro-pastorale et de l'économie solidaire et coopérative. Assistance technique. Subventions. Crédit. Génération de revenus. Marketing. Formalisation du travail [= sortie du secteur informel, NdT].
- Système de sécurité alimentaire.
2. Participation politique
- Droits et garanties pour l'exercice de l'opposition politique en général et en particulier pour les nouveaux mouvements surgis  après la signature de l'accord final. Accès des médias.
- Mécanismes démocratique de participation des citoyens, y compris y compris directe , aux différents niveaux et sur différents sujets.
- Entrée en vigueur de mesures visant à promouvoir une plus grande participation à la vie politique nationale, régionale et locale de tous les secteurs, y compris la population la plus vulnérable, à conditions égales et avec des garanties de sécurité.
 
3. Fin du conflit
Processus global et simultané impliquant:
- Cessez-le-feu et des hostilités bilatéral et définitif.
- Déposition des armes. Réintégration des FARC-EP dans la vie civile - économique, sociale et politique - en fonction de leurs intérêts.
- Le gouvernement national coordonnera l'examen de la situation des personnes privées, poursuivies ou condamnées pour appartenance ou collaboration avec les FARC-EP.
- Parallèlement le gouvernement national intensifiera la lutte pour éliminer les organisations criminelles et leurs réseaux d’appui, ce qui incluera la lutte contre la corruption et l'impunité, en particulier contre toute organisation responsable de meurtres et de massacres, ou qui attente à des défenseurs des droits humains, des mouvements sociaux ou des mouvements politiques.
- Le gouvernement passera en revue et fera les  réformes et ajustements institutionnels nécessaires pour faire face aux défis de la consolidation de la paix.
- Garanties de sécurité .
- En vertu des dispositions de l'article 5 (victimes) de cet accord sera clarifié, entre autres, le phénomène paramilitaire.
- La signature de l'accord définitif initie ce processus, qui devrait se développer dans un délai raisonnable convenu par les parties.
 
4. Solution au problème des drogues illicites
- Programmes de substitution des cultures illicites. Plans de développement globaux avec la participation des communautés dans la conception, la mise en œuvre et l'évaluation des programmes de substitution et remise en état environnementale des zones affectées par les cultures illicites.
- Programmes de prévention de la consommation et de santé publique.
- Résoudre la question de production de la consommation et de la santé publique.
 
5. Victimes
- L’indemnisation des victimes est au centre de l'accord gouvernement national - FARC-EP. En ce sens seront traités:
- les droits humains des victimes.
- La vérité.
 
6. Mise en œuvre, vérification et approbation
La signature de l'accord final donne le signal de l’application de tous les points convenus.
- Mécanismes de mise en œuvre et de vérification:
a. Système de mise en œuvre, en accordant une importance particulière aux régions.
b. Commissions de suivi et de vérification.
c. Mécanismes de règlement des différends.
Ces mécanismes auront une capacité et un pouvoir exécutifs seront confirmés par des représentants des parties et de la société, le cas échéant.
- Accompagnement international.
- Calendrier.
- Budget.
- Outils de diffusion et de communication.
- Mécanisme d’approbation des accords.

Les règles de fonctionnement suivantes:
1. Lors des réunions de la table de négociations participeront jusqu'à 10 personnes par délégation, dont un maximum de 5 plénipotentiaires qui seront porte-parole respectifs. Chaque délégation sera composée de 30 représentants.
 
2. Pour aider à développer le processus on pourra consulter des experts sur les thèmes de l'ordre du jour, une fois accomplies les formalités nécessaires.
 
3. Pour assurer la transparence du processus, la table réalisera des rapports réguliers.
 
4. Un mécanisme visant à faire connaître les progrès de la négociation sera établi. Les discussions ne seront pas rendues publiques.
 
5. Une stratégie de diffusion efficace sera mise en place.
 
6. Pour assurer la participation la plus large possible, un mécanisme sera mis en place pour la réception de propositions sur les points de l'ordre du jour de la part de citoyens et d’organisations, par des moyens physiques ou électroniques. D’un commun accord et à un moment donné, la table pourra procéder à des consultations directes et recevoir des propositions sur ces points, ou déléguer à une tierce partie l'organisation d’espaces de participation.
 
7. Le gouvernement national assurera les ressources nécessaires pour le fonctionnement de la table, qui seront gérés de manière efficace et transparente.
 
8. La table disposera de la technologie nécessaire au déroulement du processus.
 
9. Les discussions commenceront par le point Politique de développement agricole global et se poursuivront dans l’ordre convenu par les participants.
10. Les pourparlers suivront le principe que rien n'est convenu tant que tout n'est pas convenu.

jeudi 8 juillet 2010

Francisco Chávez Abarca, le bras droit de Posada Carriles, arrêté au Venezuela


CUBADEBATE, 2/7/201. Traduit par Esteban G. et édité par Fausto Giudice, Tlaxcala
Original : Capturan en Venezuela a Francisco Chávez Abarca, mano derecha de Posada Carriles

Le Président vénézuélien Hugo Chávez a annoncé ce vendredi 2 juillet l’arrestation du Salvadorien Francisco Chávez Abarca, accusé d’être le bras droit du terroriste Luis Posada Carriles et l’auteur de plusieurs attentats à l’explosif à Cuba. L’arrestation a eu lieu suite à une opération des services secrets dans la nuit de jeudi alors qu’il tentait d’entrer au Venezuela.
 
Dans un discours depuis le Palais de Miraflores (siège du gouvernement), le président a expliqué qu’Abarca avait été arrêté à l’aéroport de Maiquetía (nord) et transféré au siège des Services Secrets Bolivariens (Sebin) pour y être interrogé.
 
Surnommé “El Panzón” [Gros Bide], l’homme est également inscrit sur la liste rouge des terroristes recherchés par Interpol pour son implication dans plusieurs attentats à l’explosif à Cuba dans les années 90.
 
Suite à cette arrestation, le Président vénézuélien s’est demandé pour quelle raison le Salvadorien a voulu entrer dans le pays et il a ordonné d’enquêter sur qui devait l’accueillir.
 
« Que cherchait Chávez Abarca au Venezuela ? Qui devait l’accueillir ? », s’est demandé le Président, avant d’informer que le détenu serait remis à Interpol pour qu’il soit transféré à Cuba, pays qui avait sollicité son arrestation.
 
Il était certain que « ce monsieur était venu, ici, pour me tuer (…) c’est mon cœur qui me le dit », et il lui a demandé de parler pour expliquer la « mission spéciale qu’il était venu accomplir au Venezuela ».
 
Il a dit qu’à mi-chemin de la révolution et à l’approche des élections parlementaires en septembre « il était bizarre qu’un terroriste de ce calibre vienne sur le territoire ».
 
« Posada Carriles doit être très nerveux car nous avons attrapé un des siens », a-t-il ajouté.
 
Chávez Abarca a été détenu pendant deux ans au Salvador pour avoir été le chef d’un réseau spécialisé dans le vol de voitures dans ce pays, mais la justice ne s’est pas embarrassée de le juger pour les autres crimes internationaux dont il était accusé.
 
Abarca et 21 autres membres de sa bande avaient été arrêtés pour vol de voitures et escroquerie. Les autorités avaient alors assuré qu’il s’agissait « d’une des filières principales du crime organisé, spécialisée dans le vol de voitures et l’escroquerie au niveau national et en Amérique centrale ».
 
Le 28 octobre 2007, un juge complaisant libérait Chávez Abarca malgré ses activités délictueuses. Sans qu’il ait jamais eu à répondre sur son rôle de principal complice de Luis Posada Carriles pour une campagne de terreur qui n’a jamais été mentionnée devant les tribunaux salvadoriens malgré les plaintes répétées.
 
Dans les années 90, il a été signalé comme narcotrafiquant ainsi que comme trafiquant d’armes et de fausse monnaie au Guatemala.
 
Il a usé des alias Manuel González, Roberto Solórzano et William González, et a effectué trois brefs séjours à Cuba, en avril et mai 97 pour commettre plusieurs attentats.
 
Le 12 avril 1997, il avait armé une bombe chargée de 600 grammes de C-4 causant d’importants dégâts matériels dans la piscine de la discothèque Aché de l’Hôtel Meliá Cohíba,.
 
Le 30 du même mois, un engin explosif de 401 grammes de C-4 était désactivé. C’était le Salvadorien qui l’avait placé dans un vase d’ornement dans la chambre 15 du même hôtel.
 
Le 24 mai de la même année, alors que Chávez Abarca se trouve au Mexique, une bombe explose à l’entrée des bureaux de la compagnie Cubanacán située dans la capitale.
 
Le président vénézuélien a rappelé que cela fait cinq ans que son gouvernement réitère sa demande officielle à Washington pour l’extradition de Posada Carriles, 82 ans, ex-agent de la CIA, responsable, parmi d’autres crimes, de l’attentat du 6 octobre 1976 contre le vol 455 de la compagnie Cubana de Aviación, faisant exploser l’avion et tuant la totalité des 73 passagers.
 
Posada Carriles se déplace librement aux USA, gêné seulement par les autorités d’immigration qui lui reprochent d’être entré illégalement sur le territoire usaméricain. Ce pays n’a jamais répondu aux sollicitations du Venezuela.
 
Sa recrue a posé la bombe qui a tué Fabio di Celmo
 
En 1997, sur directives de Posada Carriles, c’est « Panzón » Chávez Abarca qui a passé un contrat avec le mercenaire Ernesto Cruz León pour que celui-ci exécute des missions terroristes à Cuba, en lui disant que lui-même l’avait déjà fait, et en l’instruisant rapidement sur le maniement et la confection d’engins explosifs.
 
C’est ainsi que Cruz León a réalisé deux voyages à Cuba, au cours desquels il a posé des bombes dans des hôtels de la Havane, dont une a tué le jeune touriste italien Fabio di Celmo, le 4 septembre 1997 ; ce fut le moment le plus tragique de la campagne criminelle de terreur que Posada avait lancé pour le compte d’une création de la CIA, la Fondation Nationale Cubano-Américaine.
 
(avec des informations de Telesur)

mercredi 10 février 2010

Cuba, matière à réflexion

par Santiago Alba Rico, Carlos Fernández Liria, Belén  Gopegui, Pascual Serrano, 30/1/2010. Traduit par  Armando García, édité par Fausto Giudice, Tlaxcala

Les temps sont propices à la réflexion en matière économique. Après quelques décennies de prédominance néolibérale parrainée par l'École de Chicago, l'économie mondiale se trouve face à une crise aux conséquences imprévisibles, mais en tout cas très graves. Le moins que l'on puisse demander à l'esprit scientifique est de changer les paradigmes, renverser les preuves, réagir, en somme, devant cette faillite intellectuelle qui a empêché de diagnostiquer et de prévoir la catastrophe qui s'approchait. Est-ce que c’est ce qu’on est en train de faire ?
Nous avons connu différentes versions plus ou moins destructives du capitalisme -comme du socialisme. Mais il y a quelque chose, en ce qui concerne la logique interne qui distingue l'une de l'autre, qui devrait aujourd'hui nous intéresser vivement. Le socialisme peut cesser de croître, le capitalisme non. Le socialisme peut ralentir sa marche, le capitalisme non.
Prenons l'exemple de Cuba. Avec l'effondrement de l'URSS, Cuba a soudain perdu 85% de son commerce extérieur. Son produit intérieur brut a diminué rien moins que de 33% en chiffres absolus. On peut se faire une idée de la catastrophe si on pense qu'en Europe nous nous mettons à trembler à la perspective de perdre un point de la croissance prévue. Et à cela s'est joint un durcissement du blocus usaméricain. Pourtant à Cuba les gens ne sont pas morts de faim, ne sont pas devenus misérables, n'ont perdu ni leur éducation, ni leur sécurité sociale, ni non plus leur dignité. Ils ont certes galéré, mais ils n'ont pas été confrontés à la fin du monde comme cela serait produit avec de semblables indicateurs dans les pays capitalistes.

Au milieu de la secousse actuelle, alors que le capitalisme sème des cadavres en Afrique et détruit des postes de travail en Espagne, qu'il érode irrémédiablement les conditions d'habitabilité du foyer humain, que pour cela il doit en même temps recourir au lubrifiant des maffias, à la stimulation des intégrismes religieux, à la restriction des droits du travail et à la réduction des libertés, en ce moment tous les regards sont en effet dirigés vers Cuba… mais pour la condamner et la harceler. Pourquoi ? Que s'y passe-t-il ? Le record de morts par jour ? Au Mexique. Celui des assassinats de syndicalistes et de journalistes ? En Colombie. Celui des pogroms racistes contre des immigrants ? En Italie. Homophobie ? En Pologne. Xénophobie institutionnalisée et lois raciales ? En Israël. Fanatisme religieux et machisme criminel ? En Arabie Saoudite. Contrôle des communications, suspension de l'habeas corpus[1], torture, kidnappings, meurtres de civils ? Aux USA. Mauvais traitement des prisonniers, journalistes et intellectuels inculpés, journaux censurés, corruption galopante, immigrants en centres d'internement ? En Espagne.
Bon, admettons que, dans ce tableau dantesque, Cuba est à peine un « moindre mal ». Celui qui prête autant d'attention, depuis l'Europe et l'Espagne, au pays avec le moins de problèmes de la planète - comme l'a fait le député Luis Yáñez (Publico, 9-1-10) - démontre largement qu'en tout cas  ce n'est pas ce qui est mauvais à Cuba qui est censuré, mais plutôt ce qui, à Cuba, s'oppose à cette logique dantesque et ses effets -c'est-à-dire, ce qu'il y a précisément de bon.
Les économistes Jacques Bidet et Gérard Duménil rappellent que ce qui a sauvé le capitalisme dans les premières décennies du siècle passé, ce fut l'organisation ; c'est-à-dire, la même planification que les libéraux identifient, horrifiés, au socialisme. Des gouvernements et des institutions ont planifié sans arrêt, comme ils continuent à le faire maintenant -bien qu'ils l'aient fait pour conserver et augmenter les bénéfices, et non pour préserver la vie et augmenter le bien-être humain. Mais la planification est déjà, comme voulait Marx, un fait. Il suffit seulement de la changer de signe. Durant les 60 dernières années, la minorité organisée qui gère le capitalisme mondial s'est vue soutenue, à une échelle sans précédent, par toute une série d'institutions internationales (le FMI, la Banque Mondiale, l'OMC, le G-8, le G-20 etc.) qui ont conçu en toute liberté et appliqué, malgré  tous les obstacles, des politiques de libéralisation et de privatisation de l'économie mondiale. Le résultat saute aux yeux.

Et si nous planifiions à l'inverse ? Et si nous prêtions un peu d'attention positive à Cuba ? Cela, nous ne l'avons pas encore essayé, mais ce que nous devinons actuellement est plutôt porteur d’espérance : à partir d'un passé similaire de colonialisme et de sous-développement, le socialisme a fait beaucoup plus pour Cuba que le capitalisme pour Haïti ou le Congo. Que se passerait-il si l'ONU décidait d'appliquer sa charte des Droits de l'Homme et des Droits Sociaux ? Si la FAO était dirigée par un socialiste cubain ? Si le modèle d'échange commercial était l'ALBA[2] et non l'OMC ? Si la Banque du Sud était aussi puissante que le FMI ? Si toutes les institutions internationales imposaient aux capitalistes rebelles des programmes d'ajustement structurel orientés vers l’augmentation des dépenses publiques, la nationalisation des ressources de base et la protection des droits sociaux et du travail ? Si six banques centrales d'États puissants intervenaient massivement pour garantir les avantages du socialisme menacés par un cyclone ?

Nous pouvons dire que la minorité organisée qui gère le capitalisme ne le permettra pas, mais nous ne pouvons pas dire que cela ne fonctionnerait pas. Selon une récente enquête de GlobeSpan, la majorité qui en souffre (jusqu'à 74%) mise déjà sur autre chose.

Dans son article, le député Yáñez disait aimer Cuba. C'est pourquoi il lui souhaitait le meilleur : s'intégrer au capitalisme, juste quand celui-ci a démontré son échec et son incompatibilité, à la fois avec le bien-être humain, la démocratie, la dignité matérielle et le droit. Nous, nous n'aimons  pas Cuba : nous respectons ses hommes et ses femmes pour ce qu'ils ont fait et continuent à faire. Peut-être que cela rassure-t-il Yáñez de penser à la Colombie ou à l'Arabie Saoudite. Nous, cela nous rassure de penser à Cuba, cette île où même les limites, les problèmes et les erreurs de la Révolution soulignent de manière inflexible, depuis 51 années, la possibilité historique d'un dépassement du capitalisme et d'une alternative à la barbarie.


[1]    L’ordonnance, bref ou mandat d'habeas corpus (en anglais writ of habeas corpus), plus exactement habeas corpus ad subjiciendum et recipiendum, énonce une liberté fondamentale, celle de ne pas être emprisonné sans jugement. En vertu de cette loi, toute personne arrêtée a le droit de savoir pourquoi elle est arrêtée et de quoi elle est accusée. Ensuite, elle doit être libérée sous caution, puis amenée dans les trois jours qui suivent devant un juge. (Wikipedia)
[2]               L'Alliance Bolivarienne pour les peuples de notre Amérique - Traité de commerce des Peuples (ALBA - TCP) (« Alianza Bolivariana para los Pueblos de Nuestra América - Tratado de Comercio de los Pueblos » en espagnol) est une organisation politique, sociale et économique pour promouvoir la coopération dans ces domaines entre les pays socialistes d'Amérique latine et des Caraïbes : Cuba, Venezuela, Bolivie, Nicaragua, Equateur, Dominique, Saint Vincent et les Grenadines, Antigua-et-Barbuda. Le Honduras, qui en faisait partie, en est sortie en janvier 2010 suite au coup d'Etat militaire. (Wikipedia)

Illustration de Mikel Casal

samedi 22 août 2009

L'histoire des Cinq Cubains telle qu’on ne vous l’a jamais racontée

par Ricardo ALARCÓN DE QUESADA, 11-12/8/2009
Vous souvenez-vous d’Elián ?
L’affaire Elián González, un garçon de six ans, retenu par la force par des inconnus contre la volonté de son père, dans un défi ouvert à la loi US et à la décence, avait été largement rapportée par les médias dans le monde entier. Miami, le lieu de la séquestration, s’était transformée en une sorte de ville sécessionniste US, lorsque le maire, le chef de la police, les politiques, tous les quotidiens et les commentateurs de radios et de télévisions, de concert avec les institutions religieuses et patronales, s’étaient unis avec certains groupes violents des plus notoires obéissant aux ordres des groupes terroristes et violents pour s’opposer à l’ordre des tribunaux et du gouvernement de libérer le garçon.
Il avait fallu envoyer une équipe des forces spéciales de Washington DC, pour lancer une opération secrète et rapide afin d’occuper plusieurs maisons, désarmer les individus qui étaient fortement armés et cachés dans le quartier, sauver le garçon et restaurer la loi. Tout le monde avait suivi l’information. Jour après jour.
Mais presque personne ne savait, qu’au même moment, exactement au même endroit – à Miami - cinq autres jeunes Cubains avaient été arbitrairement privés de leur liberté et subissaient une grande injustice.
Gerardo Hernández, Ramón Labañino, Antonio Guerrero, Fernando González et René González avaient été arrêtés très tôt le matin du samedi 12 septembre 1998, et emprisonnés pour 17 mois, seuls, dans des cellules punitives. Depuis le début de l’instruction jusqu’au jugement, le principal chef d’accusation qu’avaient retenus les procureurs et le juge, était que les cinq jeunes Cubains avaient infiltré, pacifiquement et sans armes les groupes terroristes anti-Cubains dans le but d’informer Cuba sur leurs plans criminels.
Avec ce genre d’accusation, était-il concevable que qu’un quelconque révolutionnaire cubain puisse obtenir un jugement objectif à Miami ? Cela aurait-il été possible pendant la séquestration d’Elián, dans l’ambiance de violence, de haine et de peur qui régnait ?

jeudi 16 avril 2009

Vème Sommet des Amériques : La morale et la première photo ?

« Avec quelle morale vais-je aller à un sommet dans lequel il y a les USA et le Canada, mais pas Cuba ? », se demande Chávez
par Matilde SOSA, 15/4/2009
Le Sommet des Amériques des 17-19 avril prochains, qui aura lieu dans les îles caribéennes de Trinité-et-Tobago, est censé mettre en présence pour la première fois Obama et Chávez ainsi que d'autres présidents latino-américains.
À la veille de ce Sommet le leader bolivarien, a convoqué un autre sommet à Caracas: Le sommet de l’ALBA – Alternative Bolivarienne pour les Peuples de Notre Amérique -, à laquelle appartiennent Cuba, la Bolivie, le Nicaragua, la Dominique, le Honduras et le Venezuela. Chávez a également annoncé que le 17 il recevra aussi à Caracas, respectivement, les présidents de l'Uruguay, Tabaré Vázquez, et du Paraguay, Fernando Lugo. Trinité-et-Tobago se trouve à quelques minutes de vol du Venezuela.

jeudi 11 décembre 2008

Conversations avec Chávez et Castro

par Sean PENN, The Nation, 25/11/2008. Traduit par Alexandre Govaerts, collectif ViVe-Belgique et révisé par Fausto Giudice, Tlaxcala
Source :
Conversations With Chávez and Castro


Joe Biden, peu de temps avant son élection à la vice-présidence des États-Unis, encourageait ainsi ses troupes : “Nous ne pouvons continuer à dépendre de l’Arabie Saoudite ou d’un dictateur vénézuélien pour notre approvisionnement énergétique”. Bon, je sais bien ce qu’est l’Arabie Saoudite. Mais comme je m’étais rendu au Venezuela en 2006, que j’y avais visité les bidonvilles, que je m’étais mêlé aux riches membres de l’opposition et que j’avais passé des jours et des jours avec les supporters du président, je me suis demandé – façon de parler – à qui faisait référence le sénateur Biden.

Hugo Chávez Frias est le président démocratiquement élu du Venezuela, et quand je dis démocratiquement, je veux dire qu’il s’est présenté de nombreuses fois devant les électeurs au cours de scrutins que les observateurs internationaux ont déclaré réguliers et a obtenu de larges majorités dans un système qui, malgré ses défauts et irrégularités a donné à ses opposants l’opportunité de le battre et d’occuper son poste, tant à l’occasion du référendum de l’année dernière que lors des récentes élections régionales du mois de novembre.

Les paroles de Biden, au contraire, représentent le type de rhétorique qui nous a poussé à nous empêtrer dans une guerre coûteuse, tant en termes de vies que d’argent. Une guerre qui, bien qu’elle ait fait tomber un connard en Irak, a également fait tomber les principes les plus dynamiques sur lesquels ont été fondés les Etats-Unis, facilité le recrutement d’Al Qaïda et conduit à la déconstruction des forces armées étatsuniennes.

Jusqu’en octobre 2008, j’avais déjà amplement réfléchi à mes visites antérieures au Venezuela et à Cuba et au temps que j’avais passé avec Hugo Chávez et Fidel Castro. Et je suis de plus en plus allergique à la propagande. Car bien qu’Hugo Chávez ait également une certaine tendance à la rhétorique, il n’a jamais déclenché une guerre. Après ma première visite, j’étais déjà arrivé à révéler à mes amis, en privé : “C’est vrai, il se peut que Chávez ne soit pas un homme bon, mais il se peut également que ce soit un grand homme”.

Parmi les personnes à qui je fis cette déclaration se trouvaient l’historien Douglas Brinkley et Christopher Hitchens, l’éditorialiste de Vanity Fair. Ils étaient tous les deux parfaits. Brinkley est un penseur très stable, dont l’éthique d’historien garantit l’adhésion à des preuves irréfutablement construites sur la raison. Hitchens, un astucieux artisan des mots toujours assez imprévisible dans ses préférences, est une valeur sûre à tout point de vue, qui a défini un jour dans une émission télévisée Chávez comme un “clown riche en pétrole”. Bien qu’Hitchens soit aussi intègre que brillant, il peut se révéler combatif jusqu’à l’intimidation, ainsi qu’il l’a démontré par ses commentaires très durs envers Cindy Sheehan, la sainte activiste pacifique. Brinkley et Hitchens équilibreraient tout parti pirs dans mes écrits, au-delà du fait qu’ils sont deux gars avec qui je m’amuse bien et que j’aime beaucoup.

J’ai donc appelé Fernando Sulichin, un vieil ami producteur de cinéma indépendant en Argentine, qui dispose de bons contacts, et je lui ai demandé de s’en servir et de nous obtenir le visa nécessaire pour pouvoir interviewer Chávez. En outre, nous voulions nous rendre du Venezuela à Cuba et c’est pourquoi j’ai demandé à Fernando qu’il sollicite des entretiens pour nous aux frères Castro, le plus urgent étant celui avec Raúl, qui a obtenu les rênes du pouvoir des mains de son frère malade en février 2008, et qui n’avait jamais accordé d’interview à un étranger. J’avais voyagé à Cuba en 2005 et avais eu la chance de rencontrer Fidel. J’espérais avec anxiété de pouvoir avoir un entretien avec le nouveau président.

Le téléphone sonna le lendemain à deux heures de l’après-midi.

- “Mon frère, je t’ai obtenu ce que tu voulais”, m’a dit Fernando.

Notre vol de Houston à Caracas fut retardé pour des problèmes techniques. Il était une heure du matin et, tandis que nous attendions, Hitchens tournait en rond, rongé par l’impatience.

- “Un malheur n’arrive jamais seul”, me dit-il.

La phrase semblait lui plaire, car il la répéta. Je pensai qu’il allait nous porter malheur avec son pessimisme et lui dis :

- “Tout va bien se passer, Hitch. Ils vont nous trouver un autre avion et nous arriverons à temps”.

Mais il nous portera effectivement malheur, un peu plus tard. Finalement, nous décollé deux heures plus tard.

A l’atterrissage à Caracas, Fernando était là pour nous accueillir. Il nous conduisit à un terminal privé où nous attendîmes l’arrivée du président Chávez, qui nous emmena avec lui en tournée électorale sur la merveilleuse Isla Margarita, en pleine campagne pour les élections des gouverneurs.

Nous passâmes les deux jours suivants entièrement avec Chávez, dédiant de nombreuses heures à des réunions entre nous quatre. Dans l’espace privé de l’avion présidentiel, je découvris que l’anglais de Chávez s’améliore quand il parle de base-ball. Quand Douglas lui demanda si la Doctrine Monroe devrait être abolie, Chávez – qui choisit toujours ses mots avec précaution – repassa à l’espagnol pour expliquer les détails de sa position contre la doctrine en question, qui a justifié l’intervention étatsunienne en Amérique Latine pendant près de deux siècles.



- “Il faut abolir la Doctrine Monroe”, me dit-il. “Nous avons dû nous la supporter pendant plus de 200 ans. Il faut toujours garder en mémoire l’opposition de Bolivar à Monroe. Jefferson avait l’habitude de dire que les États-Unis devraient absorber une à une les républiques du sud. Le pays dans lequel vous êtes nés a été fondé sur une mentalité impérialiste”.

Les services secrets vénézuéliens lui disent que le Pentagone dispose de plans pour envahir son pays.

- “Je sais qu’ils pensent à envahir le Venezuela”, me dit-il. On dirait qu’il voit la fin de la Doctrine Monroe comme une mesure de son destin. “Personne ne pourra revenir ici pour piller nos ressources naturelles”.

Est-il préoccupé par la réaction des États-Unis à ses déclarations sans équivoque à propos de la Doctrine Monroe? Citant José Gervasio Artigas, le militant uruguayen pour la liberté, il répond :

- “Je ne crains pas la vérité et par elle je n’offense pas”.

Hitchens est assis en silence et prend des notes pendant toute la conversation. Chávez décèle une lueur de scepticisme dans ses yeux.

- “Cris-to-fer, pose-moi une question. Une question très difficile.”

Ils échangent un sourire. Hitchens lui demande :

- “Quelle est la différence entre Fidel et toi?”

Chávez répond :

- “ Fidel est communiste, moi pas. Je suis social-démocrate. Fidel est marxiste-léniniste. Moi pas. Fidel est athée et moi pas. Un jour nous avons discuté de Dieu et du Christ. J’ai dit à Castro ‘Moi, je suis chrétien. Je crois en les évangiles sociaux du Christ’. Lui pas. Il n’est pas croyant, tout simplement. A plusieurs reprises, Castro m’a dit que le Venezuela n’est pas Cuba et que nous ne sommes pas dans les années soixante”.

- “Tu comprends”, dit Chávez, “le Venezuela doit avoir un socialisme démocratique. Castro a été un professeur pour moi. Un maître. Pas dans l’idéologie, mais dans la stratégie.”

De manière ironique, peut-être, John F. Kennedy est le président étatsunien préféré de Chávez.

- “J’étais un enfant”, me dit-il, “Kennedy était la force d’impulsion de la réforme aux Etats-Unis”.

Supris par l’affinité qui lie Chávez à Kennedy, Hitch se joint à la conversation et mentionne le plan économique de Kennedy pour l’Amérique Latine, opposé à Cuba.

- “L’Alliance pour le Progrès fut une bonne chose?”

- “Oui” répond Chávez, “l’Alliance pour le Progrès se voulait un projet politique destiné à améliorer les conditions. Il visait à réduire les différences sociales entre les cultures”.

Notre conversation à quatre continua dans des bus et au cours de meetings et d’inaugurations dans toute l’Ile Margarita. Chávez est infatigable. Il s’adresse à toute nouvelle assemblée pendant des heures sous un soleil de plomb. Il dort au maximum quatre heures par nuit et consacre sa première heure de la journée à lire les nouvelles du monde. Et une fois qu’il est levé, il est impossible à arrêter, malgré la chaleur, l’humidité et les deux couches de chemises rouges révolutionnaires qu’il endosse.

Mes motivations principales pour ce voyage étaient au nombre de trois : inclure les voix de Brinkley et Hitchens, approfondir ma connaissance du Venezuela et de Chávez et affûter mes mains d’écrivain, ainsi que solliciter l’aide de Chávez pour convaincre les frères Castro de nous recevoir tous les trois à La Havane. Bien que Fernando m’avait dit que la troisième pièce du puzzle était approuvée et confirmée, il y avait eu, quelque part dans nos échanges culturels, linguistiques et téléphoniques un malentendu. Pendant ce temps-là, CBS News attendait un dossier de Brinkley, Vanity Fair un de Hitchens et moi j’écrivais pour The Nation.

Au bout de trois jours au Venezuela, nous remerciâmes le président Chávez pour le temps qu’il nous avait dédié, tous les quatre installés entre le personnel de sécurité et la presse dans l’aéroport Santiago Marino de l’Ile Margarita. Brinkley avait une dernière question à poser, et moi aussi.

- “Monsieur le président”, lui dit-il, “si Barack Obama est élu président des États-Unis, accepterez-vous une invitation de sa part pour aller à Washington et vous entretenir avec lui?”

Chávez répondit sans hésitation :

- “Oui”

Quand ce fut mon tour, je lui dis :

- “Monsieur le président, il est très important pour nous que les Castro puissent nous recevoir. Il est impossible de raconter l’histoire du Venezuela sans inclure Cuba et il est impossible de raconter l’histoire de Cuba sans les Castro.”

Chávez nous promit qu’il appellerait le président Raúl Castro quand il serait à bord de son avion et qu’il lui transmettrait notre demande. Mais il nous avertit qu’il était peu probable que Fidel, le grand frère, puisse répondre aussi rapidement, vu qu’il se voue actuellement tout entier à l’écriture et à la réflexion et qu’il ne reçoit plus beaucoup de gens. Il ne pouvait rien nous promettre non plus quant à la disponibilité de Raúl. Chávez monta dans son avion et s’en alla.

Le matin suivant nous volions vers La Havane. Je ne vous cacherai rien : le Ministère de l’Energie et du Pétrole nous avait prêté un avion. Si quelqu’un veut considérer cela comme de la subornation, libre à lui. Mais quand il lira le dossier écrit par un journaliste qui a voyagé dans l’Air Force One ou dans tout autre avion de transport militaire des États-Unis, qu’il le rejette aussi pour les mêmes raisons. Nous avons apprécié le luxe de ce voyage, mais celui-ci n’a pas influencé le contenu de nos reportages.

“Un malheur arrive rarement seul”

Je risquais beaucoup. Le fait de monter dans l’avion pour La Havane sans avoir aucune garantie de rencontrer Raúl Castro me rendait anxieux. Christopher avait annulé à la dernière minute plusieurs participations à des conférences importantes pour effectuer ce voyage. Il n’a pas l’habitude de laisser tomber les gens et c’est pourquoi le côté “à prendre ou à laisser” [de notre proposition à Castro] le rendait nerveux. Douglas, professeur d’histoire à l’université Rice, devait rentrer au plus tôt pour remplir ses obligations académiques. Fernando comprenait que nous espérions de lui qu’il soit le “bélier” qui nous permettrait d’entrer. Tandis que moi, je comptais sur le coup de téléphone de Chávez à Castro, tant pour obtenir l’interview que pour sauver la face devant mes compagnons.

Nous atterrissons à La Havane vers midi et le comité d’accueil est composé d’Omar Gonzalez Gimenez, président de l’Institut Cubain du Cinéma et de Luis Alberto Notario, chef du service de coproduction internationale de l’Institut. Je les avais rencontrés lors de mon précédent voyage à Cuba. Nous commençons à parler de choses personnelles en nous dirigeant vers le bureau des douanes, quand Hitch s’avance et, sans aucune pudeur, apostrophe Omar :

- “Monsieur, nous devons voir le président!”

- “Oui” répond Omar, “nous avons été informés de votre requête et en avons fait part au président. Nous attendons sa réponse”.

Pendant tout le reste de la journée et jusqu’à l’après-midi suivant, nous torturons nos hôtes avec un son de tambour monotone : Raúl, Raúl, Raúl. Je m’imaginais que si Fidel était dans les conditions idoines et réussissait à trouver le temps, il appelerait. Et, dans le cas contraire, je lui étais encore reconnaissant de notre rencontre précédente et le lui dis dans une note que je demandai à Omar de lui envoyer. Je ne connaissais de Raúl que ce que j’avais lu de lui et je ne pouvais dire s’il serait disposé à nous voir ou non.

Les Cubains sont particulièrement chaleureux et hospitaliers. Tandis que nos hôtes nous emmenaient vers la ville, je me rendis compte du fait que la quantité de voitures étatsuniennes des années cinquante avait diminué au cours des quelques années qui étaient passées depuis mon dernier voyage, et étaient remplacées par des voitures russes plus petites. En passant par le Malecón, devant la Section des Intérêts des Etats-Unis, à l’aspect agressif, où les vagues qui se brisent contre les récifs éclaboussent les voitures qui passent, je remarquai un élément presque indescriptible de l’atmosphère de Cuba. C’est la présence palpable d’une histoire architecturale et humaine sur un petit bout de terre entouré d’eau. Le touriste lui-même peut ressentir l’esprit d’une culture qui proclame de différentes manières que “ceci est notre endroit particulier”.

Nous serpentons à travers la vieille ville de La Havane quand, dans une immense vitrine qui se trouve en face du Musée de la Révolution, nous voyons le Granma, le bateau qui transporta les révolutionnaires cubains depuis le Mexique en 1956. Nous continuons vers le Palais des Beaux-Arts, dont les collections d’expositions politiques et passionnées sont une coupe transversale de l’énorme réserve de talent de Cuba. Nous visitons ensuite l’Institut Supérieur des Arts et allons ensuite dîner avec le président de l’Assemblée Nationale, Ricardo Alarcón et Roberto Fabelo, un peintre à qui il avait été dit que j’avais apprécié ses oeuvres lors de notre visite au musée. A minuit nous n’avions toujours pas de nouvelles de Raúl Castro. On nous accompagna ensuite à la maison du protocole, où nous nous reposâmes jusqu’à l’aube.

Le jour suivant à midi, nous nous rendîmes compte du peu de temps qui nous restait. Nous n’avions que seize heures à La Havane avant de nous rendre à l’aéroport pour prendre notre vol de retour. Nous étions assis autour d’une table à La Castellana, une taverne luxueuse de la vieille ville de La Havane, avec un grand groupe d’artistes et de musiciens qui, dirigés par le célèbre peintre cubain Kcho, avaient créé la Brigade Martha Machado, une organisation de volontaires qui aide les victimes des ouragans Ike et Gustav sur l’Ile de la Jeunesse. La Brigade reçoit un soutien total du gouvernement en termes d’argent, d’avions et de personnel, ce qui aurait été le rêve de nos volontaires de la Côte du Golfe après l’ouragan Katrina. Antonio Castro Soto del Valle, le fils de Fidel, un élégant et modeste homme de 39 ans, se joint à nous. Antonio, qui a étudié la médecine est le médecin de l’équipe nationale de base-ball de Cuba. Je m’entretint de manière brève mais agréable avec lui et lui réiterai notre désir de voir Raúl.

Notre temps disponible à La Havane se réduisait de plus en plus. Omar me dit que la décision du président ne saurait tarder. Les doigts croisés, Douglas, Hitch, Fernando et moi repartîmes à la maison du protocole pour préparer nos valises à l’avance. Il était 18 heures, il nous restait dix heures sur l’île. J’étais assis en bas, dans la salle d’attente, lisant à la lumière brumeuse de la fin du jour. Hitch et Douglas étaient en haut dans leurs chambres, tentant sans doute de faire la sieste pour tromper l’anxiété. A côté de moi, Fernando ronflait dans le sofa.

C’est alors qu’apparut Luis à la porte d’entrée, qui était ouverte. Je le regardai par-dessus mes lunettes et il me fit un geste très direct. Sans dire mot, il m’indiqua avec son doigt le haut des escaliers, où dormaient mes camarades. Luis hochait la tête comme pour s’excuser.

- “Toi seul”, me dit-il.

Le président avait pris sa décision.

Je pus entendre résonner dans ma tête l’écho des doutes de Hitch, “un malheur n’arrive jamais seul”. Il s’adressait à moi? Quoi qu’il en soit, je mis la main à ma poche arrière pour vérifier que j’avais mon carnet contenant les notes vénézueliennes, je cherchai mon stylo, attrapai mes lunettes et sortis avec Luis. Juste avant de refermer la portière de la voiture qui nous attendait, j’entendis la voix de Fernando qui m’appelait :

- “Sean!”

La voiture démarra.

Je vais voir le magicien

Aux États-Unis, le président cubain Raúl Castro, ex-ministre de la Défense de l’île, est considéré comme un “militariste froid” et un “pantin” de Fidel. Mais le jeune révolutionnaire au catogan de la Sierra Maestra est en train de démontrer que les serpents se trompent. Certes, le “raoulisme” croît en parallèle au récent essor économique, industriel et agricole. L’héritage de Fidel, comme celui de Chávez, dépendra de la durabilité d’une révolution flexible, capable de survivre au départ de son dirigeant pour cause de mort ou de renoncement. Fidel a une fois encore été sous-estimé par le Nord. En désignant son frère Raúl, il a placé les décisions politiques quotidiennes de son pays en de formidables mains. Dans un rapport du Conseil des Affaires Hémisphériques, le porte-parole du Département d’État, John Casey, a reconnu que le raoulisme pourrait conduire à une “plus grande ouverture et une plus grande liberté pour le peuple cubain”.

Je me retrouvai assis à une petite table vernie dans un bureau du gouvernement, en compagnie du président Castro et d’un traducteur.

- “Fidel vient de m’appeler”, me dit-il. “Il veut que je l’appelle après que nous aurons parlé”.

Il y a un ton dans la voix de Raúl qui rappelle une vie d’affectueuse tolérance pour l’oeil vigilant de son grand frère.

- “Il veut tout savoir de notre discussion”, me dit-il avec un sourire de sage. “Je n’ai jamais aimé accorder des interviews”, ajoute-t-il. “On dit beaucoup de choses, mais quand elles sont publiées elles sont coupées et condensées. Les idées perdent leur sens. On m’a dit que vos films sont longs. Qui sait si votre journalisme le sera aussi”.

Je lui promets d’écrire le plus rapidement possible et que j’imprimerai tout ce que j’aurai écrit. Il me dit qu’il a promis de manière informelle à d’autres personnes sa première interview en tant que président et, comme il ne désire pas multiplier ce qui pourrait être considéré comme une insulte, il a choisi de me recevoir tout seul, sans mes camarades.

Castro et moi buvons chacun notre tasse de thé.

- “Il y a quarante-six ans, à cette heure exacte, nous mobilisâmes les troupes. Almeida dans l’intérieur de l’île, Che Guevara à l’ouest, Fidel à La Havane et moi dans l’est. Il avait été annoncé à midi que le président Kennedy allait prononcer un discours à Washington. Nous étions en pleine guerre des missiles. Nous nous attendions à ce que le discours soit une déclaration de guerre. Après son humiliation dans la Baie des Cochons, la pression imposée par les missiles (qui selon Castro étaient purement défensifs) représenterait une grande défaite pour Kennedy. Et il ne tolérerait pas cette défaite. Aujourd’hui nous étudions de manière très prudente les candidats aux États-Unis et nous nous focalisons sur McCain et Obama. Nous relisons à la loupe tous leurs anciens discours. En particulier ceux qu’ils ont prononcé en Floride, où le fait de s’opposer à Cuba est devenu pour beaucoup un commerce rentable. A Cuba nous n’avons qu’un seul parti, mais aux États-Unis il n’y a que peu de différence. Les deux partis sont l’expression de la classe dominante.”

Il indique que les membres actuels du lobby cubain de Miami sont des héritiers de la richesse de l’ère de Batista ou des latifondistes internationaux “qui ont acheté leurs terres pour quelques centimes”, au moment où Cuba se trouvait sous la domination absolue des États-Unis, qui a duré soixante ans.

- “La réforme agraire de 1959 a été le Rubicon de notre Révolution. Une condamnation à mort pour nos relations avec les États-Unis”.

Castro semble m’étudier, tandis qu’il boit une autre gorgée de thé.

- “A ce moment-là, on ne parlait pas de socialisme, ni de relations entre Cuba et la Russie. Mais le sort en était jeté”.

Après que le gouvernement d’Eisenhower eut commis un attentat contre deux bateaux contenant des armes pour Cuba, Fidel s’est tourné vers d’anciens alliés. Raúl explique :

- “Nous avons demandé à l’Italie. Non! Nous avons demandé à la Tchécoslovaquie. Non! Personne ne nous donnait des armes pour nous défendre, parce qu’Eisenhower avait fait pression sur eux. Ainsi, quand la Russie nous les envoya, nous n’avons pas eu le temps d’apprendre à nous en servir avant que les États-Unis ne nous attaquent à la Baie des Cochons.

Il rit et se dirige vers une pièce contiguë, disparaissant un moment derrière un mur et revenant après quelques instants vers moi en plaisantant :

- “ A soixante-dix-sept ans, c’est la faute du thé”.

Blague à part, Castro se déplace avec l’agilité d’un jeune homme. Il fait des exercices tous les jours, ses yeux brillent quand il vous regarde et sa voix est puissante. Il reprend la conversation où il l’avait laissée.

- “Tu sais, Sean, il existe une photo de Fidel prise durant la Baie des Cochons. Il se trouve devant un char russe. Nous ne savions même pas encore à ce moment-là comment faire marche arrière avec ces chars”, raconte-t-il en riant. “La retraite ne fait pas partie de nos plans!”

Raúl Castro se montre chaleureux, ouvert, plein d’énergie et démontre une grande intelligence.

Je repasse aux élections étatsuniennes et lui répète la question que Brinkley avait posée à Chávez :

- “En supposant que Barack Obama soit élu, accepteriez-vous une réunion à Washington avec lui, quelques semaines après son investiture?”

Raúl Castro réfléchit :

- “C’est une question intéressante”, dit-il en passant à un silence long et inconfortable, jusqu’à ce qu’il ajoute : “Les États-Unis ont le processus électoral le plus compliqué du monde. Il y a des fraudeurs électoraux très expérimentés au sein du lobby cubano-étatsunien de Floride...

Je l’interromps :

- “Je pense que ce lobby est actuellement en proie à la déliquescence” – et j’ajoute, avec la confiance d’un optimiste à toute épreuve : “Obama sera notre prochain président”.

Castro sourit, probablement pour le côté candide de ma remarque, puis son sourire disparaît en prononçant ces mots :

- “Si on ne l’assassine pas avant le 4 novembre, il sera votre prochain président”.

Je lui signale qu’il n’a pas encore répondu à ma question sur la rencontre à Washington.

- “Tu sais” dit-il “j’ai lu les déclarations d’Obama selon lesquelles il maintiendra le blocus”.

Je fais un bref commentaire :

- “Il a utilisé le terme ‘embargo’”.

- “Oui”, dit Castro, “le blocus est un acte de guerre, c’est pourquoi les États-Unis préfèrent parler d’embargo, un terme qui s’utilise dans les textes juridiques... Quoi qu’il en soit, nous savons qu’il s’agit d’une rhétorique pré-électorale et qu’il a également annoncé qu’il était prêt à discuter avec tous”.

Raúl interrompt son propre discours :

- “Tu dois sans doute penser ‘Le frère parle autant que Fidel’... – nous rions tous les deux – Ce n’est pas comme ça d’habitude, mais tu vois... Un jour Fidel reçut une délégation chinoise dans cette salle. Plusieurs diplomates et un jeune traducteur. Je pense que c’était la première fois que le traducteur se trouvait en présence d’un chef d’État. Ils avaient eu un vol très long et subissaient encore les effets du décalage horaire. Fidel le savait, évidemment, mais il continua à parler pendant des heures. Tout d’un coup, une personne qui se trouvait au bout de la table, là-bas – il m’indique une chaise éloignée – a commencé à avoir les paupières lourdes. Puis ce fut au tour d’un autre et encore d’un autre. Mais Fidel continuait à parler. Peu de temps après, tous nos hôtes, y compris le chef de la délégation à qui Fidel s’adressait en personne, dormaient en ronflant. Fidel tourna donc les yeux vers la seule personne encore éveillée, le jeune traducteur, et continua la conversation avec lui jusqu’à l’aube.

Raúl et moi nous tordons de rire. Je n’avais eu qu’un entretien avec Fidel, dont la passion et l’esprit impressionnant étaient une intarissable source de paroles. Mais ça m’avait suffi comme preuve. Quand Raúl Castro reprit le fil de la discussion, seul notre traducteur ne riait pas.

- “Au cours de ma première déclaration après le début de la maladie de Fidel, j’ai indiqué que nous étions disposés à parler de nos relations avec les États-Unis d’égal à égal. Plus tard, en 2006, je le répétai lors d’un discours sur la Place de la Révolution. Les médias étatsuniens rirent de ma proposition en prétendant que j’appliquais un cosmétique sur la dictature”.

Je lui offre une nouvelle opportunité de parler au peuple des États-Unis. Il répond :

- “Les Étatsuniens sont nos plus proches voisins. Nous devrions nous respecter. Nous n’avons rien contre le peuple des États-Unis. De bonnes relations seraient mutuellement avantageuses. Il se peut que nous ne pourrons résoudre tous nos problèmes, mais nous pourrons résoudre nombre d’entre eux.

Il fait une pause et médite longuement une pensée.

- “Je vais vous dire quelque chose que je n’ai jamais dit en public. A un certain moment, une personne du Département d’Etat révéla ce qui suit, mais on le fit taire immédiatement, par peur des conséquences sur l’électorat de Floride, et maintenant que je vous le révèle, le Pentagone pensera que je suis indiscret”.

Je retiens ma respiration en attendant la suite.

“Depuis 1994, nous sommes en contact permanent avec les militaires étatsuniens pour des accords secrets” me dit Castro. “Nous avions convenu de ne parler que des affaires concernant Guantánamo. Le 17 février 1993, sur demande des États-Unis de discuter du dossier relatif aux localisateurs de bouées pour la navigation des bateaux dans la baie, nous établîmes les premiers contacts de l’histoire de la Révolution. Entre le 4 mars et le 1er juillet se déroula la crise des balseros [les Cubains qui tentent de rejoindre les États-Unis dans des embarcations de fortune]. Une ligne directe fut établie entre nos deux armées et le 9 mai 1995, nous nous mîmes d’accord pour organiser des réunions mensuelles entre de hauts responsables des deux gouvernements. 157 réunions ont eu lieu jusqu’à ce jour et elles sont toutes enregistrées. Les réunions ont lieu le troisième vendredi de chaque mois. Nous alternons les lieux de réunion entre la base étatsunienne de Guantánamo et le territoire cubain. Nous avons réalisé des manoeuvres conjointes de réponse à des situations d’urgence. Par exemple, nous allumons un feu et les hélicoptères étatsuniens prennent de l’eau de la baie, en concertation avec les hélicoptères cubains. (Avant cela) la base étatsunienne de Guantánamo n’avait généré que du chaos. Nous avons perdu des gardes-frontières et nous en avons des preuves photographiques. Les États-Unis avaient soutenu l’émigration illégale et dangereuse et leurs garde-côtes interceptaient les Cubains qui tentaient d’abandonner l’île. Ils les emmenaient à Guantánamo et nous initiâmes une coopération minimale. Nous arrêterions de surveiller notre côte. Si quelqu’un désirait partir, libre à lui. Et ainsi, nous commençâmes à collaborer sur les dossiers relatifs à la navigation. À présent, il y a toujours un agent du Département d’État présent lors des réunions du vendredi” – Il ne donne aucun nom et continue - “Le Département d’État a tendance à être moins raisonnable que le Pentagone. Mais personne n’a élevé la voix car... je n’y participe pas. Parce que je parle fort. C’est le seul endroit au monde où ces deux militaires se réunissent en paix”.

- “Et que se passe-t-il avec Guantánamo?”, lui demandai-je.

- “Je vais vous dire la vérité”, me dit Castro. “La base est notre otage. En tant que président, je dis que les États-Unis doivent s’en aller. En tant que militaire, je dis : laissons-les rester”.

En moi-même, je me demande s’il est sur le point de me révéler une grande nouvelle. Ou est-ce une nouvelle qui n’a que peu d’importance? Personne ne devrait s’étonner du fait que les ennemis se parlent en coulisse. Ce qui constitue la surprise, c’est qu’il me le révèle. Je fais demi-tour et reviens à la question de la rencontre avec Obama.

- “Au cas où une réunion avait lieu entre vous et le prochain président, quel serait la première priorité de Cuba?”

Il répond sans hésiter :

- “Normaliser les relations commerciales”.

L’indécence de l’embargo étatsunien contre Cuba n’a jamais été plus évidente que maintenant, après les dévastations dues au passage de trois ouragans. Les besoins du peuple cubain n’ont jamais été aussi pressants. L’embargo est tout simplement inhumain et contre-productif. Raúl continue :

- “Le seul but de l’embargo est de nous faire du tort. Personne ne peut décourager la Révolution. Laissons les Cubains rendre visite à leur famille ici. Laissons les étatsuniens venir à Cuba”.

On dirait qu’il veut simplement dire ‘laissons-les venir voir cette terrible dictature communiste dont ils n’arrêtent pas d’entendre parler dans la presse, où même des représentants du Département d’État et des dissidents exilés reconnaissent que si des élections libres et ouvertes devaient être organisées à Cuba, le Parti Communiste au pouvoir obtiendrait 80% des suffrages. Je lui énumère les noms de plusieurs conservateurs étatsuniens qui ont critiqué l’embargo, de feu l’économiste Milton Friedman à Colin Powell, en passant par le sénateur républicain du Texas Bailey Hutchinson, qui a dit : “Cela fait longtemps que je pense que nous devrions chercher une nouvelle stratégie pour Cuba. Celle-ci consiste en l’ouverture à plus de commerce, surtout de denrées alimentaires, spécialement si nous pouvons offrir au peuple plus de contacts avec le monde extérieur. Si nous pouvons relancer l’économie, cela permettra aux gens de mieux lutter contre la dictature”.

Ignorant l’affront, Castro réplique, audacieux:

- “Nous acceptons le défi”.

Nous sommes entretemps passés du thé au vin rouge et au dîner.

- “Laisse-moi te dire quelque chose”, me dit-il. “Nous avons fait de nouvelles prospections, selon lesquelles il est fort possible que nous disposions de réserves de pétrole sur notre littoral que les compagnies étatsuniennes pourraient venir forer. Nous pouvons négocier. Les États-Unis sont protégés par les mêmes lois commerciales cubaines que celles accordées aux autres pays. Peut-être que cela pourra être réciproque. Il y a 110.000 kilomètres carrés de mer dans la zone partagée. Dieu ne serait pas juste s’il ne nous concédait pas un peu de pétrole. Je ne crois pas qu’il nous ait privé de cette manière.”

En effet, le US Geological Survey a calculé que la zone concernée contiendrait des réserves montant à 9 milliards de barils de pétrole et environ 10 milliards de mètres cubes de gaz naturel dans le bassin maritime du nord de Cuba. A présent que les relations instables avec le Mexique se sont améliorées, Castro essaie d’améliorer également les rapports entre Cuba et l’Union Européenne.

- “Les relations avec l’Union Européenne devraient s’améliorer quand Bush s’en ira”, assure-t-il, confiant.

- “Et avec les États-Unis?”

- “Ecoute”, me dit-il, “nous avons autant de patience que les Chinois. 70% de notre population est née après [l’imposition du] blocus. Je suis le ministre de la Défense qui a le plus duré dans toute l’histoire. Quarante-huit ans et demi jusqu’en octobre dernier. C’est pour cela que je porte cet uniforme et que je continue à travailler dans mon ancien bureau. On n’a touché à rien dans le bureau de Fidel. Durant les manoeuvres militaires du Pacte de Varsovie, j’étais le plus jeune et celui qui était à son poste depuis le plus longtemps. Ensuite, je devins le plus vieux et je continue à être le plus ancien en place. L’Irak est un jeu d’enfant en comparaison de ce qui se passerait si les États-Unis envahissaient Cuba.” Il boit une gorgée de vin et ajoute “Prévenir une guerre, c’est la gagner. Telle est notre doctrine.”

Après avoir fini de dîner, le président et moi sortons par une porte vitrée coulissante et nous retrouvons dans une terrasse qui ressemble à un jardin d’hiver avec ses plantes tropicales et ses oiseaux. Tandis que nous continuons à savourer le vin, il me dit :

- “Il y a un film américain dans lequel l’élite est assise autour d’une table et essaie de décider qui sera le prochain président. Ils regardent par la fenêtre et voient le jardinier. Tu vois à quel film je fais référence?”

- “Being There”, lui réponds-je.

- “C’est ça!” me répond Castro avec excitation, “Being There”. Il me plaît beaucoup. Avec les États-Unis, il existe une certaine possibilité objective. Les Chinois disent : “Le chemin le plus long commence toujours par le premier pas”. Le président des États-Unis devrait faire ce premier pas, mais sans menacer notre souveraineté. Ce n’est pas négociable. Nous pouvons avancer des requêtes sans dire à l’autre ce qu’il doit faire à l’intérieur de ses frontières.”

- “Monsieur le président”, lui dis-je, “au cours du dernier débat présidentiel aux États-Unis, John McCain encourageait le traité de libre échange avec la Colombie, pays connu pour ses escadrons de la mort et ses assassinats de dirigeants syndicaux. Ces relations [entre les États-Unis et la Colombie] s’approfondissent et le gouvernement de Bush tente de faire avancer cet accord au Congrès. Comme vous le savez, je viens d’arriver du Venezuela, pays que le gouvernement de Bush considère, à l’image de Cuba, comme une nation ennemie, bien que nous lui achetions beaucoup de pétrole. Il me semble que la Colombie peut raisonnablement se convertir en un allié d’intérêt géostratégique en Amérique du Sud, occupant le même rôle qu’Israël au Proche-Orient. Avez-vous un commentaire à faire à ce sujet?”

Il médite avec soin la question et me répond d’un ton minutieux et posé :

- “En ce moment,” me dit-il “nous avons de bonnes relations avec la Colombie. Mais je dois avouer que s’il y a un pays en Amérique du Sud qui a un environnement vulnérable dans ce sens... c’est bien la Colombie.”

Gardant à l’esprit les suspicions de Chávez quant aux intentions étatsuniennes d’intervenir au Venezuela, je respire profondément.

Il se fait tard, mais je ne voudrais pas m’en aller avant d’avoir interrogé Castro sur les allégations de violations de droits humains et de trafic de drogue, prétendûment facilité par l’État cubain. Un dossier de 2007 de Human Rights Watch indique que Cuba “continue à être le seul pays d’Amérique Latine qui réprime presque toute expression de dissidence politique”. De plus, il y a environ 200 prisonniers politiques à Cuba actuellement, dont environ 4% sont condamnés pour des crimes de dissidence non violente. Tandis que j’attends les commentaires de Castro, je ne peux éviter de penser à la prison proche de Guantánamo et aux horribles crimes et violations des droits humains que les États-Unis y commettent.

- “Aucun pays ne garantit à 100% le respect des droits humains sur son territoire”, me dit Castro. Mais il ajoute : “Les dossiers des médias étatsuniens sont hypocrites et très exagérés”.

En effet, des dissidents cubains exilés, comme Eloy Gutierres Menoyo, reconnaissent eux-mêmes ces manipulations et accusent le Bureau des Intérêts des États-Unis d’obtenir des témoignages dissidents à l’aide de paiements en espèces. Ironiquement, dans ses rapports de 1992 et 1994, Human Rights Watch décrivit également des désordres et intimidations de la part de groupes anticastristes à Miami, définis par l’écrivain et journaliste Reese Erlich comme “des violations normalement propres aux dictatures sud-américaines”.

Cela dit, je suis fier d’être étatsunien et je sais très bien que si j’étais citoyen cubain et que je devais écrire un article comme celui-là sur les dirigeants cubains, on pourrait m’emprisonner. En outre, je suis fier de ce que le système établi par nos pères fondateurs, même s’il n’est plus exactement le même de nos jours, n’a jamais dépendu d’un seul grand dirigeant par époque. Cette pensée continue à être mise en doute par les héros romantiques de Cuba et du Venezuela. Je pense à le mentionner, et peut-être devrais-je le faire, mais j’ai quelque chose d’autre en tête :

- “On pourrait parler de drogue?” demandè-je à Castro. Il me répond :

- “Les États-Unis sont le plus grand consommateur de drogues au monde. Cuba se situe directement entre les États-Unis et leurs fournisseurs. Pour nous, il s’agit d’un grand problème... Avec l’expansion du tourisme, un nouveau marché s’est développé, auquel nous nous retrouvons confrontés. On dit également que nous permettons aux narcotrafiquants de traverser l’espace aérien cubain. Nous ne permettons rien de cela. Je suis sûr que certains de ces avions arrivent à se faufiler. C’est à cause des restrictions économiques que nous n’avons pas de radar de basse altitude en état de marche.”

Même si cela a l’air d’une histoire à dormir debout, ce n’en est pas une, selon le colonel Lawrence Wilkerson, un ancien conseiller de Colin Powell. Wilkerson a affirmé à Reese Erlich, dans une interview de janvier dernier, que “les Cubains sont nos meilleurs alliés dans la guerre contre la drogue et contre le terrorisme dans les Caraïbes. Même meilleurs que le Mexique. Les militaires considèrent que Cuba est un allié très coopératif.”

Je voudrais poser une dernière fois la question à laquelle il ne m’a pas répondu, car notre langage corporel nous indique que minuit est déjà passé. Il est une heure du matin, quand il se lance :

- “Bon”, dit-il, “tu m’as demandé si j’accepterais une rencontre avec Obama à Washington. Je devrais y réfléchir. J’en parlerais avec mes amis de la direction. Personnellement, je pense qu’il ne serait pas juste que je lui rende visite en premier, car ce sont toujours les présidents latino-américains qui se rendent à Washington en premier. Mais il ne serait pas juste non plus d’attendre que le président des États-Unis vienne à Cuba. Nous devrions nous rencontrer dans un endroit neutre.”

Il fait une pause et dépose son verre de vin vide.

- “Peut-être pourrions-nous nous rencontrer à Guantánamo. Nous devons nous voir et commencer à régler nos problèmes et, à la fin de la réunion, nous pourrions offrir un cadeau au président... nous pourrions le renvoyer chez lui avec le drapeau étatsunien qui flotte sur la baie de Guantánamo”.

Nous quittons son bureau suivis par le personnel, le président Castro m’accompagne en ascenseur jusqu’au hall d’entrée et vient avec moi jusqu’à la voiture qui m’attend. Je le remercie de m’avoir généreusement accordé son temps. Alors que le chauffeur allume le moteur, le président frappe à ma fenêtre. J’abaisse la vitre tandis qu’il regarde sa montre et se rend compte que sept heures sont passées depuis le début de l’interview. Il me dit en souriant :

- “Maintenant, je vais appeler Fidel. Je te le promets. Quand Fidel apprendra que j’ai parlé avec toi pendant sept heures, il s’assurera de te consacrer sept heures et demie quand tu reviendras à Cuba.”

Nous éclatons tous les deux de rire et nous serrons une dernière fois la main.

Il a plu un peu plus tôt dans la nuit. Dans cette obscurité des premières heures, alors que les pneus remuent l’eau sur la chaussée humide d’une paisible aube havanaise, je me rends compte du fait que les questions les plus basiques de souveraineté permettent de comprendre assez bien les complexités de l’antagonisme étatsunien avec Cuba et le Venezuela, ainsi que la politique des deux pays. Qui n’ont jamais eu plus de deux choix : être imparfaitement à nous ou être imparfaitement à eux.

Viva Cuba. Viva Venezuela. Viva USA.

Quand je rentrai à la maison du protocole, il était près de deux heures du matin. De peur que je rentre émêché, mon vieil ami Fernando m’avait attendu. Mes camarades avaient passé une mauvaise nuit. Le pauvre Fernando avait payé les pots cassés de leur frustration. Ils ne savaient pas où j’étais ni pourquoi j’étais parti sans eux. Les fonctionnaires cubains à qui ils avaient parlé leur avaient demandé de se tenir prêts au cas où l’un des deux frères Castro leur accorderait spontanément une interview. Ils avaient par la même occasion perdu l’opportunité de sortir pour profiter de leur dernière soirée cubaine. Après m’avoir informé de cela, Fernando alla dormir quelques heures. Je restai à relire mes notes et fus le premier à m’asseoir à la table du petit-déjeuner, à 4h45. Quand Douglas et Hitch apparurent, je me couvris la tête avec la nappe, feignant d’être honteux. Je suppose que dans ces circonstances, il était un peu tôt (et pas seulement à cause de l’heure) pour mettre leur humour à l’épreuve. La blague tomba à plat. Fernando prit son vol pour Buenos Aires et nous nous envolâmes nous aussi pour rentrer à la maison.

Quand nous arrivâmes à Houston, je me rendis compte que j’avais surestimé l’insensibilité de ces deux professionnels expérimentés. La glace que j’avais pu percevoir au début s’était rompue. Nous nous saluâmes en célébrant ces quelques intenses journées passées ensemble. Aucun de mes deux compagnons n’avait eu la malice nécessaire pour m’interroger sur le contenu de l’interview, mais alors qu’il allait prendre le vol qui le ramènerait vers l’Est, Christopher me dit en partant, “Bon... Je suppose qu’on la lira”.

Si, c’est possible!

J’étais assis sur le bord du lit avec ma femme, mon fils et ma fille. Je ne pus retenir mes larmes quand Barack Obama s’exprima pour la première fois en tant que président élu des États-Unis. Je fermai les yeux et commençai à voir défiler un film dans ma tête. Je pouvais également entendre la bande sonore, qui était de manière très appropriée des Dixie Chicks reprenant une chanson de Fleetwood Mac sur des images au ralenti. Ils étaient là. Bush, Hannity, Cheney, McCain, Limbaugh et Robertson, Luis Posada Carriles, etc. Je les voyais tous. Et le volume de la chanson augmentait tandis que Sarah Palin envahissait l’écran. Natalie Maines chantait doucement :
Et je vis mon reflet dans les montagnes couvertes de neige
Jusqu’à ce que l’avalanche m’emporte
L’avalanche m’emporte
...”

Conversaciones con Chávez y Castro

jeudi 27 novembre 2008

Glose - Ce que personne ne croit à propos de Cuba

par Belén GOPEGUI
Texte lu à une table ronde sur Cuba organisée par Espace Alternatif à Madrid le 31 octobre 2008 avec la participation de Carlos Fernánez Liria et José Manuel Martín Medem.

Je vais vous lire un extrait d'un poème de A. Román, et le commenter ensuite à ma manière - qui ne sera pas exhaustive. La version originale est en galicien, et ce qui suit n’est qu’ une traduction littérale.


Le destin de l'homme
S’appelle socialisme
Il sert à être
Avec imagination et ordre
Des dieux perdus sur Terre
(...)
Mais personne ne croit
Ce qui a toujours existé ici

Comme nous le savons, les moyens de communication oeuvrent chaque jour pour que nous croyions autant ce qui n'a jamais existé ici que, parfois, ce qui est existe bel et bien -par exemple le manque de logements à Cuba. Ce n'est cependant pas une donnée que voulait dissimuler la Révolution cubaine. Le Ministre des Relations Extérieures Felipe Pérez Roque l'a expliqué lors de sa visite récente en Espagne : le gouvernement avait prévu de construire cette année cinquante mille logements. Les derniers ouragans ont causé des dégâts dans des centaines de milliers de foyers, mais ont provoqué en plus la destruction complète de soixante-cinq mille maisons ; de sorte qu'à Cuba existent en effet d'importants problèmes de logement qui trouvent leur origine dans le blocus, la colonisation, la pauvreté, la mauvaise gestion des ressources, les catastrophes naturelles, et caetera. Comme l’a remarqué Santiago Alba, ce qu’il n'y a pas à Cuba -mais qu’il y a bien dans les pays qui ont pressuré l’Amérique Latine pendant des années-, ce sont des logements vides par millions pendant que d’autres personnes n'ont pas de toit.

Néanmoins n’importe qui peut s’amuser à se mettre dans la peau d’un économiste d’un jour, et se mêler de ce que devrait faire le gouvernement d'un pays pauvre, exploité et soumis à un embargo pour devenir un pays du premier monde , mais - n’oubliez pas - sans exploiter les autres. Peut-être l'économiste inopiné découvrirait-il que le problème posé concerne plus d’un pays et plus d’un gouvernement. Même s’il s’agit d’un gouvernement révolutionnaire. Révolutionnaire ? Oui, à moins que nous ne suivions la règle de la rime disant : personne ne croit en l’existence d’une révolution à Cuba. Personne ne croit, par exemple, que ce pourcentage élevé d'universitaires cubains et cubaines -qui rencontre tant de défenseurs dans la droite européenne- a obtenu sa formation grâce au soulèvement d’un pays en armes contre ceux qui les privaient de leurs droits les plus élémentaires. Non, pensez-vous ! Au contraire, comme on le sait bien, il y a proportionnellement en Équateur, en Bolivie ou au Guatemala beaucoup plus d’universitaires que dans cette île qui a eu l'audace de vouloir conquérir son propre destin.

Fidel a dit une fois que le talent surgissait de la masse. Il y en a qui ne sont pas d’accord avec cela, et ils ont sans doute raison. Il arrive parfois qu’il soit plus facile de rencontrer cent bons spécialistes parmi dix mille étudiants en chimie, beaucoup plus facile en tout cas que lorsque les étudiants ne sont que cent. Mais tout cela n’est qu’un pur hasard, cela n’a rien à voir avec le développement des facultés personnelles. De même ce serait quelque chose de très curieux que de voir apparaître, parmi des millions d’enfants ayant accès au sport et à la culture, non seulement mille bons sportifs mais encore des générations entières éduquées et formées. Personne ne croit par conséquent que ceci a eu lieu à Cuba.



Belkis Ayón Manso (1967-1999), sans titre, lithographie mixte, La Havane 1999

Personne ne croit qu'existe à Cuba un précieux « capital humain » convoité par ses prétendus sauveurs, ceux qui veulent l'acheter pour trois fois rien, qui rêvent d’une Europe grouillante de Cubains qualifiés vendant leurs services à très bas prix alors que les grands défenseurs de la liberté d’exploitation à Cuba obtiendraient le démantèlement de tout ce que ce peuple en armes a commencé à construire il y a cinquante ans. Évidemment que non. Cuba est une île avec peu de ressources naturelles, qui a été colonisée et pillée à l’égal du restant de l’Amérique Latine et c’est pour cela, comme il n’y a pas eu de révolution, qu’il n’y a à peine que quelques ingénieures ou ingénieurs cubains, ou médecins, ou biologistes.

C’est pour cela aussi qu'en Espagne énormément de gens sont intéressés par les blogs d'auteurs paraguayens, les très nombreux films de cinéma uruguayen, l’abondante littérature haïtienne, les milliers de musiciens guatémaltèques et les centaines d'écrivains salvadoriens, évidemment beaucoup plus intéressés que par le cinéma cubain inexistant -comment en effet pourrait-il y avoir du cinéma dans une île pauvre et réprimée ?- et la famélique littérature cubaine - comment en effet pourrait-il y avoir, dans une île pauvre et réprimée, la volonté de favoriser la réflexion, la capacité offerte par la littérature de construire un éventail d'imaginaires, et caetera ?

La Constitution de la République de Cuba dit que ce pays fait siens les principes de l'internationalisme prolétarien et de la solidarité de combat des peuples, qu’il reconnaît la légitimité des guerres de libération nationale et de la résistance armée à l'agression et à la conquête. Mais ce ne sont que des mots creux, que personne ne croit. Ces histoires de Cubains qui sont morts en Angola ou de jeunes originaires de pays pauvres qui étudient à Cuba, ou celles de ces médecins, infirmiers et techniciens cubains qui délivrent de la solidarité par le monde... sont seulement des bobards. Et le plus grand d’entre ceux-ci est cette résistance armée à l'agression et la conquête. Au contraire, chacun sait que la population cubaine a été la plus docile du monde ; personne ne croit qu'elle s'est rebellée maintes et maintes fois contre chaque oppresseur de son pays. Personne ne croit qu'elle continue aujourd'hui à se battre contre le blocus, à faire valoir ce qui est injuste, à reconstruire les maisons démolies.

Comme personne ne croit que les pays conquérants, ceux qui sont habitués à envahir, piller et tuer, se soucient du fait que Cuba fasse une révolution, refusant d’être spoliée. Ce n'est que pure invention. Jamais Cuba ne s’est rebellée. La seule chose qui se passe aujourd'hui, c’est que les pays conquérants, producteurs et trafiquants d'armes ont, avec leur richesse, pallié à la faim, l'ignorance et la misère des pays pillés, et que maintenant ils veulent aussi le faire à Cuba. Quelqu'un a-t-il dit que Cuba a aidé des pays comme le Pakistan, Haïti, la Bolivie, le Timor Oriental, et tant d’autres du continent africain ? Non, personne ne le croirait. Ces pays-là et d’autres avaient été sauvés par les pays riches. Il y a déjà longtemps que les pays occidentaux ont éliminé la misère à l’intérieur et à l’extérieur de leurs frontières, avec générosité et par de grandes campagnes d'alphabétisation et d'extension de la santé publique. Le seul pays pauvre qui reste -et qui est récalcitrant-, c’est Cuba. C'est pour cela qu’on parle d’elle, qu’on la surveille, qu’on lui inflige des sanctions. Ce n’est pas qu’ils veulent faire des affaires à Cuba. Ce n’est pas qu’ils veulent profiter de son capital humain. Ce n’est pas qu’ils veulent écraser cette idée de solidarité de combat des peuples. Personne ne le croit.

Quant au socialisme qui a toujours existé là, quant à la possibilité que les êtres humains soient libres, justes et heureux : personne ne croit cela. Le capitalisme est meilleur parce qu'il nous permet d’alimenter en même temps la mesquinerie et l'estime de soi. L'homme nouveau est une création du capitalisme. Il est cet homme profondément injuste, intensément exploité et pourtant débordant d'autosatisfaction. Il est notre horizon. Personne ne croit rien d’autre.

Source : Glosa

Article original publié le 2/11/2008

Sur l’auteure

Traduit par Thierry Pignolet et révisé par Fausto Giudice, Tlaxcala