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lundi 18 février 2013

Le réquisitoire de Chokri Belaïd

Le lundi 23 janvier 2012 avait été marqué en Tunisie par une série d'agressions barbares ciblant des avocats, des journalistes et des universitaires venus soutenir en marge d'un procès inquisitoire contre une chaîne de télé la liberté de création et d'expression.
Ce jour-là, une foule d'islamistes embrigadés par les cheikhs du fascisme religieux s'est rameutée à Tunis autour du tribunal qui jugeait Nessma TV et son directeur -pour la diffusion de Persépolis. Aux yeux des prisonniers de la pensée unique, ce film iranien est impie et le directeur de Nessma TV, "apologiste de l'art impie", mérite le bûcher. Pour rappel, ce procès de la honte répondait à une poursuite judiciaire engagée par des soi-disant avocats, une centaine de ceux qui portent indûment la robe de la profession, d'obédience nahdhaouie. Il rappelle à juste titre la Hisba remise au goût du jour en Égypte, une censure religieuse draconienne dirigée contre tout ce qui s'appelle création artistique et littéraire, toute œuvre s'écartant des passages cloutés islamistes.
A leur sortie de l'audience, plus d'un de l'élite éclairée tunisienne engagée contre l'importation de la Hisba en Tunisie se sont vus conspuer, subir insultes et crachats, agresser physiquement, menacer de mort et de lynchage par la foule fanatisée, qui ressuscitait ce jour-là les tristement célèbres scènes de la sainte inquisition chrétienne du Moyen âge.
Invité le soir même au plateau de Nessma TV, feu Chokri Belaïd prononce cet inoubliable réquisitoire, énergique et accablant, contre "les ennemis jurés de l'intelligence tunisienne."
Le présent document audio-visuel du plus haut intérêt mérite d'être consulté et partagé sur les réseaux sociaux, les blogs et tout ce qui s'apparente aux pages de contre-pouvoir médiatique par tous les défenseurs de la démocratie et du progrès.
A. Amri
12 février 2013
NDLR Basta!: Les fanatisés ne sont pas les seuls ennemis de l'intelligence tunisienne. Il faut poser la question : qui manipule qui ?

vendredi 8 février 2013

"Le peuple veut une nouvelle révolution" : la Tunisie après l'assassinat de Chokri Belaïd

par Annamaria Rivera. Traduit par  Fausto Giudice Фаусто Джудиче فاوستو جيوديشي

Original: “Il popolo vuole una nuova rivoluzione”. La Tunisia dopo l’assassinio di Chokri Belaid 
Comme presque toujours quand il s'agit de pays majoritairement arabophones, les médias italiens se distinguent, à quelques exceptions près, par leur négligence et ignorance. Ils en ont fait preuve une nouvelle fois à l'occasion de l'assassinat politique de Chokri Belaïd, un avocat engagé dans la défense des droits humains, dirigeant politique sans poil sur la langue, franc-parler, figure charismatique de l'opposition tunisienne de gauche.

Un Tunisien brandit la photo de Chokri Belaïd, l'opposant politique assassiné, lors d'une manifestation sur l'avenue Bourguiba de Tunis (Tunisie), le 6 février 2013.



Sur l'avenue Bourguiba de Tunis le  6 février 2013 (FETHI BELAID / AFP)
Dans un entrefilet venu d'on ne sait où, le 6 Février, comme un seul homme, les journaux grand public, du Corriere della Sera à La Repubblica, en passant par le Huffington Post et d'autres, ont décrit Belaïd comme dirigeant politique de Nida Tounes,  c'est-àdire le parti néo-bourguibiste fondée par Béji Caïd Essebsi, trois fois ministre puis président de la Chambre à l'époque de Bourguiba, et enfin chef du deuxième gouvernement de transition post-révolution. Dans l'édition en ligne de du même 6 février, La Repubblica a défini Belaid non seulement comme le principal dirigeant de Nida Tounes, mais aussi, et en même temps comme le chef d'un parti qui n'existe pas, le "Parti unifié nationaliste démocrate" (http://www.repubblica.it/esteri/2013/02/06/news/tunisia_ucciso_leader_opposizione-52047984/?ref=HRER3-1).  Encore plus sublime le Corriere della Sera, sans aucun rectificatif explicite, se contente dans l'édition du jour suivant de déplacer l'étiquette "Nida Tounes" de la victime vers son agresseur présumé: http://www.corriere.it/esteri/13_febbraio_07/belaid-tunista-arrestato-autista_cc932df8-712e-11e2-9be5-7db8936d7164.shtml.  

Crédit image : Malek Khadhraoui | www.nawaat.org

Photo Malek Khadhraoui | www.nawaat.org

L'auteure de ces lignes a eu l'honneur de connaître Chokri Belaïd au Palais des Congrès de Tunis du 24 avril 2011, lors de l'assemblée qui a vu l'unification entre deux formations, qui se définissent comme marxistes-léninistes et panarabistes, nées des luttes des années 70 : Le Watad - MPD (Mouvement des patriotes démocrates) et Parti du travail patriotique et démocratique (PTPD). De cette fusion est né le Parti des patriotes démocrates unifié, dont Belaïd était secrétaire général. Ce parti a ensuite rejoint le Front populaire (Al Jabha Chaâbia), une coalition di partis d'extrême-gauche comparables à Syriza en Grèce.


Peut-être l'attribution de Belaïd à Nida Tounes a-t-elle été dictée par le désir inconscient de délayer la biographie du «martyr», d'occulter son appartenance à la gauche radicale d'inspiration marxiste,  de cacher le fait que c'est grâce à celle-ci qu'aujourd'hui la dangereuse impasse institutionnelle que traverse la Tunisie a reçu une secousse et que les masses populaires avec la «société civile» - ont repris les rues comme protagonistes. Ce que sont sont leurs sentiments et leurs aspirations est bien illustré par l'un des slogans scandés lors des manifestations spontanées qui ont traversé presque tout le pays après la mort de Belaïd: "Le peuple veut une nouvelle révolution".


C'est vrai: une deuxième révolution serait nécessaire. En fait, e fossé entre le pays officiel et le pays réel ne pourrait pas être plus profond :, en particulier le pays  des masses défavorisées et abandonnées à leur sort de marginalisation, de chômage, de précarité, de pauvreté, de manque de protection sociale. De ce côté, deux ans plus tard, rien n'a changé après la révolution du 14 Janvier. Au contraire, les problèmes économiques et sociaux déjà graves et les profondes disparités régionales ont été exacerbés par la fuite des entrepreneurs et des capitaux étrangers, l'effondrement du tourisme, l'augmentation vertigineuse du chômage et du coût de la vie, l'inertie et l'inconsistance des gouvernements provisoires, en particulier le dernier en date.


Sur le plan des appareils judiciaire et répressif, les changements sont également à peine visibles. Il suffit de prendre en compte les nombreux procès pour délits d'opinion, conclus parfois par des condamnations plutôt lourdes, sans parler de la violence et de l'arbitraire avec lesquels la police réprime les manifestations et surtout les révoltes spontanées, qui sont une donnée endémique et irréductible du panorama social tunisien. Pour reprendre les termes de Fausto Giudice, éditeur à Tunis et observateur attentif, on pourrait se hasarder à dire, synthétiquement, que le véritable pouvoir est toujours en place, à savoir "la mafia affairiste-bureaucratico-policière" du régime benaliste, "dont quelques piliers se sont faits pousser une barbe". De leur côté, "les piliers barbus" et leurs serviteurs – salafistes jihadistes et prédicateurs wahhabites engraissés à coups de pétrodollars – ont pu jusqu'à présent jouir de l'indulgence d'Ennahdha, le parti islamiste "modéré" qui domine la coalition gouvernementale actuelle. Ajoutons que les nouveaux dirigeants des institutions n'ont pas la force et la capacité de se soustraire aux injonctions des puissants organismes internationaux qui dictent les règles de l'économie néolibérale, et pas seulement de celle-ci.

L'émotion était forte aujourd'hui sur l'avenue Habib Bourguiba. Crédit image : Malek Khadhraoui | www.nawaat.org

Photo Malek Khadhraoui | www.nawaat.org
 
Par complicité, négligence ou inconsistance, Ennhadha a fini par faciliter l'escalade de la violence politique qui a abouti à l'assassinat de Chokri Belaïd, probablement commis par des assassins professionnels. Belaïd lui-même avait dénoncé cette violence à plusieurs reprises, avait pointé le danger qu'elle représentait pour le sort de la transition. Belaïd, non pas par un don prophétiques mais par clairvoyance politique, avait parfaitement prédit l'envolée spectaculaire du cycle d'attaques préméditées contre des dirigeants et des sièges de l'opposition.



Une étape de cette escalade a été l'assassinat d'un dirigeant local de Nida Tounes à Tataouine le 18 octobre dernier : Lotfi Naqdh a été lynché à mort lynché à coups de barre de fer et de marteau par une des tristement célèbres "Ligues de protection de la révolution", milices armées au service d'Ennahdha (ou d'une de ses factions). En ce qui concerne les étapes les plus récentes, les premiers jours de février on a enregistré six agressions en 48 heures, toutes commises par les mêmes milices, épaulées parfois par des groupes salafistes djihadistes. À ce triste décompte, il faut ajouter les agressions contre les journalistes : pour ne citer que le plus récent, Nabil Hajri, de Zitouna TV, a été grièvement blessé par balle blanche. On peut craindre que ce funeste catalogue ne se conclue pas avec la mort de Belaïd : l'UGTT, la principale centrale syndicale,  a rapporté que depuis deux jours elle reçoit des menaces de mort contre son Secrétaire général Hocine Abassi et son fils.

Le cortége funéraire de la dépuoille de Chokri Belaid a traverser l'avenue Habib Bourguiba sous les acclamations des manifestants avant qu'il soit pris pour cible par la police. Les forces de l'ordre ont tirer des bombes à gaz lacrymogène sur le cortége. Crédit image : Emine Mtiraoui | nawaat.org

Photo Emine Mtiraoui | nawaat.org  
 
La grande et puissante réponse populaire à l'assassinat de Belaïd a rendu possible à l'opposition de gauche de proposer le retrait de ses représentants de la Constituante, d'exiger la démission du gouvernement provisoire dirigé par Hamadi Jebali, et d'appeler à une grève générale pour la journée de funérailles de l'illustre victime, appels repris par le reste de l'opposition et, fait plutôt relevant, par l'UGTT elle-même. Jebali a immédiatement réagi en proposant un gouvernement de technocrates pour mener la période de transition jusqu'aux élections, mais il est loin d'être certain que son parti lui apporte un soutien unanime. Abdelhamid Jelassi, vice-président et porte-parole d'Ennahdha, a déjà déclaré que le parti désapprouve la proposition.



Compte tenu du contexte que nous venons de tracer, toute prévision est risquée, et tout aussi infondés sont aussi bien l'optimisme naïf de certains commentateurs  tunisiens qui crient à la victoire de la rue et du tournant que le pessimisme intéressé des prophètes de malheur occidentaux qui évoquent la guerre civile. La seule chose qui est certaine, c'est que les rues et les places tunisiennes continueront de résonner des slogans des foules de manifestants demandant du travail et du pain, la liberté et la justice sociale, l'égalité et la dignité. Pour les faire taire, il ne servira à rien d'intensifier les tirs de gaz lacrymogènes et de chevrotines.


 PS :  Dimanche 10 février de 10 à 14 h, aura lieu à Rome un sit-in devant l'ambassade de Tunisie (via Asmara 7), pour condamner l'assassinat de Chokri Belaïd et exprimer la solidarité avec sa famille et ses camarades, et avec les manifestants en Tunisie.

Le témoignage de Nadia Daoud, témoin oculaire de l'assassinat de Chokri Belaïd نادية داود الصحفية الشاهدة على إغتيال شكري بالعيد


Ce matin à 8 heures moins le quart, j'étais au balcon et j'ai vu une voiture en face de chez lui, je n'ai pas fait attention, une voiture de location pour M. Chokri, qui était en bas de son immeuble, avec un chauffeur. Mon balcon était en position de profil par rapport à la voiture, donc je pouvais voir le chauffeur. Je n'ai pas vu ce qu'il avait comme vêtements, j'ai pas prêté attention à ce qui se passait, à un certain moment j'ai vu quelqu'un qui discutait avec le chauffeur, qui est venu le saluer, je ne sais pas ce qu'il lui disait. j'ai l'impression qu'il lui a passé un message - 5 ou 10 secondes - et il est reparti.
C'est une impression, pas une accusation, un constat. Il était arrivé par une rue et il est reparti par une autre. Après, comme me l'a dit une fille qui travaille dans l'immeuble, pour entrer tu as besoin d'un code, et elle n'avait pas le code, c'est Choukri qui lui a ouvert. Elle est rentrée et lui est sorti et le concierge est rentré aussi dans l'immeuble. La fille l'a vu rentrer dans sa loge et il a refermé sa porte à clé. Entremps, j'ai vu M. Chokri qui sortait de l'immeuble, il a ouvert la porte de la voiture et il a voulu la refermer, elle est restée à moitié ouverte, et quelqu'un est arrivé vers lui, il ne venait pas de loin, il n'avait pas une démarche naturelle, il avait juste une marche hâtive, une démarche pressée et les mains abaissées. Je n'avais pas remarqué l'arme. Je regardais tout ça sans faire attention. M. Chokri, j'ai l'habitude de le voir monter dans la voiture avec chauffeur, les gens font des allers-retours, 8 h. du matin c'est pas très tôt, il y a du mouvement dans la rue, le mouvement ne m'a pas dérangée. A un certain moment, le type s'est arrêté devant lui, il a plongé sa main et il a sorti son arme. Il a tiré en premier lieu sur la vitre de la voiture...
-Qui était fermée...
-Oui, elle était fermée. D'ailleurs les experts pourront déterminer si la balle a été tirée de l'intérieur ou de l'extérieur. il a tiré le premier coup sur la vitre. Le premier coup, c'était uen seule balle, le deuxième coup, c'était une sorte de rafale, quatre balles, c'est pas une arme automatique, c'est une arme normale, mais le deuxième coup, c'était plusieurs fois, avec un intervalle très court...
-Le premier coup, c'était pour briser la vitre, les suivants pour tuer...
-Exactement, le premier coup pour casser la vitre, les autres étaient dirigés vers la victime (...) C'est alors que j'ai commencé à regarder attentivement le chauffeur et l'assassin. Le chauffeur n'a pas bougé d'un centimètre, il n'a pas été touché, il n'avait pas l'air gêné. Le réflexe humain de base aurait été de sortir de la voiture, de courir chercher du secours, mais il n'a eu aucune réaction, il n'a pas bougé d'un centimètre. Puis j'ai vu une Vespa, ce n,'était pas une 103 comme on a dit, mais une moto du genre Vespa, couleur bleue ou noire, mais très foncée, qui l'attendait depuis le début, à l'arrêt, je l'avais remarquée, elle était arrêté au bout de l'immeuble qui est perpendiculaire au nôtre...D'après le bruit de démarrage du moteur, elle était en marche, quand l'autre est arrivé et il a enfourché la moto, elle est partie immédiatement. Elle n'est pas partie par la même rue, elle est sortie par la route qui traverse le bloc en face de chez nous, qui est cachée par des arbres. Il a fait le tour et il a disparu. Je ne pouvais plus le voir. Je n'ai pas pu voir vers où il est parti.
-Tu étais sous le choc...
-Quand l'horreur s'est produite, je n'ai pas eu le temps de faire quoi que ce soit, ni d'appeler ni autre, j'étais paralysée. La première réaction que j'ai eue, ça a été quand les gens ont commencé à crier, après les coups de feu, la sortie des voisins et les cris de terreur. Les voisins ont commencé à pousser des cris, les hommes criiaient, les femmes criaient.  J'ai commencé à paniquer, je ne savais pas par quoi commencer, appeler la police, les médias ou ma famille ? J'ai préféré d'abord ne rien dire à mes parents. Mon père s'était levé pour regarder quand il a entendu les coups de feu, comme tout le monde, parce que personne n'a vu la scène depuis le début...
- Parle-nous de l'intervention des forces de sécurité: est-ce qu'elle a été rapide ? Est-ce qu'ils ont sécurisé la scène du crime ? Est-ce qu'ils ont fait leur travail ?
- Heureusement, on a la chance d'avoir un service d'ambulances juste à côté. Les ambulanciers et brancardiers sont arrivés immédiatement, ça a été rapide. La police a mis 20-25 minutes pour arriver, ils ont délimité la scène de crime, il y avait les experts, ils ont examiné la voiture, la direction du sang, si la cartouche était venue de l'intérieur ou de l'extérieur. Les experts ont fait leur travail, peut-être qu'ils ont tardé parce que l'information a tardé à leur arriver.
-Tu as été interrogée à Gorjani, comment ça s'est passé ? Il y a des choses que tu peux dire, d'autres que tu ne peux pas dire ?
-Effectivement, j'ai été interrogée, j'ai fait ma déposition...
-Quand est-ce que tu es sortie de l'interrogatoire à Gorjani ?
- Très tard, à 10 heures et demie du soir.
- Qu'est-ce que tu peux dire, qu'est-ce que tu ne peux pas dire ?
- Ce n'était pas que des paroles, c'était du sérieux, un interrogatoire formel/officiel (rasmi). Toutes mes paroles étaient notées et prises en compte. Il fallait que je fasse attention, je voulais apporter de la lumière sur l'assassinat de M. Choukri mais je ne voulais pas porter de tort à des innocents. Déjà, avant de commencer à dire ce que j'ai vu, j'ai voulu dire que je ne reviendrais pas sur mes déclarations et que je n'ai dit que ce que j'ai vu, je suis absolument sûre et archi-sûre de ce que j'ai vu.
La première chose que j'ai fait le matin, ça a été de parler aux médias, avant de parler à la police, parce que je ne voulais pas d'une affaire Lotfi Naghed bis. Il est mort d'une crise cardiaque etc. Deuxièmement, pendant l'interrogatoire, j'ai été confrontée au concierge de l'immeuble - moi je suis au quatrième étage, M. Chokri au premier - et au chauffeur. Ils ont essayé de le questioner et de détourner les questions parce qu'ils connaissaient déjà les réponses. Ils avaient les relevés de ses appels téléphoniques, ils savaient pertinemment qui l'a appelé et qui il a appelé, et ce qu'il lui a dit. Quand ils l'ont interrogé, il a menti, sur les appels qu'il a reçus. Ils l'ont questionné sur l'homme qui était venu parler avec lui le matin, il a nié, il a dit je ne sais pas, je ne suis pas au courant. Puis il a dit qu'est-ce qui se passe, je ne sais plus ce que j'ai dit. Il ne pouvait pas avoir oublié, ça s'était passé le matin même, pas l'année dernière. "Est-ce que tu te souviens de quelqu'un qui t'a parlé ce matin, quand tu attendais dans la voiture ?"
-Est-ce que tu sais quelque chose sur lui ? Est-ce que tu l'avais vu avant, venir chercher M. Chokri le matin ?
-D'après lui, il appelait M. Chokri "camarade", ils étaient du même parti. ça n'a pas été vérifié, je n'ai pas été informée que l'histoire est vraie, non...
-L'événement auquel tu as assisté, c'est un assassinat politique ? Qu'est-ce que tu peux dire de ton vécu, entre les interviews aux médias et l'interrogatoire policier ? Ton impression, ton analyse ? Quel est le message de Nadia la personne ?
- Tout ce que je peux dire, c'est que Nadia la journaliste était complètemenht absente. Mon comportement de ce matin n'a pas du tout été celui d'une journaliste. Une journaliste n'aurait pas réagi comme ça, elle aurait plutôt cherché à connaître la vérité, à se saisir d'une caméra et à descendre filmer, au moins la première scène que j'ai filmée, ça a été la scène de l'ambulance, mes mains ne pouvaient rien saisir avant ça. Je ne pouvais même pas parler, j'étais tétanisée, M. Chokri étant un ami...(ici la vidéo s'interrompt)
Source : Emine Mtiraoui, Nawaat, 6/2/2013. Traduit par Tafsut Ait Baamrane, Tlaxcala