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jeudi 27 janvier 2011

يوم الغضب المصري 25/01/2011 من سيدي بشر بالاسكندرية Alexandre, Égypte, 25 janvier : le peuple est dans la rue

thaoura thaoura chaabiyeh
révolution révolution populaire
thaoua thaoura hatta al nasr
révolution révolution jusqu'à la victoire
houma min ouahla min?
qui sont-ils et qui sommes-nous ?
houma al oumra'e oual salatiin
eux, c'est les émirs et les sultans
ouahna el fuqarra'a al madiounin
et nous des pauvres privés de tout

vendredi 14 janvier 2011

Le Maghreb s’enflamme. Tout le Maghreb !

Par APSO, jeudi 13 janvier 2011

Après les émeutes en Tunisie, puis en Algérie, on ne compte plus les morts et encore moins les blessés lors des manifestations qui ont eu lieu dans les deux pays. Si les causes directes de ces événements ne sont pas les mêmes, les réponses des deux gouvernements sont par contre similaires et se résument à un mot : répression.
Manque de travail, augmentation des prix, crise du logement, la population et surtout la jeunesse des deux pays se retrouvent autour de ce même constat : la situation est intenable et ne peut plus continuer comme cela. Si on ajoute à l'alchimie un régime corrompu qui refuse de céder la place et un manque flagrant de respect des droits essentiels comme la liberté d’expression, cette vague de protestation devient non seulement plus claire mais légitime et inévitable.
Et le Maroc dans tout cela ? Certains voient le royaume comme immunisé contre ces protestations populaires. C’est pourtant oublier les manifestations contre le coût de la vie ou pour la liberté d’association comme à Tinghir en décembre dernier. Des mouvements de protestation qui ont vite été réprimés par les autorités et dont les participants finissent souvent en prison.
Tinghir, décembre 2010
Mais surtout, il y a tout juste deux mois, se sont déroulées au Sahara Occidental les plus importantes manifestations depuis des années. La population civile sahraouie, tout comme les Tunisiens et les Algériens, a décidé de dire non au manque de travail, de logement et à la hausse des prix. Non au racisme d'état, non à la discrimination à l’embauche, non au manque de liberté civique, en bref, non à un système qui perdure depuis trop longtemps. Les Sahraouis manifestent pacifiquement depuis des années et cette fois ils ne sont pas sortis dans la rue, mais ont, au contraire, quitté les villes pour se réunir dans le désert, dans ce qui est devenu un camp de protestation : Gdeim Izik. Au bout de quelques semaines, le camp comptait 10.000 tentes et entre 20 et 30.000 personnes.
La réponse de l’occupant marocain a été la même qu’en Algérie et en Tunisie : la répression par la destruction du camp et une réaction des forces policières et militaires d’une très grande violence. Arrestations arbitraires, tortures, viols, disparitions forcées, le tout dans la plus totale impunité et sans qu’aucun observateur étranger, journaliste ou ONG, n’ait eu le droit de mettre le pied sur le territoire. Les rapports des organisations qui se sont penchées sur ces événements sont unanimes. Amnesty International rapporte que toutes les personnes qui ont été interrogées ont signalé avoir été maltraitées ou torturées durant leur arrestation.
C’était le 8 novembre 2010. Et si les revendications de nombreux Sahraouis étaient aussi politiques, demandant qu’enfin leur droit à l’autodétermination soit appliqué, la protestation dénonçait une situation économique qui ne peut plus durer, contre un régime injuste et méprisant, contre tout un système qui les contraint à vivre dans l’indigence et à ne rien pouvoir espérer de mieux ni dans les prochaines années, ni pour les prochaines générations.
C’est tout le Maghreb qui s’enflamme. Une protestation populaire et légitime à laquelle la communauté internationale doit faire écho. En Tunisie. En Algérie. Au Maroc. Et aussi : au Sahara Occidental.

Tunisie : Tout ça pour ça ?

Nous vous proposons les dessins de en réaction au discours d'hier de Zaba ainsi que ses dessins des derniers jours
 Tout ça pour ça ?




Après Hatem Bettahar à Douz, Fatma Jerbi Marendaz tuée à Dar Chaabane : personne n'est à l'abri

Désormais, c'est clair : tout un chacun risque sa vie en Tunisie, pas seulement les manifestants, mais aussi les spectateurs, les touristes. Les voyagistes français, belges, allemands et suisses viennent de lancer une opération de rapatriement de leurs clients depuis les stations touristiques tunisiennes. Ce que tous les appels militants au boycott touristique n'étaient pas arrivés à obtenir, la police aux ordres de Ben Ali y est arrivée. Puisse l'opération "plages vides" précipiter la chute du tyran.

Les obsèques de la Vaudoise tuée en Tunisie auront lieu cet après-midi

Enterrement | Les funérailles de la Suissesse décédée en Tunisie dans les émeutes auront lieu vendredi à 15h30. L’autopsie a confirmé qu’elle est décédée d’une balle rentrée dans son crâne.


© DR | Fatma Jerbi Marendaz

ATS | 14.01.2011 | 12:21

Les obsèques de la Suissesse de 67 ans tuée mercredi en marge d’une manifestation dans le nord-est de la Tunisie auront lieu à 15h30, a indiqué vendredi le frère de la victime. Ce dernier s’est rendu en milieu de matinée à la morgue pour recevoir les résultats de l’autopsie pratiquée sur le corps de sa sœur.
«L’autopsie a confirmé qu’elle est décédée d’une balle rentrée dans son crâne», a déclaré Raouf Jerbi. Selon lui, la police a volontairement visé sa soeur. «La police vise tout, même les chiens», a-t-il accusé jeudi.
Le drame s’est produit à Dar Chaabane, près de la station balnéaire de Hammamet. La sexagénaire se trouvait sur la terrasse de sa maison, d’où elle a été témoin de confrontations entre la police et de jeunes manifestants, a indiqué jeudi le coordinateur du Comité de soutien du peuple tunisien (CSPT-Suisse), Anouar Gharbi.
Mariée à un Suisse et vivant dans le Nord-Vaudois, la femme s’était rendue en Tunisie pour y passer des vacances auprès de sa famille a précisé M. Gharbi. Elle aurait dû rentrer en Suisse vendredi.
 Source : 24 Heures

«J’ai vu ma maman allongée par terre. Je la revois encore»


Tragédie | Mercredi soir, Fatma Jerbi Marendaz, une habitante de Mauborget, a été tuée au cours d’une manifestation en Tunisie.


Pascale Burnier et Vincent Maendly | 14.01.2011 | 00:01

«Le policier qui a tué maman n’a pas eu pitié de tirer sur une femme. Je ne peux pas le supporter.» Mercredi soir, Sarra, 12 ans, a vu le corps de sa mère allongé sur le sol. Fatma Jerbi Marendaz, une Vaudoise de 66 ans, mourait sous les tirs de l’enfer tunisien, à Dar Chaabane au Nord de la Tunisie.
Selon son frère de 51 ans, Raouf, elle aurait succombé à une balle tirée par un policier posté sur la tourelle d’une mosquée. Le Département fédéral des affaires étrangères a confirmé hier le décès de cette Suissesse d’origine tunisienne. Elle avait travaillé durant trente ans comme instrumentiste dans plusieurs hôpitaux vaudois.
Le destin brisé de sa soeur, Raouf tient à le raconter sans pudeur. Mais avec rage et tristesse. «Il était environ 18 heures. Dans la rue, il y avait des affrontements entre la police et le peuple. Ma sœur est montée sur le toit de sa maison avec d’autres voisins pour voir ce qu’il se passait. Là, elle a pris une balle dans le cou. Près de l’oreille. Il y avait beaucoup de sang. Deux garçons, des jeunes, sont morts aussi dans la rue ce soir-là.»
«On m’a dit de me débrouiller»
Raouf a essayé d’appeler la police et l’hôpital. En vain. «On m’a dit de me débrouiller, qu’il n’y avait ni patrouille, ni ambulance.» Alors sa sœur, il l’a conduite lui-même à l’hôpital en la sortant de la maison par une ruelle. «Je suis descendu du deuxième étage en portant Fatma. Sarra, sa fille, était en bas, elle jouait à l’ordinateur.» Une fille adoptive qui exprimait hier soir sa détresse par téléphone. «J’ai vu ma maman allongée par terre, pleine de sang, avant qu’on m’éloigne. Je la revois encore. J’espérais qu’elle n’était que blessée.»
Le décès de sa mère, la jeune fille, scolarisée depuis quelques années dans un collège privé à Tunis, ne l’a appris qu’hier en fin d’après-midi. De la bouche de son papa, Eric. «La famille tunisienne avait éloigné ma fille de la scène et ne lui a pas dit ce qui s’était passé, pour que ce soit moi qui le fasse», racontait hier ce mari anéanti. «Je tiens le coup, mais je ne sais pas comment gérer. Toute notre vie est chamboulée. Ma fille est scolarisée ici et moi je travaille en Suisse. Je ne sais pas ce que l’on va faire.»
Sa femme, Fatma, partageait son temps entre ses deux pays, la Tunisie et la Suisse. Après plusieurs semaines passées à Dar Chaabane, Fatma devait rentrer aujourd’hui à Mauborget. Son dernier voyage sera plus court: elle le fera certainement pour le petit village natal de sa famille, où son père est déjà enterré.
Mari effondré
Pour Eric, son mari, il ne reste désormais que l’horreur et la douleur d’une mort injuste. «La famille Jerbi et moi, nous allons porter plainte contre le gouvernement. Nous voulons le nom de ses assassins. Ma femme n’a pas été touchée par une balle perdue; ils ont sciemment tiré sur elle, ainsi que sur des enfants.»
En Tunisie comme en Suisse, l’émotion est vive. A Coire, son neveu Adel Tajouri a tenu à envoyer des photos de cette tante qu’il voyait régulièrement. «Une femme très généreuse, pleine d’énergie. Elle était à la retraite et faisait des allers-retours pour s’occuper de sa fille. Ici, elle prenait le temps de faire des promenades, et aussi de peindre.»
En Suisse, le drame fait déjà des remous. En contact direct avec la famille de Fatma, le Comité de soutien du peuple tunisien, basé à Genève, a demandé hier aux autorités suisses de lancer une procédure pour homicide. Mais aussi le rappel de l’ambassadeur suisse en Tunisie.



Un couple indépendant et très uni
A Mauborget aussi, on entendait hier des coups de feu en rafale, déchirant bruine et brouillard. Mais ce n’était que le fracas de la place de tirs de Vugelles, qui remonte jusqu’au balcon du Jura. C’est donc là, dans ce village de 90 âmes perché à 1173 m d’altitude, que vivaient Fatma Jerbi et son époux Eric Marendaz, «depuis une trentaine d’années», selon le syndic Claude Roulet. Là, aussi, qu’ils se sont mariés. «On ne la voyait plus beaucoup, depuis deux ans, car elle était partie en Tunisie avec Sarra, leur fille adoptive. Ils voulaient qu’elle soit scolarisée là-bas, dans une école privée. Du coup, mère et fille ne revenaient ici que durant les vacances.»
Mécanicien sur machine de 62 ans, Eric Marendaz a appris le décès de son épouse par téléphone, mercredi en fin de journée. «Il m’a aussitôt appelé, vers 18 h», témoigne Alessandro Maggioni, un habitant du quartier. «Il était sous le choc. Je suis venu chez lui pour le réconforter et il m’a demandé si je pouvais m’occuper de leurs six chats. Le lendemain à 6 h, je l’ai amené à la gare de Lausanne, où un membre de sa belle-famille l’a rejoint.» Les deux hommes sont alors partis à Cointrin pour sauter dans le premier avion qui les mènerait en Tunisie.
Tous les habitants interrogés décrivent le couple comme «isolé et indépendant». Et très soudé, malgré la distance. «Ils s’appelaient tous les jours», relève Jacques Beck, un voisin. La volubile Fatma avait un fort tempérament et le sang «chaud», tandis que son mari est plutôt «réservé et timide», dépeint Alessandro Maggioni.
Source : 24 Heures


  Dessin réalisé par
au moment du soulèvement de Redeyef-Gafsa en 2008

Tunis, vendredi matin : "Ministère de l'Intérieur, ministère de la terreur"


La promesse du président Zine El-Abidine Ben Ali de quitter le pouvoir à l'issue de son mandat en 2014, annoncée jeudi soir 13 janvier à la télévision, ne semble pas avoir calmé les esprits. Vendredi, les manifestations hostiles au pouvoir se poursuivaient dans le centre de Tunis, après près d'un mois d'émeutes dans l'ensemble du pays. "Non à Ben Ali", "Soulèvement continu, non à Ben Ali", crient les manifestants, qui n'ont pas été inquiétés par les policiers. "Le ministère de l'intérieur est un ministère de la terreur", "hommage au sang des martyrs" ou encore "non aux Trabelsi (la belle-famille du président) qui ont pillé le pays", scandent également les manifestants.
A la mi-journée, l'agence de presse Reuters estimait à 5 000 le nombre de manifestants rassemblés à proximité du ministère de l'intérieur. La foule, qui a gonflé tout au long de la matinée, a été bloquée par un barrage de police au milieu de l'avenue Bourguiba pour l'empêcher de marcher vers le ministère. La chaîne i-Télé affirme de son côté que le centre de la capitale est bouclé par l'armée.
Dans sa troisième intervention depuis le début d'un mois d'émeutes inédites en vingt-trois ans de pouvoir, le président Ben Ali s'est engagé jeudi soir à partir au terme de son mandat, en 2014, et a ordonné la fin des tirs à balles réelles contre les manifestants. Les troubles et leur répression ont déjà fait au moins 66 morts dans le pays, selon une ONG.
"Je vous ai compris", a martelé à plusieurs reprises le chef de l'Etat, âgé de 74 ans. Il a également annoncé une baisse des prix du pain, du lait et d'autres produits et services alors que la révolte avait commencé par des protestations contre le chômage et la vie chère avant de prendre un tour politique.
Une grève de deux heures restait toutefois programmée vendredi dans la région de Tunis à l'appel du syndicat unique et des internautes et étudiants se sont aussi mobilisés pour le maintien de rassemblements dans la journée.

A Sidi Bouzid (sud-ouest), d'où est parti, il y a un mois, le mouvement de contestation, 1 500 personnes ont défilé aux cris de "Ben Ali dehors", tandis qu'à Regueb, une localité proche, 700 personnes aussi ont lancé des slogans hostiles au chef de l'Etat. A Kairouan (centre), des marcheurs ont crié "Ben Ali dehors", de même qu'à Gafsa, dans le sud-ouest, selon des sources syndicales.
Les sites Internet qui étaient bloqués en Tunisie étaient de nouveau accessibles jeudi soir, peu après la promesse du président de garantir "la liberté totale" de l'information et de l'accès au Web. "Il ne suffit pas de déverrouiller Dailymotion et de Youtube pour tourner la page, trop de sang a coulé", a lancé l'animateur d'une émission matinale sur Radio Mosaïque, une radio privée.
Source : Le Monde, avec  AFP et Reuters | 14.01.11 | 11h36

Tunisie : deux nouveaux martyrs à Kairouan

Deux civils ont été tués par des tirs de la police dans la ville de Kairouan, dans le centre de la Tunisie, au moment même où le président Zine El Abidine ben Ali prononçait un discours dans lequel il ordonnait la fin des tirs sur les manifestants, ont raconté des témoins.
Sayed, un électricien de 23 ans, a été tué d'une balle dans la poitrine près des locaux de la gendarmerie lors d'affrontements qui ont éclaté après une manifestation pacifique à l'appel du syndicat régional dans cette ville du centre, a dit l'un des témoins.
Un autre quadragénaire, Lamjed Dziri, employé d'une fabrique de tabac, a également été tué par des tirs de police dans les mêmes circonstances, a indiqué un autre témoin.
Ces deux habitants ayant requis l'anonymat ont évoqué des scènes de chaos dans la ville qui a connu des pillages durant plusieurs heures. Trois postes de police, une municipalité, une permanence du parti présidentiel au pouvoir, ont été incendiés et des commerces ont été pillés.
Près de Tunis, dans la Cité El Ghazala, des affrontements ont eu lieu jeudi soir entre la police et des manifestants aux abords d'un pôle technologique gardé par l'armée, a constaté un journaliste de l'AFP.
Source : AFP

jeudi 13 janvier 2011

Taoufik Ben Brik : Le soulèvement de la jeunesse en Tunisie est une vraie révolte politique

Le journaliste tunisien Taoufik Ben Brik vient de publier ce Point de vue dans Le Monde
Cinquante morts au bas mot. Des immolés par le feu chaque jour. Des villes entières, partout le pays s'insurge. L'armée entre en lice. Un couvre-feu décrété sur le grand Tunis. Quels contre-feux pour éteindre la révolte ?
L'hiver 2011 a vu, avec le sang qui a coulé à Kasserine et à Tala la radicalisation de la protestation et l'émergence d'une révolte inédite dans une Tunisie longtemps encagée. Une révolte sans revendications sociales. Une révolte qui s'en fiche comme de l'an quarante du pain et de l'emploi. C'est une révolte politique, entière. Ce n'est pas une révolte de poussières d'individus mais de villes, de village et de cités entières. Une révolte politique radicale. Celle qui campe sur une position non négociable. Une révolte qui plaide pour le collectif contre l'individualisme, pour la loi contre celle du plus fort, l'égalité contre les privilèges, pour le citoyen contre le client. Une révolte qui traque les tièdes, les mous, les hésitants, les parvenus. Une Tunisie qui croit – encore – à la révolution contre l'involution. Elle somme Ben Ali de déguerpir : "vingt trois ans, basta !".
Du côté du pouvoir, la répression s'est naturellement radicalisée. L'irrémédiable. Ça a tourné au carnage !
Personne ne voulait de cette tournure des événements. Ni le microcosme de l'opposition en charpie, peu enclin à la confrontation, ni les puissances protectrices soucieuses de l'image – bon enfant – de ce petit pays du Maghreb.
Vite. Il faut sauver Ben Ali de Ben Ali pour que son régime ne sombre pas dans une violence sanglante. "Car la dérive du pouvoir tunisien éclabousse ses protecteurs occidentaux et amène leur opinion publique à leur demander des comptes", dit Hélène Flautre, députée européenne.
Lui tendre la perche ? Manifestement, il s'agit de pousser le résident de Carthage à opter pour un changement dans la continuité et de convaincre l'opinion publique que ce changement sans le changement est crédible. Il peut être porté par des bénalistes ou des figures de l'opposition bon teint et conciliants.
Pour cela, il faut, bien entendu, surtout ne plus parler de ce qui doit changer vraiment : la paupérisation, la confiscation des deniers publics, la prise en otage du pouvoir par la mafia, la corruption à outrance, le système policier, la torture généralisée, les procès pipés, l'omerta, la dépendance de toutes les institutions…
Désormais, les sujets abordés, le ton utilisé, les arguments avancés doivent affermir et promouvoir la certitude que la Tunisie est, avant tout, un pays ordinaire, banal. Y a-t-il une crise entre le pouvoir et la société ? "Quel pouvoir n'y est pas confronté ?", se demande Borhène Bessaies, un propagandiste de renom. Une jeunesse désabusée ? "N'est-ce pas le lot de toutes les jeunesses de la terre ?" s'indigne Samir Laâbidi, le tout nouveau ministre de la Communication. Des intellectuels militants frustrés qui redressent la tête ? N'est-ce pas le rôle de ces figures médiatiques, à l'image de l'avocat Raouf Ayadi et consorts, de dénoncer et de faire appel aux valeurs universelles ?, minimise encore un blanchisseur de Ben Ali, Béchir Tekkari, le ministre de l'enseignement supérieur. Ils oublient que ce n'est plus les temps des atermoiements. Ben Ali a à faire à un adversaire de taille : la rue qui a repris son mot à dire.
Et les formes de persécution les plus rebutantes sont des "bavures isolées" : tentatives d'assassinat, chasse à l'homme, passage à tabac, vol et saccage des biens, filature, privation de passeport, coupure de ligne téléphonique… toutefois, pour faire sérieux, on admet que ces exactions sont contre-productives. Contre-productif, voilà le terme clef à brandir chaque fois qu'il est question de remise en cause de la légitimité de ceux qui détiennent le pouvoir en Tunisie. Ce qui est une manière de valider les buts tout en récusant uniquement l'usage abusif des moyens. En somme, il faut croire que le carcan est plus bête que méchant et ceux qui ne peuvent pas le contourner ou s'y adapter, plus méchants qu'intelligents. Et pour parfaire l'acte de réhabilitation de Ben Ali, on s'attarde longtemps sur ses embellies : l'intention de libérer les manifestants, promesse de créer 300 000 emplois, la volonté de créer une commission d'enquête sur la corruption et les exactions, tandis que le premier ministre, Mohamed Ghannouchi s'efforce de faire bouger les choses (sic).
L'infra-message ne manque pas de sel : la tuerie, assure-t-on, touche peu de monde (une poignée de malfrats cagoulés, pour reprendre les dires de Ben Ali). Elle est donc plus maladroite que caractéristique du régime. Elle appelle un ajustement tactique, une gestion plus souple, plutôt qu'une remise en cause radicale. D'autant que les manifestants, les vrais, sont préoccupés du quotidien et du pain. Ils n'ont cure des aspirations politiques de la dizaine de têtes d'affiches créées par les media étrangers. Elle ne subit donc pas les affres du régime policier et répressif intentionnellement décrié. En définitive, pas de révolution à l'orée. Une révolution de palais suffira. Michèle Alliot-Marie, Frédéric Mitterrand, ou Bruno Lemaire, plaident : "Dire que la Tunisie est une dictature univoque… me semble tout à fait exagéré. Ben Ali est souvent mal jugé".
DÉFINIR LE TERRAIN COMMUN SUR LEQUEL DEVRONT S'AFFRONTER LES DIFFÉRENTES MANIÈRES DE VOIR
Allons plus loin : Ben Ali serait, paraît-il, partagé entre les clans qui s'affrontent sur la politique à mener. Il n'aurait pas encore tranché. Ce serait donc un homme réfléchi, capable d'apprécier les enjeux de la situation et disposant de ressources personnelles pour se rénover de l'intérieur. Branle-bas de combat pour présenter en toute complicité un semblant de changement : un ministre de la communication qui part, un nouveau ministre de l'intérieur qui débarque, et une valse de gouverneurs… Un exercice que les dictateurs pratiquent sans joie mais couramment. Car cette alternance truquée peut-être une brèche dont Ben Ali en personne ne connaît pas l'issue.
Ce qui est sûr, c'est que les révoltés, véritables protagonistes du cataclysme actuel seront certainement écartés de ce processus, tant les pressions extérieures seront fortes pour garantir un pouvoir acquis aux intérêts du libre-échange et conforme au rôle du partenaire docile assigné à la Tunisie dans la géopolitique internationale.
Toutefois, cette jeunesse révoltée a, aujourd'hui, un espace potentiel plus large. Saura-t-elle l'occuper ? En se situant sur les droits fondamentaux, individuels et collectifs, sur la constitution d'une démocratie vivante, de valeurs partagées et de lois communes, elle peut mieux s'ancrer dans la population et le paysage politique. L'enjeu n'est pas de choisir un porte-drapeau et de faire gagner son écurie. L'enjeu est de définir démocratiquement le terrain commun sur lequel, dorénavant, devront s'affronter les différentes manières de voir. L'appel au lancement d'une convention nationale, décentralisée, pluraliste, non sectaire, serait sans aucun doute opportun. Mais qui est en situation d'assurer sa reconnaissance, de garantir son pluralisme politique, la diversité des acteurs et son ancrage populaire ?

mercredi 12 janvier 2011

Ben Ali, un dictateur de son temps: il nomme un ingénieur au ministère de l'Intérieur

Zine Abidine Ben Ali vient de prendre une décision historique en remplaçant à la tête de ses polices Rafik Belhaj Kacem - qui était un flic traditionnel - par Ahmed Friaâ, l'homme, qui en tant que ministre des Technologies de la Communication, avait mis en place les structures de la Cyber-Tunisie au début du siècle. Mais en attendant que les forces d'insécurité passent de la répression réelle à la répression virtuelle, elles continuent à tirer à balles réelles aux quatre coins du pays. Hatem Bettaher, un enseignant universitaire et Riad Ben Oun, un éléctricien, ont été tués à Douz et un autre manifestant a été tué à Thala. La révolte continue de s'étendre et commence à se structurer dans la banlieue de Tunis. Le couvre-feu a été décrété dans la capitale. Et alors que Zaba a annoncé la libération des manifestants arrêtés, il a fait arrêter à son domicile Hamma Hammami, chef du petit Parti communiste des ouvriers de Tunisie. Côté rumeurs, le général Rachid Ammar, chef de l'armée de terre, aurait été limogé pour avoir refusé de donner à ses hommes l'ordre de tirer sur les manifestants.
Les figurants changent d'un côté du bureau, mais pas l'acteur principal :
ZABA recevant Friaâ en 2001
***
Vincent Geisser, sociologue à l'Institut de recherche sur le monde arabe et musulman

Tunisie : les gages de Ben Ali, symbole d'un "régime aux abois"

LEMONDE.FR | 12.01.11 | 18h38
 

La contestation que connaît la Tunisie depuis trois semaines a dégénéré   en émeutes sanglantes, samedi 8 et dimanche 9 janvier.
La contestation que connaît la Tunisie depuis trois semaines a dégénéré en émeutes sanglantes, samedi 8 et dimanche 9 janvier. AP/Hassene Dridi
Tandis que les affrontement ont gagné la capitale Tunis ,mercredi, le régime tunisien a cherché à trouver une sortie de crise aux émeutes sociales que connaît le pays depuis quatre semaines. Le premier ministre, Mohamed Ghannouchi, a ainsi annoncé le limogeage du ministre de l'intérieur, Rafik Haj Kacem, ainsi que la libération de toutes les personnes détenues depuis le début du mouvement. Il a également annoncé, au cours d'une conférence de presse, la formation d'une commission d'enquête sur des actes de corruption présumés concernant des responsables publics, que dénoncent opposition et ONG. Vincent Geisser, sociologue à l'Institut de recherche sur le monde arabe et musulman, et auteur de plusieurs travaux sur la Tunisie, analyse les motivations et la portée des gages donnés par le président Ben Ali à la population tunisienne pour tenter de mettre un terme à la contestation.
Comment interpréter les mesures annoncées aujourd'hui par le pouvoir tunisien ?
C'est une forme de recul du régime et du président Ben Ali qui montre que le régime est aux abois et tente de trouver une sortie politique. Cette alternance, ce balbutiement entre des formes de répression brutale et des gestes d'apaisement caractérisés par des mesures de relance et le traditionnel appel au dialogue national, est symptomatique de la faiblesse du pouvoir. Un régime qui limoge son ministre de l'intérieur n'est pas un régime qui contrôle la situation. Cet emballement est le signe de son impuissance et de sa volonté de reprendre la main.
Ces annonces doivent beaucoup à un fait nouveau, symboliquement très fort : la propagation du mouvement aux faubourgs de Tunis et aux abords-mêmes du palais de Carthage, lieu de résidence du président. En entrant dans la capitale, le message qui est transmis au régime est : "Donnez-nous notre liberté, partez".


Manifestation à la cité Ettadhamen (Solidarité) de Tunis, mercredi 12 janvier.
Manifestation à la cité Ettadhamen (Solidarité) de Tunis, mercredi 12 janvier.REUTERS/STR
Un deuxième symbole a été touché avec la mobilisation des gens à la cité Ettadhamen (Solidarité) de Tunis, qui est toujours présentée comme un symbole de l'action sociale du président et que Hillary Clinton avait elle-même visité lorsqu'elle était première dame des Etats-Unis. Cela montre que la contestation est en train de devenir un mouvement politique qui dépasse les revendications sociales des étudiants-chômeurs. On est entré dans une phase supérieure, avec un mouvement qui a évolué dans son recrutement sociologique : s'y sont joints les ordres professionnels avec les avocats, qui jouent un rôle énorme, les partis et mouvements d'opposition et, fait marquant, le syndicat unique, qui a toujours eu un rôle de représentation des salariés vis-à-vis du pouvoir et qui ici joue un rôle oppositionnel. Aujourd'hui, on retrouve ainsi dans le mouvement des cadres moyens et supérieurs, ainsi que des lycéens.
Les mesures annoncées par le pouvoir sont-elles susceptibles de faire retomber la mobilisation ?
Il y a une telle montée de la haine contre Ben Ali qu'il n'est pas sûr que ces annonces aient un effet d'apaisement : ce que veulent les manifestants, c'est le départ de Ben Ali. On a bien vu déjà qu'après l'annonce lundi de la création de milliers d'emplois pour les diplômés, les manifestations ont redoublé... Pour calmer la contestation, la poursuite de la répression et les vagues d'arrestations auront plus d'effet...
Tout le monde se rend bien compte qu'il s'agit d'un discours de diversion, même si c'est vrai qu'en ce qui concerne le limogeage du ministre de l'intérieur, on touche à un symbole : celui du ministre des ministres, un acteur central du régime qui a clairement une fonction de répression. Mais la population sait très bien que si la police a tiré à balles réelles sur les manifestants, la décision vient directement du Palais. L'annonce par Ben Ali qu'il va lutter contre la corruption a également un côté presque ridicule car cette corruption émane directement du Palais. Elle n'est pas le fait de la haute fonction publique tunisienne, qui est plutôt saine, mais de l'entourage et de la famille du président. La réelle alternative qui se pose au président dans la lutte contre la corruption est de dire "je pars" ou de désigner des boucs émissaires.
Les gages donnés par Ben Ali sont davantage destinés à apaiser les soutiens étrangers et à répondre aux pressions américaines. Cela permettra ainsi au président Ben Ali de gagner à court terme l'apaisement international mais les mécanismes classiques de répression et de surveillance vont être maintenus.

Le président tunisien Ben Ali, lors de son allocution télévisée, lundi 10 janvier.
Le président tunisien Ben Ali, lors de son allocution télévisée, lundi 10 janvier.Reuters/HO
Le régime du président Ben Ali est-il réellement menacé par ce mouvement de contestation ?
On se trouve dans une période de flou et d'incertitude. Cela a beaucoup marqué les jeunes tunisiens qu'on ait pu tirer sur des gens à balles réelles. Dans la tête et le cœur de la population, Ben Ali, c'est fini. Le régime Ben Ali n'est pas fini en tant que système, mais il n'a plus de soutiens. Sa légitimité populaire et auprès des élites tunisiennes est désormais réduite à zéro. On voit mal comment ce régime usé va pouvoir se renouveler. Mais le régime Ben Ali étant ce qu'il est — un système répressif, marqué par une présidence omnipotente, un parti quasi-unique, une presse aux ordres du pouvoir et un degré extrême de verrouillage de l'espace public —, on peut en effet se demander comment il est possible d'insuffler un changement fondamental en Tunisie sans remettre en cause les fondements même du régime ?
M. Ben Ali propose une fois encore une forme de gouvernance axée sur l'ambivalence entre sécuritaire et dialogue. Le scénario que les Tunisiens réclament est que Ben Ali fasse de vraies annonces : celle notamment qu'il partira dans un ou deux ans, qu'il ne se représentera pas aux élections et l'initiation d'un processus de démocratisation, en donnant des garanties pour une réelle solution démocratique. Mais c'est impossible que ce scénario se réalise car on se trouve dans un système nourri par une logique sécuritaire et une logique de corruption. Si on touche à la moindre pièce du système, il s'effondre.
Les éléments de la fin du règne de Ben Ali sont là depuis dix ans. La façade de régime moderne luttant contre l'islamisme est en train de s'effriter. C'est certain que l'on s'oriente dans un nouveau cycle politique, celui de l'après-Ben Ali et que tant que celui-ci n'est pas amorcé, on aura une montée des mouvements sociaux en Tunisie à l'avenir. Mais, la question est de savoir combien de temps il faudra pour que le régime Ben Ali s'effondre ?
Entend-on des voix dissidentes au sein du régime qui pourraient laisser entrevoir une alternative à la présidence Ben Ali ?
Il n'y a pas de voix dissidentes au sein de l'appareil gouvernemental qui est composé de techniciens peu connus en tant qu'acteurs politiques, à l'exception de certains fidèles de Ben Ali. Mais certaines personnalités, ministres et anciens ministres, ont exprimé ces derniers jours des critiques et cela a été une motivation supplémentaire pour Ben Ali de vouloir reprendre l'initiative, car il craint de voir émerger une figure du sérail à même de capitaliser la contestation tout en ayant à la fois la main sur le système.
Certaines rumeurs disent également que ça commence à bouger dans l'armée et dans le parti et qu'il y aurait des frictions entre la police et l'armée.
Propos recueillis par Hélène Sallon

Après le massacre, Ben Ali s'exprime بعد المجزرة ، اعرب بن علي

 هل فهمت؟
Dessin deالرسم

lundi 10 janvier 2011

“Meurs, comme ça on n’aura pas à te soigner!” : témoignage de Thala, Tunisie

Nombreuses victimes et mise à sac de la ville de Thala (Tunisie) par les forces de police
Dimanche matin 9 janvier 2011 (Traduit de l'arabe)
Appel lancé par un habitant de la région sous le pseudo TH dans une interview diffusée sur Facebook : https://login.facebook.com/ebtasem
Témoignage enregistré aujourd'hui d'un habitant de Tala. Ci-après transcription et mise en forme des propos enregistrés:
Ce que j'ai vu, ça ressemble à Stalingrad; les incendies sont partout, les rues jonchées de pierres; les maisons endeuillées avec leurs cris de douleur; les portes des boutiques éventrées non pas par les jeunes révoltés mais par la police qui défonce les portes et met le feu aux boutiques, comme cela a pu être filmé la semaine dernière à Tala même.
On compte 7 morts transportés à l'Hôpital; mais ce matin on a repêché 4 cadavres de la rivière proche de l'Hôpital; hier on en a repêché deux; [le témoin semble vouloir dire que ces cadavres viennent de l'hôpital].
Lors des affrontements, les blessés ont été traînés par terre par la police anti-émeutes (Brigade d'Ordre Public, B.O.P.) qui leur disaient : « Meurs, comme ça on n’aura pas à te soigner! ».
L'armée s'est contentée de défendre le siège de la Sous-Préfecture et des Impôts et n'est pas intervenue dans la répression.
Seuls la Mairie et le siège du parti au pouvoir ont été incendiés.
Toutes les catégories de la population ont été touchées [par ce massacre]; elles sont sans secours et ne peuvent se défendre face à des forces armées [qui continuent à les menacer].