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vendredi 4 janvier 2013

La géopolitique du schiste

par  Robert D. Kaplan, 19/12/2012.Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala
Note du traducteur : ayant peu de choses en commun avec Monsieur Kaplan, je ne partage évidemment pas ses présupposés, ancrés dans l'idéologie usaméricaine de la "Destinée manifeste de l'Amérique", pas plus que je ne crois à une "fatalité géographique". Le but de cette traduction est d'alimenter la réflexion de tous les citoyens francophones qui se battent dans le monde contre la malédiction du gaz de schiste en leur fournissant des éléments de compréhension des stratégies fumantes (et fumeuses) "d'en haut" à l'œuvre.

Selon les revues élitaires et la presse d'opinion, l'avenir de la politique étrangère repose en grande partie sur des idées : l'élan moral en faveur d'interventions humanitaires, les diverses théories relatives aux taux de change et au rééquilibrage de la dette nécessaire pour arranger Europe, la montée du cosmopolitisme parallèlement à la vitalité tenace du nationalisme en Asie orientale et ainsi de suite. En d'autres termes, le monde de l'avenir peut être conçu et défini sur la base des thèses de doctorat. Et dans une certaine mesure cela peut être vrai. Comme le 20ème siècle nous l'a montré, les idéologies - que ce soit le communisme, le fascisme ou l'humanisme – comptent et comptent beaucoup.
Mais il y a une autre vérité: La réalité de grandes forces impersonnelles comme la géographie et l'environnement qui contribuent aussi à déterminer l'avenir des événements humains. L'Afrique a été pauvre historiquement [sic, NdT] en grande partie à cause de la rareté de bons ports naturels et de fleuves navigables de l'intérieur vers la côte. La Russie est paranoïaque à cause de sa masse terrestre exposée aux invasions avec peu d'obstacles naturels. Les émirats du Golfe Arabo-persique sont fabuleusement riches non pas à cause d'idées, mais à cause des dépôts importants de sources d'énergie souterraines. Vous avez compris. Les intellectuels se concentrent sur ce qu'ils peuvent changer, mais nous sommes impuissants à changer une grande partie de ce qui se passe.
 
Prenez le schiste, une roche sédimentaire au sein de laquelle le gaz naturel peut être piégé. Le gaz de schiste constitue une nouvelle source d'énergie extractible pour le monde post-industriel. Les pays qui ont d'importants gisements de schiste seront mieux placés dans la compétition entre États du 21e siècle, et ceux qui n'ont pas de tels dépôts seront défavorisés. Dans ce domaine, les idées compteront peu.
 
Stratfor, en l'occurrence, a étudié la question en profondeur. Voici ma propre analyse, influencée en partie par la recherche de Stratfor.
 
Voyons donc qui a du schiste et comment cela peut changer la géopolitique. Car l'avenir sera fortement influencé par ce qui se trouve sous terre.
 

 
Les USA, cela est avéré, ont de vastes gisements de gaz de schiste: au Texas, en Louisiane, au Dakota du Nord, en Pennsylvanie, dans l'Ohio, l'État de New York et ailleurs. L'USAmérique, indépendamment de la plupart des choix politiques qu'elle fait, est en passe de devenir un géant énergétique du 21e siècle. En particulier, la côte du Golfe, avec comme centre le Texas et la Louisiane, s'est engagée dans un  véritable boom du gaz de schiste du pétrole. Cette évolution fera de la Caraïbe une zone focale de l'hémisphère occidental sur le plan économique, ce qui sera favorisé par l'élargissement du canal de Panama en 2014. Dans le même temps, la coopération entre le Texas et le Mexique voisin va s'intensifier, comme le Mexique va devenir de plus en plus un marché pour le gaz de schiste, avec ses propres bassins de schiste exploités près de sa frontière nord.
 
Ce sont là, en partie, des nouvelles troublantes pour la Russie. La Russie est actuellement le géant énergétique de l'Europe, exportant du gaz naturel vers l'ouest en grandes quantités, ce qui fournit à Moscou un levier politique sur toute l'Europe centrale et de l'Est en particulier. Toutefois, les réserves de la Russie sont souvent dans certaines parties de la Sibérie qui sont difficiles et coûteuses à exploiter, même si la technologie d'extraction de la Russie, autrefois vieille, a été considérablement modernisée. Et la Russie pour le moment peut faire face à relativement peu de concurrence en Europe. Mais que faire si à l'avenir les USA étaient en mesure d'exporter du gaz de schiste vers l' Europe à un prix compétitif?
 
Les USA ont encore peu de capacités d'exportation de gaz de schiste en Europe. Ils seraient obligés de construire de nouvelles installations de liquéfaction pour le faire, en d'autres termes, il faudrait édifier des usines sur le golfe du Mexique qui liquéfient le gaz afin qu'il puisse être transporté par bateau à travers l'Atlantique, des installations de regazéification le reconvertiraient en gaz en Europe. Cela est faisable avec de l'investissement en capital, de l'expertise et une législation favorable. Les pays qui construiront de telles installations auront plus d'options énergétiques, pour exporter ou pour importer, quel que soit le cas. Alors imaginez un avenir dans lequel les USA exporteraient du gaz de schiste liquéfié vers l'Europe, réduisant la dépendance des pays européens vis-à-vis des sources d'énergie russe. La géopolitique de l'Europe pourrait changer quelque peu. Le gaz naturel pourrait devenir pour la Russie un outil moins politique et plus purement économique (même si un tel changement non-négligeable exigerait d'importantes exportations de gaz de schiste de l'Amérique du Nord vers l'Europe).
 
Moins de dépendance envers la Russie permettrait à la vision d'une Europe centrale et orientale véritablement indépendante et culturellement dynamique de pleinement prospérer - un idéal des intellectuels de la région depuis des siècles, même si les idées, dans ce cas, auraient peu de choses à voir là-dedans.
 
Cela pourrait être particulièrement pertinent pour la Pologne. Car la Pologne peut avoir d'importants gisements de gaz de schiste. Si les gisements polonais de schiste s'avéraient être les plus importants d'Europe (un très gros «si»), la Pologne pourrait devenir un producteur d'énergie à part entière, ce qui ferait de ce plat pays sans défenses naturelles, à l'est et à l'ouest - annihilé par l'Allemagne et l'Union soviétique au 20e siècle – un État-pivot ou une puissance moyenne au 21e siècle. Les USA, à leur tour, quelque peu libérés du pétrole du Moyen-Orient grâce à leurs propres sources d'énergie (y compris les gisements de gaz naturel), pourraient se concentrer sur le renforcement de la Pologne comme une puissance amie, tout en perdant une grande partie de leur fort intérêt pour l'Arabie Saoudite; Certes, les immenses gisements de pétrole et de gaz naturel dans la péninsule arabique, l'Irak et l'Iran maintiendront le Moyen-Orient comme grand exportateur d'énergie pour encore des décennies. Mais la révolution du gaz de schiste va compliquer l'approvisionnement et la répartition des hydrocarbures de la planète, de sorte que le Moyen-Orient pourra perdre une partie de sa primauté.
 
Il s'avère que l'Australie a également d'importantes réserves de gaz naturel, récemment découvertes, ce qui, avec des installations de liquéfaction, pourrait la transformer en un des principaux pays exportateurs d'énergie principale vers l'Asie orientale, en supposant que l'Australie réduise considérablement ses coûts de production (ce qui peut s'avérer très difficile à faire). Parce que l'Australie a déjà commencé à émerger comme l'allié militaire le plus fiable des USA dans l'anglosphère [resic, NdT], l'alliance de ces deux grands producteurs d'énergie de l'avenir pourrait cimenter encore plus l'influence occidentale en Asie. Les USA et l'Australie se partageraient le monde : tant bien que mal, bien sûr. En effet, si l'exploitation du gaz naturel non-conventionnel a quelque chose à y voir, le soi-disant monde post-usaméricain serait tout sauf cela.
 
L'émergence géopolitique du Canada - encore une fois, grâce au gaz naturel et au pétrole - pourrait amplifier cette tendance. Le Canada possède d'immenses gisements de gaz naturel en Alberta, qui pourrait éventuellement être transporté par des futurs gazoducs à venir vers la Colombie-Britannique, où, avec les installations de liquéfaction, il pourrait ensuite être exporté vers l'Asie orientale. Pendant ce temps, l'est du Canada pourrait bénéficier de nouveaux gisements de gaz de schiste qui sous la frontière se prolongent dans le nord des USA. Ainsi, des nouvelles découvertes de sources d'énergie lieraient plus étroitement les deux pays nord-américains, alors même que l'Amérique du Nord et l'Australie seront devenus plus puissants sur la scène mondiale.
 
La Chine a également d'importants gisements de gaz de schiste dans ses provinces intérieures. Parce que Pékin est grevé par relativement peu de règlementations, le régime pourrait acquérir les terres et construire les infrastructures nécessaires à son exploitation. Cela allégerait un peu la crise énergétique de la Chine et aider la stratégie de Pékin pour compenser le déclin de son modèle économique orienté vers le littoral en stimulant le développement des terres intérieures.
 
Les pays qui pourraient éventuellement souffrir à cause d'une révolution du gaz de schiste seraient les pays enclavés, producteurs de pétrole et politiquement instables comme le Tchad, le Soudan et le Sud-Soudan, dont les hydrocarbures pourraient perdre relativement en valeur à mesure que ces autres sources d'énergie seront exploitées. La Chine, en particulier, pourrait à l'avenir se désintéresser des gisements d'énergie dans ces  pays de bas de gamme [reresic, NdT] et à haut risque si le gaz de schiste qu'elle recèle se met à gicler en abondance.
 
De manière générale, l'arrivée du gaz de schiste ne peut qu'accentuer l'importance de la géographie. Quels pays ont du schiste dans leur sous-sol et lesquels n'en ont pas permettra de déterminer les relations de pouvoir. Et comme le gaz de schiste peut être transporté à travers les océans sous forme liquide, les États ayant des côtes auront l'avantage. Le monde deviendra plus petit en raison de la technologie de l'extraction du gaz non conventionnel, mais cela ne fait qu'accroître le caractère précieux de la géographie, plutôt que de le  diminuer.

jeudi 24 février 2011

Libye-Europe : La révolution coupe les robinets

Gaz
Le robinet libyen vers l'Italie et l'Europe est coupé, Rome rassure
De Mathieu GORSE (AFP), 22/2/2011, MILAN — Le seul gazoduc reliant la Libye à l'Italie et à
Hassan Bleibel, Liban
l'Europe a été coupé en raison des violences, a annoncé mardi ENI, mais le géant pétrolier et gazier italien et le gouvernement assurent que cette interruption ne met pas en danger la sécurité d'approvisionnement du pays.
"A la suite de la suspension temporaire de certaines activités de production de gaz naturel en Libye, la fourniture de gaz à travers le gazoduc Greenstream est suspendue", a indiqué ENI, précisant que le gaz libyen représentait environ 10% des besoins de gaz de l'Italie.
Long de 520 kilomètres et d'une capacité de 8 milliards de mètres cube par an, Greenstream est le seul gazoduc reliant la Libye à l'Italie et à l'Europe.
Partant de Mellitah en Libye, il arrive à Gela en Sicile (sud de l'Italie). Le gaz transitant par Greenstream provient de deux gisements (Bahr Essalam et Wafa) opérés par ENI et la compagnie nationale libyenne NOC.
En raison des violences, ENI a suspendu certaines activités en Libye, dont Greenstream, mais le groupe n'a pas précisé quelle proportion de sa production était concernée au total.
ENI est le premier producteur étranger dans ce pays, dont l'Italie est l'ancienne puissance coloniale, avec une production de 244.000 barils par jour nets et d'environ 640.000 barils si l'on inclut la part revenant à la compagnie nationale libyenne NOC dans le cadre des accords de partage.
Le groupe italien vend aussi une partie du gaz libyen passant par Greenstream à des tiers comme l'italien Edison ou le français GDF Suez, mais il est difficile de savoir quelle proportion part vers le reste de l'Europe.
La Libye exporte également aussi du gaz naturel liquéfié par voie maritime vers l'Espagne, selon l'Agence Internationale de l'Énergie, mais les quantités sont infimes (1,5 million de mètres cube par jour) par rapport à ce qui passe via Greenstream.
Après l'annonce de cette interruption, ENI a cherché à rassurer en indiquant qu'il était "en mesure de faire face à la demande de gaz de ses clients".
Le gaz provenant de Russie ou d'Algérie permettra de faire face à la demande "pendant de nombreux mois", a assuré Gianni Di Giovanni, porte-parole d'ENI, sans être toutefois en mesure d'indiquer quand les livraisons pourraient reprendre.
Le gouvernement de Silvio Berlusconi, qui se réunissait mardi soir pour évoquer tous les aspects de la crise libyenne dont les problèmes énergétiques, a lui aussi assuré que la situation était sous contrôle.
L'interruption du gazoduc n'entraîne "aucun problème au niveau de la sécurité des approvisionnements (...) dans notre pays", a indiqué le ministère du Développement économique.
Marian Avramescu, Roumanie
La Libye est le troisième fournisseur de gaz de l'Italie derrière l'Algérie et la Russie.
Dans tous les cas, le gouvernement italien est prêt "en cas de nécessité" à puiser dans les réserves de gaz, a ajouté le ministère.
Les évènements en Libye, l'un des principaux producteurs d'or noir en Afrique, font peser une menace directe sur l'approvisionnement en pétrole et gaz, ce qui fait flamber les cours du brut.
Outre ENI, l'espagnol Repsol a annoncé avoir suspendu son activité en Libye, ce qui pourrait signifier, selon une source industrielle, le blocage de la production d'environ 300.000 barils par jour. Soit près de 20% de la production libyenne, évaluée entre 1,5 et 1,8 million de barils par jour.
Des problèmes au niveau de l'approvisionnement en pétrole seraient beaucoup plus embêtants pour l'Italie, dont la Libye est le premier fournisseur de brut avec une part de 23,3% en 2010, selon l'Union pétrolière italienne.
***
Pétrole
La Libye, membre de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole, est le quatrième producteur de pétrole en Afrique, avec près de 1,8 million de barils par jour et possède des réserves évaluées à 42 milliards de barils. Les courtiers achètent massivement du Brent de la mer du Nord, car toute perturbation des approvisionnements au Moyen-Orient ou en Afrique du Nord affecterait en premier lieu le marché européen.
Le pétrole libyen représente plus de 20 % des importations d’or noir de l’Irlande, de l’Italie et de l’Autriche et des parts significatives des approvisionnements de la Suisse, la Grèce ou l’Espagne, selon l’Agence internationale de l’Énergie. La Libye produit 1,69 million de barils par jour (mbj) de pétrole brut, et en exporte 1,49 mbj, en immense majorité (85 %) vers l’Europe. Voici les pays qui dépendent le plus du pétrole libyen : Irlande 23,3 % Italie 22,0 % Autriche 21,2 % Suisse 18,7 % France 15,7 % Grèce 14,6 % Espagne 12,1 % Portugal 11,1 % Royaume-Uni 8,5 % Allemagne 7,7 % Chine 3 % Australie 2,3 % Pays-Bas 2,3 % États-Unis 0,5 %.

dimanche 11 janvier 2009

Dans Gaza, il y a...gaz !

Guerre et gaz naturel : Invasion israélienne et gisements gaziers au large de Gaza
par Michel CHOSSUDOVSKY, 8/1/2009. Traduit par Pétrus Lombard, révisé par Fausto Giudice,
Tlaxcala
Original : War and Natural Gas: The Israeli Invasion and Gaza's Offshore Gas Fields

L'invasion militaire de la Bande de Gaza par les forces israéliennes, est en relation directe avec le contrôle et la possession de réserves stratégiques de gaz offshore.
Il s'agit d'une guerre de conquête. Découvertes en 2000, d’immenses réserves de gaz gisent au large de la côte de Gaza.


Des droits d’exploitation gazière et pétrolière de 25 ans, signés en novembre 1999 avec l'Autorité Palestinienne (PA), ont été accordés à British Gas (BG Group) et à son partenaire d’Athènes, Consolidated Contractors International Company (CCC), propriété des familles libanaises Sabbagh et Koury.


Les droits sur le gaz offshore se montent respectivement à 60 pour cent pour BG, 30 pour cent pour CCC, et 10 pour cent pour le Fonds d'investissement de l'Autorité Palestinienne (Haaretz, 21 octobre 2007).


L’accord PA-BG-CCC inclut l’exploitation des gisements et la construction d'un gazoduc. (Middle East Economic Digest, 5 janvier 2001).


La licence de BG couvre la totalité de la zone maritime au large de Gaza, laquelle est contiguë à plusieurs installations gazières offshore israéliennes. (Voir la carte ci-dessous). Il convient de noter que 60 pour cent des réserves gazières le long de la côte de Gaza et d’Israël appartiennent à la Palestine.


BG Group a foré deux puits en 2000 : Gaza Marine-1 et Gaza Marine-2. British Gas estime que les réserves sont de l'ordre de 1,4 billions de pieds cubes (plus de 39 milliards de m3), évaluées à environ 4 milliards de dollars. Ce sont les chiffres publiés par British Gas. La taille des réserves de gaz palestiniennes pourraient être bien plus importantes.



Carte 1



Carte 2

Qui est propriétaire des gisements gaziers


La question de la souveraineté sur les gisements gaziers de Gaza est cruciale. Du point de vue juridique, les réserves de gaz appartiennent à la Palestine.


La mort de Yasser Arafat, l'élection du Hamas au gouvernement et la débâcle de l'Autorité Palestinienne ont permis à Israël d'établir un contrôle de facto sur les réserves de gaz offshore de Gaza.


British Gas (BG Group) a eu à traiter avec le gouvernement de Tel-Aviv. De son côté, le gouvernement du Hamas a été court-circuité en ce qui concerne les droits d'exploration et d’exploitation sur les gisements gaziers.


L'élection du Premier ministre Ariel Sharon en 2001 fut un tournant majeur. La souveraineté de la Palestine sur les gisements de gaz offshore fut contestée à la Cour Suprême israélienne. Sharon déclara sans ambiguïté qu’« Israël n'achèterait jamais de gaz à la Palestine, » laissant entendre que les réserves gazières au large de Gaza appartiennent à Israël.


En 2003, Ariel Sharon opposa son veto à un premier accord, qui aurait permis à British Gas d’alimenter Israël en gaz naturel des réserves offshore de Gaza. (The Independent, 19 août 2003).


La victoire électorale du Hamas en 2006 a favorisé le déclin de l'Autorité Palestinienne, qui est s’est retrouvée confinée à la Cisjordanie, sous le régime fantoche de Mahmoud Abbas.


En 2006, British Gas « a été à deux doigts de signer un accord de pompage de gaz vers l'Égypte. » (Times, 28 mai 2007). Selon des rapports, le Premier Ministre britannique Tony Blair est intervenu pour le compte d'Israël en vue de faire capoter l'accord avec l'Égypte.


L'année suivante, en mai 2007, le cabinet israélien a approuvé une proposition du Premier ministre Ehud Olmert, « d'acheter du gaz à l'Autorité Palestinienne. » Le contrat proposé était de 4 milliards de dollars, avec des bénéfices de l'ordre de 2 milliards de dollars, dont un milliard pour les Palestiniens.


Toutefois, Tel-Aviv n'avait pas l'intention de partager les revenus avec la Palestine. Une équipe de négociateurs israéliens a été constituée par le cabinet israélien pour arriver à un accord avec le BG Group en court-circuitant à la fois le gouvernement du Hamas et l'Autorité Palestinienne :


Les autorités de la défense israélienne veulent que les Palestiniens soient payés en biens et en services, et insistent sur le fait qu’aucun argent ne doit aller au gouvernement contrôlé par le Hamas. (Ibid, souligné par moi, MC.


L'objectif était avant tout de rendre caduc le contrat signé en 1999 sous Yasser Arafat entre BG Group et l'Autorité Palestinienne.


Dans le cadre de l’accord avec BG proposé en 2007, le gaz palestinien des réserves au large de Gaza devait être acheminé par un gazoduc sous-marin vers le port israélien d'Ashkelon, transférant de cette façon le contrôle sur la vente du gaz naturel à Israël.


L'accord a échoué. Les négociations ont été suspendues :



« Meir Dagan, le chef du Mossad, s’est opposé à l'opération pour raison sécuritaire, prétextant que cela pourrait financer le terrorisme » (Gilad Erdan, membre de la Knesset allocution à la Knesset sur « L'intention du Vice-Premier Ministre Ehud Olmert d'acheter du gaz aux Palestiniens alors que le paiement servira le Hamas, », 1er mars 2006, cité dans l’article du général (ER) Moshe Yaalon, Does the Prospective Purchase of British Gas from Gaza's Coastal Waters Threaten Israel's National Security? Jerusalem Center for Public Affairs, octobre 2007)


L'intention d’Israël était d'empêcher que de possibles redevances soient payées aux Palestiniens. En décembre 2007, Le BG Group s’est a retiré des négociations avec Israël, et, en Janvier 2008, il a fermé son bureau en Israël. (site Internet de BG).

Le plan d'invasion à l’étude

Selon des sources militaires israéliennes, le projet d'invasion de Gaza dans le cadre de l'« Opération Plomb Jeté » a été mis en branle en juin 2008 :


Des sources proche de la direction de la Défense ont déclaré que le ministre de la Défense Ehud Barak a chargé les Forces de Défense Israéliennes de se préparer à l'opération il y a plus de six mois [juin ou avant juin], bien qu’Israël ait commencé à négocier un accord de cessez-le-feu avec le Hamas. (Barak Ravid, Operation "Cast Lead": Israeli Air Force strike followed months of planning, 27 décembre 2008).


Ce même mois, les autorités israéliennes ont pris contact avec British Gas, dans le but de reprendre des négociations cruciales sur l'achat du gaz naturel de Gaza :


À la fois le directeur général du Ministère des Finances, Yarom Ariav, et le directeur général du Ministère des Infrastructures Nationales, Hezi Kugler, ont convenu d’informer BG du souhait d'Israël de renouer les pourparlers.


Les sources ont ajouté que BG n'a pas encore officiellement répondu à la demande d'Israël, mais que des cadres de l'entreprise pourraient sans doute aller dans quelques semaines en Israël pour des conversations avec certains fonctionnaires du gouvernement. Globes online-Israel's Business Arena, 23 juin 2008)


La décision d'accélérer les négociations avec British Gas (BG Group) coïncidait chronologiquement avec la planification de l'invasion de Gaza, amorcée en juin. Il semblerait qu’Israël était soucieux de parvenir à une entente avec BG Group avant l'invasion, qui était déjà à un stade avancé de préparation.


Et qui plus est, ces négociations avec British Gas ont été conduites par le gouvernement Ehud Olmert qui savait que l’invasion militaire était à l’étude. Selon toute vraisemblance, un nouvel arrangement politico-territorial « d'après-guerre » a aussi été envisagée par le gouvernement israélien pour la Bande de Gaza.


De fait, les négociations entre British Gas et les responsables israéliens étaient en cours en octobre 2008, 2 à 3 mois avant le début des bombardements du 27 décembre.


En novembre 2008, le Ministère israélien des Finances et le Ministère chargé des Infrastructures Nationales ont ordonné à Israel Electric Corporation (IEC) d’engager des négociations avec British Gas, pour l'achat de gaz naturel provenant de la concession de BG au large de Gaza. (Globes, 13 novembre 2008).



« Yarom Ariav, directeur général du Ministère des Finances, et Hezi Kugler, directeur général du Ministère des Infrastructures Nationales, ont écrit récemment à Amos Lasker, PDG d’IEC, l'informant de la décision du gouvernement de permettre aux négociations d'aller de l'avant, conformément à la proposition cadre approuvée plus tôt cette année.


Il y a quelques semaines, le conseil d’administration d’IEC, dirigé par le président Moti Friedman, a approuvé les principes de la proposition cadre. Les pourparlers avec BG Group commenceront dès que le conseil d’administration approuvera l'exemption d’adjudication. ». (Globes, 13 novembre 2008)

Gaza et la géopolitique de l'énergie

L'occupation militaire de Gaza a pour but de transférer la souveraineté des gisements gaziers à Israël, en violation du droit international.


À quoi pouvons-nous nous attendre suite à l'invasion ?


Quelle est l'intention d'Israël en ce qui concerne le gaz naturel de la Palestine ?


Un nouvel arrangement territorial, avec le stationnement de troupes israéliennes et/ou la présence de « forces de maintien de la paix » ?


La militarisation de la totalité du littoral de Gaza, qui est stratégique pour Israël ?


La confiscation pure et simple des gisements gaziers palestiniens et la déclaration unilatérale de la souveraineté israélienne sur les zones maritimes de la bande de Gaza ?


Si cela devait arriver, les gisements gaziers de Gaza seraient intégrés aux installations offshore d'Israël, qui sont adjacentes. (Voir la carte 1 ci-dessus).


Ces diverses installations offshore sont aussi reliées au couloir de transport énergétique d’Israël, qui va du port d'Eilat, le port maritime terminal de l’oléoduc sur la Mer Rouge, au terminal du pipeline à Ashkelon, puis vers Haïfa au nord, et qui pourrait se rejoindre éventuellement le port turc de Ceyhan grâce à un pipeline israélo-turc en projet.


Ceyhan est le terminal du pipeline Transcaspien Bakou-Tbilissi-Ceyhan (BTC). « Ce qui est envisagé, c’est de relier le pipeline BTC au pipeline transisraélien Eilat-Ashkelon, aussi connu sous le nom de Tipline dIsraël. » (Voir Michel Chossudovsky, The War on Lebanon and the Battle for Oil, Global Research, 23 juillet 2006).



Carte 3