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jeudi 22 mai 2014

Fragments de la réalité (I)




sous-commandant insurgé Marcos,EZLN, mai 2014. Traduit par  Sun with Moon
Original: Fragmentos de la Realidad I
Traductions disponibles : English  Italiano  Deutsch   

 
Mai 2014.
Le petit jour… Il doit être vers les deux ou trois heures, allez savoir. Le silence résonne, ici, dans la réalité. Ai-je dit « le silence résonne » ? Mais oui, parce que par ici le silence possède un son bien à lui, semblable au bruit de scie des grillons, qui se répondent, en face, plus fort et à contretemps, tandis que d’autres encore restent constants, en contrebas. Pas une lumière en vue. Maintenant, la pluie vient rajouter son propre silence. Ici, c’est la saison des pluies, mais pas encore suffisamment pour meurtrir la terre. Tout juste si la pluie l’écorche, comme frappant doucement. Un coup d’ongle par là, une petite flaque par là-bas, comme si de rien n’était. Comme pour avertir que ça vient. Le soleil cependant, le chaleur, rapidement la repousse du sol. L’heure de la boue n’est pas venue. Pas encore. Le temps des ombres, si. Enfin, de fait c’est toujours le temps des ombres. Où que ce soit, elle va toujours partout, peu importe l’heure. Même au plus féroce du soleil, l’ombre se balade encore, s’agrippant aux murs, aux arbres, aux pierres, aux personnes. Comme si la lumière lui donnait plus de force. Ah, mais la nuit… au petit matin, là, c’est son pur moment d’ombre. De même que pendant la journée elle nous soulage, au petit matin elle nous réveille, comme si elle nous disait : « Et alors, toi, tu vas où, tu fais quoi ? » À quoi on répond avec la voix pâteuse de la veille ensommeillée. Jusqu’à ce que, enfin, on puisse répondre, se répondre : « dans la réalité ». Lire la suite 

mardi 13 mai 2014

La douleur et la rage

par Ejército zapatista de liberación nacional EZLN, 8/5/2014. Traduit par Le Serpent à plumes
Original: El dolor y la rabia
Traductions disponibles : English  Italiano  Deutsch  Ελληνικά  
Le vendredi 2 mai a eu lieu un incident qui a fait 1 mort - José Luis López Solís dit "Galeano" - et 13 blessés dans la communauté de La Realidad au Chiapas, entre bases d'appui de l’EZLN et membres d’organisations paysannes liées aux partis politiques de pouvoir. Face à cette agression, le Conseil de Bon Gouvernement de la communauté zapatiste avait demandé que le commandement de l’EZLN vienne sur place. Voici le communiqué de l’EZLN:
8 mai 2014
Aux compañeros et compañeras de la Sexta :
Compas :
En fait le communiqué était prêt. Succinct, précis, clair, comme doivent l’être les communiqués. Mais… ballonezlnmmh… peut-être plus tard.
Parce que maintenant commence la réunion avec les camarades bases d'appui de La Realidad.
Nous les écoutons.
Le ton et le sentiment de leur voix nous sont connus depuis longtemps déjà : la douleur et la rage.
Je comprends alors qu’un communiqué ne reflètera pas ça.
Ou pas dans toutes ses dimensions.
Bien sûr, une lettre non plus, mais au moins à travers ces mots puis-je essayer, même si ce n’est qu’un pâle reflet.
Parce que…
Ce furent la douleur et la rage qui nous firent défier tout et tout le monde il y a 20 ans.
Et ce sont la douleur et la rage qui aujourd’hui nous font enfiler une nouvelle fois nos bottes, revêtir l’uniforme, mettre le pistolet à la ceinture et nous couvrir le visage.
Et maintenant me coiffer de la vieille casquette usée avec les 3 étoiles à cinq branches
Ce sont la douleur et la rage qui ont mené nos pas jusqu’à La Realidad.
Il y a quelques instants, après que nous avions expliqué que nous étions venus pour répondre à la demande du Conseil de Bon Gouvernement, un camarade base d'appui, prof du cours « La Liberté selon les Zapatistes » nous a dit, plus ou moins en ces termes :
« C’est comme on te dit, camarade sous-commandant, regarde si nous n’étions pas zapatistes depuis le temps nous aurions tiré vengeance et il y aurait eu un massacre, parce que nous avons beaucoup de colère pour ce qu’ils ont fait au camarade Galeano. Mais bon, nous sommes zapatistes et il ne s’agit pas de vengeance mais de rendre la justice. Nous attendons donc ce que tu vas nous dire et nous ferons ainsi. »
En l’écoutant j’ai senti de la jalousie et de la peine.
Jaloux de celles et ceux qui ont eu le privilège d’avoir des hommes et des femmes, tel Galeano et tel celui qui parle maintenant, comme maîtres et maîtresses. Des milliers d’hommes et de femmes du monde entier ont eu ce privilège.
Peiné pour celles et ceux qui n’aurons plus Galeano comme professeur.
Le camarade Sous-commandant Insurgé Moisés a du prendre une décision difficile. Sa décision est sans appel et, si vous me demandez mon avis (ce que personne n’a fait), sans objections. Il a décidé de suspendre pour un temps indéfini la réunion et l’échange avec les peuples originaires et leurs organisations au sein du Congrès National Indigène. Et il a décidé de suspendre également l’hommage que nous préparions pour notre compagnon disparu Don Luis Villoro Toranzo, ainsi que de suspendre notre participation au Séminaire « Éthique face à la Spoliation » qu’organisent des compas artistes et intellectuels du Mexique et du monde.
Qu’est-ce qui l’a mené à prendre cette décision ? Et bien, les premiers résultats de l’enquête, ainsi que les informations qui nous parviennent, ne laissent pas place au doute :
1.- Il s’agit d’une agression planifiée à l’avance, organisée militairement et menée à terme par traîtrise, avec préméditation et avec l’avantage. Et c’est une agression qui s’inscrit dans le climat créé et encouragé d'en haut.
2.- Sont impliquées les directions de la soi-disant CIOAC-Historique*, du Parti Vert Écologiste (nom sous lequel le PRI gouverne au Chiapas), le Parti d’Action National et le Parti Révolutionnaire Institutionnel.
3.- Au minimum est impliqué le gouvernement de l’État du Chiapas. Reste à déterminer le degré d’implication du gouvernement fédéral.
Une femme des contras en est venue à dire que ça avait été planifié et que le plan était de « niquer » Galeano.
En résumé : il ne s’agit pas d’un problème de communauté, où les bandes s’affrontent, sur un coup de sang. Il s’agit de quelque chose de planifié : d’abord la provocation avec la destruction de l’école et de la  clinique, sachant que nos camaradesn’avaient pas d’armes à feu et qu’ils iraient défendre ce qu’humblement ils ont construits par leurs efforts ; puis les positions que prirent les agresseurs, prévoyant le chemin qu’ils suivraient depuis le caracol jusqu’à l’école ; enfin le tir croisé sur nos camarades.
Au cours de cette embuscade nos camarades ont été blessés par armes à feu.
Ce qui est arrivé avec le camarade Galeano est bouleversant : il n’est pas tombé dans l’embuscade, ils l’ont encerclé à 15 ou 20 paramilitaires (oui, ils le sont, leurs tactiques sont paramilitaires) ; le compagnon Galeano les a défiés à un combat d’homme à homme, sans armes à feu ; ils l’ont bastonné et lui il sautait d’un côté à l’autre évitant les coups et désarmant ses agresseurs.
Voyant qu’ils n’y arriveraient pas comme ça avec lui, ils lui ont tiré dessus et une balle dans la jambe l’a mis à terre. Après cela vint la barbarie : ils lui sont montés dessus, l’ont frappé et lui ont donné des coups de machette. Une autre balle dans la poitrine en fit un moribond. Ils ont continué à le frapper. Et en voyant qu’il respirait toujours, un lâche lui a tiré dans la tête.
Il a été touché à bout portant a trois reprises. Et les 3 fois, alors qu’il était encerclé, désarmé et loin de se rendre. Son corps a été traîné par ses assassins sur quelques 80m et ils l’ont balancé là.
Le camarade Galeano est resté seul. Son corps jeté au milieu de ce qui avant avait été le territoire des campeurs, hommes et femmes du monde entier qui arrivaient au « camp de la paix » à La Realidad. Et les compañeras, femmes zapatistes de La Realidad sont celles qui ont bravé la peur et ont été lever le corps.
Oui, il y a une photo du compa Galeano. L’image montre toutes les blessures et alimente la douleur et la rage, bien que les récits entendus n’aient besoin d’aucun renfort. Je comprends évidemment que cette photo puisse heurter la susceptibilité de la royauté espagnoliste, et il vaut donc mieux mettre la photo d’une scène montée avec effronterie, avec quelques blessés, et que les reporters, mobilisés par le gouvernement chiapanèque, commencent à vendre le mensonge d’une confrontation. « Qui paye, ordonne ». Parce qu’il y a des classes, mon brave. La monarchie espagnole est une chose, et s’en est une autre que ces « putains » d’indiens rebelles qui t’envoient au ranch d’AMLO simplement parce qu’ici, à quelques pas, ils veillent le corps encore plein de sang du camaradeGaleano.
La CIOAC-Historique, sa rivale la CIOAC-Indépendante et autres organisations “paysannes” comme l' ORCAO, ORUGA, URPA et d’autres, vivent en provoquant ces confrontations. Ils savent que provoquer des problèmes dans les communautés où nous sommes présents fait plaisir aux gouvernements. Et ils ont l’habitude d’être récompensés par des projets, et de grosses liasses de billets pour les dirigeants, des torts qu’ils nous font.
Dans la bouche d’un fonctionnaire du gouvernement de Manuel Velasco : « nous préférons que les zapatistes soient occupés à des problèmes créés artificiellement, plutôt qu’ils organisent des activités auxquelles viennent des «  güeros » (littéralement « blond », mais s’entend comme « blanc », « visage-pâle », ndt) de partout. C’est ce qu’il a dit : « visage-pâle ». Oui, c’est comique que s’exprime ainsi le laquais d’un « visage-pâle ».
Chaque fois que les leader de ces organisations « paysannes » voient baisser leurs subventions pour les bringues qu’ils s’octroient, ils organisent un incident et vont voir le gouvernement du Chiapas afin qu’il les paye pour « se calmer ».
Ce « modus vivendi » de dirigeants qui ne savent même pas faire la différence entre « sable » et « gravier », a débuté avec l’oublié du PRI « croquettes » Albores, a repris avec le lopezobradoriste Juan Sabines, et se poursuit avec le soi-disant  écologiste vert Manuel « le visage-pâle » Velasco.
Attendez un peu…
Un compa parle maintenant. Il pleure, oui. Mais nous savons que ces larmes sont de rage. Avec des mots entrecoupés de sanglots, il dit ce que tous ressentent, ce que nous ressentons : nous ne voulons pas la vengeance, nous voulons la justice.
Un autre interrompt : « camarade sous-commandant insurgé, n’interprétez pas mal nos larmes, elles ne sont pas de tristesse, mais de révolte ».
Arrive alors un rapport d’une réunion des dirigeants de la CIOAC-Historique. Les dirigeants disent, textuellement : « avec l’EZLN on ne peut pas négocier avec de l’argent. Mais une fois que seront détenus tous ceux qui sont dans le journal, qu’on aura enfermé certains 4 ou 5 ans, et après que le problème se sera calmé, il sera possible de négocier leur libération avec le gouvernement ». Un autre ajoute : « Ou on peut dire qu’il y a eu un mort chez nous, et que ça fait match nul, un mort de chaque côté et que les zapatistes doivent se calmer. On invente qu’untel est mort ou on le tue nous-même et le problème est réglé. »
Bref, la lettre s’allonge et je ne sais pas si vous pouvez sentir ce que nous, nous ressentons. De toute manière le Sous-commandant Insurgé Moisés m’a chargé de vous prévenir que…
Attendez…
Maintenant ils parlent au sein de l’assemblée zapatiste de La Realidad.
Nous sommes sortis pour qu’ils s’accordent entre eux sur la réponse à donner à la question que nous leur avons posée : « Le commandement de l’EZLN est poursuivi par les gouvernements, vous le savez bien, vous qui étiez là lors de la trahison de 1995. Alors, voulez-vous que nous restions ici pour suivre le problème et obtenir justice ou préférez-vous que nous allions ailleurs ? Parce que vous tous pouvez désormais subir la persécution directe des gouvernements, de leurs policiers et leurs militaires. »
On écoute maintenant un jeune. Une quinzaine d’année. On me dit que c’est le fils de Galeano. Je m'approche et oui, malgré son jeune âge, c’est un Galeano en puissance. Il dit qu’on reste, qu’ils nous font confiance pour la justice et pour retrouver ceux qui ont assassiné son papa. Et qu’ils sont prêts à n’importe quoi. Les voix en ce sens se multiplient. Les camarades parlent. Les compañeras parlent quand les enfants cessent leurs larmes : ce sont elles qui ont reconnecté l’eau, malgré les menaces des paramilitaires. « Elles sont courageuses », dit un homme, vétéran de guerre.
Que nous restions, voilà l’accord.
Le Sous-commandant Insurgé Moisés remet un soutien économique à la veuve.
L’assemblée se disperse. Malgré tout on peut voir que le pas de chacun est ferme une fois encore, et qu’il y a dans leurs regards une autre lumière.
Où en étais-je ? Ah, oui. Le Sous-commandant Insurgé Moisés m’a chargé de vous prévenir que les activités publiques de mai et juin sont suspendues pour un temps indéfini, ainsi que les cours de « la liberté selon les zapatistes ». Bon voilà, donc c’est vu pour les annulations et le reste.
Attendez…
On nous informe maintenant qu’en haut ils commencent à encourager ce qu'on appelle le « modèle d’Acteal » : « ça é été un conflit intracommunautaire pour un banc de sable ». Mmh… ça continue donc, la militarisation, le cri hystérique de la presse domestiquée, les simulations, les mensonges, la persécution. Ce n’est pas pour rien qu’on retrouve le vieux Chuayffet (gouverneur du Chiapas au moment de la tuerie d’Acteal, ndt), avec des élèves appliqués au sein du gouvernement du Chiapas et des organisations « paysannes ».
Nous savons ce qui va suivre.
Quant à moi ce que je veux c’est profiter de ces lignes pour vous demander :
Nous, ce sont la douleur et la rage qui nous ont amenés jusqu’ici. Si vous pouvez les sentir vous aussi, où vous mènent-elles ?
Parce que nous, nous sommes ici, dans la réalité. Là où nous avons toujours été.
Et vous ?
Allez. Salut et indignation.
Depuis les montagnes du Sud-Est mexicain,
Sous-commandant Insurgé Marcos,
Mexique, Mai 2014. Dans la vingtième année du début de la guerre contre l'oubli.
P.S.- L’enquête est menée par le Sous-commandant Insurgé Moisés. Il vous informera des résultats, ou lui à travers moi.
Autre P.S.- Si vous me demandez de résumer notre travail en cours en quelques mots, je dirais : nos efforts sont pour la paix, leurs efforts sont pour la guerre.
* La CIOAC-Historique est issue de la scission de la Centrale Indépendante des Ouvriers Agricoles y Paysans. Le courant « historique » est lié au Parti de la Révolution Démocratique (gauche), et le courant démocratique est lié à l’ex-parti unique revenu au Pouvoir, le Parti Révolutionnaire Institutionnel (centre-gauche).
  

jeudi 5 septembre 2013

L'art de construire un monde nouveau : la liberté selon les zapatistes

Depuis que les médias ont cessé de lui prêter attention, beaucoup de gens pensent que la rébellion zapatiste n'existe plus. En silence, loin des projecteurs et des caméras, ils ont approfondi l'édification de leur autonomie, si bien que l'on peut parler d'une société différente, régie par des règles , des codes et des lois différentes de celles du monde dominant.
Ferrari 1. El arte de construir un mundo nuevo. La libertad según los zapatistas


Du haut de ses six ans, Carlos Manuel étreint la taille de son père comme s'il n'allait jamais en décoller. Il regarde le plafond et sourit. Julián, son père, tente de se dégager. L'enfant abandonne mais reste avec le père. Irma, sa sœur d'environ huit ans, observe du coin de la cuisine où sa mère, Esther, travaille sur le foyer, tournant les tortillas de maïs qui sont encore l'aliment de base pour les familles rurales .
Les trois autres enfants, dont l'aîné, Francisco, 16 ans, observent la scène qui se répète pendant les repas comme un rituel. La cuisine est le lieu de palabres qui se déroulent avec la même lenteur que la fumée montant au-dessus des toits de tôle. Les mots sont aussi frugaux et savoureux que la nourriture : haricots, maïs, café, bananes et quelques légumes. Tout cela semé sans produits chimiques, récolté et transformé à la main. Élevé à l'air libre, le poulet a un goût différent, comme toute la nourriture dans cette communauté tojolabal.
À la fin de chaque repas chacun lave ses assiettes et couverts, même le père qui, parfois, aide à la préparation des repas. Je demande si cela est normal sous ces latitudes. Ils répondent que c'est l'usage dans les communautés zapatistes mais pas dans celles du "malgouvernement ", celles de ceux qui, sans ironie, sont appelé "frères priistes*". Ces communautés, voisines de celles qui brandissent l'étoile rouge sur fond noir, reçoivent des bons et de la nourriture du gouvernement, qui leur construit des maisons préfabriquées en béton.
Tout au long de la semaine que j'ai passée dans cette famille, je n'ai pas vu le moindre geste agressif  entre le père, la mère et les enfants . Pas même des gestes de mauvaise humeur ou de reproche. Apparemment, la prohibition de l'alcool adoucit les relations humaines. Les femmes sont celles qui bénéficient le plus des changements. "Je distingue les zapatistes à la façon dont ils se tiennent, en particulier les femmes", dit le journaliste vétéran Hermann Bellingshausen.
Le jour de la fin du monde
La nouvelle phase dans laquelle sont entrés les zapatistes a commencé le 21 décembre 2012, journée marquée par les médias comme la fin du monde, qui pour les Mayas est le début d'une nouvelle ère. Des dizaines de milliers de bases d'appui de l'EZLN se sont concentrées dans cinq municipalités du Chiapas, celles-là mêmes qu'ils avaient prises de 1er janvier 1994.
La réapparition des zapatistes a provoqué un choc dans une bonne partie de la société mexicaine. Non seulement ils n'avaient pas disparu mais ils refaisaient surface avec plus de force, montrant qu'ils étaient capables de mobiliser un nombre important de personnes en formation militaire, bien que sans armes.
Dans le communiqué du 30 décembre le sous-commandant Marcos assure que "durant ces années, nous nous sommes renforcés et nous avons considérablement amélioré nos conditions de vie. Notre niveau de vie est supérieur à celui des communautés indigènes ayant fait allégeance aux gouvernements en place, qui reçoivent des aumônes et les dépensent en alcool et produits inutiles."
Il ajoute que, contrairement à ce qui se passe dans celles liées au PRI*, dans les communautés zapatistes "les femmes ne sont pas vendues comme des marchandises" et que "les indigènes priistes vont dans nos hôpitaux, nos cliniques et laboratoires, car ceux du gouvernement manquent de médicaments, d'appareils, de médecins et de personnel qualifié".
Ceux et celles qui ont assisté à la première petite école entre le 12 et 16 août ont pu avoir une idée de tout cela. En fait, seuls les compagnons de route avaient été convoqués, ce qui implique un changement profond dans leurs modes de relation avec la société civile : " Dorénavant, notre parole va commencer à être sélective dans ses destinataires et, à quelques exceptions près, ne pourra être comprise que par ceux qui ont marché et marchent avec nous, sans céder aux modes médiatiques et conjoncturelles", indiquait le communiqué.
CNI1
Il ajoutait que «très rares seront ceux qui auront le privilège" de connaître l'autre façon de faire de la politique. Dans une série de communiqués intitulés « Eux et nous», ils ont souligné les différences entre la culture des politiciens du système et la culture d'en bas ou zapatiste, affirmant qu'ils ne se proposent pas de "construire une grande organisation avec un centre de pouvoir, un commandement centralisé, un chef, qu'il soit individuel ou collégial".
Ils soulignent que l'unité d'action doit respecter la diversité des manières de faire : "Toute tentative d'homogénéité est tout simplement une tentative fasciste de domination, camouflée par un langage révolutionnaire, ésotérique, religieux ou autre. Quand on parle d' «'unité», on omet de mentionner que «l'unité» est sous la direction de quelqu'un ou de quelque chose, individuelle ou collective. Sur le faux autel de l'«unité » non seulement on sacrifie les différences, mais on cache aussi la survivance de tous les petits mondes de tyrannie et d'injustice que nous subissons".
Pour comprendre cette approche, qui a conduit les zapatistes à promouvoir la petite école du mois d'août, il faut comprendre les problèmes qu'ils ont connus dans les relations avec la gauche électorale et avec des gens qui , à leur avis, "apparaissent lorsqu'il y a des tribunes et disparaissent quand il s'agit de travailler sans bruit".
La logique de la petite école est à l'opposé de cette culture politique. Il ne s'agit pas d'aller écouter les commandants  indiens ou le sous-commandant Marcos, mais de partager la vie quotidienne des gens ordinaires. Il ne s'agit pas de transmission discursive et rationnelle d'un savoir codifié. C'est autre chose : faire l'expérience directe d'une réalité qui ne peut être accessible que par un rituel d'engagement, en étant là et en partageant.
Une nouvelle vie
"Nous n'avons aucune difficulté", explique Julián, assis sur un tabouret en bois rustique dans maison  au toit de tôle, aux murs en rondins et au sol en terre battue. Il le dit nonchalamment à qui a passé quatre nuits à dormir sur des planches de bois, juste recouvertes d'une fine couverture. Julián a rejoint l'organisation clandestine en 1989. Marcelino, mon tuteur ou Votán, l'a rejointe peu de temps auparavant, en 1987.
Ils racontent avec délectation les réunions clandestines dans des grottes reculées de montagne, où des dizaines de zapatistes arrivaient de nuit, pendant que les patrons et leurs sbires dormaient. Ils marchaient toute la nuit et ne revenaient qu'à l'aube pour reprendre le travail. Les femmes leurs préparaient des tortillas en cachette , pour ne pas éveiller de soupçons  Tout bien considéré, il a raison de dire que le pire est passé. Le fouet du patron, l'humiliation, la faim , la violence et le viol des filles.
Le 1er janvier 1994, les patrons ont pris la fuite, suivis par leurs hommes de main. La "communauté 8 Mars", où nous sommes arrivés à quinze étrangers-étudiants ( moitié mexicains, un Yankee de 75 ans , un Français, un Colombien, deux Argentins et un Uruguayen) se trouve sur ​​les terres qui étaient autrefois occupé espar Pepe Castellanos , le frère d' Absalón , le lieutenant-colonel, ancien gouverneur et propriétaire de quatorze exploitations sur des terres usurpées aux Indiens. Son enlèvement, dans ce lointain mois de janvier a été l'étincelle qui a précipité la fuite des propriétaires fonciers.
La communauté dispose de plus de mille d'hectares de bonnes terres, ils n'ont pas besoin de cultiver des coteaux pierreux et arides, ils récoltent des aliments traditionnels et sur la recommandation du commandement aussi des fruits et légumes. Non seulement ils se sont libérés du fouet, mais ils se nourrissent mieux et ils peuvent économiser d'une manière très particulière. Julián récolte six sacs de café, environ 300 kilos, dont il garde un sac pour la consommation familiale et vend le reste. Selon les prix, chaque récolte lui permet d'acheter de deux à trois vaches. " Les vaches sont notre banque et en cas de besoin, nous les vendons."
Par besoin il entend les problèmes de santé. Son fils aîné a dû subir un traitement et pour couvrir les frais, il a vendu un taureau. La même logique est appliquée par la communauté. Sur les terres communautaires ils travaillent collectivement autour du café et avec la récolte, ils achètent des chevaux et des vaches. Entre les animaux des familles et ceux de la communauté ils ont 150 chevaux et près de 200 bovins.
Quelques jours avant l'arrivée des élèves le filtre à eau s'est cassé et pour le réparer, ils ont décidé de vendre une vache. Ils soutiennent de la même manière la salle de santé, la petite école et tous les frais de transport et d'hébergement des villageois liés à l'exercice des fonctions des trois niveaux d'autonomie : la communauté locale, les municipalités autonomes et les conseils de bon gouvernement.
Les femmes ont aussi des projets communautaires. Dans cette communauté elles avaient une caféière qui leur a permis d'acheter six vaches et un poulailler avec une cinquantaine de poulets dont les gains sont utilisés pour le transport et les dépenses de femmes occupant des charges ou participation à des cours. Les rares intrants que les familles ne produisent pas (sel, sucre, huile et savon), elles les achètent acheter dans les magasins zapatistes installés dans des endroits occupés après le soulèvement de 1994 dans les chefs-lieux municipaux. Ainsi, ils n'ont pas besoin d'aller au marché et toute leur économie reste dans un circuit qu'ils contrôlent, autosuffisant, lié au marché sans en dépendre.
Les magasins sont servis sur une base rotative par les membres des communautés. Julián explique que de temps en temps il doit passer un mois dans la boutique Altamirano ( à une heure environ de la communauté) qui l'oblige à quitter la maison . "Dans ce cas, la communauté s'occupe de ta parcelle pour une quinzaine de jours et je soutiens de la même manière celui qui doit aller à la boutique. " Esther était en fonction au conseil, dans le caracol** de  Morelia, à une demi-heure de la communauté, et ses tâches ont été assurées de la même manière, qu'on peut appeler la réciprocité.
Ferrari 3. El arte de construir un mundo nuevo. La libertad según los zapatistas
Santé et éducation
Chaque communauté, même la plus petite, a une petite école et un poste de santé. Dans la communauté 8 Mars il y a 48 familles, presque toutes zapatistes. L'assemblée élit ses autorités, moitié hommes et moitié femmes, les enseignants et les chargés de la santé. Personne ne peut refuser, puisque c'est un service à la communauté.
La petite école fonctionne dans une pièce de la maison abandonnée par le "propriétaire". Il y  encore une grille de fer à travers laquelle il payait ses ouvriers, qui pouvaient à peine voir une main laissant tomber les pièces de monnaie vu  que l'obscurité cachait le visage du patron.
Tôt le matin, les enfants prennent position sur le terrain de basket en face de la maison, ils marchent en rangs d'un pas martial, guidés par un jeune de la communauté ne doit pas dépasser 25 ans. L'éducation zapatiste souffre d'un manque d'infrastructures, les salles sont précaires, tout comme les bancs et le mobilier. Les enseignants reçoivent pas de salaire, mais sont pris en charge par la communauté, comme les responsables de santé.
Toutefois, elle a d'énormes avantages pour les élèves : les enseignants sont des membres de la communauté, ils parlent leur langue et sont leurs égaux , tandis que dans les écoles publiques ( celles du malgouvernement), les enseignants ne sont pas des Indiens mais des métis qui ne parlent pas leur langue, et même la méprisent, vivant loin de la communauté et maintenant une distance verticale avec les enfants. Le climat de confiance dans les écoles autonomes permet des liens plus horizontaux et facilite la participation des parents et des élèves à la gestion de l'école. Les enfants participent à de nombreuses tâches de la communauté, y compris la subsistance de l'école et de ses enseignants. Il n'y a pas de fossé entre l'école et la communauté car elles font partie du même réseau de relations sociales.
Si le responsable de l'école a un programme caché qui transmet des valeurs d'individualisme, de compétition, d'organisation verticale du système éducatif et de supériorité des enseignants sur les élèves, éducation zapatiste est tout l'inverse. Le programme est construit collectivement et on cherche à faire en sorte que les élèves s'approprient l'histoire de leur communauté, pour la reproduire et la soutenir.
La transformation et la critique sont permanentes et ils travaillent collectivement à la construction des connaissances puisque les élèves travaillent généralement en équipes et une bonne partie du temps scolaire est passée en dehors de la classe, au contact avec les éléments mêmes qui constituent leur vie quotidienne. Ce qui dans l'enseignement public est séparé et hiérarchique (enseignant-élève, salle de classe-récréation, savoir – non savoir) est, dans les écoles autonomes, intégré et complémentaire.
Dans la salle de santé, des médicaments produits par l'industrie pharmaceutique voisinent avec une grande variété de plantes médicinales. Une très jeune fille est responsable de la confection de sirops et d'onguents à partir de ces plantes. La salle dispose d'une chiropracticienne et d'une accoucheuse, qui complètent l'équipe sanitaire de base dans toutes les communautés zapatistes. En général, elles traitent les cas relativement simples et quand elles sont dépassées, elles transfèrent le patient à la clinique du caracol. Si celle-ci ne peut pas résoudre le problème, les patients vont à l'hôpital de l'État à Altamirano.
Santé et éducation sont échelonnés aux mêmes  trois niveaux que le pouvoir autonome zapatiste. Dans les caracoles** fonctionnent généralement les cliniques plus avancée, dont l'un a même un chirurgien qui pratique des opérations. Et c'est également dans les caracoles, où siègent les conseils de bon gouvernement, que se trouvent généralement aussi les écoles secondaires autonomes.
La Petite École (Escuelita)
Il a fallu sept heures pour parcourir les 100 km qui séparent San Cristóbal du caracol Morelia. La caravane de trente bus et voitures est partie tard et progresse à pas de tortue. Vers deux heures, nous arrivons au caracol, un complexe de bâtiments qui abritent les institutions de la région autonome : trois municipalités, douze régions et des dizaines de communautés, gouvernée par le Conseil de Bon Gouvernement.
Il y a en outre une école et un hôpital en construction, des cliniques, des amphithéâtres, des magasins, des cantines, une cordonnerie et autres entreprises de production.
Malgré l'heure tardive, une longue file d'hommes et de femmes nous attendaient, parés de leurs bandanas. Nous avons pris position par sexe et un par un, nous avons fait al connaissance de notre Votán. Marcelino tend la main et me demande de l'accompagner. Nous allons directement dormir dans l'immense salle de réception, sur des bancs très durs.
Le matin, café, haricots et tortillas. Ensuite, les membres du conseil prennent la parole pour expliquer comment la petite école va fonctionner. Dans l'après-midi, presque à la nuit tombée , nous repartons vers la communauté. Parmi les élèves j'ai pu voir voir Nora Cortiñas, des Mères de la Plaza de Mayo, et Hugo Blanco, un dirigeant paysan et ancien guérillero péruvien, tous deux allant sur leurs 80 ans.
Nous sommes arrivés à la communauté vers minuit, après une demi-heure de cahots à l'arrière d'une camionnette. L'ensemble de la communauté, hommes, femmes et enfants en rangs avec leurs passe-montagnes, nous reçoit poings levés. Ils nous souhaitent la bienvenue et chaque élève est présenté à la famille qui l'hébergera. Julián se présente et quand tout le monde a reconnu sa famille, nous allons dormir.
Première surprise : ils ont divisé la maison avec une cloison, laissant à l'invité une chambre avec sa propre porte, les sept membres de la famille s'entassant sur une surface similaire. Ils nous réveillent à l'aube pour le petit déjeuner. Ensuite, nous allons travailler au nettoyage de la caféière de la famille, machette à la main, jusqu'à l'heure du repas.
La deuxième journée a été consacrée à entraver les bovins pour les vacciner et la troisième au nettoyage de la  caféière de la communauté. Ainsi, chaque jour, on a combiné le travail et les explications détaillées sur la vie de la communauté. Dans l'après-midi on avait à lire les quatre cahiers distribués sur le gouvernement autonome, la résistance autonome et la participation des femmes au gouvernement autonome, avec des récits d'Indigènes et de responsables.
Chaque élève pouvait poser les questions les plus variées, ce qui ne voulait pas dire qu'elles ont toutes obtenu des réponses. Nous avons pu partager une culture politique différente de celle que nous connaissons : quand on leur pose une question, ils se regardent, dialoguent à voix basse, et enfin, l'un d'eux répond pour tout le monde. Ce fut une expérience merveilleuse d'apprendre en faisant, en partageant, en savourant la vie quotidienne de communautés qui sont en train de construire un monde nouveau.
NdT
*Priistes : membres du PRI (Parti révolutionnaire institutionnel), qui fut le parti d'État de 1929 à 2000, revenant au pouvoir en 2012 avec l'élection à la présidence d' Enrique Peña Nieto.
** Caracoles : litt. escargots. Niveau régional de l'organisation autonome zapatiste, regroupant un certain nombre de municipalités autonomes. Il y a 5 caracoles.
Photos Pola Ferrari

dimanche 27 janvier 2013

La tenace persistance zapatiste

par Raúl Zibechi-Traduit par el Viejo, La voie du jaguar
La mobilisation des communautés zapatistes le 21 décembre et les trois communiqués de l’Armée zapatiste de libération nationale (EZLN) le 30 du même mois ont été reçus avec joie et espérance par beaucoup de mouvements antisystème et de lutte anticapitaliste en Amérique latine.
Immédiatement, les médias de ces mouvements ont reflété dans leurs pages l’importance de la mobilisation massive, qui s’est produite en des moments difficiles pour ceux qui s’obstinent à résister au système de mort qui nous dégouverne.
Les dernières années ont été particulièrement complexes pour les mouvements qui s’acharnent à construire un monde nouveau à partir d’en bas. Dans la plus grande partie des pays d’Amérique du Sud, la répression contre les secteurs populaires n’a pas cessé, bien que la majorité des gouvernements se donnent pour progressistes. Parallèlement, ils ont mis en marche un ensemble de « politiques sociales » destinées, à ce qu’ils disent, à « combattre la pauvreté », mais qui cherchent en réalité à empêcher l’organisation autonome des pauvres ou à la neutraliser quand elle a atteint un certain stade de développement.
Les politiques sociales progressistes, comme le montrent bien les cas de l’Argentine, du Brésil et de l’Uruguay, entre autres, n’ont pas réussi à réduire l’inégalité, ni à distribuer la richesse, ni à réaliser des réformes structurelles, mais elles ont été très efficaces quand il s’est agi de diviser les organisations populaires, de planter des coins dans les territoires contrôlés par les secteurs populaires, et dans bon nombre de cas de dévier les objectifs de la lutte vers des questions secondaires. Elles n’ont pas touché à la propriété de la terre et d’autres moyens de production. Les politiques sociales cherchent à atténuer les effets de l’accumulation par dépossession, sans modifier les politiques qui alimentent ce modèle : les mines à ciel ouvert, les monocultures, les barrages hydroélectriques et autres grands travaux d’infrastructure.
À l’exception du Chili et du Pérou, où la lutte du mouvement étudiant et la résistance contre les mines restent vives, dans la plupart des pays l’initiative est passée aux mains des gouvernements, les mouvements antisystème sont plus faibles et plus isolés, et nous avons perdu l’horizon stratégique. Le travail territorial urbain, à partir duquel ont été lancées de formidables offensives contre le néolibéralisme privatiseur, se trouve dans une ruelle qui à court terme ressemble à une impasse, car les ministères du Développement social, de l’Économie solidaire et autres ont commencé à s’infiltrer sur les territoires en résistance avec des programmes qui vont des transferts monétaires aux familles pauvres à divers « soutiens » à des démarches autoproductives. Initialement les mouvements reçoivent cette aide dans l’espoir de se renforcer, mais en peu de temps ils voient comment la démoralisation et la désagrégation gagnent leurs rangs.
Que peut faire un collectif de base qui, au prix d’un énorme sacrifice sur la base d’un travail collectif, met sur pied un centre de baccalauréat populaire dans un quartier, et constate peu après que le gouvernement crée un autre centre de bac tout à côté, avec une meilleure infrastructure, des cours identiques, et même en lui donnant le nom d’un révolutionnaire connu ? La réponse est que nous ne savons pas. Que nous n’avons pas encore appris à travailler sur ce qui fut nos territoires, et qui à présent est envahi par des légions de travailleuses et travailleurs sociaux aux discours tout ce qu’il y a de progressistes, voire radicaux, mais qui travaillent pour ceux d’en haut.
Le zapatisme est sorti renforcé de cette politique de siège et d’anéantissement, militaire et « social », où l’État s’est efforcé de diviser par des « aides » matérielles comme compléments des campagnes militaires et paramilitaires. C’est pourquoi nous sommes si nombreux à avoir reçu avec une énorme joie la mobilisation du 21 décembre. Non pas parce que nous les soupçonnions de ne plus être là, chose que seuls ceux qui s’informent dans les grands médias peuvent croire, mais parce que nous avons constaté qu’il est possible de traverser l’enfer de l’agression militaire ajouté à des politiques sociales de contre-insurrection. Connaître, étudier, comprendre l’expérience zapatiste est plus urgent que jamais pour nous qui vivons sous le modèle progressiste.
Il est vrai que le progressisme joue un rôle positif par rapport à la domination yankee, en cherchant une certaine autonomie pour un développement capitaliste local et régional. Face aux mouvements antisystème, néanmoins, ceux qui prétendent suivre le chemin de la social-démocratie ne se différencient absolument pas des gouvernements antérieurs. Il est nécessaire de comprendre cette dualité à l’intérieur d’un même modèle : la collision progressiste avec les intérêts de Washington mais en restant dans la même logique d’accumulation par dépossession. Au sens strict, il s’agit d’une dispute sur qui doivent être les bénéficiaires de l’exploitation et de l’oppression de ceux d’en bas ; les bourgeoisies locales et les administrateurs des partis « de gauche », alliés avec un certain syndicalisme d’entreprise, réclament ce rôle avec sa part de butin.
Le parcours zapatiste nous laisse quelques enseignements à nous, les mouvements et personnes qui vivent « assiégés » par le progressisme.
En premier lieu, l’importance de l’engagement militant, la fermeté des valeurs et des principes, le fait de ne pas se vendre ni céder, si fort et puissant que paraisse l’ennemi, et si isolés et faibles que soient les mouvements antisystème à un moment donné.
Deuxièmement, le besoin de persister dans ce que chacun croit et pense, au-delà des résultats immédiats, des supposés succès ou échecs momentanés dans des conjonctures qui bien souvent sont fabriquées pas les médias. Persister dans la création de mouvements non institutionnels ni prisonniers des temps électoraux est la seule manière de construire avec solidité et à long terme.
Troisièmement, l’importance d’une façon différente de faire de la politique, sans laquelle il n’y a rien au-delà du médiatique, de l’institutionnel ou de l’électoral. Un intense débat traverse bon nombre de mouvements sud-américains pour savoir s’il convient de participer aux élections ou de s’institutionnaliser de diverses manières, afin d’éviter l’isolement du travail territorial et de pénétrer dans la « vraie » politique. Les zapatistes nous montrent qu’il y a d’autres façons de faire de la politique qui ne tournent pas autour de l’occupation des institutions de l’État, et qui consistent à créer, en bas, des manières de prendre les décisions collectivement, de produire et reproduire nos vies sur la base du « commander en obéissant » (mandar obedeciendo). Cette culture politique ne convient pas à ceux qui prétendent se servir des gens ordinaires comme marchepieds pour leurs aspirations individuelles. C’est pourquoi tant de politiciens et d’intellectuels du système rejettent ces nouvelles manières, dans lesquelles ils doivent se subordonner au collectif.
Quatrièmement, l’autonomie en tant qu’horizon stratégique et pratique quotidienne. Grâce à la manière des communautés de résoudre leurs besoins, nous avons appris que l’autonomie ne peut être seulement une déclaration d’intentions (aussi valable soit-elle), mais qu’elle doit reposer sur l’autonomie matérielle, depuis la nourriture et la santé jusqu’à l’éducation et la façon de prendre des décisions, c’est-à-dire de nous gouverner.
Dans les dernières années, nous avons vu des expériences inspirées du zapatisme hors du Chiapas, y compris dans quelques grandes villes, ce qui montre bien qu’il ne s’agit pas d’une culture politique valide seulement pour les communautés indigènes ce cet État mexicain.
Images de l'exposition collective Autonomous InterGalactic Space Program organisée par l'artiste Rigo 23 à la galerie redcat, Los Angeles 2012

lundi 31 décembre 2012

EZLN: Somos los mismos de hace 500 anos, de hace 44 años, de hace 30 años, de hace 20 años, de hace apenas unos días/ Nous sommes les mêmes qu'il y a 500 ans, qu'il y a 44 ans, qu'il y a 30 ans, qu'il y a 20 ans, qu'il y a à peine quelques jours

Traductions disponibles :
Português

Somos os mesmos de há 500 anos, de há 44 anos, de há 30 anos, de há 20 anos, de uns dias atrás
Italiano

“Siamo gli stessi di 500 anni fa, di 44 anni fa, di 30 anni fa, di 20 anni fa, di solo qualche giorno faˮ







COMUNICADO DEL COMITÉ CLANDESTINO REVOLUCIONARIO INDÍGENA-COMANDANCIA GENERAL DEL EJÉRCITO ZAPATISTA DE LIBERACIÓN NACIONAL.
MÉXICO.
30 DE DICIEMBRE DEL 2012.
AL PUEBLO DE MÉXICO:
A LOS PUEBLOS Y GOBIERNOS DEL MUNDO:
HERMANOS Y HERMANAS:
COMPAÑEROS Y COMPAÑERAS:
EL PASADO 21 DE DICIEMBRE DEL 2012, EN HORAS DE LA MADRUGADA, DECENAS DE MILES DE INDÍGENAS ZAPATISTAS NOS MOVILIZAMOS Y TOMAMOS, PACÍFICAMENTE Y EN SILENCIO, 5 CABECERAS MUNICIPALES EN EL SURORIENTAL ESTADO MEXICANO DE CHIAPAS.
EN LAS CIUDADES DE PALENQUE, ALTAMIRANO, LAS MARGARITAS, OCOSINGO Y SAN CRISTÓBAL DE LAS CASAS, LOS MIRAMOS Y NOS MIRAMOS A NOSOTROS MISMOS EN SILENCIO.
NO ES EL NUESTRO UN MENSAJE DE RESIGNACIÓN.
NO LO ES DE GUERRA, DE MUERTE Y DESTRUCCIÓN.
NUESTRO MENSAJE ES DE LUCHA Y RESISTENCIA.
DESPUÉS DEL GOLPE DE ESTADO MEDIÁTICO QUE ENCUMBRÓ EN EL PODER EJECUTIVO FEDERAL A LA IGNORANCIA MAL DISIMULADA Y PEOR MAQUILLADA, NOS HICIMOS PRESENTES PARA HACERLES SABER QUE SI ELLOS NUNCA SE FUERON, TAMPOCO NOSOTROS.
HACE 6 AÑOS, UN SEGMENTO DE LA CLASE POLÍTICA E INTELECTUAL SALIÓ A BUSCAR UN RESPONSABLE PARA SU DERROTA. EN AQUEL TIEMPO NOSOTROS ESTÁBAMOS, EN CIUDADES Y COMUNIDADES, LUCHANDO POR JUSTICIA PARA UN ATENCO QUE NO ESTABA ENTONCES DE MODA.
EN ESE AYER NOS CALUMNIARON PRIMERO Y QUISIERON ACALLARNOS DESPUÉS.
INCAPACES Y DESHONESTOS PARA VER QUE EN SÍ MISMOS TENÍAN Y TIENEN LA LEVADURA DE SU RUINA, PRETENDIERON DESAPARECERNOS CON LA MENTIRA Y EL SILENCIO CÓMPLICE.
SEIS AÑOS DESPUÉS, DOS COSAS QUEDAN CLARAS:
ELLOS NO NOS NECESITAN PARA FRACASAR.
NOSOTROS NO LOS NECESITAMOS A ELLOS PARA SOBREVIVIR.
NOSOTROS, QUE NUNCA NOS FUIMOS AUNQUE ASÍ SE HAYAN EMPEÑADO EN HACERLES CREER LOS MEDIOS DE TODO EL ESPECTRO, RESURGIMOS COMO INDÍGENAS ZAPATISTAS QUE SOMOS Y SEREMOS.
EN ESTOS AÑOS NOS HEMOS FORTALECIDO Y HEMOS MEJORADO SIGNIFICATIVAMENTE NUESTRAS CONDICIONES DE VIDA. NUESTRO NIVEL DE VIDA ES SUPERIOR AL DE LAS COMUNIDADES INDÍGENAS AFINES A LOS GOBIERNOS EN TURNO, QUE RECIBEN LAS LIMOSNAS Y LAS DERROCHAN EN ALCOHOL Y ARTÍCULOS INÚTILES.
NUESTRAS VIVIENDAS SE MEJORAN SIN LASTIMAR A LA NATURALEZA IMPONIÉNDOLE CAMINOS QUE LE SON AJENOS.
EN NUESTROS PUEBLOS, LA TIERRA QUE ANTES ERA PARA ENGORDAR EL GANADO DE FINQUEROS Y TERRATENIENTES, AHORA ES PARA EL MAÍZ, EL FRIJOL Y LAS VERDURAS QUE ILUMINAN NUESTRAS MESAS.
NUESTRO TRABAJO RECIBE LA SATISFACCIÓN DOBLE DE PROVEERNOS DE LO NECESARIO PARA VIVIR HONRADAMENTE, Y DE CONTRIBUIR EN EL CRECIMIENTO COLECTIVO DE NUESTRAS COMUNIDADES.
NUESTROS NIÑOS Y NIÑAS VAN A UNA ESCUELA QUE LES ENSEÑA SU PROPIA HISTORIA, LA DE SU PATRIA Y LA DEL MUNDO, ASÍ COMO LAS CIENCIAS Y LAS TÉCNICAS NECESARIAS PARA ENGRANDECERSE SIN DEJAR DE SER INDÍGENAS.
LAS MUJERES INDÍGENAS ZAPATISTAS NO SON VENDIDAS COMO MERCANCÍAS.
LOS INDÍGENAS PRIÍSTAS VAN A NUESTROS HOSPITALES, CLÍNICAS Y LABORATORIOS PORQUE EN LOS DEL GOBIERNO NO HAY MEDICINAS, NI APARATOS, NI DOCTORES NI PERSONAL CALIFICADO.
NUESTRA CULTURA FLORECE, NO AISLADA SINO ENRIQUECIDA POR EL CONTACTO CON LAS CULTURAS DE OTROS PUEBLOS DE MÉXICO Y DEL MUNDO.
GOBERNAMOS Y NOS GOBERNAMOS NOSOTROS MISMOS, BUSCANDO SIEMPRE PRIMERO EL ACUERDO ANTES QUE LA CONFRONTACIÓN.
TODO ESTO SE HA CONSEGUIDO NO SÓLO SIN EL GOBIERNO, LA CLASE POLÍTICA Y MEDIOS QUE LOS ACOMPAÑAN, TAMBIÉN RESISTIENDO SUS ATAQUES DE TODO TIPO.
HEMOS DEMOSTRADO, UNA VEZ MÁS, QUE SOMOS QUIENES SOMOS.
CON NUESTRO SILENCIO NOS HICIMOS PRESENTES.
AHORA CON NUESTRA PALABRA ANUNCIAMOS QUE:
PRIMERO.- REAFIRMAREMOS Y CONSOLIDAREMOS NUESTRA PERTENENCIA AL CONGRESO NACIONAL INDÍGENA, ESPACIO DE ENCUENTRO CON LOS PUEBLOS ORIGINARIOS DE NUESTRO PAÍS.
SEGUNDO.- RETOMAREMOS EL CONTACTO CON NUESTROS COMPAÑEROS Y COMPAÑERAS ADHERENTES A LA SEXTA DECLARACIÓN DE LA SELVA LACANDONA EN MÉXICO Y EN EL MUNDO.
TERCERO.- INTENTAREMOS CONSTRUIR LOS PUENTES NECESARIOS HACIA LOS MOVIMIENTOS SOCIALES QUE HAN SURGIDO Y SURGIRÁN, NO PARA DIRIGIR O SUPLANTAR, SINO PARA APRENDER DE ELLOS, DE SU HISTORIA, DE SUS CAMINOS Y DESTINOS.
PARA ESTO HEMOS LOGRADO EL APOYO DE INDIVIDUOS Y GRUPOS EN DIFERENTES PARTES DE MÉXICO, CONFORMADOS COMO EQUIPOS DE APOYO DE LAS COMISIONES SEXTA E INTERNAZIONAL DEL EZLN, DE MODO QUE SE CONVIERTAN EN CORREAS DE COMUNICACIÓN ENTRE LAS BASES DE APOYO ZAPATISTAS Y LOS INDIVIDUOS, GRUPOS Y COLECTIVOS ADHERENTES A LA SEXTA DECLARACIÓN, EN MÉXICO Y EN EL MUNDO, QUE AÚN MANTIENEN SU CONVICCIÓN Y COMPROMISO CON LA CONSTRUCCIÓN DE UNA ALTERNATIVA NO INSTITUCIONAL DE IZQUIERDA.
CUARTO.- SEGUIRÁ NUESTRA DISTANCIA CRÍTICA FRENTE A LA CLASE POLÍTICA MEXICANA QUE, EN SU CONJUNTO, NO HA HECHO SINO MEDRAR A COSTA DE LAS NECESIDADES Y LAS ESPERANZAS DE LA GENTE HUMILDE Y SENCILLA.
QUINTO.- RESPECTO A LOS MALOS GOBIERNOS FEDERALES, ESTATALES Y MUNICIPALES, EJECUTIVOS, LEGISLATIVOS Y JUDICIALES, Y MEDIOS QUE LOS ACOMPAÑAN DECIMOS LO SIGUIENTE:
LOS MALOS GOBIERNOS DE TODO EL ESPECTRO POLÍTICO, SIN EXCEPCIÓN ALGUNA, HAN HECHO TODO LO POSIBLE POR DESTRUIRNOS, POR COMPRARNOS, POR RENDIRNOS. PRI, PAN, PRD, PVEM, PT, CC Y EL FUTURO PARTIDO DE RN, NOS HAN ATACADO MILITAR, POLÍTICA, SOCIAL E IDEOLÓGICAMENTE.
LOS GRANDES MEDIOS DE COMUNICACIÓN INTENTARON DESAPARECERNOS, CON LA CALUMNIA SERVIL Y OPORTUNISTA PRIMERO, CON EL SILENCIO TAIMADO Y CÓMPLICE DESPUÉS. A QUIENES SIRVIERON Y DE CUYOS DINEROS SE AMAMANTARON YA NO ESTÁN. Y QUIENES AHORA LOS RELEVAN NO DURARÁN MÁS QUE SUS ANTECESORES.
COMO HA SIDO EVIDENTE EL 21 DE DICIEMBRE DEL 2012, TODOS HAN FRACASADO.
QUEDA ENTONCES AL GOBIERNO FEDERAL, EJECUTIVO, LEGISLATIVO Y JUDICIAL, DECIDIR SI REINCIDE EN LA POLÍTICA CONTRAINSURGENTE QUE SÓLO HA CONSEGUIDO UNA ENDEBLE SIMULACIÓN TORPEMENTE SUSTENTADA EN EL MANEJO MEDIÁTICO, O RECONOCE Y CUMPLE SUS COMPROMISOS ELEVANDO A RANGO CONSTITUCIONAL LOS DERECHOS Y LA CULTURA INDÍGENAS, TAL Y COMO LO ESTABLECEN LOS LLAMADOS “ACUERDOS DE SAN ANDRÉS”, FIRMADOS POR EL GOBIERNO FEDERAL EN 1996, ENCABEZADO ENTONCES POR EL MISMO PARTIDO AHORA EN EL EJECUTIVO.
QUEDA AL GOBIERNO ESTATAL DECIDIR SI CONTINÚA LA ESTRATEGIA DESHONESTA Y RUIN DE SU ANTECESOR, QUE ADEMÁS DE CORRUPTO Y MENTIROSO, OCUPÓ DINEROS DEL PUEBLO DE CHIAPAS EN EL ENRIQUECIMIENTO PROPIO Y DE SUS CÓMPLICES, Y SE DEDICÓ A LA COMPRA DESCARADA DE VOCES Y PLUMAS EN LOS MEDIOS, MIENTRAS SUMÍA AL PUEBLO DE CHIAPAS EN LA MISERIA, AL MISMO TIEMPO QUE HACÍA USO DE POLICÍAS Y PARAMILITARES PARA TRATAR DE FRENAR EL AVANCE ORGANIZATIVO DE LOS PUEBLOS ZAPATISTAS; O, EN CAMBIO, CON VERDAD Y JUSTICIA, ACEPTA Y RESPETA NUESTRA EXISTENCIA Y SE HACE A LA IDEA DE QUE FLORECE UNA NUEVA FORMA DE VIDA SOCIAL EN TERRITORIO ZAPATISTA, CHIAPAS, MÉXICO. FLORECIMIENTO QUE ATRAE LA ATENCIÓN DE PERSONAS HONESTAS EN TODO EL PLANETA.
QUEDA A LOS GOBIERNOS MUNICIPALES DECIDIR SI SE SIGUEN TRAGANDO LAS RUEDAS DE MOLINO CON LAS QUE LAS ORGANIZACIONES ANTIZAPATISTAS O SUPUESTAMENTE “ZAPATISTAS” LOS EXTORSIONAN PARA AGREDIR A NUESTRAS COMUNIDADES; O MEJOR USAN ESOS DINEROS PARA MEJORAR LAS CONDICIONES DE VIDA DE SUS GOBERNADOS.
QUEDA AL PUEBLO DE MÉXICO QUE SE ORGANIZA EN FORMAS DE LUCHA ELECTORAL Y RESISTE, DECIDIR SI SIGUE VIENDO EN NOSOTROS A LOS ENEMIGOS O RIVALES EN QUIENES DESCARGAR SU FRUSTRACIÓN POR LOS FRAUDES Y AGRESIONES QUE, AL FINAL, TODOS PADECEMOS, Y SI EN SU LUCHA POR EL PODER CONTINÚAN ALIÁNDOSE CON NUESTROS PERSEGUIDORES; O RECONOCEN AL FIN EN NOSOTROS OTRA FORMA DE HACER POLÍTICA.
SEXTO.- EN LOS PRÓXIMOS DÍAS EL EZLN, A TRAVÉS DE SUS COMISIONES SEXTA E INTERNAZIONAL, DARÁ A CONOCER UNA SERIE DE INICIATIVAS, DE CARÁCTER CIVIL Y PACÍFICO, PARA SEGUIR CAMINANDO JUNTO A LOS OTROS PUEBLOS ORIGINARIOS DE MÉXICO Y DE TODO EL CONTINENTE, Y JUNTO A QUIENES, EN MÉXICO Y EN EL MUNDO ENTERO, RESISTEN Y LUCHAN ABAJO Y A LA IZQUIERDA.
HERMANOS Y HERMANAS:
COMPAÑEROS Y COMPAÑERAS:
ANTES TUVIMOS LA BUENAVENTURA DE UNA ATENCIÓN HONESTA Y NOBLE DE DISTINTOS MEDIOS DE COMUNICACIÓN. LO AGRADECIMOS ENTONCES. PERO ESO FUE COMPLETAMENTE BORRADO CON SU ACTITUD POSTERIOR.
QUIENES APOSTARON A QUE SÓLO EXISTÍAMOS MEDIÁTICAMENTE Y QUE, CON EL CERCO DE MENTIRAS Y SILENCIO, DESAPARECERÍAMOS, SE EQUIVOCARON.
CUANDO NO HABÍAN CÁMARAS, MICRÓFONOS, PLUMAS, OÍDOS Y MIRADAS, EXISTÍAMOS.
CUANDO NOS CALUMNIARON, EXISTÍAMOS.
CUANDO NOS SILENCIARON, EXISTÍAMOS.
Y AQUÍ ESTAMOS, EXISTIENDO.
NUESTRO ANDAR, COMO HA QUEDADO DEMOSTRADO, NO DEPENDE DEL IMPACTO MEDIÁTICO, SINO DE LA COMPRENSIÓN DEL MUNDO Y DE SUS PARTES, DE LA SABIDURÍA INDÍGENA QUE RIGE NUESTROS PASOS, DE LA DECISIÓN INQUEBRANTABLE QUE DA LA DIGNIDAD DE ABAJO Y A LA IZQUIERDA.
A PARTIR DE AHORA, NUESTRA PALABRA EMPEZARÁ A SER SELECTIVA EN SU DESTINATARIO Y, SALVO EN CONTADAS OCASIONES, SÓLO PODRÁ SER COMPRENDIDA POR QUIENES CON NOSOTROS HAN CAMINADO Y CAMINAN, SIN RENDIRSE A LAS MODAS MEDIÁTICAS Y COYUNTURALES.
ACÁ, CON NO POCOS ERRORES Y MUCHAS DIFICULTADES, ES YA UNA REALIDAD OTRA FORMA DE HACER POLÍTICA.
POCOS, MUY POCOS, TENDRÁN EL PRIVILEGIO DE CONOCERLA Y APRENDER DE ELLA DIRECTAMENTE.
HACE 19 AÑOS LOS SORPRENDIMOS TOMANDO CON FUEGO Y SANGRE SUS CIUDADES. AHORA LO HEMOS HECHO DE NUEVO, SIN ARMAS, SIN MUERTE, SIN DESTRUCCIÓN.
NOS DIFERENCIAMOS ASÍ DE QUIENES, DURANTE SUS GOBIERNOS, REPARTIERON Y REPARTEN LA MUERTE ENTRE SUS GOBERNADOS.
SOMOS LOS MISMOS DE HACE 500 AÑOS, DE HACE 44 AÑOS, DE HACE 30 AÑOS, DE HACE 20 AÑOS, DE HACE APENAS UNOS DÍAS.
SOMOS LOS ZAPATISTAS, LOS MÁS PEQUEÑOS, LOS QUE VIVEN, LUCHAN Y MUEREN EN EL ÚLTIMO RINCÓN DE LA PATRIA, LOS QUE NO CLAUDICAN, LOS QUE NO SE VENDEN, LOS QUE NO SE RINDEN.
HERMANOS Y HERMANAS:
COMPAÑERAS Y COMPAÑEROS:
SOMOS L@S ZAPATISTAS, RECIBAN NUESTRO ABRAZO.
¡DEMOCRACIA!
¡LIBERTAD!
¡JUSTICIA!
Desde las montañas del Sureste Mexicano.
Por el Comité Clandestino Revolucionario Indígena – Comandancia General del
Ejército Zapatista de Liberación Nacional.
Subcomandante Insurgente Marcos.
México. Diciembre del 2012 – Enero del 2013.
Escucha el audio que acompaña este escrito.
 “Latinoamérica”, Calle 13 (formado por René Pérez Joglar (Residente), Eduardo José Cabra Martínez (Visitante), e Ileana Cabra (PG 13). Con Totó la Mamposina, Susana Baca y María Rita.
COMMUNIQUÉ du COMITÉ CLANDESTIN RÉVOLUTIONNAIRE INDIGÈNE-  COMMANDEMENT GÉNÉRAL DE L'ARMÉE ZAPATISTE DE LIBÉRATION NATIONALE, MEXIQUE.
Le 30 décembre 2012.
AU PEUPLE DU MEXIQUE,
AUX PEUPLE ET AUX GOUVERNEMENTS DU MONDE,
FRÈRES ET SŒURS,
CAMARADES,
Le 21 Décembre 2012, au petit matin, des dizaines de milliers d'indigènes zapatistes se sont mobilisés et ont pris, pacifiquement et en silence,  cinq centres municipaux de l'État du sud-est mexicain du Chiapas.
Dans les villes de Palenque, Altamirano, Las Margaritas, Ocosingo et San Cristóbal de Las Casas, nous les avons regardés et nous nous sommes regardés nous-mêmes en silence.
Notre message n'est pas de résignation.
Il n'est pas de guerre, de mort et de destruction. C'est un message de lutte et de résistance.
Après le coup d'État médiatique qui a porté au pouvoir exécutif fédéral ceux qui cachent mal leur ignorance ou, pire, la maquillent, nous nous sommes manifestés pour leur faire savoir que si eux, ne sont jamais partis, nous non plus.
Il y a 6 ans, une partie de la classe politique et intellectuelle est partie à la recherche d'un responsable de sa défaite. À l'époque, nous étions, dans les villes et les villages, en train de lutter pour réclamer justice pour Atenco, qui n'était pas alors à la mode.
Ils nous ont à cette époque d'abord calomniés puis ont essayé de nous réduire au silence. Incapables, dans leur malhonnêteté, de voir qu'ils portaient en eux-mêmes les causes de leur défaite, ils ont essayé de nous faire disparaître par le mensonge et le silence.
Six ans plus tard, deux choses sont claires :
Ils n'ont pas besoin de nous pour échouer.
Nous n'avons pas besoin d'eux pour survivre.
Nous autres, qui n'avons jamais disparu même si tous les médias du spectre se sont employés à le faire croire, nous réapparaissons en tant qu'indigènes zapatistes que nous sommes et continuerons à être.
 Durant ces années, nous nous sommes renforcés et nous avons considérablement amélioré nos conditions de vie.
Notre niveau de vie est supérieur à celui des communautés indigènes ayant fait allégeance aux gouvernements en place, qui reçoivent des aumônes et les dépensent en alcool et produits inutiles.
Nos conditions de logement s'améliorent sans nuire à la nature, en lui imposant des voies qui lui sont étrangères.
Dans nos villages, la terre, qui auparavant servait à engraisser le bétail des éleveurs et des propriétaires fonciers, sert maintenant à faire pousser  le maïs, les haricots et les légumes qui illuminent nos tables.
Notre travail obtient une double satisfaction : celle de nous fournir de quoi vivre honnêtement et de contribuer à la croissance collective de nos communautés.
Nos enfants vont dans une école qui leur enseigne leur propre histoire, celle de leur patrie et du monde ainsi que les sciences et les techniques nécessaires pour grandir sans cesser d'être indigènes.
Les femmes indigènes zapatistes ne sont pas vendues comme des marchandises.
Les indigènes priistes [affidés au PRI, le parti au pouvoir, NdT] vont dans nos hôpitaux, nos cliniques et laboratoires, car ceux du gouvernement manquent de médicaments, d'appareils, de médecins et de personnel qualifié.
Notre culture est florissante, non pas isolée mais enrichie par le contact avec les cultures d'autres peuples du Mexique et du monde.
Nous gouvernons et nous gouvernons nous-mêmes, recherchant toujours l'accord plutôt que la confrontation.
Tout cela a été réalisé non seulement sans le gouvernement, la classe politique et les médias les accompagnent, mais aussi en résistant à leurs attaques de toutes sortes.
Nous avons démontré, une fois de plus, que nous sommes ceux que nous sommes.
Nous avons manifesté notre présence par notre silence.
Aujourd'hui nous prenons la parole pour annoncer que :
PRIMO -. Nous réaffirmerons et consoliderons notre appartenance au Congrès National Indigène, un espace de rencontre avec les peuples originels de notre pays.
SECUNDO -. Nous reprendrons contact avec nos camarades adhérents à la Sixième Déclaration de la Jungle Lacandone au Mexique et dans le monde.
TERTIO -. Nous essaierons de construire les ponts nécessaires vers les mouvements sociaux qui ont surgi et surgiront, non pas pour les diriger ou supplanter, mais pour apprendre d'eux, de leur histoire, de leurs chemins et destins.
Pour cela, nous avons obtenu le soutien d' individus et des groupes dans différentes régions du Mexique, constitués en équipes d'appui des commissions Sixième et Internationale de l'EZLN, de façon qu'ils deviennent des courroies de transmission entre les bases d'appui zapatistes et les individus, groupes et collectifs adhérents de la Sixième déclaration, au Mexique et dans le monde, qui maintiennent leur conviction et leur engagement dans la construction d'une alternative non-institutionnelle de gauche.
QUARTO -. Nous maintiendrons notre distance critique vis-à-vis de la classe politique mexicaine qui, dans son ensemble, n'a fait que prospérer au détriment des besoins et des attentes des gens humble et simples.
QUINTO- En ce qui concerne les malgouvernants fédéraux,  étatiques et municipaux, exécutifs, législatifs et judiciaires et les médias qui les accompagnent nous disons ce qui suit :
Les malgouvernements de tous les partis politiques, sans exception, ont tout fait pour nous détruire, nous acheter, nous amener à nous rendre.  PRI, PAN, PRD, PVEM, PT, CC et le futur parti  RN  nous ont attaqués militairement, politiquement, socialement et idéologiquement.
Les grands médias ont essayé de nous faire disparaître, d'abord par des calomnies serviles et opportunistes, puis par un silence sournois et complice. Ceux qu'ils ont servis et qui les ont financés ne sont plus en place. Et ceux qui ont pris leur relève ne dureront pas plus que leurs prédécesseurs.
 Comme cela apparu le 21 décembre 2012, tous ont échoué.
il ne reste au pouvoir fédéral, exécutif,  législatif et judiciaire qu'à décider s'il veut retomber dans la politique de contre-insurrection qui n'a réussi qu'une simulation fragile maladroitement soutenue par la manipulation médiatique, ou bien s'il veut reconnaître et appliquer ses engagements en inscrivant dans la Constitution les droits et la culture indigènes, comme le stipulent les "Accords de San Andrés" signés en 1996 par le gouvernement fédéral, alors dirigé par le même parti qui est aujourd'hui à la tête du pouvoir exécutif.
Quant au gouvernement de l'
État du Chiapas, il doit décider s'il continue la politique malhonnête et ignoble de son prédécesseur, qui , en plus d'être corrompu et menteur, a utilisé l'argent du peuple du Chiapas pour s'enrichir lui-même et ses complices, et s'est dédié à l'achat éhonté de voix et de plumes dans les médias, plongeant les gens du Chiapas dans la misère, tout en utilisant la police et les paramilitaires pour essayer d'arrêter le progrès de l'organisation des communautés zapatistes, ou si au contraire, avec vérité et justice, il accepte et respecte notre existence et se fait à l'idée qu'une nouvelle forme de vie sociale fleurisse en territoire zapatiste, Chiapas, Mexique. Floraison qui attire l'attention des gens honnêtes dans toute la planète.
Quant aux gouvernements municipaux, ils doivent décider s'ils veulent continuer à avaler les couleuvres servies par les organisations antizapatistes ou soi-disant "zapatistes" pour leur extorquer des moyens d'attaquer nos communautés, ou bien s'ils veulent faire un meilleur usage de cet argent pour améliorer les conditions de vie de leurs administrés.
Quant au peuple du Mexique, qui s'organise dans des formes de lutte électorale et résiste, il doit décider s'il veut continuer à voir en nous des ennemis ou des rivaux sur lesquels décharger ses frustrations pour les fraudes et agressions, dont nous souffrons tous en fin de compte, et si, dans sa lutte pour le pouvoir, il veut continuer à faire alliance avec ceux qui nous persécutent, ou bien s'il veut enfin reconnaître que nous représentons une manière autre de faire de la politique.
SEXTO -. Dans les prochains jours, l'EZLN, à travers ses commissions Sixième et Internationale, fera connaître  une série d'initiatives de  caractère civil et pacifique, pour continuer à marcher aux côtés des autres peuples originels du Mexique et de l'ensemble du continent, et avec lesquels, au Mexique et dans le monde entier, résister et lutter en bas et à gauche.
FRÈRES ET SŒURS:
Camarades,
Avant, nous avons eu la chance de retenir l'attention de divers médias de manière honnête et noble. Nous les avons alors remerciés. Mais cela a été complètement effacé par leur attitude postérieure.
Ceux qui avaient parié que nous n'avions qu'une existence médiatique et que le mensonge et le silence nous feraient disparaître, se sont trompés.
 Quand il n'y avait pas de caméras, de microphones, des plumes, d'oreilles et d'yeux, nous existions.
Quand ils nous ont calomniés, nous existions.
Quand ils nous ont réduits au silence, nous existions.
Et nous sommes là, existant.
Notre cheminement, comme cela a été démontré, ne dépend pas de l'impact médiatique, mais de la compréhension du monde et de ses parties, de la sagesse indigène qui dirige nos pas, de la détermination inébranlable que donne la dignité d'en bas et de gauche.
Dorénavant, notre parole va commencer à être sélective dans ses destinataires et, à quelques exceptions près, ne pourra être comprise que par ceux qui ont marché et marchent avec nous, sans céder aux modes médiatiques et conjoncturelles.
Ici, avec beaucoup d'erreurs et de nombreuses difficultés, une autre façon de faire de la politique est déjà une réalité.
Rares, très rares seront ceux qui auront le privilège de la connaître et d'apprendre d'elle directement.
Il y a 19 ans nous les avons surpris en prenant leurs villes par le feu et le sang. Maintenant, nous l'avons fait de nouveau, sans armes, sans mort, sans destruction.
Nous nous distinguons ainsi de ceux qui, quant ils sont au pouvoir, ont semé et sèment la mort parmi leurs administrés.
Nous sommes les mêmes qu'il y a 500 ans, qu'il y a  44 ans, qu'il y a 30 ans, qu'il y a 20 ans, qu'il y a à peine quelques jours.
Nous sommes les zapatistes, les plus petits, ceux qui vivent, luttent et meurent dans le coin le plus reculé de la patrie,  ceux qui ne vacillent pas, ceux qui ne se vendent pas, ceux qui ne rendent pas.
Frères et sœurs,
Camarades:
Nous sommes les zapatistes et nous vous donnons l'accolade.

DÉMOCRATIE!
LIBERTÉ!
JUSTICE!
Depuis les montagnes du Sud-est mexicain.
Pour le Comité clandestin révolutionnaire indigène - Commandement général de l'Armée Zapatiste de Libération Nationale
Sous-commandant insurgé Marcos
Mexique
 
Décembre 2012 - Janvier 2013
Écoutez l'audio
“Latinoamérica”, par Calle 13 (formé par René Pérez Joglar (résident), Eduardo José Cabra Martínez (visiteur) et Ileana Cabra (PG 13). Avec Totó la Mamposina, Susana Baca et María Rita.

Fuente/Source : http://enlacezapatista.ezln.org.mx/2012/12/30/el-ezln-anuncia-sus-pasos-siguientes-comunicado-del-30-de-diciembre-del-2012/
Traduction: Basta Yekfi!