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samedi 18 juin 2011

G20 Agriculture: Non à “l’accaparement alimentaire” par les pays les plus riches du monde !

Communiqué de  La Via Campesina , 16/6/2011
   
(Djakarta, le 16 juin 2011) L’agriculture et l’alimentation seront au menu de la réunion des ministres de l’agriculture du G20 qui aura lieu à Paris les 22 et 23 juin afin de préparer la conférence du G20 qui se tiendra en Novembre à Cannes (France). Le mouvement paysan international La Via Campesina condamne les tentatives répétées de la part des gouvernements des pays les plus riches de la planète de s’accaparer et de contrôler les politiques alimentaires, ce qui affecte non-seulement les paysans, les paysannes mais également tous les êtres humains.
Le G20 n’a aucune autorité pour dicter ses politiques au reste du monde. Il n’inclut que les 20 économies les plus riches, excluant les nations les plus pauvres. En Afrique par exemple, un continent particulièrement touché par la faim, seule l’Afrique du Sud a été admise au club.
Le G20 est non seulement illégitime, il est aussi incompétent. Avec sa volonté de construire un nouvel ordre économique mondial, le G20 prétend essayer, depuis sa création en 1999, de contrôler les opérations spéculatives et les paradis fiscaux, de démanteler les banques « trop grosses », de taxer la finance... Mais ces tentatives ont échoué parce que les leaders de ces pays continuent de promouvoir précisément les mêmes politiques néolibérales qui ont entraîné les crises alimentaire et financière actuelles. La présidence française du G20 propose maintenant de mettre la volatilité des prix agricoles ainsi que les questions de développement rural à la table des négociations.
Aujourd’hui les prix alimentaires atteignent une nouvelle fois un sommet, allant jusqu'à dépasser les niveaux de 2008, lorsque les augmentations de prix avaient fait passer le nombre de personnes souffrant de la faim dans le monde à plus d'un milliard d’êtres humains, affectant largement les zones rurales.
L’instabilité du prix des produits alimentaires est la conséquence de plusieurs facteurs, incluant la libéralisation du commerce, la dérégulation des marchés, la spéculation et la promotion des agrocarburants. L'agro-industrie à vocation exportatrice et la dépendance vis-à-vis des marchés internationaux sont responsables de la volatilité des prix. De plus, lorsque l’essentiel de la production a été vendu sur les marchés internationaux et qu’il n’y a plus de stocks disponibles au niveau du pays ou des communautés, l’instabilité des prix peut être fatale pour les plus pauvres. Les paysans et les paysannes ont également perdu toute possibilité de négociation pour déterminer les prix, dans la mesure où ce sont les exportateurs, les gros commerçants et les chaînes de supermarchés qui contrôlent le marché et bénéficient des fluctuations.
Par ailleurs, contrairement à l’agroécologie, l’agriculture industrielle est largement dépendante des énergies fossiles pour la production de pesticides et le transport. Ceci contribue également à l’augmentation de la volatilité sur le marché mondial. Même s’ils produisent des aliments, les paysans et surtout les paysannes sont parmi les premières victimes des prix alimentaires élevés. Ils ne bénéficient pas d’un accès suffisant à la terre et aux autres ressources productives. Par conséquent ils doivent acheter une grande partie de leur alimentation pour nourrir leurs familles. Les prix payés aux producteurs restent souvent en dessous des coûts de production, et sont bien plus bas que les prix payés par les consommateurs. L'écart croissant entre le prix à la production et à la consommation est happé par les intermédiaires et les gros commerçants.
Les acquisitions massives de terres agricoles par des entreprises multinationales qui ont lieu depuis plusieurs années ont accéléré l’expulsion des paysannes et des paysans et réduit le potentiel à se nourrir eux-mêmes de nombreux pays et communautés en Afrique, Asie et Amérique latine. Dans cette optique, l’initiative de la Banque mondiale pour rendre l’accaparement des terres plus acceptable socialement ne fournit aucune solution. Les “Principes pour un Investissement Agricole Responsable” (RAI en anglais) servent à légitimer cette ruée vers les terres agricoles au détriment des petits producteurs. Il devrait être interdit pour les investisseurs étrangers et nationaux de contrôler de larges surfaces arables.
Les aliments doivent se retrouver dans toutes les assiettes, pas seulement dans celles des plus riches. Ainsi, les discussions liées a l’alimentation et a l’agriculture ne devraient pas être discutées par le G20, et encore moins par le G8, mais à un niveau plus global par toutes les nations du monde. Le G20 envisage d'instaurer une réunion annuelle de toutes les parties prenantes sur la souveraineté alimentaire afin d'impliquer la société civile. La Via Campesina estime que cette initiative est une régression et affirme que le Comité pour la Sécurité Alimentaire des Nations Unies, récemment réformé, devrait être l’espace prioritaire pour la négociation des politiques alimentaires avec la société civile et pour la prise de décision par tous les gouvernements.
Avec la Confédération paysanne, membre de La Via Campesina en France, nous affirmons que la solution à la crise actuelle réside dans des politiques publiques nationales, régionales et internationales qui régulent les marchés afin de garantir des prix justes pour les consommateurs ainsi que pour les paysans, et plus particulièrement les femmes et les jeunes.
Ces politiques basées sur la souveraineté alimentaire doivent inclure :
  • La défense et la promotion d’une agriculture paysanne durable vendue principalement sur des marchés locaux. Ceci inclut le développement de circuits courts de commercialisation, la protection des semences paysannes, l’accès à la terre et à l’eau, l’éducation… A titre d’exemple, la conversion des terres agricoles pour la construction de zones résidentielles, touristiques ou commerciales ne devrait pas être permise. Quand les producteurs et les productrices contrôle davantage la transformation et la distribution de leurs produits, ils sont moins vulnérables à la volatilité des marchés.
  • La (re)mise en place de réserves alimentaires physiques et diversifiées (au niveau local et national) pour stabiliser les prix et gérer les risques en cas d’urgence et de catastrophes naturelles.
  • Des mesures fortes pour interdire la spéculation sur les aliments comme les contrats à termes spéculatifs. Au lieu de stabiliser les prix, ces instruments créent des bulles spéculatives avec des prix fictifs.
  • L'arrêt du démantèlement des politiques agricoles telles que la PAC, imposée notamment par l'OMC. Les Nations doivent avoir le droit de protéger leurs propres marchés contre les exportations à prix cassés (dumping), ainsi que le droit de défendre leur production locale. Les pays qui présentent un potentiel agricole important en termes de nombre d’agriculteurs familiaux et de disponibilité de terres arables ont besoin de raviver leur production alimentaire pour satisfaire leurs besoins domestiques.
  • L’arrêt de la promotion des agrocarburants qui augmentent la pression sur le marché alimentaire et entraînent l’expulsion des paysans de leurs terres.
  • La fin du phénomène d’accaparement des terres et l’exécution des engagements pris à la FAO lors de la Conférence Internationale sur la Réforme Agraire et le Développement Rural (CIRADR). Nous demandons que les Directives volontaires sur la gouvernance responsable des régimes fonciers actuellement discutées à la FAO soient renforcées et fournissent un cadre précis qui protège les paysans et surtout les paysannes, les petits producteurs et les communautés qui travaillent et vivent de la terre, qu'elles protègent les droits à la terre et offrent une protection contre l’accaparement des terres.
Rendez-vous avec la presse:
Mercredi 22 juin à 12h, Pique Nique Actif "G20 Agriculture: Ne jouez pas avec notre nourriture", Jardin des Tuileries côté place de la Concorde, près du musée de l'Orangerie
Contact avec les médias:
  • Josie Riffaud - Numéro de portable :             +33613105291       (en français et en anglais)
  • Javier Sánchez - Numéro de portable:             +34609359380       (en espagnol)
Membres du Comité International de Coordination de la Via Campesina
email: viacampesina[at]viacampesina.org

dimanche 31 janvier 2010

Un modèle agricole pour nourrir le monde

Le modèle zéro faim
par Devinder SHARMA देविंदर शर्मा, 8/1/2010 . Traduit par Michèle Mialane, édité par Fausto Giudice, Tlaxcala
Original : A farming model to sustain the world

Dans 10 ans, en 2020, l’agriculture indienne et toute l’agriculture mondiale peuvent être transformées en un système sain et viable où les suicides de petits paysans appartiendront au passé, où la misère et le désespoir auront fait place à la fierté d’être agriculteur, où l’agriculture sera véritablement durable, sur le long terme et n’accroîtra pas le réchauffement global.
L’année 2010 voit le début d’un scénario pour une agriculture future qui ramènera le sourire sur le visage des paysans sans laisser de plaies dans l’environnement.
     Une petite initiative lancée il y a six ans dans un village inconnu du district de Khamam a été reprise désormais dans 21 districts de l’Andhra Pradesh sur une surface totale de plus de 800 000 ha. Je me souviens de la première fois où j’ai parlé du miracle réalisé par le village de Pannukula dans l’Andhra Pradesh, et de tous ceux qui croyaient que j’essayais de faire dans le romantisme rural.  Comment faire de l’agriculture sans pesticides chimiques, m’a-t-on demandé à plusieurs reprises.
     Pannukula a ouvert le premier sillon qui s’élargit finalement en un large sentier lumineux. Au cours des quatre années suivantes plus de 318 000 paysans dans 21 des 23 districts de l’Andhra Pradesh ont abandonné l’emploi intensif d’intrants chimiques dans la culture et sont passés  à une agriculture durable, économiquement viable et adaptée aux impératifs écologiques. Une révolution silencieuse est en marche. À Kharif, en 2009, environ 560 000 ha étaient cultivés selon le modèle connu sous le nom de Community Managed Sustainable Agriculture ( CMSA : Agriculture communautaire durable).
     Au moment où j’écris ceci - la première semaine de l’année 2010 - cette expérience s’est étendue à 800 000 hectares des 21 districts. L’agriculture sans pesticides et renonçant progressivement aux engrais chimiques a gagné 240 000 ha, et cela en quelques mois: un record sans précédent. Et sans aucune incitation gouvernementale ou du secteur privé. Je ne vois aucune raison qui empêcherait ce système d’agriculture durable, écologiquement sûr et bon pour les paysans, de gagner dans les 10 années  qui viennent 80 millions d’hectares supplémentaires dans tout le pays, si le gouvernement les prend au sérieux. ?
     Dans 10 ans, en 2020, l’agriculture indienne peut être transformée en un système sain et dynamique, où les suicides de petits paysans appartiendront au passé, où la misère et le désespoir auront fait place à la fierté d’être agriculteur, et où l’agriculture sera devenue un système soutenable à long terme et ne conduisant pas à un changement climatique.
    

 Ce qui au début n’était qu’une expérience destinée à introduire un mode de culture sans pesticides chimiques conduit maintenant à renoncer aux engrais chimiques. On utilise un mélange de technologies éprouvées scientifiquement, de savoirs locaux et de sagesse traditionnelle. Les paysans remplacent les pesticides et les engrais chimiques par un mélange de cultures bactériennes, l’usage intensif de techniques de compostage, le lombricompostage, et utilisent des engrais biologiques et des extraits de plantes contre les nuisibles.
     Ces pratiques ont complètement transformé l’agriculture conventionnelle et garanti la sécurité et la stabilité des moyens de subsistance. Les rendements n’ont pas changé, les dommages causés par la vermine ont très fortement baissé et le sol recouvre sa fertilité naturelle. Et comme celle-ci augmente d’année en année, les rendements ont continué à croître. Plus important encore: les problèmes de santé des agriculteurs, liés à l’emploi des pesticides, ont baissé de 40% en moyenne.
     Les paysans disposent maintenant de plus d’argent. Les coûts à l’hectare ont diminué de 33%. Un paysan CMSA économise par exemple plus de 12 500 roupies à l’hectare [1 roupie=environ 0,0152 €, soit 100 roupies=environ 1,5 €, NdT] en cultivant du coton sans pesticides. Les rendements demeurant pratiquement les mêmes, les planteurs de coton revivent littéralement. Et l’environnement est devenu plus sain et plus sûr.
      Normalement l’achat de pesticides représente 56% des frais de revient de la culture du coton. Et n’oublions pas que 70% des paysans qui se suicident, au niveau de l’État ou du pays, sont des planteurs de coton. Mais dans les régions où l’on est passé au nouveau système, sans pesticides, il n’y a eu aucun suicide.
      Plus d’argent pour les paysans c’est aussi moins d’endettement. Le seul village dans tout le pays et durant les 30 années où j’ai travaillé sur l’agriculture que j’ai vu à même de libérer en trois ans seulement la totalité de ses terres des hypothèques qui les grevaient, c’est le village de Ramachandrapuram , district de Khamam, où les 75 paysans ont même remboursé les arriérés.
     Selon des enquêtes menées dans 5 districts, au moins 386 familles, sur les 467 qui avaient hypothéqué leurs terres,  les ont libérées en 2 ans.
     C’est un exemple à suivre pour l’avenir de l’agriculture indienne et mondiale. Non seulement il ouvre une voie soutenable avec une empreinte carbone minimale, mais il offre un énorme potentiel dans la lutte contre la pauvreté et la faim. Il s’est clairement avéré que l’autoconsommation alimentaire des ménages s’est améliorée: 40% d’achats en moins effectués sur les marchés. Les récoltes ont augmenté, et maintenant les paysans peuvent même obtenir deux récoltes par an. C’est le modèle zéro faim, et selon moi il doit être adopté dans le « National Food Security  Act » (Loi de sécurité alimentaire nationale ) en projet.
     Des groupes d’entraide de femmes et de paysans jouent un rôle important au sein de la CMSA. L’épargne s’est accrue, et une fédération de 850 675 groupes rassemble désormais 10 millions de femmes appartenant à des ménages pauvres. Cette fédération dispose d’un capital de 1,5 milliards de dollars US et offre tout un éventail de prestations économiques. Rien d’étonnant à ce que l’agriculture soutenable sans subventions extérieures soit à même de révolutionner les régions rurales et de vaincre la faim et la pauvreté.