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vendredi 5 février 2016

Tunisie :“Nous avons perdu nos illusions, nos rêves sont réalistes”
Interview de Rym Ben Fraj

par Milena Rampoldi, ProMosaik e.V.
4/2/2016 
Italiano Tunisia: “Abbiamo perso le nostre illusioni, i nostri sogni sono realistiˮ - Intervista con Rym Ben Fraj  
Deutsch Tunesien: „Wir haben unsere Illusionen verloren, unsere Träume sind realistisch“ - Ein Gespräch mit Rim Ben Fraj
 Español Túnez: “Hemos perdido nuestras ilusiones, nuestros sueños son realistas”- Entrevista con Rim Ben Fraj
English Tunisia: "We have lost our illusions, our dreams are realistic"
Interview with Ben Rim Fraj
- Milena Rampoldi میلنا رامپلدی 

  
 Rim Ben Fraj, 31 ans, est Tunisienne, blogueuse, traductrice, éditrice, diplômée précaire, membre du réseau des traducteurs Tlaxcala. Elle travaille comme journaliste freelance. Elle a bien voulu répondre à nos questions. 

Milena Rampoldi : Quels sont les problèmes principaux de la jeune génération en Tunisie ?
Rym Ben Fraj : La marginalisation économique, sociale et donc politique et culturelle.
La jeunesse qui a fait la révolution n’a aucune représentation parlementaire ni gouvernementale, il y a au moins 250 mille diplômés au chômage.
Le chômage frappe jusqu’à 80% des jeunes dans certaines régions.
La seule alternative qui se présentait -l’immigration clandestine –a été rendue impossible par le mur électronique de Frontex en Méditerranée.
Les jeunes qui refusent de se faire recruter par « Daech » n’ont plus que la révolte comme issue.
Mais même s’ils se révoltent, l’État n’est pas en mesure de satisfaire leurs revendications : une des conditions posées par la banque mondiale pour les crédits à la Tunisie est le blocage de nouvelles embauches dans la fonction publique.
De plus le niveau de beaucoup de diplômés chômeurs est plutôt bas, à cause de la politique de Ben Ali, qui a facilité le passage du lycée à l’université pour améliorer les chiffres de la Tunisie dans l’index du développement humain. La privatisation par étapes de l’’enseignement et la corruption généralisée n’ont fait qu’à aggraver la situation.
Deux secteurs profitent de cette situation : les entreprises multinationales, principalement d’origines européennes et les fondations occidentales principalement allemandes et US,
Les premières trouvent une main d’œuvre qualifié bon marché pour travailler dans des usines proches du marché européen, les secondes recrutent des agents tunisiens pour mettre en œuvre leurs programmes d’influence (au nom de : droits humains, citoyenneté, womens’ empowerment, entrepreunariat, medias citoyens etc ).
Pratiquement, cela veut dire que si tu as 25 ans, un niveau bac +3 et que tu cherches du travail, tu as le choix entre travailler dans call center 6/7jours pour 300 euros par mois ou pour une association subventionné, sans contrat et couverture sociale, pour 400 500 euro par mois. Daech paye à peu près les mêmes salaires. Nos députés viennent de se voter une augmentation de salaire, ils vont gagner 2000 euros par mois.