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jeudi 12 mars 2009

Gwadloup: ce qu'a vraiment dit Elie Domota

Interviewé dimanche soir au JT de France 2 par Benoit DUQUESNE, Elie Domota, porte-parole du Liyannaj Kont Pwofitasyon (LKP) est revenu sur les propos qui ont servi de prétexte à l’État français pour tenter de l’intimider et de discréditer le mouvement ayant cours en Guadeloupe :
«
Ces propos, il ne faut pas les retirer de leur contexte, premièrement.
Deuxièmement, ce ne sont pas du tout des propos racistes, mais des propos qui reflètent la réalité sociale, économique, culturelle, historique et sociologique de la Guadeloupe. Nier cet état de fait, aujourd’hui, je crois que c’est faire preuve de racisme à notre égard, nous les Guadeloupéens d’origine africaine et indienne.
Je crois qu’il ne faut pas nier que les rapports en Guadeloupe sont construits sur des rapports de classes et de race depuis 400 ans ; et ces rapports persistent.
Alors aujourd’hui, s’il faut aller les expliquer devant un tribunal, nous sommes sereins, nos avocats sont saisis de cette affaire là et nous sommes prêts.
»


Voici les termes exacts d'Elie Domota


RFO Télé Guadeloupe - Jeudi 5 mars 2009 : Edition spéciale du soir
Source : http://ugtg.org/article_790.html
APPLICATION DE L’ACCORD BINO :
Nou ni fas annou on patwona pawtikilyewman réaksyonè ; é ki sèl biten i an tèt a yo sé té ké rétabli lèsklavaj. Nou ka di yo trè klewman nou pé ké arété.
Nous sommes face à un patronat particulièrement réactionnaire ; et la seule chose qu’ils aient en tête ce serait de rétablir l’esclavage. Nous leur disons très clairement que nous n’abdiquerons pas.
An di pwéfé la sa o swè la : swa yo ké apliké akò la, swa yo ké kité la Gwadloup. É nou trè fewm asi sa
Je l’ai dit au préfet ce soir : soit ils appliquent l’accord, soit ils quittent la Guadeloupe. Et nous sommes très fermes là dessus.
Nou pé ké lésé on bann béké rétabli lèsklavaj.
Nous ne laisserons pas une bande de békés rétablir l’esclavage.
Ni on volonté manifès dè sewten gwan patwon dè rèsté kanpé adan pozisyon kè fanmi a yo té ni o sézyèm é disétyem syèk.
Il y a une volonté manifeste de certains grands patrons de rester campés sur les positions qui ont été celles de leurs parents au seizième et dix septième siècles.
Yo té ka fè pwopozisyon dakò entewrpwofesyonel o non du MEDEF alò kè yo sav pewtinaman kè yo pa ni a fè sé propozisyon la sa. Ils faisaient des propositions d’accord salarial interprofessionel au nom du MEDEF, alors qu’ils savent pertinemment qu’ils n’ont pas à faire ce type de propositions.
Donk an ka pansé kè yo ké ni a réponn dè atitid a yo. Avoka an nou ja ka travay si dosyé la sa. Yo ké ni a réponn dè atitid a yo ki fè kè yo volontewman torpiyé lé négosiasyon, bloké lé négosiasyon alò kè stati a yo ka entewdi yo dè fè dé proposizyon a akò entewpwofésyonel.
Donc je crois qu’ils auront à répondre de leur attitude. Nos avocats travaillent déjà sur ce dossier. Ils auront à répondre de leur attitude qui a fait qu’ils ont volontairement torpillé les négociations, bloqué les négociations ; alors que leur statut leur interdit de faire des propositions d’accord interprofessionnel.
Sa fasil dè kaché yo dèyè dot fédérasyon kon fédérasyon a misyé Vion, ou misyé Gadarkan pou yo pé di yo ké sinyé apwé. Men ni nom’ dè antrèpriz kè yo ka rèpwézanté é ki pa adan pon fédérasyon.
Il est facile de se cacher derrière d’autres fédérations patronales comme les fédérations de monsieur VION, de monsieur GADDARKHAN... pour prétendre qu’ils signeront après. Mais il y a nombre d’entreprises qu’ils représentent et qui n’appartiennent à aucune Fédération.
Sété on mannèv pou fè diwé négosiasyon la ; é la, avoka an nou ka travay si dosyé la sa. Nou ké ni adan lé jou é simenn ka vini a mandé kont a ki dè dwa.
C’était une manoeuvre pour faire durer les négociations ; et sur ce dossier-là, nos avocats travaillent. Nous aurons dans les jours et semaines qui viennent à demander des comptes.

APPEL AU BOYCOTT :
Fo pèp Gwadloup byen konpwann jodi la kè i ow dè kesyon kè nou ay fè komisyon a ka antrèpriz ki ka èspwaté gwadloupéyen.
Il faut que le peuple guadeloupéen comprenne bien qu’il est aujourd’hui hors de question que nous allions faire des achats dans des entreprises qui exploitent les Guadeloupéens.
Tout lé antrèpwiz ki pa ka ba salaryé a yo dé san éro, nou ka mandé lé gwadloupéyen pa ay adan sé antrèpriz la sa.
Toutes les entreprises ne donnant pas deux cents euros d’augmentation à leur salariés, nous demandons aux Guadeloupéens de ne pas s’y rendre.
Pa ay fè komisyon a Carrefour, pa ay fè komisyon a Match, pa ay fè komisyon a Cora.
N’allez pas faire vos courses à Carrefour, n’allez pas faire vos courses à Match, n’allez pas faire vos courses à Cora.
Pa ay fè pon komisyon adan pon antrèpriz ki pa ka mèt an plas akò Bino.
N’allez faire de courses dans aucune entreprise qui ne met pas en oeuvre l’accord Jacques BINO.
Fo nou komansé fonksyoné kon adan dot péyi : lè on moun pa’a poté’w, i ka tréné’w... é ben vou ou pa ka bay manjé. Sé sa pou nou fè an ti péyi la sa.
Nous devons commencer à fonctionner comme dans d’autres pays : lorsque quelqu’un ne vous soutient pas, lorsqu’il vous traîne ; eh bien, vous à votre tour, vous ne l’engraissez pas. C’est ce que nous devons faire dans ce petit pays.
Maladi a pousé charyo an sant komewsyal klimatizé, fo nou fè yo komprann kè nou ja bon èvè sa. Il faut qu’on leur fasse comprendre qu’on en a assez de la pathologie consistant à pousser des chariots dans des centres commerciaux climatisés.

Gwadloup : Nous sommes tous « racisés »… Et par qui ?


Monsieur,
Je déclare solennellement, avec sagesse et avec recul : Swa yo ka apliké akor la , swa yo ka kité La gwadloup ; nou péké lésé on bann béké rétabli lèsklavaj.
Je vous demande donc « jantiman » de bien vouloir me mettre en examen directement, pas la peine de perdre votre temps avec une information judiciaire : j’avoue, oui nous sommes « racisés ».
Si dans la logique de votre cerveau-lent, il n’y a que cette conclusion que vous tirez de ces propos : la fréquentation des alizés n’arrive pas toujours à faire atteindre de hauts sommets, alors « frappez, frappez [
1] » Monsieur le procureur.
Monsieur, puisque vous avez choisi la voie de la bouffonnerie et qu’Edouard Boulogne semble être votre muse (celui-là vrai « humaniste » atavique d’extrême-droite, émule de Charles Maurras déguisé en chrétien tendance Père Labat, expert en racisme… des autres), restons-y ! Et dans ce cas, je vous demande de mettre aussi en examen :
Jacques Chirac à propos du « bruit et des odeurs des immigrés » et aussi pour « l’Afrique n’est pas mûre pour la démocratie »
Nicolas Sarkozy, qui dans son discours de Dakar (26 juillet 2007) expliquait que « le drame est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire », et qui aussi s’était écrié : « la France on l’aime ou on la quitte ».
Christophe Barbier, l’éditorialiste du journal L’Express pour qu’il s’explique sur son concept « antiraciste » de « travailler à l’antillaise ».
Fréderic Lefebvre, porte-parole de l’UMP, détecteur automatique de « tontons macoutes » (tous les nègres se ressemblent n’est-ce pas ?)
Henri Guaino, conseiller spécial de Sarkozy quand il avoue (sûrement sous la pression de « tontons macoutes ») : « Dans ces territoires d’outre-mer, le partage des richesses n’est pas équitable, on est en face d’une économie de rente parfaitement organisée (...). Ce qui fait qu’une partie importante de la population subit une situation d’injustice qui n’est pas tolérable au sein de la République", allant même à évoquer "des formes d’exploitation et d’injustice qui ne sont pas acceptables au XXIe siècle.[…] Quand vous subissez l’injustice, vous avez plus de chances de réveiller le problème identitaire que si tout le monde se sent dans une République de citoyens égaux en droits, en dignité et en devoirs ». Ces propos ne sont-ils pas de nature à inciter à la haine contre ceux qui « organisent » cette « économie de rente » ?
Yves Jego pour avoir susurré à l’oreille du porte-parole du LKP : « Monsieur Domota, j’ai vu l’ensemble des chefs de service. J’ai vu qui décide et qui exécute. Il faut changer cela ! ». Et encore aux patrons « il faut cesser ces pratiques ancestrales » N’est-ce pas livrer à la vindicte populaire certains chefs de service ? Et le même Jego parti en guerre contre les « monopoles » et la « profitasyon » ? Que dites-vous : incitation à la haine des monopolistes, des « profitationistes » (néologisme employé par Jego !) et des « pratiqueurs ancestraux » ?
Edouard Boulogne (si vous n’êtes pas encore tombé sous son charme « capiteux » de pucelle joséphinienne - il va vous expliquer la métaphore !) : « Ce sont les africains qui nourrirent toutes les traites d’esclaves de par le monde, y compris la traite atlantique, qui concerne plus particulièrement les Antilles et l’Amérique. La colonisation, à partir de la deuxième moitié du 19è siècle porta un rude coup à cette honteuse et ancienne coutume qui.... réapparut avec la décolonisation dans les années 1960 » (9 mars 2007). Il va certainement s’empresser de supprimer ces propos sur son blog comme il a supprimé l’article très « chrétien antiraciste » : « Esclavage : éléments pour une mise à plat du phénomène [
2] ». N’êtes-vous pas aussi gardien de la Loi Taubira ?
Et enfin, Jean-Michel Prêtre (vous le connaissez ?) pour avoir dit sur Canal 10, il y près de 5 mois : « quand je vais à Jarry et que je regarde en haut je ne vois que du blanc, quand je regarde dans les ateliers, je ne vois que du sombre ». Pourrez-vous, monsieur le procureur vous autosaisir contre vous-même pour incitation à la haine raciale des gens d’en « haut ».
Monsieur, puisque visiblement vous vous ennuyez, moi qui ne suis ni « chef de service », ni organisateur « d’économie de rente », en un mot moi, qui n’ai pas les moyens, je vous implore de lancer un avis de recherche à l’encontre :
Des criminels racistes (politiques, exécuteurs,..) qui ont massacré des dizaines de guadeloupéens en mai 1967 dans les rues de Pointe-à-Pitre et qui nous empêchent d’accéder aux archives portant sur ces événements.
De Sophie Vannier qui en février 1979 a arboré au lycée de Baimbridge un t-shirt avec le slogan : « je suis raciste, je n’aime pas les noirs ». Pour elle et pour ses amis, pas une seule minute d’information judiciaire. Un d’entre eux s’est même fait applaudir par des milliers de noirs guadeloupéens lors d’une récente course de voile.
De l’adjudant de gendarmerie Michel Maas [
3] , responsable de la mort du jeune lycéen Charles Henri Salin le 18 novembre 1985, qui pour ce haut fait d’armes a eu pour « terrible sanction » de... monter en grade. Vous comprendrez aisément que cette aide historique nous sera très profitable car elle nous permettra d’entrevoir enfin une « entrée dans l’histoire » faisant ainsi honneur à votre président Sarkozy.
N’oubliez pas aussi, Monsieur le « prokirè » (Je suis obligé de vous donner des idées car je sens chez vous comme une tentation à « travailler à l’antillaise » !) de mettre en examen Messieurs Jego, Desforges, Fillon, Sarkozy pour parjure (accord du 8 février non respecté) et pour escroquerie intellectuelle (Jego dénonce le préambule de l’accord Bino signé pourtant en présence du préfet et des médiateurs).
S’il vous reste un peu de temps entre deux émissions de Canal 10, et si vous souhaitez vraiment entrer vous aussi dans l’histoire malgré la « torpeur tropicale », mettez Aimé Césaire en examen à titre posthume pour « incitation à la haine raciale » car c’est lui qui a prédit le « génocide par substitution ». Nous pourrons même vous donner un coup de main pour cette affaire-là, suivant la logique de Fréderic Lefebvre nous pratiquons aussi le Vaudou, alors soumettre un mort à la question, ce sera pour nous un jeu d’enfant, voire de « grands enfants ».
Pour finir, Monsieur je vous demande de bien vouloir respecter nos traditions car Vaval ne se promène jamais comme cela en plein carême (ayez la décence d’attendre au moins le jeudi-mi-carême !) et d’exiger de votre ministre de tutelle qu’il commence à construire des centaines de prisons pour accueillir tous ces « racistes » : vous ferez d’une pierre deux coups, vous vous débarrassez d’affreux « racistes » tout en permettant à de nombreux surveillants de prisons guadeloupéens exerçant en France d’obtenir leurs mutations.
Les Abymes, le 10 mars 2009
Ronald SELBONNE (wonal)
32 rue de la clinique
Les Abymes Guadeloupe

Notes
[
1] NDLR : A une autre époque ( ?!), à l’entrée de l’ancien aéroport du Raizet, Wonal, jeune étudiant en sciences militant à l’UNEEG (Union Nationale des Elèves et Etudiants de Guadeloupe) et animateur de radyo tanbou, avait été sauvagement roué de coups de matraques et de coups de pieds par des blan-manblo-manj-nèg. Son crime ? Avoir été l’un des tous premiers à se rendre sur place pour protester contre la venue de Jean Marie LE PEN en Guadeloupe...
[
2] NDLR : L’article supprimé du blog est tiré du livre édité par Guadeloupe 2000 : Esclavage : éléments pour une mise à plat du phénomène (Broché). A la page 10 on peut y lire ceci : "Qu’un maître ait pu fouetter son esclave au sang, pimenter les plaies, lui chauffer le dos, et lui faire faire crever les pustules par un chat, cela est possible [...]. On a vu pire dans les camps nazis et les goulags communistes. Mais que les maîtres aient ainsi agi quotidiennement, cela relève du délire."
[
3] 18 novembre 2005-18 novembre 1985 : Il y a 20 ans, charles henri salin, jeune lycéen de baimbridge était assasiné par le gendarme michel maas, alors qu’il revenait d’une séance de cinéma. ce dernier a même gagné du galon après son départ précipité de guadeloupe...
Je me souviens des mensonges d’état : le procureur dupuy qui dès le lendemain décréta que le meurtre avait eu lieu à boissard alors que salin a été abattu à chauvel, histoire de salir l’image du jeune lycéen..
Je me souviens de la mobilisation des élèves et des lycéens dès le lendemain à l’appel de l’UNEEG ( union nationale des élèves et étudiants de la guadeloupe) et de la manifestation géante du jeudi 21 dans les rues de pointe-à-pitre( plus de 15 000 personnes !)...
Je me souviens aussi de la cabale judiciaire jusqu’à l’acquittement final de l’assassin, alors que le rapport balistique du professeur Ceccaldi précisait que Salin avait étté tué à moins d’1 mètre par une rafale dans le dos...
Que reste-t-il ? : amnésie, fast-food, blog porno et coca...et une génération, celle de Fouillole de l’époque surtout, qui a cru un moment en l’histoire... amnésie, fast-food, blog porno et coca... et une larme pour Salin ???
Wonal Selbonne, "Le Mot Phrasé", Novembre 2005

mercredi 11 mars 2009

Gwadloup : Contre-offensive (1)

Par Banbiyo, 10/3/2009. Source : http://blog.lidejis.org/

Yves “speedy” Jégo, l’homme qui traverse l’Atlantique à la vitesse de la lumière des flashes des photographes, s’est ému des propos d’Elie Domota, le porte-parole du LKP,qui avait déclaré, le jeudi 5 mars, que les entreprises devraient appliquer l’accord Jacques Bino ou quitter la Guadeloupe et que le LKP ne laisserait pas “une bande de békés rétablir l’esclavage”.
Pour le secrétaire d’Etat aux confettis, il s’agit d’un “dérapage verbal inadmissible” et “quelle que soit l’intensité d’un conflit social, dire à une catégorie de la population, “faites ça ou partez” n’est évidemment pas acceptable. Il faut que chacun revienne à l’esprit républicain”.
On se souvient pourtant d’un ministre de la République qui, en 2006, avait repris le slogan de l’extrême droite “La France, tu l’aimes ou tu la quittes !” afin de mieux lancer sa campagne électorale pour les présidentielles et mieux rafler les voix de Jean-Marie Le Pen et de Philippe de Villiers.
On ne se souvient pas d’une quelconque réaction d’Yves Jégo, ni de l’ouverture d’une enquête judiciaire à l’encontre de Nicolas Sarkozy.
Les indignations sélectives d’un Yves Jégo, d’un Yves Thréard et d’autres sicaires n’auraient donc aucune importance si elles n’étaient appuyées par l’appareil d’Etat et qu’elles ne révélaient la contre-offensive qui se met, très lentement mais très sûrement, en place.
La meute des puissants a lancé la chasse et elle n’hésitera pas à tenter d’utiliser l’institution judiciaire selon un schéma très classique de répression des mouvements populaires dans les colonies françaises : après les massacres des 26 et 27 mai 1967, le procès des 18 militants guadeloupéens devant la Cour de sûreté de l’Etat ; après les émeutes de Cayenne en novembre 1996, l’arrestation des militants de l’UTG (Union des Travailleurs Guyanais), du MDES (Mouvement de Décolonisation et d’Emancipation Sociale) et du PNPG (Parti National Populaire Guyanais).
L’attaque contre Elie Domota n’est qu’un premier ballon d’essai ; les tentatives d’intimidation, de déstabilisation et les coups fourrés plus ou moins dissimulés se multiplieront dans les semaines et les mois à venir surtout si le gouvernement ne parvient pas à contrôler le déroulement et les conclusions des Etats Généraux décidés unilatéralement par le président français.