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lundi 8 avril 2013

Nous irons cracher sur la tombe de la Dame de fer

La baronne Margaret Thatcher, qui fut Premier ministre britannique du 4 mai 1979 au 28 novembre 1990, vient de mourir à l'âge de 87 ans. Elle laisse aux peuples des Îles dites britanniques, de l'Angleterre aux Malouines en passant par l'Irlande toujours divisée, un souvenir sinistre. Nous ne verserons pas une seule larme pour cette fille d'épicier devenue une virago adepte de la thérapie de choc capitaliste pour mettre au pas la classe ouvrière et les résistants irlandais-BASTA!

L'héritage rouillé de la Dame de fer : marchés libres rampants, divisions sociales, déclin industriel


Mort de Margaret Thatcher: un œillet rouge pour Bobby Sands

par Francis Combes, poète et éditeur, L'Humanité, 8/4/2013

C'était ça, aussi, Margaret Thatcher : une Dame de fer capable de laisser mourir en prison, après soixante-six jours de grève de la faim, Bobby Sands, militant de l’IRA provisoire de 27 ans, qui venait d’être élu député à la Chambre des communes du Royaume-Uni. Rappel.
Il y a trente ans deux ans, le 5 mai 1981, au terme de soixante-six jours de grève de la faim, mourait Bobby Sands, en Irlande du Nord, dans la prison de Maze. Cette prison, installée sur l’ancienne base de la Royale Air force nommée Long Kesh, fut d’abord un lieu de détention où l’armée britannique pouvait enfermer sans procès tout opposant à sa présence. Ainsi, en 1971, lors de l’opération «Démetrius», 450 hommes des quartiers catholiques de Belfast y furent parqués dans les H Blocks, des bâtiments en forme de H, dans des conditions très rudes. Bobby Sands avait vingt-sept ans. Après lui, dans les jours qui suivirent, moururent neuf autres prisonniers politiques qui, à son exemple, menèrent jusqu’au bout leur mouvement de protestation.
La mort de Bobby Sands et de ses camarades provoqua une vague d’émeutes dans la population catholique irlandaise et ses funérailles furent suivies par 100 000 personnes. En France, même parmi ceux qui ne partageaient pas la stratégie et la tactique de l’IRA, la nouvelle suscita une très vive émotion.
Enfant de la classe ouvrière
Originaire d’une famille modeste de Newtownabbey, Bobby Sands avait quitté l’école tôt pour faire un apprentissage en carrosserie. «J’étais seulement un enfant de la classe ouvrière d’un ghetto nationaliste, écrit-il dans l’un de ses textes de prison. Mais c’est la répression qui a fait naître en moi l’esprit révolutionnaire de liberté.» En 1972, à dix-huit ans, il avait rejoint l’IRA provisoire dont il était devenu un militant. La même année, des loyalistes (protestants favorables à la couronne d’Angleterre) obligèrent sa famille à quitter leur logement et à partir s’installer dans un autre quartier, à Twinbrook, dans l’ouest de Belfast. Une première fois, en 1972, Bobby fut condamné à quatre ans de prison pour détention d’armes à feu. Quelque temps après sa libération, en 1976, il se fit à nouveau arrêter, avec plusieurs de ses camarades, dans une voiture, après une fusillade avec la police royale d’Ulster et fut condamné à quatorze ans de prison
En prison, Bobby Sands se retrouva bientôt officier commandant des membres de l’IRA et il contribua à relancer la lutte pour que leur soit reconnu le statut de prisonniers politiques, pour que soit mis fin aux mauvais traitements (passages à tabac et humiliations étaient monnaie courante de la part des gardiens), pour le droit de recevoir des visites et le droit de porter des vêtements civils. Devant la fin de non-recevoir obstinée opposée par les autorités anglaises, les prisonniers menèrent d’abord ce qu’on appela le «Blanket protest». Refusant de porter l’uniforme des détenus, 300 d’entre eux décidèrent de rester en permanence nus ou seulement enveloppés d’une couverture, malgré le froid qui régnait dans la prison.
Dirty protest
Puis, ils durcirent leur mouvement. Ce fut le «Dirty protest» ou le «No wash protest» qui consista pour les prisonniers à refuser de se laver et même à étaler leurs excréments sur les murs… Thatcher continuant à faire la sourde oreille, ils décidèrent alors d’engager les uns après les autres la grève de la faim de telle manière que, si l’un d’entre eux mourait, le relais soit pris par ses camarades. Mais la «Dame de fer» refusa de se laisser fléchir… Ce mouvement suscita un grand écho. (En tous temps et en tous lieux, le martyre est une forme de lutte. Évidemment particulièrement efficace dans des pays où les sentiments religieux sont forts (comme hier dans l’Irlande catholique ou aujourd’hui dans le monde musulman). Mais cela vaut aussi pour ceux qui ont fait le choix de Prométhée, cette « religion » ou, en tout cas, cette foi en l’homme qu’est le communisme. Il suffit de penser à la force des exemples de Rosa Luxemburg ou Che Guevara…)
Prisonnier et candidat
En avril 1981, après le décès d’un de leurs députés, les républicains présentèrent le prisonnier de Long Kesh aux élections législatives partielles. Et Bobby Sands fut élu. Ce qui conduira le gouvernement Thatcher à modifier la loi pour interdire à des prisonniers d’être candidats. L’intransigeance dont fit preuve madame Thatcher pendant la grève de la faim et le cynisme qu’elle exprima ensuite («Il a choisi de s’ôter la vie, a-t-elle déclaré. C’est un choix que son organisation ne laisse pas à beaucoup de ses victimes.») ne furent pas pour rien dans l’émotion qui suivit sa mort.
Mais la détermination de Bobby Sands et de ses compagnons, ainsi que la force de leur conviction furent aussi pour beaucoup dans le mouvement de sympathie qui se leva. À certains égards, Bobby Sands n’était pas seulement une victime du système carcéral britannique, mais un combattant dont on pouvait comprendre et partager la cause. «Je n’arrêterai pas, avait-il écrit, tant que l’Irlande ne sera pas devenue une République, indépendante et socialiste.»
Vaincu dans la vie, Bobby Sands remportait dans la mort une victoire morale et devenait un martyr de la liberté.
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jeudi 13 décembre 2012

Pour l'assassinat de Pat Finucane, les excuses ne suffisent pas

par  Beatrix Campbell , 13/12/2012. Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala
Nous avons besoin d'une enquête publique pour établir qui dans l'État britannique a autorisé les services de renseignement à fournir des informations aux  paramilitaires loyalistes.
Quand un «complot» n'est-il que «collusion»? Et quand la collusion n'est-elle que routine ? Sir Desmond de Silva ne répond pas à ces questions vitales dans son examen de l'assassinat en 1989 de l'avocat des droits humains Pat Finucane à Belfast. Mais il fait quelque chose de plutôt puissant: il publie des documents secrets jusque-là, et ce faisant, il sape sa propre interprétation des preuves, à savoir qu'il n'y pas eu " de complot global d'État".

Presque malgré lui, son rapport invite à la conclusion que le «complot» est une diversion. Il n'y a pas eu besoin d'un complot: tuer les nationalistes et menacer avocats était normal en Irlande du Nord.
Geraldine Finucane, the widow of murdered Belfast solicitor Pat Finucane,
Geraldine Finucane, la veuve de l' avocat de Belfast Pat Finucane, assassiné en 1989, avec ses enfants à Londres cette semaine, suite à la publication du rapport De Silva. Photographie: Andrew Winning / Reuters

Il lui a été demandé d'examiner si l'État était impliqué. La réponse est simple: oui, c'est vrai. Il y avait une collusion globale de l'État pour tuer des citoyens britanniques ciblés en Irlande du Nord. Que pouvons-nous faire de la preuve que les forces de sécurité ont déversé "des milliers d'éléments de renseignement", dont certains "curieusement détaillés insolite", à l'UDA loyaliste?

De Silva révèle une statistique alarmante: "85 pour cent de ces [renseignements] étaient extraits des dossiers des forces de force". Cela nous indique que les services de renseignement des forces de sécurité ont répercuté en cascade à l'UDA un programme d'assassinats ciblés alors qu'il était en train de réduire à néant l'accord de paix anglo-irlandais de 1985. Ce n'était pas du contre-terrorisme, ce fut une stratégie de l'État pour parrainer - un mot que de Silva rejette - des paramilitaires nationalistes [loyalistes, NdT], auxiliaires, incontrôlables et sectaires chargés de terroriser les nationalistes [républicains, NdT] et de mettre à bas le processus de paix.

De Silva confirme qu'un torrent de renseignements, de photographies, de cartes et de profils ont été livrés par l'armée et la Royal Ulster Constabulary directement à l'UDA, et que Finucane était l'un des nombreux avocats qui ont reçu le «point noir» et des menaces de mort répétées.

Les services de sécurité ont également arrêté un bon nombre de loyalistes, insiste De Silva, comme s'il s'agissait d'une preuve d'impartialité. Mais ces arrestations peuvent être interprétées d'une autre manière: ils n'étaient pas entrain de neutraliser les loyalistes, mais de les contrôler, ils ne les mettaient pas hors d'état de nuire, ils les dirigeaient - en leur donnant quelque chose de plus meurtrier que des fusils ou des bombes: de l'information.

Ceux qui dirigeaient la RUC, l'armée, le Bureau d'Irlande du Nord (Northern Ireland Office ) et la Commission conjointe de renseignement (Joint Intelligence Committee) – un qui deviendra plus tard célèbre pendant la débâcle de la guerre d'Irak - considéraient les loyalistes comme une racaille vitale, mais peu recommandable. Ainsi, l'unité de recherche de l'armée (Force Research Unit) a engagé un ex-soldat, Brian Nelson, pour rationaliser la machine à tuer l'UDA. De Silva décrit Nelson comme "un employé direct de l'État tout terrain, bon à tout faire" - un aveu remarquable. Le MI5 l'a utilisé pour orchestrer des  livraisons d'armes d'Afrique du Sud distribuées aux loyalistes. Il apparaît que l'État, avait pris le contrôle du réarmement des paramilitaires.
Le militant des droits humains Pat Finucane (1949-1989)
ciblé par l'establishment britannique
exécuté par des escadrons de la mort unionistes
"Si vous ne défendez pas les avocats des droits humains, qui défendra les droits humains ?" (Rosemary Nelson)


Tout cela est connu. De fait, les assassins de Pat Finucane sont connus. Des journalistes d'investigation, des défenseurs des droits de l'homme et des loyalistes eux-mêmes, se vantant de leurs exécutions, nous ont dit qui l'a fait. Mais qu'y-a-t-il d'autre encore congelé dans les donjons de l'État? L'insistance de Silva à dire que des ministres ne pouvaient pas savoir qui était ciblé est bizarre. Il semble prendre pour argent comptant qu' ''aucun élément de dossier n'a été identifié" selon lequel des ministres auraient été informés sur les renseignements livrés aux loyalistes. Toutefois, il enregistre une réunion sur la politique de sécurité, le 26 Septembre 1989 - avant l'assassinat de Finucane - en présence du secrétaire d'État à l'Irlande du Nord et des chefs des forces de sécurité, qui avait été organisée justement pour discuter de la circulation de l'information.
De Silva confirme que les chefs des services de sécurité, le procureur général, les secrétaires à la Défense et à l'Irlande du Nord, et le n ° 10 [de Downing Street, c'est-à-dire le Premier ministre, Margaret Thatcher, NdT] a discuté de la possibilité de dommages à la confiance du public que pourrait provoquer "notre attachement à la primauté du droit". Le secrétaire du cabinet et le Premier ministre se sont entendus dire en 1991 que les accusations potentielles contre Nelson étaient "aussi graves qu'elles pourraient l'être", et que la FRU elle-même "pourrait être amenée à être démantelée" si le public apprenait ce qu'elle avait fait. La FRU a en effet été dissoute - ou plutôt elle s'est réincarnée, sous le nom d'Unité de reconnaissance spéciale [Special Reconnaissance Unit], et a ensuite été impliquée dans la fusillade qui causa la mort de Jean Charles de Menezes.
L'alternative - que les ministres ont préféré savoir et en même temps ne pas savoir, pouvant ainsi toujours apporter des démentis - est pire : ils ne se souciaient pas de savoir si des catholiques vivaient ou mouraient aussi longtemps que les Britanniques gagnaient la guerre.
Si l'étude de De Silva bagatellise la question de "l'implication de l'État" en évacuant l'hypothèse de la conspiration, il a quand même fait quelque chose d'utile: il nous en dit plus que ce que nous savions auparavant sur la synergie sinistre entre le système de sécurité et les tueurs loyalistes.
Il y a plus à dire. Nous avons maintenant besoin d'une enquête publique - pas pour savoir qui a tué Pat Finucane, mais pour découvrir qui a autorisé l'ensemble du système, afin de s'assurer qu'ils se retrouvent face à la justice, et que la Grande-Bretagne ne se compromettra plus dans de tels meurtres. La FRU et son patron, Gordon Kerr, n'ont jamais été sommés de rendre des comptes. Et l'Irlande du Nord est le prototype pour la contre-insurrection britannique dans la soi-disant guerre contre le terrorisme.
L'importance du rapport De Silva n'est pas qu'il exonère Whitehall [le gouvernement britannique, NdT], mais que, au contraire, il ouvre plus de possibilités de recherche de la vérité pour la famille Finucane. David Cameron se trompe s'il croit que son aveu et les excuses présentées à la Chambre des communes cette semaine mettent un point final à cette affaire.
 

lundi 20 août 2012

"Je demande au Président Obama de cesser la persécution contre WikiLeaks": discours de Julian Assange depuis l'ambassade d'Equateur à Londres

Voici le discours tenu par Julian Assange depuis un balcon de l'ambassade équatorienne à Londres le dimanche 19 août 2012, avec traduction française


Vous m'entendez ?
Je suis ici aujourd'hui parce que je ne peux pas être avec vous là-bas, mais, merci à vous d'être venus, merci pour votre détermination et votre générosité d'esprit.

Dans la nuit de mercredi, après qu'une menace a été envoyée à cette ambassade et que la police a tenté une descente sur ce bâtiment, vous êtes venus en pleine nuit, et vous avez apporté avec vous les yeux du monde.

A l'intérieur de l'ambassade, je pouvais entendre des équipes de policiers envahissant le bâtiment par l' escalier interne d'incendie, mais je savais qu'il y aurait des témoins, et c'était grâce à vous.

Si le Royaume-uni n'a pas jeté les Conventions de Vienne aux orties l'autre nuit, c'était parce que le monde était en train d'observer.

La prochaine fois qu'on vous dira que c'est inutile de défendre ces droits qui nous sont chers, rappelez-leur votre veille dans l'obscurité devant l'ambassade d'Equateur et comment, à l'aube le soleil s'est levé sur un monde différent et uen courageuse nation latino-américaine a pris position pour la justice.

Un mot sur ces gens courageux. Je remercie le président Correa pour le courage qu'il a démontré en examinant et en acceptant ma demande d'asile.

Et je remercie aussi le gouvernement, en particulier le ministre des Affaires étrangères, Ricardo Patiño, qui a pris en compte la constitution équatorienne et sa notion de citoyenneté universelle dans l'examen de ma demande d'asile.

Et merci au peuple équatorien pour avoir soutenu et défendu cette constitution.

Et j'ai aussi une grande gratitude à l'égard du personnel de l'ambassade, dont les familles vivent à Londres, et qui ont fait preuve d'hospitalité et de gentillesse à mon égard malgré les menaces qu'ils ont tous reçu.

Ce vendredi il y aura une réunion d'urgence des ministres des Affaires étrangères d'Amérique latine à Washington DC pour examiner la situation créée par cette affaire.

Je suis donc reconnaissant aux peuples et gouvernements d'Argentine, Bolivie, Brésil, Chili, Colombie, Salvador, Honduras, Mexique, Nicaragua, Perou, Venezuela et de tous les autres pays d'Amérique Latine qui se sont unis pour défendre le droit d'asile.

Merci aux peuples des USA, du Royaume-Uni, de Suède et d'Australie qui m'ont soutenu et donné de la force, même quand leurs gouvernements ne le faisaient pas. Et merci aussi à ceux qui, dans les gouvernements, ont la sagesse de continuer à se battre pour la justice. Votre jour viendra.

Merci à l'équipe, aux supporters et aux sources de WikiLeaks, dont le courage, l'engagement et la loyauté ont été sans égal.

Merci à ma famille et à mes enfants qui ont été privés de leur père. pardonnez-vous. Nous serons bientôt réunis.

Tout comme WikiLeaks, ce sont la liberté d'expression et la santé de nos sociétés qui sont menacées.

Nous devons saisir cette occasion pour faire voir au gouvernement des USA le choix devant lequel il se trouve. Va-t-il retourner aux valeurs sur lesquelles il a été fondé et les réaffirmer ? Ou va-t-il dégringoler dans le précipice, nous entraînant tous dans un monde dangereux et répressif, où les journalistes se taisent par peur de poursuites et où les citoyens doivent chuchoter dans le noir ?
Je dis qu'il faut faire marche arrière. Je demande au Président Obama de faire la seule chose juste. Les USA doivent renoncer à leur chasse aux sorcières contre WikiLeaks. Les USA doivent annuler leur enquête du FBI. Ils doivent s'engager à cesser de poursuivre notre équipe ou nos supporters. Les USA doivent s'engager face au monde à ne pas poursuivre des journalistes mettant en lumière les crimes secrets des puissants.

Il faut mettre fin aux discours insensés sur les poursuites contre des organisations médiatiques quelles qu'elles soient,  WikiLeaks ou  New York Times.

La guerre de l'administration US contre les lanceurs d'alerte doit prendre fin.

Thomas Drake, William Binney, John Kirakou et les autres héroïques lanceurs d'alerte US doivent - ils doivent - être grâciés et indemnisés pour les soufrfances qu'ils ont enduré au service de l'intérêt public.

Quant au soldat détenu dans une prison militaire à Fort Leavenworth, Kansas, dont les Nations Unies ont établi qu'il avait subi des mois de détention avec torture à Quantico, Virginia, et qui attend encore son procès après deux ans de prison, il doit être remis en liberté.

Bradley doit être libéré.

Et si Bradley Manning a vraiment fait ce dont il est accusé, alors il est un héros, un exemple pour nous tous et l'un des plus éminents prisonniers politiques du monde. Bradley Manning  doit être libéré.

Mercredi, Bradley Manning a passé son 815ème jour de  détention sans jugement. Le maximuml légal est de 120 jours.

Jeudi, mon ami Nabil Rajab, Président du Centre bahreïni des droits humains, a été condamné à trois ans de prison pour un tweet. Vendredi, un groupe musical russe a été condamné à deux ans de prison pour une performance politique.

Il y a une unité dans la répression. Il faut absolument y répondre avec unité et détermination.

Je vous remercie.

vendredi 13 juillet 2012

L’histoire du détroit d’Ormuz : les choix de l’Iran

par  Soraya Sepahpour-Ulrich ثریا سپاه پور- اولریش. Traduit par  Michèle Mialane, édité par  Fausto Giudice, Tlaxcala 

On connaît le sage propos de George Santayana: « Ceux qui veulent oublier le passé se condamnent à le répéter ». En ne tirant pas les leçons de l’Histoire, les USA et leurs alliés renouvellent leur comportement des années 50 où ils ont imposé à l’Iran un embargo sur son pétrole. L’alliance emmenée par les USA a oublié l’Histoire.                        
L’Iran, non.
 
Lorsque l’Iran décida, sous la direction du nationaliste Mohammad Mossadegh, de nationaliser la l’industrie pétrolière, la Royal Navy instaura un blocus des exportations  de pétrole afin de le contraindre à y renoncer. Pour se venger des velléités nationalistes de l’Iran et le punir de servir ses propres intérêts, les Britanniques lancèrent un blocus mondial du pétrole iranien.
                 
Dans les années 50, l’Iran ne disposait pas d’une puissance militaire lui permettant de s’opposer à l’embargo, et le blocus maritime avait pour objectif de ruiner son économie pour renverser le régime. Les évènements qui s’ensuivirent étaient, selon  un article du New York Times, « destinés à faire comprendre le prix élevé » que doit payer un pays pétrolier du Tiers Monde « quand il perd la tête sous l’effet d’un nationalisme fanatique ». L’Iran apprit alors que la souveraineté et le nationalisme exigent force et décision au niveau politique et militaire.
 
Sans prendre en compte les conséquences des évènements de l’époque, les alliés occidentaux, emmenés par les USA, ont décrété un nouvel embargo contre l’Iran. L’Iran a répliqué par un projet de loi interdisant aux pays qui lui ont infligé des sanctions l’accès à  ses eaux territoriales, c’est à dire au détroit d’Ormuz. Ce projet n’est pas sans fondement et à la différence de ce qui s’est passé lors de l’embargo précédent, il semble que Téhéran ait les meilleures cartes en mains et puisse ne pas être le seul à payer  le prix élevé de l’embargo.
 
Strait of Don Quixote de la Hormuz, par Kaveh Adel
 
La position juridique de l’Iran
La convention de l’ONU de 1982 sur le droit de la mer (CNUDM)) prévoit que les bateaux sans intention belliqueuse peuvent exercer leur « droit de passage innocent », c’est-à-dire naviguer librement et que les États côtiers n’ont pas le droit de les en empêcher. L’Iran a signé mais pas ratifié ce traité, qui n’est pas donc juridiquement contraignant. Mais même si l’on néglige cet aspect, la CNUDM donne aux  États côtiers le droit d’interdire la navigation dans leurs eaux territoriales si celle-ci constitue une menace pour « la paix, l’ordre ou la sécurité » de ces États, car dans ce cas le passage de ces bateaux ne pourrait être considéré comme « innocent ».
Même si l’Iran se contente de décider de retarder le passage des tankers en exerçant son droit de contrôler tous les pétroliers qui empruntent le détroit d’Ormuz, les inspections et le retard qu’elles entraîneront contribueront à une hausse des prix du pétrole. Cette augmentation, qui profitera à l’Iran et aux autres pays producteurs de pétrole, déstabilisera encore plus l’économie européenne, déjà en crise. 
 


"Surveillance des plages", par 
Manos Symeonakis

L’option militaire 
Bien que les États occidentaux, emmenés par les USA, roulent des mécaniques, en envoyant des bateaux de guerre dans le golfe Arabo-persique, les propres jeux guerriers de Washington - le Challenge du Millénium de 2002, coût : 250 millions de dollars -, prouvent bien l’incapacité des USA à venir à bout de l’Iran. Oubliant les leçons de leur propre histoire, les États-Unis d’Amérique, en envoyant davantage de navires de guerre se rapprochent d’un conflit déclaré. Or, contrairement à la crise des missiles de Cuba,  les forces présentes dans le golfe Arabo-persique risquent, face à cette avancée de la marine de guerre  US, de ne pas se réduire à deux leaders à même d’entrer en communication pour éviter que la situation ne leur échappe.  Et de plus les conséquences de ce conflit potentiel ne se limiteraient pas à la région.
 
Si l’on considère que 17 millions de barils - soit 35% de tout le pétrole transporté par voie maritime - transitent chaque jour par le détroit d’Ormuz, des incidents sur cette voie auraient de très graves conséquences pour l’économie mondiale. 1,1 million de barils par jour seulement prennent le chemin des  USA, alors qu’une part importante de ce pétrole est destinée à l’Europe. On peut se demander pourquoi les États-Unis d’Amérique exigent que leurs alliés agissent à contresens de leurs propres intérêts, le boycott des exportations iraniennes les amenant à payer le pétrole plus cher; en outre ils accroissent le risque de voir l’Iran bloquer des cargaisons pétrolières qui leurs sont destinées.
 
Mais là aussi l’histoire nous fournit une réponse claire. Contrairement à l’opinion communément admise, ce sont les USA et non les pays exportateurs de pétrole qui ont utilisé le pétrole comme une arme. Un exemple en est la pression que Washington a exercée sur les Britanniques dans les années 20, pour l’amener à partager ses concessions pétrolières au Moyen-Orient avec des compagnies américaines. Et après la Deuxième guerre mondiale  les États-Unis d’Amérique ont enfreint le Red Line Agreement de 1928* en excluant les Britanniques et les Français du traité.
 
En 1956 les États-Unis d’Amérique ont bien fait comprendre au Royaume-Uni et à la France que les Européens n’auraient plus de pétrole s’ils ne se retiraient pas d’Égypte au plus vite. Les États-Unis d’Amérique n’avaient rien contre le renversement de Nasser, mais le Président Eisenhower déclara: « S’ils avaient fait vite, nous aurions été d’accord. »
 
Il est possible que les dirigeants européens se sentent engagés envers certains groupes de pression, par exemple les lobbys pro-israéliens, comme c’est le cas aux USA. Ou peut-être croient-ils que l’Iran ne les obligera pas à jouer cartes sur table, que le Majlis (parlement iranien) ne ratifiera pas le projet de loi et que le pétrole continuera à couler sans problème. Mais quoi qu’il en soit, ils commettent là un suicide financier qui aura sans doute pour eux de lourdes conséquences avant même que la détermination l’Iran soit ébranlée.
 
Note de Tlaxcala
*L’accord de la ligne rouge fut un accord signé par les partenaires de la compagnie pétrolière turco-irakienne Turkish Petroleum Company (TPC), le 31 juillet 1928. L’objectif de cet accord était de formaliser la structure de l’entreprise TPC et d’introduire une clause qui interdisait que les partenaires recherchent du pétrole pour leur propre compte, dans les grands territoires de l’ancien Empire ottoman.
Cet accord fut à l’origine de la création d’un monopole du pétrole d’immense influence, trois décennies avant la formation de l’OPEP.
La ligne rouge incluait le territoire de l’ancien Empire ottoman au Moyen-Orient, en incluant la péninsule arabe et la Turquie. Le Koweït, était exclu de cette zone, l’objectif étant d’en faire une zone anglaise réservée (wikipedia).
 

jeudi 12 novembre 2009

«Je ne crois pas que notre cause en Afghanistan soit juste ou bonne. Je vous conjure, Monsieur, de ramener nos soldats à la maison»

L'honneur du Caporal Joe



Le mouvement britannique contre l’intervention militaire en Afghanistan a enfin une figure de proue populaire et symbolique : le Caporal des Lanciers Joe Glenton, du Corps royal de logistique. Joe a écrit le 30 juillet dernier à Gordon Brown pour lui annoncer qu’il refusait de retourner en Afghanistan et pour lui demander de retirer les troupes royales d’Afghanistan. Et le 24 octobre, il a fait pire : il a pris la tête et a été l’orateur vedette d’une manifestation dans les rues de Londres pour demander le retrait d’Afghanistan. À son retour à sa caserne, il a été applaudi par ses camarades. Le 10 novembre, Joe a de nouveau été mis aux arrêts. Il risque en tout 14 ans de prison pour « désertion » et appel à la révolte. Le gouvernement Gordon Brown est bien emmerdé : 64% des Britanniques sondés sont favorables au retrait d’un bourbier qui a déjà coûté la vie à 232 soldats de Sa Majesté.
Ce jeudi 12 novembre, la Coalition Halte à la Guerre appelle à un rassemblement de 17 à 18 h pour demander la libération de Joe Glenton, devant le siège du Ministère de la Défense à Whitehall.
Voici la lettre du Caporal Joe à Gordon Brown.-
FG

Source : UK soldier to Gordon Brown: why I won't return to Afghanistan


Monsieur le Premier Ministre,

Je vous écris en tant que soldat servant dans l'armée britannique pour exprimer mes opinions et préoccupations sur le conflit actuel en Afghanistan.
Ma première préoccupation est que le courage et la ténacité de mes compagnons d'armes sont devenus un outil de la politique étrangère usaméricaine. Je crois que cette tromperie contraire à l'éthique à l’encontre de ces hommes et femmes si fiers a provoqué des souffrances incommensurables non seulement aux familles des militaires britanniques qui ont été tués et blessés, mais aussi pour le noble peuple de l'Afghanistan.
J'ai trouvé dans le peuple afghan des qualités qui ont également été pendant si longtemps apparentes et admirées chez le soldat britannique. Qualités de robustesse, d'humour, de détermination absolue et de réticence à faire marche arrière. Cependant ce sont ces qualités, des deux côtés, qui, je le crains, prolongeront une guerre d'usure. Cela ne fera que conduire à plus de chagrin dans nos deux sociétés.
Je ne suis pas un général ni un politicien et je ne peux pas prétendre avoir une quelconque maîtrise de la stratégie. Cependant, je suis un soldat qui a servi en Afghanistan, ce qui m'a donné un petit aperçu.
Je crois que lorsque des militaires britanniques se mettent au service de la nation et mettent leur vie en danger, le gouvernement qui les envoie au combat est tenu de veiller à ce que la cause qu’ils défendent soit juste et bonne, à savoir qu’il s’agisse de défendre la vie et la liberté .
La guerre en Afghanistan ne diminue pas le risque terroriste, et loin d'améliorer la vie des Afghans elle ne fait qu’apporter la mort et la dévastation dans leur pays. Grande-Bretagne n'a rien à faire là.
Je ne crois pas que notre cause en Afghanistan soit juste ou bonne. Je vous conjure, Monsieur, de ramener nos soldats à la maison.
Sincèrement votre,
Joe Glenton
Caporal des Lanciers, Corps royal de logistique
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La manifestation du 24 octobre à Londres