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mercredi 16 mars 2016

Un regard sur les révolutions populaires dans une Amérique Latine en turbulence
Conférences de Romain Migus en France

 
Tlaxcala_La Pluma
vous invitent
à
2 conférences-débats
de
Romain Migus
Un regard sur les révolutions populaires dans une Amérique Latine en turbulence
Bilan et perspectives
  • À Pau  le vendredi 18 mars 2016 à 20h30
    Amphithéâtre de la présidence de l´Université de Pau et des pays de l´Adour
  • À Paris le mardi 22 mars 2016 à 19h00
    au Lieu-dit, 6 Rue Sorbier, 75020 Paris
 Et si on s´arrêtait 1h15 sur le bord de la route pour regarder les vaches ?
Les révolutions actuelles en Amérique Latine sont un voyage. Un voyage qui a commencé, il y a presque 30 ans, et auquel se sont joint des millions de citoyens. Si le temps de l´Histoire ne s´arrête jamais, celui de la construction du Socialisme non plus. Il y a toujours une bataille à livrer, un gouffre à franchir, une montagne à escalader, des erreurs á rectifier, des rires, des larmes, et beaucoup de réalisme magique.
 Essayons tout de même de souffler un instant, pour contempler le chemin parcouru depuis les années sombres du néolibéralisme, pour apprendre les mécanismes par lesquels le pouvoir a été conquis et dresser un bilan, parfois critique, de ces dernières années d´une lutte qui suit son cours. 
 Alors que certaines entreprises de communication ont déjà décrété la fin des révolutions et le tant attendu retour de la « démocratie patronale », il convient de nous pencher sur les menaces qui pèsent sur ces processus progressistes et quels sont les réponses apportées par les Peuples latino-américains. Au creux des lignes discursives de cette présentation, quelques malicieux pourront déceler des éléments pratiques pour faire face à la décadence politique en France et en Europe.
Il ne s´agit pas d´une analyse académique, encore moins d´une lecture politicienne, mais d´un regard de l´intérieur, d´un ensemble de photographies appartenant à un modeste voyageur qui a pris le train en marche, il y a maintenant 12 ans; un témoignage pas objectif (car militant) mais honnête (car militant), pour paraphraser le fondateur d´un journal qui n´est désormais ni l´un ni l´autre. Un regard où se croisent et s´entremêlent le politique et l´humour, l´historique et l´anecdote, le calme de la réflexion et la fureur de l´action.
Alors, arrêtons-nous, et regardons brouter les vaches…. 
Romain Migus, écrivain et journaliste, a vécu au Venezuela et en Équateur depuis 2005. Auteur de nombreux articles sur la Révolution bolivarienne et la guerre médiatique ainsi que trois ouvrages en espagnol, disponibles sur www.romainmigus.com : La Telaraña imperial (avec Eva Golinger, Monte Avila, 2008), El programa de la MUD (Barrio Alerta, 2012) et El imperio contraataca (Fondo editorial Wilian Lara, 2013). Collaborateur de La Pluma.net

mercredi 6 mars 2013

Adieu Comandante: Honneur et Gloire à Hugo Chávez !


Hugo Rafael Chávez Frías (Sabaneta, 28-7-1954, Caracas, 5-3-2013)
L'ALBA pleure, par Juan Kalvellido, Tlaxcala







Avant, ils ne pouvaient pas te battre, maintenant tu es invincible ! par Juan Kalvellido, Tlaxcala





vendredi 8 février 2013

Pouvoirs populaires latino-américains : pistes stratégiques et expériences récentes


Texte introductif de Franck Gaudichaud à l’ouvrage collectif « Amériques latines. Émancipations en construction » que viennent de publier les éditions Syllepse, en partenariat avec l’association France Amérique Latine
« Émancipation » (du latin emancipatio, -onis) : Action de s'affranchir d'un lien, d'une entrave, d'un état de dépendance, d'une domination, d'un préjugé


Indiens en marche, Equateur, 2010
Le laboratoire latino-américain1
Depuis maintenant plus d’une décennie, l’Amérique latine apparaît comme une « zone de tempêtes » du système-monde capitaliste. La région a connu d'importantes mobilisations collectives et luttes sociales contre les ravages du néolibéralisme et ses représentants économiques ou politiques, contre l’impérialisme également; des dynamiques protestataires qui ont abouti dans certains cas à la démission ou la destitution de gouvernements considérés comme illégitimes, corrompus, répressifs et au service d’intérêts étrangers à la souveraineté populaire. Le changement des rapports de force régionaux, dans l'arrière-cour des États-Unis, s'est aussi traduit sur le plan politique et institutionnel par ce qui a été qualifié par de nombreux observateurs de « tournant à gauche »2 (Gaudichaud, 2012), ainsi que, dans certains cas, par une décomposition du système des partis traditionnels :
« Au début des années 90, la gauche latino-américaine était à l’agonie. La social-démocratie se ralliait au néo-libéralisme le plus débridé. Seuls quelques embryons de guérillas et le régime cubain survivant à la chute de l’URSS, par une période de pénurie appelée « période spéciale », refusaient la « fin de l’Histoire » chère à Francis Fukuyama. Après avoir été le laboratoire de l’expérimentation du néolibéralisme, l’Amérique latine est devenue, depuis le début des années 2000, le laboratoire de la contestation du néolibéralisme. Des oppositions ont surgi en Amérique latine de manières diverses et désordonnées : des révoltes comme le Caracazo vénézuélien réprimé dans le sang (1989)3 ou le zapatisme mexicain, des luttes victorieuses contre des tentatives de privatisations comme les guerres de l’eau et du gaz en Bolivie ou encore des mobilisations paysannes massives comme celles des cocaleros boliviens et des sans-terres brésiliens. Entre 2000 et 2005, six présidents sont renversés par des mouvements venus de la rue, principalement dans sa zone andine : au Pérou en 2000 ; en Équateur en 2000 et 2005 ; en Bolivie, suite à la guerre du gaz en 2003 et en 2005 et enfin une succession de cinq présidents en deux semaines en Argentine lors de la crise de décembre 2001. À partir de 1999, des gouvernements se revendiquant de ces résistances se constituent. En un peu plus d’une décennie, plus de dix pays basculent à gauche s’ajoutant à Cuba où les frères Castro sont toujours au pouvoir. Portés par ces mouvements sociaux puissants, de nouveaux gouvernants de gauche aux trajectoires atypiques s’installent au pouvoir : un militaire putschiste au Venezuela, un militant ouvrier au Brésil, un syndicaliste cultivateur de coca en Bolivie, un économiste hostile à la dollarisation en Équateur, un prêtre issu de la théologie de la Libération au Paraguay…» (Posado, 2012).
Tarsila do Amaral, Ouvriers, Huile sur toile,150cm x 205cm, 1933. S. Paulo
Même si le thème du « socialisme du 21e siècle » est revendiqué par des leaders comme Hugo Chávez, la région n'a pas pour autant connu d'expérience révolutionnaire au sens d'une rupture avec les structures sociales du capitalisme périphérique, comme ce fut le cas lors de la révolution sandiniste au Nicaragua, avec le castrisme à Cuba ou -dans une certaine mesure- durant le processus de pouvoir populaire pendant le gouvernement Allende au Chili. Pourtant, dans un contexte mondial difficile, marqué par la fragilité relative des expériences progressistes ou émancipatrices, les organisations sociales et populaires latino-américaines ont su trouver les moyens de passer de la défensive à l’offensive, bien que pas toujours de manière coordonnée. En écho aux revendications de celles et ceux « d’en bas » et/ou au début de crise d’hégémonie du néolibéralisme, quelques gouvernements mènent des politiques aux accents anti-impérialistes et des réformes de grande envergure, notamment en Bolivie, en Équateur et au Venezuela. Plutôt qu’un affrontement avec la logique infernale du capital, ces derniers s'orientent vers des modèles nationaux-populaires et de transition post-néolibérale, de retour de l’État, de sa souveraineté sur certaines ressources stratégiques, avec parfois des nationalisations et des politiques sociales de redistribution de la rente en direction des classes populaires, mais tout en maintenant des accords avec les multinationales et les élites locales (ALAI, 2012). C’est aussi dans ces trois pays que se sont déroulées les plus importantes avancées démocratiques sur le plan constitutionnel de cette décennie, grâce à des assemblées constituantes novatrices; un contexte qui offre de nouveaux espaces politiques et une marge de manœuvre accrue pour l’expression et la participation des citoyens. Le « progressisme gouvernemental » revêt aussi parfois les habits d’un social-libéralisme sui generis, particulièrement au Brésil (et de manière différenciée en Argentine), combinant une politique volontariste et des transferts de revenus conditionnés destinés au plus appauvris à d’amples faveurs aux élites financières et à l’agrobusiness. Selon l’économiste Remy Herrera :
« L’intelligence politique du président Lula tient en ce qu’il a résolu un dilemme, tout à fait insoluble pour ses prédécesseurs de droite, dans leur recherche d’un néolibéralisme « parfait » : celui d’approfondir la logique de soumission de l’économie nationale à la finance globalisée, tout en élargissant l’assise électorale au sein des fractions défavorisées des classes exploitées contre lesquelles cette stratégie est pourtant dirigée. L’une des explications réside sans doute dans le mode de gestion de la pauvreté adoptée par l’État : changer la vie des plus miséreux, concrètement, grâce à un revenu minimal, sans toucher aux causes déterminantes de leur misère » (Herrera, 2011).
Dans d’autres pays, les mouvements populaires doivent toujours faire face à des régimes conservateurs et ouvertement répressifs, au terrorisme d’État, aux mafias ou au paramilitarisme, comme c’est le cas dans de grands pays comme la Colombieet le Mexique ou encore au Paraguay (depuis le coup d’État « légal » de juin 2012) et au Honduras (depuis le coup d’État de 2009)4. En pleine crise internationale du capitalisme, la région montre néanmoins des taux de croissance du Produit intérieur brut étonnants (et de plus sur une période longue), qui n'ont pas manqué de susciter l’admiration de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international, mais une « croissance » inégale, essentiellement basée sur une vision neodeveloppementiste, maintenant ou renouvelant le saccage des ressources naturelles, l’extraction de commodities (pétrole, gaz, minerais, etc...) et une forte dépendance à l’égard du marché mondial, par une stratégie « d’accumulation par dépossession » (selon les termes de David Harvey) extrêmement coûteuse sur le plan social et environnemental. Cette stratégie « extractiviste », désormais partagée par l’ensemble des gouvernements de la région, est l’une des principales tensions de la période (Svampa, 2011):
« Au niveau économique, ce modèle, orienté essentiellement vers l’exportation, est accusé d’induire un gaspillage de richesses naturelles largement non renouvelables. Il engendre une dépendance technologique vis-à-vis des firmes multinationales et une dépendance économique vis-à-vis des fluctuations des cours mondiaux des matières premières. Si les prix élevés de ces dernières dans la conjoncture actuelle ont permis aux pays d’Amérique latine de surmonter la crise après 2008, la reprimarisation des économies, c’est-à-dire l’incitation à se retourner vers la production de matières premières non transformées, les rend très vulnérables à un éventuel retournement des marchés. Dans un contexte de mondialisation économique, ce modèle renforce aussi une division internationale du travail asymétrique entre les pays du Nord, qui préservent localement leurs ressources naturelles, et ceux du Sud.
Sur le plan environnemental, les mines à ciel ouvert, la surexploitation de gisements à faible concentration, l’agrobusiness ou encore l’extraction d’hydrocarbures impliquent le rejet de métaux lourds dans l’environnement, la pollution des sols et des nappes phréatiques, la déforestation et la destruction des paysages, des écosystèmes et de la biodiversité. [...] Cette situation crée – presque mécaniquement – les conditions d’une intensification des conflits sociaux. Pour les gouvernements, cependant, la marge de manœuvre est étroite : d’une part, ces économies sont largement fondées sur l’exportation de matières premières et, de l’autre, les gauches récemment arrivées au pouvoir ont besoin pour se maintenir de résultats tangibles à courte échéance en termes de redistribution et de développement social » (Duval, 2011).
Cependant, si l'on compare l'état actuel du continent avec la période des années 70-90, de nombreuses évolutions sociopolitiques sautent aux yeux. Car il faudrait rappeler brièvement « d’où vient » le sous-continent. Après les années 80, les années de la décennie « volée » (plutôt que « perdue »), années de l’explosion d’une dette extérieure souvent illégitime, les années 90 ont été celles des applications sauvages des préceptes du FMI, des ajustements structurels, de la continuation des politiques du consensus de Washington, des dérégulations et des privatisations au nom d’une supposée efficacité économique, aboutissant à la destruction de secteurs entiers des services publics et à une marchandisation des champs sociaux d'une ampleur inégalée. L’Amérique latine a vraiment subi de plein fouet le « néolibéralisme de guerre » (pour reprendre l'expression du sociologue mexicain Pablo González Casanova), son hégémonie puis sa crise, en particulier en Amérique du sud, bien que ce dernier persiste -et se renforce même- dans d'autres pays : au Mexique, en Colombie et dans une partie de l'Amérique centrale. Ces périodes ont souvent succédé à des longues dictatures. Le Chili incarne encore ce capitalisme du désastre des Chicago-boys et de la doctrine du « choc néolibéral »5. Produit des défaites des gauches, de la répression du mouvement ouvrier et de l’imposition de ce nouveau modèle d’accumulation, le sous-continent est le plus inégalitaire de la planète : la région des inégalités sociales, territoriales et raciales. Ceci, malgré une légère amélioration sur ce plan, comme sur celui -de manière plus nette-de la pauvreté (en Colombie, contre-exemple, les inégalités ont continué a augmenter) (Gaudichaud, 2012)6.
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Franck Gaudichaud (coord.), Amériques latines. Emancipations en construction, Paris, Syllepse, collection "Les cahiers de l'émancipation", Paris, 2013 (en partenariat avec France Amérique Latine). 
Pages : 130 pages. Format : 115 x 190. ISBN : 9782849503621
Prix : 8€ + 1.80€ de frais de port par livre
A commander par courriel : falnationale@franceameriquelatine.fr

samedi 29 octobre 2011

Amérique Latine - Croissance, stabilité et inégalités : leçons pour les USA et l’Europe

Les médias dominants et les personnes éduquées décrivent l’Amérique latine comme une région de fréquents coups d’État, de révolutions périodiques, de dictatures militaires, avec une alternance de booms et de fiascos économiques et la présence éternelle du Fonds Monétaire International (FMI) pour lui dicter sa politique économique.
A l’opposé, les mêmes faiseurs d’opinion, ainsi que leurs homologues universitaires, présentent les États-Unis et l’Europe comme des sociétés stables avec des croissances économiques régulières, une amélioration progressive des acquis sociaux, des compromis consensuels pour résoudre les problèmes et des pratiques fiscales saines.
Récemment, au cours de la plus grande partie de la dernière décennie, ces images sont devenues des dogmes idéologiques qui n’ont plus rien à voir avec la réalité. En fait, on peut dire que les rôles se sont inversés : les États-Unis et l’UE sont en crise perpétuelle et l’Amérique latine, au moins pour la plus grande partie, jouit d’une stabilité et d’une croissance qui fait envie (ou devrait faire envie) aux experts de Washington et aux commentateurs financiers. Ce ’renversement des rôles’ est reconnu par beaucoup d’investisseurs et de multinationales étasuniennes, européennes et asiatiques, alors même que les journalistes soi-disant respectables du Financial Times, New York Times et Wall Street Journal continuent de parler de la fragilité, du déséquilibre et d'autres failles de la région -tout en reconnaissant à contrecœur le dynamisme de sa croissance.

Les cercles progressistes sont aussi fautifs, car ils se concentrent sur les ’avancées’ des régimes de gauche mais ignorent les dynamiques souterraines qui affectent la plus grande partie de la région et perdent ainsi de vue les nouveaux points de conflit et de dispute.

Notre projet est de mettre en lumière ce qui oppose le "Nord" (États-Unis/UE) en crise au "Sud" (Amérique du sud) dont la croissance est soutenue. On se demandera s’il est possible de transférer l’expérience de l’Amérique du sud au nord et quels ’ajustements structurels’ seraient nécessaires pour extirper les États-Unis et l’UE de la spirale néfaste de la stagnation et des violents conflits qui ont caractérisé ces deux régions pendant la plus grande partie de la dernière décennie.

mardi 28 septembre 2010

Ressources naturelles d'Amérique latine et des Caraïbes :Le dernier piège de la Banque Mondiale

 par Raúl Zibechi, 25/9/2010. Traduit par  Estelle & Carlos Debiasi, édité par  Armando García
Il ne sera pas simple de sortir de l’extractivisme. On n'y arrivera jamais sans un profond débat qui anticipe la confrontation indispensable avec un modèle prédateur. Ce n’est pas que le récent rapport de la Banque Mondiale (BM), "Les ressources naturelles de l’Amérique latine et des Caraïbes : au-delà de la prospérité et de la crise ?" n’apporte rien d’intéressant, mais qu'il est plutôt une plaisanterie de mauvais goût.


La diffusion du récent rapport de la Banque Mondiale (BM), "Les ressources naturelles de l’Amérique latine et des Caraïbes : au-delà de la prospérité et de la crise ? " (le 13 septembre 2010) [texte en espagnol] pourrait contribuer au débat urgent et nécessaire sur les stratégies les plus adaptées pour sortir de la pauvreté et de la dépendance, affronter les problèmes sociaux et environnementaux que l’extractivisme génère, et profiter d’une articulation favorable pour conduire le continent vers une rupture avec le néolibéralisme. Ce n’est pas que le rapport de la BM n’apporte rien d’intéressant, mais qu'il est plutôt une plaisanterie de mauvais goût. Beaucoup de gouvernements de la région, y compris les soi-disant « progressistes », paraissent cependant être d’accord avec certaines de ses conclusions les plus néfastes. La vice-présidente de la BM pour l’Amérique latine et les Caraïbes, Pamela Cox, préface le rapport en disant que les pays de la région « sont devenus parmi les plus prospères du monde grâce à la production de métaux précieux, de sucre, de caoutchouc, de grains, de café, de cuivre et de pétrole ». Elle nie que l’exploitation des ressources naturelles ait été une malédiction pour la région, et croit, vu les prix élevés du marché, que les perspectives à court terme sont « flatteuses ». Le rapport lui-même assure que « les exportations de biens du secteur primaire ont toujours activé les économies de la région en remplissant les coffres des gouvernements », et que l’Amérique latine « peut tirer des bénéfices significatifs, étant la mine et le grenier » des économies centrales. Bien sûr, il ne prend pas en compte le fait que les bénéficiaires principaux aient été les grandes multinationales et les pays du nord -jamais les exportateurs de matières premières. L’objectif monétariste de la BM l'amène à proposer que les « bénéfices extraordinaires » obtenus par les exportations de minerais, d’hydrocarbures et de produits agricoles -dont les prix restent très élevés sur les marchés globaux- soient utilisés pour réaliser une économie « à utiliser ensuite pour stabiliser la dépense de ces biens en temps de crise », comme le soutient le rapport signé notamment par Augusto de la Torre, économiste en chef de la banque mondiale pour l’Amérique latine et les Caraïbes. Il condamne les nationalisations des entreprises qui exploitent des ressources naturelles, et consacre une partie substantielle de ses conclusions à indiquer les chemins les plus adaptés pour « éviter ou minimiser les impacts sociaux et les conflits associés aux industries d’extraction ». De cette façon, le principal think tank néolibéral estime que c’est précisément le prix international élevé des commodities qui permet à la région de traverser la crise mondiale avec succès -et non son éloignement croissant avec les recettes de la BM elle-même et du FMI [Front Monétaire International]. La forte dépendance des exportations de matières premières que supposent 24 % des revenus fiscaux en moyenne dans la région -avec des cas atteignant 49 %- est un sujet de profonde inquiétude. On ne discute même pas de la détérioration des termes d’échange, ni de la différenciation des exportations, de l’industrialisation et de la souveraineté alimentaire, des questions stratégiques escamotées sous la vague d’exportations de produits du secteur primaire qui surexploitent les biens communs tels que l'eau. Ce n’est pas la première fois que la BM fait de faux pronostics, et qu’elle se lave les mains par la suite quand arrivent les résultats désastreux. Vers le milieu des années 90, la BM faisait la promotion de la privatisation des retraites arguant que le vieillissement de la population mènerait le système public à la faillite. Selon un rapport récent du quotidien El País, le Cercle d’Entrepreneurs de l’Espagne, s’appuyant sur les analyses de la BM, assurait en 1996 que le système public de retraite connaîtrait un déficit de 10 % du PIB pour l’année 2000 -quand il accumule en réalité une épargne équivalente à 6% du PIB et que les retraites privées sont au bord de la faillite (El Pais, 19/9/10). Il y a en effet, aux États-Unis, 31 États qui peuvent tomber à court d'argent pour le paiement des retraites privées, tandis qu’au Royaume-Uni celles-ci ont perdu 37 % de leur valeur. En Amérique latine, les voix appelant à un débat de fond sur l’intensification de l’exploitation naturelle continuent à être minoritaires et -ce qui est pire- ne sont habituellement pas écoutées dans les sphères officielles. Ni même dans les gouvernements qui se proclament opposés au capitalisme. Dans la campagne électorale vénézuélienne pour le renouvellement de l’Assemblée Nationale à la date du dimanche 26 [septembre 2010], la droite a réussi à polariser le débat en posant la question de la sécurité en ville. Les diverses gauches n'arrivent cependant pas à remettre en question un modèle de développement toujours dépendant de l’exportation pétrolière -situation inchangée depuis l'arrivée d'Hugo Chavez à la présidence, en 1999. C’est sur ce point que l’inertie rapproche les faits concrets des tricheries de la BM. Tandis que le capital mondial élabore des propositions pour approfondir le modèle, les propositions alternatives continuent à ne pas être écoutées. Elles comprennent néanmoins un vaste éventail : depuis le néo-développementisme jusqu’au sumak kawsay ou le Bien Vivre estampillé dans les constitutions de l’Équateur et de la Bolivie. L’économiste Jorge Katz, qui s’inscrit dans la première tendance, vient de dénoncer, au congrès annuel de l’Association d’Économie pour le Développement de l’Argentine, que le décile le plus riche de son pays a un revenu per capita aussi grand que le même décile dans les pays anglo-saxons -alors que la population à plus petit revenu est 20 fois plus pauvre que les couches les plus pauvres des pays développés. L’actuelle phase du modèle néolibéral, bien que certains préfèrent parler de « post-néolibéralisme » lorsqu'il s’agit de gouvernements progressistes, ne peut que générer une polarisation économique et sociale. Dans ce cas, le progressisme interpose des politiques sociales qui ne peuvent modifier la distribution des revenus, mais qui sont liées à l’exploitation de la nature. Il ne sera pas simple de sortir de l’extractivisme. On n'y arrivera jamais sans un profond débat qui anticipe la confrontation indispensable avec un modèle prédateur.

vendredi 5 février 2010

L’empire contre-attaque

par Victor FLORES OLEA, La Jornada, 1/2/2010. Traduit par  Gérard Jugant, édité par Fausto Giudice, Tlaxcala
Original :
El imperio contrataca

On a célébré l’effort des pays latino-américains qui « prennent leurs distances » de l’empire, cherchant de nouvelles voies vers un développement qui soit indépendant et distinct, et authentiquement démocratique, sans se limiter à répéter la démocratie usaméricaine, captive des grands intérêts économiques qui mettent sous leur coupe les institutions du pays.
L’histoire de nos peuples a exigé cette distance et même une une rupture: depuis les pratiques d’exploitation dans le style de la United Fruit Company, jusqu’aux nouvelles formes de domination des systèmes financiers, en passant par l’horreur des dictatures militaires.
La distance a aussi commencé à se construire par de nouvelles institutions. Les principales: l’Union des Nations Sud-Américaines (Unasur), l’Alternative Bolivarienne pour les Amériques (Alba), la Banco del Sur, qui cherchent l’autonomie politique et économique de nos pays, surtout dans le sud, et à s’éloigner de la domination du Consensus de Washington, du Fonds Monétaire International (FMI) et de la Banque Mondiale (BM).
Mais l’empire ne tolère aucune dissidence dans ce qu’il prétend être sa “zone naturelle” d’influence (son “arrière-cour”). Il y a beaucoup de signaux qui l’indiquent. Bien sûr que face aux profonds processus sociaux et démocratiques qu’a vécu une bonne partie de l’Amérique latine dans les deux dernières décennies récentes, il n’est pas facile d’intervenir par le vieux mode des “coups d’état” du temps de la guerre froide. Aujourd’hui cette forme d’intervention paraît exclue; néanmoins, il est clair qu’il n’est pas acceptable pour l’empire que la région se “soustraie” à sa domination, fut-ce par la voie de la décision populaire et démocratique de nos nations. Henry Kissinger, ce génocidaire qui obtint le Nobel de la Paix, a dit en se référant au Chili de Salvador Allende: “Il est inacceptable que le socialisme arrive au Chili, ce qui montre simplement l’irresponsabilité du peuple chilien”. La sentence demeure en vigueur pour les leaders de l’empire.
La Quatrième Flotte continue à exister et un traité international récent concède aux USA le droit d’installer sept bases militaires en Colombie: leurs militaires et civils ont le droit d’entrer et de sortir librement du pays, avec une quelconque pièce d’identité, sans passeport, et les Usaméricains résidant en Colombie ne peuvent être déférés devant les tribunaux civils ou militaires, quel que soit leur délit, et avec le plein droit de rentrer ou de sortir du pays toute cargaison sans contrôle des autorités: une véritable annexion et une réelle impunité.
Le blocus économique de Cuba demeure reste inchangé pour l’essentiel, malgré le vote massif année après année de l’Assemblée Générale des Nations Unies, exigeant qu’il soit levé (en 2009, la totalité des pays du monde, à l’exception des USA, d’Israël et de la Micronésie). Et voilà aujourd’hui l’occupation de fait de Haïti, en raison de la tragédie, par des milliers de marines. De toute évidence, l’occupation armée ne s’explique pas par des motifs de sécurité ou d’“aide humanitaire”, mais il s’agit clairement de s’assurer le contrôle territorial de la zone. En pratique, il s’agit d’une nouvelle base militaire usaméricaine qui n’abandonnera pas sa position.
Il y a deux modèles récents qui définissent le style de contre-attaque de l’empire: celui du Honduras, avec un coup militaire “légalisé” post factum, et celui du soutien politique et économique à l’ opposition de droite, comme cela s’est passé il y a à peine une semaine au Chili.
Allan McDonald, Tlaxcala
Dans le premier cas, il a été clair que l’appui aux putschistes “légaux” de Tegucigalpa, simplement par le fait que les USA n’ont jamais condamné clairement le coup, mais bien “laissé faire et passer” jusqu’à ce que se consolide pour eux une commode transition. Bien que d’innombrables pays latino-américains et européens aient retiré leur représentation diplomatique, le gouvernement d’Obama a su “dissimuler” et son silence tactique a permis la permanence de ce “coup” avec des prétendues bases juridiques et la consolidation d’un nouvel ordre “légal” dans ce pays.
Dans le cas des élections chiliennes le retour au Palais de la Moneda du pinochétisme le plus extrême semble proprement incroyable. Pour beaucoup, l’exemple de stabilité et de progrès était donné par la Concertation et par le socialisme chilien; nous voyons maintenant que le résultat des dernières élections doit être placé dans la colonne négative de la Concertation, puisque son abandon de toute perspective de réformes sociales profondes a favorisé le retour au pouvoir de l’extrême-droite. Bien sûr, le néolibéralisme continuait de manière rampante. Atilio Boron l’a dit: “ on préfère toujours l’original à la copie”.
Dans ces deux cas, par des voies différentes, mais avec le consentement de Washington, des régimes réformistes on été éliminés et c’est une régression pure et simple aux systèmes oligarchiques qui est imposée. La contre-attaque impériale d’aujourd’hui, contre le réformisme latino-américain, est un signal de très mauvais augure et est le motif principal de notre préoccupation.
Les pays qui ont avancé par le chemin de l’émancipation de l’empire, et plus encore ceux dont l’horizon est plus radical que le simple réformisme, constituent aujourd’hui la principale préoccupation latino-américaine. L’empire ne s’intéresse pas fortement à l’Amérique latine, disent certains probablement avec raison, puisqu’elle n’est pas en tête de ses ordres de priorité, mais cela ne signifie pas qu’il nous ait oublié dans son ambition de domination mondiale. Nous ne pouvons oublier que les yeux de l’aigle sont aussi posés dans son “arrière-cour”, ni que seules les luttes populaires et l’unité pourront arrêter ses ambitions sans frein.

vendredi 6 novembre 2009

Un coup d'État se prépare-t-il au Paraguay ?

par Matilde SOSA, 3/11/2009

« En ce moment, un coup d'État politique et militaire est en préparation au Paraguay, fomenté par le Congrès d'extrême-droite, à travers une mise en accusation du président Fernando Lugo de violer la Constitution et d’entreprendre rien de plus que la bataille contre la pauvreté qu'ils interprètent comme étant une lutte de classes » : c’est ce qu’a déclaré Carolus Wimmer, vicePprésident du groupe vénézuélien au Parlement latino-américain, à l'Agencia Bolivariana de Noticias.

Selon certaines versions de la presse paraguayenne, le président de la Commission des Affaires Constitutionnelles du Sénat, Hugo Estigarribia, qualifie d’« irresponsables » ces déclarations faites par le député vénézuélien. Selon le sénateur paraguayen les appréciations du Vénézuélien sont « très loin de la réalité » car si l’on se réfère au jugement politique, « ce n’est pas un putsch militaire mais un moyen constitutionnel pour écarter Lugo de son poste ».

Ce dernier argument, dévoile, pour le moins, l’intention certaine de destituer Lugo et permet alors de donner raison à l'affirmation du député vénézuélien C. Wimmer.

mardi 3 novembre 2009

Les peuples originaires exigent un contrôle indigène sur les organismes de développement en Amérique du Sud

Ils dénoncent l’impact négatif de 510 mégaprojets sur la société, l’environnement et la culture
par Rosa ROJAS, La Jornada, 1/11/2009 . Traduit par Gérard Jugant, révisé par Michèle Mialane. Édité par Fausto Giudice, Tlaxcala
Original : Control indígena, exigen pueblos originarios para organismos de desarrollo en Sudamérica

La Paz, 31 octobre. La Coordination Andine des Organisations Indigènes, qui regroupe les peuples originaires de Bolivie, Equateur, Pérou, Colombie, Chili et Argentine, exigera lundi prochain devant la Commission Interaméricaine des Droits Humains (CIDH) la restructuration stratégique de l’Initiative pour l’Intégration Régionale Sud-Américaine (IIRSA) “sous la surveillance des  indigènes au niveau  local, national et régional, dans le cadre de l’Union des Nations Sud-Américaines (Unasur)”.
Ceci parce que les 510 projets pharaoniques  - dont le  financement s'élève à 70 milliards de dollars - qui impliquent  les 12 pays sud-américains, ont des impacts sociaux, environnementaux et culturels négatifs  sur leurs communautés et que leur réalisation viole le droit des peuples, communautés et personnes indigènes à être consultés au préalable pour savoir s'il donnent ou non leur accord  en considération du respect de leurs priorités de développement.
L’ IIRSA a été créée en août 2000 par un accord conclu lors de la réunion des Présidents des pays sud-américains. Son objectif central est de d'interconnecter les infrastructures sud-américaines pour faciliter l'exploitation des ressources naturelles.
Une délégation de la Coordination Andine des Organisations Indigènes (CAOI), sous la conduite de son coordinateur Miguel Palacín Quispe, participera à Washington à une audience devant la CIDH, au cours de laquelle elle présentera le document “Intégrer les affaires et désintégrer les peuples? Pour une restructuration stratégique de l’IIRSA”, dans lequel elle propose, pour exercer la surveillance, la création d’un Conseil Consultatif des Peuples Originaires.
Ce Conseil  serait constitué par des représentants des peuples indigènes, des paysans riverains des projets , métis et afro-américains des pays sud-américains impliqués parallèlement dans l’IIRSA et l’Unasur, étant donné que “c'est au sein de l’Unasur et dans son cadre que s'est créée l’IIRSA et  c’est là qu'elle compte aujourd’hui comme hier  sur un soutien politique au plus haut niveau”.
La restructuration stratégique de l’IIRSA devra se faire “sur la base de la consultation et du consentement préalable, libre et informé des peuples indigènes sur chacun des projets pharaoniques de cette initiative. La réalisation de ces projets doit être suspendue jusqu'à ce que cette consultation soit achevée ”, affirme la CAOI.
Il faut souligner en outre que la mise en oeuvre de cette initiative ne doit pas être laissée aux mains des institutions financières -Banque Interaméricaine de Développement, Fonds Financier pour le Développement du Bassin de la Plata et  Banque Nationale de Développement du Brésil- mais doit relever  de l’Unasur, en accord avec ses engagements déclarés à respecter l'environnement et les diverses cultures des nations qui la composent.
Dans le document cité, auquel a eu accès La Jornada, la CAOI définit l’IIRSA comme « un programme stratégique mégapolitique visant à restructurer en profondeur l'Amérique du Sud pour l'entraîner dans la mondialisation  sous la direction du capital transnational basé au Brésil ».
Parmi les projets inclus de l’IIRSA figurent la construction de routes,  l'aménagement de cours d’eau navigables, l'installation de centrales hydroélectriques et d'infrastructures de transport de l’énergie électrique, d’oléoducs, de gazoducs, de communication électronique    et d’autres modalités d’ “intégration” autour de 12 axes qui relient les régions liées avec l’Atlantique et le Pacifique, et « visent à satisfaire les appétits des gros investisseurs dans les zones d’implantation des projets qui servent avant tout les intérêts du grand capital brésilien associé au capital international”.
La CAOI signale que “l’Amérique du Sud compte plus de mille peuples et communautés et 30 millions d’indigènes qui exigent de savoir où nous mènent neuf années d’IIRSA,  dont le financement s'élève à plus de 70 milliards de dollars, abondés principalement par la dette extérieure des citoyens de 12 pays sud-américains, dont les peuples indigènes et les communautés”, générée par les institutions financières mentionnées ci-dessus.
Elle critique  la tournure “économiciste” de l’initiative, qui ne prend pas en compte les perspectives de “développement local”, du moyen ou petit capital, et encore moins des peuples et communautés indigènes, mais qui, en  exigeant une rentabilité élevée pour les investissements dans les  grands projets, donne la priorité au  grand business  en lien  avec le commerce des minerais  et hydrocarbures , du soja et du bois, à l'agroindustrie, aux agrocarburants et à l'eau - c’est-à-dire la marchandisation de la vie en général”.
Cette vision, ajoute-t-elle, se traduit en 11 axes d'investissements prioritaires qui réorganisent et reconfigurent l’Amérique du Sud, ses marchés internes, sa croissance urbaine et économique “de même que les zones où s'accroissent la mise en danger de la biodiversité, l’invasion et la colonisation territoriale, les déplacements de  population et les chocs culturels”.
Elle remarque que les projets spécifiques “sont débattus  entre les technocrates de la finance, les firmes de constructeurs et les autorités nationales”. Etant donné le caractère bi- ou tri-national de ces projets, les arrangements se font à l’échelle internationale. Bien que les travaux et impacts concernent directement les niveaux communal, local et provincial, les instances correspondantes ne sont pas prises en compte, mais sont "simplement informées des projets choisis" et, en plus,  on prévoit bien des espaces pour des objections de détail  “mais qui n'impliquent  en aucun cas une modification en profondeur de projets déjà arrêtés par l'oligarchie technocratique internationale dont nous parlions plus haut”.
Elle affirme aussi que si les finances et les décisions sont globales, que tout le reste est abandonné au niveau national. “L’IIRSA crée un gigantesque fonds de financement global qui fait main basse sur l’Amérique du Sud, mais les impacts socio-environnementaux qu’il génère, sont externalisés et remis aux bons soins des coordinations nationales, qui -on l’a vu au Pérou - organisent beaucoup d’ateliers supposés ‘participatifs’,  mais sans les communautés et organisations des peuples originaires”.

Comment l' IIRSA se représente l'Amérique du Sud :
IIRSA considère le continente sudaméricain comme un territoire discontinu composé de cinq îles et prévoit plus de 350 projets en matière de transports, énergie et communication devant constituer 10 axes ou ponts d'intégration entre les territoires.




Les 10 axes d'intégration et de développement

Agenda de la mise en œuvre convenue pour l’IIRSA