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mercredi 8 septembre 2010

Les révoltes qui viennent : le message de Maputo

par FG, Basta!
Les 3 jours de grèves et de manifestations - évidemment qualifiées d'émeutes - qui ont frappé Maputo, la capitale du Mozambique, sont une leçon qui mérite d'être méditée.
Photo Antonio Klaus

13 morts, 400 blessés par balles, 300 arrêtés : c'est le côté attristant du bilan de la répression de la révolte.Le côté réjouissant, c'est que les augmentations de prix des produits de première nécessité, à commencer par le pain - dont l'annonce avait déclenché la révolte - viennent d'être annulées par le gouvernement du président Armando Guebuza, réélu en octobre 2009 avec le slogan : "Avec Guebuza, nous vaincrons la pauvreté". Une chose est sûre : l'ancien combattant du  FRELIMO a vaincu SA pauvreté, puisqu'il est aujourd'hui l'un des hommes les plus riches du Mozambique. 
Il n'a fait que poursuivre sur la lancée de son prédécesseur Chissano, vendant les richesses du pays - ses terres, son sous-sol - au plus offrant et encaissant de substantielles commissions au passage. Les derniers acheteurs en lice sont le Brésil et la Chine, qui vont "investir" des milliards de dollars dans le pays, riche en pétrole, en gaz et en titane.
Les révoltés sur lesquels l'armée et la police ont tiré à balles réelles, une fois épuisées leurs réserves de balles en caoutchouc, étaient pour la plupart des jeunes précaires, actifs dans le secteur informel, du quartier de Bagamoyo et des autres quartiers populaires. Ils ont organisé et coordonné leurs manifs grâce à leurs téléphones portables. Le portable est désormais la nouvelle arme du pauvre dans les grandes villes d'Afrique et d'ailleurs.
Le Mozambique est dépendant de l'Afrique du Sud, d'où sont importés les produits alimentaires. Les augmentations de prix décidées puis annulées étaient provoquées par la dépréciation de la monnaie mozambicaine par rapport au Rand sud-africain.Plus généralement, à l'échelle internationale, les prix des céréales sont en train d'augmenter vertigineusement, suite à deux catastrophes très peu naturelles : les incendies en Russie (conséquence directe de la privatisation de celles-ci) et les inondations au Pakistan. Le président Poutine a décrété l'embargo sur les exportations de céréales russes. Les inondations dans la vallée de l'Indus au Pakistan ont détruit la récolte de riz. D'où une augmentation des prix. Des protestations avaient déjà eu lieu en Égypte. En Chine, le gouvernement a menacé de représailles les commerçants qui profiteraient de la situation pour faire décoller leurs prix de vente.


 Queue pour le pain à Maputo
Le Mozambique n'est pas pauvre, c'est son peuple qui l'est. Le gouvernement a annoncé qu'il maintiendrait le prix de pain à son niveau précédent par des subventions. Il en a les moyens, il lui suffit de puiser dans les royalties du pétrole et de diminuer les dépenses faramineuses engagées pour l'équipement militaire.
Tout gouvernement capable d'un minimum de réflexion et de prévision devrait le savoir : le meilleur moyen de déclencher des émeutes, c'est d'annoncer une augmentation du prix du pain, et cela on le sait depuis l'Antiquité romaine.
Les "camarades" du FRELIMO auraient pu faire l'économie de cette effusion de sang en décidant tout simplement d'augmenter les subventions à la production et à la commercialisation du pain.
Plus largement, ils devraient réfléchir aux moyens d'assurer la souveraineté alimentaire du pays. Pour cela, ils devraient cesser de brader les terres aux marchands mondialisés et mettre en route un programme de réactivation de l'agriculture paysanne vivrière. Sinon, ils ne feront que creuser leur propre tombe.

jeudi 14 janvier 2010

Les contes de la mondialisation capitaliste- 1 : les salariés arabes des Vikings n'iront pas à Poitiers

Épisode 1
27/12/2009
Une usine d’«AutoLiv» à Nadhour complètement détruite par un incendie


« Un grave incendie a complètement détruit, hier, à Nadhour, Gouvernorat de Zaghouan l’usine suédoise «AutoLive» spécialisée dans la construction des accessoires de voitures. L’incendie qui c’est déclaré vers 15h a ravagé la totalité du bâtiment qui s’étale sur plus de 3 mille mètres carrés », rapportent les medias tunisiens aujourd’hui.
Incendie Nadhour
Images de l’incendie publiées par le journal « Al Ousbouai »
L’usine qui employait 700 personnes été fermée ce jour là  pour vacances annuelles qui ont commencé le même jour  dans lequel  l’incendie s’est produit.
Cet incendie coïncide avec l’annonce de l’équipementier automobile suédois Autoliv, lundi dernier 21 décembre que la production de son usine d’assemblage des ceintures de sécurité implantée en Tunisie sera transférée en Turquie ce qui se traduira par la perte de 650 postes. Il s’agit précisément de l’usine du Nadour que cet incendie vient de détruire complètement.
L’équipementier automobile suédois Autoliv  compte 5 sites de production qui emploient 1750 personnes en Tunisie.
Épisode 2
05/01/2010
Tunisie - 30 salariés tunisiens d'Autoliv à Poitiers

Après le gigantesque incendie qui s’est déclenché, samedi 26 décembre 2009, à l’usine d’Autoliv de Nadhour, quelque 30 employés tunisiens seront temporairement transférés à Poitiers pour soutenir et coopérer avec leurs collègues français, selon un communiqué de presse publié par Autoliv, lundi 4 janvier 2010. C’est ce qu’a rapporté Business Wire sur son site.
Le processus d'habillage en cuir restera à Nadhour dans un bâtiment loué, en utilisant la main-d'œuvre existante. Ces opérations de couture emploient 700 personnes.
Autoliv a déjà commencé les plans pour reconstruire l'usine de volant en Tunisie. L’usine devrait être, de nouveau, pleinement fonctionnelle d'ici l'été 2010.
Les machines de fabrication ont été détruites par le feu. Toutefois, pratiquement tous les outils essentiels ont été extraits des décombres après l'incendie et sauvés grâce à des mesures rapides et résolues des employés d’Autoliv. Plus d’une centaine d’outils pour le moulage et la mousse, récupérés sur les lieux, ont été expédiés à l'usine européenne principale d’Autoliv à Poitiers, en France. Après avoir effectué les tests finaux, ces outils et ces machines sont actuellement en production à grande échelle.
Jan Carlson, président et chef de la direction d'Autoliv a indiqué : «Nos équipes en France et en Tunisie ont fait un travail fantastique, sans relâche depuis l'incident (…). Malgré l’incendie, nous nous engageons à livrer les produits à temps à nos clients».
«Nous sommes très reconnaissants envers nos clients, les autorités gouvernementales et bien sûr nos employés qui ont tous travaillé ensemble pour résoudre cette situation très difficile», a ajouté M. Carlson.
Rappelons qu’Autoliv est un équipementier automobile suédois. Il s’agit du numéro un mondial des airbags et ceintures de sécurité. La société possède une assurance qui devrait couvrir tous les dégâts matériels causés par le feu.

Épisode 3
12/01/2010
Un préfet français demande à ce que l'on refuse les visas des salariés tunisiens d’Autoliv

Le préfet de la Vienne (centre-est de la France) a refusé à l'entreprise suédoise Autoliv de faire venir dans sa région des ouvriers tunisiens, apprend-on de différentes sources de presse française.
Il s’agit de la trentaine d’ouvriers dont l’usine a été ravagée fin décembre par un incendie.
«Dès que le préfet, Bernard Tomasini, a lu ça dans la presse, il m'a demandé d'appeler le consulat de France en Tunisie pour stopper la délivrance des visas», a expliqué à la presse le secrétaire général de la préfecture Jean-Philippe Setbon.
«L'argument est simple. Il y a un an, Autoliv a licencié une centaine de personnes. Ils ont fait le choix de délocaliser en Tunisie. Très bien. Mais qu'ils l'assument et qu'ils ne fassent pas venir ici des travailleurs tunisiens» a ajouté le secrétaire général.
«Nous sommes opposés à la venue d'employés tunisiens puisque ici, il y a des gens compétents qui ont besoin de travail», a déclaré pour sa part Patrice Gonnet, délégué CFDT.
Il y a de quoi s’interroger sur les prérogatives du préfet et s’il a le droit de demander au consulat à Tunis de ne pas délivrer les visas nécessaires à cette entreprise suédoise.

Ce geste politique (à la veille d’élections régionales en France) reflète très bien la mentalité de certains responsables français et ne saurait, en tout cas, être bien interprété de ce côté de la Méditerranée.


R.B.H.
À suivre...