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mercredi 21 décembre 2011

Pogroms et massacres racistes en Italie : une sombre actualité lourde de menaces

par Annamaria Rivera, 15/12/2011. Traduit par  Fausto Giudice, Tlaxcala
En quelques jours, le ventre raciste de l'Italie a enfanté un pogrom raciste contre une communauté rom et un carnage de citoyens sénégalais accompli sur le mode du Ku Klux Klan.

Le premier événement s'est produit dans un quartier populaire par excellence, Le Vallette de Turin, le second entre la banlieue et le centre de Florence, une ville réputée tolérante, démocratique, civilisée par excellence. Les victimes du pogrom turinois ont été les boucs émissaires de toujours, ceux qui – à en croire les sondages et enquêtes – occupent le premier rang dans l'échelle de l'antipathie, du mépris et de la xénophobie.
En revanche, le massacre de Florence a frappé ceux qui, parmi les migrants, sont les plus «intégrés», acceptés, sinon aimés.
Dans les deux cas, l'information s'est comportée en fonction de cette compulsion de répétition, qui est l'une des caractéristiques du cercle vicieux du racisme italien. De fait, même un quotidien progressiste comme La Repubblica semblait dans un premier temps donner crédit à la fausse accusation de viol contre les Roms, concoctée par une jeune «pécheresse» au cerveau bourré de stéréotypes racistes (“ils puaient”, “il y en avait un qui avait une grosse cicatrice sur le visage” ...). Et ce n’est pas là l’exemple le plus scandaleux. La Stampa a fait bien pire. En fait, l’article de faits divers du 10 décembre,  signé par Massimiliano Peggio (le jeu de mots est involontaire – peggio signifie pire, NdT -), était titré : “Elle met en fuite deux Roms qui ont violé sa sœur. La victime avait seize ans: chasse aux agresseurs”.
Même face à une  violence meurtrière aussi ouvertement raciste que celle de Florence, un autre journal, La Nazione, n’a pas su résister à la tentation de parler de “règlement de comptes”.

Florence, 17 décembre 2011: manifestation contre le massacre

La presse grand public ne s’était pas comportée autrement après le massacre par la Camorra de six travailleurs sub-sahariens, commis en 2008 à Castelvolturno : les premiers articles de faits divers avaient tenté de suggérer la thèse d'un affrontement entre clans [sous-entendu mafieux, NdT] de différentes nationalités. En ce mois de septembre 2008, seule une minorité d'Italiens – les habituels antiracistes: intellectuels, militants, médias de niche – s’était alarmée pour l'escalade de violence raciste qui en quatre jours avait fait sept victimes, d'un bout à  l’autre de la péninsule: en plus du massacre de Castelvolturno, Abdul Guiebre, un Italien de dix-neuf ans de parents burkinabés, avait été assassiné à Milan.

Aujourd'hui, l'histoire se répète: les pogroms contre les Roms - au sens propre du terme, même si pour l'instant ils n’ont pas provoqué de morts – se produisent sur le même mode dans le Sud comme dans le le Nord de l'Italie, souvent dans des quartiers autrefois 'rouges' et ouvriers, souvent inspirés aussi par des intérêts économiques assez concrets. Aux Vallette la mèche symbolique qui a déclenché le feu réel du campement rom a été une accusation tirée du manuel du bon raciste antigitan.
La légende qui dans un autre quartier populaire, Ponticelli, à Naples, également en 2008, a servi de détonateur à une attaque raciste obligeant tous les Roms de la zone à fuir, était encore plus classique : la fille d'un camorriste avait accusé une Rom  de seize ans d’avoir tenté d’enlever son bébé. La pauvre fille fut condamnée plus tard à une peine sévère par des juges qui avaient peut-être aussi été élevés par des parents qui les menaçaient : «Ne fais pas le vilain, sinon les Gitans vont t’enlever !». Dans les deux cas le pogrom se déroule selon un scénario typique où le protagoniste est une foule en colère comprenant des petites familles, femmes et enfants inclus, selon ce que rapportent les médias.
Le massacre de Florence est plus ”anormal“, du moins dans le contexte italien. Et il menace de marquer un tournant dans les deux décennies jalonnées de crimes racistes qui commencent en 1989 avec l'assassinat de Jerry A. Masslo. Et pas seulement parce qu’il a été commis par un tueur, Gianluca Casseri, ouvertement raciste, nazi, négationniste, adhérent ou de toute façon fréquentateur habituel de la Casa Pound*, les «fascistes du troisième millénaire», trop souvent protégés et légitimés par la  droite «respectable», et dans certains même banalisés par les milieux de gauche. Ce qui rend ce massacre encore plus alarmant, c'est qu’il a été commis non pas dans un environnement marginal, dégradé, caractérisé par des conflits de voisinage, mais au cœur de Florence, avec froideur et détermination, sans aucune personnalisation des cibles, choisies simplement parce que “nègres” et donc bons à abattre comme du gibier.
Par ailleurs, entre l’ embuscade meurtrière de Place Dalmazia et la nouvelle tentative de massacre à San Lorenzo passent plus de deux heures: c'est seulement après que “les enquêteurs se lancent à la poursuite du meurtrier”, pour parler comme les journaux. Quelque chose de semblable est arrivé aux Vallette: la police est arrivée seulement après la fin du défilé et du pogrom. En aurait-il été de même si un "extracommunautaire", comme ils disent, s’était lancé dans une chasse aux blancs, armé d'un magnum 357? Ou si des "Tziganes" s’étaient mis en marche pour mettre le feu à un quartier aisé de Turin?
Gianluca Casseri et ses petits camarades de Casa Pound

Aujourd'hui, on essaie de faire passer Casseri pour un fou isolé, alors qu'en fait, il était un collaborateur régulier d'innombrables sites web et journaux en ligne, en compagnie de gros bonnets de la «pensée» d'extrême-droite. Parmi ces derniers, Gianfranco De Turris, connu pas tant comme un «spécialiste» de l'œuvre de Julius Evola, que comme rédacteur en chef culturel du journal radio de la  RAI. Il n’y a pas d’ entreprise ‘culturelle’ du tueur suicide (ou suicidé ?) qui ne voient les deux hommes associés.  Casseri et de Turris sont côte à côte dans le Centre d’études La Rune (qui a désormais, montrant peu de respect pour le défunt, effacé ses articles). L'échange de deux Tous deux échangent les rôles de conférencier et de modérateur dans de nombreux colloques et rencontres (voir, avant qu’ils la suppriment la page http://ko-kr.facebook.com/note.php?note_id=335652373875). Et l'un, de Turris, a écrit les préfaces ou présentations des œuvres de l'autre.


Gianfranco de Turris

Un fou isolé ? Qu’on nous explique alors comment il se fait qu’ un journaliste de la RAI ait fréquenté un tel fou, et que la RAI explique aux citoyens italiens pourquoi elle a (ou a eu pendant de nombreuses années) comme rédacteur en chef quelqu’un qui, en plus de commenter et de diffuser des merdes néo-nazies, avait des fréquentations aussi dangereuses. Casseri était entre autres un collaborateur actif du site Stormfront, avatar du Ku Klux Klan. La référence au style cagoulard du carnage florentin n’est donc nullement métaphorique.

Pour conclure : depuis de nombreuses années la soussignée tente de mettre en garde contre la soudure dangereuse qui s’est opérée en Italie entre racisme institutionnel et populaire, grâce à l’œuvre «pédagogique» menée par la Ligue du Nord ainsi que par des dirigeants et administrateurs de toute tendance, avec la complicité active d’une bonne partie des médias et la connivence, explicite ou implicite, d'une certaine élite. Aujourd'hui, il est évident que le cumul de paquets de sécurité, de lois et règlements visant à discriminer, inférioriser, harceler les immigrants et les Roms a également atteint son deuxième objectif: allumer les torches de foules furieuses et armer le bras de tueurs racistes. Avec l'avancée de la crise, du chômage et de la paupérisation des masses, de la désintégration sociale et du ressentiment collectif qui devient racisme, nous en verrons de plus en plus. A moins que le conflit social ne s’engage dans le bon chemin de la lutte contre les puissances financières et économiques responsables d'une telle catastrophe, et contre leurs cliques d’affairistes incrustées dans les institutions.

*CasaPound est un squat situé à Rome dans le quartier de l'Esquilino. Il est d'idéologie nationaliste-révolutionnaire et fasciste et tire son nom de l'écrivain Ezra Pound. Selon Gianluca Iannone, musicien du groupe Zetazeroalfa et animateur de la CasaPound, le mouvement compterait environ 2000 membres encartés et quelques dizaines de milliers de sympathisants. Il y a un deuxième squat nationaliste à Rome, Casa Montag.(NdT)
 

lundi 6 septembre 2010

Europe: tirs groupés sur les Roms - Cassandra est revenue

par Gorka Larrabeiti, 2/9/2010. Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala


Peu d'informations ont circulé sur les sept victimes d'une fusillade dans un quartier de Bratislava, le lundi 30 août. Nous savons, bien que de de nombreuses agences ne le mentionnent pas, que les morts étaient des Roms. Le ministre de l'Intérieur slovaque s’est empressé de nier qu'il s'agisse d'un cas de racisme, mais un journal local a interviewé un survivant qui a dit que l'assassin avait toujours été «très hostile aux gens de couleur et nous haïssait. » Le Réseau européen contre le racisme ( ENAR ) se demande dans un  manifeste si l'actuel climat anti-Roms n’a pas contribué à promouvoir l'idée d’un « permis de tuer. » L'empressement du ministre slovaque envoie à une vieille rengaine: les Roms sont des malfaisants, pas des victimes, et lorsque c’est le cas, mieux vaut faire silence.


Voici le cas de Mario Firu, un enfant, qui est mort carbonisé, le 27 août dans une cabane en bois dans le quartier de la Magliana, à la périphérie de Rome. Bien que l'incident  se soit produit alors que les expulsions de Roms dans la France de Sarkozy font scandale, la nouvelle de sa mort effroyables ne s’est pas propagée parce que les Tsiganes doivent continuer à faire figure de méchants de l'histoire: ils n’ont pas envie de travailler, sont nomades et ne veulent pas d'une maison ; ils n’ envoyent pas leurs enfants à l'école, volent des câbles, des sacs à main et des enfants ; et en plus, ils violent et ils tuent. Ne dites pas que ce sont ceux qui souffrent le plus de la faim, vivent moins bien et meurent  plus tô


Mario avait trois ans. Ses parents avaient allumé des bougies pour empêcher les rats d'entrer dans leur pauvre cabane. La hutte a brûlé et ses parents ont réussi à sauver son frère Marco Giovanni, trois mois, mais avec des brûlures au deuxième et troisième degré. Peu de temps après l'incendie, le campement a été démantelé, dans lequel ils vivaient avec 80 autres personnes (18 mineurs), qui payaient 200 euros par mois pour 20 mètres carrés de hutte, ou entre 20 et 30 euros pour un endroit où mettre leur lit de cartons.


ENAR lance un cri d’alarme contre les mesures discriminatoires prises par les pays comme la France, l'Italie, le Danemark et la Suède contre les Roms. Le Centre européen pour les droits des Roms a publié des rapports sur la violence contre les Roms en Hongrie, la République tchèque et la Slovaquie. Il a également condamné les expulsions décidées par le gouvernement danois en juillet dernier.


Qui l’aurait cru: l'Europe célèbre de 2005 à 2015 la Décennie d'inclusion des Roms , elle a tenu deux réunions au sommet sur les Roms son Parlement adopte des résolutions aussi dures que celle du 25  Mars 2010, pleine de considérants explicites sur la défense des Roms et approuvée par 572 voix pour, 28 contre et 23 abstentions, la Commission européenne a publié une communication sur l'intégration économique et sociale des Roms, on a créé le réseau EUroma pour promouvoir l'utilisation des Fonds structurels et pour  les deux prochains mois six réunions importantes (1) sont déjà programmées pour  s'attaquer aux problèmes des Roms.


Pourtant, la France de Sarkozy ne trouve pas cela suffisant et a demandé une réunion d'urgence le 6 Septembre d’un certain nombre d'États membres (2) pour régler la question. Bien que cela ne plaise pas aux Français, la réunion a été baptisée Sommet anti-Roms, et la proposition a été adoptée avec enthousiasme par le ministre italien de l'Intérieur Roberto Maroni, le même qui a proposé la prise d’empreintes digitales des enfants vivant dans des camps roms de Rome, qui dit qu'il va proposer à cette réunion l'expulsion de citoyens de l'UE qui n'ont pas de revenu minimum, de logement adéquat et sont la charge du système social de leur pays d'accueil. Ils veulent qu’il y ait des citoyens de l'UE de pure souche et des citoyens de l'UE clandestins. Tout comme on parle d’une Europe économique à deux vitesses, l’idée d’une UE deux types de droits commence à être formulée ouvertement.


Comme sur beaucoup d'autres questions, l'Europe hypocrite, peut montrer deux visages: celui politiquement correct de la commissaire européenne à la Justice, Viviane Reding, qui insiste sur la Charte des droits fondamentaux de l'UE et sur les racines du problème, et celui, incorrect, mais électoralement rentable des ministres français Besson  et Lellouche, qui qualifient de «grotesque», «inutiles» ou «choquantes» les accusations qui ont été portées contre leur gouvernement. Un gouvernement qui paye 300 euros pour les adultes et 100 pour les enfants, pour expulser «volontairement» des personnes sans emploi et sans logement, s’assure ainsi la Une des médias du monde, adoptant la tactique du gouvernement Berlusconi de mettre en scène la Sécurité par le nettoyage des monstres sur les écrans de télévision, sur la base d’une arithmétique ethnique corrosive  pour détourner l'attention de problèmes internes compromettants (par exemple l’affaire Woerth-Bettencourt). Peu importe que tout le monde sache que les Roms reviendront, car dans leurs pays d'origine il est impossible de survivre. La Roumanie, harcelée par le FMI, a dû baisser les salaires de 25%  et augmenter la TVA de 19 à 24%, son système de santé est au bord de la faillite et la consommation s’est effondrée.


L'Europe ne veut pas voir 10 millions de ses habitants lui rappeler l’échec du système. Elle ne veut pas les voir pour ne pas avoir le cœur qui saigne. À Rome, il y a un plan pour construire 13 nouveaux camps, bien clôturés et sans écoles, pour accueillir 6000 Roms, mais selon les estimations, la population actuelle des Roms dans la capitale italienne est de 7.200. Les ghettos, les déportations, les attaques avec des cocktails Molotov, les tirs au fusil à air comprimé. On a déjà essayé une fois de sortir d'une crise de cette manière eton sait comment ça a fini.


En rentrant de vacances, j'ai rencontré de nouveau Cassandra au feu rouge. Elle avait sa fille Adelina, 2 ans, dans les bras. Quand les attaques contre les camps à Naples ont commencé en 2008, nous l’avions convaincue de chercher une issue en Roumanie parce que ça n’était pas le bon moment pour elle  en Italie. Elle était alors repartie en Roumanie. Elle est de retour: «Je n'avais rien à donner à manger à ma fille.


Ces gouvernements européens qui se réfugient dans un populisme raciste, au rythme où ils vont, vont essayer de modifier la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, pour y écrire : «Les peuples de l'Europe, en créant entre eux une union toujours  plus étroite, ont décidé de NE PAS partager un avenir pacifique fondé sur des valeurs communes. » Quelle lune noire que cette Europe en crise.


Notes:
 (1) Les réunions sont les suivantes:
18 et 19 Novembre 2010 -  Bruxelles, Belgique
21 et 22 Octobre 2010 - Cracovie, Pologne
12-14 et le 20 Octobre 2010 - Bucarest, Iaşi et Cluj
·     Journées ouvertes : Semaine européenne des régions et des villes  
4 - 7 octobre 2010 - Bruxelles, Belgique
30 Septembre et 1er Octobre 1st 2010 - Prague, République tchèque
15 septembre 2010 - Budapest, Hong


 (2) Italie, Allemagne, Royaume-Uni, Grèce, Espagne ;  la Belgique a refusé l'invitation, Le Canada a également été invité pour aborder la questions des migrants roms de Slovaquie et Hongrie.

QUI SONT LES RROMS ? Une explication à l'usage des gadjos ignorants

Les Rroms sont un peuple européen d’origine indienne, dont les ancêtres sont venus de la moyenne vallée du Gange, en Inde du Nord, il y a environ 800 ans.
Ils sont aujourd'hui dispersés dans le monde entier, surtout sur notre continent. Parvenus en Europe par l'Asie Mineure et le Bosphore, ils se sont installés d’abord dans les Balkans, puis dans les Carpates et petit à petit dans tous pays européens, de la Grèce à la Finlande et de la Russie à l'Europe occidentale (Espagne, Portugal, France, Allemagne et Royaume Uni). On compte environ 12 millions de Rroms en Europe, les deux pays qui en abritent le plus étant la Roumanie et la Bulgarie.
Les Rroms au sens large se subdivisent principalement en Rroms dits "orientaux" (85% du total), en Sintés (souvent appelés Manouches en France – 4%) et en Kalés (ou Gitans – 10%), en Gypsies (ou Romanichals en Grande-Bretagne – 0,5%) – sans compter divers groupes de moindre importance numérique mais tout aussi Rroms que les autres Rroms. Au niveau européen, ils sont aujourd’hui sédentaires à 96%.
Les Rroms sont un peuple sans territoire compact, qui n’a jamais eu de revendications territoriales, mais qui est lié par une conscience identitaire, une origine, une culture et une langue communes. Ils sont environ un demi-million en France.
Être Rrom est une valeur positive indiscutable, autant qu’être Chinois, Argentin ou Français
Et les Tsiganes alors ?
Le mot ‘Tsigane’ vient du grec Atsinganos; c'était le nom d'une secte qui a disparu au XIème siècle: bien avant l’arrivée des Rroms dans l'Empire byzantin, il y vivait cette secte, pratiquant une variante de la religion persane manichéenne (préislamique). Or, ses fidèles refusaient le contact physique avec tous les autres, qu’ils considéraient impurs. Les paysans byzantins les avaient donc appelés Atsinganos ("non touchés", mais ceci dans le sens inverse de la notion d'intouchable en Inde). Quand les Rroms arrivèrent à leur tour, venant d’Asie et gardant une certaine distance, ils les prirent pour un nouveau contingent de cette secte.
A partir de ce nom, Atsinganoi, les Rroms d’Europe furent diversement appelés en fonction des différentes langues des pays dans lesquels ils arrivèrent ensuite : Zingari en Italie, Tsigani dans les pays slavophones et en roumain, Zigeuner en allemand, Cigane en portugais, Tsigane en français (et Cigains en vieux-français)…
A part son caractère péjoratif (dans de nombreuses langues il véhicule les idées de menteur, voleur, parasite, magouilleur, malpropre – la liste est sans fin), ce mot de Tsigane n'a pas de définition réelle. Plusieurs groupes en effet, qui n'ont aucun rapport entre eux de par leur origine, leur culture, leur langue et leur regard sur eux-mêmes sont à l'occasion appelés Tsiganes par les populations environnantes, ignorantes et souvent racistes à leur égard. Ont pu être appelés Tsiganes les Irish Travellers (celtes), les Yéniches (germaniques), les Égyptiens des Balkans, les Rudar (ou Beás – à l'origine Roumains du sud de la Serbie) et bien d'autres, jusqu'aux pillards de la guerre de Bosnie… Dans l'esprit de la pratique désormais universelle, le 1er Congrès International des Rroms (Londres, 1971) a revendiqué le droit légitime de ce peuple à être reconnu sous son véritable nom de « Rrom » pour le désigner. On utilise parfois en France le terme "Rroms, Gitans et Manouches" pour spécifier les trois grandes branches de ce peuple.
Rroms et Gens du Voyage
De leur arrivée en Moldavie et Valachie au XIV siècle et jusqu'en 1856 les Rroms furent réduits en esclavage – et donc largement sédentaires. A peine 4 % de la population globale des Rroms (environ 15 millions) sont nomades. Ils n’ont jamais été nomades par culture, mais par nécessité:
Pendant des siècles, ils ont été chassés de pays en pays, presque partout en Europe, sous peine des pires sanctions, y compris la peine de mort, parce que nés Rroms…. Ils tentaient donc de fuir violences et discriminations avec l'espoir de trouver un pays plus accueillant…
Les gouvernements et les Parlements s’empressaient de promulguer des lois à leur encontre. Les états allemands à eux seuls ont voté cent quarante huit lois et décrets les concernant entre 1416 et 1774 !
Dans l’Espagne du 16ème siècle, tout Rrom (Gitan, en ce pays) surpris en train de parler sa langue maternelle était puni de mutilation… ce qui explique que le rromani s'y transforma en ce qu’on appelle le « Kaló », un idiome en fait plus espagnol que rromani…
Repoussés systématiquement, les Rroms d’Europe occidentale ont dû développer des moyens de subsistance adaptés à ce genre de vie : travaux agricoles saisonniers, travaux de réparation notamment de chaudronnerie, vannerie, voyance, maquignonnage, petit commerce ambulant… compatible avec la mobilité, dont certains sont aujourd'hui très fiers et qui constitue un Droit de l'Homme reconnu et pour l'exercice duquel tous les Rroms se battent.
Le 8 avril 2009, reçue à l’assemblée nationale, une délégation d’associations rroms, gitanes et manouches récusait dans un Décalogue l’appellation « gens du voyage » et demandait entre autres le respect du droit de circuler et de stationner pour tous, sans discrimination.
Le rromani – qu’est-ce que c’est au juste?
C’est la langue des Rroms ! Elle est indiscutablement indienne et proche du hindi, langue de l’Inde. Son vocabulaire et sa grammaire de base sont indiens aux trois quarts. Le reste est constitué de vocabulaire emprunté principalement au persan, au grec et ensuite aux langues européennes de contact. Malgré sa prétendue diversité dialectale, le rromani est une seule et même langue et les Rroms de Russie, d’Albanie, de Grèce etc. peuvent très facilement communiquer entre eux en rromani – à la seule condition de ne pas l'avoir oublié…
Ecrit depuis le début du 20ème siècle dans des alphabets différents selon les pays, le rromani dispose depuis 1990 d’une écriture commune laquelle permet notamment une meilleure diffusion de la littérature rrom. Dans certains pays, comme la Roumanie, il est enseigné à l’école et, en France, l’INALCO dispense une formation complète en langue et civilisation des Rroms.
Rrom et Roumain, est-ce la même chose ?
Les Rroms sont un peuple européen d’origine indienne, réparti dans l’ensemble de l’Europe et au-delà. Les Roumains sont un peuple de 30 millions d'âmes vivant en Roumanie, en République de Moldavie et dans quelques régions voisines. Leur langue, le roumain, est une langue néo-latine.
Le mot « Rrom» vient du sanskrit « omba», qui signifiait "artiste, artisan, qui crée de son esprit, de ses mains", alors que « Roumain » vient du nom de la ville de Rome.


"Fils du même père" 
Il s’agit donc de deux peuples distincts ayant des origines, langues et cultures différentes. Certes, la Roumanie compte le nombre le plus important de Rroms – près de deux millions, mais c'est un hasard : tous les Rroms ne sont pas Roumains et tous les Roumains ne sont pas Rroms.
 
Affiche de Mustapha El Guezouli pour Samudaripen, spectacle de la Compagnie Mémoires Vives, Strasbourg 2010

Que signifie le terme Samudaripen ?
En rromani, ce mot veut dire « meurtre collectif total », et il désigne le Génocide du peuple des Rroms, Sintés et Kalés pendant la Seconde Guerre Mondiale.
N’oublions jamais, alors même que les historiens et les medias passent encore trop souvent cette tragédie sous silence, que la population rrom en Europe a perdu plus de 500 000 des siens entre 1933 et 1945. Les Nazis et leurs alliés de tous les pays ont persécuté, stérilisé, emprisonné, torturé, fusillé, et finalement gazé les Rroms dans les camps de la mort ou dans les bois. Étaient considérés comme Rroms ceux qui avaient au moins un arrière grand parent rrom.
Les Rroms en tant que peuple étaient condamnés à l’extermination (voir l’ordonnance d’Himmler de 1938) car quoique « aryens » ils étaient considérés par les nazis comme des parias, asociaux, « de sang métissé », donc dangereux pour le "sang pur allemand". Il ne faut pas oublier, au-delà des morts, tous les Rroms restés orphelins, veufs et veuves, stérilisés, traumatisés à vie dans leur corps et leur esprit par la folie nazie.
 Samudaripen, par Sébastien Kuntz
En 1997, le président des États-Unis Bill Clinton a choisi le professeur Ian Hancock, un intellectuel rrom, pour le nommer membre du U.S. Holocaust Memorial Council en tant que représentant du peuple rrom. Au cours des dix-sept ans d’existence de ce Conseil, c’était la deuxième fois seulement qu’un représentant rrom pouvait faire partie des 65 membres qui le composent. Lors du procès de Nuremberg qui jugea les criminels de guerre nazis, aucune déposition de Rrom ne fut entendue. Pourquoi ?????
Plus de 6 décennies après la libération des camps, la population rromani attend toujours que le monde reconnaisse son martyre sous le régime nazi. Jusqu’à nos jours, seules les victimes rroms de nationalité allemande ont reçu des « réparations » financières et sur le plan de l’histoire, presque rien n'est fait pour la reconnaissance du Samudaripen.
Le saviez-vous ?
Qu’ont en commun Django Reinhardt, Matéo Maximoff, Yul Brynner, Serge Poliakoff, Otto Müller, Camarón… ? Ils étaient Rroms !
A quoi correspond le 8 avril,
Journée mondiale des Rroms?
Le 8 avril est une vieille fête des Rroms de Transylvanie – le "jour des chevaux" (sortie festive des abris d'hiver avec les chevaux ornés de guirlandes) mais elle a pris une nouvelle dimension plus récemment et beaucoup de Rroms de par le monde la célèbrent désormais comme la date du premier congrès mondial des Rroms en 1971. En France, La voix des Rroms a instauré cette tradition depuis 2005 et organise chaque année une Semaine de la culture rromani. En ce jour important pour le peuple rrom, une pensée va tout naturellement aux victimes du Samudaripen, déportés et tués parce qu’ils étaient nés Rroms. Pour que ce chapitre ignoble de l'Histoire ne se répète plus jamais, nous pensons qu’il est important que tous se rapprochent pour mieux se connaître. Si la mère du racisme est l’ignorance, son père est l'égoïsme, et c’est donc en faisant la connaissance de la culture rrom que la méfiance, l’hostilité, la haine et le mépris vis-à-vis des Rroms finiront par devenir un simple sujet d'étude pour les historiens…
SI MAN JEKH SUNO – aurait dit Martin Luther King
 

Pour l'égalité de traitement des Rroms


Pétition en ligne


Date de création : 03/08/2010
Date de cloture : 03/08/2012

Auteur : La voix des Rroms
50, rue des Tournelles
75003 Paris
La voix des Rroms est une association loi 1901 qui oeuvre pour la reconnaissance de la dignité de la population rromani (Rroms, Gitans et Manouches).

A l'attention de : M. le Président de la République française, M. le Premier ministre

Après la déclaration d’une « guerre » par Nicolas Sarkozy dans un communiqué sur « les gens du voyage et les Roms »,
Après la définition des modalités de cette guerre au sein d’un état major réuni à l’Elysée le 28 juillet sous l’autorité du président,
Après la multiplication des actes répressifs à l’égard des Rroms et des « gens du voyage », ainsi placés dans une seule et même catégorie ethnique et désignée comme « ennemi public »,

Nous, Rroms, Manouches, Gitans ou tout simplement humains attachés aux valeurs humaines de paix et de cohésion sociales dans le respect de tous et de chacun, exigeons du gouvernement français :

1. La suppression de l’arsenal législatif et réglementaire discriminatoire qui continue à s’appliquer à ceux que la France catégorise comme « gens du voyage », à commencer par le « carnet de circulation » qui est une honte pour la France, à maintes reprises condamnée par les instances internationales, notamment par le Conseil de l’Europe

2. Le rappel à la loi de tous les responsables politiques qui tiennent de plus en plus ouvertement des propos racistes l’égard des Roms, quel que soit le vocable cache-Rom (tsigane, gens du voyage, nomade, gitan, Roumain, Yougoslave etc…) qui est utilisé en guise de prétendu euphémisme ou étiquette politiquement correcte

3. L’arrêt immédiat de la « chasse aux tsiganes », qui se concrétise déjà dans des expulsions massives et successives

4. La suppression immédiate des restrictions qui s’appliquent aux citoyens roumains et bulgares, - notamment l’interdiction d’accès à un travail légal, - et la mise en place d’actions concrètes pour combattre les discriminations de facto dont font objet les Rroms et tous ceux perçus comme « tsiganes », le cas échéant en utilisant les mécanismes et les fonds disponibles au niveau européen.


Lien vers le texte : http://www.lavoixdesrroms.org

Pour faire un lien vers cette pétition, cliquez-ici

L'autre Europe solidaire des Roms : images des manifs du 4 septembre



Jane Birkin et Régine chantant "Les p'tits papiers" sous les fenêtres du ministre Besson

"Les Roms n'ont jamais fait la guerre": banderole de militants du Comité national anti-discrimination (Italie), qui a organisé le 4 septembre une manif devant l'ambassade de France à Rome