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mercredi 29 avril 2015

Pourquoi l'Italie ne s'intéresse pas aux Italiens assassinés par des drones US
Sigonella, capitale mondiale de la guerre robotisée

par Antonio Mazzeo, 27/4/2015. Traduit par  Fausto Giudice, Tlaxcala 
Original: Perché all’Italia non interessa degli italiani assassinati dai droni
Ce sont des victimes collatérales, inconscientes et innocentes, de l'énième acte d'une guerre unilatérale. Il ne s'agit plus d'armées contre armées, mais de robots tueurs contre des hommes, des femmes, des enfants. Le coopérant sicilien Giovanni Lo Porto, honteusement ignoré par la politique avec un grand P, les institutions et l'ensemble du Parlement italien, a été brutalement assassiné au Pakistan dans l'un des innombrables bombardements déclenchés par les essaims de drones US.
 
"Il s'est agi d'une erreur tragique et fatale de nos alliés américains, reconnue par le président Obama, mais la mort de Lo Porto et d'un deuxième otage, l'Américain Warren Weinstein, est de l'entière responsabilité des terroristes, contre lesquels nous confirmons l'engagement de l'Italie" : tel a été le commentaires pour solde de tout compte du ministre des Affaires étrangères Paolo Gentiloni. Aucune culpabilité donc des agents de la CIA qui ont ordonné l'attaque, aucune responsabilité politique de ceux qui, à Washington – en violation du droit international - ont encouragé et légitimé l'utilisation de drones, dans une escalade infernale vers la déshumanisation totale des conflits.

mercredi 13 février 2013

L'homme qui a tué Ben Laden raconte l'opération et sa désillusion de retour au pays

par Atlantico, 12/2/2013

Aujourd'hui, le “Navy Seal” qui a éliminé l'ennemi numéro 1 des USA se retrouve sans aucune couverture sociale, un échec surprenant de cette nation pour aider ses guerriers les plus expérimentés et qualifiés à réintégrer leur vie.
Aujourd’hui, le corps du tireur usé par 16 ans de missions, est rempli de tissu cicatriciel, d'arthrite, de tendinites, de lésions oculaires, et de disques soufflés.
Aujourd’hui, le corps du tireur usé par 16 ans de missions, est couvert de tissu cicatriciel, d'arthrite, de tendinites, de lésions oculaires, et de disques soufflés. Crédit Reuters
Il est l'homme qui a tué l'ennemi numéro 1 des USA. Un héros national anonyme, envers lequel l’Amérique devrait se sentir éternellement redevable. Et pourtant, Washington semble l’avoir déjà oublié. Aujourd'hui, ce membre de la Team 6 des Navy Seals, le commando qui a tué Oussama Ben Laden en mai 2011, se retrouve livré à lui-même, comme il le raconte dans un entretien à paraître sur le site internet du magazine américain Esquire.
Celui qui est venu à bout du chef d'Al-Qaida ne dévoile pas son identité. Il est âgé de 35 ans et a quitté la Team 6 des Navy Seals à l'issue de cette opération. Il est entré au service de la nation à 19 ans. Bilan : 16 ans dans l’armée. Il n'a aujourd'hui droit ni à la retraite, ni à l'assurance-maladie.

La raison ? Il a passé moins de 20 ans dans l'armée, et ne peut donc pas bénéficier d'une protection sociale à vie. Ce vétéran a connu plusieurs théâtres de guerre et a tué à lui seul une trentaine d'«ennemis combattants» - selon la terminologie officielle.
"C'est lui, boum, c'est fait"
La mission commence le 1er avril : un briefing. "Lors du briefing le premier jour, ils nous ont menti et ont été très vagues. Ils ont mentionné des câbles sous-marins et le tremblement de terre au Japon ou quelque chose du genre", raconte-t-il. Quelques jours plus tard, il connaît la véritable cible : Ben Laden et le Pakistan. S'ensuivent de nombreux briefings, notamment par l'agent de la CIA, "Maya", une femme "formidable", jouée par Jessica Chastain dans le film Zero Dark Thirty. Un film qu'il a vu et auquel il n'a trouvé que quelques défauts "mineurs".

S'ensuit une période d'entraînement, dans une réplique exacte de la résidence de Ben Laden construite en Caroline du Nord. Dans la nuit du 1er au 2 mai 2011, les choses s'enchaînent très vite. L'homme est le premier à entrer dans la chambre de Ben Laden, au troisième étage de sa maison d'Abbottabad, au Pakistan. L'opération est "loin d'être la plus dangereuse de sa carrière". Elle se déroule comme des centaines d'autres.

Ben Laden est dans le noir. Il ne voit rien. Lui, est équipé de lunettes de vision nocturne."Il y avait Ben Laden là, debout. Il avait ses mains sur les épaules d'une femme, la poussant devant, pas exactement vers moi mais dans la direction du vacarme du couloir. C'était sa plus jeune femme, Amal. C'était comme un instantané d'une cible d'entraînement. C'est lui, sans aucun doute. (...) C'est automatique, la mémoire musculaire. C'est lui, boum, c'est fait", se souvient-il.

Il tire deux balles, puis une autre, dans la tête de l'homme le plus recherché au monde. Il n'a de toute façon jamais été question de le faire prisonnier. Après les tirs, il constate : "Il était mort. Il ne bougeait pas. Sa langue pendait. Je l'ai vu prendre ses dernières inspirations, juste une respiration réflexe". Il se souvient avoir été "stupéfait" par la grande taille de Ben Laden.
Une nation peu reconnaissante
Aujourd’hui, le corps du tireur usé par 16 ans de missions, est rempli de tissu cicatriciel, d'arthrite, de tendinites, de lésions oculaires, et de disques soufflés. En rentrant au pays, il s’attend à trouver une nation reconnaissante. Barack Obama avait déclaré lors d’une journée des anciens combattants : "Celui qui se bat pour son pays ne devrait jamais avoir à se battre pour un emploi, un toit ou des soins quand ils rentrent chez lui.

C’est la désillusion. Pas de pension, pas de soins de santé, et aucune protection pour lui et sa famille.

Cet ancien combattant, un des plus décorés de notre époque termine sa carrière en éliminant l’ennemi numéro un des USA et n'a pas de piste d'atterrissage dans la vie civile. Il vit toujours avec sa femme, dont il est pourtant séparé après avoir longtemps passé plus de 300 jours par an en mission. Il est maintenant consultant, payé à la missi

"Les connaissances et la formation de ces gars-là valent pourtant des millions de dollars", affirme un mentor de Seals. La sécurité privée semble être le chemin le plus sûr pour retrouver un emploi alors que ces anciens soldats ne veulent plus porter d'arme pour un usage professionnel.

mardi 5 octobre 2010

« Sverige ut ur Afghanistan ! »

Fausto Giudice a écrit cet article il y a plus de 3 ans et demi, exprimant l’espoir que la jeunesse suédoise se réveille rapidement et descende dans la rue pour crier : « Suède hors d’Afghanistan ! » On n’en est malheureusement pas encore là. Et le conservateur Reinfeldt (à peine réélu) est toujours au pouvoir et veut tripler le nombre de soldats suédois en Afghanistan, alors que d’autres pays s’empressent de sortir du bourbier afghan. Pour soutenir notre exigence, le mouvement Afghanistansolidaritet organise, de concert avec IrakSolidaritet, une semaine Afghanistan du 4 au 9 octobre, avec entre autres des expositions, la première d’un film afghan, un séminaire le mercredi 6 octobre à 18 h 30 à ABF (Stockholm) avec Julian Assange, porte-parole de Wikileaks, Pratab Chatterjee de CorpWatch et d’autres, ainsi qu’une manifestation – que nous espérons importante – le samedi 9 octobre octobre à 13 h.place Norra Bantorget, avec entre autres Julian Assange, l’ancien ministre social-démocrate de la Défense  Thage G Peterson et l’écrivaine Maria-Pia Boëthius.

 Un slogan postmoderne toujours d'actualité
par Fausto Giudice, 2 mars 2007

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Qui parmi ceux qui, comme moi, arpentaient les rues de Stockholm à la fin des années 60 et au début des années 70 en criant « USA hors du Vietnam, du Laos et du Cambodge ! », aurait jamais pu penser que nos successeurs des nouvelles générations auraient à descendre à nouveau dans la rue, quarante ans plus tard, en criant « Suède hors d’Afghanistan » ?

La jeunesse suédoise de 2007 n’en est pas encore là – à descendre dans la rue pour exiger le retrait des soldats suédois de Mazar-i-Sharif – mais cela ne saurait tarder. Les slogans de notre jeunesse demandent donc à être modifiés. Dans notre monde globalisé, il faut désormais crier : « Danemark, hors d’Irak ! », « Népal, hors d’Haïti ! », « Fiji , hors du Congo ! », sans oublier « Éthiopie, hors de Somalie ! »
 


Il y a 250 soldats suédois en Afghanistan. Il est question maintenant d’augmenter leur nombre. Les quatre partis de la coalition gouvernementale dirigée par le jeune Fredrik Reinfeldt –modérés, libéraux, centristes et chrétiens-démocrates – a hérité de ce dossier de son prédécesseur social-démocrate. La social-démocrate et chrétienne ministre de la Défense Leni Björklund avait défrayé la chronique en signant un accord de coopération militaire avec l’Arabie saoudite et suite à des accusations de népotisme qui n’ont pas eu de suite. Mais sa décision d’envoyer des soldats suédois combattre en Afghanistan, sous commandement US et dans un cadre, certes avalisé par l’ONU, mais néanmoins de l’OTAN, n’avait pas suscité autant de polémiques. Même la mort de deux soldats suédois, victimes d’un attentat, en novembre 2005, n’avait pas suscité de grandes interrogations ou protestations. C’est que les Suédois sont longs à la détente, après cinq siècles de protestantisme luthérien et un siècle de social-démocratie. Vladimir Lénine avait conclu d’un bref séjour à Stockholm au début du siècle dernier : « Lorsque les sociaux-démocrates décideront de faire la révolution, ils iront demander la permission au Roi. »

Mais les sociaux-démocrates ont perdu le pouvoir aux élections d’octobre 2006 et ont été remplacés par une coalition dirigée par le « Parti du rassemblement modéré », le vieux parti conservateur de droite qui se présente désormais comme le « nouveau parti des travailleurs » et, pour sacrifier au « political correct », se paye même le luxe d’avoir dans son gouvernement une belle Noire, la libérale Nyamko Sabuni, née au Burundi de parents congolais, et qui est, comme il se doit ministre de l’Intégration et de l’Égalité des chances.
Mais revenons à l’Afghanistan. L’ISAF y compte 32 000 soldats provenant de 37 pays. Présentée comme une ”mission de paix et de reconstruction” par ses promoteurs – le ministre italien des Affaires étrangères Massimo d’Alema l’a présentée, lors du débat au Sénat du 21 février de ”mission politique et de paix” -, cette mission est une mission de guerre. En témoignent les nombreux morts parmi les combattants et les civls afghans et parmi les soldats qui la composent, qu’ils soient britanniques, danois (389 soldats – 3 tués) ou norvégiens (540 soldats – 1 tué). La Suède n’est pas membre de l’OTAN mais elle est entrée dans la ”Partenariat pour la Paix” en 1994 et c’est dans ce cadre qu’elle participe aussi à deux autres missions, en Bosnie (IFOR, puis SFOR et aujourd’hui IFOR) et au Kosovo (KFOR). Que font donc les soldats suédois en Afghanistan ? On nous dit qu’ils ”reconstruisent”. Mais les deux soldats tués à Mazar-i-Sharif en novembre 2005,
Jesper Lindblom et Tomas Bergqvist, faisaient partie d’une unité spéciale secrète, le SSG –« groupe de protection spéciale » - sur lequel il est impossible d’avoir la moindre information, étant donné que ses activités relèvent du Secret défense en vertu de la joliment nommée « sekretesslagen » (« loi du secret »). il serait en tout cas étonnant que le SSG s’occupe de creuser des puits et de dispenser des soins médicaux. Plus vraisemblablement, il s’occupe de renseignement et d’opérations contre-insurrectionnelles. Curieusement, ce sigle, SSG, est aussi celui du
"Special Service Group", une brigade indépendante de commandos de l’armée pakistanaise composée de 2100 hommes et chargée des « opérations spéciales ». Le SSG pakistanais a mené des opérations clandestines contre les occupants russes en Afghanistan dans les années 80, puis ces dernières années dans le cadre de l’opération US baptisée « Enduring Freedom ».
Bizarrement, aucun journaliste suédois d’investigation – mais y en a-t-il encore ? – ne s’est livré à une enquête sur le SSG suédois.
Autre argument pour dénoncer le caractère guerrier de la mission suédoise : le gouvernement envisage sérieusement d’engager des avions de chasse JAS Gripen – les fameux avions fabriqués par SAAB – en Afghanistan. Là aussi, on est loin du creusement de puits, des soins médicaux et autres activités de reconstruction. Comme pour l’engagement prévu par l’Allemagne de 8 avions de reconnaissance Tornado en Afghanistan, il y a là matière à débat et en Suède, ce débat, longtemps rampant, a enfin éclaté au grand jour, avec la publication d’un
appel signé par de nombreuses personnalités, dont plusieurs sociaux-démocrates, parmi lesquels Thage G. Peterson, 73 ans, qui fut ministre de la Défense de 1994 à 1997. Cet appel dit tout simplement que les soldats suédois n’ont par leur place dans une mission de guerre en Afghanistan et que la Suède aurait mieux à faire que d’envoyer des soldats dans ce pays sinistré. Comme l’a fait remarquer Petersson, l’envoi de soldats suédois en Afghanistan permet de soulager les forces de l’OTAN, qui peuvent ainsi porter le principal de leur effort de guerre sur l’Iraq. Bref, participer à la guerre en Afghanistan, c’est participer à la guerre en Irak. De toute façon, les deux guerres sont pensées, organisées et planifiées au même endroit, le Commandement central stratégique US, basé à Tampa en Floride. Commandement auprès duquel sont d’ailleurs détachés des officiers suédois.
« L’Afghanistan peut devenir le Vietnam de la Suède » : c’était le titre d’un éditorial du quotidien social-démocrate Aftonbladet le 9 janvier dernier.
Depuis 200 ans, la Suède n’avait été directement impliquée dans un aucun conflit militaire, se contenant de fournir des casques bleus aux missions de l’ONU. La sacro-sainte neutralité suédoise a été fortement érodée ces dernières années. Les sociaux-démocrates, qui portent une lourde responsabilité dans cette érosion, semblent être en train de faire marche arrière, suivis par leurs alliés écologistes du « Miljöparti », qui contrairement à ce qu’on pourrait croire ne signifie pas le « parti du milieu » mais le « parti de l’environnement ». Mais, étant en minorité au Parlement, ils n’ont aucune chance d’y bloquer l’augmentation des effectifs militaires en Afghanistan et encore moins d’obtenir un retrait des troupes. Il ne leur reste donc qu’une solution : mobiliser l’opinion et descendre dans la rue comme l'ont fait les opposants italiens à la présence de troupes en Iraq et Afghanistan et à l'extension de la base militaire US de Vicenza.. On va donc finir par entendre dans les rues de Stockholm résonner ce slogan authentiquement postmoderne : « Sverige ut ur Afghanistan ».

Le mouvement suédois de solidarité avec le Vietnam (1965-1975) fut le plus important dans le monde en dehors des USA. Il culmina en 1972 avec une manifestation de 50 000 personnes à Stockholm et un appel au retrait des troupes US signé par 2,3 millions de Suédois, soit 28% de la population du pays

dimanche 14 février 2010

L'éditorial de Basta ! 14/2/2010 : Opération Moshtarak : une nouvelle étape dans la tentative d’afghanisation de la guerre


14/2/2010L’Opération Moshtarak a été déclenchée le samedi 13 février à 4 heures du matin dans la province du Helmand par les forces d’occupation occidentales appuyées par des soldats et des policiers du régime fantoche de Kaboul. 15 000 hommes sont engagés, pour moitié occidentaux (US, Britanniques, Canadiens, Danois et Estoniens) et pour moitié afghans.
« Mosthtarak » signifie « ensemble »
en  arabe et en langue dari, la variante afghane du persan. Le général de brigade britannique James Cowan, commandant de la 11ème Brigade légère, a déclaré lors du briefing précédant l’opération  :
« Je ne peux imaginer de meilleur nom pour décrire cette opération. Car nous sommes ensemble dans cette affaire : nous l’avons planifiée ensemble, nous la combattrons ensemble, nous allons la traverser ensemble. Afghans avec Alliés, soldats avec civils, le gouvernement avec son peuple. »
L’opération vise à reprendre le contrôle du chef-lieu de la province,  Lashgar Gah, au cœur de la vallée du fleuve Helmand, ainsi que de son hinterland. Le Helmand est un des bastions de la résistance afghane, qui a échappé au contrôle du régime de Kaboul depuis longtemps. Dans la propagande des Alliés, le but est de « nettoyer » la zone des « insurgés talibans » pour « restaurer l’autorité du gouvernement » de Kaboul et permettre la « reconstruction ».
Les troupes attaquantes se sont dans un premier temps heurtées à très peu de résistance, ce qui a semblé étonner leur commandement.  Celui-ci semble n’avoir toujours pas tiré les leçons de la guerre du Vietnam ni de celle d’Irak. La résistance a en effet appliqué un des principes de base de la guerre populaire : « l’ennemi attaque, nous reculons, l’ennemi se concentre, nous nous dispersons ».
Tombeau des empires, l’Afgahanistan le sera aussi  pour la tactique adoptée par Obama, McCrystal et Gordon Brown, « l’afghanisation » de la guerre, qui sera un échec cuisant. Tout aussi cuisant que l’avait été la « vietnamisation » de la guerre au Vietnam à parti de 1968. Il a fallu 15 ans aux occupants US pour essuyer une défaite stratégique au Vietnam. Il en faudra moins en Afghanistan.
FG

cliquer sur la carte pour l'agrandir

samedi 13 février 2010

Johnny got his gun, but he forgot his pants!

Johnny a eu le temps d'attraper son flingue, mais pas d'enfiler son froc !

Cette photo, prise en Afghanistan au début du XXIème siècle, montre trois courageux défenseurs de la Démocratie en pleine action de lutte contre le terrorisme. Comment savoir qu'il s'agit de défenseurs de la Démocratie? C'est simple, ils sont les seuls à porter des caleçons aussi horribles. David Guttenfelder de l'Associated Press a obtenu pour cette photo le 2ème prix du World Press Photo of the Year Award

jeudi 11 février 2010

Dialogue afghan


- Nous sommes prêts à parler avec les BONS Américains

- Vous voulez parler avec des Américains MORTS ?

Source : Al Quds Al Arabi, 11/2/2010

mercredi 18 novembre 2009

Afghanistan : Le pioupiou à une brique

Un soldat US en Afghanistan coûte 1 million de dollars par an.
68 000 soldats= 68 milliards
Si Obama décide de satisfaire a demande du Général MacCrystal d'envoyer des renforts :
40 000 soldats de plus = entre 40 et 54 milliards
Budget militaire US prévu en 2010 : 734 milliards de dollars
Déficit budgétaire US actuel : 1 400 milliards de dollars
À part ça, tout va bien


mardi 17 novembre 2009

Le "parler vrai" d'Hillary

"Nous n'avons pas d'illusions. Nous n'en sommes plus aux jours de jadis lorsque les gens venaient dans votre émission et parlaient de la façon dont nous allions aider les Afghans à construire une démocratie moderne, un État fonctionnant mieux et toutes ces choses formidables. Cela pourrait arriver, mais notre priorité est la sécurité des USA. Rester en Afghanistan ne nous intéresse pas. Nous n'y avons pas d'intérêts à long terme."
Hillary Clinton, secrétaire d'État, sur la chaîne ABC, 15 novembre 2009

jeudi 12 novembre 2009

«Je ne crois pas que notre cause en Afghanistan soit juste ou bonne. Je vous conjure, Monsieur, de ramener nos soldats à la maison»

L'honneur du Caporal Joe



Le mouvement britannique contre l’intervention militaire en Afghanistan a enfin une figure de proue populaire et symbolique : le Caporal des Lanciers Joe Glenton, du Corps royal de logistique. Joe a écrit le 30 juillet dernier à Gordon Brown pour lui annoncer qu’il refusait de retourner en Afghanistan et pour lui demander de retirer les troupes royales d’Afghanistan. Et le 24 octobre, il a fait pire : il a pris la tête et a été l’orateur vedette d’une manifestation dans les rues de Londres pour demander le retrait d’Afghanistan. À son retour à sa caserne, il a été applaudi par ses camarades. Le 10 novembre, Joe a de nouveau été mis aux arrêts. Il risque en tout 14 ans de prison pour « désertion » et appel à la révolte. Le gouvernement Gordon Brown est bien emmerdé : 64% des Britanniques sondés sont favorables au retrait d’un bourbier qui a déjà coûté la vie à 232 soldats de Sa Majesté.
Ce jeudi 12 novembre, la Coalition Halte à la Guerre appelle à un rassemblement de 17 à 18 h pour demander la libération de Joe Glenton, devant le siège du Ministère de la Défense à Whitehall.
Voici la lettre du Caporal Joe à Gordon Brown.-
FG

Source : UK soldier to Gordon Brown: why I won't return to Afghanistan


Monsieur le Premier Ministre,

Je vous écris en tant que soldat servant dans l'armée britannique pour exprimer mes opinions et préoccupations sur le conflit actuel en Afghanistan.
Ma première préoccupation est que le courage et la ténacité de mes compagnons d'armes sont devenus un outil de la politique étrangère usaméricaine. Je crois que cette tromperie contraire à l'éthique à l’encontre de ces hommes et femmes si fiers a provoqué des souffrances incommensurables non seulement aux familles des militaires britanniques qui ont été tués et blessés, mais aussi pour le noble peuple de l'Afghanistan.
J'ai trouvé dans le peuple afghan des qualités qui ont également été pendant si longtemps apparentes et admirées chez le soldat britannique. Qualités de robustesse, d'humour, de détermination absolue et de réticence à faire marche arrière. Cependant ce sont ces qualités, des deux côtés, qui, je le crains, prolongeront une guerre d'usure. Cela ne fera que conduire à plus de chagrin dans nos deux sociétés.
Je ne suis pas un général ni un politicien et je ne peux pas prétendre avoir une quelconque maîtrise de la stratégie. Cependant, je suis un soldat qui a servi en Afghanistan, ce qui m'a donné un petit aperçu.
Je crois que lorsque des militaires britanniques se mettent au service de la nation et mettent leur vie en danger, le gouvernement qui les envoie au combat est tenu de veiller à ce que la cause qu’ils défendent soit juste et bonne, à savoir qu’il s’agisse de défendre la vie et la liberté .
La guerre en Afghanistan ne diminue pas le risque terroriste, et loin d'améliorer la vie des Afghans elle ne fait qu’apporter la mort et la dévastation dans leur pays. Grande-Bretagne n'a rien à faire là.
Je ne crois pas que notre cause en Afghanistan soit juste ou bonne. Je vous conjure, Monsieur, de ramener nos soldats à la maison.
Sincèrement votre,
Joe Glenton
Caporal des Lanciers, Corps royal de logistique
•         Messages de soutien à joeisinnocent[at]hotmail.co.uk
•         Téléchargez la pétition Defend Corporal Joe Glenton petition
•          Signez la pétition office[at]stopwar.org.uk

 

La manifestation du 24 octobre à Londres

vendredi 23 octobre 2009

« Lire les pensées de l’ennemi et agir en conséquence »: Rencontre avec le commandant Ilyas Kashmiri, le chef de la brigade 313 de guérilla d'Al Qaïda

par Syed Saleem SHAHZAD, Asia Times Online, 15/10/2009. Traduit par Isabelle Rousselot et édité par Fausto Giudice, Tlaxcala
Original : Al-Qaeda's guerrilla chief lays out strategy
Versione italiana: Capo della guerriglia di al-Qaeda espone la sua strategia


ANGORADA, Sud-Waziristan, zone frontalière avec l'Afghanistan – lors d'une rencontre de haut niveau le 9 octobre dernier, au palais présidentiel, entre les dirigeants civils et militaires du Pakistan, le feu vert a été donné à une opération militaire contre les talibans pakistanais et Al Qaïda dans la zone tribale du Sud-Waziristan  – définie par les experts comme le berceau de tous les conflits régionaux.
Au même moment, Al Qaïda escalade sa stratégie sur le théâtre de guerre de l’ Asie du sud, qui fait partie de sa campagne plus large contre l'hégémonie mondiale usaméricaine qui a commencé avec les attaques du 11 septembre 2001 aux USA.
La cible d'Al Qaïda restent les USA et ses alliés, tels que l'Europe, Israël et l'Inde, et elle n'envisage pas de diluer sa stratégie en englobant les résistances musulmanes locales. Dans ce contexte, l'activité militante au Pakistan est plutôt perçue comme une source de complications que comme faisant partie de la stratégie d'Al Qaïda.
Les militants ont été particulièrement actifs ces derniers jours. Jeudi dernier, une voiture chargée d'explosifs s’est écrasée contre le mur d'enceinte de l'ambassade indienne à Kaboul, la capitale de l’Afghanistan, tuant au moins 17 personnes. Puis samedi, des militants ont organisé une attaque audacieuse contre l'état-major de l'armée pakistanaise à Rawalpindi, la ville jumelle de la capitale, Islamabad. Lundi, un attentat suicide a eu lieu dans un bourg de la vallée de Swat, tuant 41 personnes et en blessant 45 autres.
Le Pakistan se trouve dans une phase critique avec des forces armées qui n'ont jamais été si nombreuses  (presque tout un corps d’armée, avec 60 000 hommes), rassemblées autour du Sud-Waziristan pour déloger le Pakistan Tehrik-e-taliban (PTT) – la Fédération des groupes talibans pakistanais -, Al Qaïda et leurs alliés des zones tribales pakistanaises.
En ces temps de tension, Mohammad Ilyas Kashmiri, un dirigeant d'Al Qaïda qui, selon les renseignements usaméricains, est à la tête des opérations militaires d'Al Qaïda et dont la mort a été faussement confirmée lors d'une récente attaque par un drone usaméricain Predator dans le Nord-Waziristan, a accordé un entretien à Asia Times Online.
Il a invité ce correspondant à se rendre dans une cache secrète dans la zone du Sud-Waziristan à la frontière avec l'Afghanistan, survolée en permanence par  des drones.
C'est une première historique que cette rencontre d'Ilyas avec les médias, depuis qu'il a rejoint Al Qaïda en 2005. C’est un commandant vétéran de la lutte contre l'Inde pour le Cachemire divisé.
Ces derniers mois, les militants semblent avoir connu des revers. Plusieurs personnalités dirigeantes ont été tuées lors d'attaques de drones au Pakistan, comme Oussama Al Kini, de nationalité kenyane et chef des opérations extérieures d'Al Qaïda, Khalid Habid, le commandant de Lashkar Al Zil, l'Armée des Ombres, la force combattante d'Al Qaïda ; Tahir Youldachev, le dirigeant du Mouvement islamique d'Ouzbekistan lié à Al Qaïda ; Baitullah Mehsud, dirigeant du PTT et plusieurs autres.
Les talibans pakistanais ont également reçu des coups de la part des militaires dans les zones tribales et urbaines. Des négociations étaient également en cours pour conclure des accords de paix avec des commandants talibans dans diverses provinces afghanes.
Puis la semaine dernière, au moins neuf soldats US et plusieurs douzaines de soldats de l'Armée Nationale Afghane (ANA) ont été tués dans un raid sur un avant-poste dans la province du Nuristan, tandis que plus de 30 officiers et soldats de l'ANA étaient capturés par les talibans.
Cette attaque a été complétée par une série d'autres attaques sur les bases de l’OTAN dans les provinces du sud-est de Khost, Paktia et Paktika, forçant le Général US Stanley Mc Chrystal [commandant des forces d’invasion, NdE] à retirer toutes ses troupes des postes isolés dans les zones éloignées de ces provinces pour les repositionner dans des centres plus peuplés.
Ce qui a libéré un immense espace d’opérations pour les talibans, et signifie que si le Pakistan conduit des opérations dans le Sud-Waziristan, les militants pourront facilement traverses la frontière pour  trouver refuge du côté afghan.
Les attaques de ces derniers jours ont également montré que les militants sont toujours capables de frapper des cibles importantes, presque à volonté. Elles signifient également une reconfiguration du théâtre de guerre, car le Pakistan devra transférer ses troupes du front oriental (Inde) vers le front occidental (Afghanistan), puisque les talibans sont désormais l'ennemi numéro un.
Washington prévoit d'envoyer au moins 40 000 hommes supplémentaires en Afghanistan tandis que l'Inde complètera ces efforts avec ses services de renseignements et son expertise militaire contre l'ennemi commun, les groupes militants musulmans.
La bataille à venir
Ilyas Kashmiri a donné son avis sur ce à quoi va ressembler la prochaine bataille, quelles seront les cibles et quelle en sera l'influence sur l'Occident en rapport avec la déstabilisation d'un État musulman comme le Pakistan.
Le contact avec Asia Times Online a débuté par un appel téléphonique de militants le 6 octobre, invitant ce correspondant à se rendre dans la ville de Mir Ali dans le Nord-Waziristan. Aucune raison ne fut donnée pour ce rendez-vous. Le jour suivant, je me suis donc rendu à Mir Ali, une ville qui a été fortement attaquée par les drones cette dernière année. Après plus de sept heures d'un voyage ininterrompu, je fus reçu par un groupe d'hommes armés qui m'a emmené dans une maison appartenant à un homme d'une tribu locale.
« Le commandant (Ilyas Kashmiri) est vivant. Vous savez que le commandant n'a encore jamais parlé aux médias, mais puisque tout le monde est persuadé de sa mort à cause d'une attaque de drone (en septembre), la Choura (conseil) d'Al Qaïda a décidé d’apporter un démenti à ces informations par un entretien d'Ilyas Kashmiri en personne avec un journal indépendant, et c'est pourquoi le conseil a convenu de faire appel à vous», m'a dit une personne que j’ai reconnue comme étant le personnage clé dans la fameuse Brigade 313 d'Ilyas, alors que j'entrais dans la maison sécurisée. La brigade, un rassemblement de groupes djuhadistes, a combattu de longues années contre l'Inde dans la partie du Cachemire occupée par l'Inde.
« Vous devrez rester dans cette pièce jusqu'à ce qu'on vous informe de la suite du plan. Vous pouvez entendre les drones voler au-dessus de votre tête, c'est pourquoi vous ne prendrez pas le risque de quitter la pièce. La région est remplie de talibans mais également d'informateurs qui, s'ils signalaient la présence d'étrangers dans une maison, pourraient entraîner une attaque de drone », m'a indiqué l'homme.
Le lendemain, j’ai été transféré dans une autre maison en un lieu inconnu, après environ 3 heures de route. Pendant tout ce temps, j'étais en permanence accompagné par une escorte armée. Je n'avais pas le droit de leur parler, et ils ne pouvaient pas non plus communiquer avec moi. J'étais entré dans le monde d'Al Qaïda. Finalement, tôt le matin du 9 octobre, quelques hommes armés sont arrivés dans une voiture blanche.
« Merci de laisser tous vos gadgets électroniques ici. Pas de téléphone portable, pas d'appareil photo, rien. Nous vous fournirons un stylo et du papier pour prendre des notes» , furent les ordres que je reçus. Après plusieurs heures d'un trajet très pénible, entre pistes boueuses et cols montagneux, nous sommes arrivés dans le lieu où je devais rencontrer Ilyas.
Après quelques heures d’attente, le bruit d'un puissant véhicule a soudain rompu le silence. Mon escorte et les hommes déjà présents dans la pièce ont pris rapidement position. Ils portaient tous des cartouchières et des AK-47.
Ilyas a fait son entrée. Une apparition saisissante : il mesure environ 1.83 m, portait un turban de couleur crème et un qameez shalwar (ensemble tunique et pantalon traditionnels) blanc, un AK-47 sur l'épaule et un bâton en bois dans une main, et encadré par des commandos de sa célèbre et irréductible Brigade 313.
Ilyas porte maintenant une longue barbe blanche teintée au henné. A l'âge de 45 ans, il reste bien bâti, même s'il porte des cicatrices de guerre – il a perdu un œil et un index. Quand nous nous sommes serrés la main, sa poignée était puissante.
L'hôte a immédiatement servi le déjeuner et nous nous sommes assis sur le sol pour manger.
« Alors, vous avez survécu à une troisième attaque de drone... Pourquoi l'Agence centrale de renseignements US (la CIA) vous recherche comme ça ? », lui ai-je demandé.
La question était quelque peu rhétorique. Il est l'un des commandants d'Al Qaïda le plus en vue, avec une prime sur sa tête de 50 millions de roupies (soit 600 000 $). Son rôle est défini différemment suivant les organisations des renseignements et les médias. Certains disent qu'il est le commandant en chef des opérations internationales d'Al Qaïda, tandis que d'autres disent qu'il est le chef de la branche militaire d'Al Qaïda.
Si aujourd'hui, Al Qaïda est divisé en trois sphères, Oussama Ben Laden est bien sûr le symbole du mouvement et son adjoint, Ayman Al Zawahiri détermine l'idéologie d'Al Qaïda et sa vision stratégique globale. Et Ilyas, avec son expertise inégalable de la guérilla, transforme la vision stratégique en réalité, fournit les ressources et fait en sorte que les objectifs soient atteints, mais il choisit de rester à l'arrière-plan et de garder un profil bas.
Ses bases et ses activités sont toujours restées enveloppées du voile du secret. Cependant, l'arrestation de cinq de ses hommes au Pakistan au début de cette année et leurs interrogatoires serrés subséquents ont aidé à lever le voile. Les informations qu'ils ont fournies ont provoqué des attaques de drones de la CIA contre lui : la première a eu lieu au mois de mai puis à nouveau le 7 septembre quand il fut déclaré mort par les renseignements pakistanais, et finalement le 14 septembre, attaque après laquelle la CIA indiqua qu'il était mort et déclara que c'était un grand succès pour la « guerre contre le terrorisme. »
« Ils ont raison de me poursuivre. Ils connaissent bien leur ennemi. Ils savent ce dont je suis réellement capable», a répondu fièrement Ilyas.
Né à Bimbur (l'ancienne Mirpur) le 10 février 1964, dans la vallée de Samhani, dans la partie du Cachemire administrée par le Pakistan, Ilyas a suivi la première année d'études en communication de masse à l'Université ouverte Allama Iqbal, à Islamabad. Il n'a pas continué à cause de son engagement important dans les activités djihadistes.
Le Mouvement de Libération du Cachemire a été sa première expérience dans le domaine du militantisme, puis le Harkat-ul Jihad-i-Islami (HUJI) et finalement sa légendaire Brigade 313. Cette dernière est devenue le groupe le plus puissant de l'Asie du sud et son réseau s'est fortement développé en Afghanistan, au Pakistan, au Cachemire, en Inde, au Népal et au Bangladesh. Selon certaines informations de la CIA, la Brigade 313 serait désormais basée en Europe et serait capable du genre d'attaques qui a vu une poignée de militants terroriser la cité indienne de Mumbai (Bombay) en novembre dernier.
Il y a peu de documents sur la vie d'Ilyas et ce qui a été raconté est souvent contradictoire. Cependant, il est invariablement décrit, certes par les agences de renseignements du monde entier, comme le dirigeant guérillero le plus efficace, le plus dangereux et le plus intelligent du monde.
Il a quitté le Cachemire en 2005 après sa seconde libération de détention par l'Inter-Services Intelligence (les services de renseignements du Pakistan - ISI) et est parti pour le Nord-Waziristan. Il avait été arrêté auparavant par les forces indiennes, mais il s’évada de prison et s'enfuit. Il est alors détenu par l'ISI en tant que cerveau soupçonné d'une attaque contre le Président de l'époque, Parviz Musharraf, en 2003 mais est acquitté et libéré. L'ISI arrête à nouveau Ilyas en 2005 après qu'il eut refusé d'arrêter ses opérations au Cachemire.
Son installation dans les zones agitées de la frontière  a donné des frissons à Washington quand ils réalisèrent qu'avec sa grande expérience, il pourrait transformer les modes d’engagement peu sophistiqués des guérilleros afghans en une guerre de guérilla moderne et audacieuse.
Les succès d'Ilyas parlent d'eux-mêmes. En 1994, il a lancé l'opération Al Hadid dans la capitale indienne New Delhi, pour faire relâcher certains de ses camarades djihadistes. Son groupe constitué de 25 personnes comprenait Cheikh Omar Saeed (le kidnappeur du journaliste US, Daniel Pearl, à Karachi en 2002) comme adjoint. Le groupe a enlevé plusieurs étrangers, y compris des touristes usaméricains, israéliens et britanniques et les a emmené à Ghaziabad près de Delhi. Ils ont alors demandé que les autorités indiennes relâchent leurs collègues mais au lieu de cela, celles-ci attaquèrent leur planque. Cheikh Omar fut blessé et arrêté. (Il fut plus tard libéré en échange de passagers d'un avion indien détourné). Ilyas put s’enfuir sans être blessé.
Le 25 février 2000, l'armée indienne tua 14 civils dans le village de Lonjot dans la partie du Cachemire administrée par le Pakistan après que des commandos eurent traversé la ligne de contrôle (LoC) séparant les deux Cachemires. Ils revinrent du côté indien avec des filles pakistanaises qu'ils avaient kidnappées et envoyèrent les têtes coupées de trois d'entre elles aux soldats pakistanais.
Le jour suivant, Ilyas mena une opération de guérilla contre l'armée indienne dans le secteur de Nakyal après avoir traversé la LoC avec 25 combattants de la Brigade 313. Ils kidnappèrent un officier de l'armée indienne qui fut plus tard décapité – sa tête fut exhibée dans les souks de Kotli en territoire pakistanais.
Cependant, l'opération la plus significative d'Ilyas eut lieu contre le cantonnement d'Aknor dans le Cachemire sous occupation indienne, contre les forces armées indiennes, suite au massacre de musulmans dans la ville indienne de Gujarat en 2002. Lors d'attaques intelligemment préparées impliquant la Brigade 313 divisée en deux groupes, des généraux, des brigadiers et d'autres officiers supérieurs indiens furent attirés sur la scène de la première attaque. Deux généraux furent blessés (l'armée pakistanaise n'a pas réussi à blesser un seul général indien en trois guerres) et plusieurs brigadiers et colonels furent tués. Ce fut un des plus impressionnants revers pour l'Inde dans la longue insurrection en cours au Cachemire.
Malgré ce qu'ont indiqué certains rapports, Ilyas n'a jamais fait partie des forces spéciales du Pakistan, ni non plus de l'armée. En presque 30 ans, depuis qu’il rejoignit le djihad afghan contre les Soviétiques dà partir de la plate-forme de l'HUJI, il a pu développer ses compétences en guerre de guérilla en explosifs.
Dans les mois qui ont immédiatement suivi son arrivée sur le théâtre de guerre afghan en 2005, Kashmiri a redéfini l'insurrection dirigée par les talibans, basée sur la stratégie à trois objectifs de la guerre de guérilla mise en place par le légendaire général vietnamien Vo Nguyen Giap. Pour les talibans, l'important était de se positionner de manière à couper les lignes de ravitaillement de l'OTAN depuis les quatre côtés de l'Afghanistan et d'effectuer des opérations spéciales en Afghanistan, semblables à l'attaque de Mumbai.
Au fil des années, Ilyas a délibérément adopté un profil bas dans la hiérarchie des militants. Ses attaques sont exactement à l’opposé, bien qu'il n'ait jamais publié de déclaration ni n'ait revendiqué de responsabilité pour aucune opération.
On pense que sa Brigade 313 est le catalyseur des opérations à forte visibilité telles que celle de Mumbai et d'autres en Afghanistan, ainsi que des opérations d'Al Qaïda en Somalie et dans une certaine mesure, en Irak.
« Pensez-vous que la prochaine opération au Sud-Waziristan sera la ‘mère de toutes les opération’ dans la région, comme le disent certains experts ?», lui ai-je demandé après que eussions ayons fini de déjeuner et que je me trouvais seul avec Ilyas et son fidèle confident.
« Je ne sais pas comment jouer avec les mots pendant un entretien », répondit Ilyas. « J'ai toujours été un commandant de terrain et je connais la langue du champs de bataille. Je vais essayer de répondre à vos questions dans la langue que je connais. » (Ilyas a parlé principalement en urdu, mélangé de Panjâbî).
« Saleem ! J'attirerai votre attention sur les données de base de l’actuel théâtre de guerre et j’utiliserai cela pour expliquer toute la stratégie des batailles à venir. Ceux qui ont planifié cette bataille ont en fait pour but d'amener le plus grand Satan du monde (les USA) et ses alliés dans ce piège et ce bourbier (l'Afghanistan). L'Afghanistan est un endroit au monde unique, où le chasseur a le choix entre toutes sortes de pièges. »
« Ça peut aussi bien être le désert, que les rivières que les montagnes ou même les centres urbains. C'était la pensée des planificateurs de cette guerre qui en avaient marre des intrigues internationales du grand Satan et ils œuvrent à sa fin pour faire de ce monde un lieu de paix et de justice. Cependant, le grand Satan était plein d'arrogance pour sa supériorité et pensait que les Afghans n'était qu'un ramassis de statues impuissantes qui seraient frappé des quatre côtés par leurs machines de guerre et qu'il n'auraient ni le pouvoir ni la capacité de réagir.
« C'est dans cette illusion qu'une grande alliance de puissances mondiales est venue en Afghanistan, mais, à cause de leurs conceptions mal placées, elles se sont petit à petit retrouvées piégées en Afghanistan. Aujourd'hui, l'OTAN n'a aucune importance ni pertinence ici. Ils ont perdu la guerre en Afghanistan. Et quand ils ont réalisé leur défaite, ils ont mis l'accent sur le fait que toute cette bataille se jouait depuis l'extérieur de l'Afghanistan, c'est à dire, depuis les deux Waziristan. Pour moi, cette thèse militaire est un mirage qui a créé une situation complexe dans la région et a engendré des réactions et des contre-réactions. Je ne veux pas entrer dans les détails mais pour moi, tout cela ne servait qu'à faire diversion. Pour moi en tant que commandant militaire, la réalité est que le piège de l'Afghanistan a fonctionné et que les objectifs militaires de base sur le terrain ont été atteints», dit  Ilyas.
J'ai répliqué que repositionnement de la Brigade 313 du Cachemire [en Afghanistan/Waziristan, NdE] était elle-même une preuve que des mains étrangères étaient impliquées en Afghanistan.
« La base même de votre argument est fausse : que cette guerre serait menée depuis l'extérieur de l'Afghanistan. C’est là qu'une compréhension sortie du contexte, de l'entière situation. En ce qui me concerne et en ce qui concerne la Brigade 313, j'ai décidé de rejoindre la résistance afghane en tant qu'individu et j'avais une bonne raison pour cela. Chacun sait qu'il y a juste une décennie, je menais une guerre pour la libération de ma patrie, le Cachemire.
« Cependant, j'ai réalisé que des décennies de luttes armées et politiques ne pourraient pas aider à la résolution de ce problème. Néanmoins, le problème du Timor oriental a été résolu sans que soit perdu autant de temps. Pourquoi ? Parce que tout le jeu se trouvait entre les mains du grand Satan, les USA. Des organes tels que les Nations Unies et des pays comme l'Inde et Israël n'étaient que le prolongement de ses ressources et c'est pourquoi ce fut un échec pour la résolution du problème palestinien, du problème du Cachemire et du bourbier en Afghanistan.
« Ainsi, j'ai réalisé, comme beaucoup de gens dans le monde, qu'analyser la situation dans une perspective politique régionale étroite était une approche incorrecte. C'est une partie de match entièrement différente pour laquelle une stratégie unifiée est obligatoire. La défaite de l'hégémonie mondiale usaméricaine est indispensable si je veux la libération de ma patrie, le Cachemire et ce qui explique la raison de ma présence sur ce théâtre de guerre. »
Ilyas a continué : « Quand je suis venu ici, j'ai découvert que ma présence ici était justifiée : la façon dont les puissances régionales du monde opèrent sous le parapluie du grand Satan et comment elles soutiennent ses grands projets. Tout cela peut être perçu d'ici, en Afghanistan. » Il ajouta que la stratégie de guerre régionale d'Al Qaïda, dans laquelle ils ont frappé des cibles indiennes, est en fait d’amputer la puissance américaine.
« Le RAW (Research and Analysing Wing : l'agence de renseignements extérieurs de l'Inde) a des centres de commandement de détachement dans les provinces afghanes de Kunar, de Jalalabad, de Khost, d'Argun, de Helmand et de Kandahar. Les opérations de couverture sont des entreprises de construction routière. Par exemple, le contrat de construction de la route depuis la ville de Khost jusqu'à la zone tribale de Tanai est traité par un entrepreneur qui est en fait un colonel de l'armée indienne. À Gardez, des entreprises de télécommunications sont la couverture pour des opérations de renseignements indiens. La plupart du temps, leurs hommes opèrent avec des noms musulmans mais en fait, les employés sont hindous. »
« Le monde doit-il s'attendre à plus d'attaques du style de celles de Mumbai ? », lui ai-je demandé.
« Ce n’était rien comparé à ce qui a déjà été planifié pour l'avenir», a répondu Ilyas.
« Même contre Israël et les USA ? », ai-je demandé.
« Saleem, je ne suis pas un mollah traditionnel du djihad, qui se gargarise de slogans. En tant que commandant militaire, je dirais que chaque objectif a un temps et une raison précis et les réponses viendront en conséquence», répond Ilyas.
Alors que je notais les réponses de Kashmiri, je pensais à ces années passées quand il était encore le chéri des forces armées pakistanaises, leur fierté. Les officiers militaires les plus importants étaient fiers de le rencontrer dans sa base au Cachemire, ils passaient du temps avec lui à écouter les légendes de ses exploits militaires. Aujourd'hui, j'ai une personne différente en face de moi – un homme condamné en tant que terroriste par l’establishment militaire pakistanais, qui n’a qu’un  souhait : sa mort.
« Qu'est-ce qui vous a poussé à rejoindre Al Qaïda ? », ai-je demandé .
« Nous étions tous les deux victimes du même tyran, le monde musulman en a assez des Usaméricains et c'est pourquoi ils sont d’accord avec Cheikh Oussama. Si on demandait au monde musulman d'élire un dirigeant, il choisirait soit Mollah Omar (le dirigeant des Talibans) soit cheikh Oussama», a dit Ilyas.
« Si cela est vrai, pourquoi une partie des militants font-ils la guerre à des États musulmans comme le Pakistan ? Est-ce que vous pensez que c’est correct ? »
« Notre bataille ne peut pas être contre les Musulmans et les croyants. Comme je l'ai mentionné auparavant, ce qui se passe en ce moment dans le monde musulman est une complexité causée par les jeux de pouvoir usaméricains qui ont provoqué des réactions et des contre-réactions. C'est un débat totalement différent et ceci peut me dévier du sujet réel. Le jeu réel est le combat contre le grand Satan et ses partisans », a répondu Ilyas.
« Qu'est-ce qui vous a fait passer du rôle de meilleur ami bien-aimé à celui d'ennemi le plus détesté aux les yeux de l’establishment militaire pakistanais ? », ai-je demandé .
«  Le Pakistan est mon pays bien-aimé et les gens qui vivent là-bas sont nos frères, nos sœurs et nos parents. Je ne peux pas imaginer agir contre ses intérêts. L'armée pakistanaise n'a jamais été contre moi   mais certains éléments m'ont désigné comme ennemi afin de dissimuler leurs faiblesses et pour apaiser leurs maîtres», a répondu Ilyas .
« Qu'est ce que la Brigade 313 ? », ai-je demandé.
« Je ne peux pas vous le dire, seulement que la guerre est une question de tactique et c'est tout ce dont il s'agit : lire les pensées de l'ennemi et réagir en conséquence. Le monde pensait que le Prophète Mahomet n'avait laissé que des femmes derrière lui. Ils ont oublié qu’il y avait aussi de vrais hommes qui ne savaient pas ce que la défaite signifiait. Le monde ne connaît que des soi-disant Musulmans, qui ne suivent que la direction du vent et qui n'ont aucune volonté propre. Ils n'ont pas de pensées ou de dimensions propres. Le monde attend encore de voir de vrais Musulmans. Jusqu'à présent, ils n'ont vu qu’Oussama et Mollah Omar, alors qu'il y en a des milliers d'autres. Les loups ne respectent que le coup de patte  du lion ; les lions ne se laissent pas impressionner avec la logique d'un mouton », dit Ilyas.
La conversation se termine alors que la nuit tombe. Le lendemain, un couvre-feu devait être imposé imposé au Nord-Waziristan en préparation de la grande opération dans la région, et je devais quitter la zone. Ilyas devait également partir vers une nouvelle destination, comme il le fait de façon régulière, pour se cacher aux yeux des drones Predator.

Karachi, 28 juin 2009

mardi 25 août 2009

Afghanistan : Une bombe silencieuse

par Juan GELMAN, 23/8/2009. Traduit par Gérard Jugant, édité par Fausto Giudice , Tlaxcala

Peu d’entre vous se souviennent sans doute que Laura Bush joua à la féministe extrême quand elle plaida pour la guerre en Afghanistan pour en terminer avec “l’oppression des femmes” sous les talibans. Il y eut toute une campagne internationale préalable en faveur des droits bafoués des femmes afghanes et leur “libération” a été un des arguments avancés par les USA et leurs alliés pour envahir l’Afghanistan le 7 octobre 2001. Comme on le sait, le régime taliban fut renversé en novembre, et en décembre fut mis en place un gouvernement de transition dirigé par Hamid Karzaï, élu président par le vote populaire en 2004 et peut-être réélu aux élections de jeudi dernier.

Le statut des femmes était plus que dur et humiliant sous le régime taliban. Dès l’âge de 8 ans il leur était interdit d’entrer en contact avec un homme qui ne soit pas de leur famille. Les femmes ne devaient pas marcher seules dans la ruesni parler à voix haute en public ni ne pouvaient se pencher au balcon de leur maison, ni étudier, ni travailler, ni aller en bicyclette ou en motocyclette ou dans un taxi à visage découvert, elles devaient porter la burqa et de fait vivaient aux arrêts domiciliaires. Le châtiment pour celles qui violaient ces normes était public et cruel. Presque huit ans après le renversement du système, les choses ne se sont pas beaucoup améliorées.

Bien sûr quelques femmes occupent des sièges au Parlement afghan et des millions de filles vont maintenant à l’école primaire. Mais les restrictions augmentent pour les études secondaires : seulement 4 pour cent d’entre elles les terminent. “La violence contre les femmes est endémique, elles sont menacées en public et plusieurs ont été assassinées” (The Washington Post, 18.8.09). Le “démocrate” Karzaï a aggravé cette situation.


Sitara Achakzai, assassinée à en Kandahar en avril 2009


Le 27 juillet dernier, profitant peut-être du fracas de la guerre, il a placé une bombe silencieuse : la loi du statut personnel chiite, qui permet aux hommes chiites de priver leur femme de nourriture et de soutien si elles se refusent à leurs exigences sexuelles quand ils les manifestent. Les droits de garde des enfants restent aux mains des pères et des grands-parents et elles doivent demander la permission à leurs maris pour travailler. Cette loi est en vigueur pour la minorité chiite du pays et viole l’article 22 de la nouvelle Constitution afghane qui stipule qu’hommes et femmes “ont les mêmes droits et obligations devant la loi”. Elle transgresse aussi la Convention des Nations Unies sur l’élimination de toutes les formes de discrimination contre les femmes, dont l’Afghanistan est signataire. Et plus, en clair : elle réimpose un régime familial que les talibans applaudiraient.

Karzaï avait fait une première tentative de promulguer ces règlements début avril de cette année, mais la protestation internationale l’obligea à promettre des modifications et quelques corrections furent effectivement introduites. Plutôt dans sa rédaction : “Des experts de la loi islamique et des militants des droits humains déclarent que, bien que le texte de la loi ait été changé, bien des dispositions qui avaient alarmé les groupes pour les droits des femmes sont conservées ” (The Guardian, 15.8.09). Par exemple, celle du tamkin-signalée plus haut-qui qualifie de “désobéissante” la femme qui ne montre pas de promptitude à satisfaire le désir sexuel de son mari et qui reçoit en conséquence la pénalité suivante : pas de sexe, pas de nourriture.

Le président afghan a pris cette mesure dans le but de gagner l’appui électoral des chiites face à l’augmentation alarmante de la popularité de son principal adversaire, Abdullah Abdullah, qui est passé en deux mois de 7 à 26 pour cent des intentions de vote. En dépit de ses promesses d’améliorer la situation des Afghanes, Karzaï a choisi de satisfaire ceux qui pensent encore que la femme est un objet jetable. Durant la campagne électorale il a courtisé l’ayatollah Mohseni qui se considère lui-même comme le leader des chiites du pays, et d’autres dirigeants musulmans de ligne dure. La conséquence serait cette loi.

« Karzaï a conclu le traité impensable de vente des femmes afghanes en échange de l’appui des fondamentalistes aux élections du 20 août », souligne Brad Adams, directeur pour l’Asie de Human Rights Watch (Reuters, 14.8.09). « On supposait que ce genre de loi barbare », ajoute t-il, « avait été reléguée au passé avec le renversement des talibans en 2001. » Beaucoup de détracteurs de la loi ont reçu des menaces de mort, qui ont été exécutées dans le cas de Sitara Achakzai, une éminente défenseuse des droits de la femme qui a été assassinée par balles à Kandahar (www.hrw.org, 15.4.09). Mais l’Occident n’a pas encore réagi devant les nouvelles dispositions. Peut-être parce qu’Obama a souligné que la guerre en Afghanistan est non seulement juste, mais encore nécessaire.

vendredi 12 décembre 2008

Message à Obama : l'Afghanistan n'est pas l'Irak

par Abdelbari ATWAN عبد الباري عطوان , Al Quds Al Arabi, 10/12/2008
Traduit par Tafsut Aït Baamrane,
Tlaxcala
Original :
لى اوباما: افغانستان ليست العراق


Le nouveau président Barack Obama prévoit de retirer les forces US d'Irak et d'envoyer 20 000 hommes de plus en Afghanistan. Il croit que la situation peut y être réglée militairement en toute facilité.Mais les talibans viennent de brûler plus de 100 véhicules destinés au ravitaillement des 60 000 soldats de l'OTAN éparpillés dans le pays.Cet incendie révèle la difficulté de la tâche du nouveau président face aux priorités à choisir.


Le mouvement des talibans, soutenu par la tribu des Pachtounes, considérée, avec ses 40 millions de ressortissants entre Afghanistan et Pakistan, comme la plus grande tribu au monde dépourvue d'État, contrôle 70% du territoire afghan et s'apprête à frapper aux portes de la capitale au printemps prochain. Il est en train de concentrer ses troupes en prévision de la grande offensive.

La force de ce mouvement vient essentiellement des facteurs suivants :

1° - Sa direction en Afghanistan, symbolisée par le Mollah Mohamed Omar, l'homme fort au-dessus de toutes les contingences – il refuse d'être photographié ou filmé -, qui vit comme un ermite. Il a déclaré dans son discours prononcé pour l'Aïd qu'il refuse toute médiation et toute réconciliation, tant que le pays sera occupé et qu'il s'en tiendra à la résistance comme choix unique pour en finir avec l'occupation.

2° - Ce mouvement a ouvert un nouveau front au Pakistan sous le nom de "Talibans du Pakistan", sous la direction du Beyaa' (chef désigné par la choura) Allah Massoud. Ce mouvement a quatre millions de supporters dont 80 000 armés, prêts au martyre contre les Usaméricains.

3°- Ce mouvement a tiré profit de l'expérience en matière militaire et de communication acquise par Al Qaïda en Irak. Cela se reflète bien dans le grand nombre de soldats de l'OTAN tués (800) soit par des attentats-suicide soit par des bombes télécommandées explosant au passage de troupes de l'OTAN.

4°- Les bombardements aériens US sur les cibles talibans et d'Al Qaïda en territoire pakistanais dans les provinces tribales font souvent des morts parmi les civils innocents, ce qui accroît la colère de la population, facilite la circulation des talibans et leur apporte de nouvelles recrues.

5° - Dans l'instabilité interne et face à la corruption de leurs dirigeants, la majorité des Pakistanais soutiennent Al Qaïda et les talibans. Le président pakistanais a passé plus de 13 ans en prison pour corruption.

6° - Les services de renseignement pakistanais soutiennent en secret les talibans. Il est vrai que les dirigeants de ces services sont liés aux dirigeants politiques du pays et soutiennent la guerre US contre le terrorisme mais il est aussi vrai que la plupart des officiers et des sous-officiers sympathisent avec les talibans.

7° - La faiblesse du gouvernement central de Kaboul, pourri jusqu'à la moelle. Des journaux US ont évoqué le frère du président Karzaï, mouillé dans le trafic de drogue.Les seigneurs de guerre qui avaient été écartés par les talibans se sont tous recyclés au parlement ou à de hauts postes au gouvernement. Ils sont connus pour leur passé de bandits de grands chemins, de gangsters et de narcotrafiquants.
On dit que la tactique du général Petraeus – qui vient d'être nommé chef du CENTCOM, le commandement militaire US pour le Moyen-Orient et l'Asie centrale - en Irak, consistant à créer la "Sahwa" (brigades de supplétifs de l'armée US chargées de la lutte contre Al Qaïda, NdT) a entraîné une baisse des actes de résistance et a éliminé Al Qaïda de l'Irak (l'auteur sous-entend que Petraeus pourrait appliquer la même tactique en Afghanistan).




Guerriers pachtounes, XIXe siècle


La comparaison entre l'Afghanistan et l'Irak ne tient pas la route, pour plusieurs raisons, qui ont à voir avec la démographie, la géographie et l'histoire, que nous résumerons ainsi :

1° - Les terres montagneuses et le climat afghans sont rudes, les hivers glaciaux, tout le contraire de l'Irak.

2° - L'Afghanistan est comme le nombril de l'Asie, entouré de sept Etats, dont la plupart ne sont pas en conflit entre eux, et on peut donc circuler entre ses frontières, faire passer armes et combattants en toute facilité, tout le contraire de l'Irak, entouré de pays opposés à sa résistance et à Al Qaïda, pro-US pour la plupart (Arabie saoudite, Koweït, Jordanie, Iran, Turquie). La seule exception était la Syrie, mais les Usaméricains sont arrivés à fermer ses frontières aux volontaires pour la résistance et la Syrie a rouvert son ambassade à Bagdad.

3° - Les talibans sont dans leur espace naturel. La grande majorité des Afghans sont des islamistes extrémistes qui suivent la doctrine sunnite hanéfite et sont proches de la vision wahhabite rigoureuse, alors que la résistance islamique et Al Qaïda en particulier ont trouvé en Irak un pays régi par des règles laïques depuis plus de cent ans, où l'islamisme n'a jamais été toléré et à même été combattu par les moyens les plus féroces.



Défilé de harkis des brigades de la "Sahwa" portant le portrait de leur Chef Suprême, le Cheikh Ahmed Abou Richa, que l'on peut voir ci-dessous avec son Protecteur Suprême, W.

4° - Il est pratiquement impossible de créer des brigades "Sahwa" en Afghanistan; le peuple afghan n'en veut pas. Il refuse de coopérer avec les occupants et il reste attaché aux hautes valeurs de l'Islam. Il n'est jamais arrivé qu'un seul combattant arabe ou taliban ait été livré aux occupants. Les Pachtounes ont un code d'honneur, le pachtounwali1, qui interdit de livrer un Musulman venu demander asile chez eux. C'est pourquoi il a été impossible à ce jour de tuer ou d'arrêter les deux cheikhs, Oussama et Mollah Omar, et que toutes les tentatives pour tuer le troisième, le Dr. Ayman Zawahiri, ont échoué. Il faut rappeler que le Mollah Omar a préféré perdre le pouvoir que livrer son hôte, le dirigeant d'Al Qaïda, alors que les "zaïms" (présidents) du "nouvel" Irak, qu'ils soient sunnites, chiites ou kurdes, se sont comportés comme des chiens face à l'occupant pour avoir des postes dans le nouveau gouvernement.

Obama va au-devant de jours difficiles en Afghanistan. Les forces d'occupation y ont subi de graves pertes et une déroute amère. Ce qui est arrivé aux Britanniques deux fois et aux Soviétiques une fois attend aussi les Usaméricains. Hamid Karzaï mendie une réconciliation aux talibans. Il est pour cela même prêt à quitter le pouvoir qu'il n'a pas.Il se prépare même à retourner dans son exil occidental, après avoir été l'enfant gâté de l'Occident et de l'Usamérique. Le seul point commun entre l'Afghanistan et l'Irak, à part l'occupation US, c'est que les pouvoirs mis en place par l'Usamérique n'y resteront pas un seul jour en place une fois que celle-ci sera partie. Quiconque visite Londres ces jours-ci peut s'y rendre compte que les dirigeants irakiens sont en train d'arranger leurs affaires familiales, financières et immobilières.


1 - Le pachtounwali est l'ancestrale loi orale des Pachtounes, qui régit leurs actions et les rapports au sein de la tribu. Il repose sur 3 principes : l'hospitalité due à tout visiteur; la protection pour tout individu qui la demande; la réciprocité pour tout acte (y compris, en cas d'offense subie, l'application de la loi du talion. « Œil pour œil, dent pour dent ») [NdT]

dimanche 24 août 2008

Guerre d'Afghanistan : les Belges bougent, les Français restent cois

Bruxelles, jeudi 28 août 2008 de 17 à 18h30
Action de protestation contre l'envoi de F16 et de troupes belges
vers l'Afghanistan
devant le Ministère de la Défense(coin de l'avenue du Régent et de la Rue Belliart, Métro Trône)

Quelques jours avant que les F-16 belges et les troupes supplémentaires ne soient opérationnelles en Afghanistan, faisons tous savoir au ministre de la Défense De Crem que nous nous ne voulons pas de cet entraînement de notre pays dans laguerre.
L'action de protestation est basée surla pétition 'Pas de F-16 en Afghanistan', qui a déjà recueilli des milliers de signatures et que vous pouvez toujours
signer sur le site de la CNAPD
Avec des calicots, des animations, des prises de parole...
Venez nombreux et n'hésitez pas à solliciter la présence de vos amis et connaissances.
Un appel de Intal, Vrede et d'autres organisations

jeudi 21 août 2008

Et la France profonde découvre qu’elle est en guerre

par Fausto Giudice, Basta !, 21 Août 2008

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Le 20 Août, en pleines vacances, alors que le bon peuple de France se traînait nonchalamment entre les pages bondées et les écrans de télé pour suivre les prouesses des athlètes à Pékin, tentant de maîtriser le stress qui commençait à le prendre à l’idée qu’il allait bientôt devoir reprendre le chemin du « travailler plus pour gagner moins », la nouvelle a éclaté comme un coup de tonnerre dans un ciel serein : 10 valeureux jeunes soldats français sont morts dans le lointain Afghanistan, dans une embuscade tendue par les horribles Talibans à 50 km à peine de Kaboul. Ce qui a porté à 22 le nombre de soldats français tués depuis 2002. ce qui est peu par rapport aux 100 soldats britanniques tués. Et n’est rien par rapport aux milliers d’Afghans tués. Et par Afghans, j’entends hommes armés, hommes désarmés, femmes, enfants, vieillards.
Et le bon peuple a ainsi découvert que son armée était engagée en Afghanistan, et qu’elle y faisait la guerre. Il aura fallu six ans pour que les Français se rendent compte qu’ils étaient, à leur corps défendant, engagés dans une guerre.
Une guerre mondiale ?
Pas tout à a fait.
Une guerre locale ?
Pas non plus.
Non, une « guerre des mondes ».
Deux mondes s’opposent dans les montagnes et les plaines d’Afghanistan : d’un côté, il y a les bons, la « Coalition » regroupant 70 000 soldats d’une quarantaine de pays. Officiellement, ils ne sont pas là pour faire la guerre, mais pour faire la paix, pour reconstruire le pays et, surtout, pour libérer les femmes, ces malheureuses Afghanes enfermées dans des voiles-cages. De l’autre côté, il y a les « méchants », les barbus, les « terroristes », les « talibans », « Al Qaïda ». Donc, ces soldats sont aussi là pour combattre le terrorisme. C’est ce que George Bush appelle « la guerre mondiale contre le terrorisme », « Global war against terror ». Sauf que les "terroristes" afghans bénéficient apparemment du soutien d'une très grande partie d ela population.
Depuis six ans que cette guerre dure, l’opinion française s’en est fichue comme de sa dernière culotte, de cette guerre qui n’est pas une guerre. La gauche et l’extrême-gauche n’ont pas organisé une seule manifestation. Rien, rien, rien. Silence radio et consensus total. Cela n’a guère été différent en Espagne et en Italie, où la gauche institutionnelle a retiré ses troupes d’Irak pour mieux les engager en Afghanistan. Il y a eu plus de remous en Allemagne, au Danemark, en Suède, en Norvège et au Canada, mais sans grandes incidences sur le cours des choses : « j’y suis, j’y reste », telle est la devise de la Coalition baptisée ISAF/FIAS.
De fait, les alliés des USA sont chargés de boulot du soutien logistique et civil, en quelque sorte du « service au sol » pour les boys US qui, eux, font le sale boulot, ou du moins sont censés le faire, c’est-à-dire prenant sur eux de commettre crimes de guerre et autres bombardements de population civiles avec des bombes à l'uranium appauvri.
Les Français et les Européens, eux, tentent de garder les mains propres et essayent plutôt de creuser des puits et d’accoucher des femmes.
Mais qu’allaient donc faire les soldats français dans cette galère,, se demande soudain M. Dupont-Durand. Un « travail indispensable », a répondu le Président. Et son ministre Bockel d’appeler à « l’union nationale », disant que l’heure n’était pas aux critiques.
C’est que la gauche et l’extrême-gauche semblent s‘être soudain réveillées : le PCF et la LCR demandent un retrait des troupes, le PS se contente de dire qu’il faudrait « rééxaminer la mission des soldats français en Afghanistan ». Le Front national est le plus virulent dans la dénonciation de cette guerre qui ne dit pas son nom.
Le 21 Août 1968, il y a exactement quarante ans, les chars soviétiques et est-allemands du pacte de Varsovie pénétraient dans Prague, mettant fin à un printemps trop court. Les jeunes Tchèques écrivirent sur les murs : « Lénine, réveille-toi, ils sont devenus fous » et chantèrent aux soldats soviétiques une chanson de leur composition dont le refrain disait : « Ivan, rentre chez toi, Natacha t’attend ».
Les résistants afghans devraient aller écrire sur les murs des baraquements français à Kaboul : « Jaurès, réveille-toi, ils sont devenus fous. »
Jean Jaurès, l’homme qui osa dire non à l’Union sacrée pour la guerre en 1914 et le paya de sa vie. Jean Jaurès, que le candidat Sarkozy se fit fort de citer dans ses discours écrits par Henri Guaino.
Et
les résistants afghans pourraient chanter : « Kevin, rentre chez toi, Jessica t’attend ».
NOTE À L'USAGE DES BLOGUEURS ET WEBMASTERS : prière, en cas de reprise, de mentionner la source de l'article COMME CECI : Basta ! Journal de marche zapatiste, http://azls.blogspot.com. Merci.

mercredi 23 juillet 2008

Anthropologie, contre-insurrection et terrorisme global

Une science humaine « embarquée »
par Gilberto LóPEZ Y RIVAS, Contexto Latinoamericano, janvier 2008. Traduit par Regina Caillat-Grenier, révisé par Fausto Giudice, Tlaxcala

Le 5 octobre 2007, le New York Times a publié un article de David Rohde (Army Enlists Anthropology in War Zones”, “L’Armée enrôle l’anthropologie dans les zones de guerre”), à propos de ce que les militaires usaméricains considèrent comme la “nouvelle arme cruciale pour les opérations de contre-insurrection”: une équipe composée d’anthropologues et autres scientifiques sociaux au service permanent des unités de combat des troupes d’occupation des États-Unis en Afghanistan et en Irak. Le correspondant écrit que cette singulière implication des sciences sociales dans l’effort belliqueux des USA, constitue un programme expérimental du Pentagone, dont le succès et la forte recommandation des commandants sur le théâtre de la guerre lui a valu après son démarrage en février 2007, l'autorisation par le Secrétaire à la Défense, Robert M. Gates, d'une rallonge de 40 millions de dollars pour assigner des équipes similaires à chacune des 26 brigades de combat dans les deux pays mentionnés.


Dans ce même article, sont soulignées les réactions critiques venues d’un large secteur des universités usaméricaines, qui n’hésite pas dans son jugement à qualifier ces pratiques d’“anthropologie mercenaire” et de “prostitution de la discipline”, et compare ces faits avec les événements des années soixante, lorsque des anthropologues ont été utilisés pour des campagnes de contre-insurrection au Vietnam et en Amérique Latine (Plan Camelot).


L’American Anthropological Association, lors de sa session annuelle en novembre 2006, en présence de plusieurs centaines de ses membres, a condamné à l’unanimité “l’usage de la science anthropologique comme élément de torture physique et psychologique”, face à la possibilité que les tortionnaires de la prison d’Abou Ghraib, en Irak, auraient pu être inspirés par l’ouvrage d’un anthropologue, basé sur l’idée que “des hommes arabes sexuellement humiliés pourraient devenir de gentils informateurs”(Matthew B. Standard. “Montgomery McFate Mission. Can one anthropologist possibly steer the course in Iraq?” San Francisco Chronicle, April 29, 2007).


En juillet 2007, l’anthropologue Roberto J, González a écrit un excellent article (“Vers une anthropologie mercenaire? Le nouveau manuel de contre-insurrection de l’Armée US FM- 3-24 et le complexe militaro-anthropologique”. Anthropology Today, Vol. 23, No. 3, June 2007), dans lequel il détaille de manière critique les contributions d’anthropologues dans la réalisation de ce manuel. González démontre, également, que certaines de ces “contributions” ne sont pas novatrices du point de vue de la théorie anthropologique, mais qu’elles ressemblent plutôt à “une introduction à l’anthropologie simplifiée –bien qu’il y ait peu d’exemples et aucune illustration.”



Montgomery McFate


L’anthropologie mercenaire usaméricaine est caractérisée par sa belligérance et par le cynisme avec lequel elle justifie l’étroite collaboration entre anthropologues et militaires lors des guerres impérialistes, qui violent les plus élémentaires droits de l’homme, ainsi que


les principes fondateurs de l’Organisation des Nations Unies. L’un de ses défenseurs et auteurs intellectuels les plus actifs, est l’anthropologue usaméricaine Montgomery Macfate, qui s’est imposée la tâche d’“éduquer” les militaires et dont la mission pendant les cinq dernières années a été de convaincre les stratèges de la contre-insurrection, que l’ “anthropologie peut être une arme plus efficace que l’artillerie”. Macfate ignore ses confrères universitaires qui l’exaspèrent avec leurs critiques, et qu’elle considère comme enfermés dans leur tour d’ivoire, “plus intéressés par l’élaboration de résolutions que par les solutions”. Aujourd’hui elle est “commissaire politique” des militaires, l'un des auteurs dudit manuel de contre-insurrection, auteure du programme Système Opératif de Recherche Humaine sur le Terrain, lancé par le Pentagone, et conseillère auprès du Secrétaire à la Défense. Un véritable succès de l’American way of life.



Tomas Munita pour The New York Times
Une anthropologue "embarquée" au travail sur le "terrain" dans une clinique établie par l'armée US dans la Vallée de Shabak en Afghanistan.


Dans la réalité, la participation d’anthropologues dans les missions coloniales et impérialistes est aussi ancienne que l’anthropologie elle-même, laquelle a été établie en tant que science, tout en conservant des liens étroits avec l'impérialisme et en imposant des rapports de domination et d'exploitation capitalistes dans le contexte mondial. Sur ce thème, l’ouvrage de Gérard Leclercq, Anthropologie et colonialisme (Paris: Librairie Artheme Fayard, 1972), est un classique qui affirme dans son introduction: “La double naissance de l’impérialisme colonial contemporain et de l'anthropologie, également contemporaine, peut être située à la deuxième moitié du XIX siècle. Nous essaierons de mettre en exergue la relation de l’idéologie impérialiste, dont l’anthropologie n’est qu’un des éléments, avec l’idéologie coloniale, et les raisons pour lesquelles une recherche "sur le terrain" devenait nécessaire et possible pour une colonisation de type impérialiste". (p. 15)


Il faut se rappeler le rôle important joué par les anthropologues au Mexique, dans l’élaboration des politiques indigénistes depuis que Manuel Gamio, - père fondateur de la discipline dans ce pays -, définit l’anthropologie comme “la science de la bonne gouvernance”, en créant un mariage entre anthropologues et État mexicain, en partie brisé lorsque le mouvement estudiantin et populaire de 1968 créa les conditions qui permirent l'émergence de courants critiques et la dénonciation de la complicité de l’anthropologie mexicaine de l’après-révolution dans l’ancrage du colonialisme interne que la révolution zapatiste avait rompu. Le grotesque maquillage culturel de l’anthropologie contre-insurrectionnelle ne change pas la nature brutale de l’occupation impérialiste, elle ne gagnera ni l’esprit ni le coeur de la résistance et des millions d’Usaméricains qui se manifestent de plus en plus contre la guerre.


Le nouveau manuel US de la contre-insurrection



Pour exprimer le niveau d’implication de la haute bureaucratie universitaire dans les efforts belliqueux de l’impérialisme US, l’université de Chicago a publié au mois de juillet de cette année, une édition de poche - pour une vareuse militaire, naturellement - du nouveau Manuel de campagne de contre-insurrection (No. 3-24) [Counterinsurgency Field Manual ]. Cette complicité ouverte des cercles universitaires avec la machinerie de guerre des USA, a provoqué une avalanche de critiques chez les intellectuels indépendants usaméricains , qui ont rigoureusement analysé le texte coordonné par le général David H. Petraeus et ont condamné le rôle honteux joué par les autorités universitaires qui donnèrent leur consentement pour éditer un manuel destiné à la persécution, à la torture et au meurtre d’êtres humains et à l’occupation militaire des pays dans les “ coins sombres du monde” où les USA prétendent faire prévaloir leurs intérêts.


Une de ces critiques est due à David Price, auteur d’un article démolisseur, traduit en espagnol et publié par Rebelión: “Prostitution de l’anthropologie au service des guerres de l’empire” [Pilfered Scholarship Devastates General Petraeus's Counterinsurgency Manual], dans lequel il démontre le plagiat réalisé - notamment dans le chapitre 3 du Manuel - d’auteurs tels que Victor Turner, Anthony Giddens, David Newman, Susan Silbey, Kenneth Brown, Fred Plog, Daniel Bates, Max Weber, entre autres. Ce chapitre, considéré par Price comme central, sort de la plume de l’anthropologue Montgomery Mcfate, qui - rappelons-le - est une des plus ferventes partisanes de l’utilisation de la science anthropologique dans la contre-insurrection à partir d’équipes d’anthropologues “embarqués” dans les unités de combat en Afghanistan et Irak. Price souligne cette absence d’éthique intellectuelle du fait que des “prétentions d’intégrité académique constituent le fondement même de la stratégie promotionnelle du Manuel”, acclamé par les mercenaires intellectuels du Pentagone, les médias et la presse écrite, comme le New York Times, Newsweek, entre autres publications usaméricaines.


Le Manuel a également entraîné une explosion de joie dans les milieux militaires sous d'autres latitudes. Le Général brésilien Álvaro de Souza Pinheiro, par exemple, le considère comme "le document le plus élaboré de la doctrine de contre-insurgeance, que le monde occidental ait connu jusqu'à ce jour" et il assure qu’"une grande partie des armées de l'OTAN, travaille déjà à la reformulation de ses documents similaires, en prenant pour modèle le nouveau manuel nord-américain". (Chile Press, 02/04/2007).
[article en français ici
]

Il est certain que el Secrétariat à la Défense nationale mexicaine, au travers du Plan México, est en train d'analyser cette nouveauté éditoriale, pour mettre à jour ses vieux manuels de guerre irrégulière et améliorer ses campagnes de contre-insurrection dans les Chiapas ou d’autres États de la république, avec l'assistance, cette fois d'anthropologues incrustés - à la mode Mcfate - qui aident les militaires à "comprendre" les cultures des "indigènes" en rébellion contre l'ordre établi.


La lecture du Manuel est nécessaire pour comprendre la mentalité des intellectuels de la guerre "contre-terroriste". La préface, signée par le général Petraeus (actuellement en charge des forces expéditionnaires US en Irak) et par le général James F. Amos, du tristement célèbre Corps des Marines, montre que les militaires usaméricains sont devenus, sinon marxistes, du moins dialectiques, dans la mesure où ils découvrent que: "L'armée et le Corps des Marines, reconnaissent que chaque insurrection a son contexte et présente un ensemble de défis qui lui est propre "


C'est pourquoi, une campagne de contre-insurrection requiert que "Soldats et Marines (avec des majuscules dans tout le texte) utilisent un mélange de tâches de combat, en faisant appel plus fréquemment à des agences non militaires…On espère que Soldats et Marines deviendront constructeurs de nations autant que guerriers. Ils devront être préparés pour aider à rétablir les institutions et les forces locales de sécurité et contribuer à la reconstruction des services de base. Ils seront capables de faciliter le rétablissement de la gouvernabilité locale et de la loi. La liste de ces tâches est longue; elles réclament une coopération et une coordination avec de nombreuses agences intergouvernementales (des USA), de la nation hôtesse et du milieu international…Conduire avec succès une campagne de contre-insurrection, requiert une force flexible, adaptable, dirigée par des leaders habiles, biens informés et culturellement rusés".


L'analyse de cette préface, à la lumière de l'occupation néo-colonialiste de l'Irak, démontre que ces "constructeurs de nations" ont été précisément, ceux qui sans justification aucune, menèrent à terme une guerre, enfreignant le cadre juridique international, contre un État indépendant et membre de l'Organisation des Nations Unies, laquelle guerre a été responsable de la mort de 650 000 Irakiens, de la destruction des infrastructures de base des services publics, de l'exode de millions d'habitants vers l'extérieur, du pillage et de la destruction de son patrimoine culturel, de l'assassinat prémédité des ses écrivains, professeurs, médecins et avocats. La puissance occupante a établi un gouvernement fantoche de collabos, euphémiquement appelé "gouvernement de la nation hôtesse", lequel est maintenu en place uniquement grâce à l'astuce culturelle mortifère de Soldats et Marines et à l'imposition de la loi US.


Il est avéré que 2007 fut l'année la plus meurtrière pour les troupes d'occupation, avec 858 soldats usaméricains tués à la date du 6 novembre et 3855 depuis 2003 (61.996 morts et blessés pour des causes liées ou non aux hostilités). Le Manuel ne fonctionnerait-il pas? Soldats et Marines ne le liraient-ils pas? Les anthropologues embarqués feraient-ils mal leur travail? L'insurrection serait-elle plus dialectique que la contre-insurrection?


Manuel de terrorisme global


Le présupposé de base du Manuel de Contre-insurrection 3-24, est que les USA ont le droit d'intervenir militairement au niveau mondial, ce qui est contradictoire avec les principes et les lois du cadre juridique international, qui sont à l'origine de l'Organisation des Nations Unies et en constituent les fondements.


Ainsi le Manuel soutient que sa doctrine " est par définition, large en perspective et contient les principes, les tactiques et les procédures applicables dans tout le monde…Cette publication a pour objet d'aider à la préparation des chefs de l'Armée et du Corps de Marines à conduire des opérations de contre-insurrection dans n'importe quelle partie du monde."


Afin de justifier cette extraterritorialité militaire --déjà mentionnée-- les stratèges utilisent un supercherie juridique, dénommé "nation hôtesse", dont le gouvernement "invite" les USA à la contre-insurrection contre son propre peuple, même si la dite autorité a été imposée postérieurement au renversement du gouvernement légalement constitué et à l'occupation militaire du pays par les forces expéditionnaires US.


Déjà, lors de l'annexion de l'archipel des Philippines en 1898, les USA livrèrent leur première guerre de contre-insurrection du XXème siècle contre la rébellion menée par Emilio Aguinaldo, sous le prétexte --selon le président William McKinley-- d"éduquer, d'élever et de christianiser les Philippins". (Timothy K. Deady, Parameters. Spring, 2005). De même, dans la guerre de contre-insurrection des USA au Nicaragua, contre le général Augusto C. Sandino - lequel dérouta à maintes reprises les marines usaméricains - les Yankees employèrent la tactique de mettre face à face "natifs contre natifs", en créant une Garde Nationale dirigée par Anastasio Somoza García, qui finit par assassiner Sandino en 1934.


Une autre des idées-forces du Manuel, est établie sur le constat que face à l'écrasante supériorité militaire conventionnelle des USA, leurs ennemis n'ont d'autre ressources que de lutter au moyen d'une guerre non conventionnelle "en mélangeant technologie moderne, anciennes techniques d'insurrection et terrorisme…". Dans la contre-Insurrection, celui qui apprend et s'adapte plus rapidement - celui qui possède la meilleure organisation pour apprendre - est généralement le gagnant. Les contre-insurrections ont été appelées acquisition de compétences par apprentissage. C'est pourquoi cette publication indique que "apprendre et s'adapter" est un impératif de la contre-insurrection moderne pour les forces US".


Á partir de cette prémisse, le Manuel conclue "Ironiquement, la nature de la contre-insurrection présente des défis aux systèmes traditionnels de leçons-apprentissage; de nombreux aspects non militaires de la contre-insurrection ne portent pas en eux-mêmes un apprentissage tactique rapide…Effectuer les tâches non militaires de la contre-insurrection nécessite une connaissance dans des domaines divers et complexes. Celles-ci incluent la gouvernance, le développement économique, l'administration publique et la force de la loi. Les Commandants ayant une connaissance profonde de ces domaines, peuvent aider leur subordonnés à comprendre des climats hostiles et peu familiers et à s'adapter plus rapidement aux changements de situations".


Sont proposées des définitions de l'insurrection et de la contre-insurrection: " l'insurrection est une lutte politico-militaire organisée et imaginée pour affaiblir le contrôle et la légitimité d'un gouvernement établi, d'une force occupante ou autre autorité politique, à mesure qu'augmente le contrôle insurgé". Une autre définition de l'insurrection affirme que celle-ci est "typiquement une forme de guerre interne, qui survient en premier lieu à l'intérieur d'un État et non entre États et dans lequel se retrouvent un minimum d'ingrédients de guerre civile. La contre-insurrection consiste dans des actions militaires, paramilitaires, politiques, économiques, psychologiques et civiles, menées à terme par un gouvernement, afin de mettre en échec l'insurrection ".


Dans le cas de l'Irak, on observe que le "gouvernement établi" n'a pas de légitimité, ni de contrôle, dans la mesure où il s'agit d'une autorité subordonnée à la puissance occupante. De sorte que, devant son échec face à la résistance patriotique, les USA ont provoqué une guerre civile dans laquelle les sunnites s'affrontent aux chiites, au travers d'attentats terroristes perpétrés par leurs agences de renseignement, renforçant de facto l'indépendance des Kurdes et affaiblissant au maximum l'unité nationale.


La grande "découverte" du Manuel est son vernis anthropologique: "La connaissance culturelle est essentielle pour entreprendre avec succès une contre- insurrection. Les idées américaines (sic) de ce qui est "normal" ou ""rationnel", ne sont pas universelles. Au contraire, les membres des autres sociétés ont fréquemment des notions différentes de la rationalité, de la conduite appropriée, des niveaux de pratique religieuse et des règles concernant les genres (sexuels)".


Le vrai processus d'acculturation des soldats usaméricains va au-delà des manuels, selon la parole d'un vétéran de la guerre d'Irak: "J'a été un assassin psychopathe parce qu'ils m'ont entraîné pour tuer: Je ne suis pas né avec cette mentalité. Ce fut le Corps d'Infanterie de Marine qui m'éduqua pour faire de moi un gangster des corps expéditionnaires usaméricains, un délinquant. Ils m'ont entraîné à exécuter aveuglément les ordres du Président des USA, pour lui rapporter à la maison ce qu'il demanderait, sans tenir compte d'aucune considération morale. J'étais un psychopathe parce qu'ils m'enseignèrent à tirer le premier et à poser des questions ensuite, comme le ferait un malade et non un soldat professionnel, qui doit affronter d'autres soldats. S'il fallait tuer des femmes et des enfants, nous le faisions. C'est en cela que nous n'étions pas des soldats, mais des mercenaires". (Jimmy Jimmy Massey : « J’étais un assassin psychopathe » , par Rosa Miriam Elizalde, Cubadebate).


Le renseignement dans la contre-insurrection


Si dans n'importe quel conflit belliqueux le travail des services de renseignement est indispensable, dans la contre--insurrection, il est particulièrement vital, soulignent les militaires usaméricains. Pour cela, le chapitre clé du Manuel de contre-insurrection 3-24 traite précisément des caractéristiques du renseignement dans cette guerre asymétrique. Également, étant donné que les conflagrations livrées par les USA ont lieu dans des espaces culturellement étrangers, la découverte militaire réside dans la collaboration de scientifiques sociaux dans les campagnes impérialistes, contre les mouvements révolutionnaires de résistance nationale.


L'anthropologue contre-insurrectionnelle Montgomery Mcfate, l'explique de cette manière: "Dans un conflit entre adversaires symétriques, dans lequel les deux parties sont de force égale et utilisent une technologie similaire, comprendre la culture de l'adversaire ne représente que peu d'intérêt. La guerre froide, avec toute sa complexité, a mis face à face deux puissances d'origine européennes. Mais dans une opération de contre-insurrection contre un adversaire non occidental, la culture est importante.” (The US Army Professional Writiong Collection, March-April, 2005


Maintenant que les commandants et les stratèges militaires demandent à "approfondir les cultures, perceptions, valeurs, croyances et processus de prise de décisions des individus et des groupes," le Pentagone a intégré des équipes d'experts en économie, anthropologie, et science politique, lesquels jouent un rôle dans ce qui est techniquement appelé "Préparation de la Compréhension du Champ de Bataille" et qui consiste en un processus continu et systématique de l'analyse de la menace possible de l'ennemi et du milieu dans une région géographique spécifique. Les scientifiques sociaux ne sont qu'un instrument de la guerre, étant donné que seul le personnel militaire est habilité à prendre les décisions finales.


Le Manuel décrit le type d'information que ces singuliers mercenaires universitaires obtiennent: "Par exemple, des groupes tribaux et familiers en Irak et en Afghanistan traversent les frontières nationales des pays voisins. Les relations frontalières permettent aux insurgés de disposer d'un refuge sûr en dehors de leur pays et les aident au trafic inter-frontalier. L'aire d'intérêts peut être importante pour l'AO (aire opérationnelle).Très fréquemment celle-ci peut être influencée par plusieurs facteurs, tels que: réseaux familiaux, tribaux, ethniques, religieux et autres, qui vont bien au-delà de la zone d’ opérations; les relations de communication et économiques vers d'autres régions, l'influence des moyens de communication sur la population locale, le public usaméricain et les associés multinationaux; les appuis logistiques, financiers et moraux de l'ennemi."


Les anthropologues-militaires définissent - avec l'aide du plagiat déjà dénoncé - des concepts comme société, groupe ethnique, tribu, réseaux, institutions, rôles et statuts, structure et normes sociales, culture, identité, système de croyances, valeurs, attitudes et perceptions, langage, pouvoir et autorité, force coercitive, capital social, participation politique, entre autres. Tout cela, afin de connaître ce qui intéresse réellement les militaires: les insurgés, leurs objectifs et motivations, l'appui ou la tolérance de la population à leur égard, leurs forces et faiblesses, leurs formes d'organisation, leurs leaders et personnalités clés, leurs activités et relations politiques, leur liberté de mouvement, leurs soutiens logistiques et financiers, leur renseignement, les nouvelles recrues, l'armement et les capacités militaires, leur entraînement etc..


Avec une attention spéciale pour la structure organisationnelle des insurgés : s'il y a une hiérarchie ou non, si les membres sont spécialisés, si les leaders exercent un contrôle centralisé ou si des actions autonomes et des initiatives propres sont autorisées, si le mouvement opère indépendamment ou s'il a des relations avec d'autres réseaux et organisations, si les insurgés donnent plus de poids à une action politique ou à la violence.


Chaque dirigeant fait également l'objet d'une étude détaillée: son rôle dans l'organisation, ses activités connues et associées, son histoire personnelle et sa trajectoire, ses croyances, motivations et idéologie, son éducation et sa formation, son tempérament ("par exemple, soigneux, impulsif, réfléchi ou violent"), son importance dans l'organisation, sa popularité hors de celle-ci. Dans les sessions de torture en Irak et en Afghanistan, à Guantánamo et autres "recoins obscurs de la planète", ce sont sans doute certaines des questions posées aux détenus par les forces d'occupation US; elles font aussi partie des matières que les mentors yankees enseignèrent aux forces armées mexicaines dans leurs cours de "combat contre le terrorisme", dénoncés par La Jornada.


De la même manière, stratégies et tactiques des rebelles méritent un soin particulier: actions de conspiration, militarisme, guérilla urbaine, guerre populaire, embuscades, incendies, bombes et explosifs, armes chimiques, biologiques, radiologiques ou armes nucléaires, manifestations, contre-espionnage des insurgés, exécutions de délateurs, séquestrations, prise d'otages, infiltration et subversion, propagande, attaques d'installations, sabotage, entre autres. Toutes les formes du renseignement sont analysées: humaine, opérations militaires, interrogatoires de détenus et de déserteurs, rapports d'affaires civiles, opérations psychologiques, officiers de l'armée et forces politiques du gouvernement fantoche, entrepreneurs, dénonciations téléphoniques anonymes, journalistes, universitaires etc.. On obtient aussi une information de renseignement de routine, par surveillance, au moyen de capteurs et de caméras, par reconnaissance spatiale, par analyse d'archives de titres de propriété ou financières, par le contenu des téléphones cellulaires et des ordinateurs.


Il serait erroné de surestimer les capacités et la portée de ce travail de renseignement des impérialistes usaméricains, comme il serait faux de penser qu'ils sont invincibles. Cependant, il est important que la communauté des anthropologues latino-américains et mondiaux se manifeste contre l'utilisation mercenaire de sa discipline.


Antropología, contrainsurgencia y terrorismo global
Anthropology, Counterinsurgency and Global Terrorism
Anthropologie, Aufstandsbekämpfung und globaler Terrorismus