Alliance zapatiste de libération sociale, fondée à Paris le 12 mars 1995 Liberté, justice, démocratie, partout et pour tous! التحالف الزباتي من أجل التحرر الاجتماعي تأسس بباريس في 12 مـــارس 1995. حرية، عدالة، ديمقراطية في كل مكان وللجميــــــع yekfibasta[at]gmail.com :للاتصال
mercredi 29 avril 2015
Pourquoi l'Italie ne s'intéresse pas aux Italiens assassinés par des drones US
Sigonella, capitale mondiale de la guerre robotisée
mercredi 13 février 2013
L'homme qui a tué Ben Laden raconte l'opération et sa désillusion de retour au pays
dimanche 15 janvier 2012
mardi 5 octobre 2010
« Sverige ut ur Afghanistan ! »
Un slogan postmoderne toujours d'actualité
par Fausto Giudice, 2 mars 2007
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Qui parmi ceux qui, comme moi, arpentaient les rues de Stockholm à la fin des années 60 et au début des années 70 en criant « USA hors du Vietnam, du Laos et du Cambodge ! », aurait jamais pu penser que nos successeurs des nouvelles générations auraient à descendre à nouveau dans la rue, quarante ans plus tard, en criant « Suède hors d’Afghanistan » ?
Mais revenons à l’Afghanistan. L’ISAF y compte 32 000 soldats provenant de 37 pays. Présentée comme une ”mission de paix et de reconstruction” par ses promoteurs – le ministre italien des Affaires étrangères Massimo d’Alema l’a présentée, lors du débat au Sénat du 21 février de ”mission politique et de paix” -, cette mission est une mission de guerre. En témoignent les nombreux morts parmi les combattants et les civls afghans et parmi les soldats qui la composent, qu’ils soient britanniques, danois (389 soldats – 3 tués) ou norvégiens (540 soldats – 1 tué).
Bizarrement, aucun journaliste suédois d’investigation – mais y en a-t-il encore ? – ne s’est livré à une enquête sur le SSG suédois.
Autre argument pour dénoncer le caractère guerrier de la mission suédoise : le gouvernement envisage sérieusement d’engager des avions de chasse JAS Gripen – les fameux avions fabriqués par SAAB – en Afghanistan. Là aussi, on est loin du creusement de puits, des soins médicaux et autres activités de reconstruction. Comme pour l’engagement prévu par l’Allemagne de 8 avions de reconnaissance Tornado en Afghanistan, il y a là matière à débat et en Suède, ce débat, longtemps rampant, a enfin éclaté au grand jour, avec la publication d’un appel signé par de nombreuses personnalités, dont plusieurs sociaux-démocrates, parmi lesquels Thage G. Peterson, 73 ans, qui fut ministre de
« L’Afghanistan peut devenir le Vietnam de
Depuis 200 ans,
dimanche 14 février 2010
L'éditorial de Basta ! 14/2/2010 : Opération Moshtarak : une nouvelle étape dans la tentative d’afghanisation de la guerre

« Mosthtarak » signifie « ensemble » en arabe et en langue dari, la variante afghane du persan. Le général de brigade britannique James Cowan, commandant de la 11ème Brigade légère, a déclaré lors du briefing précédant l’opération :
« Je ne peux imaginer de meilleur nom pour décrire cette opération. Car nous sommes ensemble dans cette affaire : nous l’avons planifiée ensemble, nous la combattrons ensemble, nous allons la traverser ensemble. Afghans avec Alliés, soldats avec civils, le gouvernement avec son peuple. »
L’opération vise à reprendre le contrôle du chef-lieu de la province, Lashgar Gah, au cœur de la vallée du fleuve Helmand, ainsi que de son hinterland. Le Helmand est un des bastions de la résistance afghane, qui a échappé au contrôle du régime de Kaboul depuis longtemps. Dans la propagande des Alliés, le but est de « nettoyer » la zone des « insurgés talibans » pour « restaurer l’autorité du gouvernement » de Kaboul et permettre la « reconstruction ».
Les troupes attaquantes se sont dans un premier temps heurtées à très peu de résistance, ce qui a semblé étonner leur commandement. Celui-ci semble n’avoir toujours pas tiré les leçons de la guerre du Vietnam ni de celle d’Irak. La résistance a en effet appliqué un des principes de base de la guerre populaire : « l’ennemi attaque, nous reculons, l’ennemi se concentre, nous nous dispersons ».
Tombeau des empires, l’Afgahanistan le sera aussi pour la tactique adoptée par Obama, McCrystal et Gordon Brown, « l’afghanisation » de la guerre, qui sera un échec cuisant. Tout aussi cuisant que l’avait été la « vietnamisation » de la guerre au Vietnam à parti de 1968. Il a fallu 15 ans aux occupants US pour essuyer une défaite stratégique au Vietnam. Il en faudra moins en Afghanistan.
FG
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samedi 13 février 2010
Johnny got his gun, but he forgot his pants!
jeudi 11 février 2010
Dialogue afghan

- Nous sommes prêts à parler avec les BONS Américains
Source : Al Quds Al Arabi, 11/2/2010
mercredi 18 novembre 2009
Afghanistan : Le pioupiou à une brique
À part ça, tout va bien
mardi 17 novembre 2009
Le "parler vrai" d'Hillary
jeudi 12 novembre 2009
«Je ne crois pas que notre cause en Afghanistan soit juste ou bonne. Je vous conjure, Monsieur, de ramener nos soldats à la maison»
Ce jeudi 12 novembre, la Coalition Halte à la Guerre appelle à un rassemblement de 17 à 18 h pour demander la libération de Joe Glenton, devant le siège du Ministère de la Défense à Whitehall.
Voici la lettre du Caporal Joe à Gordon Brown.- FG
Monsieur le Premier Ministre,
Joe Glenton
Caporal des Lanciers, Corps royal de logistique
vendredi 23 octobre 2009
« Lire les pensées de l’ennemi et agir en conséquence »: Rencontre avec le commandant Ilyas Kashmiri, le chef de la brigade 313 de guérilla d'Al Qaïda
Original : Al-Qaeda's guerrilla chief lays out strategy
Versione italiana: Capo della guerriglia di al-Qaeda espone la sua strategia
Ce qui a libéré un immense espace d’opérations pour les talibans, et signifie que si le Pakistan conduit des opérations dans le Sud-Waziristan, les militants pourront facilement traverses la frontière pour trouver refuge du côté afghan.
« Alors, vous avez survécu à une troisième attaque de drone... Pourquoi l'Agence centrale de renseignements US (la CIA) vous recherche comme ça ? », lui ai-je demandé.
Karachi, 28 juin 2009
mardi 25 août 2009
Afghanistan : Une bombe silencieuse
Peu d’entre vous se souviennent sans doute que Laura Bush joua à la féministe extrême quand elle plaida pour la guerre en Afghanistan pour en terminer avec “l’oppression des femmes” sous les talibans. Il y eut toute une campagne internationale préalable en faveur des droits bafoués des femmes afghanes et leur “libération” a été un des arguments avancés par les USA et leurs alliés pour envahir l’Afghanistan le 7 octobre 2001. Comme on le sait, le régime taliban fut renversé en novembre, et en décembre fut mis en place un gouvernement de transition dirigé par Hamid Karzaï, élu président par le vote populaire en 2004 et peut-être réélu aux élections de jeudi dernier.
Le statut des femmes était plus que dur et humiliant sous le régime taliban. Dès l’âge de 8 ans il leur était interdit d’entrer en contact avec un homme qui ne soit pas de leur famille. Les femmes ne devaient pas marcher seules dans la ruesni parler à voix haute en public ni ne pouvaient se pencher au balcon de leur maison, ni étudier, ni travailler, ni aller en bicyclette ou en motocyclette ou dans un taxi à visage découvert, elles devaient porter la burqa et de fait vivaient aux arrêts domiciliaires. Le châtiment pour celles qui violaient ces normes était public et cruel. Presque huit ans après le renversement du système, les choses ne se sont pas beaucoup améliorées.
Bien sûr quelques femmes occupent des sièges au Parlement afghan et des millions de filles vont maintenant à l’école primaire. Mais les restrictions augmentent pour les études secondaires : seulement 4 pour cent d’entre elles les terminent. “La violence contre les femmes est endémique, elles sont menacées en public et plusieurs ont été assassinées” (The Washington Post, 18.8.09). Le “démocrate” Karzaï a aggravé cette situation.
Sitara Achakzai, assassinée à en Kandahar en avril 2009
Le 27 juillet dernier, profitant peut-être du fracas de la guerre, il a placé une bombe silencieuse : la loi du statut personnel chiite, qui permet aux hommes chiites de priver leur femme de nourriture et de soutien si elles se refusent à leurs exigences sexuelles quand ils les manifestent. Les droits de garde des enfants restent aux mains des pères et des grands-parents et elles doivent demander la permission à leurs maris pour travailler. Cette loi est en vigueur pour la minorité chiite du pays et viole l’article 22 de la nouvelle Constitution afghane qui stipule qu’hommes et femmes “ont les mêmes droits et obligations devant la loi”. Elle transgresse aussi la Convention des Nations Unies sur l’élimination de toutes les formes de discrimination contre les femmes, dont l’Afghanistan est signataire. Et plus, en clair : elle réimpose un régime familial que les talibans applaudiraient.
Karzaï avait fait une première tentative de promulguer ces règlements début avril de cette année, mais la protestation internationale l’obligea à promettre des modifications et quelques corrections furent effectivement introduites. Plutôt dans sa rédaction : “Des experts de la loi islamique et des militants des droits humains déclarent que, bien que le texte de la loi ait été changé, bien des dispositions qui avaient alarmé les groupes pour les droits des femmes sont conservées ” (The Guardian, 15.8.09). Par exemple, celle du tamkin-signalée plus haut-qui qualifie de “désobéissante” la femme qui ne montre pas de promptitude à satisfaire le désir sexuel de son mari et qui reçoit en conséquence la pénalité suivante : pas de sexe, pas de nourriture.
Le président afghan a pris cette mesure dans le but de gagner l’appui électoral des chiites face à l’augmentation alarmante de la popularité de son principal adversaire, Abdullah Abdullah, qui est passé en deux mois de 7 à 26 pour cent des intentions de vote. En dépit de ses promesses d’améliorer la situation des Afghanes, Karzaï a choisi de satisfaire ceux qui pensent encore que la femme est un objet jetable. Durant la campagne électorale il a courtisé l’ayatollah Mohseni qui se considère lui-même comme le leader des chiites du pays, et d’autres dirigeants musulmans de ligne dure. La conséquence serait cette loi.
« Karzaï a conclu le traité impensable de vente des femmes afghanes en échange de l’appui des fondamentalistes aux élections du 20 août », souligne Brad Adams, directeur pour l’Asie de Human Rights Watch (Reuters, 14.8.09). « On supposait que ce genre de loi barbare », ajoute t-il, « avait été reléguée au passé avec le renversement des talibans en 2001. » Beaucoup de détracteurs de la loi ont reçu des menaces de mort, qui ont été exécutées dans le cas de Sitara Achakzai, une éminente défenseuse des droits de la femme qui a été assassinée par balles à Kandahar (www.hrw.org, 15.4.09). Mais l’Occident n’a pas encore réagi devant les nouvelles dispositions. Peut-être parce qu’Obama a souligné que la guerre en Afghanistan est non seulement juste, mais encore nécessaire.
vendredi 12 décembre 2008
Message à Obama : l'Afghanistan n'est pas l'Irak
par Abdelbari ATWAN عبد الباري عطوان , Al Quds Al Arabi, 10/12/2008Traduit par Tafsut Aït Baamrane, Tlaxcala
Original : لى اوباما: افغانستان ليست العراق
Le nouveau président Barack Obama prévoit de retirer les forces US d'Irak et d'envoyer 20 000 hommes de plus en Afghanistan. Il croit que la situation peut y être réglée militairement en toute facilité.Mais les talibans viennent de brûler plus de 100 véhicules destinés au ravitaillement des 60 000 soldats de l'OTAN éparpillés dans le pays.Cet incendie révèle la difficulté de la tâche du nouveau président face aux priorités à choisir.
Le mouvement des talibans, soutenu par la tribu des Pachtounes, considérée, avec ses 40 millions de ressortissants entre Afghanistan et Pakistan, comme la plus grande tribu au monde dépourvue d'État, contrôle 70% du territoire afghan et s'apprête à frapper aux portes de la capitale au printemps prochain. Il est en train de concentrer ses troupes en prévision de la grande offensive.
La force de ce mouvement vient essentiellement des facteurs suivants :
1° - Sa direction en Afghanistan, symbolisée par le Mollah Mohamed Omar, l'homme fort au-dessus de toutes les contingences – il refuse d'être photographié ou filmé -, qui vit comme un ermite. Il a déclaré dans son discours prononcé pour l'Aïd qu'il refuse toute médiation et toute réconciliation, tant que le pays sera occupé et qu'il s'en tiendra à la résistance comme choix unique pour en finir avec l'occupation.
2° - Ce mouvement a ouvert un nouveau front au Pakistan sous le nom de "Talibans du Pakistan", sous la direction du Beyaa' (chef désigné par la choura) Allah Massoud. Ce mouvement a quatre millions de supporters dont 80 000 armés, prêts au martyre contre les Usaméricains.
3°- Ce mouvement a tiré profit de l'expérience en matière militaire et de communication acquise par Al Qaïda en Irak. Cela se reflète bien dans le grand nombre de soldats de l'OTAN tués (800) soit par des attentats-suicide soit par des bombes télécommandées explosant au passage de troupes de l'OTAN.
4°- Les bombardements aériens US sur les cibles talibans et d'Al Qaïda en territoire pakistanais dans les provinces tribales font souvent des morts parmi les civils innocents, ce qui accroît la colère de la population, facilite la circulation des talibans et leur apporte de nouvelles recrues.
5° - Dans l'instabilité interne et face à la corruption de leurs dirigeants, la majorité des Pakistanais soutiennent Al Qaïda et les talibans. Le président pakistanais a passé plus de 13 ans en prison pour corruption.
6° - Les services de renseignement pakistanais soutiennent en secret les talibans. Il est vrai que les dirigeants de ces services sont liés aux dirigeants politiques du pays et soutiennent la guerre US contre le terrorisme mais il est aussi vrai que la plupart des officiers et des sous-officiers sympathisent avec les talibans.
7° - La faiblesse du gouvernement central de Kaboul, pourri jusqu'à la moelle. Des journaux US ont évoqué le frère du président Karzaï, mouillé dans le trafic de drogue.Les seigneurs de guerre qui avaient été écartés par les talibans se sont tous recyclés au parlement ou à de hauts postes au gouvernement. Ils sont connus pour leur passé de bandits de grands chemins, de gangsters et de narcotrafiquants.
On dit que la tactique du général Petraeus – qui vient d'être nommé chef du CENTCOM, le commandement militaire US pour le Moyen-Orient et l'Asie centrale - en Irak, consistant à créer la "Sahwa" (brigades de supplétifs de l'armée US chargées de la lutte contre Al Qaïda, NdT) a entraîné une baisse des actes de résistance et a éliminé Al Qaïda de l'Irak (l'auteur sous-entend que Petraeus pourrait appliquer la même tactique en Afghanistan).
Guerriers pachtounes, XIXe siècle
La comparaison entre l'Afghanistan et l'Irak ne tient pas la route, pour plusieurs raisons, qui ont à voir avec la démographie, la géographie et l'histoire, que nous résumerons ainsi :
1° - Les terres montagneuses et le climat afghans sont rudes, les hivers glaciaux, tout le contraire de l'Irak.
2° - L'Afghanistan est comme le nombril de l'Asie, entouré de sept Etats, dont la plupart ne sont pas en conflit entre eux, et on peut donc circuler entre ses frontières, faire passer armes et combattants en toute facilité, tout le contraire de l'Irak, entouré de pays opposés à sa résistance et à Al Qaïda, pro-US pour la plupart (Arabie saoudite, Koweït, Jordanie, Iran, Turquie). La seule exception était la Syrie, mais les Usaméricains sont arrivés à fermer ses frontières aux volontaires pour la résistance et la Syrie a rouvert son ambassade à Bagdad.
3° - Les talibans sont dans leur espace naturel. La grande majorité des Afghans sont des islamistes extrémistes qui suivent la doctrine sunnite hanéfite et sont proches de la vision wahhabite rigoureuse, alors que la résistance islamique et Al Qaïda en particulier ont trouvé en Irak un pays régi par des règles laïques depuis plus de cent ans, où l'islamisme n'a jamais été toléré et à même été combattu par les moyens les plus féroces.
Défilé de harkis des brigades de la "Sahwa" portant le portrait de leur Chef Suprême, le Cheikh Ahmed Abou Richa, que l'on peut voir ci-dessous avec son Protecteur Suprême, W.
4° - Il est pratiquement impossible de créer des brigades "Sahwa" en Afghanistan; le peuple afghan n'en veut pas. Il refuse de coopérer avec les occupants et il reste attaché aux hautes valeurs de l'Islam. Il n'est jamais arrivé qu'un seul combattant arabe ou taliban ait été livré aux occupants. Les Pachtounes ont un code d'honneur, le pachtounwali1, qui interdit de livrer un Musulman venu demander asile chez eux. C'est pourquoi il a été impossible à ce jour de tuer ou d'arrêter les deux cheikhs, Oussama et Mollah Omar, et que toutes les tentatives pour tuer le troisième, le Dr. Ayman Zawahiri, ont échoué. Il faut rappeler que le Mollah Omar a préféré perdre le pouvoir que livrer son hôte, le dirigeant d'Al Qaïda, alors que les "zaïms" (présidents) du "nouvel" Irak, qu'ils soient sunnites, chiites ou kurdes, se sont comportés comme des chiens face à l'occupant pour avoir des postes dans le nouveau gouvernement.
Obama va au-devant de jours difficiles en Afghanistan. Les forces d'occupation y ont subi de graves pertes et une déroute amère. Ce qui est arrivé aux Britanniques deux fois et aux Soviétiques une fois attend aussi les Usaméricains. Hamid Karzaï mendie une réconciliation aux talibans. Il est pour cela même prêt à quitter le pouvoir qu'il n'a pas.Il se prépare même à retourner dans son exil occidental, après avoir été l'enfant gâté de l'Occident et de l'Usamérique. Le seul point commun entre l'Afghanistan et l'Irak, à part l'occupation US, c'est que les pouvoirs mis en place par l'Usamérique n'y resteront pas un seul jour en place une fois que celle-ci sera partie. Quiconque visite Londres ces jours-ci peut s'y rendre compte que les dirigeants irakiens sont en train d'arranger leurs affaires familiales, financières et immobilières.
1 - Le pachtounwali est l'ancestrale loi orale des Pachtounes, qui régit leurs actions et les rapports au sein de la tribu. Il repose sur 3 principes : l'hospitalité due à tout visiteur; la protection pour tout individu qui la demande; la réciprocité pour tout acte (y compris, en cas d'offense subie, l'application de la loi du talion. « Œil pour œil, dent pour dent ») [NdT]
dimanche 24 août 2008
Guerre d'Afghanistan : les Belges bougent, les Français restent cois
Action de protestation contre l'envoi de F16 et de troupes belges
vers l'Afghanistan
devant le Ministère de la Défense(coin de l'avenue du Régent et de la Rue Belliart, Métro Trône)
Quelques jours avant que les F-16 belges et les troupes supplémentaires ne soient opérationnelles en Afghanistan, faisons tous savoir au ministre de la Défense De Crem que nous nous ne voulons pas de cet entraînement de notre pays dans laguerre.
L'action de protestation est basée surla pétition 'Pas de F-16 en Afghanistan', qui a déjà recueilli des milliers de signatures et que vous pouvez toujours signer sur le site de la CNAPD
Avec des calicots, des animations, des prises de parole...
Venez nombreux et n'hésitez pas à solliciter la présence de vos amis et connaissances.
Un appel de Intal, Vrede et d'autres organisations
jeudi 21 août 2008
Et la France profonde découvre qu’elle est en guerre
Et le bon peuple a ainsi découvert que son armée était engagée en Afghanistan, et qu’elle y faisait la guerre. Il aura fallu six ans pour que les Français se rendent compte qu’ils étaient, à leur corps défendant, engagés dans une guerre.
Une guerre mondiale ?
Pas tout à a fait.
Une guerre locale ?
Pas non plus.
Non, une « guerre des mondes ».
Deux mondes s’opposent dans les montagnes et les plaines d’Afghanistan : d’un côté, il y a les bons, la « Coalition » regroupant 70 000 soldats d’une quarantaine de pays. Officiellement, ils ne sont pas là pour faire la guerre, mais pour faire la paix, pour reconstruire le pays et, surtout, pour libérer les femmes, ces malheureuses Afghanes enfermées dans des voiles-cages. De l’autre côté, il y a les « méchants », les barbus, les « terroristes », les « talibans », « Al Qaïda ». Donc, ces soldats sont aussi là pour combattre le terrorisme. C’est ce que George Bush appelle « la guerre mondiale contre le terrorisme », « Global war against terror ». Sauf que les "terroristes" afghans bénéficient apparemment du soutien d'une très grande partie d ela population.
Depuis six ans que cette guerre dure, l’opinion française s’en est fichue comme de sa dernière culotte, de cette guerre qui n’est pas une guerre. La gauche et l’extrême-gauche n’ont pas organisé une seule manifestation. Rien, rien, rien. Silence radio et consensus total. Cela n’a guère été différent en Espagne et en Italie, où la gauche institutionnelle a retiré ses troupes d’Irak pour mieux les engager en Afghanistan. Il y a eu plus de remous en Allemagne, au Danemark, en Suède, en Norvège et au Canada, mais sans grandes incidences sur le cours des choses : « j’y suis, j’y reste », telle est la devise de la Coalition baptisée ISAF/FIAS.
De fait, les alliés des USA sont chargés de boulot du soutien logistique et civil, en quelque sorte du « service au sol » pour les boys US qui, eux, font le sale boulot, ou du moins sont censés le faire, c’est-à-dire prenant sur eux de commettre crimes de guerre et autres bombardements de population civiles avec des bombes à l'uranium appauvri.
Les Français et les Européens, eux, tentent de garder les mains propres et essayent plutôt de creuser des puits et d’accoucher des femmes.
Mais qu’allaient donc faire les soldats français dans cette galère,, se demande soudain M. Dupont-Durand. Un « travail indispensable », a répondu le Président. Et son ministre Bockel d’appeler à « l’union nationale », disant que l’heure n’était pas aux critiques.
C’est que la gauche et l’extrême-gauche semblent s‘être soudain réveillées : le PCF et la LCR demandent un retrait des troupes, le PS se contente de dire qu’il faudrait « rééxaminer la mission des soldats français en Afghanistan ». Le Front national est le plus virulent dans la dénonciation de cette guerre qui ne dit pas son nom.
Le 21 Août 1968, il y a exactement quarante ans, les chars soviétiques et est-allemands du pacte de Varsovie pénétraient dans Prague, mettant fin à un printemps trop court. Les jeunes Tchèques écrivirent sur les murs : « Lénine, réveille-toi, ils sont devenus fous » et chantèrent aux soldats soviétiques une chanson de leur composition dont le refrain disait : « Ivan, rentre chez toi, Natacha t’attend ».
Les résistants afghans devraient aller écrire sur les murs des baraquements français à Kaboul : « Jaurès, réveille-toi, ils sont devenus fous. »
Jean Jaurès, l’homme qui osa dire non à l’Union sacrée pour la guerre en 1914 et le paya de sa vie. Jean Jaurès, que le candidat Sarkozy se fit fort de citer dans ses discours écrits par Henri Guaino.
Et les résistants afghans pourraient chanter : « Kevin, rentre chez toi, Jessica t’attend ».
mercredi 23 juillet 2008
Anthropologie, contre-insurrection et terrorisme global
par Gilberto LóPEZ Y RIVAS, Contexto Latinoamericano, janvier 2008. Traduit par Regina Caillat-Grenier, révisé par Fausto Giudice, Tlaxcala
Le 5 octobre 2007, le New York Times a publié un article de David Rohde (Army Enlists Anthropology in War Zones”, “L’Armée enrôle l’anthropologie dans les zones de guerre”), à propos de ce que les militaires usaméricains considèrent comme la “nouvelle arme cruciale pour les opérations de contre-insurrection”: une équipe composée d’anthropologues et autres scientifiques sociaux au service permanent des unités de combat des troupes d’occupation des États-Unis en Afghanistan et en Irak. Le correspondant écrit que cette singulière implication des sciences sociales dans l’effort belliqueux des USA, constitue un programme expérimental du Pentagone, dont le succès et la forte recommandation des commandants sur le théâtre de la guerre lui a valu après son démarrage en février 2007, l'autorisation par le Secrétaire à la Défense, Robert M. Gates, d'une rallonge de 40 millions de dollars pour assigner des équipes similaires à chacune des 26 brigades de combat dans les deux pays mentionnés.
Dans ce même article, sont soulignées les réactions critiques venues d’un large secteur des universités usaméricaines, qui n’hésite pas dans son jugement à qualifier ces pratiques d’“anthropologie mercenaire” et de “prostitution de la discipline”, et compare ces faits avec les événements des années soixante, lorsque des anthropologues ont été utilisés pour des campagnes de contre-insurrection au Vietnam et en Amérique Latine (Plan Camelot).
L’American Anthropological Association, lors de sa session annuelle en novembre 2006, en présence de plusieurs centaines de ses membres, a condamné à l’unanimité “l’usage de la science anthropologique comme élément de torture physique et psychologique”, face à la possibilité que les tortionnaires de la prison d’Abou Ghraib, en Irak, auraient pu être inspirés par l’ouvrage d’un anthropologue, basé sur l’idée que “des hommes arabes sexuellement humiliés pourraient devenir de gentils informateurs”(Matthew B. Standard. “Montgomery McFate Mission. Can one anthropologist possibly steer the course in Iraq?” San Francisco Chronicle, April 29, 2007).
En juillet 2007, l’anthropologue Roberto J, González a écrit un excellent article (“Vers une anthropologie mercenaire? Le nouveau manuel de contre-insurrection de l’Armée US FM- 3-24 et le complexe militaro-anthropologique”. Anthropology Today, Vol. 23, No. 3, June 2007), dans lequel il détaille de manière critique les contributions d’anthropologues dans la réalisation de ce manuel. González démontre, également, que certaines de ces “contributions” ne sont pas novatrices du point de vue de la théorie anthropologique, mais qu’elles ressemblent plutôt à “une introduction à l’anthropologie simplifiée –bien qu’il y ait peu d’exemples et aucune illustration.”
L’anthropologie mercenaire usaméricaine est caractérisée par sa belligérance et par le cynisme avec lequel elle justifie l’étroite collaboration entre anthropologues et militaires lors des guerres impérialistes, qui violent les plus élémentaires droits de l’homme, ainsi que
les principes fondateurs de l’Organisation des Nations Unies. L’un de ses défenseurs et auteurs intellectuels les plus actifs, est l’anthropologue usaméricaine Montgomery Macfate, qui s’est imposée la tâche d’“éduquer” les militaires et dont la mission pendant les cinq dernières années a été de convaincre les stratèges de la contre-insurrection, que l’ “anthropologie peut être une arme plus efficace que l’artillerie”. Macfate ignore ses confrères universitaires qui l’exaspèrent avec leurs critiques, et qu’elle considère comme enfermés dans leur tour d’ivoire, “plus intéressés par l’élaboration de résolutions que par les solutions”. Aujourd’hui elle est “commissaire politique” des militaires, l'un des auteurs dudit manuel de contre-insurrection, auteure du programme Système Opératif de Recherche Humaine sur le Terrain, lancé par le Pentagone, et conseillère auprès du Secrétaire à la Défense. Un véritable succès de l’American way of life.
Tomas Munita pour The New York Times
Une anthropologue "embarquée" au travail sur le "terrain" dans une clinique établie par l'armée US dans la Vallée de Shabak en Afghanistan.
Dans la réalité, la participation d’anthropologues dans les missions coloniales et impérialistes est aussi ancienne que l’anthropologie elle-même, laquelle a été établie en tant que science, tout en conservant des liens étroits avec l'impérialisme et en imposant des rapports de domination et d'exploitation capitalistes dans le contexte mondial. Sur ce thème, l’ouvrage de Gérard Leclercq, Anthropologie et colonialisme (Paris: Librairie Artheme Fayard, 1972), est un classique qui affirme dans son introduction: “La double naissance de l’impérialisme colonial contemporain et de l'anthropologie, également contemporaine, peut être située à la deuxième moitié du XIX siècle. Nous essaierons de mettre en exergue la relation de l’idéologie impérialiste, dont l’anthropologie n’est qu’un des éléments, avec l’idéologie coloniale, et les raisons pour lesquelles une recherche "sur le terrain" devenait nécessaire et possible pour une colonisation de type impérialiste". (p. 15)
Il faut se rappeler le rôle important joué par les anthropologues au Mexique, dans l’élaboration des politiques indigénistes depuis que Manuel Gamio, - père fondateur de la discipline dans ce pays -, définit l’anthropologie comme “la science de la bonne gouvernance”, en créant un mariage entre anthropologues et État mexicain, en partie brisé lorsque le mouvement estudiantin et populaire de 1968 créa les conditions qui permirent l'émergence de courants critiques et la dénonciation de la complicité de l’anthropologie mexicaine de l’après-révolution dans l’ancrage du colonialisme interne que la révolution zapatiste avait rompu. Le grotesque maquillage culturel de l’anthropologie contre-insurrectionnelle ne change pas la nature brutale de l’occupation impérialiste, elle ne gagnera ni l’esprit ni le coeur de la résistance et des millions d’Usaméricains qui se manifestent de plus en plus contre la guerre.
Le nouveau manuel US de la contre-insurrection
Pour exprimer le niveau d’implication de la haute bureaucratie universitaire dans les efforts belliqueux de l’impérialisme US, l’université de Chicago a publié au mois de juillet de cette année, une édition de poche - pour une vareuse militaire, naturellement - du nouveau Manuel de campagne de contre-insurrection (No. 3-24) [Counterinsurgency Field Manual ]. Cette complicité ouverte des cercles universitaires avec la machinerie de guerre des USA, a provoqué une avalanche de critiques chez les intellectuels indépendants usaméricains , qui ont rigoureusement analysé le texte coordonné par le général David H. Petraeus et ont condamné le rôle honteux joué par les autorités universitaires qui donnèrent leur consentement pour éditer un manuel destiné à la persécution, à la torture et au meurtre d’êtres humains et à l’occupation militaire des pays dans les “ coins sombres du monde” où les USA prétendent faire prévaloir leurs intérêts.
Une de ces critiques est due à David Price, auteur d’un article démolisseur, traduit en espagnol et publié par Rebelión: “Prostitution de l’anthropologie au service des guerres de l’empire” [Pilfered Scholarship Devastates General Petraeus's Counterinsurgency Manual], dans lequel il démontre le plagiat réalisé - notamment dans le chapitre 3 du Manuel - d’auteurs tels que Victor Turner, Anthony Giddens, David Newman, Susan Silbey, Kenneth Brown, Fred Plog, Daniel Bates, Max Weber, entre autres. Ce chapitre, considéré par Price comme central, sort de la plume de l’anthropologue Montgomery Mcfate, qui - rappelons-le - est une des plus ferventes partisanes de l’utilisation de la science anthropologique dans la contre-insurrection à partir d’équipes d’anthropologues “embarqués” dans les unités de combat en Afghanistan et Irak. Price souligne cette absence d’éthique intellectuelle du fait que des “prétentions d’intégrité académique constituent le fondement même de la stratégie promotionnelle du Manuel”, acclamé par les mercenaires intellectuels du Pentagone, les médias et la presse écrite, comme le New York Times, Newsweek, entre autres publications usaméricaines.
Le Manuel a également entraîné une explosion de joie dans les milieux militaires sous d'autres latitudes. Le Général brésilien Álvaro de Souza Pinheiro, par exemple, le considère comme "le document le plus élaboré de la doctrine de contre-insurgeance, que le monde occidental ait connu jusqu'à ce jour" et il assure qu’"une grande partie des armées de l'OTAN, travaille déjà à la reformulation de ses documents similaires, en prenant pour modèle le nouveau manuel nord-américain". (Chile Press, 02/04/2007).
[article en français ici ]
Il est certain que el Secrétariat à la Défense nationale mexicaine, au travers du Plan México, est en train d'analyser cette nouveauté éditoriale, pour mettre à jour ses vieux manuels de guerre irrégulière et améliorer ses campagnes de contre-insurrection dans les Chiapas ou d’autres États de la république, avec l'assistance, cette fois d'anthropologues incrustés - à la mode Mcfate - qui aident les militaires à "comprendre" les cultures des "indigènes" en rébellion contre l'ordre établi.
La lecture du Manuel est nécessaire pour comprendre la mentalité des intellectuels de la guerre "contre-terroriste". La préface, signée par le général Petraeus (actuellement en charge des forces expéditionnaires US en Irak) et par le général James F. Amos, du tristement célèbre Corps des Marines, montre que les militaires usaméricains sont devenus, sinon marxistes, du moins dialectiques, dans la mesure où ils découvrent que: "L'armée et le Corps des Marines, reconnaissent que chaque insurrection a son contexte et présente un ensemble de défis qui lui est propre "
C'est pourquoi, une campagne de contre-insurrection requiert que "Soldats et Marines (avec des majuscules dans tout le texte) utilisent un mélange de tâches de combat, en faisant appel plus fréquemment à des agences non militaires…On espère que Soldats et Marines deviendront constructeurs de nations autant que guerriers. Ils devront être préparés pour aider à rétablir les institutions et les forces locales de sécurité et contribuer à la reconstruction des services de base. Ils seront capables de faciliter le rétablissement de la gouvernabilité locale et de la loi. La liste de ces tâches est longue; elles réclament une coopération et une coordination avec de nombreuses agences intergouvernementales (des USA), de la nation hôtesse et du milieu international…Conduire avec succès une campagne de contre-insurrection, requiert une force flexible, adaptable, dirigée par des leaders habiles, biens informés et culturellement rusés".
L'analyse de cette préface, à la lumière de l'occupation néo-colonialiste de l'Irak, démontre que ces "constructeurs de nations" ont été précisément, ceux qui sans justification aucune, menèrent à terme une guerre, enfreignant le cadre juridique international, contre un État indépendant et membre de l'Organisation des Nations Unies, laquelle guerre a été responsable de la mort de 650 000 Irakiens, de la destruction des infrastructures de base des services publics, de l'exode de millions d'habitants vers l'extérieur, du pillage et de la destruction de son patrimoine culturel, de l'assassinat prémédité des ses écrivains, professeurs, médecins et avocats. La puissance occupante a établi un gouvernement fantoche de collabos, euphémiquement appelé "gouvernement de la nation hôtesse", lequel est maintenu en place uniquement grâce à l'astuce culturelle mortifère de Soldats et Marines et à l'imposition de la loi US.
Il est avéré que 2007 fut l'année la plus meurtrière pour les troupes d'occupation, avec 858 soldats usaméricains tués à la date du 6 novembre et 3855 depuis 2003 (61.996 morts et blessés pour des causes liées ou non aux hostilités). Le Manuel ne fonctionnerait-il pas? Soldats et Marines ne le liraient-ils pas? Les anthropologues embarqués feraient-ils mal leur travail? L'insurrection serait-elle plus dialectique que la contre-insurrection?
Manuel de terrorisme global
Le présupposé de base du Manuel de Contre-insurrection 3-24, est que les USA ont le droit d'intervenir militairement au niveau mondial, ce qui est contradictoire avec les principes et les lois du cadre juridique international, qui sont à l'origine de l'Organisation des Nations Unies et en constituent les fondements.
Ainsi le Manuel soutient que sa doctrine " est par définition, large en perspective et contient les principes, les tactiques et les procédures applicables dans tout le monde…Cette publication a pour objet d'aider à la préparation des chefs de l'Armée et du Corps de Marines à conduire des opérations de contre-insurrection dans n'importe quelle partie du monde."
Afin de justifier cette extraterritorialité militaire --déjà mentionnée-- les stratèges utilisent un supercherie juridique, dénommé "nation hôtesse", dont le gouvernement "invite" les USA à la contre-insurrection contre son propre peuple, même si la dite autorité a été imposée postérieurement au renversement du gouvernement légalement constitué et à l'occupation militaire du pays par les forces expéditionnaires US.
Déjà, lors de l'annexion de l'archipel des Philippines en 1898, les USA livrèrent leur première guerre de contre-insurrection du XXème siècle contre la rébellion menée par Emilio Aguinaldo, sous le prétexte --selon le président William McKinley-- d"éduquer, d'élever et de christianiser les Philippins". (Timothy K. Deady, Parameters. Spring, 2005). De même, dans la guerre de contre-insurrection des USA au Nicaragua, contre le général Augusto C. Sandino - lequel dérouta à maintes reprises les marines usaméricains - les Yankees employèrent la tactique de mettre face à face "natifs contre natifs", en créant une Garde Nationale dirigée par Anastasio Somoza García, qui finit par assassiner Sandino en 1934.
Une autre des idées-forces du Manuel, est établie sur le constat que face à l'écrasante supériorité militaire conventionnelle des USA, leurs ennemis n'ont d'autre ressources que de lutter au moyen d'une guerre non conventionnelle "en mélangeant technologie moderne, anciennes techniques d'insurrection et terrorisme…". Dans la contre-Insurrection, celui qui apprend et s'adapte plus rapidement - celui qui possède la meilleure organisation pour apprendre - est généralement le gagnant. Les contre-insurrections ont été appelées acquisition de compétences par apprentissage. C'est pourquoi cette publication indique que "apprendre et s'adapter" est un impératif de la contre-insurrection moderne pour les forces US".
Á partir de cette prémisse, le Manuel conclue "Ironiquement, la nature de la contre-insurrection présente des défis aux systèmes traditionnels de leçons-apprentissage; de nombreux aspects non militaires de la contre-insurrection ne portent pas en eux-mêmes un apprentissage tactique rapide…Effectuer les tâches non militaires de la contre-insurrection nécessite une connaissance dans des domaines divers et complexes. Celles-ci incluent la gouvernance, le développement économique, l'administration publique et la force de la loi. Les Commandants ayant une connaissance profonde de ces domaines, peuvent aider leur subordonnés à comprendre des climats hostiles et peu familiers et à s'adapter plus rapidement aux changements de situations".
Sont proposées des définitions de l'insurrection et de la contre-insurrection: " l'insurrection est une lutte politico-militaire organisée et imaginée pour affaiblir le contrôle et la légitimité d'un gouvernement établi, d'une force occupante ou autre autorité politique, à mesure qu'augmente le contrôle insurgé". Une autre définition de l'insurrection affirme que celle-ci est "typiquement une forme de guerre interne, qui survient en premier lieu à l'intérieur d'un État et non entre États et dans lequel se retrouvent un minimum d'ingrédients de guerre civile. La contre-insurrection consiste dans des actions militaires, paramilitaires, politiques, économiques, psychologiques et civiles, menées à terme par un gouvernement, afin de mettre en échec l'insurrection ".
Dans le cas de l'Irak, on observe que le "gouvernement établi" n'a pas de légitimité, ni de contrôle, dans la mesure où il s'agit d'une autorité subordonnée à la puissance occupante. De sorte que, devant son échec face à la résistance patriotique, les USA ont provoqué une guerre civile dans laquelle les sunnites s'affrontent aux chiites, au travers d'attentats terroristes perpétrés par leurs agences de renseignement, renforçant de facto l'indépendance des Kurdes et affaiblissant au maximum l'unité nationale.
La grande "découverte" du Manuel est son vernis anthropologique: "La connaissance culturelle est essentielle pour entreprendre avec succès une contre- insurrection. Les idées américaines (sic) de ce qui est "normal" ou ""rationnel", ne sont pas universelles. Au contraire, les membres des autres sociétés ont fréquemment des notions différentes de la rationalité, de la conduite appropriée, des niveaux de pratique religieuse et des règles concernant les genres (sexuels)".
Le vrai processus d'acculturation des soldats usaméricains va au-delà des manuels, selon la parole d'un vétéran de la guerre d'Irak: "J'a été un assassin psychopathe parce qu'ils m'ont entraîné pour tuer: Je ne suis pas né avec cette mentalité. Ce fut le Corps d'Infanterie de Marine qui m'éduqua pour faire de moi un gangster des corps expéditionnaires usaméricains, un délinquant. Ils m'ont entraîné à exécuter aveuglément les ordres du Président des USA, pour lui rapporter à la maison ce qu'il demanderait, sans tenir compte d'aucune considération morale. J'étais un psychopathe parce qu'ils m'enseignèrent à tirer le premier et à poser des questions ensuite, comme le ferait un malade et non un soldat professionnel, qui doit affronter d'autres soldats. S'il fallait tuer des femmes et des enfants, nous le faisions. C'est en cela que nous n'étions pas des soldats, mais des mercenaires". (Jimmy Jimmy Massey : « J’étais un assassin psychopathe » , par Rosa Miriam Elizalde, Cubadebate).
Le renseignement dans la contre-insurrection
Si dans n'importe quel conflit belliqueux le travail des services de renseignement est indispensable, dans la contre--insurrection, il est particulièrement vital, soulignent les militaires usaméricains. Pour cela, le chapitre clé du Manuel de contre-insurrection 3-24 traite précisément des caractéristiques du renseignement dans cette guerre asymétrique. Également, étant donné que les conflagrations livrées par les USA ont lieu dans des espaces culturellement étrangers, la découverte militaire réside dans la collaboration de scientifiques sociaux dans les campagnes impérialistes, contre les mouvements révolutionnaires de résistance nationale.
L'anthropologue contre-insurrectionnelle Montgomery Mcfate, l'explique de cette manière: "Dans un conflit entre adversaires symétriques, dans lequel les deux parties sont de force égale et utilisent une technologie similaire, comprendre la culture de l'adversaire ne représente que peu d'intérêt. La guerre froide, avec toute sa complexité, a mis face à face deux puissances d'origine européennes. Mais dans une opération de contre-insurrection contre un adversaire non occidental, la culture est importante.” (The US Army Professional Writiong Collection, March-April, 2005
Maintenant que les commandants et les stratèges militaires demandent à "approfondir les cultures, perceptions, valeurs, croyances et processus de prise de décisions des individus et des groupes," le Pentagone a intégré des équipes d'experts en économie, anthropologie, et science politique, lesquels jouent un rôle dans ce qui est techniquement appelé "Préparation de la Compréhension du Champ de Bataille" et qui consiste en un processus continu et systématique de l'analyse de la menace possible de l'ennemi et du milieu dans une région géographique spécifique. Les scientifiques sociaux ne sont qu'un instrument de la guerre, étant donné que seul le personnel militaire est habilité à prendre les décisions finales.
Le Manuel décrit le type d'information que ces singuliers mercenaires universitaires obtiennent: "Par exemple, des groupes tribaux et familiers en Irak et en Afghanistan traversent les frontières nationales des pays voisins. Les relations frontalières permettent aux insurgés de disposer d'un refuge sûr en dehors de leur pays et les aident au trafic inter-frontalier. L'aire d'intérêts peut être importante pour l'AO (aire opérationnelle).Très fréquemment celle-ci peut être influencée par plusieurs facteurs, tels que: réseaux familiaux, tribaux, ethniques, religieux et autres, qui vont bien au-delà de la zone d’ opérations; les relations de communication et économiques vers d'autres régions, l'influence des moyens de communication sur la population locale, le public usaméricain et les associés multinationaux; les appuis logistiques, financiers et moraux de l'ennemi."
Les anthropologues-militaires définissent - avec l'aide du plagiat déjà dénoncé - des concepts comme société, groupe ethnique, tribu, réseaux, institutions, rôles et statuts, structure et normes sociales, culture, identité, système de croyances, valeurs, attitudes et perceptions, langage, pouvoir et autorité, force coercitive, capital social, participation politique, entre autres. Tout cela, afin de connaître ce qui intéresse réellement les militaires: les insurgés, leurs objectifs et motivations, l'appui ou la tolérance de la population à leur égard, leurs forces et faiblesses, leurs formes d'organisation, leurs leaders et personnalités clés, leurs activités et relations politiques, leur liberté de mouvement, leurs soutiens logistiques et financiers, leur renseignement, les nouvelles recrues, l'armement et les capacités militaires, leur entraînement etc..
Avec une attention spéciale pour la structure organisationnelle des insurgés : s'il y a une hiérarchie ou non, si les membres sont spécialisés, si les leaders exercent un contrôle centralisé ou si des actions autonomes et des initiatives propres sont autorisées, si le mouvement opère indépendamment ou s'il a des relations avec d'autres réseaux et organisations, si les insurgés donnent plus de poids à une action politique ou à la violence.
Chaque dirigeant fait également l'objet d'une étude détaillée: son rôle dans l'organisation, ses activités connues et associées, son histoire personnelle et sa trajectoire, ses croyances, motivations et idéologie, son éducation et sa formation, son tempérament ("par exemple, soigneux, impulsif, réfléchi ou violent"), son importance dans l'organisation, sa popularité hors de celle-ci. Dans les sessions de torture en Irak et en Afghanistan, à Guantánamo et autres "recoins obscurs de la planète", ce sont sans doute certaines des questions posées aux détenus par les forces d'occupation US; elles font aussi partie des matières que les mentors yankees enseignèrent aux forces armées mexicaines dans leurs cours de "combat contre le terrorisme", dénoncés par La Jornada.
De la même manière, stratégies et tactiques des rebelles méritent un soin particulier: actions de conspiration, militarisme, guérilla urbaine, guerre populaire, embuscades, incendies, bombes et explosifs, armes chimiques, biologiques, radiologiques ou armes nucléaires, manifestations, contre-espionnage des insurgés, exécutions de délateurs, séquestrations, prise d'otages, infiltration et subversion, propagande, attaques d'installations, sabotage, entre autres. Toutes les formes du renseignement sont analysées: humaine, opérations militaires, interrogatoires de détenus et de déserteurs, rapports d'affaires civiles, opérations psychologiques, officiers de l'armée et forces politiques du gouvernement fantoche, entrepreneurs, dénonciations téléphoniques anonymes, journalistes, universitaires etc.. On obtient aussi une information de renseignement de routine, par surveillance, au moyen de capteurs et de caméras, par reconnaissance spatiale, par analyse d'archives de titres de propriété ou financières, par le contenu des téléphones cellulaires et des ordinateurs.
Il serait erroné de surestimer les capacités et la portée de ce travail de renseignement des impérialistes usaméricains, comme il serait faux de penser qu'ils sont invincibles. Cependant, il est important que la communauté des anthropologues latino-américains et mondiaux se manifeste contre l'utilisation mercenaire de sa discipline.

