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mardi 24 janvier 2012

Georges Ibrahim Abdallah, otage de la France-L'ancien chef de la DST : "Nous avons organisé un complot contre lui"

C’est un secret de polichinelle que le militant révolutionnaire Georges Abdallah, largement ignoré par les médias occidentaux, a été illégalement condamné à une peine de prison à vie qu’il purge depuis trois décennies. Mais les autorités françaises n’ont de cesse de le garder derrière les barreaux, alors qu’il aurait légalement déjà dû sortir de prison.


Abdallah aurait tout d’abord dû être libéré de prison après 18 mois. Mais son cas a rapidement pris une tournure très différente, conduisant à sa condamnation et à son emprisonnement à vie - Photo : Marwan Tahtah
Les autorités françaises insistent sur le maintien d’un ex-combattant des Factions Armées Révolutionnaires Libanaises (FARL) en prison, malgré le fait que 28 ans se soient écoulées depuis qu’il a été placé en détention. Ceci est une violation des plus graves des procédures juridiques françaises et de la Convention européenne des Droits de l’Homme, qui stipule que les détenus condamnés à une peine à perpétuité doivent être libéré après avoir purgé une période maximale de 18 ans.
Georges Ibrahim Abdallah, qui a commencé son combat en tant que membre du Parti Social-Nationaliste Syrien (PSNS), puis du Front Populaire pour la Libération de la Palestine (FPLP) avant de rejoindre les FARL, a été arrêté à Lyon ’en octobre 1984. À l’époque, les FARL étaient accusées d’un certain nombre d’opérations de type commando, la plus importante étant celle qui avait conduit à la mort de l’attaché militaire américain à Paris, Charles Robert Ray (le 18 Janvier 1982) et à celle du diplomate israélien Yaacov Bar-Simantov (le 3 avril 1982). Initialement, les autorités françaises ne parvenaient pas à trouver assez de preuves pour accuser Abdallah d’avoir participé à ces opérations. En dehors de quelques tracts établissant qu’il appartenait aux FARL et d’un faux passeport algérien en sa possession, les autorités françaises peinaient à organiser un procès contre lui. Par conséquent, quand il a comparu la première fois devant le tribunal  en juillet 1986, il avait été inculpé d'un seul délit, l’utilisation d’un document de voyage falsifié.Dans ses mémoires, intitulés Les Années de l’Elysée, et publiés en 1988, Jacques Attali, le conseiller du président François Mitterrand, a écrit le 6 mars 1985 : « Nous n’avons aucune preuve contre Georges Ibrahim Abdallah. La seule chose dont nous pouvons l’accuser c’est d’être en possession d’un faux passeport ».
A l’origine, Abdallah aurait dû être libéré de prison après 18 mois. Mais son cas à vite pris une tournure très différente, conduisant à sa condamnation et à l’emprisonnement à vie.
Isabelle Coutant-Peyre, qui était membre de l’équipe de la défense d’Abdallah (alors dirigée par le célèbre avocat Jacques Vergès), rappelle les détails de la « conspiration judiciaire » contre les révolutionnaires libanais : « Abdallah a été soudainement rappelé à la cour le 28 février 1987. Nous avons été surpris qu’il se soit alors retrouvé face à des charges différentes et à de nouvelles preuves qui n’étaient pas incluses dans son dossier lors du premier procès. L’accusation a affirmé que des armes avaient été trouvées dans des cachettes secrètes et des appartements appartenant à Abdallah. Ceci a été pris comme une preuve de sa participation dans les opérations de commando menées par les FARL en France en 1982 ».
Et Coutant-Peyre d’ajouter : « Le tribunal n’a pas hésité à condamner notre client à la prison à vie, malgré les protestations de l’équipe de la défense que les preuves contre lui n’étaient pas incluses dans le procès initial et avaient été fabriquées plus tard pour le faire condamner rétroactivement. Cela a été une violation des plus graves de la procédure légale ». Il était clair que Abdallah était devenu la victime d’un complot des services de renseignement.
Toutefois, les détails de la conspiration mise au point par la DST française n’ont pas été révélées avant le 10e anniversaire de la condamnation d’Abdallah. Dans ses mémoires, intitulées Contre-espionnage, mémoires d'un patron de la DST, l’ancien directeur du renseignement français, Yves Bonnet, a également révélé quelques-uns des fils de la conspiration.
« Nous avons été en mesure de recueillir suffisamment d’informations contre Abdallah après que la tête du réseau anti-terroriste, Jean-François Clair, eut réussi à recruter un informateur qui était très proche des FARL », écrit Bonnet. Il mentionnait l’informateur de l’époque comme étant « Jean-Paul M. » en indiquant aussi qu’il était avocat.
En juillet 2001, alors qu’Abdallah était déjà en prison depuis 17 ans, l’avocat Jean-Paul Mazurier, un membre de l’équipe de la défense d’Abdallah, a jeté une bombe qui a secoué le système judiciaire français. Dans une longue interview au journal Libération, il a avoué être l’informateur évoqué par Yves Bonnet. L’avocat a révélé en détail comment les services français de renseignement l’avaient recruté pour espionner son client (ce qui est en soi un élément suffisant pour une annulation de la peine d’Abdallah).
Mazurier a ajouté que la DST lui avait dit de faire en sorte que son client pense qu’il partageait ses convictions révolutionnaires et qu’il était en faveur de la lutte pour la cause palestinienne. Abdallah a commencé à lui faire confiance et lui a permis de rencontrer ses amis des FARL au Liban. Ceci a rendu plus facile pour les services de renseignement français la pénétration dans le groupe et la collecte d’éléments pour faire ensuite condamner Abdallah.
A la suite du scandale déclenché par les aveux de l’avocat-informateur, tout le monde s’attendait à ce que l’équipe de défense d’Abdallah présente une requête à la cour pour reconsidérer la condamnation de son client. La loi française interdit que l’on ait recours à des avocats, des médecins ou des journalistes pour espionner des accusés et pour recueillir des preuves contre eux.
Toutefois, l’équipe de la défense a pris une autre décision. Elle a décidé d’attendre jusqu’en 2002 pour présenter une demande de libération d’Abdallah après qu'il eut purgé sa peine. Malgré le rejet systématique de ces demandes répétées sur une période de dix ans, l’équipe de la défense s’est abstenue de de déposer une requête en annulation de la condamnation sur la base de l’incident d’espionnage. Tous ceux de l’équipe de la défense, avec qui Al-Akhbar a pu parler, ont refusé d’expliquer les raisons derrière cette non-décision. L’un d’entre eux a déclaré : « Cette question devrait être posée aux camarades d’Abdallah dans les FARL ».
Quant à l’ancien directeur de la DST, Yves Bonnet, il admet maintenant que ce qui s’est passé était "une conspiration illégale du renseignement".
« Nous nous sommes vraiment comportés comme des criminels dans cette affaire », a-t-il dit, ajoutant : « Je dois ajouter ma voix aujourd’hui à ceux qui appellent à la libération d’Abdallah. Il est temps de mettre un terme à l’injustice dont nous nous sommes rendus responsables à son égard ».

Consultez le site pour la libération de Georges Ibrahim Abdallah

mardi 15 septembre 2009

Je suis aujourd'hui un prisonnier politique de Barack Obama

par Leonard PELTIER, 11/9/2009. Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala
Original : 09/11/09 STATEMENT FROM LEONARD PELTIER REGARDING DENIAL FOR HIS PAROLE
Sur l’auteur
La libération conditionnelle de Leonard Peltier, le militant amérindien Anishinaabe/Lakota, membre de l'American Indian Movement, emprisonné depuis 1977 pour la mort de deux agents du FBI dans la réserve de Pine Ridge, vient d’être refusée après que les autorités ont décidé que le remettre en liberté – comme le permet la loi - diminuerait la gravité de son crime.
Bien qu’il ait reconnu avoir été présent lors des incidents ayant débouché sur ces morts violentes, en juin 1975, Leonard Peltier a toujours nié avoir tué les deux hommes et a répété, lors de ses nombreux procès en appel, avoir été victime d’un coup monté par le FBI. Peu après les événements, il avait fui au Canada, avant d’être extradé en 1976 vers les USA.
Peltier ne sera pas admissible à une libération conditionnelle avant... juillet 2024. Il aura alors 79 ans.
Considéré comme l’un des plus anciens prisonniers politiques du monde. Leonard Peltier est, pour nombre d’Amérindiens, un symbole de la lutte et de la résistance autochtone.
Voici sa déclaration rendue publique le 11 septembre, à la veille de son 65ème anniversaire.

Le département usaméricain de la Justice a de nouveau fait de son appellation arrogante et prétentieuse un objet de risée.

Après avoir fait libérer un adepte authentique et persistant de Charles Manson, leader d’un culte de la mort, qui avait tenté d’assassiner le président Gerald Ford, un terroriste croate reconnu, ainsi qu’un autre auteur d’une tentative d’assassinat contre le président Ford, en application de la loi sur les mises en liberté obligatoires après 30 ans de réclusion, la Commission US des mises en liberté conditionnelle (Parole Commission) a estimé que ma libération « ferait la promotion d’un manque de respect pour la loi »

Si seulement le gouvernement fédéral avait respecté ses propres lois, pour ne pas parler des traités qui sont, en vertu de la Constitution US, la loi suprême du pays, je n'aurais jamais été condamné ni forcé de passer plus de la moitié de ma vie en captivité. Sans parler du fait que toute loi dans ce pays a été créée sans le consentement des peuples premiers et qu’elle est appliquée de manière inégalitaire à nos dépens. Mon expérience devrait pour le moins remettre sérieusement en cause la compétence juridique douteuse du FBI sur les terres indiennes.

La phrase de la Commission était une citation de la formule employée par le futur ex-Procureur fédéral Drew Wrigley, qui apparemment espère conquérir le poste de gouverneur du Dakota du Nord à la tête de la cavalerie du FBI.
Ce faisant, il marche sur les traces de William Janklow, qui a construit sa carrière politique sur sa réputation de chasseur d’Indiens, passant du poste de procureur tribal (et violeur présumé d'une mineure indigène) à celui de Procureur général de l'État, puis de gouverneur du Dakota du Sud et de membre du Congrès. Certains se souviendront que Janklow avait revendiqué la responsabilité d’avoir dissuadé Président Clinton de m’accorder le pardon avant d’être reconnu coupable d’homicide (et démis de sa charge au Congrès). Le prédécesseur historique de Janklow, George Armstrong Custer, espérait de même qu’un massacre glorieux de Sioux le propulserait à la Maison Blanche, et nous savons tous ce qui lui est arrivé.

Contrairement aux barbares qui réclament mon sang dans les couloirs du pouvoir, les peuples premiers sont de vrais humanitaires : nous prions pour nos ennemis. Mais nous devons être assez réalistes pour nous organiser afin de gagner notre propre liberté et l'égalité en tant que nations. Nous constituons 5% de la population du Dakota du Nord et 10% de celle du Dakota du Sud et nous pourrions utiliser cette influence pour promouvoir notre propre pouvoir sur les réserves, où nous devrions nous concentrer. Si nous étions organisés comme un bloc électoral, nous pourrions défaire la base même de la compétition entre Dakotas pour savoir qui est le plus raciste. Dans les années 1970 nous avons été obligés de prendre les armes pour affirmer notre droit à la survie et l'auto-défense, mais aujourd'hui, la guerre n’est qu’une idée parmi d’autres. Il nous faut maintenant résister à l'oppression et la colonisation armées avec nos corps et nos esprits. Le droit international est de notre côté.

Compte tenu du profil de ces trois détenus fédéraux mis en liberté conditionnelle récemment, il pourrait sembler que mon plus grand crime est d’être un Indien. Mais la vérité est que mon plus grave crime est d’être innocent. En Iran, les prisonniers politiques sont parfois libérés s'ils s’avouent coupables des accusations ridicules pour lesquelles ils sont traînés en justice, afin de les discréditer et de les intimider, eux et les citoyens qui pensent comme eux.

Le FBI et ses commis ont suggéré la même chose, tout comme la Commission des mises en liberté conditionnelle, lorsqu’elle a décidé en 1993 que mon refus d'avouer motivait son refus de libération conditionnelle.



"Obama ! Le changement et l'espoir, pour les Indiens américains, commence par la liberté de Leonard Peltier" (Manifestation de l'AIM, American Indian Movement)

Se proclamer innocent, c’est suggérer que le gouvernement a tort, si ce n’est qu’il est lui-même coupable. Le système judiciaire usaméricain est configuré de telle sorte que l’accusé n'est pas condamné pour le crime lui-même, mais pour avoir refusé d'accepter un quelconque plaidoyer de marchandage (reconnaissance préalable de culpabilité) et pour avoir osé contraindre le système judiciaire à lui reconnaître le droit de rejeter les charges retenues contre lui dans un procès. Une telle insolence est invariablement punie par des réquisitions du ministère public en faveur de peines maximales, quand il n’exclut pas carrément l’échelle de peines proposées par le tribunal dans ses directives, ainsi que toute possibilité de mise en liberté conditionnelle.

Pour autant que les non-autochtones détestent les Indiens, nous sommes tous dans le même bateau.

Tenter de copier ce système au sein de l’administration tribale est pitoyable, pour le moins.

Ce n'est que cette année, dans l’affaire Troy Davis, que la Cour suprême a reconnu la proclamation d’innocence comme un moyen de défense juridique légitime. Comme les témoins qui ont été contraints de témoigner contre moi, ceux qui ont témoigné contre Davis ont renoncé à leurs déclarations, et pourtant Davis a frôlé a mise à mort. J’aurais pu moi-être exécuté, si le gouvernement du Canada n’avait mis comme condition à mon extradition une renonciation à la peine de mort.

L'ordre ancien est bien représenté par le juge Antonin Scalia de la Cour suprême, qui a déclaré dans son avis dissident dans le cas Davis : " "Cette Cour n’a jamais considéré que la Constitution interdit l’exécution d’un accusé reconnu coupable qui a eu un procès complet et équitable mais a ensuite été en mesure de convaincre un tribunal d’habeas corpus qu’il est « effectivement » innocent. Bien au contraire, nous avons à plusieurs reprises laissé la question sans réponse, tout en exprimant des doutes importants sur le fait qu’une quelconque proclamation d’ « innocence effective » alléguée puisse avoir valeur constitutionnelle. »

L’estimé sénateur du Dakota du Nord , Byron Dorgan, qui est actuellement le président de la Commission permanente du Sénat aux Affaires indiennes, a utilisé sensiblement le même raisonnement lorsqu’il a écrit que «notre système juridique a jugé Leonard Peltier coupable du crime dont il était accusé. J'ai passé en revue les actes du procès, et je pense que le verdict était équitable et juste ».

Pour les autochtones, c'est une déclaration bizarre et incompréhensible tout comme l’est l’assertion que l'innocence et la culpabilité ne sont qu’un simple statut juridique, pas nécessairement ancré dans des faits matériels.

C'est un truisme de dire que tous les prisonniers politiques ont été reconnus coupables des crimes dont ils étaient accusés.

La vérité est que le gouvernement veut obtenir de moi une fausse confession dans le but de valider une opération qui était un coup monté plutôt bâclé, dont l’exposition publique pourrait ouvrir la porte à une enquête sur le rôle des USA dans la formation et l’équipement de milices de goons [Guardians of the Oglala Nation, milice mise en place par Dick Wilson président du conseil tribal de la réserve oglala-lakota de Pine Ridge dans le Dakota du Sud, en 1972 ; goon signifie aussi jaune, au sens de briseur de grève, NdT] pour éliminer le mouvement de base contre la dictature fantoche à Pine Ridge [le conseil tribunal corrompu de la réserve, NdT].



En Usamérique, il ne peut par définition pas y avoir de prisonniers politiques, mais seulement des gens dûment jugés coupables par un tribunal légal. Il est jugé trop controversé ne serait-ce que d’envisager publiquement que le gouvernement fédéral pourrait fabriquer et supprimer des preuves pour provoquer la défaite de ceux qu’il considère comme ennemis politiques. Mais c'est un fait démontrable à chaque étape de mon affaire.

Je suis aujourd'hui un prisonnier politique de Barack Obama, et j'espère et je prie pour qu’il adhère aux idéaux qui l’ont poussé à briguer la présidence. Mais, comme Obama lui-même pourrait le reconnaître, si nous l'attendons pour résoudre nos problèmes, nous passerons à côté du message de sa campagne. C’est seulement en nous organisant dans nos propres communautés et en faisant pression sur ceux qui sont censés être nos dirigeants que nous pourrons susciter les changements dont nous avons tous un tel besoin.
S'il vous plaît soutenez le
Leonard Peltier Defense Offense Committee dans notre effort pour amener le gouvernement des USA à respecter sa propre parole

Je vous remercie, vous tous qui êtes restés à mes côtés pendant toutes ces années, mais nommer qui que ce soit en exclurait bien d’autres

Nous ne devons jamais perdre l'espoir dans notre lutte pour la liberté.

Dans l'esprit de Crazy Horse,
Leonard Peltier

Leonard Peltier #89637-132
USP-Lewisburg
US Penitentiary
PO Box 1000
Lewisburg, PA 17837
USA



Retour à la maison après le bain de bébé, (Huile, 2009), 24" X 15", par Leonard Peltier

mercredi 9 septembre 2009

Justice pour les victimes du 11/9 ! Justice pour Mounir El Motassadeq !


Au nom de la justice, nous soussignés, demandons la réouverture du procès de Mounir El Motassadeq, condamné en 2007 par une cour allemande à 15 ans d’emprisonnement pour complicité dans le meurtre de masse du 11 septembre 2001. [1]

Les éléments du dossier
Mounir El Motassadeq est un citoyen marocain né en 1974. ll a effectué des études d’ingénieur en électronique à Hambourg en Allemagne, et y est devenu l’ami de Mohamed Atta, Marwan Alshehhi et Ziad Jarrah, trois des quatre supposés pilotes des avions détournés le 11 septembre dans le cadre d’une opération suicide criminelle.[1]
Le prétendu crime de Mounir est de s’être occupé de diverses commissions personnelles pour ses amis et d’avoir transféré l’équivalent de 2500 $ à Ramzi Binalshib, lequel aurait transféré cet argent à Atta, Alshehhi et Jarrah, dans l’intention supposée de les aider à mettre au point les attaques du 11/9. Ces actes ont conduit à sa condamnation en tant que complice de meurtre de masse.
Il ne fait pas de doute que porter assistance à autrui en vue de commettre un meurtre est une infraction criminelle. Toutefois, pour qu’une telle participation soit punissable, un tribunal doit déterminer hors de tout doute raisonnable, non seulement que l’aide apportée avait pour but de contribuer effectivement au crime, mais aussi que ceux qui ont reçu cette aide ont véritablement commis le crime. Envoyer de l’argent à des amis innocents n’est certainement pas une infraction criminelle.
Dans le cas de Mounir El Motassadeq, la cour d’Hambourg a déterminé la culpabilité des amis de Mounir pour meurtre de masse en s’appuyant principalement sur le témoignage oral d’un responsable du FBI affirmant avoir pris part à l'enquête sur ce meurtre de masse. [2] Ce responsable n’a pas témoigné sous serment, a refusé de répondre à la plupart des questions, et n’a pas fourni de documentation authentifiée afin d'étayer ses déclarations. Il n'a pas non plus été témoin du crime ni n'a entendu de témoins du crime. Le tribunal n’a pas non plus reçu d’éléments prouvant que les amis de Mounir avaient réellement embarqué dans les avions avec lesquels ils auraient prétendument commis leur opération suicide. Malgré l’absence de telles preuves, le tribunal a considéré que les amis de Mounir avaient planifié les attaques, y avaient participé et étaient morts pendant leur déroulement, et que Mounir était au courant des plans meurtriers de ses amis.
Il a désormais été établi que les autorités US n’ont, jusqu’à présent, pas fourni de preuves que des terroristes arabes étaient effectivement montés à bord des appareils qu’ils auraient utilisés comme armes de destruction massive. Leurs noms n’apparaissent pas sur des listes de passagers authentifiées ; leurs cartes d’embarquement n’ont jamais été montrées ; aucun enregistrement certifié de vidéo de surveillance n’a été présenté comme preuve de leur présence dans les aéroports respectifs ; personne ne les a vus embarquer dans les avions ; et les restes de leurs corps sur les lieux des crashs n’ont pas été identifiés. [3] Sur son site web, le FBI déclare lui-même que « des tentatives visant à confirmer l’identité véritable de ces [pirates de l’air] sont toujours en cours ». [4]
Au-delà de l’absence de preuves solides de leur présence à bord des avions, de graves questions subsistent quant à l’identité des avions écrasés en raison du fait que le FBI a refusé d’identifier formellement les épaves et de publier des photos de celles-ci. Le tribunal de Hambourg prétend dans son jugement qu’Atta, Alshehhi et Jarrah ont été choisis par Oussama Ben Laden pour agir comme pilotes dans les attaques du 11/9. Mais le ministère de la Justice US n’a jamais accusé Ben Laden pour les attaques du 11/9, et lorsqu’il fut demandé au FBI pourquoi il en était ainsi, il répondit que « le FBI n’a pas de preuves solides établissant un lien entre Ben Laden et le 11/9 ». [5]

Demande de justice
La justice signifie que seuls ceux qui sont clairement reconnus coupables d’une infraction puissent être punis. Une culpabilité de ce type doit être établie hors de tout doute raisonnable par une instance judiciaire indépendante au cours d’un procès équitable. À la lumière de l’absence de preuves solides que les amis de Mounir – Atta, Alshehhi, et Jarrah – ont effectivement planifié et exécuté un meurtre de masse, Mounir El Motassadeq doit être considéré comme ayant été puni à tort.
Les proches des victimes du meurtre de masse du 11/9, de même que l’ensemble de la société, ont le droit d’obtenir que justice soit faite. La signification de la justice est que ne soient punis que les véritables criminels, et non des boucs émissaires. Aucun de ceux qui ont véritablement planifié et facilité le meurtre de masse du 11/9 n’a encore été puni.
Par conséquent, nous exhortons les autorités judiciaires allemandes à faciliter la réouverture du procès intenté à Mounir El Motassadeq. Nous sommes convaincus qu’un nouveau procès de Mounir El Motassadeq aboutira à sa libération, contribuera à maintenir la confiance dans le système judiciaire allemand, et encouragera les autorités judiciaires de par le monde à s'activer pour identifier et juger ceux qui ont réellement commis le meurtre de masse du 11/9.
[1]
http://fr.wikipedia.org/wiki/Mounir_al-Motassadeq
[2] http://www.rp-online.de/public/article/politik/271233/Terrorpiloten-bekamen-ueber-200000-Dollar-aus-den-Emiraten.html
[3] Elias Davidsson, Rien ne prouve que des musulmans aient détourné des avions le 11 Septembre
[4]
http://www.911blogger.com/node/14406
[5] http://www.voltairenet.org/article155945.html

Le Comité pour Mounir
Annie Machon, ex-MI5 (Düsseldorf, Allemagne) David Ray Griffin, Prof. émérite (USA), membre d'honneur Elias Davidsson, compositeur & défenseur des droits humains (Bonn, Allemagne) Jean-Luc Guilmot, ingénieur (Belgique) Dr. med Jens Wagner, Stade (Allemagne) Barrie Zwicker, journaliste radio (Canada)

jeudi 20 août 2009

« Ils m’accusent de terrorisme parce que j’ai écrit que les FARC sont une réponse historique aux multiples violences de l'État »


Lettre de la prison modèle de Bogotá de Miguel Ángel BELTRÁN VILLEGAS
Présenté par Nikolas Stolpkin, traduit par Esteban G., édité par Fausto Giudice, Tlaxcala
Original : Carta desde la cárcel Modelo de Bogotá: "Me acusan de terrorista por sustentar en mis escritos que las FARC son respuesta histórica a las múltiples violencias del Estado"
Sur l’auteur

L’arrestation suivie de l’expulsion de Miguel Angel Beltrán Villegas, sociologue et professeur colombien, survenues au Mexique le 22 mai dernier, nous en dit plus que le fait strict qui s’est produit. Il s’agit ici, tout d’abord, d'une collaboration subreptice des autorités mexicaines avec les autorités colombiennes dont nous ignorons jusqu'où elle pourrait aller. Assistons-nous à la mise en place d’un nouveau « Plan Condor » en Amérique latine ?
D'autre part, l’arrestation de Miguel Ángel Beltrán, accusé par le gouvernement colombien d'avoir des liens supposés avec les FARC-EP, car il aurait été « découvert » grâce à l'information magique des ordinateurs du dirigeant assassiné Raúl Reyes, pourrait nous rapprocher dangereusement de ce qui pourrait facilement faire partie d'un chapitre d'une bande dessinée de science-fiction : le délit consistant à exprimer nos idées ou nos pensées ou à être censé figurer sur une liste de contacts.
Jusqu'où les tentacules de la surveillance des êtres humains pourront-elles arriver?
Miguel Ángel Beltrán est aujourd'hui emprisonné en Colombie. Il n'a tué personne, il n'a pas volé, il n'a pas violé, et pourtant il est accusé d’être un « terroriste ». Tandis qu'à lui on promet une condamnation d’environ un demi-siècle, les véritables terroristes qui sèment la peur et la douleur en Colombie, eux, sont reçus dans un cadre politique appelé « Justice et Paix » où l’on réduit la peine de ces véritables criminels à 8 ans d’emprisonnement, tout simplement parce qu’ils reconnaissent effrontément leurs innombrables massacres de citoyens colombiens. Peut-il y avoir une justice en Colombie avec cette espèce de « justice » ?
Nous publions une lettre que Miguel Ángel a adressée à ses collègues de l’Association syndicale des enseignants universitaire (Asociación Sindical de Profesores Universitarios-ASPU) de Colombie le 20 juillet 2009.


Vous pouvez écrire à Miguel Ángel :
Miguel Ángel Beltrán Villegas
Cárcel Nacional Modelo
Pabellón de Alta Seguridad
CR 56 19-30
Bogotá
Cundanimarca
Colombie
En adressant une copie à :
libertadencolombia@gmail.com

Nikolas Stolpkin pour Tlaxcala
***
Chères et chers collègues de l’ASPU,

Deux mois ont passé depuis que j’ai été arbitrairement enfermé dans ce quartier de « haute sécurité ». Actuellement nous sommes 73 détenus (sur une population de 6102 prisonniers), isolés dans cette zone de la prison nationale modèle, qui peut être considérée comme étant une « prison dans la prison », éloignée des autres cours et où nous n’avons droit qu’à une heure de soleil par jour.

Ici, je partage le sort non seulement de commandants guérilleros mais, aussi de narcotrafiquants reconnus et de chefs paramilitaires qui comme « Zeus » et « Niche » sont accusés d'être les auteurs de nombreux massacres d’hommes, de femmes et d’enfants sans défense. Heureusement, ces derniers se trouvent à un étage différent.

Chaque fois que je passe les portes de cette institution carcérale pour une audition ou une interview avec les médias, les impressionnants dispositifs de sécurité révèlent que suis considéré comme un accusé de très grand danger pour les autorités carcérales. « Le terroriste le plus dangereux des FARC », selon des paroles du président Uribe lui-même qui m'a condamné, sans être jugé, et a remercié le président mexicain Felipe Calderón pour sa collaboration à ma capture, même si les juges de garantie et d'appel ont insisté sur le fait que mon incarcération s'était produite en Colombie.

La véritable ironie est atteinte. Alors que le procureur me promet une peine de plus de quarante ans pour délit de rébellion et association pour commettre des délits à des fins terroristes, il protège au travers de la politique de « justice et paix » les véritables criminels, ceux qui ont semé la terreur dans tout le pays, en leur offrant de purger pour leurs dizaines d'homicides seulement 8 ans de prison, en échange de leur confession. Dans d'autres cas, la justice ne s’est même pas chargée d'eux et ils sont maintenus en totale impunité dans des emplois publics importants ou à de hauts postes de direction dans les forces armées.

Dans mon dossier on ne m’accuse pas d’avoir massacré des paysans à la tronçonneuse, de même que l’on ne m’attribue pas l’assassinat de jeunes provenant de secteurs populaires présentés ensuite comme des « faux positifs » ; on ne m'impute pas de traitements cruels, inhumains et dégradants contre qui que ce soit; et on m’accuse encore moins de crime contre l’humanité : au contraire, on m’accuse « d’incitation au terrorisme » pour avoir dénoncé ces faits et dévoilé la responsabilité de l'État colombien et des Forces armées dans ces crimes: Je suis accusé d'être un terroriste car je soutiens dans mes écrits dans des forums publics, que les FARC sont une réponse historique aux multiples violences de l'État, parce que dans ce pays, il y a un décret présidentiel disant qu’il n'existe pas de conflit armé, bien que le nombre de déplacés par la violence dépasse déjà 4 millions de personnes.


Le fait que mes activités universitaires soient citées comme indices pour m'inculper, démontre qu'il s'agit d'une tentative claire de criminaliser un travail d’enseignement et de recherche qui gêne l'establishment.

Par le passé ce même genre d’accusations avaient été portées contre des professeurs universitaires renommés comme le sociologue Alfredo Correa, qui avait été accusé d'être un « idéologue des FARC » ; dans ce cas les fausses inculpations provenaient d'informations fournies par les organismes mêmes de renseignement de l'État, concrètement du DAS [Département Administratif de Sécurité], institution qui dépend directement de la Présidence de la République. Bien que son innocence ait pu être confirmée durant son procès, le droit à la vie ne fut pas garanti au professeur Correa : quelques semaines après sa libération, il était assassiné dans les rues de Barranquilla.

Manifestation devant l'Institut National des Migrations (Mexico) en soutien à l’universitaire colombien Miguel Ángel Beltrán Villegas. Photo Guillermo Sologuren/La Jornada


Actions de soutien au Dr. Miguel Ángel Beltrán Villegas à l'Université Nationale de Colombie

Malheureusement, cette politique de harcèlement contre l’université colombienne n'est pas une chose du passé, au contraire elle s’est amplifiée avec la mal nommée politique de « sécurité démocratique ». William Javier Díaz est un exemple de ces machinations, membre du Taller de Formación Estudiantil Raíces [TJER-Atelier de Formation Estudiantine Racines], qui pendant plus d’une décennie a développé des séminaires sur la pensée sociale à l'Université Pédagogique et à l'Université de district « Francisco José Caldas », avec l’aide d’universitaires et de chercheurs reconnus, aujourd'hui il est victime d'un même montage juridique, par lequel, selon la base de sombres archives d'un ordinateur soi-disant saisi sur la guérilla, il est présenté comme un militant des FARC.

De cette manière l'État projette de nous punir et de punir tous ceux qui considèrent que les étudiants doivent être en contact permanent avec les problèmes sociaux non seulement du passé mais aussi du présent ; que les futurs professionnels doivent rester en contact avec les tenaces et dures réalités d'un pays continent qui semble aujourd'hui se réveiller après des années de léthargie.

L'université, qui est le centre par excellence de la production et de la circulation de la pensée critique, ne peut pas céder à cette intimidation, en se protégeant derrière une supposée neutralité de la théorie, ni en s’abritant dans la tour d'ivoire d'une connaissance d'experts étrangère à tout engagement avec la réalité sociale, les libertés de la pensée et de l'expression - le professeur universitaire également militant des droits humains, Héctor Abbé Gómez, écrivait - « C’est un droit durement conquis par des milliers d'êtres humains à travers l'histoire, un droit que nous devons conserver. L'histoire démontre que la conservation de ce droit requiert des efforts constants, souvent des combats, et parfois, des sacrifices personnels ».


Journée d'action pour Miguel Ángel à l'Université nationale à Bogotá le 31 juillet dernier


En Colombie, l'Association Syndicale des Enseignants Universitaires a été un instrument de défense de ce droit, en préservant par son combat l’« alma mater » [c’est-à-dire l’Université, du lat. mère nourricière, NdT], non seulement des barbares qui prétendent la faire taire en recourant à la violence et à la menace, mais en faisant face à la politique néolibérale qui cherche à l'asphyxier.

La généreuse solidarité que vous m'avez offerte durant ces deux longs mois de détention, confirme cet engagement que vous avez maintenu pendant des décennies au nom de la défense de l'éducation supérieure et que cette lutte concerne non seulement ma liberté mais aussi la liberté et le respect du travail scientifique et intellectuel.

Depuis ces quatre murs qui emprisonnent mon corps, mais pas ma pensée, je veux vous faire parvenir l’expression de mes sincères remerciements pour vos gestes de solidarité et de ma conviction que dans ce combat nous arriverons à nos fins, pour que dans le pays la pensée puisse circuler librement et qu’elle ne soit pas menacée par ces insensés qui aspirent à faire revivre les temps de l'inquisition, en condamnant au bûcher ceux qui comme nous expriment des idées et des opinions différents.

Accolade fraternelle.

Miguel Ángel Beltrán Villegas
Cárcel Nacional Modelo. Pabellón de Alta Seguridad
[Prison Nationale Modèle. Quartier de Haute Sécurité]
Bogotá, le 20 juillet 2009













Source : Carta desde la cárcel Modelo de Bogotá: "Me acusan de terrorista por sustentar en mis escritos que las FARC son respuesta histórica a las múltiples violencias del Estado"

Article original publié le 26/7/2009

Sur l’auteur

Nikolas Stolpkin est rédacteur du blog Stolpkin et auteur associé à
Tlaxcala, le réseau de traducteurs par la diversité linguistique, dont Esteban G., rédacteur du blog http://letacle.canalblog.com/, et Fausto Giudice, rédacteur du blog Basta ! Journal de marche zapatiste, sont membres . Cet article peut être reproduit librement à condition de respecter son intégrité et mentionner les auteurs et la source.



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dimanche 16 août 2009

Le procès le plus étrange de l’histoire de la justice marocaine


par Mohamed Sassi, Al Massae, 6/8/2009. Traduit par Tafsut Aït Baamrane, Tlaxcala
Original :
أغــرب محاكمة في تاريخ القضاء المغربي


Le 27 juillet dernier, la cour spéciale antiterroriste de Rabat-Salé, au terme du long procès surréaliste du soi-disant « réseau Belliraj », a rendu un verdict incroyable mais attendu.
Le principal accusé, Abdelkader Belliraj a été condamné à la réclusion à perpétuité. Les six prisonniers politiques faisant partie des 35 accusés ont reçu les condamnations suivantes :


Mustapha Mouatassim et Mohamed Amine Regala, dirigeants du parti Al Badil Al Hadari (Alternative civilisationnelle), Mohamed Marouani, dirigeant du parti Oumma : 25 ans
Laabadla Maâ El Aïnine, du Parti Justice et Développement, et Abdelhafid Sriti, correspondant la chaîne de télévision Al Manar : 20 ans
Hamid Najibi, Parti socialiste unifié : 2 ans.
Voici un commentaire du juriste marocain Mohamd Sassi, publié par le quotidien marocain Al Massae . (
Tlaxcala)


Hamid Najibi - Laabadla Maâ El Aïnine - Abdelhafid Sriti


Mohamed Marouani- Mustapha Mouatassim - Med Amine Regala


Le procès le plus étrange qu’ait connu le Maroc dans une période où le ministre de la Justice est le premier secrétaire de l’UFSP. Il n’était pas supposé porter atteinte à l’impartialité du juge mais plutôt créer une ambiance favorable à celle-ci.

Les deux conditions à remplir pour un juge ayant à rendre un verdict, où que ce soit dans le monde, sont la transparence et le caractère équitable du jugement au terme d’un procès où le débat contradictoire a été possible et où les droits des accusés ont été respectés. Toute personne, où qu’elle se trouve sur la planète, devrait pouvoir discuter un jugement et apprécier s’il a été rendu dans le respect des lois et des droits des accusés. C’est ce raisonnement qui a conduit les organisations de défense des droits humains les plus représentatives et les plus influentes à exprimer leur solidarité avec les six prisonniers politiques de l’affaire Belliraj.

Ces six hommes étaient connus pour leur engagement de longue date dans un travail politique pacifique et le choix de la violence fait autrefois par certaines organisations auxquelles certains d’entre eux ont appartenu fait partie d’un passé lointain et d’une histoire révolue. Cette évolution est de notoriété publique. Les affirmations du ministre l’Intérieur, selon lequel ces hommes auraient fait partie d’une cellule jihadiste armée n’ont jamais été étayées, elles ont été contradictoires et, pour tout dire, peu convaincantes pour quiconque réfléchit un tant soit peut. C’est pou ces raisons qu’un grand nombre de personnalités, d’organisations politiques et de la société civile ont pris et fait et cause pour les accusés et ont défendu les six prisonniers politiques. Le juge aurait du trouver d’autres éléments que les accusations sans fondement émanant du ministère de l’Intérieur, pour pouvoir convaincre l’opinion publique par des preuves concrètes.

Ceux et celles qui ont défendu Marouani, Mouatassim, Regala, Laabadla Maâ El Aïnine, Sriti et Najibi ne sont pas moins soucieux que le juge ou le ministre de la sécurité intérieure et de la paix domestique. Ils ne peuvent pas être moins intelligents et clairvoyants pour identifier les menaces contre la sécurité intérieure.


La version officielle a été présentée sous trois angles :
1°- Cette « organisation terroriste » aurait été fondée lors de la « rencontre de Tanger » de 1992, avec deux ailes, l’une politique –ce sera l’association « Al Badil Al Hadari » (Alternative civilisationnelle), fondée en 1995 et l’association Al Haraka Min Hajli El Oumma (Mouvement pour la Cause de la Nation), fondée en 1998, toutes deux confluant dans le parti Al Badil Al Hadari, créé en 2005 -, et l’aile militaire, chargée d’opérations terroristes avec armes à feu et explosifs, de l’assassinat de personnalités connues – ministres, responsables, officiers supérieurs et citoyens juifs -, de hold-up et de cambriolages pour se financer ;

2°- La police a dit avoir saisi des armes hautement sophistiquées que la « cellule » aurait introduit au Maroc, et ce serait là la preuve de l’extrême dangerosité de ces « terroristes » ;


3°- Cette « cellule » aurait commencé –ou essayé de commencer - à mettre en œuvre son programme : exemple : l’opération « Macro » (une tentative de hold-up). Elle aurait aussi essayé d’assassiner un citoyen juif marocain appelé Azemkot.


Seul point faible dans ce scénario : tout cela – Tanger, Macro, Azemkot – se serait passé avant la création de l’Instance Equité et Réconciliation et l’adoption de la législation antiterroriste. Or, la première a tourné définitivement la page du passé et de la violence d’avant 1999, et la seconde ne peut s’appliquer que rétroactivement. Pour surmonter ces failles dans le scénario, on a trouvé des explications comiques : ainsi le projet terroriste relève d’une criminalité chronique, récurrente de 1992 à 1996, en 2002, 2004 et 2005 – or, pendant toute cette période, le seul événement a été la tentative d’assassinat d’Azemkot ; quant aux armes qui auraient été introduites au compte-gouttes au Maroc , on a interprété les propos tenus par Mustapha Mouatassim à Redouane Khalidi, lors de l’enterrement, en 2004, du père du journaliste Hassan Moukdad –« Nous tiendrons ce que nous avons promis ».

Cette phrase, selon la vision officielle, est une preuve suffisante de ce que le projet terroriste était toujours en cours : pendant douze ans, les concepteurs de ce projet auraient « planifié soigneusement », sans jamais passer aux actes. Après les attentats du 16 mai 2003, Mouatassim et Regala ont été les premiers à descendre manifester sur l’avenue Mohamed V à Rabat pour manifester et dire non au terrorisme. Comment imaginer qu’une telle hypocrisie et une telle duplicité soient possibles chez des êtres humains, pendant une si longue période, qui auraient caché leur double jeu à toute monde, y compris leurs proches ?

Quand les avocats ont pu consulter les dossiers de l’accusation, la première infamie qu’ils ont trouvé, c’était que l’unique source ayant orienté l’enquête était le « président » de la « cellule Belliraj », évoqué dans un procès-verbal du 18 février 2008. Mouattasim et Regala ont été arrêtés sur cette seule base, au même moment où sortait l’information que les deux hommes étaient interdits de se rendre à l’étranger. Ces arrestations politiques se sont fondées sur les prétendus aveux de Belliraj. On a ensuite assisté à un feuilleton d’absurdités, d’où il ressort que Belliraj lui-même était une victime de la guerre des services [marocains et belges, NdT]. Les défenseurs des droits humains étaient, quant à eux, convaincus dès le départ, de l’innocence des six prisonniers politiques et que le dossier d’accusation était un tissu d’absurdités qui ne pouvait déboucher sur un procès équitable. Où sont les preuves fiables que les six étaient impliqués dans un projet terroriste ?

On ne nous a rien montré au procès, à part les armes présentées en vrac, comme des bibelots dans une brocante, sans qu’il soit possible pour le public et les observateurs de les regarder de près ou sur un grand écran. Il est indiscutable que des armes peuvent entrer au Maroc. En 1994, suite à l’opération « Atlas Isni » [attaque d’un hôtel de Marrakech, pour laquelle plusieurs Franco-Algériens et Franco-Marocains ont été condamnés à mort et attendent leur exécution à la prison de Kénitra, NdT], on a en effet débusqué des réseaux de trafiquants de drogue utilisant ce genre d’armes pour régler des comptes entre eux ou contre la Sûreté nationale. Il est possible que des armes achetées en Europe et destinées à alimenter la guerre civile dans l’Algérie voisine aient transité par le Maroc, mais comment affirmer la provenance et la destination des armes exhibées au procès Belliraj ? Aucun lien n’ pu être établi entre les accusés et ces armes.

En outre, les armes présentées au tribunal ne l’ont pas été dans les formes légales –presque toute la presse l’a noté – et on remarqué sur les photos que les armes d’abord présentées par la police à la presse puis au tribunal n’étaient pas les mêmes, ce qui n’est vraiment pas sérieux, comme tout le procès, mené par la justice avec un je-m’en-foutisme flagrant. Aucun des détails scabreux qui ont émaillé le procès n’ a suscité la moindre réaction du président de la cour, comme par exemple la confusion dans la date de création du groupe « Choix islamique » créée en 1981 et non pas, comme l’affirment les procès-verbaux, en 1992.

On a pratiqué des amalgames incroyables : ainsi, pour l’opération « Macro », les avocats des Six ont exposé au tribunal que d’autres accusés avaient déjà été convaincus de culpabilité et condamnés et que leurs clients n’avaient donc rien à voir avec cette affaire. Le dossier d’accusation du « réseau Belliraj » contenait des procès-verbaux qui étaient des copiés-collés de ceux du procès des vrais auteurs de l’opération « Macro », remontant à 1994. Cela a laissé le président de la cour imperturbable. De même lorsque Me Khalid Soufiani a demandé au président de lui montrer où, parmi les accusés, se trouvait le « Grand Blond avec des taches de rousseur » évoqué dans un procès-verbal. Ce « Grand Blond » venait tout droit des procès-verbaux d’enquête sur la tentative d’assassinat contre Azemkot, que les policiers s’étaient contentés de reverser au dossier Belliraj…


Ces procès-verbaux falsifiés auraient du normalement conduire à une nullité de procédure mais il n’en a rien été. La cour a rejeté toutes les requêtes en nullité présentée par les défenseurs comme elle refusé d’entendre des témoins comme le professeur Harazni [président du Conseil Consultatif des Droits de l’Homme, ancien militant d’extrême--gauche détenu sous Hassan II, aujourd’hui membre du PPS, gauche modérée, NdT], qui avait déclaré devant des millions de téléspectateurs marocains que Mouatassim l’avait prévenu qu’il avait eu vent que des armes avaient pénétré au Maroc et qu’il avait transmis l’information à qui de droit.

Y a-t-il un tribunal au monde qui puisse prétendre qu’un témoignage comme celui d’El Harazni n’aurait pas été essentiel ici et de nature à changer l’issue du procès ? Et comment un procès pouvait-il être équitable alors qu’on refusait de donner la parole à des personnalités, associatives et officielles, défenseurs des droits humains, hommes politiques ou représentants de la société civile marocaine, dont Sion Assidon [ancien prisonnier politique, sous Hassan II, détenu à Kénitra, NdT]. Ce dernier s’était présenté au tribunal, demandant à témoigner sur les accusés, qu’il connaissait bien. Devant le refus de la cour de l’entendre, il a du rédiger un témoignage écrit.

Comment ce procès pouvait-il être équitable, quand la cour a refusé d’examiner le passeport de Laabadla, où il apparaît qu’il n’avait pas quitté le territoire national, alors qu’il était accusé de s’être rendu en Belgique ?



Comment ce procès pouvait-il être équitable alors qu’on a refusé d’entendre les six accusés sur les tortures subies pendant leur détention, de la part de tortionnaires dont ils connaissaient même l’identité ?
Comment ce procès pouvait-il être équitable alors que le président de la cour déclarait qu’il n’avait pas d’opinion sur la présence de caméras dans l’enceinte du tribunal alors que celle-ci relevait théoriquement de son autorité ?


Et comment ce procès pouvait-il être équitable alors que les avocats ont vécu des galères qu’ils n’avaient jamais connu dans leur carrière ? Comme par exemple la quasi-impossibilité de rencontrer leurs clients et de consulter leurs dossiers d’accusation ?
Est-ce que la télévision publique marocaine peut aire une émission spéciale pour interroger ces avocats sur cet étrange procès ?

Deux éléments provoquent la douleur : ce procès le plus étrange dans l’histoire judiciaire du Maroc s’est déroulé ici et maintenant [et pas à une époque reculée, NdT], alors que c’est le premier Secrétaire de l’Union socialiste des forces populaires qui est ministre de la Justice. Il n’était pas supposé porter atteinte à l’impartialité du juge mais plutôt créer une ambiance favorable à celle-ci.


samedi 23 mai 2009

Excusez-moi de vous déranger...

par Eduardo GALEANO, 8/5/2009
Traduit par Thierry Pignolet et édité par Fausto Giudice,
Tlaxcala
Original : Disculpen la molestia



Je voudrais partager quelques questions qui me trottent dans la tête.


Elle est juste, la justice? Elle tient debout, cette justice du monde à l'envers? Le zapatista1 d'Irak, celui qui a lancé les chaussures contre Bush, a été condamné à trois années de prison. Ne méritait-il pas plutôt une décoration? Qui est le terroriste? Celui qui a visé, ou celui qui a été visé? N'est-il pas coupable de terrorisme le tueur en série qui, en mentant, a inventé la guerre en Irak, assassiné une multitude, légalisé la torture et ordonné de l'appliquer ?

Sont-ils coupables les paysans d'Atenco au Mexique, ou les indigènes mapuches du Chili, ou les Kelchies du Guatemala, ou les paysans sans terre du Brésil, tous accusés de terrorisme pour défendre leur droit à la terre? Si la terre est sacrée -même si la loi ne le dit pas-, ceux qui la défendent ne sont-ils pas sacrés aussi?

Selon la revue Foreign Policy, la Somalie est le lieu le plus dangereux de tous. Mais, qui sont les pirates? Les crève-la-faim qui attaquent des bateaux, ou les spéculateurs de Wall Street qui attaquent le monde depuis des années et reçoivent à présent des récompenses multimillionaires pour leurs efforts? Pourquoi le monde récompense-t-il ceux qui le dévalisent?

Pourquoi la justice ne voit-elle que d'un œil ? Wal Mart, l'entreprise la plus puissante de toutes, interdit les syndicats. McDonald's aussi. Pourquoi ces entreprises violent-elles, avec une impunité coupable, la loi internationale ? Serait-ce parce que, dans le monde actuel, le travail vaut moins que rien, et que valent encore moins les droits des travailleurs ?

Où sont les justes, et où sont les injustes? Si la justice internationale existait vraiment, pourquoi ne juge-t-elle jamais les puissants? Les auteurs des boucheries les plus féroces ne vont pas en prison. Serait-ce parce que ce sont eux qui en détiennent les clés ?


Pourquoi les cinq puissances qui ont droit de veto aux Nations Unies sont-elles intouchables ? Ce droit est-il d'origine divine ? Veillent-ils à la paix, ceux qui font des affaires avec la guerre ? Est-il juste que la paix mondiale soit à charge des cinq puissances qui sont les principaux producteurs d'armes ? Sans dédaigner les narcotrafiquants, ceci n'est-il pas aussi un cas de "crime organisé" ?


Mais les clameurs de ceux qui exigent partout la peine de mort ne demandent pas de punition contre les maîtres du monde. Il ne manquerait plus que ça ! Les clameurs clament contre les assassins qui utilisent des rasoirs, non contre ceux qui utilisent des missiles.


Et on se demande : si ces justiciers sont aussi follement désireux de tuer, pourquoi n'exigent-ils pas la peine de mort contre l'injustice sociale ? Est-il juste un monde qui affecte chaque minute trois millions de dollars aux dépenses militaires, tandis qu'au même moment quinze enfants meurent de faim ou de maladie guérissable ? Contre qui s'arme jusqu'aux dents la soi-disant communauté internationale ? Contre la pauvreté, ou contre les pauvres ?



Pieter BRUEGEL l’Ancien, La chute des anges rebelles (1562). Huile sur bois, 117 x 162 cm
Bruxelles, Musées royaux des beaux-arts de Belgique

Pourquoi les fervents de la peine capitale n'exigent-ils pas la peine de mort contre les valeurs de la société de consommation qui portent atteinte, chaque jour, à la sécurité publique ? Ou peut-être ne pousse-t-il pas au crime, le bombardement de la publicité qui étourdit des millions et des millions de jeunes au chômage ou mal payés, leur répétant jour et nuit qu'être est avoir, avoir une automobile, avoir des chaussures de marque, avoir, avoir -et que celui qui n'a rien n'est rien ?


Et pourquoi n'introduit-on pas la peine de mort contre la mort ? Le monde est organisé au service de la mort. Ou ne fabrique-t-elle pas la mort, l'industrie d'armement, qui dévore la plus grande partie de nos ressources et une bonne partie de nos énergies ? Les maîtres du monde condamnent seulement la violence quand ce sont les autres qui l'exercent. Et ce monopole de la violence se traduit par un fait inexplicable pour des extraterrestres, et aussi insupportable pour nous autres terriens qui voulons, contre toute évidence, survivre : nous les humains sommes les seuls animaux spécialisés dans l'extermination mutuelle, et nous avons développé une technologie de destruction qui est en train d'anéantir, au passage, la planète et tous ses habitants.


Cette technologie se nourrit de la peur. C'est la peur qui invente les ennemis, et ceux-ci qui justifient le gaspillage militaire et policier. Et que penseriez-vous, tant qu’à appliquer la peine de mort, d'une condamnation à mort de la peur ? Ne serait-il pas sain de mettre un terme à cette dictature universelle des professionnels de la production d’angoisse ? Les semeurs de panique nous condamnent à la solitude, nous interdisent la solidarité : sauve qui peut, écrasez-vous les uns les autres, faites très attention, ouvrez l'œil, le prochain est toujours un danger qui guette, celui-ci va te voler, celui-là te violer, cette petite voiture d'enfant dissimule une bombe musulmane; et si cette femme, cette voisine d'aspect inoffensif te regarde, c'est sûr qu'elle te transmet la peste porcine.


Dans ce monde à l'envers, même les actes les plus élémentaires de justice et de sens commun font peur. En entamant la refondation de la Bolivie pour que ce pays de majorité indigène cesse d'avoir honte en se regardant dans le miroir, le Président Evo Morales a provoqué la panique. Ce défi était une catastrophe en regard de l'ordre traditionnel raciste, prétendument le seul possible : Evo était et apportait le chaos et la violence et, par sa faute, l'unité nationale allait exploser, se briser en morceaux. Et quand le président équatorien Correa a annoncé qu'il se refusait à payer les dettes illégitimes, la nouvelle sema la terreur dans le monde financier, et l'Équateur fut menacé de punitions terribles pour avoir donné un si mauvais exemple. Si les dictateurs militaires et politiciens véreux ont toujours été dorlotés par la banque internationale, ne nous sommes-nous pas déjà habitués à accepter comme fatalité du destin le paiement par le peuple du gourdin qui le frappe, de la cupidité qui le pille ?


Serait-ce donc que le sens commun et la justice aient divorcé pour toujours ?


Le sens commun et la justice ne sont-ils pas nés pour marcher ensemble, collés l'un à l'autre ?


Ne relève-t-elle pas du sens commun, mais aussi de la justice, cette devise des féministes qui disent que l'avortement serait libre si nous, les mâles, pouvions tomber enceints2 ? Pourquoi ne légalise-t-on pas le droit à l'avortement ? Serait-ce parce qu'il cesserait alors d'être le privilège des femmes qui peuvent le payer et des médecins qui peuvent le faire payer ? La même chose se passe avec un autre cas scandaleux de négation de justice et de sens commun : pourquoi ne légalise-t-on pas la drogue ? Peut-être n'est-elle pas, comme l'avortement, un sujet de santé publique ? Et le pays qui contient le plus de toxicomanes, quelle autorité morale a-t-il pour condamner ceux qui approvisionnent leur demande ? Et pourquoi les grands médias, si voués à la guerre contre le fléau de la drogue, ne disent-ils jamais que presque toute l'héroïne consommée dans le monde provient d'Afghanistan ? Qui commande en Afghanistan ? N'est pas un pays militairement occupé par le pays messianique qui s'attribue la mission de nous sauver tous ? Pourquoi ne légalise-t-on pas les drogues une bonne fois pour toutes ? Ne serait-ce pas parce qu'elles fournissent le meilleur prétexte pour les invasions militaires, en plus d'offrir les profits les plus juteux aux grandes banques qui de nuit fonctionnent comme blanchisseries ?


Maintenant le monde est triste parce que moins de voitures se vendent. Une des conséquences de la crise mondiale est la chute de l'industrie prospère de l'automobile. Si nous avions quelque reste de sens commun, et un petit quelque chose de sens de la justice, ne devrions-nous pas fêter cette bonne nouvelle ? Ou peut-être la diminution des automobiles n'est-elle pas une bonne nouvelle pour la nature -qui sera un peu moins empoisonnée-, et pour les piétons -qui mourront un peu moins ?


La Reine a expliqué à Alice -celle de Lewis Carroll- comment fonctionnait la justice au Pays des Merveilles :


-Voilà !- dit la Reine -. Il est en prison, à purger sa peine ; mais le jugement ne commencera pas avant mercredi prochain. Et évidemment, à la fin, le crime sera bien commis.


Au Salvador, l'Archevêque Oscar Arnulfo Romero a prouvé que la justice, comme le serpent, mordait seulement les va-nu-pieds. Il est mort par balles pour avoir dénoncé que, dans leur pays, les va-nu-pieds naissaient condamnés d'avance, par délit de naissance.
Le résultat des élections récentes au Salvador n'est-il pas, d'une certaine manière, un hommage ? Un hommage à l'archevêque Romero et aux milliers comme lui qui sont morts en luttant pour une justice juste dans le royaume de l'injustice ?

Parfois les histoires de l'Histoire terminent mal; mais l'Histoire, elle, ne termine pas. Quand elle dit adieu, ce n'est qu'un au revoir.


NdT

[1] Par l'utilisation du terme zapatista, Eduardo Galeano réalise en espagnol un jeu de mots intraduisible en français. Par là, l'auteur adresse un clin d'œil à la filiation en espagnol du mot zapatista avec zapato, en français chaussure -le lancer de chaussures sur Bush-, tout se référant à l'Armée Zapatiste de Libération Nationale -en espagnol Ejército Zapatista de Liberación National ou EZLN-, groupe révolutionnaire symbole de la lutte altermondialiste basé au Chiapas, Etat du Mexique.

[2] L'adjectif « enceint » semble ne pas exister en français. Serait-ce que la langue française est plus machiste que l'espagnole ?



Interdit au va-nu-pieds : panneau dans le parc de la Colline de charbon, Pékin

vendredi 10 avril 2009

Chroniques de la vie quotidienne dans la France sarkozyenne (Vol.II, N°11) - CONTRE-ENQUÊTE :

L’AFFAIRE LAUTRIC, UNE AFFAIRE GÊNANTE POUR LE POUVOIR ?
par Frédéric Gircour, Chien créole, 8/4/2009

Avertissement : attention, cet article comporte des éléments susceptibles de choquer les lecteurs, âmes sensible s'abstenir.

Jimmy Lautric a 32 ans. Depuis plus d'un mois-et-demi, il est cloué sur un lit d’hôpital après avoir été très sérieusement blessé par balle à la jambe, le soir où jacques Bino a été assassiné.
1° Quelques minutes de plus et il serait mort
Pointe-à-Pitre, le 17 février au soir, Jimmy et Jacques Bino sont tous deux dans la foule qui assiste au meeting que le LKP tient devant le Palais de la Mutualité.
Ils ne se connaissent pas. Alors qu’il rentre chez lui un peu plus tard par le boulevard Légitimus, Jimmy observe un attroupement sur le trottoir d’en face, devant la bijouterie « Tout l’or du monde ». Curieux, il traverse le boulevard et s’approche. Alors qu’il n’est qu’à une petite vingtaine de mètres de la bijouterie, il entend une détonation dans son dos. Une balle de gros calibre vient de lui traverser la cuisse. « J’ai paniqué, j’ai retraversé le boulevard Légitimus en courant et je me suis réfugié dans la cité Henri IV, où je connais beaucoup de monde. » Il ne sait pas encore que Jacques Bino a été abattu dans cette même cité quelques instants plus tôt. L’artère fémorale sectionnée, il perd beaucoup de sang et s’écroule quelques dizaines de mètres après avoir été touché. Ce sont des amis qui le reconnaissent et le ramassent. L’un d’eux approche aussitôt son scooter, ils le hissent sur la selle et le conduisent aux urgences où il est immédiatement pris en charge.Quelques minutes de plus et il serait mort. A son arrivée au CHU, Jimmy avait perdu quatre litres de sang et n’avait plus que quatre de tension. Un vrai miracle qu’il soit toujours en vie. Si ses amis avaient traîné ou s’ils avaient préféré appeler une ambulance, il reposerait, à cette heure-ci, six pieds sous terre, car rappelons qu’à Henri IV, les pompiers ne sont arrivés auprès de Bino que trois heures après qu‘ils ont été appelés au secours.
2° Le casse de la bijouterie
Malgré l’omerta qui pèse sur ce qui s’est passé ce soir-là, Chien Créole a retrouvé des témoins qui assistaient en simples spectateurs au casse de la bijouterie et qui ont accepté de témoigner sans me donner leur nom. Selon eux, profitant du fait que le boulevard était bloqué, des jeunes s’en sont pris au rideau de fer de la bijouterie. Ce n’était visiblement pas des professionnels et il leur a fallu près d’une heure et demi pour parvenir à leurs fins !
Ils essayaient de forcer le rideau avec un objet puis repartaient en chercher un autre; le tout sous le regard amusé d’une bonne centaine de badauds. « Ça se passait dans une ambiance bon enfant », me confiera un témoin.
Pendant ce temps-là, la police aurait essayé à plusieurs reprises d’accéder sur les lieux sans succès. Seule une ambulance du SAMU est parvenue à passer les barrages. Les pilleurs lui ont même fait de la place pour qu’elle tourne vers la cité Henri IV. Depuis un bon moment des échanges de coup de feu y avaient lieu entre des jeunes et des policiers de la BAC. Estimant que leur sécurité n’était pas assurée à l’intérieur, les urgentistes ont rebroussé chemin. La tentative d’incursion de ce véhicule du SAMU dans la cité donne à penser que Jacques Bino avait déjà été abattu depuis au moins une dizaine de minutes à ce moment-là.
3° Un commando que personne n’attendait
Quand enfin les casseurs improvisés ont réussi à éventrer le rideau de fer, certains se sont faufilés à l’intérieur. C’est alors qu’ils ressortaient les mains pleines qu’un premier coup de feu a retentit, certainement celui qui a atteint Jimmy à la cuisse, alors qu’il s’approchait. Tout le monde s’est retourné stupéfait et a découvert quatre hommes à moto, tous vêtus de noir de la tête au pied, armés de fusils à pompe. Un deuxième coup de feu a été tiré qui n’a pas fait de victime. Montrant beaucoup de sang-froid et de détermination, le commando a dépossédé les casseurs de leur butin, alors que les badauds se dispersaient, affolés, dans la nuit. Apparemment, ils n’auraient pas essayé de pénétrer dans la bijouterie; seuls semblaient les intéresser les objets déjà volés. Leur méfait commis, ils sont repartis à vive allure.
4° Une plainte déchirée
Jimmy reste sur la table d’opération pendant 6 longues heures, au cours desquelles les chirurgiens n’ont d’autres choix que de littéralement creuser en profondeur la chair à côté du tibia parce que certains muscles et nerfs sont morts qu’il faut retirer, sinon la jambe pourrait gangréner. Dès qu’il reprend connaissance, alors qu’il est encore à moitié dans les vapes, des policiers de la SRPJ demandent à l’entendre. Ils l’interrogent sur les circonstances de ce qui lui est arrivé et les liens éventuels qu’il pourrait avoir avec le pillage de la bijouterie. Suite à son insistance, les policiers enregistrent sa plainte à l’hôpital. Lorsque sa mère apprend que Jimmy a signé quelque chose alors qu’il subissait encore les effets de l’anesthésie, elle demande et obtient un récépissé de la plainte. Se produit alors quelque chose de peu commun. Le SRPJ reprend très vite contact avec elle et deux policiers la rejoignent au CHU où elle veille son fils. La plainte qu’il a déposée ne serait plus recevable, ils lui demandent de la déchirer. Finalement, c’est eux qui vont le faire. Le procureur, Jean-Michel Prêtre, interrogé par RFO sur ces méthodes pour le moins étonnantes, répondra confusément, que « s’ils sont avérés, les faits sont graves » sur la forme mais que sur le fond, il ne s’agit que d’un problème technique : le SRPJ n’était habilité à enquêter que sur l’affaire Bino.
5° Une extraordinaire coïncidence !!!
Maître Sarah Aristide, la jeune avocate qui représente Jimmy, ne partage pas l’analyse du procureur. Interrogée par Chien Créole, elle explique :
« Maître Ezelin, maître Chevry et moi-même considérons qu’il y a eu tentative de meurtre sur la personne de M. Lautric. Dès lors que la brigade criminelle se déplace, elle peut prendre en charge plusieurs affaires.
C’est le procureur qui détermine sa mission. A charge pour lui de leur dire d’enquêter aussi sur ce dossier. En tous cas, cette façon de faire n’est pas du tout ordinaire. » D’autant que les similitudes entre les deux affaires sont pour le moins troublantes. A ma connaissance, pendant les quarante quatre jours de grève générale, dont plusieurs ont été le théâtre de violences urbaines, les deux seuls cas de personnes touchées par des balles létales de gros calibre sont Jimmy et Jacques Bino. Par une extraordinaire coïncidence, ces deux personnes ont été touchées dans un périmètre de quelques dizaines de mètres à peine et à quelques dizaines de minutes d’intervalle semble-t-il. On ignore si la balle qui a traversé la cuisse de Jimmy était une brenneke, le calibre qui a tué Bino, et pour cause, la balle est ressortie. En revanche, lors d’une conférence de presse donnée le 27 février, à laquelle j’ai pu assister, le procureur de la République, lui-même, a déclaré que des douilles de brenneke, avaient été ramassées sur le boulevard Légitimus, le lendemain des faits. Or c’est précisément sur cette voie que Jimmy a été blessé. Il est donc pour le moins surprenant que le procureur ait choisi de séparer les deux affaires. Pire, le cas de Jimmy, à ma connaissance, n’a fait l’objet d’aucune enquête sérieuse, du moins pas avant qu’il ne soit médiatisé !
6° Des affaires qui disparaissent mystérieusement
En effet, après que la plainte déposée auprès de la SRPJ a été déchirée, il a fallu que la mère de Jimmy porte à nouveau plainte, cette fois auprès du commissariat de la police nationale, à Gambetta. A la suite de cette plainte, huit longs jours se sont écoulés sans que rien ne se passe. Ce n’est que lorsque RFO et France Antilles ont commencé à interroger le procureur, avant de révéler l’affaire que deux policiers, au neuvième jour, sont venus entendre Jimmy. Aucune expertise entre temps n’avait été ordonnée pour tenter de savoir s’il avait bien été victime d’une brenneke. Jimmy a juste su qu’il s’agissait d’une balle de gros calibre, comme la gravité de la blessure le laissait supposer. Or cette blessure a évolué, avec l’opération déjà ; à travers la cicatrisation qui a commencée, ensuite. Le type de poudre laissé sur le short de Jimmy et le diamètre de la perforation dans le tissu auraient peut-être pu donner de précieuses informations mais ce short a mystérieusement disparu. Le personnel du CHU a expliqué dans un premier temps à la mère de Jimmy qui demandait où étaient passées ses affaires, qu’ils les avaient gardées dans un endroit sûr, comme le prévoit la procédure pour les patients blessés par balle. Les affaires sont alors conservées afin d’être remises à la police. Or depuis, le short de Jimmy ainsi que son téléphone portable ou ses clés de maisons sont introuvables et aussi bien la police judiciaire, que la police nationale se défendent de les détenir; ils se renvoient la balle, si je puis dire. La femme qui était responsable des affaires au CHU, interrogée par la mère Jimmy, a affirmé à cette dernière avoir tout remis à des agents de la police nationale du commissariat de Gambetta.
7° S’en sortir
« Plus jeune j’ai fait des conneries, j’ai même fait de la prison. Ça m’a servi de leçon. Avant qu’on ne me tire dessus, j’avais un travail, j’y allais tous les matins. Je viens même de faire une formation pour être cariste: j‘avais trouvé quelque chose qui me plaisait. Tout ça ne s’est pas fait tout seul; j’ai fait des efforts. Aujourd’hui, on me tire dessus dans la rue, de dos, je ne sais même pas qui. Je ne récupérerai probablement jamais ma capacité à plier mon pied dans l’axe de ma jambe, les muscles releveurs ont été coupés. Je vais certainement devoir porter une atèle toute ma vie… Comme cariste, pour manipuler les engins, j’avais besoin de pouvoir plier mon pied ! Je ne sais pas ce que je vais faire maintenant.

En plus du trou laissé par la balle qui a littéralement traversé sa cuisse, voilà comment Jimmy est ressorti de la salle d'opération (photo Jimmy Lautric)

Ça fait un mois et demi que je croupis ici, je suis sous morphine mais certaines nuits, ma jambe me fait tellement mal que je n’arrive pas à dormir. Après ça, je vais devoir suivre une très longue rééducation». Son regard se perd dans ses pensées, Jimmy se referme.
8° Six questions qui dérangent
En conclusion, on peut dire que de nombreuses zones d’ombre demeurent dans l’affaire Bino comme dans l’affaire Lautric et la façon dont les enquêtes sont conduites soulèvent de nombreuses interrogations qu’on pourrait résumer ainsi :
1) Qui étaient les membres du commando qui a ouvert le feu sur Jimmy et frustré les pilleurs de la bijouterie "Tout l’or du monde" de leur butin ?
2) Les auteurs des coups de feu mortels contre Jacques Bino sont-ils effectivement les mêmes qui sont intervenus sur la bijouterie ?
3) Question en corollaire : pourquoi le procureur a-t’il choisi d’emblée de dissocier l’enquête sur Bino et celle sur Lautric, alors que les similitudes sont plus que troublantes : deux personnes blessées, dans un cas mortellement, par des balles de gros calibre, probablement des brennekes, dans un même périmètre et quasiment dans le même temps ?
4) Pourquoi le SRPJ a-t’il détruit avec tant d’empressement la plainte portée par Jimmy, refusant d’y donner suite et pourquoi la police nationale mettra-t’elle tant de temps pour l’auditionner ?
5) Où sont passées les affaires de Jimmy et surtout le short qui a été traversé par la balle et aurait pu apporter des éclaircissements dans cette affaire ?
6) Pourquoi depuis le courageux reportage de Lise Dolmart, journaliste à RFO, mettant en lumière ce qui est arrivé à Jimmy et dénonçant le fait que la plainte a été déchirée, la presse est-elle muette sur cette affaire ? Pourquoi se montre-t’elle si complaisante à l’égard des thèses du procureur et pourquoi aucun journaliste n’a-t’il osé relater l’intervention du commando ayant tiré sur la foule ce soir là (tout de même une centaine de personnes!)? Pressions, peur de représailles ou manque d’intérêt ?

Source : http://chien-creole.blogspot.com/2009/04/contre-enquete.html

jeudi 12 mars 2009

Lettre au Président de la République française

par le Comité national de soutien à Salah Hamouri, 12 mars 2009

Le 13 mars 2005, il y a quatre ans exactement, le jeune Franco-Palestinien Salah Hamouri était arrêté par l’armée israélienne à un chek-point situé en Cisjordanie. Depuis il est en prison.

Durant trois ans où il était interné, un « procès » s’est déroulé devant le tribunal militaire israélien d’occupation, à Ofer, qui est installé dans les Territoires palestiniens. Ce « procès » cherchait à apporter la preuve de l’appartenance supposée de Salah Hamouri au FPLP suite à une dénonciation anonyme. Plus de 20 audiences de ce procès, sur 25 qui ont eues lieu, ont été annulées faut de personnes se présentant à la barre du tribunal alors que les « témoins » annoncés étaient en fait tous des prisonniers qu’il était donc facile de faire comparaître.

Le Tribunal militaire de la « Force occupante » israélienne cherchait à établir un lien de cause à effet entre cette appartenance supposée au FPLP, démentie par Salah et jamais prouvée, et le fait réel que trois mois avant son arrestation Salah était passé de nuit en voiture avec un ami devant le domicile du rabbin Yossef Ovadia.

Si ce dernier fait de son appartenance au FPLP était dûment établi, alors le Tribunal militaire aurait estimé « tenir » la preuve irréfutable que Salah Hamouri voulait attenter à la vie de ce rabbin par ailleurs extrémiste. Il n’en a rien été.

Au bout ce ces trois ans d’incarcération sans qu’aucun délit ne soit établi, et alors que le procès était dans l’impasse, les autorités françaises, au lieu de demander la libération pure et simple de Salah aux mains d’un tribunal illégal, ont alors incroyablement plaidé auprès de leurs homologues israéliens pour que ce procès trouve une issue « rapide ».

Cette demande effectuée en particulier par Bernard Kouchner, ministre français des Affaires étrangères, présent en Israël les 16 et 17 février 2008, a eu un effet immédiat.

Dès le lendemain, le 18 février, le procureur de ce tribunal a appelé l’avocate de Salah Hamouri pour lui proposer le « marché » suivant, qui relève strictement du chantage et non pas de la justice : « Ou bien Salah Hamouri plaide coupable et il sera condamné à 7 ans de prison ; ou bien il refuse et ce sera le double ».

Devant cette situation que tout le monde connaît parfaitement, en particulier les autorités françaises, Salah Hamouri, sur les conseils de son avocate et ainsi que le font naturellement 95% des prisonniers palestiniens, a été évidemment contraint d’accepter ce « marché » sous peine de passer 14 ans en prison tandis qu’il n’a strictement rien fait de condamnable.

Et depuis cette date où la sanction de 7 ans de prison ferme a été prononcée par ce tribunal militaire illégal installé à Ofer en Cisjordanie, le 17 avril 2008, soit deux mois tout juste après l’intervention de Bernard Kouchner, les autorités françaises ont clairement affiché et manifesté un double comportement.

1. Elles ont accepté de donner « légitimité » à la décision arrachée par ce Tribunal militaire pourtant illégal – a-t-on jamais vu un Tribunal militaire de quelque force occupante que ce soit ne pas condamner un membre d’un peuple occupé ? – et elles se sont alors réfugiées derrière une vague demande de « clémence » qui n’a jamais abouti. Personne n’est dupe du fait que si cette demande avait été réellement faite par la France, avec toute la force qui convient, elle aurait évidemment abouti ;

2. Elles ont par ailleurs refusé, nous parlons là du Président de la république, de recevoir les membres de la famille ou les parlementaires de toute obédience politique qui soutiennent justement la libération de Salah, tandis que les familles de tous les Français ayant des « difficultés » à l’étranger ont été reçues, conformément à l’engagement du Président de se porter au secours de tous nos compatriotes et cela « quoi qu’ils aient fait ».

Salah Hamouri est donc doublement victime.

Il est victime de l’occupation israélienne dont les tribunaux militaires israéliens, illégaux, ne sont par ailleurs que l’un des moyens de cette occupation, pourtant condamnée par l’ONU, qu’ils entendent imposer coûte que coûte.

Il est victime, en second lieu, de l’attitude des autorités françaises qui non seulement ont accepté de reconnaître cette parodie de « justice » alors qu’elle est illégale mais qui se refuse à intervenir – et c’est le seul cas où un Français est ainsi traité – avec toute la force nécessaire auprès des autorités israéliennes, dont le Président Shimon Pérès. Elles ont aussi – nous parlons ici du Président – refusé formellement de recevoir la famille de notre compatriote dont la mère, française, est originaire de Bourg-en-Bresse, affichant du même coup un mépris inqualifiable.

Le 13 mars 2009, Salah Hamouri aura ainsi effectué, cela contre toute justice et au mépris du respect des droits de l’homme, quatre ans de prison que rien ne peut justifier et que rien n’est venu justifier.

Et il est lâché par la France. Il est le seul dans ce cas. Il est le seul Français pour lequel rien n’est fait et à propos duquel un refus d’agir du Président s’est manifesté ostensiblement jusqu’à refuser ne serait-ce de recevoir la famille ou les amis de Salah.

En ce jour du bien triste « anniversaire » des 4 ans de captivité d’un innocent, Salah Hamouri, nous demandons instamment au Président de la République française de recevoir la famille ou les amis de Salah qui demandent sa libération immédiate, et qui se sont regroupés dans un Comité national de soutien. Nous lui demandons d’agir en ce jour « anniversaire » auprès de son homologue israélien pour que Salah ne passe pas une journée de prison supplémentaire et qu’il soit libéré immédiatement. Salah aura 24 ans le 25 avril prochain. Il doit être chez lui pour fêter son anniversaire avec sa famille. A Jérusalem…
Un message personnel de Madame Denise Hamouri
Jérusalem, dimanche 15 mars
Bonjour à tous,

Ce matin, dimanche, comme il m’est autorisé une fois tous les quinze jours, je suis allée voir mon fils Salah à sa prison de Guilboa.

J’ai parlé avec lui toujours derrière cette vitre si épaisse qui empêche tout contact et qui ne me permet pas de l’embrasser et de le serrer dans mes bras comme j’en ai tellement envie. Un combiné téléphonique est notre seul lien. Nos yeux disent le reste…

J’ai parlé avec Salah, durant l’heure qui nous est autorisée, de votre mobilisation active et de l’ensemble de toutes les initiatives que vous prenez avec le « Comité national de soutien pour sa libération ».

Je lui ai aussi parlé, mais il savait, du refus maintenu du Président français de me recevoir tandis qu’il vient, et je n’ai rien contre bien sûr, de recevoir une seconde fois les parents de Florence Cassez, incarcérée au Mexique, après avoir reçu trois fois le père de Guilad Shalit.

Nous sommes les seuls à n’avoir pas pu voir le Président tandis que Salah entame, depuis le 13 mars, sa 5ème année de prison alors qu’il n’est coupable de rien. De rien du tout.

Je dirais que le tribunal militaire s’est montré, et pour cause, incapable de fournir la moindre preuve matérielle de sa culpabilité mais aussi, et peut être surtout pour moi, je dirais que je connais mon fils et je sais qu’il n’a rien fait.

Salah est parfaitement lucide sur les raisons de cette situation. Ses camarades de prison savent aussi qu’un mouvement de solidarité s’est déclenché en France pour lui et ils se sentent moins seuls du coup. Il reçoit beaucoup de lettres de tous les coins de France et cela lui fait un grand plaisir.

Ce que vous faîtes c’est aussi du baume au cœur pour tous ces jeunes Palestiniens prisonniers dont on casse la vie sans état d’âme.

Salah m’a demandé de vous transmettre ses remerciements pour cette solidarité qui le touche visiblement beaucoup. S’il compte sur une chose, c’est bien sur vous. Il m’a aussi dit de vous dire que loin d’être brisé il était plus déterminé que jamais.

Voilà, je suis rentrée chez nous à Jérusalem où mon mari, sa sœur et son frère me questionnent abondamment sur notre rencontre de ce jour. Ils l’aiment « leur » Salah comme je l’aime.

Le 25 avril prochain il aura 24 ans.

Votre solidarité active nous permettra-t-elle que nous fêtions ensemble, à Jérusalem, dans sa maison, cet anniversaire ? Je le souhaite de tout cœur, bien évidemment. Et avec Salah, c’est toute notre famille qui vous dit : Merci !

Denise Hamouri