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mardi 12 février 2013

Meurtre raciste à Athènes

Screen-Shot-2013-01-18-at-12.01.35-PM-150x150Dans la nuit de mercredi à jeudi, dans le quartier d’Athènes de Pétralona, Sahtzat Loukman, immigré pakistanais de 27 ans, a été assassiné de sang-froid, poignardé à mort par deux Grecs de 24 et 29 ans.
Les individus circulaient en moto et l‘ont agressé par derrière sous prétexte qu’il les gênait sur leur route…
Arrêtés par la police grâce au témoignage d’un chauffeur de taxi, ils sont passés aux aveux. Chez l’inculpé principal, la police a découvert une collection d’armes blanches, des matraques, ainsi que du matériel de propagande appartenant au groupe nazi Aube Dorée.
Sahtzat Loukman vivait en Grèce depuis six ans et travaillait en toute légalité en tant que transporteur d’oranges sur les marchés. Chaque matin, il partait à vélo de chez lui vers 2h 30 pour se rendre à son lieu de travail à 4h. Il envoyait régulièrement ses faibles revenus à sa fratrie de huit frères et sœurs au Pakistan pour assurer le mariage de ses sœurs.
Selon Javent Aslam, représentant de la communauté pakistanaise d’Athènes, ces deux dernières années, sur les 800 agressions racistes enregistrées contre des Pakistanais, il y a eu cinq morts.
Il est à noter aussi que c’est la première fois que la police grecque est en mesure de lier directement, preuves à l’appui, l’assassinat d’une personne issue de l’immigration à l’activité d’un membre d’Aude Dorée. Affaire, donc, à suivre…

jeudi 27 décembre 2012

L'odeur particulière du feu de bois : Notes d’Athènes en marge d’un comité central de Syriza

Il y a donc une odeur particulière à l’Athènes de ce début du deuxième hiver de l’ère des Mémorandums: l’odeur du bois qui brûle dans les cheminées et les poêles qui ont un peu partout remplacé le chauffage au fioul désormais inabordable. Résultat: le soir, la ville est enveloppée d’une sorte de nappe de brouillard, qui va de pair avec l’odeur âcre de la combustion – pas désagréable du reste et, pour moi, toujours associée à la période des fêtes de fin d’année, quand ma mère faisait marcher la belle cheminée du salon, pour « faire ambiance de Noël » comme elle disait.
A ce train, on peut toutefois supposer que les murs vont bientôt être couverts de suie et qu’Athènes ressemblera à Paris ou Londres des années 1930 – sous cet aspect seulement. Autre résultat (tout aussi désastreux pour l’environnement): les forêts (ou ce qui en reste) sont déboisées de façon sauvage, comme sous l’Occupation – mais aussi les champs d’oliviers, ce qui ne s’était jamais vu, même sous l’Occupation.

Les journaux (6 Jours - 13/122012) s’alarment du "petit smog" d’Athènes

Effet étrange de ce « nouveau » mode de chauffage dans le paysage urbain: on trouve un peu partout, sur des bords de trottoir, des terrains inoccupés, des échoppes ou des stands qui vendent du bois de chauffage un peu partout, qui furent parfois d’anciens points de vente de plantes d’intérieur. Les rues, la plupart du temps vides et mal éclairées, prennent une vague allure semi-rurale.
Marchand de bois à Athènes
Mais à cette odeur de feu de bois peut parfois se mêler une autre, autrement plus sinistre : le 9 décembre, près de Kavala, dans le nord du pays, trois enfants de cinq, sept et quatorze ans sont morts dans l’incendie causé par un poêle à bois laissé sans surveillance. En attendant les morts causés par le froid d’un hiver qui s’annonce rigoureux (contrairement à ce que pensent la plupart des étrangers, habitués à ne voir que les îles et zones côtières), la plus grande partie du territoire grec, qui abrite près de la moitié de la population, connaît des hivers de type continental (en cela aussi Angelopoulos a su capter la vérité profonde du paysage grec, intérieur et extérieur).
Le seul commerce qui semble prospérer à Athènes, à part celui du bois de chauffage, est celui de l’or. Ce sont les seules enseignes récentes, pimpantes et agressives, dans des rues où près de la moitié des commerces ont mis la clé sous la porte. Les pauvres, plus exactement: les paupérisés, sont invités à ce débarrasser de bijoux de famille et autre signes d’une aisance révolue. Mais ce commerce est également à l’affût d’autres emplacements: ainsi la chaîne Carrefour en installé dans certains de ses supermarchés, juste à côté des caisses, rétablissant ainsi partiellement la fonction de l’or comme moyen de paiement. Jacques Sapir a par ailleurs calculé qu’au moins un tiers de l’économie grecque est hors échange monétaire (troc, économie de subsistance, etc).
Ai revu D. au comité central de Syriza pour la première fois depuis deux ans. Elle travaille dans un cabinet de notaire depuis longtemps et vit seule son avec fils, qui a dix-neuf ans maintenant. Son employeur a vu son chiffre d’affaires diminuer des trois quarts. Il a refusé de diminuer son salaire, mais l’a fait passer à mi-temps. Elle essaie donc de survivre avec 500 euros par mois. Pendant le vote pour l’exécutif de Syriza, elle a passé une bonne demi-heure à me raconter comment elle a rétabli chez elle le courant avec l’aide des militants de DEI (principale entreprise d'électricité) de son quartier. Elle a enchaîné les stratagèmes pour se déplacer en métro sans ticket, souvent en récupérant les tickets toujours valides des voyageurs qui sortent des stations (tout billet est valable 90 minutes pour un trajet dans la même direction). Comme son fils, qui a essayé de passer en juin le concours des Beaux-Arts (sans prépa, inabordable).


Yannis Tsarouhis, Le Café Néon (Nuit), 1965-1966, Pinacothèque Nationale, Athènes
Plus un seul café place Omónia. Le café Néon, immortalisé dans un célèbre diptyque de Yannis Tsarouhis, cache sous des cartons sales son intérieur décrépi, et néanmoins classé. L’ancienne pâtisserie-laiterie Alexandros, point d’arrivée classique de nos périples noctambules jusqu’à la fin des années 1980, transformée par la suite en boulangerie faisant partie d’une chaîne, abrite désormais le Mont de Piété.
Quotidiennement, les journaux publient de nouvelles listes des biens publics proposés à la privatisation. Il a été question de vider les îles de moins de 150 habitants, une bonne douzaine, en transférant leur population, officiellement pour faire des économies. En réalité, le Mémorandum prévoit la vente de toutes les îles inhabitées. Il prévoit également la mise sous séquestre de la totalité des biens publics, sans aucune restriction, en cas de non-recouvrement de la dette. Le mot d’ordre de la Bild Zeitung « privatiser l’Acropole » est en passe de se réaliser.
Bild-Zeitung, 27/10/2010 :
"La Grèce a plus de 3 000 îles, la plupart dans l'Egée. Seules 87 sont habitées. L'Acropole a une valeur estimée à 100 milliards d'Euro.
Le gouvernement d'Athènes veut maintenant réduire fortement ses dépenses  - Mais si ça ne suffit pas ?
Vendez donc vos îles, espèces de Grecs en faillite
...et l'Acropole avec"
Pendant la pause du comité central, je pars avec deux camarades passer les commandes d’usage au café d’en face. La petite salle est remplie d’hommes, manifestement usés, qui peuvent avoir n’importe quel âge entre 40 et 55 ans, buvant pour la plupart des petits verres de ouzo, accompagné d’un mézé frugal. La télé transmet un match de foot. Un relatif silence s’installe pendant que nous attendons les cafés et les sandwichs. Puis un homme prend la parole, sous le regard approbateur des autres, et s’adressant à nous dit avec solennité: « dites à Alexis (Tsipras) que maintenant il faut vraiment foncer ».
 

mercredi 26 décembre 2012

La Grèce et l'Allemagne : un compte qui n’est toujours pas réglé

par  Norman Paech , 23/12/2012. Traduit par Michèle Mialane, édité par Fausto Giudice, Tlaxcala
Original: Griechenland – eine offene Rechnung
La Grèce est le berceau de la culture européenne, un archipel colonisé par les vacanciers allemands, l’ultime aboutissement de la crise financière et le protectorat de l’Union européenne - mais pour comprendre la fureur de ses habitants, il faut ajouter à tout cela un compte que le gouvernement allemand s’obstine à refuser de régler.
Lorsqu’en 1997 le tribunal de Livadiá a accordé aux survivants du massacre de Distomo (juin 1944) des dédommagements s’élevant à 37,5 millions d’euros, le gouvernement allemand avait ignoré le déroulement du procès auquel il n’avait pas assisté. Mais ensuite il s’est ravisé et a fait appel auprès de l’Aréopage d’Athènes. Il avait de toute évidence sous-estimé la gravité de la situation, car à travers le pays des milliers de personnes avaient porté plainte à la suite de cette sentence. Le 4 mai 2000, l’Aréopage, la Cour suprême de Grèce, avait fini par confirmer le jugement en faveur des plaignants de Distomo et rejeter l’appel déposé par le gouvernement allemand.
Distomo après le massacre

L’histoire est cruelle et révoltante. Voilà le résumé qu’en a fait le tribunal régional de Bonn le 23 juin 1997 : «Dans la matinée du 10 juin 1944 les troupes venant de Livadiá se sont arrêtées plusieurs heures à Distomo où elles ont interrogé le maire et le pope au sujet de partisans qui y auraient séjourné et/ou y seraient passés. La veille, environ 30 partisans venant de Disfina et se rendant à Steiri avaient traversé le village. C’est pourquoi une colonne motorisée s’était mise en marche vers Disfina. Celle-ci avait été attaquée peu avant Stiri et avait battu en retraite, car elle avait subi des pertes. Revenue à Distomo, elle avait d’abord fait douze prisonniers puis massacré la totalité de la population restée au village, sans distinction d’âge ni de sexe, perquisitionné systématiquement toutes les maisons qui avaient ensuite été brûlées. Au total 300 personnes ont été assassinées. »
"Les massacres de Distomo", xylographie d'Alexandros Korogiannakis
Mais la vérité tout entière englobe aussi les constats de l’Aréopage relatifs à ce massacre : « Après avoir assassiné les douze otages, les officiers, sous-officiers et soldats ont formé des groupes, pénétré dans les maisons et s’en sont pris sauvagement aux malheureux habitants de Distomo, les ont massacrés, assassinés, ont violé les femmes et les jeunes filles et éventré les femmes enceintes. Des vieillards, des jeunes, des femmes, des fillettes et garçonnets et même des bébés ont été les victimes de leur folie meurtrière.... »


Maria Pantiska, une survivante du massacre de Distomo. Elle avait alors 19 ans. Elle est morte en 2009 à 84 ans

 Distomo n’est pas la seule localité où les SS et la Wehrmacht ont commis de semblables crimes, mais ce nom est symbolique pour les innombrables massacres perpétrés à l’encontre de la population grecque. De Nikos Kazantzakis, on connaît « Zorba le Grec », mais qui connaît aussi le rapport qu’il a remis en 1946 au gouvernement grec sur la résistance grecque et les horreurs de l’occupation allemande ? Plus de 1000 localités grecques ont été pillées et brûlées, un million de personnes ont perdu leur toit et 300 000 sont mortes de faim sous l’occupation. Les exécutions d’otages et « représailles » ont coûté la vie à plus de 20 000 civils et plus de 60 000 Juifs ont été déportés vers les camps d’extermination. Jusqu’en mars 2000, où le Président Rau est passé aussi à Kalavryta à l’occasion de son voyage en Grèce, la majorité des Allemands ignorait qu’en décembre 1943 bien plus de 700 personnes y avaient été massacrées. C’était la première fois qu’un homme d’État allemand reconnaissait officiellement les horreurs commises par les troupes d’occupation nazies. Et jusque-là le grand public avait aussi ignoré qu’il reste une addition à régler.
Car les survivants n’ont jamais été dédommagés. À la Conférence de Paris (1946) les puissances victorieuses ont estimé les réparations dues à la Grèce à 7,5 milliards de dollars US. Au total la somme due s’élève à l’heure actuelle, en y incluant les intérêts qui ont couru depuis, à 30 milliards d’euros environ. Les 115 millions de marks versés en 1960 par le gouvernement de la RFA au gouvernement grec concernaient expressément ceux que les nazis avaient persécutés en raison de leur race, de leur religion ou de leurs opinions politiques et laissaient tous les autres de côté. À ce jour, tous les gouvernements fédéraux se sont refusés à discuter de ces exigences avec les gouvernements grecs.
Ceux-ci ne sont pas tout à fait innocents de l’attitude brutale des Allemands. Préoccupés d’abord d’autres choses- l’anticommunisme à la suite de la guerre civile -, ils n’ont pas osé ensuite poser des exigences à un partenaire en position de force en Europe, car on avait besoin de son soutien. Un seul criminel a été condamné, le général Andrae, l’un des commandants en poste en Crète pendant la guerre, mais il a été libéré dès 1951. En 1958 Athènes a mis un terme aux poursuites contre les criminels de guerre allemand- alors qu’elles n’avaient pas encore vraiment commencé. Les dossiers ont été remis aux autorités allemandes, qui n’en ont rien fait non plus. En 1965 le Chancelier Ludwig Erhard a assuré au Ministre de la Coordination grec, Andreas Papandreou qu’après la réunification, on rembourserait l’emprunt d’un montant de 500 millions de Reichsmark imposé aux Grecs en 1942 par les occupants. La somme due atteint aujourd’hui quelques milliards d’euros.
Lorsque, sous la pression d’un véritable déluge de procès intentés par les victimes grecques, le gouvernement grec a fini par demander au gouvernement allemand l’ouverture d’un dialogue au sujet des remboursements et dommages de guerre, celui-ci a refusé catégoriquement. Il pensait trouver de bonnes raisons juridiques pour étayer ses mauvais arguments.
L’entêtement a payé- mais pas pour les victimes grecques. Tous les tribunaux allemands jusqu’à la Cour constitutionnelle ont dénié toute responsabilité à la République fédérale. Mais ce ne sont pas non seulement les tribunaux nationaux qui ont rejeté les plaintes. La Cour européenne des droits de l’homme en a fait autant. Toutes les tentatives de prendre en gage des avoirs allemands en Grèce et en Allemagne pour suivre la sentence de l’Aréopage ont échoué. Pour finir, la Cour internationale de Justice de La Haye a retiré aux tribunaux italiens tout moyen de déclarer applicable la sentence de l’Aréopage en utilisant les avoirs allemands en Italie. Une telle décision reviendrait à violer l’immunité de la République fédérale allemande. Que cela permette de ne payer aucune réparation pour les pires crimes de guerre alourdit les diktats cyniques des « austéritaires » d’une charge supplémentaire que les Grecs n’oublieront pas.

Mémorial de Distomo



vendredi 6 avril 2012

Le testament de Dimitris Christoulias Η διαθήκη του Δημήτρη Χριστούλια El testamento de Dimitris Christoulias

Version española El testamento de Dimitris Christoulias http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=7120
Dimitris Christoulias, un pharmacien retraité de 77 ans, s'est donné la mort mercredi matin en se tirant une balle dans la tête sur la place Syntagma (de la Constitution) à Athènes, où il avait participé au long sit-in des indignèEs grecQUEs l'année dernière. Avant de tirer il a crié «Je n'en peux plus, je ne veux pas laisser de dettes à mes enfants!». Dans la poche de son manteau, il avait laissé cette lettre :

«Le gouvernement (..) a réduit littéralement à néant mes possibilités de survie, qui étaient fondées sur une retraite honorable pour laquelle j'ai payé seul (sans contribution de l'État) (toute ma vie). Étant parvenu à un âge qui ne me donne pas la possibilité d'une réaction dynamique (sans pour autant exclure que si un Grec attrapait une kalachnikov je n'aurais pas été le second), je ne trouve pas d'autre solution qu'une fin digne, avant que je ne commence à chercher dans les poubelles pour me nourrir. Je pense qu'un jour les jeunes sans avenir prendront les armes et qu'ils pendront les traîtres sur la place Syntagma, comme les Italiens ont fait avec Mussolini en 1945 (sur la place Loreto de Milan).»
L'arbre devant lequel Dimitris s'est suicidé est devenu un lieu de recueillement et de ralliement
Ce suicide d'un retraité n'est pas le premier en Grèce, où les retraités sont parmi les plus durement frappés par la thérapie de choc imposée par Bruxelles. Mais c'est le plus spectaculaire à ce jour. Il a rappelé aux Grecs une autre action d'éclat : le 19 septembre 1970 Kostas Georgakis, un étudiant en biologie de 22 ans, s'était immolé par le feu sur la place Matteotti de Gènes, en Italie, pour protester contre la dictature des colonels.
Alors que les auto-immolations au Maghreb, au Machrek et en Afrique noire qui se sont succédées en séries après celle de Mohamed Bouazizi à Sidi Bouzid le 17 décembre 2011, étaient le fait principalement de jeunes, la vague de suicides par le feu en Europe du Sud concerne surtout des retraités ou des personnes de plus de 50 ans. Mardi, c'est une retraitée italienne de 78 ans qui s'était suicidée suite à l'abaissement de sa retraite de 800 à 600 €.

vendredi 3 février 2012

Reprenons l'Europe !

Reprenons l’Europe ! - Collectif UniNomadE

1. On n'avait pas besoin des mots de Mario Draghi pour comprendre que la crise en Europe a désormais atteint un seuil d'irréversibilité. Crise de « dimensions systémiques », avait déclaré Jean-Claude Trichet, il y a quelques mois. Et voilà maintenant que Draghi, son successeur à la tête de la Banque centrale européenne, nous informe que « la situation a empiré » (16 janvier). Difficile de comprendre ce que signifie l'aggravation d'une crise de « dimensions systémiques ».

Ce qui est certain, c'est que les scénarios qui se dessinent pour les mois à venir sont très sombres, non seulement pour ceux qui paient désormais depuis des années la crise et la médication qui l’alimente : l'austérité, ou plus “sobrement” la rigueur. Même des secteurs consistants du capital et des classes dirigeantes européennes commencent à être assaillis par le doute que, dans le gigantesque processus de réajustement global des équilibres de pouvoir qui est en acte, ils risquent d'être parmi les perdants. Le spectre du “déclin”, s'il n'a pas arrêté de hanter les métropoles usaméricaines, s’est mis à fréquenter avec plus d’assiduité les rues et les places d'Europe, ou du moins de régions entières de l'Europe. Et il ne manque pas de commentateurs pour entrevoir derrière l’action des agences de notation une rationalité militaire, les premières manœuvres d’une « guerre mondiale de la dette », dans laquelle l'objectif de la survie du dollar comme monnaie souveraine au niveau mondial (avec le maintien des centres actuels de commandement sur les marchés financiers qui en découlerait) peut justifier l’effritement de l'euro. En toile de fond, les nouvelles en provenance du détroit d'Hormouz nous rappellent que face à une crise d’une telle ampleur et durée, la guerre peut être une “solution” à tenter et pas seulement sur le terrain de la finance et des dettes “souveraines” .

Disons-le clairement : l'Union européenne, telle que nous l’avons connue ces dernières années, est finie. Il n’y a pas là de quoi se réjouir. Nous-mêmes avons pensé de temps à autre que les luttes et les mouvements pourraient trouver dans le cadre institutionnel européen en formation, sur le terrain de la citoyenneté et de la gouvernance, un cadre de référence plus souple que les structures politiques nationales, un espace dans et contre lequel construire des campagnes et articuler des plateformes de revendications. Eh bien, cet espace n'existe plus. C'est la première leçon à tirer de la crise dans cette partie du monde. La seconde, cependant, est tout aussi importante pour nous : sur le terrain national, toute hypothèse d’affrontement démocratique ou socialiste de la crise est en train de se révéler une illusion dépourvue de toute efficacité et tendanciellement dangereuse. C’est l’enseignement de deux ans de résistance très dure, mais justement limitée au territoire national, aux politiques d'austérité dans les pays les plus durement touchés par la crise. De ce point de vue, la Grèce est emblématique. Difficile d'imaginer un déploiement plus radical et assorti de luttes de résistance que celui qui a eu lieu dans ce pays : de l'occupation des rues aux grèves générales qui ont duré des jours et des jours, des tentatives d'assaut du Parlement au blocus de villes entières. Et pourtant, l'efficacité de cette mobilisation permanente pour faire obstacle aux politiques draconiennes de coupes sombres et de démantèlement de l’État social et des droits, a été nulle. Lire la suite


¡Retomemos Europa! - Collettivo UniNomadE
1. No hacían falta las palabras de Mario Draghi para entender que la crisis ya es irreversible en Europa. Crisis de «dimensiones sistémicas» había dicho Jean-Claude Trichet hace un par de meses. Ahora Draghi, su sucesor ...
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Take Europe Back! - UniNomadE Collective
1. There was no need for Mario Draghi’s words to understand that the crisis has already reached an irreversible threshold in Europe. A crisis of “systemic dimensions” was what Jean-Claude Trichet said a couple of months ago. Now Draghi, ...
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Riprendiamoci l’Europa! - Collettivo UniNomadE
1. Non c’era bisogno delle parole di Mario Draghi per capire che la crisi ha ormai raggiunto in Europa una soglia di irreversibilità. Crisi di «dimensioni sistemiche», aveva detto Jean-Claude Trichet un paio di mesi fa. Ora Draghi, ...
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jeudi 2 février 2012

L’heure est venue de résister - Déclaration sur la proposition allemande d'un Commissaire à la Grèce

par Μέτωπο Αλληλεγγύης και Ανατροπής Front de Solidarité et de Changement, 29/1/2012. Traduit par Tlaxcala Original: Ανακοινωση για τη γερμανική πρόταση για Επίτροπο στην Ελλάδα
« Ni Solon. Ni Jefferson. Ni Rousseau. Ni Gandhi. Toute la culture s’effondre »
« Les places et les rues nous attendent. Sans perdre de temps. Jusqu’à la victoire. Quel qu’en soit le prix ».
Même au temps de l’occupation ottomane, de la défaite de 1897, de la catastrophe d’Asie mineure, de l’occupation nazie et de la défaite lors de la guerre civile devant les armes usaméricaines, la Grèce n’a vécu de tels moments d’avilissement, d’affront, de dévalorisation et d’effondrement de sa souveraineté.
Le gouvernement allemand a dépassé les limites avec sa proposition de mettre en place un « Super-Premier ministre » européen, le « Commissaire au Budget » qui prendra lui-même les décisions sur les impôts et les dépenses, c’est-à-dire sur le fonctionnement central de l’État, dont dépendent toutes les politiques : santé, éducation, politique sociale, politique agricole, développement.
 
Plus d’élections. Ni de partis. Ni de Constitution. Ni de démocratie. Ni de liberté. Ni de dignité.
 
La proposition allemande ne s’arrête pas là. Elle en vient à un sadisme extrême.
 
Elle demande à la Grèce de payer, au prix de ses institutions, d’abord sa dette, puis ce qu’il lui sera permis d’utiliser pour ses besoins. Un cadeau en or pour les usuriers, quatre sous pour le peuple.
 
Ni Solon. Ni Jefferson. Ni Rousseau. Ni Gandhi. Toute la culture s’effondre. Les intérêts avant la société.
 
Les impérialistes européens n’ont jamais appliqué de telles mesures, même dans leurs colonies. Ils s’efforçaient de sauver les apparences.
 
Le gouvernement allemand a réveillé le passé nazi d’assujettissement et de contrainte.
Manifestation du Front de Solidarité et de Changement à Athènes : "Le gouvernement doit tomber maintenant"
Où est le Premier ministre grec ? Où sont les ministres ? Où sont les partis gouvernementaux ? Où est le Parlement ?
 
Où se cachent-ils ?
 
Les lignes rouges qu’ils avaient tracées ne sont que lignes sur le sable.
 
Dans une telle Europe, la Grèce n’a pas sa place.
 
Notre peuple a perdu toute perspective. Il a perdu son optimisme. Il a perdu sa sécurité. Il a perdu ses droits fondamentaux à vivre.
 
S’il perd finalement sa dignité, il n’a plus d’avenir. Ce sera son « point final à la ligne ».
 
L’heure est venue de résister. De dire « Ça ne peut plus continuer ». « Ça suffit comme ça ».
 
Nous ne reconnaissons aucune dette. Nous pouvons vivre sans vos prêts, sans vos ordres, sans vos commissaires, sans votre monnaie.
 
Nous pouvons nous appuyer sur notre travail, dont vous nous avez privés. Sur notre jeunesse, que vous condamnez. Sur les ressources de notre pays, que vous mettez à l’encan. Sur notre génie, que vous méprisez. Sur nos relations avec le reste du monde, que vous contrôlez. Sur notre solidarité, que vous redoutez.
 
Les acquis du monde du travail et leur esprit de liberté ne finiront pas à la poubelle de l’Eurozone.
 
Les places et les rues nous attendent. Sans perdre de temps.
 
Jusqu’à la victoire. Quel qu’en soit le prix.