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dimanche 3 février 2013

Les zones d’ombre de l’intervention française au Mali

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les zones d’ombre de l’intervention française au Mali
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vendredi 1 février 2013

Des drones US au Niger pour les guerres d'Afrique


L'Afrique sera le nouveau terrain de chasse des avions sans pilote de l'armée US. Le gouvernement du Niger a autorisé le déploiement de drones du ministère de la Défense et de la CIA pour les opérations de surveillance et de renseignement contre les diverses milices pro-Al Qaïda actives dans la région nord-ouest du continent. La demande de création d'une base d'opérations au Niger a été officialisé il ya une dizaine de jours par l'ambassadeur US Bisa Williams lors d'une rencontre avec le président Mahamadou Issoufou.

Comme l'ont révélé les principaux quotidiens US, les drones ne seront pas armés, mais on n'exclut pas la possibilité que, dans l'avenir, ils puissent être utilisés pour effectuer des frappes de missiles "contre la menace croissante du terrorisme." Les missions d'espionnage et de strike (frappe) pourront être coordonnées avec les forces armées françaises qui opèrent depuis le 11 janvier 2013 dans le conflit au Mali et seront dirigées par l'US Africom, le commandement US des opérations militaires en Afrique basé à Stuttgart (Allemagne). Les avions sans pilote seront probablement stationnés sur une base aérienne de la région désertique d'Agadez, près de la frontière avec le Mali et l'Algérie.

Des négociations en vue de développer le partenariat Niger-USA et de définir le statut juridique et les fonctions des militaires US appelés à intervenir dans ce pays d'Afrique ont été engagées l'an dernier. Il y a quelques mois, le commandant de l'US AFRICOM, le général Carter Ham, avait visité le Niger et rencontré les plus hautes autorités civiles et militaires. Après le début des combats dans le nord du Mali et de l'intervention française contre les milices islamiques radicales d'AQMI (Al-Qaïda au Maghreb islamique), les autorités gouvernementales nigériennes ont décidé de mettre noir sur blanc le texte d'accord bilatéral proposé par Washington.
«Ils ont exprimé le désir de nouer des relations plus solides avec nous et nous avons été heureux de les nouer avec eux», a déclaré le porte-parole du Pentagone George Little. En plus de déployer des drones, l'armée US pourra utiliser les principaux aérodromes pour stationner les avions-espions pilotés et quelques unités spéciales d'intervention d'urgence qui appuieront les forces armées nigériennes pour le contrôle des frontières et la formation à l'"anti-terrorisme". Le Pentagone n'a pas révélé le nombre de soldats US autorisés à résider au Niger; jusqu'à présent, ils ont été environ cinquante, mais ils pourraient bientôt atteindre 300 hommes. Rien que pour garder en orbite une batterie de drones (quatre avions en vol pendant 24 heures consécutives), sont en effet nécessaires pas moins de 170 militaires en appui au sol.



Hillary Clinton avec l'un des drones US utilisés par l'armée ougandaise en Somalie
Le Niger est l'un des pays les plus pauvres du continent africain : l'espérance de vie est de 54,7 ans, le taux de mortalité infantile de 160,3 ‰, tandis que seulement 28,7% des adultes sont alphabétisés. Néanmoins, le gouvernement consacre une grande partie des ressources financières à l'achat de moyens de guerre et aider l'allié politico-militaire US dans la «lutte contre le terrorisme mondial» déclenchée après le 11 septembre 2001. Plusieurs officiers du Niger ont été invités aux USA pour suivre des cours sur "la lutte contre le terrorisme", la logistique et les télécommunications. En collaboration avec les forces armées du Mali, du Tchad et de la Mauritanie, sous le commandement de l' US Africom, l'armée nigérienne a pris part à des exercices dans le désert, avec l'utilisation de nouvelles méthodes de guerre. Avec l'aide de «conseillers» du Pentagone, en décembre 2004, les forces armées ont également lancé un raid sur une grande échelle dans la région du Sahel – à plus de 600 km de la capitale Niamey - contre un groupe de miliciens islamistes radicaux avec basé en Algérie. Comme l'a déclaré le commandant adjoint des forces US en Europe, le général Charles F. Wald, plus de 750 officiers du Niger, du Mali, du Tchad et de la Mauritanie ont déjà été formés et spécialisés, pour un coût de 7,75 millions de dollars.


Salle de télécommande de drones sans pilote
En 2009, le Corps d'ingénierie de l'US Army a lancé un programme d'intervention dans les communautés les plus pauvres et les plus isolées de l'ouest du Sahara par le biais d'un fonds d' «aide humanitaire» géré par le commandement Africom à Stuttgart. Localisé dans les zones frontalières entre le Mali et le Niger, le programme vise à réaliser des «puits d'eau, des écoles, des points de santé et des banques de céréales» pour un coût total de 1,7 millions de dollars. Évidemment l'«humanitaire» vise à accroître le consensus local au plan de pénétration militaire et économique US dans la région. "Notre espoir est de soutenir les objectifs de sécurité de l'Africom et d'acquérir de l'expérience sur le continent et d'être plus efficaces à l'avenir", a admis Diana Putman, responsable du plan d '«aide humanitaire» du Commandement stratégique des troupes sur le continent africain.
En 2010, un coup d'État fomenté par l'armée pour empêcher la réélection de l'ancien président Mamadou Tandja a refroidi les relations entre le Niger et les USA. La décision de la junte militaire d'organiser une élection présidentielle en mars 2011 pour restituer le pouvoir aux civils, a cependant convaincu Washington de pousser l'accélérateur pour obtenir la permission de déployer ses fameux avions sans pilote au Niger.

Le ministère de la Défense et la CIA ont déjà stationnés des drones d'attaque espions dans plusieurs pays africains. La base principale d'opérations est certainement celle de Camp Lemonnier à Djibouti, qui abrite plus de 2.000 militaires US engagés dans des conflits qui déchirent la Corne de l'Afrique, le Yémen et le nord-est du continent. D'après le Washington Post, le centre de drones qui coordonne tout le système de renseignement  en Afrique serait au Burkina Faso. Sous le couvert d'un programme top secret au nom de code Sand Creek, une douzaine de militaires et de sous-traitants US opèreraient de manière stable dans la zone militaire de l'aéroport de Ouagadougou. Les avions espions décolleraient aussi du Mali, de  Mauritanie, d'Éthiopie, du Kenya, d'Ouganda et de l'archipel des Seychelles (océan Indien). Une autre base pourrait être activée prochainement au Sud-Soudan et - comme l'ont admis certains responsables US – l'Algérie serait sur le point d'autoriser les atterrissages et les décollages de drones pour combattre les milices d'AQMI en échange de sessions d'entraînement, d'équipement et de systèmes d'armement US.

Le Réseau CADTM Afrique condamne l’intervention militaire de la France et de ses alliés au Mali


 Comme le dénonce un appel lancé par des femmes maliennes, la situation dramatique du Mali doit ouvrir les yeux sur une réalité terrible qui se vérifie dans d’autres pays en conflit : les violences faites aux femmes sont instrumentalisées pour justifier l’ingérence et les guerres de convoitise des richesses de leurs pays.
Nous condamnons sans réserve les violations des droits humains par les groupes armés qui contrôlent la partie Nord du Mali. Nous sommes aux côtés des femmes et de toutes les victimes d’abus. Nous dénonçons également l’intervention militaire que mène la France depuis le 10 janvier 2013. L’État Français mène une guerre au Nord du Mali, non pas pour défendre la démocratie et garantir le respect des droits humains comme on le prétend, mais bel et bien pour défendre ses propres intérêts coloniaux et ceux des multinationales françaises présentes en Afrique afin d’exploiter les ressources naturelles (uranium, or, diamants, pétrole, terre, eau…). La France, comme les États-Unis dans d’autres parties du monde, veut montrer sa capacité militaire à prendre la défense des intérêts stratégiques des grandes puissances occidentales et de leurs grandes entreprises.
Les bombardements français sur les régions très appauvries du Mali reflètent avant tout la détermination de l’impérialisme français à maintenir une domination néocoloniale sur les richesses des peuples de l’Afrique dans un contexte de crise mondiale du capitalisme. Il utilise les armes de pointe pour dissuader les convoitises de la Chine et les autres puissances. Par ailleurs, l’intervention occidentale a aussi comme but d’empêcher l’autoorganisation des Maliens afin d’éviter le réveil de leurs aspirations démocratiques, anti impérialistes et panafricanistes. La France et ses alliés veulent éviter la remise en cause des régimes relais de la Françafrique.
Le Mali est l’un des pays les plus appauvris et exploités du monde malgré ses importantes ressources naturelles minières et agricoles. Elles sont accaparées par les multinationales. Le peuple malien est terriblement affecté par les politiques néolibérales imposées par la Banque Mondiale, le Fonds Monétaire International, l’OMC, l’Union européenne et l’Etat français. Ces politiques n’ont été possibles qu’avec la complicité des régimes en place. Ces politiques ont empêché le Mali de se libérer du poids d’une dette extérieure qui sert d’instrument de pompage de ressources et de soumission du pays aux intérêts des institutions et des puissances créancières. L’initiative d’allègement de la dette du Mali, qui fait partie des pays pauvres très endettés (PPTE) a prolongé les effets dévastateurs du système d’endettement car les réductions de dette accordées au compte-gouttes ont été systématiquement conditionnées par l’application de mesure de privatisation et d’ouverture économico-commerciale. Ces mesures ont soumis les paysans/paysannes et les travailleurs/travailleuses des villes a une concurrence internationale à laquelle ils et elles ne pouvaient pas répondre. Les femmes maliennes qui portent un poids énorme dans la vie du pays sont victimes au quotidien de privation de tous ordres. Elles résistent au quotidien.
La dette et son remboursement continuent d’être les instruments d’une paupérisation des populations.
L’État français bombarde des villes, des villages et des infrastructures déjà rares du Mali dont la reconstruction demain sera probablement le prétexte pour endetter encore un peu plus le pays et augmenter sa soumission aux créanciers. Le FMI vient justement d’annoncer l’octroi au Mali d’un prêt de 18,4 millions de dollars. Cela ouvrira un nouveau cycle de malheurs pour le peuple malien s’il ne prend pas son sort en main.
Le gouvernement français devrait normalement réserver les millions d’euros que coûtera son déploiement militaire au Mali pour les besoins sociaux de sa population condamnée elle-même à l’austérité du fait de l’explosion de la dette publique.
La région connaît une propagation des groupes intégristes qui ont été appuyés et armés par les puissances occidentales, États-Unis en tête, directement ou par le biais du Qatar ou de l’Arabie Saoudite. Aujourd’hui les grandes puissances occidentales ne savent plus comment se dépêtrer d’un mouvement qui ne leur est plus utile, leur échappe et s’est retourné contre elles. La manière dont elles sont intervenues en Libye a aggravé la situation de la région entraînant notamment une prolifération des armes. Les interventions occidentales en Afghanistan et en Irak ont démontré que les arguments humanitaires cachent des intérêts économiques, politiques et militaires inavouables. L’intervention et l’occupation militaire occidentale n’apporte pas de solution réelle aux problèmes des droits humains. Elle tend même à les aggraver.
Pour le CADTM Afrique, c’est au peuple malien de régler les conflits internes et chasser tous les groupes qu’il considère anti démocratiques et obscurantistes qui veulent imposer leurs lois par les armes.
Le Réseau CADTM Afrique :
- condamne l’intervention impérialiste de la France et de ses alliés au Mali, il appelle à l’arrêt immédiat des bombardements et au retrait des troupes françaises et africaines du Mali ;
- exprime sa solidarité avec le peuple malien et son droit de décider librement de son devenir.
- appelle à un renforcement de la solidarité des Peuples maliens et africains pour barrer la route aux forces de la restauration et de ré-colonisation du Mali et du Sahel ;
- considère que la CEDEAO, organisation sous régionale dirigée par un club de chefs d’États au service des hégémonies américaine et européenne, n’a aucune légitimité et aucun pouvoir légal pour contracter des prêts de guerre au nom du peuple souverain du Mali ;
- invite le Peuple malien à invoquer l’absence de consentement comme fondement juridique d’une répudiation de toute dette héritée de l’intervention étrangère.
- appelle les peuples d’Afrique du nord au sud, du Maghreb au Machrek à s’unir contre les guerres.
Pour le Réseau CADTM Afrique, le groupe de coordination, le 29 janvier 2013

mardi 29 janvier 2013

La reconquête de l’Afrique

par Manlio Dinucci, il manifesto, 29/1/2013.
Traduit par  Fausto Giudice, Tlaxcala
Original:
  La riconquista dell’Africa 
Au moment même où le président démocrate Obama réaffirmait dans son discours d'intronisation que les USA, "source d’espoir pour les pauvres, soutiennent la démocratie en Afrique", d'énormes avions C-17 US transportaient des troupes françaises au Mali, où Washington a installé au pouvoir l’an dernier le capitaine Sanogo, entraîné aux USA par le Pentagone et la Cia, ce qui a aiguisé les conflits internes.

La rapidité avec laquelle l’opération a été lancée, officiellement pour protéger le Mali de l’avancée des rebelles islamistes, démontre qu'elle avait été planifiée depuis longtemps par le socialiste Hollande. La collaboration immédiate des USA et de l’Union européenne, qui a décidé d’envoyer au Mali des spécialistes de la guerre avec des tâches d’entraînement et de commandement, démontre que l’opération avait été planifiée conjointement à Washington, Paris, Londres et dans d’autres capitales. Les puissances occidentales, dont les groupes multinationaux rivalisent pour s’accaparer les marchés et les sources de matières premières, forment un groupe compact quand leurs intérêts communs sont en jeu. Comme ceux qui en Afrique sont mis en danger par les soulèvements populaires et par la concurrence chinoise.

Le Mali, un des pays les plus pauvres du monde (avec un revenu moyen par tête 60 fois inférieur à celui des Italiens, et plus de la moitié de la population sous le seuil de pauvreté), est très riche en matières premières : il exporte de l’or et du coltane, mais les bénéfices finissent dans les poches des multinationales et de l’élite locale. C'est la même chose au Niger voisin, encore plus pauvre (avec un revenu par tête 100 fois inférieur à celui des Italiens) bien qu’il soit un des pays les plus riches en uranium, dont l’extraction et l’exportation sont entre les mains de la multinationale française Areva.


Tiago Hoisel
, Brésil
Ce n’est pas un hasard si Paris, simultanément à l’opération au Mali, a envoyé des forces spéciales au Niger. Situation analogue au Tchad, dont les riches gisements pétrolifères sont exploités par Exxon Mobil (US) et d’autres multinationales (mais des entreprises chinoises sont aussi en train d’arriver) : les miettes qui restent des gains vont dans la poche des élites locales. Pour avoir critiqué ce mécanisme, l’évêque combonien* Michele Russo a été expulsé du Tchad en octobre dernier.

Le Niger et le Tchad fournissent aussi des milliers de soldats, qui sont envoyés au Mali pour ouvrir un deuxième front sous commandement français. L'opération lancée au Mali, avec les forces françaises comme fer de lance, est donc une opération de vaste envergure, rayonnant du Sahel vers l’Afrique occidentale et orientale. Elle se combine avec celle qui a commencé en Afrique du Nord avec la destruction de l’État libyen et les manœuvres pour étouffer, en Égypte et ailleurs, les rebellions populaires.
Il s'agit d'une opération à long terme, qui fait partie du plan stratégique visant à mettre la totalité du continent sous le contrôle militaire des "grandes démocraties", qui reviennent en Afrique avec un casque colonial peint aux couleurs de la paix.
*Missionnaires comboniens du Cœur de Jésus [MCCJ] : congrégation religieuse missionnaire fondée au milieu du XIXe siècle par l'italien Daniel Comboni, mort à Khartoum en 1881 et béatifié en 2003, pour l'évangélisation et la promotion humaine, en Afrique.[NdT]