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mercredi 22 août 2012

Le « Comte DRAGHI-LA » et les vampires de la BCE

par Pedro da Nóbrega, 22/8/2012
Les déclarations péremptoires assénées par le Président de la Banque Centrale Européenne au début de ce mois conditionnant toute intervention de l’institution qu’il dirige à la poursuite et à l’aggravation des politiques d’austérité qui ne cessent de causer de profonds dégâts sociaux dans les pays de l’Union Européenne ont au moins le mérite d’éclairer d’un jour cru la réalité institutionnelle de cette Union Européenne où le pouvoir effectif est inversement proportionnel à la légitimité démocratique. 
 
Surtout lorsqu’il assortit cette fin de non-recevoir aux demandes d’intervention qui se multiplient face à des situations de récession qui ne cessent de s’étendre, d’une déclaration pour le moins osée, venant d’un technocrate financier dépourvu justement de toute légitimité démocratique : « La politique monétaire ne peut pas tout, et surtout pas compenser le manque d’action des politiques », fermez le ban ! 


Mario Draghi en commandant du Titanic Europe, au carnaval de Viareggio (Italie) en janvier 2012
 
Outre le fait que ces propos traduisent un mépris incommensurable à l’égard des responsables politiques, ils illustrent la matrice illégitime et autoritaire de l’institution que dirige ce triste sire. Car ils négligent totalement le fait que la politique monétaire constitue précisément un des piliers de la souveraineté populaire et démocratique et que son action devrait justement, dans le cadre d’institutions qui se veulent démocratiques, être soumise au contrôle de la représentation politique.
Or il n’en est rien et malgré la situation de récession que connaissent l’Espagne, la Grèce et le Portugal notamment, la seule injonction émise par le Président de la B.C.E. réside dans l’approfondissement de la politique austéritaire, ce qui dans le langage « châtié » des financiers s’intitule la poursuite des « efforts de consolidation budgétaire et de réformes structurelles ». C’est-à-dire continuer à saigner les peuples jusqu’à la dernière goutte.
 
Ils éclairent aussi d’un jour cruel les illusions de ceux qui croient pouvoir infléchir cette dictature des marchés en se satisfaisant de quelques couplets pavés de bonnes intentions sur la croissance mais qui ne comportent aucune obligation ni encore moins d’engagements financiers significatifs.
 
Cette posture ainsi que le sermon sur la « responsabilité budgétaire » apparaissent d’autant plus scandaleux venant de quelqu’un qui a exercé les plus hautes responsabilités au sein d’un groupe financier au cœur des plus gros scandales financiers de ces dernières années, Goldman & Sachs, par exemple celui des « subprimes » aux U.S.A., déclencheur de la crise qui se prolonge aujourd’hui.
Mario DRAGHI allait même jusqu’à affirmer lors de son investiture à la tête de la BCE : « J'assume » mon passage chez Goldman Sachs.
Son « passage » certes, mais assurément pas ses responsabilités puisque le Département US de la Justice a décidé vendredi 10 août de ne pas poursuivre Goldman Sachs à la suite de l’enquête lancée sur les transactions des prêts hypothécaires subprime.
 
Pour un donneur de leçons de morale budgétaire, voilà qui fait tache dans le décor et pose un sérieux problème de crédibilité. Cette décision a inspiré le commentaire suivant à Neil BAROFSKY, professeur de droit à la New-York University dans le magazine économique Business Insider, pourtant peu suspect d’abriter des « exaltés anti-capitalistes » :
"Cela nous rappelle qu'aucun individu, ni aucune institution n'a jusqu'à maintenant été tenu responsable pour son rôle dans la crise financière.  Sans cette prise de responsabilité, les scandales sans fin touchant les mégabanques continueront inévitablement."
Mais le « Comte DRAGHI-LA », tout à son rôle de « vampire en chef » ne saurait s’embarrasser de questions de crédibilité et de responsabilité qu’il prône pour les autres, l’œil toujours rivé sur la ligne des profits de la spéculation financière. Car les pseudos « plans d’aide » destinés à résorber les « dettes publiques » visent surtout et d’abord à protéger les profits des banques privées généreusement alimentés par les prêts à des taux très bas aimablement consentis par cette même BCE. Des masses d’argent que ces mêmes banques privées prêtent à des taux usuraires aux États membres de l’Union Européenne, en particulier pour les plus vulnérables, quand elles ne les placent pas pour les faire fructifier à la BCE, prétextant un « environnement trop risqué » ! Sur les plus de mille milliards d’euros prêtés en 2011 par la BCE à ces établissements privés, moins de la moitié a été mobilisée pour des prêts.
 
Dans ce contexte, la campagne qui se développe actuellement en France pour exiger un référendum sur la ratification du Traité sur la Stabilité, la Coordination et la Gouvernance dans l’Union économique et monétaire, appelé aussi Traité Merkel-Sarkozy prend tout son sens.
 
L’éventualité envisagée par le Président François Hollande d’une ratification sans consultation populaire marquerait non seulement le reniement d’un des engagements majeurs de sa campagne, à savoir la renégociation du Traité qui reste pour l’essentiel intact, mais constituerait un aveu d’impuissance face au pouvoir de la finance lourd de dangers politiques pour l’avenir. Un signal de résignation et de désespérance également pour tous les peuples européens souffrant aujourd’hui très durement des politiques d’austérité. Car c’est la logique même de ce traité qui reste totalement incompatible avec toute politique de gauche : d’abord en soumettant la définition des grandes orientations socio-économiques des États à des organismes non élus dépourvus de toute légitimité démocratique au détriment des représentations politiques issues de consultations populaires. Ensuite en asphyxiant la demande et en étranglant l’investissement, il interdit toute politique de relance et conduit invariablement à la récession, à l’image de ce qui se passe déjà dans plusieurs pays de la zone euro, sous peine de sanctions financières. Plus globalement en nourrissant la défiance envers l’action politique en accordant la primauté à des critères de rentabilité financière qui donnent un pouvoir exorbitant à des institutions financières hors de tout contrôle démocratique telles que les agences de notation par exemple.
 
Le pouvoir socialiste français ferait bien de méditer sur les dégâts causés en Amérique Latine par ces mêmes politiques lors de ce que l’on a appelé la « décennie perdue » mais aussi sur leurs conséquences politiques. C’est par le choix de la rupture avec ces logiques néo-libérales que les peuples d’Amérique Latine ont pu trouver une issue mais certainement pas par la soumission au diktat de la finance qui a vu les gouvernements sociaux-libéraux qui s’y sont soumis en Grèce, en Espagne et au Portugal par exemple être balayés pour laisser la place à une droite plus dure que jamais. Le Président français qui disait lors de sa campagne vouloir affronter le pouvoir de la finance devrait s’en inspirer sous peine de connaître le même sort.

lundi 5 décembre 2011

La goldmansachsisation de l'Europe : Coup d’État contre la démocratie


L’austérité contre la démocratie
Chancelante, la démocratie fait pâle figure et tend à s’effondrer avec un bipartisme institutionnalisé au service des créanciers en toile de fond. Partout en Europe, c’est vers la même politique d’austérité voulue par les technocrates du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque centrale européenne (BCE) que l’on se dirige. Non seulement la preuve est faite à travers l’exemple grec que ça ne marche pas (du moins pour la population), mais en plus on s’assure, quand on daigne célébrer des élections, de mettre en place ces politiques quel que soit le gagnant des urnes. Le peuple n’a plus le choix, la politique économique est ficelée d’avance par les créanciers comme en Irlande ou au Portugal à la veille des élections. La troïka (composée de la Commission européenne, de la BCE et du FMI) impose ses politiques, le candidat vainqueur des urnes n’étant là que pour les appliquer, trompant l’électeur sur la supposée distinction partisane en matière économique.
En Espagne, Mariano Rajoy, l’héritier d’Aznar, n’a pas osé dévoiler les futures mesures d’austérité qui risquaient de lui porter préjudice lors de sa campagne. A peine élu, alors qu’il est sous pression pour dévoiler la composition de son gouvernement avant sa prise de fonction |1|, il s’entretient avec les grands banquiers du pays : Isidro Fainé de La Caixa, Francisco González de la deuxième banque espagnole, BBVA et Rodrigo de Rato, président de Bankia et ancien directeur général du FMI… Les grandes banques créancières de la dette espagnole tiennent les rênes, Mariano Rajoy gesticule.
Il s’agit bien d’une dictature qui s’impose, comme en Grèce où l’extrême-droite fasciste (parti Laos) s’immisce au pouvoir sans avoir été mandatée par le peuple. Par ailleurs, on assiste à l’éviction des responsables politiques qui, au lieu d’être jugés pour leurs politiques antisociales, lesquelles n’ont jamais été mentionnées dans leurs programmes électoraux, se retrouvent libérés de la vindicte populaire après avoir fait le sale travail. A ce titre, Berlusconi jouit d’une sortie plutôt heureuse et beaucoup auraient sans doute préféré le voir emprisonné pour tous les méfaits qu’il a fait subir à son peuple avec comme préalable l’obligation de rembourser l’argent détourné et volé au contribuable.
BCE, Italie, Grèce, le bal des chaises musicales des anciens de Goldman Sachs
Un chantre de la privatisation à la tête de la BCE
Coûte que coûte, même au prix de sacrifices humains inouïs, l’idéologie capitaliste avide de profit renforce sa domination partout en Europe. Durant le mois de novembre 2011 plusieurs responsables de la débâcle financière européenne sont mis en place sans avoir pour autant été élus. Mario Draghi vient d’être nommé président de la BCE, Lucas Papadémos est parachuté à la tête de l’Etat grec et Mario Monti remplace au pied levé un Berlusconi devenu trop impopulaire pour diriger l’Italie. Aucun de ces personnages n’a été soumis au vote, pas de programme compromettant, pas de campagne permettant de soulever le débat. Pourtant chacun d’eux a eu une part de responsabilité dans la crise qu’ils prétendent résoudre, notamment au sein de la sulfureuse banque d’affaires américaine Goldman Sachs, reine des arnaques astronomiques. Mario Draghi en tant que vice-président pour l’Europe de Goldman Sachs Internationale, Lucas Papadémos en tant que gouverneur de la Banque centrale hellénique et Mario Monti comme conseiller international de Goldman Sachs ont tous trois provoqué à des degrés divers le déclanchement de la crise en Europe en aidant à la falsification de comptes de la dette grecque et en spéculant sur celle-ci |2|. Ils portent de lourdes responsabilités dans la crise qui se développe en Europe et doivent à ce titre être démis de leurs fonctions et répondre de leurs actes devant la justice.
En Grèce, celui qui a aidé à falsifier les comptes prétend les assainir
Alors qu’il voulait à tout prix se maintenir au pouvoir et retarder la tenue d’élections générales en proposant un referendum au peuple grec qui clame sa démission, Georges Papandreou a dû plier sous les pressions venant de toute part jusqu’à l’intérieur de son propre gouvernement. Rappelons qu’un mois à peine après l’élection de Papandreou en octobre 2009, Gary Cohn, numéro 2 de Goldman Sachs, débarque à Athènes, accompagné d’investisseurs dont John Paulson qui sera au cœur de ce qu’on surnommera le scandale Abacus… |3|
Favori des milieux d’affaires, des banquiers et des partenaires internationaux, Lucas Papadémos, quitte la vice-présidence de la BCE pour devenir le nouveau premier ministre en Grèce sans pour autant avoir été élu. Il fut gouverneur de la Banque centrale hellénique entre 1994 et 2002 et a participé à ce titre à l’opération de trucage des comptes perpétré par Goldman Sachs. A noter que le gestionnaire de la dette grecque n’est autre qu’un certain Petros Christodoulos, un ex-trader de Goldman Sachs.
Le doute n’est plus permis quant à la perte de souveraineté en Grèce : pour faire suite aux missions régulières de la troïka (BCE, CE, FMI) qui visitent les ministères de la capitale, c’est une mission permanente qui va élire domicile à Athènes pour mettre en place, contrôler et superviser la politique économique du pays. Le gouvernement n’a qu’à bien se tenir ! Pour achever la muselière, la troïka prévoit un nouveau plan d’endettement alors que le premier mémorandum (prêt de 110 milliards d’euros en mai 2010), anti constitutionnel puisque non approuvé par le Parlement, n’a pas fini d’être remboursé. L’étau de la dette se resserre inexorablement sur le peuple grec.
En Italie, après plus d’une décennie de décadence démocratique, le conseiller de Coca Cola donne le coup de grâce
Avec près de 9 années passées à la présidence du Conseil, l’empire Berlusconi, troisième fortune d’Italie |4|, a profondément marqué la vie politique. Son règne signe la décadence et l’agonie d’une démocratie à bout de souffle. Devenu la risée de la presse internationale pour ses affaires de mœurs, accablé par des histoires de corruptions sans fin et jouissant d’une popularité en chute libre, Berlusconi démissionne de son poste de président du Conseil le 12 novembre 2011 plutôt que de convoquer des élections anticipées. Le lendemain, le président italien Giorgio Napolitano désigne l’ex-commissaire européen Mario Monti pour prendre la relève au pied levé. Il faut dire qu’il venait de le nommer sénateur à vie quelques tours plus tôt, le 9 novembre 2011. Mario Monti obtient une large majorité à la Chambre des députés le 18 novembre 2011 (556 voix contre 61 pour 617 votants). Ne craignant pas le cumul des mandats, en plus d’être le nouveau premier ministre, il se nomme également ministre de l’Économie. Mario Monti n’a aucune légitimité pour imposer la politique d’austérité aux italiens. C’est un putsch !
Conseiller pour les affaires internationales de Goldman Sachs depuis 2005 (en qualité de membre du Research Advisory Council du Goldman Sachs Global Market Institute), Mario Monti est nommé commissaire européen au Marché intérieur en 1995, puis commissaire européen à la Concurrence à Bruxelles (1999-2004). Il est président de l’Université Bocconi à Milan, membre du comité de direction du puissant club Bilderberg, du think tank neolibéral Bruegel fondé en 2005, du præsidium de Friends of Europe, think tank influent basé à Bruxelles, et conseiller de Coca Cola. En mai 2010, il parvient à la présidence du département Europe de la Trilatérale, un des plus prestigieux cénacles de l’élite oligarchique internationale.
Comme l’écrit Giulietto Chiesa dans le quotidien de gauche Il Fatto Quotidiano |5|, il vient pour "rééduquer" les Italiens à la religion de la dette. Au sein de son gouvernement, il s’entoure de banquiers et son ministre des Affaires étrangères, Giulio Terzi di Sant’agata, a été Conseiller politique auprès de l’Otan avant de devenir ambassadeur à Washington. Par ailleurs, un nouveau superministère chargé du Développement économique, des Infrastructures et des Transports est confié à Corrado Passera, PDG de la banque Intesa Sanpaolo.
Partout, les intérêts privés de l’oligarchie financière ultra conservatrice et amie de Washington sont placés avant ceux des populations. Ces gouvernements fantoches obéissent aux diktats de la finance, obligeant les citoyens à payer une dette injuste dont ils ne sont pas redevables puisqu’elle ne leur a pas profité. Le salut ne peut venir que d’en bas, faisons nôtre le slogan grec : « Nous ne devons rien, nous ne vendons rien, nous ne payerons rien  » |6| !
Notes
|1| Sa prise de fonction est prévue à partir du 20 décembre. Comme il est d’usage au Royaume, le roi devrait être le premier informé de son gouvernement.
|2| En effet, Goldman Sachs perçoit une rémunération du gouvernement grec en tant que banquier conseil tout en spéculant sur la dette du pays. Le tableau est d’ailleurs probablement le même avec la banque d’affaire JP Morgan qui aide l’Italie à optimiser ses comptes. Marc Roche, La banque, comment Goldman Sachs dirige le monde, Albin Michel, 2010, p.19.
|3| Ibid, p.23.
|4| 118ème fortune mondiale, la famille Berlusconi détient 7,8 milliards de dollars, Forbes,
|5| Giulietto Chiesa, E’ il governo Napolitano-Monti-Goldman Sachs, 12 novembre 2011, Il Fatto Quotidiano. Version française, Courrier International, 14 novembre 2011, Super Mario, l’homme qui roule pour la BCE
|6| Appel Sol – Syntagma       

mardi 28 juin 2011

Goldman Sachs, le retour : Super-Mario à la tête de la BCE-ça va saigner !

Avec la nomination du bankster Mario Draghi à la tête de la Banque centrale européenne, bientôt suivie de celle de Mrs. Lagarde à la tête du FMI, les Européens vont avoir de nouvelles raisons de s'indigner.
Bizarreries de l’économie européenne
par Pascual Serrano, 28/6/2011. Traduit par Manuel Talens, édité par  Fausto Giudice, Tlaxcala

Il est bien connu que la banque d’investissement Goldman Sachs – avec Morgan Stanley – a volé la vedette de la crise financière qui a commencé aux USA en 2008. Pour éviter sa faillite, en septembre de la même année la Réserve fédérale usaméricaine décida la transformer en une banque commerciale et elle reçut dix milliards de dollars des fonds publics. En avril 2010, la Commission des Opérations de Bourse des USA  a accusé Goldman Sachs de fraude dans l’affaire des crédits hypothécaires à haut risque (subprime). Goldman Sachs doit encore répondre devant la justice pour avoir émis des obligations de dette contre des valeurs supportées par des crédits hypothécaires à haut risque et les avoir vendues  à ses clients comme si elles étaient un bon investissement. Les autorités boursières usaméricaines calculent que les naïfs investisseurs de Goldman Sachs ont perdu autour de 740 millions d’euros (El País, 17/4/2010).
En outre, Goldman Sachs avait eu auparavant un rôle central en aidant la Grèce à cacher le déficit budgétaire de son gouvernement à l’Union européenne, aux marchés financiers et à l’opinion publique. Goldman Sachs avait concocté avec la Grèce des complexes magouilles financières par lesquelles elle avançait des fonds au gouvernement grec en échange de futures sources de revenus comme des taxes d’aéroport. C’était en fait une sorte d’emprunt, mais l’échange avait permis au gouvernement grec d’éviter que l’argent emprunté soit comptabilisé comme tel, ce qui aurait fait grimper son déficit budgétaire au-dessus des limites permises dans la zone euro (The Guardian, 20-4-2010). Mais Goldman Sachs a fait d’autres affaires avec la Grèce : elle a négocié des placements d’obligations de la dette grecque pour un montant approximatif de 15 milliards de dollars (environ 11 milliards d’euros) après une permutation de devises étrangères, ce qui avait permis au gouvernement d’Athènes de cacher le vrai montant de son déficit. Selon les données de l’agence de nouvelles financières Bloomberg News (El País, 18-2-2010), depuis 2002 Goldman Sachs a gagné approximativement 735 millions d’euros avec le placement d’obligations de la dette grecque.
Mario Draghi, par Joe CummingsMais pourquoi est-ce que je raconte ça ? Parce qu’entre janvier 2002 et janvier 2006, pendant qu’on mijotait toutes ces tambouilles financières, le vice-président de Goldman Sachs était un dénommé Mario Draghi. Oui, celui-là même que les dirigeants de l’Union européenne viennent juste de nommer président de la Banque Centrale européenne à l’occasion d’un sommet à Bruxelles. Il exercera cette fonction entre le 1er novembre 2011 et le 31 octobre 2019. Le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, a affirmé que Draghi « exercera un leadership fort et indépendant » dans l’institution « en poursuivant la tradition établie par ses prédécesseurs ».
Encore une dernière bizarrerie : rappelons-nous que les citoyens d’Islande ont décidé par référendum qu’ils n’étaient pas prêts à accepter que leur État assume le paiement de 3,7 milliards d’euros à des banques privées du Royaume-Uni et de la Hollande. Le gouvernement islandais, qui avait défendu l’option du paiement, en fut fort marri et argumenta que le pays ne pourrait plus accéder aux marchés financiers. Cependant il n’a eu aucun problème pour placer des obligations de dette à cinq ans à un intérêt de 4,875% (Público, 11-6-2011). Il est curieux de constater que d’autres gouvernements plus soumis aux marchés se verront obligés d’accepter des taux d’intérêt plus élevés pour que les investisseurs s’intéressent à leurs obligations de dettes et les achètent : les obligations irlandaises s’achètent à un taux d’intérêt de 15% et les grecques de 25%. Même l’État espagnol paiera plus d’intérêt que l’État islandais : 5,6%. Même si tu es servile, les marchés ne te récompensent pas.
 Avant, après I et II, par Tchavdar
 

Goldman Sachs prend officiellement la tête de la BCE
par Attac France, 24/6/2011
 
Mario Draghi, ancien Président de Goldman Sachs Europe, prend aujourd'hui la présidence de la Banque centrale européenne. Il présidait la banque d'affaires américaine au moment où celle-ci, dans les années 2000, aidait la Grèce à maquiller ses comptes publics. Son rôle va être de préserver les intérêts des banques dans l'actuelle crise européenne.

On pouvait jusqu'ici s'interroger sur les raisons qui poussaient la BCE et Jean-Claude Trichet à s'opposer de façon virulente – y compris face à la chancelière allemande – à toute idée d'une quelconque restructuration de la dette grecque.

Cette attitude semblait incompréhensible puisque tous les analystes, y compris les économistes des banques, s'accordent à considérer que la Grèce ne pourra pas assurer le service de sa dette dans les actuelles conditions contractuelles. Un rééchelonnement, voire une annulation partielle semblent de l'avis général inévitable. Vouloir retarder l'échéance ne fait qu'aggraver les dégâts économiques et sociaux provoqués par les plans d'austérité brutaux et impopulaires imposés aux Grecs.

Le nomination de M. Draghi clarifie donc les choses. La BCE défend non pas l'intérêt des citoyens et contribuables européens, mais l'intérêt des banques. Une étude britannique citée hier par Les Echos a le mérite de quantifier clairement le processus en cours. Cette étude indique que grâce aux « plans de sauvetage » de la Grèce et au « mécanisme européen de stabilité » mis en place par la BCE, le FMI et l'Union, « la part de dette hellénique aux mains des contribuables étrangers passera de 26 % à 64 % en 2014. Cela veut dire que l'exposition de chaque foyer de la zone euro va passer de 535 euros aujourd'hui à 1.450 euros ».

Le « sauvetage » de la Grèce est donc en fait une gigantesque opération de socialisation des pertes du système bancaire. Il s'agit de transférer l'essentiel de la dette grecque – mais aussi espagnole et irlandaise – des mains des banquiers vers celles des contribuables. Il sera ensuite possible de faire assumer les frais de l'inévitable restructuration de ces dettes par les budgets publics européens.

Comme le disent les Indignés espagnols, « ce n'est pas une crise, c'est une escroquerie ! ». Le Parlement européen a voté hier le « paquet gouvernance » qui réforme le pacte de stabilité en renforçant les contraintes sur les budgets nationaux et les sanctions contre les pays en infraction. Le Conseil européen réuni aujourd'hui et demain va parachever le travail. Et ce n'est pas la prochaine nomination de Christine Lagarde à la tête du FMI qui réduira l'emprise des banques sur les institutions financières internationales, bien au contraire.

Heureusement les résistances sociales et citoyennes vont croissant dans toute l'Europe. Gouverner pour les peuples ou pour la finance ? La réponse est aujourd'hui claire: il va falloir que les peuples européens reprennent la main, pour construire ensemble une autre Europe. Les Attac de toute l'Europe organisent du 9 au 13 août une Université européenne des mouvements sociaux à Fribourg, en Allemagne. Ce sera cet été l'un des lieux majeurs de coordination des résistances et de constructions des alternatives européennes.
La punition de Prométhée, par Andrea Zamponi


Coup d’État silencieux à Bruxelles
par  Willy Meyer, 25/6/2011, Traduit par  Manuel Talens, édité par  Fausto Giudice, Tlaxcala
Le 19 juin 2010, un jour après que le Conseil européen eut adopté le paquet sur la gouvernance économique européenne, le président de la Commission, José Manuel Durão Barroso, lors d’une conférence à l’Université Européenne de Florence a qualifié de « révolution silencieuse et graduelle » les mesures de contrôle et de discipline économique et financière imposées aux États membres. « Quelquefois en Europe les petits pas sont les plus importants. Lisez attentivement les conclusions du Conseil européen d’hier, s’il vous plaît. Il s’agit d’une révolution silencieuse, d’une révolution silencieuse qui cherche de façon graduelle une gouvernance économique plus forte. Les États membres ont accepté – et je suppose qu’ils l’ont compris correctement – de donner des pouvoirs très importants aux institutions européennes quant à la surveillance [économique] et un contrôle beaucoup plus strict des finances publiques. Cela est arrivé hier. Ils ont accepté le principe, bien sûr. Maintenant c’est à nous de légiférer. », a dit Barroso.

José Manuel Durão BarrosoLe président de la Commission faisait référence au développement du Semestre Européen, c’est-à-dire le programme de surveillance budgétaire nationale qui oblige les États à présenter leurs programmes économiques, y compris les lignes générales de leurs comptes, à la Commission et au Conseil avant de les soumettre à leurs parlements respectifs pour discussion.

La machinerie néolibérale européenne, impulsée par les populaires, les sociaux-démocrates et les libéraux, a concocté trois pactes : 1) le Pacte de stabilité et de croissance, 2) le Pacte de réforme structurelle et 3) le Pacte de l’euro, que la Commission et le Conseil veulent imposer aux citoyens européens représentés par les parlements nationaux.
Contrairement à ce que prétend Durão Barroso, le caractère obligatoire de ces mesures est un véritable coup d’État silencieux de Bruxelles contre les souverainetés nationales, par le biais de la présentation préalable des « Programmes nationaux de réforme », qui sont le déploiement de la Stratégie Europe 2020, laquelle à son tour est la continuation de la Stratégie de Lisbonne (qui prévoyait une croissance annuelle du 3% et la création 20 million de nouveaux emplois en janvier 2010) qui a été un échec.
Depuis Bruxelles, ce coup d’État cherche à démanteler l’Etat social européen et à uniformiser les critères pour attaquer les salaires (flexibilisation de la main-d’œuvre, destruction de la négociation collective), réduire radicalement les effectifs et les salaires de la fonction publique, retarder l’âge de la retraite, privatiser le système de retraites et parachever le processus de démantèlement progressif des services publics.
La gouvernance économique européenne (la concrétisation des trois pactes) est contraire à un véritable gouvernement démocratique de l’économie, indispensable au redressement de la construction européenne pour atteindre la cohésion sociale et territoriale et le bien-être des gens.
Ce n’est pas par hasard qu’on rejette la nécessité d’avancer dans le gouvernement démocratique de l’économie européenne, car cela impliquerait la mise au point d’une architecture politique complétement différente et la définition d’une orientation économique conçue par et pour les citoyens européens sur la base du contrôle exclusif des souverainetés nationales et européenne.
La structure actuelle de la politique européenne invite de plus en plus les citoyens à se distancer des institutions, car ils perçoivent que la détérioration de leurs conditions de vie est due à cette pluie acide favorisée par le Consensus de Bruxelles (une réplique du Consensus de Washington, basé sur les principes de la privatisation, la dérégulation de la main-d’œuvre et la non-intervention publique dans l’économie). Le Consensus de Bruxelles s’occupe exclusivement de garantir la libre circulation de marchandises et l’accumulation de grands capitaux et grandes fortunes en attaquant les salaires et le bien-être des Européens.
D’un côté la main de fer qui cherche à imposer ces ajustements provoque la réaction syndicale européenne avec des grèves générales et devient une invitation à coordonner des actions paneuropéennes, tel que l’indique le Manifeste d’Athènes de la Confédération des syndicats européens ; de l’autre côté elle provoque l’indignation et la rébellion de ceux qui ne se résignent pas à assister à cette marche arrière de l’horloge de l’histoire.
L’européisme militant doit exiger de soumettre à un référendum paneuropéen toutes ces réformes et mesures d’ajustement qui envahissent les souverainetés nationales, pour que ce soit le peuple européen qui approuve ou désapprouve cette dérive antisociale et par conséquent antieuropéenne.
Le peuple islandais a décidé par référendum qu’il ne doit pas payer les pots cassés des irresponsabilités et des erreurs de ses banques et a mis en examen l’ex- Premier ministre conservateur Geir H. Haarde, accusé de négligence face à la crise qui a conduit l’Islande à la faillite.
Quand la démocratie l’emporte et les peuples disent leur opinion, les choses peuvent être remises à leur place. Face au coup d’État silencieux contre les acquis sociaux européens un référendum devient indispensable.
 

Hayati